i- i :)^ m^h- ''%: ■:^^ !,■ - '*'^' •*»..* ïiSI rn ^^ ^ .r-3^. '"'■■-m *■-' ^ ^-, 'p- •.»-'-' •! V'^. 1 4^^^^^^^^^^^j* ,^ ù-;^^ m ^P^2 r% t5^ ■V-.,. ^i^Ar 31: ^'4^ ^ -i/-Vt vV^ m^ ."^ dt^y^ LiBRARY OE ïHê msv Yoiac ûOTA?;icAL gajrden: ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE FRANÇAISE ET ÉTRANGÈRE Comité de rédaction des Annales. Rédacteur en chef : L. GRANDEAU, directeur de la Station agronomique de l'Est. D. Gayon, directeur de la Station agronomiiiiie de Bordeaux. Guinon, directeur honoraire de la Sta- tion Hgronomii|ue de Ciiâteaiiroux. Margoltet, recteur de l'Académie de Lille. Th. Schlœsing, membre de l'Institut. E. Risler, diiecleur de l'Institut na- liotml agronomique. L. Mangin, docteur es sciences, pro- fesseur au lycée Louis-ie-Grand. A. Miintz, membre de l'Institut. A. Ronna, membre du Conseil supé- rieur de l'agriculture. Ed. Henry, professeur à l'Ecole na- tionale forestière. E. Reuss, inspecteur des forêts à Fontainebleau. C. Flammarion, directeur de la Station de climatologie agricole de Juvi^y. Correspondants des Annales pour les colonies et l'étranger. COLONIES FRANC.VISES. H. Lecomte, docteur es sciences, pro- fesseur au lycée Saint-Louis. ALLE.MAGNE. L. Ebermayer, professeur à l'Univer- sité de Munich. J. Kônig, directeur de la Station agro- noinnjue de Munster, Fr. Notbe, directi'ur de la Station agi'onouiii|ue de Tharand. ToUens, professeur à l'Université de Gôttingen. ANGLETERRE. R. Warington, chimiste du laboratoire (Je UuthainsLed. Ed. Kinch, professeur de chimie agri- cole au collège royal d'agriculture de Girencester. ESPAGNE ET PORTUGAL. Joâo Motta dâ Prego, à Lisbonne. ÉTATS-UNIS d'aMÉRIQUE. E. W. Hilgard, professeur à l'Univer- sité de Berkeley (Californie). HOLLANDE. A. Mayer, directeur de la Station agro- nomique de Wageningen. ITALIE. A. Cessa, professeur de chimie à l'É- cole d'application des ingénieurs, à Turin. NORWÈGE ET SUÈDE. D' Al. Atterberg, directeur de la Sta- tion agronomn^ue et d'essais de se- mences de Kalmar. SUISSE, E. Schultze, directeur du laboratoire agrunuinique de l'Ecole polytech- nique de Zurich. RUSSIE. Thoms, directeur de la Station agro- nomique de Riga. BELGIQUE. A. Petermann, directeur de la Station agronomique de l'État (Gembloux). CANADA. Dr 0. Trudel, à Ottava. ECOSSE. T. Jamieson, directeur de la Station agronomique d'Aberdeen. Nota. — Tpus les ouvrages adressés franco à ta Rédaction seront annoncés dans le premier fascicule qui paraîtra après leur arrivée. Il sera, en outre, puhlié, s'il y a lieu, une analyse des ouvrages dont la spécialité rentre dans le cadre des Annales (chimie, physique, géologie, minéralogie , physiologie végétale et animale, agriculture, sylviculture, technologie, etc.). Tout ce qui concerne la rédaction des .\nuales de la Science agronomique française et étrangère {manuscrits, épreuves, correspondance, etc.i devra être adressé franco à M. L. Grandeau, rédacteur en chef, 4S, rue de Lille, à Paris. ANNALES DE LA SCIENCE mwm FRANÇAISE ET ETRANGERE ORGANE DES STATIONS AGRONOMIQUES ET DES LABOllATOlUES AGRICOLES PUBLIÉES Sous les auspices du Ministère de l'Agriculture PAR Louis GRANDEAU DIRECTEUR DE LA STATION AGRONOMiaUE DE l'eST UEMBRE DE LA SOCIETE NATIONALE d'aGRICULTURE DE FRANCE RÉDACTEUR EN CHEF DU « JOURNAL d'aGRICULTURE PRATiaUE » PROFESSEUR AU CONSERVATOIRE NATIONAL DES ARTS ET METIERS INSPECTEUR GÉNÉRAL DES STATIONS AGRONOMiaUES VICE-PUÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE d'ENCOURACEMENT A l'aGRICULTURE MEMBRE DU CONSEIL SUPÉRIEUR DE l'aGRICULTURE 2= SÉRIE — cinquième: année — 'ISQS Tome I. Avec figures dans le texte. BERGEU-LEVRAULT ET C''% LIBRAIRES-ÉDITEURS PARIS 5, ItUE DES BEAUX-ARTS NANCY 18, KL'E DES GLACIS 1899 LA STATION DE CLIMATOLOGIE AGRICOLE DE JXJVISY PREMIÈRE ANNÉE (1894) PAR M. Camille FLAMMARION DIRBOTCHR DK LA STA.TIO^f La Slalion de climatologie agiicole a été établie à l'observatoire de Juvisv au mois de mai 1894. Celte station est fondée surtout pour l'étude des radiations solaires et de leurs actions si multiples sur les phénomènes de la végétation. L'observatoire s'occupe de l'observation constante du soleil et de sa surface si variable, mesure l'étendue des taches et cherche à poser les bases astronomiques nécessaires pour découvrir les rapports qui rattachent les variations de la température terrestre à la source même de toute chaleur et de toule lumière pour notre monde. La station de climatologie agricole étudie, par l'observation et par l'expérience, l'absorption des rayons calorifKjues et lumineux du soleil par les plantes, analyse l'action des diverses couleurs du spectre solaire et observe les diverses transformations de l'énergie solaire dont dépend si intimement la vie terrestre tout entière. L'altitude de la pelouse où sont installés les instruments est de 85 mètres. L'exposé de ces études peut être divisé par chapitres, suivant l'ordre naturel de leur organisation. ANN. SCIENCE AGUON. — 2» SÉlUE. — 1890. — I. 1 2 ANNALES DK LA SCIENCE AGRONOMIQUE. I. — Le soleil. Le soleil s'est U'ouvé dans l'année 1893 en une période d'activité maximum. On a observé presque constamment des taches gigantes- ques, dont plusieurs ont été visibles à l'œil nu, des groupes remar- quables, des facules, des flammes et des protubérances en nombre considérable. J'ai eu l'honneur de signaler à l'Académie des sciences, dans sa séance du 24 septembre 1894-, des mouvements cycloniques observés et mesurés en juillet et août sur plusieurs taches énorgies. Plusieurs taches ont dépassé cent mille kilomètres de diamètre. On sait que l'activité solaire est soumise à une périodicité de onze ans environ. L'avant-dernier maximum était arrivé en 1888, mais beau- coup moins élevé : il y a eu, cette année-là, 1 155 millionièmes de la surface solaire tachée; il y en a eu 1420 en 1893 et environ 1250 en 1894. Le dernier minimum a eu lieu en 1889, avec le coeffi- cient 78. Depuis cette époque jusqu'en 1893, l'activité solaire est allée en croissant. Elle commence maintenant à diminuer, et redes- cendra graduellement jusqu'au prochain minimum, qui arrivera vers 1899. Les perturbations magnétiques et les aurores boréales ont été in- tenses et nombreuses, comme il arrive à toutes les époques de grande activité solaire. L'oscillation diurne de l'aiguille aimantée a éoalement atteint son maximum. La température, à Juvisy, représentant le climat des environs de Paris et sensiblement celui de toute la région nord de la France, n'a pas été élevée, comme on le verra aux tableaux suivants. Tandis que l'année 1893 avait été très sèche, très chaude, claire et lumineuse et d'une remarquable insolation, l'année 1894 est humide, tempérée et bruineuse. En 1893, on avait eu 70 jours consécutifs sans pluie, du 28 février au 9 mai, disette de fourrages, moissons de rendement inférieur à la moyenne, à cause de la sécheresse, vendanges abon- dantes et excellentes. En 1894, pluies fréquentes, sans être extrême- ment abondantes, ciel généralement couvert, fourrages de bonne qualité et de quantité moyenne, moissons contrariées par le temps, vendanges médiocres. Les tableaux météorologiques montrent que LA STATION DE CLIMATOLOGIE AGRICOLE DE JUVISY. 3 les moyennes annuelles, soit pour la lempéralure, soit pour la pluie tombée, n'indiquent pas le caractère réel d'une année et qu'il est indispensable, pour l'apprécier, de comparer les observations men- suelles. C'est ce que nous allons faire. II. La température. La température de l'air, sous abri, est enregistrée constamment et, de plus, observée tous les jours: 1° à un thermomètre étalon, vérifié exact sans correction ; 2° aux thermomètres maxima et mi- nima. On a déterminé les températures de chaque jour: 1" par la moyenne des vingt-quatre heures; 2" par celle des maxima et mi- nima. MOYRNNES MOIS des (lés inaxima REMARQUES. 24 heures. et minima. Janvier .... 2M0 2°33 Mois normal, pluvieux. Février .... 4 78 5 07 Mois chaud. l'eu de pluie. Mars 7 62 7 60 Id. Avril 12 00 12 36 Mois chaud. Mai 11 r,o 11 44 Mois iroid et sec. Juin 16 16 16 57 Mois frais. Juillet 18 31 18 74 Mois uormal. Août 16 90 17 70 Mois frais. Septembre . . . 13 78 13 82 Mois froid, couvert, pluvieux Octobre .... 10 13 10 62 Mois très doux, pluvieux. Novembre . . . G 76 7 18 Mois très doux. Sec. Déceiubre . . . 3 49 3 69 Id. Mojeoae de l'anDée. 10''29 10" 59 Année tempérée. (Février à au-dessus de la normale.) C'est par les comparaisons que l'on peut apprécier avec exactitude le caractère météorologique d'une année. En regard de la courbe thermométrique mensuelle de cette année 1894, nous avons tracé la moyenne climatologique. On voit que février, mars et avril ont été fort au-dessus de cette moyenne, tandis que mai a été fort au-dessous (et même au-dessous d'avril). Il est fort intéressant de voir égale- ment combien l'allure du printemps de 1893 offre d'analogie avec celle du printemps do 1894, de février en mai, tout en restant plus élevée (fig. 1). 4 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Les mêmes observations quotidiennes sont faites pour la pluie, l'état du ciel, le vent, l'hygrométrie et l'évaporation. Les courbes thermométriques enregistrées chaque jour sont con- servées sur des registres spéciaux ; elles manifestent les moindres variations de la température et diffèrent considérablement d'un jour à l'autre. ^O" Janv. Fév. Mars Av ril Mai Juin Juillet Août Sept. Cet. Kov. Dec. 19 -^ ^ 1R ^ \ 17 / / — > \ Ifi // / \^ ■\ — \ ! 15 / // \ \\ li __ 7 / V 1^ 1 ^/i IV \\. 12 1 1 /  ^ 11 «5 ' i y ^ 1 V^ 10 u / \ '/ / r ^ ^ 8 / / / à \ V / 7 ï \ r. / 1^ ^ k 5 / '/ / V 4 / / / ^ ^\ \ 3 / > / ^ hN^ 2 ^ / ^\ 1 1 - 1 1 Fig. 1. — Température mensuelle de l'année 1894 comparée à la moyenne normale et à l'année 1893- Nous signalerons comme type d'une courbe normale d'une belle journée calme et sans nuages celle du 1^' juillet 1894, et comme exemple d'une journée irrégulière et agitée celle du 14 juillet. Dans la première, la température a dépassé 30 degrés. Dans la seconde, elle n'a pas dépassé 20 degrés, quoique ce fût au maximum de l'été (fig. 2 et 3). La comparaison des températures montre que les mois du prin- LA STATION DE CLIMATOLOGIE AGRICOLE DE JUVISY. 5 temps qui agissent le plus sur la végétation, février, mars et avril, ont été chauds; aussi la feuillaison et la floraison des principales plantes de nos climats ont-elles été en avance. Mais le mois de mai a M* XII Mt /i/^ /»>-l r' '^'v ^ J 7 — \ 1 l f 1 \ \ / \ ■V -^ l / s, V \ V ^ r 30» 23 20 2i 22 20 18 16 14 12 10 Fig. 2. — Courbe de la température pendant une journée calme et sans nuages (l'r juillet 1894). été froid, et l'été a été assez frais, couvert et pluvieux. L'automne au contraire a été très doux, et la température a été remarquable- Mt XII Mt Fig. 3. — Courbe de la température pendant une journée agitée et pluvieuse (14 juillet 1894). ment élevée du 22 octobre au 15 novembre, tandis que rniinée der- nière la fin d'octobre avait été très froide, ainsi que la première quinzaine de novembre. Le chiffre ihermométrique ne suffît pas 6 ' ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. pour faire juger du caractère d'un mois, même au seul point de vue de la température : ainsi la température d'octobre 1893 a été 10" 9, tandis que celle d'octobre 1894 a été 10<'l ; cependant, ce dernier mois a paru plus cbaud que celui de l'année précédente, parce qu'en 1893 la température a décru à peu près régulièrement du commen- cement à la fin, et était descendue à 4°51e dernier jour, tandis qu'en 1894 elle a sensiblement remonté à la fin du mois. De même en novembre : tandis que le 10 novembre 1893, par exemple, avait pour température moyenne 0"7, le même jour avait, cette année, 12° 6. La température passe deux fois par jour par sa valeur moyenne, une fois le matin et une fois le soir. On pourrait obtenir la tempéra - lure moyenne par une seule observation diurne faite à 8, heures du soir pendant toute l'année, ou bien faite à 8'' 30. du matin de l'équinoxe du printemps à l'équinoxe d'automne, et à 9''30deréqui- noxe d'automne à l'équinoxe de printemps. Les phénomènes naturels sont intimement liés à ces variations annuelles de la température. On a noté avec soin la feuillaison, la floraison et la maturation de tous les arbres fruitiers et d'un grand nombre d'autres, ainsi que l'apparition et la disparition des oiseaux migrateurs et les dates de toutes les récoltes, en comparant ces ma- nifestations de la vie à la température, à la pluie et aux divers états de l'atmosphère. Tous ces phénomènes vitaux, y compris les nids, sont, en quelque sorte, fonctions du degré thermométrique. La place nous manque pour reproduire ici ces tableaux. III. — Chaleur solaire reçue à la surface du sol. La température de l'air à l'ombre et sous abri n'est pas celle qui agit directement sur les végétaux, sur les feuilles, les fleurs et les fruits. 11 nous a paru indispensable d'observer et d'enregistrer l'ac- tion directe des rayons solaires, et nous avons fait construire, à cette intention, un certain nombre d'appareils qui constatent et enregis- trent cette action. En premier lieu, nous avons fait construire un thermomètre rempU d'espril-de-vin et communiquant par un tube à un appareil enregis- LA STATION DE CLIMATOLOGIE AGRICOLE DE JUVISY. i Ireur. Ce cylindre a été colorié en vert, de la couleur du gazon, et est placé sur le sol. Il reçoit donc tous les rayons solaires reçus par le sol sur lequel il est couché, est exposé à toutes les intempéries et •iRo, Mt f xir ( 3 M 1 "Si! r\ "il / \ 5'î / \ fiO / \ 48 / \ 4li / \ ■11 i-> \ ■U\ / 38 3f. / \ 81 1 \ 9» ■ \ \ '>0 \ 18 \ IG ^ \ S N / 14 12 10 V \. y i Fig. 4. — Tlicniioin(iti'o vci't à la surface iki sol ya/.ouué, i)ar uue belle joui'iiéo d'été (5 juillet 1894}. à la radiation nocturne. Sa température n'est pas la mêm'3 que celle du sol, parce qu'il est en métal; mais elle se rapproche autant que possihle de celle des ohjets placés à la surface du sol, et fait connaî- tre le maximum de la chaleur solaire reçue. Ni le gazon ni les arbres 8 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. ne voient leur température s'élever aussi haut au soleil, notamment à cause de la circulation de l'eau, de l'air et des gaz dans les tissus des plantes, mais l'appareil enregistre le maximum de chaleur reçue, et c'est là un élément climalologique important. Les courbes, qui sont conservées sur un registre spécial, montrent l'oscillation calorifique de chaque jour. Cette oscillation s'est étendue d'un minimum de 16" 6 à un maximum de 59*9, ou près de GO degrés, le 2 juillet, journée chaude, tandis que dans certaines journées 4GO U 42 40 38 3;; 31 32 30 28 2-) 24 22 20 18 IG 14 Fig. y. M' ( ■ xn G Mt ... I. J. i il H II U- V -r-1 1 ) { \ \ \ /' ■~\ \ \ ,/^ / u V ^ o^ ^ Le même thermomùtrc par une jouruéu agité 3 (7 juillet 1894). froides, on la voit resserrée, par exemple le 18 octobre, entre un maximum de 8" 7 et un minimum de 2'' 9 et souvent moins encore. Dans les journées calmes et ensoleillées, la courbe de ce thermo- mètre enregistreur est remarquablement nette, comme on peut le voir [)ar la ligure 4- (5 juillet, vent du nord). La moindre variation atmosphérique, nuage, vent, pluie, fait baisser la courbe diurne et produit des oscillations correspondant à l'intensité frigorifique de la perturl>ation. La figure 5 montre une journée très agitée (7 juillet, LA STATION DE CLIMATOLOGIE AGRICOLE DE JL'VISY. 9 vent d'ouest). Ea comparant les courbes de ce thermomètre couché sur le sol gazonné, avec l'actinomètre et avec le radiomètre, on ob- tient une appréciation complète de l'action solaire pour chaque jour. IV. — Température intérieure du sol. La température intérieure du sol joue le plus grand rôle dans les phénomènes de la végétation, pour l'horticulture comme pour l'agri- culture, un très grand nombre de plantes alimentaires vivant au- dessous de la surface du sol, cl les racines des arbres s'y développant à des profondeurs variées. L'un des premiers soins de la Station cli- matologi(|ue de Juvisy a été de faire construire des thermomètres enregistreurs calculés pour être installés à diverses profondeurs au- dessous de la suiface du sol et pour enregistrer perpétuellement les vaiiations de la température ; celles-ci se transmettent aux appareils posés à 1 mètre au-dessus du sol, et peuvent être lues simultané- nvnU et constamment comparées. Cinq thermomètres, composés de cyh'ndres métalliques remplis d'esprit-de-vin, ont été placés respec- tivement aux profondeurs de 0'",05, 0'",'10, 0'",25, O-^jôG et 1 mètre: ils cnreyislrent constamment les températures. La compai-aison des courbes diurnes conduit à des résultats aussi curieux qu'importants. Et d'abord, l'oscillation diurne va naturellement en s'alténuant à mesure que l'on pénètre plus profondément dans l'intérieur du sol, et la forme comme le degré de cette atténuation varie avec les sai- sons. Le premier thermomètre, placé à O^'jOD seulement au-dessous de la surface du sol gazonné (profondeur des semis), indique exac- tement la chaleur solaire reçue par le sol même. La courbe diurne est analogue à celle du thermomètre couché à la surface du sol, mais moins étendue. L'amplitude de l'oscillation diurne diminue à mesure (|ue l'on descend. A 0'",iO, les moindres irrégularités se manifestent encore. A 0"',25, elles s'affaiblissent et se fondent dans une courbe moyenne très adoucie. A 0"',50, l'oscillation diurne, la différence de température entre le jour et la nuit, a complètement disparu, et il n'y a plus qu'une ligne droite qui s'élève ou s'abaisse lentement, de joui' eu jour, de semaine en semaine, selon la chaleur solaire absorbée par le sol. A i mètre de profondeur, cette ligne droite se modifie 10 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. plus lentement encore avec les saisons. On se rendra compte de l'al- lure de cette série de thermomètres, par l'examen des courbes d'une belle journée d'été, celle du 30 juin par exemple (fig. 6). Ces oscil- Mt 6 XII 6 Mt / ^ / \ / \ / \ i 1 1 \ 1 ^" ■ ^ \ \ / / 1 1 / ^ 1 \ 1 V 1 ^ / / ■^ Ai'- 1 1 /.O ^ / / .-^ V^" \ \~ ---- *^N.^ ■•- — ~,^ y,. r tr \ V ^.5 f N V ' ' \ ^^^ y \^ ^V d h" 1— + — + — ■ + - F" — '. ^^ % '^^ r t 530 56 54 52 50 48 46 44 42 40 38 36 34 32 30 28 26 21 22 20 18 16 14 12 10 Fiff. 6. — Températui-e Ju sol par une belle journée d'été (30 juiu 1894). (Voir, pour la signiflcation des courbes, le tableau des signes de la figure 7, à la page suivante.) lations, qui sont si régulières ici, sont au contraire extrêmement agitées par les journées nuageuses. Le maximum de la température de l'air arrive vers 2 heures. Celui de la surface du sol le précède, arrivant vers i heure ; celui LA. STATION DE CLIMATOLOGIE AGRICOLE DE JUVISY. 11 du thermomèlrc à 0"',0o arrive vers 2 h. 30 m. ; celui de 0"',10, vers 3 ii. 15 m. ; celui de 0"',25, vers 6 heures. Ces données se rap- portent aux journées ensoleillées. Le minimum du matin se produit dans l'air et à la surface du sol un peu avant le lever du soleil ; à O^jOfj, un peu après ; à 0'",10, une heure après ; à 0'",25, quatre heures après. On voit que dans cette dernière courbe l'oscillation diurne, même dans la plus magnifique journée d'été, ne varie que de 2-2H) à 26" 3, l'amplitude n'étant que de 4 degrés, et la moyenne étant de 24»1. M' XII Mt 1 lOo 8 C - + — - + - - + ■ ' — + \ — ■ V — + — - + - — 4 — î- — 4 2 — - — - _ — . ^^^ n" . _ . - ^ /■ ^'' s a =^ :^y^- ^^JJ^ /.. : .^er.rr^ ,^.^ ~- 1 ^^~ '— — -«_ -2 - ,i Température de l'air — du sol à 0™ ,00 . . . — — ,05. . . — — ,10. . . Température du sol à 0™,23 . . — — ,50. . — — 1 ,00. . +— + — + Fig. 7. — Température du sol par une journée froide et sombre (29 novembre 1894). On a eu, en cette journée qui peut être regardée comme une journée type de belle insolation : TEMPÉRATURE DéSIQHATION. *" ^e"^" MINIMUM. M.iXIMUM. 21 heures. Air 22»4 H^S 28°4 Surface du sol 31 15 55 3 Sol à 0'",05 26 5 18 5 35 G Sol à ,10 26 20 33 4 Sol à ,25 24 1 22 26 3 Sol à ,50 21 8 21 8 21 8 Sol à 1 mètre 17 3 17 3 17 3 Combien difTérenle est l'allure d'une froide et sombre journée d'hiver ! Notre figure 7 représente une de ces journées. Toutes les 12 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. couches du sol sont plus chaudes que l'air et l'oscillation diurne est à peine sensible. L'examen de la variation mensuelle de la température à l'intérieur du sol n'est pas moins utile ni moins intéressant que celui de la va- riation diurne, car depuis les plantes potagères, les céréales ou les fleurs de nos parterres, jusqu'aux arbrisseaux et aux arbres les plus puissants, tous les végétaux ont leurs racines se nourrissant précisé- ment en cette couche du sol, de la surface à 1 mètre de profondeur; voici les résultats des températures enregistrées: Températures mensuelles à l'intérieur du sol comparées à celles de l'air. MOIS. AIR. **^u^so^,"' 0'",05. 0">,10. 0'»,23. 0",5a. ln»,00. Mai (22-31). ... 10° 4 Juiu 16 2 Juillet 18 3 août 16 9 SepteQibre .... 13 8 Octobre 10 1 Novembre .... 68 Décembre 3 5 Nous avons représenté ces températures sur un diagramme spé- cial (lig. 8), qui permet de les lire et de les apprécier à première vue. L'étude des moyennes mensuelles conclues des observations con- duit aux conclusions suivantes : La chaleur reçue à la surface du sol a été plus élevée que celle de l'air de mai à novembre ; le plus grand écart s'est manifesté pendant les fortes chaleurs de l'été, surtout en juillet. Cette chaleur reçue à la surface du sol descend, à la fin de septembre, au-dessous de la température du sol à i mètre de profondeur; en octobre, au-dessous de la température à O'^jSO; en novembre, au-dessous de la température à 0"',25, et voisine de la température à 0™,05, tout en restant au-dessus de celle du sol à 0"',40 et de celle de l'air. La température du sol à 1 mètre de profondeur a été supérieure à celle de l'air en mai, inférieure en juin, égale en juillet, supérieure 1403 13° 1 U°0 13°G 14°2 13°5 22 1 19 6 20 1 18 7 17 9 15 2 25 2 22 21 9 21 3 20 9 18 3 21 3 19 6 19 1 18 9 18 8 17 9 17 5 15 8 15 7 15 8 16 4 16 9 11 5 10 9 10 3 11 3 11 8 13 7 3 7 3 6 8 8 2 9 9 II 6 3 3 2 2 9 3 9 5 1 7 6 LA STATION DE CLIMATOLOGIE AGRICOLE DE JUVISY. 13 en août, très supérieure en septembre, octobre, novembre et dé- cembre : dans ces trois derniers mois, elle est la plus élevée de toutes les températures. Quant aux diverses variations thermomctriques des autres profon- deurs, la plus juste appréciation que l'on en puisse faire est d'exa- miner le diagramme qui les représente : on juge exactement et dans leur aspect d'ensemble ces variations si curieuses. ?6» Mai Juin Ju llct A. ,ût Sept îinl re Cet libre ] S'ov oinb 25 •>4 ,/ /' \ 9-^ / / \ OJ A \ S ?! / .," ^^ S V, \ s 20 l't / -^ ^J 'y s.;- ^^ ^ . \ '^ \ s / // / ^ / '"< ' ■^ , \ \ \ 1** 1 .. /■ ^ **ij— "" ' N \ ^ :xN K r v \ \\ \ 12 / \ '■.,\ -- v1 „„ _J 1 M ^ P^ *' -^ , 11 10 8 / r s ^ ^ V. -.. "^ f^^ s'- '" \ s ■ \'- s S^ 6 - \ Température lie l'air . . , . — (lu sol à O'",00 — — ,05 — — ,10 Température tlu sol à Ora,25 . . . — — ,50 . . . — — 1 ,00 . . . +— +— + — des eaux souterraines. -^ -— .^ =- Fig. 8. — Température à l'intérieur du sol. Une inversion des températures se produit en septembre. Tandis qu'en été la température diminue pour chaque couche (sol, 0"',05, 0'",10, 0"',25, 0'",50 et 1 mètre), il arrive un moment où, les couches voisines de la surface se refroidissant, la température est à peu près la même à toutes les profondeurs (le 27 septembre, elle était par- tout de 16»5 envii'on); puis, en hiver, la température augmente avec la profondeur. 14 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. La vie des végétaux, celle des insectes qui s'enfoncent plus ou moins au-dessous de la surface, celle des petits mammifères souter- rains sont en rapport constant avec ces températures. Il en est de même de nos plantes vivaces, dont la santé et même la vie dépen- dent précisément de la chaleur ou du froid qui arrivent jusque-là. Un maximum de 35 à 40° dans l'air n'entraînera pas la mort des vé- gétaux, mais, s'il se prolonge et agit à l'intérieur du sol, les plantes |)ériront par la sécheresse, comme on l'a vu pendant l'été de 1803. Les journées de maximum ont été en 1894 (moyenne des vingt-quai re heures) : Surface du sol 32° 7 le 1" juillet. Sol à 0", 05 27 8 le 1" — Sol à ,10 27 5 le 1" — Sol à ,25 25 1 le 2 — Sol à ,50 23 I le 3 — Sol à 1 mètre 19 le 10 — La journée la plus chaude (température de l'air) a été celle du 1''' juillet également : 23" 7. Les plus hauts maxima atteints ont été : Thermomètre noir 63° Thermomètre vert à la surface du sol 59 9 à 0"', 05 de profondeur. ..... 380 à ,10 — 35 5 Sol gazonué ( à ,25 — 27 5 à .50 — 23 I à 1 mètre — 19 On voit que, dans nos climats, la chaleur reçue du soleil peut éle- ver jusqu'à 63" la température d'un ohjet exposé à ses rayons dans les meilleures conditions d'ahsorption calorifique et lumineuse, et que le sol gazonné peut atteindre 38°. V. — Eaux souterraines. L'épaisseur des nappes d'eau des puits et la température de ces eaux sont des éléments climatologiques importants. La température LA STATION DE CLIMATOLOCtIE AGRICOLE DE JUVISY. 15 de ces eaux soulerraines est généralement considérée comme tiès voisine de la moyenne annuelle du lieu. Nous avons à Juvisy deux puits différents sur lesquels les observations sont faites, La profon- deur du premier est de 13"', 56 et celle du second est de 14'", 08. Ces observations ont donné : .imu. , Juillet Août . . Septembre Octobre . Novembre Décembre. PUITS A. Hautonr d'eau. PUITS B. Tempéra- ture. Toinpijra- tuve. Hauteur d'eau. IfS 3'^,48 11»2 5™, 16 11 6 3 ,21 Il 4 5 .09 11 G 3 .38 11 l 4 ,93 11 8 3 ,38 11 5 5 ,23 11 9 3 ,49 11 8 5 ,12 11 5 3 ,37 11 3 5 ,15 Il 4 3 ,41 11 1 5 ,14 On voit que ce sont là deux nappes différentes, qui, tout en élant très voisines et presque à la même profondeur, n'ont absolument ni la même épaisseur ni le même débit. Ces puits sont creusés à tra- vers la terre arable et la roche calcaire des terrains du plateau de Juvisy. Le premier est en moyenne de 0''2 plus chaud que le second. La température moyenne de la station est de 9"9. Celle de ces deux puits dépasse de plus de 1" cette moyenne. Elle subit une oscillation mensuelle assez légère, de quelques dixièmes de degré, le maximum arrivant en octobre et le minimum en avril. VI. — Influence de la couleur sur la quantité de chaleur solaire absorbée. Les colorations diverses jouant un très grand rôle dans les phéno- mènes de la végétalion, nous avons mis en expérience une série d'appareils destinés à fournir des documents pour l'analyse de cette influence: i° Une série de 10 thermomètres à mercure, à réservoirs cylin- driques encadrés dans des montures en bois, comprenant les sept couleurs principales du spectre solaire, plus un thermomèlre noir 16 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. mat, un noir brillant, un blanc mat, et un blanc brillant. Ces ther- momètres ont été construits par M. Molteni. Ils sont placés sur une planchette de bois à charnière mobile et à mouvement azi- mutal, et peuvent toujours être exposés normalement aux rayons solaires ; 2° Une autre série de 11 thermomètres à mercure, à réservoirs sphériques, isolés, montés à jour, comprenant les mêmes couleurs, portés par un support isolé et pouvant être inclinés normalement aux rayons solaires. Ces thermomètres ont été construits par M. Ju- les Richard ; 3° Des serres en verres colorés dont les verres ont été examinés au speclroscope afin d'obtenir des couleurs monochromatiques ne laissant passer qu'une série de rayons de longueurs d'onde détermi- nées. L'un de ces verres laisse passer les rayons de l'extrémité rouge du spectre solaire, un autre, ceux de l'extrémité violette, un troi- sième ne se laisse traverser que par les rayons verts. Une serre de verre transparent a été adjointe comme comparaison. Afin d'éviter un accroissement de température trop élevé et pour rester autant que possible dans les conditions de la nature, un courant d'air est établi dans ces serres, sans que pour cela aucun relTet de lumière blanche extérieure puisse pénétrer. Les deux séries de thermomè- tres colorés ont été observées par tous les jours de bonne illumina- tion solaire. Les couleurs qui absorbent la plus grande chaleur sont le noir et le bleu foncé, qui sont très souvent égaux et alternent, l'indigo dé- passant parfois le noir et réciproquement. Viennent ensuite le vert, le violet et le bleu clair. Le rouge, le jaune et l'orangé viennent après. Enfin les thermomètres qui s'élèvent le moins haut sont le blanc mat et le verre transparent, celui-ci occupant toujours le bas de cette échelle comparative. Les différences sont souvent considérables entre les diverses ab- sorptions et parfois dépassent 10" entre le thermomètre ordinaire à verre transparent et les thermomètres foncés. Nous avons vu plus haut que le maximum atteint a été QS" par un LA STATION DE CLIMATOLOGIE AGRICOLE DE JUVISY. 17 thermomèlre noir, le 1" seplembrc à 2 heures. On a eu ce jour-là la gradation suivante Thermomè tiv de blauc brillant blanc mat jaune . . 51°5 53 53 orangé 55 rouge 57 — bleu indigo 58 59 ■ — violet vert 60 60 5 noir 63 Maximuai Tair à Tombre 29 Ces observations sont résumées dans la figure 9. XII 1 2 3 63 ^ -^ \ fil / \ v A / ^ ^ ^ ^ \\ \ y / ^ ^ :f' \ \ \ 58 57 56 55 54 53 52 jV >«> / ^ ^ ■ -- — \ \ S, F" 'i-'fn ^< X' ^\ \ Vi oLet. j^ / / ^ K x\, \ ^ fr -fiJn, > y ^ V k ^^. \ P / X X '' ^ Jf X V A 1 \ / -7^ ^^ \ \ \ \ R 'W<7 / X ^ ^ x^ ■*• ■' . A- - V C X \ \ \ \ \ -xinn >. X' > \ 50 49 48 Jo fjytr JC ' >• ■ \ \'', f! itxn^ : \ \ ! ■-. 1 \ \ k *> 47 46 ■-. 44 l'ig. y. — Thonuoiuùtrcs de couleur (journée du 1" septembre 1894). ANN. SCIENCE AURO.N. — 2" SÉRIE. — 1899. — I. 2 18 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Il est extrêmement difficile d'obtenir des couleurs stables dans la coloration de ces thermomètres constamment exposés au soleil, à l'air et aux intempéries, et aucun essai n'a complètement réussi, surtout pour le violet, qui passe très vite. Les verres fournis comme fabriqués spécialement et intérieurement colorés dans la substance même du verre n'ont pas donné non plus les résultats désirés. Les coef- ficients d'absorption des produits chimiques sont fort différenis. On a dû tenir compte de la modification des couleurs dans les chiffres admis comme hase de discussion de ces températures relatives. Les maxima des thermomètres de couleur ne correspondent pas toujours à ceux de l'air. Ainsi, par exemple, le 31 août, le thermo- mètre noir a atteint C2°5 et l'air 27"7, tandis que, le 30 juin, le pre- mier s'est arrêté à ôS"^, l'air atteignant 28°5. La transparence atmos- phérique joue ici un rôle important. Nous arrivons ici à la radiation solaire elle-même. VII. — Étude de la radiation solaire. Le soleil agit sur les plantes par sa chaleur et par sa lumière. Un certain nombre d'appareils ont été imaginés pour mesurer les radia- tions calorifiques et lumineuses, soit en laissant ces radiations agir ensemble, soit en essayant de les séparer et de distinguer leur action respective. L'étendue visible du spectre solaire ne représente d'ail- leurs, comme on le sait, qu'une partie de l'action totale, les rayons calorifiques invisibles de l'infra-rouge, comme les rayons actiniques invisibles de l'ultra-violet ayant déjà pu être mesurés dans leurs lon- gueurs d'onde et dans leurs vitesses jusqu'à une grande distance des extrémités visibles du spectre. Notre station de climatologie possède comme appareils d'étude observés chaque jour : Un actinomètre enregistreur de M. Violle à Ihermomètres blanc et noir conjugués ; un actinomètre vaporisateur ; un enregistreur dei heures d'insolation ; un photomètre horaire; un radiomètre de Crookes. Le premier de ces appareils enregistre les variations de l'énergie calorifique des rayons lumineux, indiquée par la dilTérence des deux thermomètres, l'un enfermé dans une boule de verre étamé blanche LA STATION DE CLIMATOLOGIE AfiRIGOLE DE JUVISY. 19 brillanle, réfléchissant la plus grande somme possible de rayons lu- mineux, l'autre enfermé dans une boule de verre noir et mat absor- bant la plus grande somme possible de ces mêmes rayons. Deux styles inscrivent constamment sur un cylindre tournant la tempéra- ture de chaque thermomètre, et la différence de ces températures est relevée et consignée sur des registres, spéciaux. Cet écart entre les deux courbes constitue le degré actinométrique. Comme pour les antres instruments, les courbes sont relevées de deux, heures en deux heures et les 12 nombres obtenus servent à constituer le degré acti- nométrique. moyen de la journée. Nous avons eu : DEGRÉ actinométrique. Journée Moyenne maximum. du mois. .luiii 14°3 3°2 Juillet 15 7 3 3 Août Il 2 3 Septembre 15 2 4 Oclobre 12 5 13 ÎNovcnibre 128 09 Décembre 100 07 L'écart maximum a eu lieu le 27 juillet, et n'a pas correspondu avec la journée la plus chaude de l'année. Ce degré actinométrique a été plus grand au mois de septembre qu'au mois d'août, quoique le mois ait été moins chaud : '13"8aulieu de le^Q. L'observation de l'actinomètre vaporisateur complète utilement celle de l'appareil précédent. Celui-ci se compose d'un réservoir sphérique coloré en bleu foncé rempli d'alcool éthylique. Dans ce réservoir pénètre l'extrémité effilée d'un tube ouvert. Le réservoir à alcool est entouré d'une boule de verre dans laquelle on a fait le vide. L'appareil étant exposé au soleil, la boule bleue s'échaude plus rapidement que le tube, et l'alcool distillant tombe en gouttelettes dans le tube, qui est gradué en centimètres cubes. H sufïît d'examiner la colonne d'alcool occupant le tube pour lire le nombre de centimètres cubes distillés par les i-ayons solaires. 20 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Voici le résumé des observations quotidiennes : Distillation solaire par l'actinométre vaporisateur. JODKNÉE MOYKNtTE naximiim. du mois. 38'='^ 5 21'='=5 3G 8 23 8 25 2 Iv) 2 25 2 17 7 20 4 11 7 16 4 6 3 15 4 4 8 Juin . . , Juillet . . Août. . . Septembre Octobre . Novembre Décembre. Le maximum de 38*%5, le 29 juin, n'a correspondu ni au maxi- mum actinométrique qui a eu lieu le 27 juillet, ni au maximum ther- mométriquo qui a eu lieu le 6 juillet. On voit que ces observations mettent sur la trace d'une série de causes climalologiques différentes à déterminer. D'après M. Houdaille, qui a fait à Montpellier l'étude comparative de ces appareils, on peut obtenir le nombre de calories reçues par jour en divisant le volume d'alcool distillé ou les différences des tliermomètres conjugués exprimés en degrés-heures, par les nom- bres suivants : .. . PRINTKMPS ETK. . . HIVER. et autoiiine. Actinomètre vaporisateur 0,0437 0,0392 0,0347 Actinomètre enregistreur 0,307 0,289 0,271 On aurait dune par le premier de ces appareils : Juin 2P%5 X 30 = eiô-'^O— 14 719 calories. Juillet 23 ,8X31=730 ,G=IG626 — Août 19 ,2X31=5<)5 ,2=13 620 — Septembre 17 ,7X30 = 52.) ,5=12 1lG — Octobre 1 1 ,7 X 31 = 362 , 7 = 8 300 — Novembre G ,3 X 30 = 189 ,0 = 4 840 — Décembre 4 ,8X31 = lib ,8= 4 280 — Les heures de soleil ont pu être comptées à partir du 15 aoûl, après un grand nombre d'essais de papiers sensibles, à la suite LA STATION DE CLIMATOLOGIE AGRICOLE DE JUVISY. 21 desquels nous avons adopté le ferro-prussiate. L'appareil a enre- gistré le nombre d'heures suivantes, auxquelles il est indispensable de comparer les heures théoriques du lever au coucher du soleil : Septembre. Octobre. . Novembre . Décembre . HEURES R VPPORT de soleil. théoriques. lôGi^SO" 376'' 30» 0,41 100 00 327 37 0,31 49 50 274 00 0,18 63 20 2ôG 17 0,24 On voit que les heures de soleil ont été très rares, surtout en no- vembre. La nébulosité a été estimée : Juin 6,2 Juillet 7,0 Août 7,4 Septembre .... 5,1 Octobre . Novembre Décembre. 7,* 8,0 8,4 l'évaporomètre a donné : Juin 3°"", 8 Juillet 4 ,3 Août 3 ,0 Septembre ... 2 ,4 Octobre .... Novembre. . . , Décembre. . . . i mm -7 1 ,3 1 ,3 VIII. — Pluie. La pluie recueillie aux deux pluviomètres a été pour toute l'année en millimètres de hauteur d'eau tombée : Janvier . . . . GO""", 2 Février . . 27 ,1 Mars . . . 32 ,9 Avril . . . 58 ,9 Mai . . . 31 ,9 Juin . . . 40 ,4 Juillet. . , 38»"',8 Août . . . . 59 ,2 Septembre . 61 ,7 Octobre. . 33 ,0 Novembre . 20 ,8 Décembre . 38 .6 22 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Ce régime des pluies a été 1res ditïérent de celui de l'année 1893, car nous avions eu Janvier . . . . SI"" ',5 Juillet . . . . 62'"">,0 Février . . . . 59 2 Août . . 20 ,3 Mars . . . . . 12 ,3 Septembre 52 ,6 Avril . . . . . ,0 Octobre . 85 ,0 Mai. . . . . . 45 ,6 Novembre • • .• -S-i ,^ Juin . . . t • -. , 31 ,5 Décembre ... 61 ,6 PC' ... ., 1 1, /.. . \ \ •N? ^ / \ i \ ./ \ / / \ / \ y ■ \ >• /^ / \ \: '-V V y / s ^r^ / \ ^ <^ / \ / N '^i / -^ \ \ 1 f \ rs / / f ^ ^ ^ l 1 On appréciera au premier coup d'œil cette-difTérencc par le dia- gramme (fig. 10). • Janv. Fév. Mars Avril Mai Juin Juillet Aodt Sept. Dot. Nov. Dec. 90 m m 80 70 60 50 40 30 20 10 Fig. 10. — Pluies en 1893 et 1894. Les mois qui ont donné le plus d'eau ont été :. septembre, janvier, août et avril. Le mois le plus sec a été novembre. Ce ne sont pas les jours qui donnent le plus d'eau qui sont les plus sombres. Nos cli- mats ont trop souvent des séries de jours d'une intense nébulosité, absolument dépourvus de soleil et ne donnant pas pour cela une seule goutte d'eau au pluviomèlre. Depuis l'organisation de nos ob- servations climatologiques, nous avons essayé de classer tous les jours de l'année par catégories, relativement à l'état du ciel pendant les vingt-quatre heures de chaque jour, les partageant en : 1° Jours complètement purs sans un nuage; 2° Jours avec quelques nuages ; 3° Jours nuageux ; 4." Jours entièrement couverts ; 3 et 4 his, Jours où il a plu. LA STATION DE CLIMATOLOGIE AC.RICOLE DE JUVISV. 23 îNoiis avons en : DBSIONVTIOS. Jours ciimplùloaicul purs. . Jours avec quelques nuages . Jours nuageux Jouis euliùrement couverts . Total. Jours où il a plu Juin. Juillet. iloiil. Srpti'inhrp. O.'lubrf. ïiicTiiKra. Dcc.Miirs. à l 2 5 1 3 2 2 7 4 •i ',) 17 13 13 13 7 18 li 11 U ô li 18 11 30 31 31 30 31 30 31 lô If. 19 15 U ir. ?1 IX. Température interne des arbres. Quelle est la lempérnture interne de.s arbres? Dépend-elle iini- qiienienl île la chaleur solaire reçue? Suit-elle la température de l'air? Gomment agissent l'exposition, le diamètre de l'arhre, l'essence végétale à laquelle il appartient, l'âge peut-être? Pour résoudre ces questions, nous avons fait construire des thermomètres coudés, dont le réservoir en forme de boule d'un centimètre de diamètre environ a été enfoncé dans le cœur même de l'arbre, à la profondeur d'un demi-diamèlre. l'uis le tube qui pénètre dans l'arbre est calfeutré d'étoupes et de sciure, de telle sorte que l'air extérieur n'y pénètre pas. La lecture se fait directement à toute heure du jour ou de la nuit sur la tige coudée verticale ressortant de l'arbre. Ces thermo- mètres ont été comparés au thermomètre-étalon et les corrections ont été inscrites sur chacun d'eux. Afin de reconnaître rinfluence personnelle des arbres dans ces températures internes, des arbres morts ont été placés comme po- teaux de comparaison, avec des thermomètres analogues. Pour commencer ces expériences, nous avons choisi des arbres d'essences et d'expositions différentes : i° un peuplier-tremble ex- posé au soleil pendant la journée entière, ayant non loin de lui : 2" un peuplier mort, de môme diamètre comme comparaison ; 3" un acacia exposé au soleil pendant la journée entière (un peu à l'ombre le matin), et 4* un autre acacia entièrement à l'ombre, sous bois; 5" un épicéa qui reçoit le soleil le malin jusqu'à 11 heures; 6* un cerisier sous bois, accompagné : 7" d'un autre cerisier mort, égale- ment sous bois. 24 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Parmi les meilleures journées d'observation, celle du 6 aoùl a donné les résultats les plus élevés. La voici : PSUPIjIER POTEAU ACACIAS CERISIER POTEAU HEURE s. au au ^- —^ — ÉPICÉA. SOUS SOUS AIR. soleil. soleil. au soleil. à l'ombre. boia. bois. 11. 19°0 21°5 19°5 18''4 19''2 18<>2 IS'S 30° 1 . 19 9 27 5 19 S 19 8 19 S 20 6 21 8 31 6« 3. 26 7 32 5 20 5 21 2 22 1 23 24 1 30 o . 21 2 31 5 21 5 22 3 23 5 24 6 25 4 25 2 10. 21 9 25 4 22 7 23 4 25 1 25 25 1 20 5 On voit que la plus haute température atteinte a été celle du peu- plier-poteau exposé au soleil : SS^ô. L'air a atteint 3i°6. Le bois mort, à peu près sec, atteint un maximum un peu après celui de l'air et se refroidit ensuite assez vite. Le diamètre de ce poteau est de 0"',175 et il en est de même de celui du peuplier voisin. La tem- pérature de ce peuplier s'est accrue pendant toute la soirée. Nous parlerons plus loin des heures précises de maximum et de mini- mum. Ainsi, l'arbre vivant ne se comporte pas comme l'arbre mort ; sa température, comme celle du bois mort, arrive, par conductibilité, mais moins rapidement et d'une autre manière. La sève, l'eau, les gaz, les liquides en mouvement dans les diverses couches de l'arbre, de l'écorce au cœur, couches de conductibilités différentes elles- mêmes, agissent sur cette température qui relarde considérable- ment sur celle de l'air. Tyndail a trouvé qu'en tous les points non situés au centre de l'arbre, le bois possède trois axes inégaux de conductions différentes, à angle droit l'un sur l'autre. D'autre part, l'arbre est en communication avec le sol qui lui transmet sa chaleur. Si nous comparons au peuplier l'acacia, exposé comme lui au so- leil, nous voyons que sa température a atteint 22°7 à 10 heures du soir. Le diamètre de cet arbre est de 0"',31 . Remarque assez cu- rieuse, l'acacia à l'ombre, dont le diamètre est un peu inférieur (0°',26), s'est élevé plus haut que le premier et avait atteint SS^-i à 10 heures du soir. 1. Maximum de \^Z0"'. LA STATION DE CLIMATOLOGIE AGRICOLE DE JUVISY. 25 L'épicéa (diamètre 0'",32) s'est élevé plus haut encore, à 25"! n la même heure. Le cerisier, à l'ombre, à atteint 25°. Son poteau avait atleintSS"^. Avant de tirer des conclusions, faisons d'autres comparaisons. i: non 4 6 13 août 14 août Mt XII Mt XII 1 1 / \ 1 ' / \ \ 1 1 1 \ \ / \ \ / / \ \ / 1 1 1 \ \ \ 1 1 \ \ / \ 1 1 l \ / ; \ /-> \ ■■•■•.:1 \ ; ' 1 : / ' _! V 1 1 1 / V \ 1 1 / X \ \ 1 1 1 's,^ \ A / 7^ \ '••• / / ^^ V- \ f 1 / /- \ / 1 ,1 / ■ / ^ ^•' V •h. :v -— ■^^ ', ^ ^ / / '/ y'jL % -^^; '.■^\ -.^ 1 1 / / > "A:' :T ^ ■♦-- ^..- «-•^i ;* * .^ * "V. fc-^y 'r' ^'^ ,...■ V '\ :.'~ > *^ '-.<. /.-. *"•/■ ■' ■A \. V ■*t; =^-v _..*^ *'•* \ VV v\ \^ > r ♦ — .- '-;■> \ ^^ '■^^ p N \ \ S'-. '"^ ^ J ■ f - ^P \ V >^ >- \ / / 1 35" 24 23 22 21 20 19 18 17 16 15 14 13 12 11 Tenipératuri^ de l'air Température du sol à 0"',00 . . . . Poteau au soleil Tremble au soleil Poteau sous bois + Cerisier sous bois + — H H Épicéa +-- + -- + Acacia au soleil . —^ Acacia sous bois . . . Fig. 11. — Température interne des arbres (13 et 14 août 1894). On peut considérer avec intérêt les courbes des 24-25 juillet, 13-14 août (fig. il), 13-14 octobre et 9-10 novembre (fig. 12). Dans la première, le peuplier-poteau a atteint 29°, à 4 heures du soir, l'épicéa 24°, à 10 heures du soir; le cerisier-poteau, 23°7, à 6 h. 30 m. ; le cerisier 23°3, à la même heure ; l'acacia au soleil, 23°, à 10 heures du soir; l'acacia, à l'ombre, 22^4, à 9 heures du 2Ô ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. soir. L'arbre le plus froid a été le peuplier. Journées chaudes, plu- vieuses. Dans la seconde, le peuplier-poteau a atteint 20°8, à 5 heures du soir; le peuplier 17°5, à la même heure; le cerisier-poteau 17M, à 1) heures; le cerisier 16°6, à la même heure; l'épicéa 16°9, à la 9 novembre 10 novembre IS" S Xlt G Mt i XII G 17 ^ ifi / X r \ 15 // r' tj 1 1 ï 'f\ rL"- k. 13 /j ■■ / (A ' A ■A '« v ^ / > • A À ^4 • 11 »K / / ^^*«r /....■• \ 1 10 i \. s. / -"" ^y^ ^v— ^ \ 1 ! Z^ /: • ^*' " <>-' '-'' V ' — V 1 \ S 1 "^ . * ^\ ' ^* ' ' i ' ^r >^-' \'" fi ^À **♦-. -*~ t>' 5 1 /-^ -v-:< / 4 y 3 \ Tempéi'atiire de l'air. Température du sol à 0"',00 . . . Poteau au soleil Tremble au soleil Cerisier sous bois — 1 1 Poteau sous bois -|- + Épicéa + — I — 4- Acacia au soleil ._ Acacia sous boi.s ,, . Fig. 12. — Température interne des arbres (9 et 10 novembre 189i). même heure. L'arbre qui s'est élevé le moins haut est l'acacia a l'ombre. Journée assez chaude, nuageuse. Dans la troisième, le peuplier-poteau a atteint 15°7, à 4 heures du soir; l'acacia, au soleil, 15", à 8 h. 30 m.; le peupher, 13"r^, à 5 h. 30 m.; le cerisier-poteau, IS^-i, à 6 h. 30 m.; le cerisier, 1% à 6 h. 30 m. ; l'épicéa, 12^5, à 8 h. 30 m. L'acacia à l'ombre est l'ar- bre qui s'est élevé le moins haut et le peuplier celui qui est des- cendu le plus bas (de 13°2 à 6"2). LA STATION DE CLIMATOLOGIE AGniCOLE DE JUVISV. 27 La série du 9-10 novembre est exlrèmenient curieuse. La tempé- rature a continué décroître pendant toute la nuit, et il n'y a pas eu de minimum. La température de l'air est restée fort élevée jusque dans l'après-midi du 10. Le peuplier-poteau est resté le plus chaud jus(ju'au 10 vers 5 heures du soir, puis s'est refroidi ; le peuplier le suivait de près, mais s'est moins échauffé et s'est refroidi moins vite ; l'acacia au soleil, qui était le plus chaud, est devenu ensuite le plus froid ; l'acacia sous bois, qui élait d'abord plus froid, est de- venu ensuite supérieur au premier. On voit que si l'allure des arbres a été de suivre en général celle de l'air, d'une part l'oscillalion est moins forte, d'autre part, le maximum a suivi de deux à quatre heu- res celui de l'air, le plus tardif étant l'épicéa. Les observations faites pendant les grands froids de l'hiver mon- treront jusqu'à quel degré la température interne des arbres peut descendre. On voit, dans tous les cas, qu'un grand nombre d'élé- ments distincts sont en jeu dans celte température. X. — Expériences diverses sur la végétation. Un gland de chêne de nos bois a été semé dans le btU de placer le chêne qui en sortirait dans les conditions climatologiques où se trou- vait la terre avant l'existence des saisons, avant l'apparition des es- pèces d'arbres à feuilles caduques, conditions analogues à celles de nos climats tropicaux actuels, et d'essayer si un arbre de ces espèces modernes ne pourrait rester toujours vert, c'est-à-dire acquérir des feuilles nouvelles avant d'avoir perdu les anciennes, en un mot, n'êlre jamais sans feuilles vertes, comme les espèces à feuilles persistantes. J'ai choisi le chêne, parce que c'est l'un des arbres de nos climats qui gardent le plus longtemps leurs feuilles et parce qu'il y a des espèces de chênes à feuilles persistantes. Nous avons fait nos efforts pour que la température à laquelle l'arbre pouvait être exposé ne descendît pas au-dessous de 10" et fût généralement entre 15 et 20°. L'expérience, entreprise depuis plusieurs années, a parfaitement réussi. Le gland dont il s'agit a été semé dans un pot en février 1891. 28 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Voici la pousse de la lige centrale de chaque année: 1891 0™,36 1892 .26 1893 ,22 1894 (janvier) ,10 Hauteur totale 0"',94 La pousse de 1894 s'est formée du 19 janvier au 6 février. Au milieu de février, l'arbuste s'est surtout étendu en largeur; le 17, il avait 13 branches vertes et 74 feuilles du vert le plus tendre. La hauteur n'a pas augmenté du 6 février à la fin d'octobre. Alors il avait encore 28 feuilles anciennes et portait à sa cime une cou- ronne de 5 feuilles nouvelles, avec une pousse d'un centimètre. Ainsi, nous avons réussi à ce qu'il ait des feuilles nouvelles avant d'avoir perdu les anciennes. Il est en plein air du 1" juin au 30 sep- tembre. Nous avons aujourd'hui : Pousses de 1891 0",36 — 1892 ,26 — 1893 ,22 — 1894 (janvier) ,10 — 1894 (décembre) ,04 La nouvelle pousse s'est développée à partir du 48 décembre, elle mesurait : Le 18 décembre 0",015 Le 20 — '. . . ,020 Le 22 — ,030 Le 25 — G ,035 Le 31 — ■ ,040 La tempéralure de la véranda où ce chêne est placé varie entre 10° et 21°. Belle lumière. Sa température habituelle est de 17° à 20°. Dans les jours très froids, elle est descendue à 8° et même à 6°. Ce petit chêne a actuellement (1" janvier 1895) une couronne de cinq larges feuilles à son sommet, un bouquet de petites feuilles à sa cime et trois nouvelles pousses aux branches secondaires. LA STATION DE CLIMATOLOGIE AGRICOLE DE JUVISY. 29 Nous avons fait, d'autre pari, des expériences sur la culture du maïs et avons trouvé : l" Que la profondeur de 0"',05 pour les semis de cette plante est celle qui donne les meilleurs résultats; 2° Que le maïs semé le 16 juin est arrivé à floraison complète en 80 jours, pendant lesquels le radiomètre vaporisateur a distillé 2 048 centimètres cubes, ce qui correspond à 52 240 calories en- voyées à la surface du sol par les rayons calorifiques et lumineux du soleil. Des thermomètres placés dans l'intérieur des tiges de maïs ont montré que la température intérieure du maïs suit celle qui est mar- quée par un thermomètre vertîx la même exposition, et que réchauf- fement à la surface du sol est toujours égal ou supérieur à la tem- pérature des plantes. Comme exemple de maximum, nous citerons l'observation du r3 septembre à i heure : Maïs 20° 4 Tlierniomètre vert, à côté 28 1 Surface du sol 29 Air 25 1 XI. — Action de l'électricité sur la végétation. La question de l'influence de l'électricité sur la végétation étant très discutée, depuis plusieurs années surtout, et les expériences ayant donné des résultais contradictoires, nous avons cru devoir ajouter le chapitre des radiations électriques à celui des radiations solaires cl faire quebpies expériences indépendantes. Des pla(iues de cuivre et des plaques de zinc de 0"',70 de lon- gueur sur 0'",45 de largeur, repliées à angle droit, ont été placées aux deux extrémités de plates-bandes de l^jôS de large et de 4"', 50 de long, enfoncées dans le sol, en dépassant un peu la surface et reliées entre elles par un fil de cuivre isolé. On crée ainsi des piles zinc-sol-cuivre, où l'on suppose qu'un courant électrique peut s'établir. Une première expérience faite sur des semis de petits pois n'a donné aucun résultat. La planche éiectriséc s'est comportée comme 30 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. la planche non éleclrisée. Il est ulile de remarquer que la Lerre était resiée sèche pendant l'expérience, car il n'y avait pas eu de [iluie. Une seconde expérience a été faite sur des navels. Les légumes voisins du pôle négatif (zinc) et à droite du courant cuivre-zinc ont paru plus précoces et plus actifs que les autres, mais l'expérience est restée très douteuse. Nous avons pensé alors activer le courant en y ajoutant une pile Lcclanché de tiois cléments, et, pour une précision complète, on a compté les graines semées et l'on en a suivi avec le plus grand soin la germination, en ne laissant pas arriver les mauvaises heibes. 50 haricots ont été semés en hgne, dans chaque plate-bande, le 31 août. On a fait passer le courant pendant dix heures, puis on l'a inler- l'ompu pour le ramener ensuite par intermittence, tantôt pendant la nuit et tantôt pendant le jour. Les résultats obtenus sont dignes d'at- tention et mettent en évidence une action certaine de l'électricité. Les voici : PLAKCHB ÉLECTRIBÉE. PLANCHE TÉMOIN. A septembre A graines sont levées et montrent leurs cotylédons. Néant. 5 — 16 graines sont levées 2 graines lèvent. G — 35 graines sont levées et 7 ont 2 feuilles épanouies. 8 7 — 45 graines sont levées 14 8 — 53 graines sont levées 28 10 — 54 graines sont levées 3i 11 — 54 graines sont levées 40 12 — 56 graines sont levées et 53 ont deux feuilles. . . 40' 13 — 56 graines sont levées 45 On se rendra compte au premier coup d'œil de celte différence par le graphique (fig. 13). 11 résulte de celte expérience : 1" que la germination a été beau- coup plus rapide dans la parcelle éleclrisée ; 2" que la di'oile du couranl a élé favorisée, ainsi que le pôle négatif. Entreprises trop tu'd, nous n'avons pu les prolonger jusqu'à la maturité, mais nous nous promettons de les reprendre. 1. 27 ont deux feuilles. LA STATION DE CLIMAl'OLOGIE AGRICOLE DE JUVISY. 31 Tel est le résumé sommaire des observations el des expériences 57 55 53 51 J!l •17 45 J3 ■II 39 37 35 33 31 20 27 25 23 21 19 17 15 13 11 9 5 3 1 Septoiiibro il W 11 12 lo 1 ^ X^ ^ / / / / / À / / / / / -- -- / i / / / • / / / / • / / y / / / l / ' ■ t / i / 1 1 — "~ t / —f— ! 1 t t 1 1 ' / / 1 / ' 1 1 / [ - / \l / / / ^ . , , . Il» rianche électnsee, suniis do 56 hancots ....'. , , , . ( 2" Planche tcmoin . . l'i f^ ■^ § S <î^ o -T CM fô -* Surf ace CO C5 ff) Oï Cr> S5 000 •> 300 87 200 A 400 85 000 5 500 01 000 nilrale déduit, de la racine. kilogr. f.-. » » 9 500 il CMcs 100'' = 190 11700 — =234 tO 100 — =202 15 500 — =310 fr. g'-- » 1 180 li2 1 328 102 1 303 100 1 337 190 1 422 Le rendement plus faible de la parcelle 4 s'explique par ce fait que les plants ont été dévorés en partie par les courtilières; ils ont très utile de mettre sous les yeux de nos lecteurs. Les directeurs des Stations agrouo- iniqiit's et les professeurs déparlemcntaux y trouveront des renseignements d'autant l)lus intéressants que Tensemble des documents que nous avons réunis se rapportent à des sols et à des climats très différents. Nous avons groupé en deux catégories les documents que nous publions : la première comprend les expériences, concours, essais (le cultures relatifs aux céréales, aux plantes sarclées et à diverses cultures; la deuxième Il trait à l'application des engrais minéraux et particulièrement du nitrate de soude à la fiiuiure des vignes. Nous publions sans modilications les rapports des expérimenta- teurs, leur laissant la responsabilité des renseignements qu'ils renferment mais nous nous réservons de faire suivi'C la publicalion de ces documents d'un résumé critique des résallats et des conclusions pratiques qui en découlent. (Note de la Rédaclion). 40 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. été remplacés, mais ceux-ci n'ont pas atteint le poids des betteraves de première plantation. A part cela, on peut constater un accroissement de récolte avec la dose de nitrate employée, soldant par un bénéfice net très notable. Nous avons analysé des échantillons de betteraves provenant des diverses parcelles pour rechercher quelle était l'influence du nitrate sur la qualité : MATIÈRE , sncKE ACIDK [Oi sèche. PROTEINE. dans le jus. nitrique p. 100 p. 100 p. 100 p. 100 1 11.34 0.84 10.1 0.090 2 11.30 1.01 10. 1 0.081 3 10.93 0.91 9.8 0.095 4 11.40 1.05 9.8 0.054 5 11.66 1.26 9.6 0.126 Ces chiffres montrent que la quantité n'a pas été obtenue aux dé- pens de la qualité; le taux de la matière sèche reste sensiblement le même ; la proportion de protéine (matière azotée) augmente, si celle du sucre subit une légère diminution. Nous avons dosé l'acide nitrique dans les betteraves, pour recher- cher si une partie du nitrate avait été absorbée par la plante sans être élaborée par elle et transformée en matière azotée nutritive (protéine). On sait que dans les terres très riches en substances azo- tées assimilables, les betteraves se chargent de salpêtre, qui les rend purgatives. On peut constater que jusqu'à la parcelle 5 ayant reçu 500 kilogr. de nitrate à l'hectare, la dose d'acide nitrique n'augmente pas; celte parcelle présente une augmentation de 0.036 p. 100 qui ne peut avoir grande importance quant à l'alimentation, mais représente environ 58 kilogr. de nitrate de soude par hectare absorbé inu- tilement. Dans le sol où nous avons expérimenté, la dose de 400 à 440 ki- logr. représente donc la limite à parlir de laquelle le nitrate n'est plus avanlageux pour les betteraves fourragères, soit pour le rende- ment, soit pour la qualité des racines. La dose habituellement recommandée est de 300 à 500 kilogr. par hectare. EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 41 2. — Un deuxième essai, dans les mêmes conditions, a été fait chez M. Creux à La Bourdonnelte-sous-Lausanne, en terre graveleuse, sèche, qui constitue une des anciennes terrasses du Léman. La ré- colte de 1897 était de l'avoine avec 25 000 kilogr. de fumier par hectare ; au printemps 1898, il en avait été appliqué 33 000 kilogr. environ. La variété cultivée était aussi la a Jaune de Vauriac ». Le champ a reçu, en outre, comme fumure auxiliaire, du super- phosphate et du sulfate de potasse, aux doses indiquées précédem- ment. Quatre parcelles de 1 are ont reçu respectivement 0, 2, 3 et 4 kilogr. de nitrate répandu entre les lignes, en trois fois. Voici les rendements obtenus rapportés à l'hectare : îjot FUMURK azoti'e (nitrate). kilogr. POIDS (les racines, kilogr. EXCÉDENT DK RÉOOLTE. BÉNÉPIOB net, nitrate déduit. kilogr. fr. fr. 1 64 000 » » » 2 200 74 900 10 900 à 2f les 100'' = 218 170 3 300 90 GOO 26 600 — = 532 460 4 400 102 300 38 300 — = 766 G70 Ces résultats sont superbes; il faut cependant tenir compte du fait que les betteraves, ayant souffert de la sécheresse, ont dû être arro- sées et il est possible que celles des dernières parcelles aient reçu un peu plus d'eau que les premières, ce qui peut avoir influencé un peu sur le rendement. L'action du nitrate a été néanmoins prépon- dérante et a exercé la plus grande part d'influence sur les rende- ments. Nos essais montrent donc que l'emploi d'un engrais azoté d'action rapide comme l'est le nitrate de soude, peut donner pour la culture de la betterave fourragère des excédents de récolte rémunérateurs, même avec l'application simultanée du fumier. La décomposition de celui-ci n'est pas assez rapide pour fournir aux plantes la nourriture dont elles ont besoin pour produire des récoltes maxima. Il ne faut pas perdre de vue le fait qu'un engrais azoté ne peut' produire son plein efi'et que si le sol est suffisamment pourvu en substances minérales : acide phosphorique, potasse, chaux. Son ap- plication ne sera réellement avantageuse que si elle a été précédée 42 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. d'une fumure phosphatée (superphosphates, scories Thomas), si né- cessaire, potassique et calcaire. L'emploi exclusifet répété de fumures azotées, en détruisant l'équi- libre dans la composition du sol, aboutit forcément à une diminution dans les récoltes. ]¥• « CONCOURS DANS LE DÉPARTEMENT DE l'oRNE, EN 1898 Rapport de M. Langlais, professeur départemental d'agriculture. Conditions de la campagne 1897-1898. — La façon des blés s'est faite dans de bonnes conditions; en outre, l'hiver a été doux et a favorisé le développement des racines. Seul le printemps a été froid et humide, ce qui a relardé la végé- tation et l'ensemencement des avoines. En revanche, les mois de juin et de juillet ont été beaux et chauds. Les blés et les avoines avaient la plus belle apparence au moment des visites. Malheureuse- ment, dans la 2* quinzaine de juillet il est survenu des orages qui ont provoqué la verse trop tôt et diminué sensiblement le rende- ment des blés qui promettaient le plus. La récolte aélé bonne quand même. La floraison des blés s'est effectuée seulement dans le courant de juillet et la récolte n'a commencé qu'à partir de la première semaine d'août et ne s'est terminée, avec un retard de 15 jours, que vers le 20 août. 1. — M. Persehaye (Jacques), à Tan ville. a) Essais sur blé : Dans une pièce de 40 ares nommée les Éclos, en sol gréseux, sortant de sarrasin fumé avec 200 kilogr. de superphosphate 14 p. 100, il fut semé, le 25 octobre, un mélange de blé Dattel et de blé de pays, qui fut enterré à la charrue. EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 43 Le 20 mars, un nouvel épandage d'engrais eut lieu sur 30 ares. Cet engrais était formé de 40 kilogr. de nitrate de soude et de 110 kilogr. de superphosphate. Soit, par hectare, 130 kilogr. de nitrate et 370 kilogr. de superphosphate. Le témoin avait 20 ares. Toute la pièce fut alors hersée puis roulée. Le blé était très propre et pour cette mauvaise terre les rende- ments furent très satisfaisants. La récolte eut lieu le 8 août. GEAIN. PATI,I,E kilogr. kilogr. 2 130 5 000 1 500 3 500 ^ „ .130 kilogr. nitrate ^ Parcelles avec engrais. •, „ „ ^ , ^ / S o •J3UB18I\[ •lBA9qo 3p .T3imnji •ojod ap jaimn^i ■no?noia ap jainmj H a û 9 & ï^ t-( s a a S •w a a s S S 03 D E>. ■< M (d O fl 2! a Ci Q a S D ^ M » H Q tn Ml QJ O S ^ 9 O ^ >o o •a a o ao » 2; o o vO i-, tao o a a 3 6^ S o ■a 3 O Q ^ o T3 U) O rf S) O p. W 5d o 3 3 O EQ o lO O tl ^ d îO •a b s •M a (D a a © o w N a "> S 2! r> o OO E< <ù 3 t~ 05 c-i t^ C«5 o i-H «N ^» *~ r^ #^ ^ z c5 "ta d O J5 O r~ 00 •«»< r^ 00 •^ (S J5 (M ■^ ■y^ co -,_i o" 3 O 00 co irc «D co S s ■r-< c -r- c-t ■*— 1 C^< -tf ■< Ph in O <= O O O o ? 10 •© 1^ L« Irt lO .n lO lO PS ■«1 ë Se o C~( t- t- r~ 6^ ffi ■o o -O ' 1 ■ A "s a £" £) ■*-* 1» o es tfl ^3 o. is 09 =1 1> s en 'S 1 O" 4^ 4^ 1 a -1 .3 3 ^ 1 t. a C3 t~ -* -.— « 00 -•M c>> fc s o CO co t~ 00 ■« ï- e^ ■«^ 1-N T-t •g -» n o o o O o o o o o o o c cO lO 00 00 o -sf co 1- -=J> lO ov c» «o co c: co C5 o> o o» r- -=*> ■Z- "F- C-. o lO "O <3» tb ^ -o- t^ (M ->« co o; LO lO ■«— « -=*< Cl t~ cr: C7> H M -* 1-^ -H C~( co ■^1 ■*— c <>< ^ H O » H H • ■< h H 6< h3 O O CT -a , Pi a O « O a* O = o a ^ (M M ^4 «^^ ,^ ■1 C» (M <>) (N c^ c» c» o c C-» Q (M C^ c-t c-< c^. Il ^ a" a'~ B e" s " er O" ^ O* cr c db lO O o "î ■^ r~ 50 — 00 II S -.- os ■'-' -.- Cl p« a< ^ #« ^ ^ ^ 5 00 •«)< -^ co -5? Ci -* t- irt co o* C^ C( ~t co ■>-" c^ C-( co --H Ci 00 c-t ■'^ et •^ S • • • • • • • H • • • • • O a es CS es m ^•^ ■4iA a a 1 a 1 C3 I a "►5 '3 ' '5 ' o* 3 1 ■3 cr ^ V ^ ^ QQ *« ■^ s <=> S 'CS o o -« 9 Q o o irt ^ uî "î irt ) % a- 0. ~^ C-l co -^ c^< ■•-' s c^' Bi P r~ «- ca ^ « -r c i^ c c il 1 4-» a 2 « a •-: -^ *" ■< u- Ck o. eo o. co "S. eo >.-5 > <> ' o O U3 o o C •~ Xi .a ^ xi ." •« - ^ 1 1 c • &, a> o. 03 t. o. a> h «=• t! "" E ; 0. > £r *^ t-" ^ ii> s^ *-» V Cl O) -4^ j 1 â ai ci a §, a S •4 ) 3 — S ■- a s 3 3 .— E- < lï . M ^. «3 Z". u* M s Ci, GO n- z; g, « S • • • • • O ■" e-> CO •<«• Irt AN.N. SCIENCE AURON. — 2' SÈUIE. — 1899. — I. 82 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. environ de blé plus la paille) toutes les terres qui acquerront en outre de la récolte immédiate un fonds de ferlililé. Mais il n'en reste pas moins évident que les engrais chimiques ajoutés aux fumiers donnent une plus-value très appréciable : 8 quintaux environ dans le n" 4 (complet), S quintaux dans le n" 5 (superphosphate) et 7'i™,25 dans le n° 6 (nitrate). Les chiffres de notre tableau ont leur éloquence. La culture inten- sive, la fumure ordinaire avec engrais complets complémentaires et l'emploi du nitrate avec fumure nous procurent des plus-values remarquables. Si nous comparons les n°* 4- et 5, nous constatons que l'emploi du nitrate nous accuse un bénéfice net de (188 fr. 30 c. — 71 fr. 90 c.) = 116 fr. 40 c. par hectare. Mais, disent ceux qui refusent de croire à l'évidence : « Vos en- grais chimiques vont ruiner votre terre. » Eh bien ! je prétends que la récolte de blé n'a pas pris tous les éléments d'acide phosphorigiie el d'azole fournis par vos engrais, et que le sol est enrichi. J'attends avec confiance les récoltes d'avoine (2* année) et de pommes de terre (S^ année) qui seront faites sur notre terrain en 1899 et en 1900, sans qu'on y apporle maintenant aucun engrais. En tout cas, pour parer au plus pressé, j'ai cultivé dans du verre cassé des haricots nains que j'ai nourris avec des engrais complets minéraux, de la germination à la floraison, La récolte est faite, et cette fois les plus rétifs aux progrès ont été forcés de reconnaître que le sol n'était pas appauvri, puisque dans l'expérience il n'exis- tait pas, le verre cassé ne servant que de support à la plante. En matière de conclusion, je redirai aux cultivateurs : « Dirigez votre exploitation, petite ou grande, de façon à ne jamais perdre de fumier et à lui conserver ses qualilés. Et encore cette quantité sera toujours, quoi qu'il arrive, inférieure à ce que les récoltes enlèvent annuellement au sol; on a calculé que les cent millions de tonnes métriques de fumier produites chaque année en France ne peuvent fournir que la moitié des éléments fertilisants contenus dans les récoltes annuelles. Nous savons que fautre moitié a été transformée en chair, cuir, EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES, 83 lait, œufs, laine, pain, légumes, fruits, boissons, etc.. produits qui sont consommés ou exportés, ou perdus sans profit. Il faut donc combler le déficit sous peine de voir notre vieux sol gaulois s'appauvrir et sa fertilité diminuer. La solution de cette question capitale est dans l'emploi raisonné des engrais chimiques complémentaires du fumier. ]%« 9 CONCOURS DU DÉPARTEMENT DE l'eURE Rapport de M. Bodkgne, professeur départemental. Dans le courant de juin, M. Bourgne, professeur départemental d'agriculture, et M. Lauriot, agriculteur à Evreux, ont visité toutes les expériences faites dans neuf conmiunes appartenant à neuf can- tons différents. Ils ont alors pris exactement note du soin apporté par chacun des concurrents dans l'organisation des essais et exa- miné attentivement les apparences de ces essais afin d'en rap- procher les résultats qui leur seraient transmis après le battage. 1. — M. Hervey, du Vaudreuil, leur a fait visiter des essais orga- nisés avec le plus grand soin dans une grande pièce où l'avoine succédait à une récolte de pommes de terre « Saucisse rouge s. Avant cette culture, le sol avait reçu par hectare 28 000 kilogr. de fumier de ferme, 250 kilogr. de phosphates dosant 25 p. 100 d'acide phosphorique, etiOO kilogr. de chlorure de potassium. Pour l'avoine, ensemencée le 12 mars, il n'a été fait usage que du nitrate de soude répandu le 7 mai à l'aide d'un semoir à engrais conduit de telle façon que dans chacune des parcelles la marche de l'instrument avait été entraînée intentionnellement dans le mi- lieu de difterents trains de soi'te qu'il s'était produit des inéga- lités de végétation capables d'être remarquées par les plus incré- dules. 84 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Voici les constatations faites au moment de la récolte (sol absolu- ment sableux) : TENDOK parcelles. POIDS de nitrate à l'hectare. POIDS TOTAIi récolté à l'hfctare. ares. kilogr. kilogr. 84,00 » 4 780 89,00 112,500 5 425 76,00 198,000 6 676 75,50 265,000 6 840 M. Hervey écrit : « Le maximum d'effet utile paraît donc obtenu par une dose de 200 kilogr. par hectare. En attendant d'effectuer le battage, j'ajoute qu'à l'apparence la majeure partie du supplément de poids semble devoir être attribuée à la paille, mais il n'en est pas moins vrai qu'avec une dépense de 46 fr. par hectare, si elle n'est que payée par un excédent minimum de 3 quintaux de grain (et il y aura cer- tainement davantage), je trouve un bénéfice de 1 500 kilogr. de paille pour ma ferme qui en manque toujours. » 2. — M. Pinchon (Désiré), propriétaire à Boissy-Lamberville, nous avait fait visiter différentes pièces dans lesquelles des essais avaient été soigneusement organisés. Les résultats qu'il nous trans- met confirment nos prévisions. I" pièce : Blé semé à l'automne dans un terrain argileux où la plante a souffert de l'humidité pendant l'hiver 1897-1898. , RENDEMENT des ENGRAIS EMPLOYES EN COUVERTURE. ^^^ ^ ares. kilogr. kilogr. 60 1 750 5 200 60 125 kilogr. de nitrate 2 150 900 l 125 kilogr. de nitrate ) „,.„ 60 { } 2 45G 7 500 ( 200 kilogr. de superphosphate. . . . \ 1 110 kilogr. sulfate d'ammoniaque. . . | 9 iCi 1 ic \ 220 kilogr. de superphosphate ... i Le plan de cet essai est digne d'être signalé particulièrement. EMPLOI DU NITRATE DE SOLDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 85 2' pièce : Blé après surcharge : 50 ares avec demi-fumure de ferme 50 ares avec 140 kilogr. de nitrate et 200 kilogr. de superphosphate 3° pièce : Blé après guéret fumé : 25 ares sans engrais chimiques 25 ares avec 100 liilogr. de nitrate et 1 10 kilogr. de superphosphate RENDEMENT par hectare. Grain. kilogr. 1 837 2 000 2 210 2 475 Paille. kilogr. 5 300 6 300 5 300 7 600 3. — Dans les terrains légers de la vallée de la Seine, M. Mouette (Albert) nous montre à Notre-Dame-de-l'Isle sept pièces, trois en blé et quatre en avoine, sur lesquelles sont des applications de ni- trate de soude. Sur le blé, le nitrate répandu à la dose de 80 à 100 kilogr. par hectare a produit, par rapport aux parcelles témoins, des excédents variables selon les pièces de terre de 150, 160 ou 170 gerbes et en grain 550, 590 ou 610 kilogr. par hectare. Dans les champs ensemencés en avoine, les parcelles ayant reçu du nitrate à la dose de 80 ou de 100 kilogr. ont produit, par rap- port aux témoins, des accroissements de récolte représentés par 160, 180, 220 ou 250 gerbes par hectare et de 875, 900, 920, 1 160 ki- logr. de grain. 4. — Une seule pièce d'expérience nous est montrée chez M. Fou- longue, agriculteur à la Haie-de-Calleville. Elle était ensemencée en avoine noire de Brie et se trouvait disposée en trois parcelles. ETENDUE de chaque parcelle. ares. 20 100 20 ENORAIS EMPLOYES. 125 kilogr. de nitrate 500 kilogr. de superphosphate d'os . 125 kilogr. de sulfate d'ammoniaque. 500 kilogr. de superphosphate d'os . RENDEMENT par hectare. Grain, hectol, 31 41 45 Gerbes. kilogr. 875 1 100 86 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Fail à noter. L'avoine et l'engrais ont été semés le 10 mars. Vers le 25, on a répandu sur la terre de la graine de trèfle violet. Il a admirablement levé et se montre très vigoureux sur les parcelles 1 et 2. On n'en voit pas sur la partie qui a reçu du sulfate d'ammo- niaque. 5. — C'est sur une culture d'avoine de printemps succédant à une récolte de pommes de terre que M. Labarrière a organisé une pre- mière expérience à Dangu. Malheureusement, des inégalités de terrain faisaient que l'avoine se montrait très irrégulière dans sa végétation lors de notre pas- sage. Voici les rendements qui nous sont CO mmuniqués : ÉTEUDUE des parcelles. NITRATE employé. RENDEMENT eu grain par hectare. ares. kilogr. kilogr. 20 » 2 500 30 50 3 333 20 75 4 500 Dans une pièce présentant une très forte déclivité, on a répandu du nitrate sur le blé occupant la partie haute: il n'a pas versé et a rendu du grain à raison de 2 300 kilogr. par hectare, la partie basse sans nitrate a versé et n'a rendu que i 900 kilogr. Les conditions de heu dans lesquelles ont été tentés ces essais de nitrate répandu à la dose de 100 kilogr. par hectare ne permettent pas d'en tirer grande conclusion. 6. — M. Désormeaux (Félix). Dans cette pièce ensemencée en avoine, une ceinture avait été laissée sans nitrate. En juin, l'avoine y était toute jaune tandis qu'au milieu du champ les parcelles nitratéesétaieni d'une végétalion luxu- riante. EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 87 EXPÉRIENCES SUR LE BLÉ, A FONTVIELLE (BOUCHES-DU-RHÔNE) Note de M. J. Leroy, instituteur à Foutvielle. Le sol, très profond, sur lequel a porté l'expérience appartient aux anciennes alluvions du Pdiône, dont il est éloigné de 4 à 5 kilo- mètres environ. 11 est situé tout près de la ligne ferrée de Salon à Arles. La récolte précédente était encore du blé et la variété sur la- quelle nous avons opéré est la louselle. Ce champ avait reçu à l'automne, avant les semailles, une assez bonne fumure de fumier très pailleux de cheval et du superphos- phate 13/15 à la dose de -400 kilogr. à l'hectare. Voici comment nous avons procédé pour établir notre expérience : Sur une parcelle rectangulaire du champ, de 40 ares, nous répan- dîmes, le 3 mars, 80 kilogr. de nitrate de soude, soit 200 kilogr. à l'hectare. L'autre partie du champ, ayant reçu en automne la même fumure et les mêmes façons culturales, fut laissée sans nitrate pour servir de témoin. Favorisée par un temps très propice, une pluie suffisante pour arroser le sol et dissoudre rapidement le sel, notre expérience pro- duisit sur la végétation des effets presque immédiats. La partie ni- Iratée se distingua vite du témoin par une couleur vert foncé et une abondance de végétation telle qu'il était facile de constater la dilTé- rence de loin. A l'époque de la moisson, l'effet du nitrate était moins apparent, mais il suffisait de s'approcher pour se rendre compte que dans la partie nitralée les liges étaient bien plus serrées et les épis plus longs que dans la partie voisine. De part et d'autre, l'uniformité semblait parfaite. Pour constater de la façon la plus exacte possible le résultat de cet essai, nous avons pris respectivement dans la partie nitralée et dans le témoin deux rectangles égaux de 20 mètres sur 15 mètres, soit 3 ares, et en avons fait la moisson. 88 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Nous avons ensuite mesuré le grain et pesé la paille de chaque rectangle et rapporté le tout à l'hectare, ainsi qu'il résulte du ta- bleau suivant qui résume fidèlement nos travaux. DESIGNATION des parcelles. Parcelle nitratée. Témoin . . . . SUPER- FICIE de chaque parcelle. ares. 3 3 RENUK- MENT du grain eu litres. litres. 158,75 133,75 EXCÉDENT dû au nitrate. litres. 25 J_ dû au nitrate par hectare. litres. 833 POIUS de la paille, kilogr. 254 214 EXCÉDENT dû au nitrate. kilogr. 40 dû au nitrate par hectare. kilogr. 1 333 Tel est le résultat très satisfaisant, à mon avis, que nous avons obtenu. II proclame d'une façon éloquente l'efficacité du nitrate de soude et les nombreux cultivateurs qui ont suivi notre expérience n'hésiteront plus à l'avenir à l'employer. Je dois dire que c'est le premier essai qui ait été fait dans notre localité. M. Viaud (Léon) a été si content de sa récolte qu'il se propose de remettre encore du blé dans le même champ, avec les mêmes en- grais d'automne et de printemps. ^« tt CONCOURS POUR L EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE DANS LA CULTURE DU BLÉ ET DE l'aVOINE DANS LE DÉPARTEMENT DE l'iNDRE, EN 1898. Rapport de M. Drooiudt, professeur départemental d'agriculture. Considérations générales. Les circonstances climatériques de cette année ont été à peine favorables aux expériences ou démonstrations tentées avec le nitrate de soude sur les céréales. La douce température de l'hiver qui les EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 89 avait rendues fortes en favorisant leur tallage, et l'humidité perma- nente du printemps qui a plus complètement mobilisé les éléments fertilisants de toutes les sources, ont provoqué partout une telle végétation, que l'influence des engrais complémentaires a été moins sensible que d'habitude. 1" catégorie. — Agriculteurs ensemençant plus de 10 hectares de céréales (blé et avoine). 1. — MM. Broquet (Denis) et fils aîné, propriétaires à Beauvais, commune de Murs. [M. Broquet, qui cultivent chaque année environ 60 hectares de céréales (blé et avoine), font usage depuis longtemps déjà des en- grais complémentaires : engrais phosphatés et nitrate de soude. Chaque année ils s'appliquent à faire des démonstrations en lais- sant des parcelles témoins, pour convaincre leurs voisins de l'utilité des engrais minéraux, du nitrate de soude en particuHer, appliqués en complément du fumier de ferme. Voici les résultats qu'il? ont obtenus en 1898, comme moyenne à l'hectare, en employant le nitrate à la dose de iOO kilogr. Avec nitrate Sans nitrate BLB AVOINE giaia. paille. grain. paille. kilogr. kilogr. kilogr. kilogr. 2 570 ô 850 1 880 3 000 2 lôO 4 770 1 520 2 250 Différence en faveur du nitrate. . . 420 1 080 360 750 2. — M. Trépault (Constant), fermier aux Chézeaux, commune de Villedieu-sur-Indre. M. Trépault, qui cultive un domaine de 240 hectares, fait environ 45 hectares de blé et 45 hectares d'avoine chaque année. En excellent cultivateur, il emploie, avec le fumier de ferme à bonne dose (20 000 kilogr. à l'hectare), des engrais minéraux en assez grande quantité : superphosphates et engrais azotés. Il demande quelquefois ces derniers au sang et aux tourteaux, mais pour les cé- réales et les betteraves, il prend de préférence le nitrate de soude. 90 ANNALES DE L.\ SCIENCE AGRONOMIQUE. Sur le blé el l'avoine, il l'a appliqué celle année à la dose de 100 kilogr. à l'hectare. Voici les rendements comparatifs qu'il a obtenus : Âvpc iiitratfi BLE grain. paille. kilogr. kilogr. 2 931 6 968 2 631 6 718 AV( grain. kilogr. 2 100 1 700 5INK paille. kilogr. 5 550 Sans nitrate . . 3 850 Différence en faveur du nitrate . . 300 250 400 700 3. — M. Lenseigne-Mirveaux, propriétaire à Relay, commune de Pellevoisin. Sur un domaine de 100 hectares qu'il cultive depuis cinq ans, et où il fait chaque année environ 50 hectares de céréales (blé et avoine), M. Lenseigne emploie régulièrement le nitrate de soude en couverture, pour provoquer l'action des engrais phosphatés et po- tassiques ajoutés au fumier de ferme. La dose de nitrate employée n'est pas régulière; elle varie, sui- vant l'état de végétation des cultures et leurs apparences, entre 70 et 120 kilogr. à l'hectare. Dans les démonstrations entreprises au sujet du concours, et qui ont porté sur 5 hectares de blé et 5 hectares d'avoine, il a obtenu la movenne suivante de rendement : BL.B A. V I N E grain. paille. grain. paille. kilogr. kilogr. kilogr. kilogr. Avec nitrate . 2 560 2 400 5 420 4 990 2 000 1 520 3 300 Sans nitrate . 2 400 en faveur du nitrate. . Différence 160 430 480 900 4. — M. Thomas (Auguste), propriétaire aux Deffends, commune du Poinçonnet. Le domaine exploité par M. Auguste Thomas ne comporte que 28 hectares, sur lesquels il fait environ 8 hectares de blé et 6 hec- tares d'avoine. C'est encore un bon cultivateur, qui fait régulièrement usage, avec le fumier, du superphosphate à l'automne et du nitrate de soude au printemps. Les fortes doses de ce dernier ayant provoqué autre- EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 91 fois la rouille de ses blés, il ne l'applique maintenant qu'à raison de 110 kilogr. à l'hectare pour le blé et de 80 kilogr. pour l'avoine. Les résultats de ses démonstrations, après correction, sont conden- sés dans les chiffres suivants, représentant le rendement par hectare. grain, kilogr. Avec nitrate 2 G24 Sans nitrate 2 380 LÉ AVOINE paille. grain. paille. kilogr. kilogr. kilogr. 5 050 2 400 3 500 4 700 1 G60 3 200 Diflérence en faveur du nitrate . . . 244 350 740 300 5. — M. Thomas (Pierre), à Joppeau, commune du Poinçonnet. M. Thomas (Pierre) cultive un domaine de 40 hectares, sur lequel il n'a fait en 1898 que 7''%50 de blé et 3 hectares d'avoine. A sa visite, au mois de juillet, la commission, malgré les déclara- lions du concurrent, qui avait d'ailleurs fait usage du sulfate d'am- moniaque à l'automne, a constaté que la démonstration avec le ni- trate de soude sur le blé était au moins douteuse. La différence entre les parcelles, qui était insensible à l'œil, ne peut, dans tous les cas, justifier les chiffres de récolte qui sont fournis, et qui doivent être considérés comme nuls. Par contre, elle a observé sur l'avoine faite après blé ayant reçu du fumier et du superphosphate, une démonstration bien comprise et positive. Voici les résultats de cette dernière, où le nitrate a été employé seul à la dose de 100 kilogr. à l'hectare. Avec nitrate. Sans nitrate A VOIME grain. paille. kilogr. kilogr. 1 900 3 200 1 280 1 980 Différence en faveur du nitrate. . . 620 1220 2* catégorie. — Agriculteurs ensemençant de 1 à 10 hectares de céréales (blé et avoine). 1. — M. Lombard-Berthonnet, propriétaire à Valençay. M. Lombard soumet à la culture intensive un petit domaine de 92 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 6 hectares, dont 4 en céréales, qu'il exploite conjointement avec 5 hectares de vigne. Depuis longtemps, avec de fortes fumures au fumier de ferme, il applique 500 à 600 kilogr. de superphosphate à l'hectare, et com- plète au printemps avec le nitrate de soude. Déjà concurrent et lauréat au même concours en 1895, il a entre- pris les démonstrations avec beaucoup de soins. Voici les résultats qu'il a obtenus cette année : Avec nitrate Sans nitrate BLE -^ V I N K grain. paille. grain. paille. kilogr. kilogr. kilogr. kilogr. 3 124 G 000 2 600 2G40 29tl 5 200 1 890 1 SOO Différence en faveur du nitrate. . . 213 800 710 840 2. — M. Venain (Alexandre), propriétaire à Gré, commune de Chàteauroux. C'est sur un domaine de 15 hectares, où il a fait, en 1898, 6 hec- tares de blé et 1 hectare d'avoine, que M, Venain opère. Il met en application l'excellent système qui consiste à ajouter chaque année, au fumier de ferme employé, 400 kilogr. de super- phosphate à l'hectare ; cette fumure est toujours complétée par du nitrate de soude à raison de 120 kilogr. au printemps. Les produits qu'il a obtenus, conformes à l'appréciation de la commission, sont indiqués par les chiffres suivants : Avec nitrate Sans nitrate BL .È AVOINE grain. paille. grain. paille. kilogr. kilogr. kilogr. kilogr. 2 739 4 800 1 975 2 C30 2 504 4 360 1 524 1 930 Différence en faveur (lu nitrate. . . 235 340 451 700 3. — M. Charpentier (Léon), propriétaire à Clavières, commune d'Ardentes. En cultivateur émérite, M. Charpentier, qui exploite un domaine EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 93 de 28 hectares, fait un large usage des engrais complémentaires ; mais ces engrais, qui se composent de superphosphate, de guano de poisson et de nitrate de soude, sont surtout apphqués aux plantes sarclées (betteraves fourragères et sucrières). La dose d'azote ainsi incorporée au sol est susceptible de servir l'année suivante au blé. Aussi, comme l'avait prévu la commission, n'a-t-il obtenu qu'une différence insignifiante sur cette culture avec 100 kilogr. de nitrate de soude employés au printemps. Sur l'avoine faite après le blé, au contraire, le rendement a été sérieusement augmenté par l'application de nitrate à la même dose que pour le blé. Voici les résultats obtenus par M. Charpentier: Avec nitrate Sans nitrate BLE AVC grain. >INE grain. paille. paille. kilogr. kilogr. kilogr. kilogr. 3 080 6 392 1846 3 840 3 054 5 880 1 576 3 136 Dillérence en faveur du nitrate . . . 26 512 270 704 H" 1« EXPERIENCES SUR L INFLUENCE DU NITRATE DE SOUDE SUR LES CÉRÉALES, PLANTES SARCLÉES, ETC., FAITES EN 1897 ET 1898 Par M. Denis, directeur de rÉcoIe de Montricliand (Loir-et-Cher). I. — EXPÉRIENCES DE 1897 1° Avoine. Le 4 avril 1897, j'ai acheté, pour y faire des expériences, un champ de 6*, 66 joignant la route départementale de Bluis à Loches. Ce terrain était en friche et, comme la saison était avancée, je l'ai 94 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. fait labourer le 8 avril, malgré l'humidité persistante; le 16, j'ai fait semer de l'avoine noire dans 5 ares. Dans la moitié nord, avant de semer l'avoine, j'ai répandu 1 kilogr. 2/3 de nitrate de soude 15-16°, 1 kilogr. 2/3 le 16 mai, au moment du tallage, et 1 kilogr. 2/3 le 15 juin. En totalité, 5 kilogr. dans 2%50, soit 200 kilogr. à l'hectare. Dans l'autre moitié, au sud, je n'ai rien mis. Pendant toute la végétation, la différence entre les deux parcelles était bien sensible : dans la partie nitratée, l'avoine était bien plus haute, plus verte et surtout bien plus fournie. J'ai fait la moisson le 31 juillet et voici ce que j'ai obtenu : 1° Parcelle nitratée : 8 décalitres d'avoine pesant 32 kilogr., et 40 kilogr. de paille. 2" Parcelle non nitratée: 5 décalitres 1/2 d'avoine pesant 19''^,500 et 26 kilogr, de paille. Ce qui fait, pour la première parcelle, 32 hectolitres à l'hectare, pesant 1 280 kilogr., et 1 600 kilogr. de paille. Et, pour la seconde parcelle, 22 hectolitres à l'hectare, pesant 780 kilogr., et 1 040 kilogr. de paille. L'augmentation de rendement, uniquement due au nitrate de soude, est ainsi de 500 kilogr. d'avoine et de 560 kilogr. de paille à l'heclare. L'augmentation de rendement est de : 500 kilogr. à 17 fi-, les 100 kilogr 85^00 ÔHO kilogr. de paille à 3 fr. les 100 kilogr. ... 16 80 Total 101^80 A déduire 200 kilogr. de nitrate de soude à 21 fr. les 100 kilogr 42 00 Bénéfice net 09' 80 D !• . /of ' . 1 . ' 59,80x100 Pour une dépense de 42 fr., c est un placement a — —yz^ = 142.38 p, 100. Il ressort clairement de cette expérience, faite cependant dans de mauvaises conditions, que l'emploi du nitrate de soude a une in- EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 95 fluence considérable sur la production de l'avoine, comme quantité et comme qualité, puisque j'arrive dans la partie nitratée à avoir 32 hectolitres d'avoine à l'hectare et 22 seulement dans la partie non nitratée. La première pèse 40 kilogr. l'hectolitre et la deuxième 85''^,4..j0 seulement. 2° Pommes de terre. J'ai fait des expériences sur trois variétés de pommes de terre : 1° Hollande; 2" Eaiiy rose ; 3" Ricliter's Imperalor. Pour les deux premières variétés, j'ai divisé mon terrain en quatre parcelles de chacune 35 mètres carrés. Comme je n'avais que 6 pieds de Richter's Imperator, j'en ai mis 3 dans chaque par- celle. Je parlerai peu de cette dernière variété, l'étendue cultivée n'étant pas suffisante pour donner une expérience concluante. Chaque parcelle a reçu un engrais composé de 1''«^,750 de super- phosphate et 0''^,350 de chlorure de potassium. Ce qui fait à l'hectare 500 kilogr. du premier et 100 kilogr. du deuxième. Le 20 avriljj'aiplantéles pommes de terre (tubercules de moyenne grosseur, plutôt gros que petits) à raison de 91 pieds par parcelle, soit 2600 pieds à l'hectare. Une parcelle sur deux reçut l''^, 050 de nitrate de soude (300 kilogr. à l'hectare), répandu moitié le 20 avril en couverture au moment de la plantation (un léger hersage a suffi pour l'enterrer) et l'autre moitié le 23 mai, au moment du premier binage. Toutes les pommes de terre ont bien levé et, pendant tout l'été, la végétation, dans les parcelles nitralées, avait pris une vigueur in- croyable qui tranchait de loin sur celle des parcelles non nitiatées. Les fanes étaient bien plus longues dans les premières pai'celles; elles couvraient tout le sol d'un feuillage vert foncé, tandis que dans les secondes on voyait la terre entre tous les pieds. Les « Hollande » ont été arrachées le 5 septembre et les « Eaiiy > le 14 août. 96 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Voici ce que j'ai obtenu : a) Hollande. Parcelle nilratée : 64 kilogr. de tubercules. A Thec- '■"'' 64X10 000^^^^33 ^^^ 35 ' Parcelle non nitralée : 42 kilogr. de tubercules. A Thec- 42X10 000 tare . — =12 000 ,000 Différence 6 285"'», 714 à 3 fr. 50 c. le quintal 220 fr. A déduire 300 kilogr. de nitrate de soude à 21 fr. les 100 kilogr 63 Bénéfice net k Thectare 157 C'e.sl un placement rapportant 249.20 p. 100. b) Early rose. La partie nitratée a donné à rhectare 31 750''', 000 La partie non nitratée a donné à rtiectare 25 000 ,000 Différence 6 750''', 000 à 3 fr. 50 c. le quintal 236' 25"= A déduire 300 kilogr. de nitrate de soude à 21 fr. les 100 kilogr 63 00 Bénéfice net à l'hectare 173^25' C'est un placement rapportant 275 p. 100. c) Richter's Imperator. Trois pieds seulement dans chaque parcelle ; j'ai obtenu 8 kilogr. de tubercules dans la partie nitratée et 5 kilogr. dans les trois autres pieds. Les résultats de ces expériences sont très satisfaisants et prouvent que l'emploi du nitrate de soude, pour la culture des pommes de terre, donne des excédents de récolte qui paient non seulement la dépense, mais laissent un bénéfice important à l'agriculteur. EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 97 II. — EXPÉRIENCES DE 1898 L'année dernière, j'avais fait des expériences exclusivement pour prouver l'augmentation de rendement d'avoine et de pommes de terre par l'emploi du nilrale de soude. Ces expériences avaient très bien réussi et elles étaient très concluantes. Cette année, j'ai voulu comparer, non seulement l'eiïet du nilrate de soude, mais des différents engrais chimiques sur la culture du blé et sur diverses autres cultures. 1" Blé. J'ai divisé un terrain silico-calcuire en cinq parcelles de 10 mètres carrés chacune. Le n° i a reçu un engrais composé de 0''^,200 de chlorure de po- lassium, O''^,200 de sulfate d'ammoniaque, 0''2,l)00 de superphos- phate, répandus avant la semaille, et 0''^',100 de nilrate de soude répandu au printemps. Le n° 2 a reçu les mêmes engrais, moins le superphosphate. Le n" 3 a reçu les mêmes engrais, moins le chlorure de potas- sium. Le n" 4 a reçu les mêmes engrais que le n" 1 , moijis le sulfate d'ammoniaque et le nitrate de soude. Le n" 5 a reçu les mêmes engrais que le n" 1, moins le nilrate de soude. Le 23 octobre, en présence des enfants de l'école (cours supé- rieur), j'ai semé du blé bleu (blé des Charentes dans nos contrées) préalablement chaulé. Ce blé a très bien levé; mais da'ns la parcelle n° 1, joignant un champ de navets, beaucoup de pieds ont été dévo- rés par les limaces grises, ce qui me faisait craindre pour la réussite de celte expérience. Il n'en a rien été, heureusement. Au mois de mars, au réveil de la végétation, le blé des parcelles n" 1 et n" 5 était bien plus vigoureux, plus tallé que celui des autres; il était bien inférieur dans la parcelle n" 4. Cette différence resta bien sen- sible jusqu'au moment où le blé commença à épier. A cette époque, ANN. SCIENCIi AUUON. — '2' SÉRIE. — ISy.l. — I. 7 98 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. on ne voyait presque plus de difierence, si ce n'est les épis du n" 4 surtout qui étaient bien plus gros que ceux du n" 4. Les élèves et moi, nous avons fait la moisson le 15 juillet et le blé fut battu le 22. Voici les résultats obtenus : Le 11° I a donné b'",50 de grain pesant 4''', 235 et 7''-,00 de paille. Le n° 2 — i ,50 — 3 ,420 6 ,50 — Le n" 3 — 4 ,00 — 3 ,040 6 ,50 — Le 11° 4 — 3 ,1 — 2 ,325 6 ,00 — Le u° 5 — 5 ,00 — 3 ,800 6 ,50 — Cela donne pour résultats à l'hectare: Le n° 1, 554 litres de grain pesant en moyenne 77 kilogr. Thectol. et 70''" de paille. Le n° 2, 45 — 76 — 65 — Le n° 3, 40 — 7G — 65 — Le n° 4, 31' — 75 — 60 — Le n° 5, 59 — 76 — 65 — En poids à l'hectare : Le u° 1 a produit 42'''", 35 de grain. Le n" 2 — 34 ,20 — Le n° 3 — 30 ,40 — Le n° 4 — 23 ,25 — Le n° 5 — 38 ,00 — En comparant ces produits, nous voyons que le superphosphate, employé pour le n" 1 et manquant dans le n° 2, a donné une aug- mentation de: SI»,! 5 de blé à 20 fr. le quintal 163^ » 5 ,00 de paille à 2' 50 le quintal 12 50 Total 175' 50 Dépense: 500 kilogr. de superphosphate à 7^50 les 100 kilogr. ... 37 50 Bénéfice net entièrement dû au superphosphate 1 38' » Ainsi, 138 fr. de bénéfice net pour une dépense de 37 fr. 50 c, ' , 1 . . . 138x100 ^^^ ,^^ c est un placement rapportant : — _ >„ — = 368 p. 100. o / ,c)U 1. La récolte de cette année était très bonne. On n'obtient guère en moyenne dans nos terrains que 25 hectolitres à l'hectare sans engrais azotés. EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 99 Le chlorure de polassium a donné par hectare une augmenta- lion de : ll<ï'»,95 de blé à 20 fr. le quiutal 239^ » ô ,00 de paille à 2' 50 le quintal 12 50 Total 251^50 Dépense: 200 kilogr. de chlorure de potassium à 23 fr. les 100 kilogr. 46 » Bénéfice net entièrement dû au chlorure de potassium 206'^ 50 p' * 1 » . f 205,50 X 100 ,,. _ ,„„ C. est un placement rapportant : ~~Ta "^^ ^^- ^^ P- ''^^' Les engrais azotés (sulfate d'ammoniaque et nitrate de soude) ont donné une augmentation de : 1 Qi", 10 de blé à 20 fr. le quintal 382^ .» 10 ,00 de paille à 2^50 le quintal 25 » Total 407' » ^, \ 200 kilogr. de sulfate d'ammoniaque à 25^68 100 kilogr. 50^ Dépense I , ° • ?=> » I 100 — de nitrate de soude à 22^ les 100 kilogr. . . 22 ( Bénéfice net enlièrement dû aux engrais azotés 33 5^ » C'est un placement rapportant : — — ^^ =^ 465.27 p. 100. Enfin, le nitrate de soude a donné par hectare une augmenta- tion de : 4q'",35 de blé à 20 fr. le quintal 87' » 5 ,00 de paille à 2f 50 le quintal 12 50 Total 99^50 Dépense : 100 kilogr. de nitrate de soude à 22 fr. les 100 kilogr. , . 22 » Bénéfice net entièrement dû au nitrate de soude 77^50 C'est un placement rapportant : — ^—99 = 352.27 p. 100. 10() ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Ainsi l'aclial du superpliosphate m'a fourni un placement à 368 p. iOO; Du chlorure de potassium, -i^G. 73 p. 100; Des engrais azotés, 465.27 p. 100; Du nitrate de soude, 352.27 p. 100. Ces résultats prouvent que l'emploi des engrais chimiques donne des produits très rémunérateurs. Un agriculteur inteUigent ne doit pas craindre d'acheter des engrais, car en agissant ainsi il place son argent à un taux vraiment fabuleux. CHAMP d'expériences DES BELITRES (mOKTRICHARD) Le terrain que j'ai acheté aux Bélîtres est destiné à faire de nom- breuses expériences. Le croquis ci-dessous indique de quelle manière je l'ai divisé cette année. PARTIE PLANTKE EN VIGNES GRErpÉES (eXPÉEIENCES). 12 11 10 9 8 7 6 5 4 3 2 O o a ■ •H O a < Voici quelques-unes des expériences que j'ai faites dans ce ter- rain. 1° Haricots. Le n" i (11 mètres carrés) a reçu un engrais composé de 0''^,550 de superphosphate et 0''«^,100 de chlorure de potassium. Le n" 2 n'a rien reçu. Ces deux parcelles ont été ensemencées en haricots; mais, par EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 101 suite de la sécheresse persistante et des grandes chaleurs du mois d'août, la récolte a été fort médiocre. Le n* 1 a fourni 14 litres de haricots. Le n" 2 a fourni 12 litres de haricots. Je ne peux tirer aucune conclusion. 2° Petits pois. Le n" 7 (12 mètres carrés) a reçu un engrais composé de 300 grammes de superphosphate, 50 grammes de chlorure de potassium et 50 grammes de nitrate de soude. Le n° 8 (12 mètres carrés) n'a rien reçu. Ces deux parcelles ont été ensemencées le 15 avril en petits pois demi-nains. Dès le début de la végétation, on pouvait voir une différence sen- sible entre les deux parcelles : dans la première, les petits pois étaient beaucoup plus hauts, plus forts et d'un vert plus foncé que dans le n" 8. La récolte fut la suivante : Le n" 7 a donné 8 kilogr. 1/2 de petits pois et 6 kilogr. de tiges; Le n" 8, 6 kilogr. de petits pois et i kilogr. 1/2 de tiges. Ce qui fait à l'hectare : N" 7, 7U88 kilogr. 1/3 de petits pois et 5416 kilogr. 1/3 de tiges ; N° 8, 5000 kilogr. de petits pois et 3 750 kilogr. de liges. Ce qui fait à l'hectare une augmentation de 2083 kilogr. 1|3 de petits pois et 1 666 kilogr. 2/8 de tiges. 3? Pommes de terre. Le n* 3 (12 mètres carrés) a reçu un engrais composé de : 300 grammes de superphosphate, 50 grammes de chlorure de potassium et 100 grammes de sulfate d'ammoniaque. Le n" 4 (12 mètres carrés) n'a rien reçu. Le n° 5 (24 mètres carrés) n'a rien reçu. Le n° 6 (24 mètres carrés) a reçu un engrais composé de 600 grammes de superphosphate, 100 grammes de chlorure de potas- 102 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE, sium, 200 grammes de nitrate de soude répandu en deux fois, moitié au moment de la plantation et moitié au moment du premier binage. Le n° 9 (24 mètres carrés) a reçu le même engrais que le n° 6. Le nMO (24 mètres carrés) n'a rien reçu. Le 15 avril 1898, les n"* 3 et 4 ont été ensemencés en pommes de terre « Ricliter's Iraperator », les n"' 5 et 6 en « Early rose » et les n"' 9 et 10 en « Hollande ». Pendant les mois de juin et de juillet, la différence de végétation était fort grande entre les parcelles 3, 6 et 9, qui avaient reçu de l'engrais, et les parcelles 4, 5 et 10 qui n'avaient rien reçu. Dans les premières, les fanes étaient bien plus grosses et plus longues, elles couvraient le sol d'un feuillage vert foncé, tandis qu'on voyait la terre entre les pieds des autres. Bien des cultivateurs sont venus les voir et ont été fort étonnés de l'effet des engrais; ils sont disposés à faire des essais (je le désire sincèrement). Ces pommes de terre ont été arrachées le 6 septembre. Voici les rendements : o) Richter's Imperator. Le n° 3 a produit 2<",l de tubercules pesaut l6''",065.Ce qui fait à Thectare uu produit de 13 3S7''",50O Le n" 4 a produit {""jQ de tubercules pesant 14''s,535. A Thectare. 12 112 ,500 Augaieutation due à Tengrais 1 275''s,000 À 12 fr. les 100 kilogr 153' » Dépenses à Thectare : 250 kilogr. de superphosphate à 7^50 les 100 kilogr. . . 18^ 75 \ 41''s,2/3 de chlorure de potassium à 23 fr. les 100 kilogr. y 58 / 49 IG 83''-,l)3 de sulfate d'ammoniaque à 25 fr. les 100 kilogr. 20 83 ) Bénéfice net dû à Tengrais 103^ 84 . 103,84 X 100 .,, .. .(.f. C'est un placement à : -7^^ = 211.22 p. 100. EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 103 b) Early rose. Le n" G a produit ô décalitres de tubercules pesant 37''°, 350. Ce qui fait à l'hectare un produit de 15 562''',500 le n" 5 a produit 'i'",6de tubercules pesant 34''ï,362. A riicctare. 14 317 ,500 Augmentation due à Tengrais .......... 1 246''î'',000 A 12 fr. les 100 kilogr 149^10 Dépenses à l'hectare : 250 kilogr. de superphosphate à 7''50 les 100 kilogr. . . tS''7D j 4l''»',2|3 de chlorure de potassium à 23 fr. les 100 kilogr. 9 ÛS | 46 66 83"», 1/3 de nitrate de soude à 22 fr. les 100 kilogr. . . 18 33 ) Bénéfice net dû à Tengrais 102^74 n' . 1 . . . 102,74. X 100 ^.^ ,y ...^ C esl un placement rappoilanl : — — ,p .p = i2zU.lo p. 100. c) Hollande. Le n" ;• a produit 3'", 7 de tubercules pesant 27''',750. Ce qui fait à l'hectare un produit de I1562''s,500 Len° 10 a produit 2^V'^ '^^ tubercules pesant 18''s,750. A l'hectare. 7 812 ,500 Augmentation due à Tengrais 3 750''",000 A 12 fr. les 100 kilogr . 450^ » Dépenses à Thectare (voir ci-dessus n° 5) 46 f)6 Bénéfice net dû à Tengrais 403^31 402,34 X 100 „p, ,, ,,,„ G est un placement rapportant: ... .... = 804.42 p. 100. ^ ^'^ 40,00 *^ L'extrême sécheresse de cette année a beaucoup nui à la récolte. Tandis que l'année dernière j'obtenais un rendement de 31 750 ki- logr. d'Early (partie nitralée) et 25 000 kilogr. (partie non nitratéc), j'obtiens pour la première, cette année, 15502''^,500 et, pour la deu.xième, 14317''«^,500. Ce n'est donc que la moitié du rendement de l'année dernière. Néanmoins, les résultais sont très satisfaisants, car les pommes de terre qui valaient, l'année dernière, 5 fr. les 100 kilogr., valent, cette année, 12 fr. 104 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. On voit, par les résultats de ces expériences, que l'excédent de ré- coltes en pommes de terre produit par l'emploi des engrais paie non seulement la dépense, mais encore peut donner un bénéfice impor- tant. Le nitrate de soude répandu en deux fois, moitié au moment de la plantation et moitié au moment du premier binage, produit un bien meilleur résultat que l'emploi du Sulfate d'ammoniaque. Nota. — Les n"' 11 et 12 (champ d'expériences des Bélîtres) ont été ensemencés en carottes, betteraves et navets; le if 13 est rempli de greffes de l'année. Il est impossible de donner les résultats en ce moment, il faut attendre le mois de novembre. ]\« 13 EXPERIENCES SUR LA FUMURE DE LA BETTERAVE A SUCRE, A SALNT-QUENTIN Par MM. Louis Dody et Dcflos Les expériences agricoles que nous avons entreprises celle année, de concert avec M. Duflos, cultivateur à Écourt-Saint-Quentin, ont eu pour but de démontrer la nécessité d'employer les engrais miné- raux, surtout le nitrate de soude et le superphosphate, pour com- pléter le fumier de ferme. Etant donné que la betterave à sucre joue un rôle important dans l'assolement de toute la région du Nord et que sa culture, d'ailleurs très rémunératrice, tend à s'accroître de jour en jour, grâce à la loi de 1884 et aux primes accordées à l'exportation du sucre indigène, nous avons choisi cette culture de préférence aux autres... Il est d'ailleurs démontré depuis longtemps que le nitrate de soude et les engrais phosphatés sont absolument nécessaires dans la culture des céréales. Le nitrate, employé en couverture au printemps, active la végéta- EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 105 lion d'une façon remaniuable, et les engrais phosphatés, en don- nant la rigidilé à la tige, préviennent la verse qui pourrait résulter d'un excès d'azote dans le sol. D'ailleurs, dans la culture des céréales, en employant le fumier de ferme, il est bon de ne pas dépasser la dose de 120 kilogr. de nitrate de soude par hectare. Dans la culture des betteraves à sucre, cette dose doit être considérablement augmentée, si on veut avoir des rendements avantageux, et nous avons obtenu dans nos expé- riences un magnifique résultat en employant par hectare 500 kilogr. de nitrate et 800 kilogr. de superphosphate. Nous avons opéré dans un champ d'une superficie de dix-huit ares, situé le long du chemin rural du Courtigeot, et dont voici le plan. ! Fumier, nitrate, superphosphate. i Fumier et nitrate de soude. i Fumier _ \„ „.„„/. . de ( ferme seul. DOSES EMPLOYÉKS. Fumier de ferme : ■10 000 kilogr. à l'hectare. Nitrate de soude : 500 kilogr. à l'hectare. Superphosphate : 800 kilogr. à l'hectare. Le sol de cette parcelle est formé du Hmon des plateaux ; c'est une terre très fertile et se travaillant bien en tout temps. Tout le champ a reçu en novembre 1897 une fumure de 7 200 kilogr. de fumier de ferme (40 000 kilogr. à l'hectare), qui a été enfoui avant l'hiver par un labour. Le 10 avril 1808, il a été répandu sui- le carré G 56 kilogr. de superphosphate (800 kilogr. à l'hectare). Deux façons ont été données à la terre pour enfouir cet engrais. Le 2 mai, les betteraves à sucre (dippe n" 1) ont été semées, et quehjues jours après il a été répandu sur les carrés B et G une première dose de lOG ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. nitrate de 33 kilogr. La levée s'est faite très régulîèrement, et une seconde dose de nitrate de 32 kilogr. a été répandue au moment du démariage. Il est nécessaire de semer à deux reprises différentes le nitrate de soude, car cet engrais, s'assimilant très rapidement et étant facilement entraîné par les eaux pluviales, pourrait ne pas pro- duire tout son effet s'il survenait de grandes pluies au moment où on le répand. On en met une première fois quelques jours après la semailie, et une seconde fois au moment du démariage. C'est de cette façon que nous avons procédé. Le sol de celte parcelle est formé du limon des plateaux ; c'est une terre très fertile et se travaillant bien, comme nous l'avons dit plus haut. Vers la fin du mois de mai, nous avons remarqué que les carrés B et G formaient un contraste frappant avec le carré A, Les bette- raves étaient d'un vert plus foncé, et croissaient avec beaucoup plus de rapidité ; cette constatation a une grande importance, car dans les années où la plante est attatjuée par les silphes ou les iules, les ravages sont moins importants dans les champs où les betteraves, trouvant un engrais facilement assimilable, croissent avec assez de vigueur pour résister aux attaques des insectes nuisibles. Cette an- née, nous n'avons eu que très peu de dégâts, causés par la larve du hanneton (ver blanc); les silphes et les iules n'ont heureusement pas donné signe de vie. A la période de pluie qui a duré pendant les mois de mai et juin, a succédé une période de sécheresse, nuisible à la betterave, et qui s'est prolongée pendant les mois de juillet, août et septembre, et là encore nous avons constaté que les carrés B et C souffraient bien moins que le carré A. Le 15 septembre, plusieurs cultivateurs étant venus avec nous visiter notre champ d'expériences, ont été frappés de la différence qui existait entre le carré A et les deux autres par- ties du champ, il était facile de prévoir dès ce moment que le ren- dement serait très avantageux dans les deux parcelles ayant reçu des engrais minéraux, et qu'au contraire la récolte serait médiocre dans la partie n'ayant reçu que du fumier de ferme. Le 26 septembre, nous avons procédé à un premier essai, pour déterminer la densité et la richesse saccharine de nos betteraves. EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 107 Nous avons pris cinq pieds, au hasard, dans chaque parcelle, et, après analyse, nous avons obtenu les résultats ci-après : xv„„o,™,^ RICHK88B DENSITE. , sacchanue. Carré A G»,? 14,25 Carré B 7 ,0 l.i,i)0 Carré C 7 ,5 10,25 iNous espérions à ce moment qu'une pluie bienfaisante viendrait rafraîchir la terre et augmenter le volume de la betterave, mais noire espoir a été déçu et la sécheresse s'est prolongée jusqu'au moment de l'arrachage. D'après les prévisions des cultivateurs les plus expérimentés, le rendement en poids sera inférieur de un tiers relativement aux années précédentes... Le 20 octobre, nous avons procédé à l'arrachage de notre récolle, qui a été livrée à M. Godefroy, fabricant de sucre à Ecourt-Saint- Quentin. Nous avons alors constaté que les betteraves des carrés B et C étaient beaucoup plus grosses et mieux proportionnées que celles du carré A. Ces dernières n'avaient pas pivoté du tout; elles étaient presque toutes fourchues et de mauvaise conformation. Nous avons obtenu les rendements ci-après (lare déduite) : KUMÉROS des OOXTENANOK. FUMURE. DENSITÉ. RENDEMENT. carrés. A 5 ares. Fumier seul. . . . O^G 1 444''^ à 30^20 les 1000''? B 6 — Fumier et nitrate. . 7 7 2 165 30 90 — C 7 — Fumier, nitrate et superphosphate. . 7 8 2 588 3160 — Les betteraves, d'après les compromis passés avec le fabricant de sucre, sont payées à raison de 26 fr. à 7°, avec fr. 70 c. d'aug- mentation par dixième de degré. C'est ce qui explique la différence du prix ci-dessus. Si nous ramenons nos rendements à l'heclare comme unité, nous avons : 1 444 V 100 Carré A . . f^ = 28 800"? à 30^20 les I000''s = 869^ 5 Carré B . . " ^^" ^ ^^^ = 36 000''? à 30f901es 1000''? = 1 112' 6 Carré C . . ^ .-^ 3G 970"'? à 31^00 les lOOO''? = 1 168^ 108 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. L'excédent de rendement en poids résultant de l'emploi du ni- trate de soude est donc de 36 000 — 28 800 = 7 200 kilogr. L'excédent de rendement en poids résultant de l'emploi du nitrale associé au superphosphate est de 36970 — 28800 = 8170 kilogr. L'emploi du nitrate de soude associé au fumier de ferme nous donne par hectare une plus-value de 1 112 — 869 = 243 fr. Si de celte somme nous déduisons le prix de l'engrais complé- mentaire, soit 500 kilogr, à 18 fr. les 100 kilogr. = 90 fr., il nous reste un bénéfice net de 243 — 90 = 153 fr. par hectare. L'emploi du nitrate et du superphosphate associés au fumier de ferme, nous donne une plus-value de 1 168 — 869 := 299 fr. Si nous déduisons le prix des engrais complémentaires, savoir : Nitrate 500 kilogr. à 18 fr. les 100 kilogr. = 90 fr. Saperphosphate . 800 — 5 — = 40 fr. Total 130 fr. il nous reste un bénéfice de 299 — 130 = 169 fr. par hectare. Ces chiffres sont assez éloquents et peuvent se passer de com- mentaires. Ils indiquent clairement la nécessité de recourir aux en- grais minéraux et surtout au nitrate de soude. Puisse noire mémoire convaincre les cultivateurs routiniers qui s'obslinent à n'employer que le fumier de ferme à l'exclusion des engrais minéraux si nécessaires à la culture intensive ! M« 14 EXPÉRIENCES SUR LA FUMURE DES CÉRÉALES Par .M. Bluet, à Trailiefoutaine. Le terrain choisi par mes expéVieiices sur céréales a une étendue de 25 ares et il possède un chemin à chaque bout; c'est après une récolle de pommes de terre que je l'ai emplanté avec le blé rouge EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 109 de Lorraine. Avant le labour qui a eu lieu pour les semailles, l'en- semble du terrain a été fumé au fumier de ferme, puis j'ai répandu sur le sol 100 kilogr. de superphosphate d'os, soit 4 kilogr. à l'are. Les semailles ont eu lieu le 13 octobre 1897, et la moisson a été faite le 25 juillet 1898. Le 3 mars 1898, j'ai répandu sur 20 ares 20 kilogr. de nitrate de soude; de cette manière, j'ai laissé à un bout 5 ares pour témoin, qui n'ont point reçu de nitrate, puis j'ai donné un coup de herse sur toute l'étendue du champ. Le 24 mars, j'ai semé de nouveau 20 ki- logr. de nitrate de soude sur les 20 ares qui en avaient déjà reçu et cette fois j'ai fait passer le rouleau. Au mois d'avril des pluies successives, très favorables au dévelop- pement des plantes, ont fait voir l'influence du nitrate de soude ; c'était curieux d'examiner la différence de végétation entre la par- celle nitralée et celle qui ne l'était pas : ici une végétation vigoureuse d'un vert foncé dépassait de 20 cenlimètres la parcelle témoin, on aurait dit un autre blé, un autre champ. A la récolte, les deux parcelles ont été récoltées séparément et rentrées à la grange jusqu'au moment du battage, qui n'a pu avoir lieu de suite; lors de ce travail, les rendements en grain et en paille ont été pesés avec exactitude ; je donne les résultats en hectare, les différences de rendement sont dues à l'effet produit par le nitrate de soude : GRAIN. PAILLE. quintaux. quintaux. 30,00 45,00 18,50 27,00 Ir® partie, avec nitrate 2® partie, sans nitrate Excédent dû au nitrate 11,50 18,00 En évaluant le blé et la paille au prix courant, soit 21 fr. 50 c. pour le quintal de blé et 2 fr. le quintal de paille, en estimant le ni- trate de soude 15.16 p. 100 à 25 fr. les 100 kilogr., on arrive aux chiffres suivants : Excédent en argent dû au nitrate .... 283' 25* Les 50 fr. de nitrate ont, par conséquent, rapporté un chiffre net 110 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. de 283 fr. 25 c. — 50 fr. = 233 fr. 25 c. par hectare, ce qui cons- titue un placement de 466 fr. 50 c. Jamais on n'a vu, dans nos parages, une récolte monter à ce chiffre, car lorsque les blés sont beaux comme ils l'étaient cette an- née, ils sont sujets à la verse ; c'est ce qui est arrivé dans tous les bons champs n'ayant pas reçu d'engrais chimiques ; mais le mien étant tellement épais, tellement fourni de tiges dans la partie nitra- tée, qu'il a résisté complètement. Plusieurs cultivateurs présents au pesage et étonnés de voir une semblable récolte, ont fait leur calcul ainsi, lequel n'est pas dé- pourvu de bon sens : « Vous avez récolté deux doubles décalitres à l'are, alors jamais nous n'aurions pensé que nos terres pourraient arriver à un tel rendement... » Eh bien ! essayez, mes amis, et vous serez forcés de vous rendre à l'évidence. Expériences sur avoine jaune des salines (Paille forte, raide, grain jaune). Mes essais ont porté sur 32 ares; l'ensemble du champ a reçu avant le dernier labour 160 kilogr. de superphosphate riche 13/15, soit une dose de 5 kilogr. à l'are, et la moitié du terrain, 16 ares, a reçu avant le hersage 32 kilogr. de nitrate de soude. La récolte a donné : GRAIN. PAILFjE. litres, kilogr. 1" partie-, avec nitrate 820 550 2® partie, sans nitrate 500 400 Excédent dû au nitrate 320 150 Ce qui donne à l'hectare 2 000 litres de grain et 937 kilogr. de paille. En évaluant le blé et la paille au prix courant, soit 7 fr. l'hecto- htre d'avoine et 2 fr. les 100 kilogr. de paille, on arrive aux chiffres suivants : Excédent en argent dû au nitrate. . . 158^70 — 50^ = 108*^70' Ce qui donne par hectare un bénéfice net de 108 fr. 70 c. EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 111 Expériences sur pommes de terre D^ Maercker. Variété à tubercules peu gros, bien unis, mais productive et de bonne qualité. Une étendue de 10 ares a été destinée à cet essai. Le sol, qui avait été défoncé pendant l'hiver, a reçu au printemps sur tout l'en- semble, une fumure au fumier de ferme à raison de 15000 kilogr. à l'hectare, puis le terrain a été disposé de la manière suivante : 1 2 3 4 (8 ares). (8 ares). (6 ares). (8 ares). Superphosphate minéral Superphosphate minéral Témoin. Superphosphate minéral seul. et nitrate au premier . et nitrate avant le blut- binage. tage. La plantation a eu lieu le 5 avril. Après avoir choisi des tuber- cules entiers de moyenne grosseur, ils ont été déposés dans le sillon après la charrue, selon la mode du pays, à une distance d'en- viron 50 centimètres. Avant le dernier labour, les parcelles 1, 2 et 4 avaient reçu 120 ki- logr. de superphosphate minéral, soit à raison de 5 kilogr. à l'are, et en même temps 1 kilogr. à l'are de nitrate de soude. La levée a été très régulière, et le binage a été fait à la main ; seulement, au pre- mier binage, la parcelle n"* 2 a reçu de nouveau 1 kilogr. à l'are de nitrate de soude, tandis que la parcelle n" 4 ne l'a reçu qu'avant le butlage. Les pluies du printemps ayant été favorables, la végétation fut ra- pide et l'assimilation du nitrate frappante; fin juin, on ne voyait plus aucun vide dans les parcelles nitratées; les tiges, fortes, rameuses, au feuillage vert foncé, couvraient exactement tout le terrain et for- maient un contraste frappant avec les ()arcelles sans nitrate; dans ces dernières, les plantes paraissaient trop espacées et les liges, moins fournies, laissaient un petit sentier entre chaque rangée ; étant donné que les rendements en tubercules sont intimement liés 112 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. au développement de l'appareil foliacé, il était facile de prévoir, pendant la période végétative, un excédent sérieux de rendement dans les parcelles nitratées. Mais voici une différence bonne à noter : la parcelle n* i, qui n'a reçu sa seconde quantité de nitrate qu'au moment du buttage, a conservé de la verdure jusqu'au 6 octobre, jour de l'arrachage, pen- dant que les fanes des autres parcelles étaient complètement sèches; cela montre que le nitrate semé trop tôt, en totalité sur cette cul- ture, agit sur le feuillage au détriment de la récolte, tandis que, au moment du buttage, les tubercules sont formés et ils absorbent le nitrate d'une manière frappante, ainsi qu'on peut le voir par les ré- sultats ci-dessus. D'ailleurs, rien de plus facile à comprendre : les tiges à cette époque ont atteint presque leur entier développement, et en ra- menant la terre autour clu pied pour butter, on y amasse aussi le nitrate qui, mêlé pour ainsi dire aux tubercules, produit une action puissante. Voici les résultats obtenus : RENDEMENT par parcelle. par hectare, kllogr. kilogr. Parcelle nM . . 1 984 24 800 Parcelle n" 2 . . 2 216 27 700 Parcelle n" 4 . . 2 280 28 500 En estimant que 200 kilogr. de nitrate de soude à l'hectare valent 50 fr., et 500 kilogr. de superphosphate minéral donnent une dé- pense de 35 fr., ce qui donne, pour les deux réunis, une dépense de 85 fr. En évaluant les pommes de terre au prix courant, 3 fr. les 100 kilogr., l'excédent de rendement pour chaque parcelle sur la partie témoin est de : Parcelle n" 1. . 3 200 X 3 = 96 — 35 fr. d'engrais = 61 fr. de bénéfice net. Parcelle n° 2. . 6 lOOX 3 = 183 — 85 fr. d'engrais — 98 fr. — Parcelle n" 4 . . G 900 X 3 = 207 — 85 fr. d'engrais = 122 fr. — Il est facile de remarquer que le nitrate de soude a produit de EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 113 bons effets où il a été employé, et principalement dans la parcelle qui n'a reçu la dernière dose qu'avant le buttage, car les tubercules étaient plus gros, d'où l'excédent de rendement. Il est à remarquer que c'est une sage précaution d'associer au ni- trate un engrais phosphaté; je considère les deux comme insépara- bles si l'on veut obtenir un maximum de rendement et obtenir tout le parti possible de l'un et de l'autre. Pendant que le superpliosphate minéral ne donne que 61 fr. de bénéfice à l'hectare, nous voyons que, uni au nitrate, il donne 98 fr., puis 122 fr. Il est regrettable que bon nombre de cultivateurs soient encore hésitants à faire usage de ces produits si avantageux (la routine est si difficile à détruire), car, je peux l'assurer sans crainte, le nitrate de soude employé judicieusement double la récolte et va même au delà, après avoir payé son prix d'achat. Tels sont les résultats de mes expériences. Puissent les cultiva- teurs, soucieux d'avoir de grands rendements, s'inspirer de cette idée que, pour faire produire à la terre, il faut lui donner ce qu'elle exige : les engrais chimiques s'offrent à nos besoins. En faire usage, c'est les adopter. Que tous les cultivateurs les emploient un jour consciencieusement, c'est mon grand souci et mon unique désir, et sera aussi le relèvement de notre agriculture. ]%" 15 EXPÉRIENCES FAITES SUR DIVERSES RÉCOLTES A C.4£RIÈRES- d'aVIGNON (VAUCLUSE) en 1898 Par A. Jean, instituteur. Par mes expériences de l'an dernier, j'avais pu me rendre compte de l'influence incontestable exercée sur la culture des céréales et de la vigne, par les engrais minéraux en général et le nitrate de soude en particulier. ANN. SCIRNCE AQKON. — 2" SÉRIE. — 1899. — l. 8 114 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. J'ai voulu celte année compléter ces expériences en les appliquant sur une plus grande échelle et sur diverses cultures du pays, car il est de toute nécessilé que nos cultivateurs sachent bien que l'emploi ralionnel du nitrate de soude est susceptible de rendre à notre agri- cullure de très grands services et que, associé à un engrais phos- phalé, il peut donner dans les diverses cultures des excédents de ré- coltes considérables. Les expériences faites celle année sur divers points de la commune, avec le concours de quelques cultivateurs intelligents, amis des progrès agricoles, ont partout, à la satisfaction générale, malgré la sécheresse persistante de l'été, donné des résultats très avantageux. EXPÉRIENCES Les cultures expérimentées, sauf la vigne qui fera l'objet d'un rapport spécial, se composent, savoir : 1° Blé. (Blé de pays, dit Seisscttc, variété imique, bien acclimatée et d'un bon rapport.) Celte expérience a été faite par M. Silvestre, au quartier de Jean- Bernard, sur une surface de un hectare. Le champ, bien labouré, en août, par les moyens ordinaires, avec une charrue à quatre colliers, a été divisé en deux parties égales, séparées par une allée de 1™,50 de large pour permettre l'accès des visiteurs. Le blé a été semé en novembre, à la volée, à raison de 120 kilogr. à riiectare ; on a l'épandu en même temps, uniformément sur les deux parcelles, 800 kilogr. de superphosphate de chaux de 16/18 p. 100 et l'on a enfoui le tout. Au printemps, quand la plante a eu atteint environ 30 centimètres de hauteur, on a répandu le nitrate de soude sur une des parcelles, à raison de 200 kilogr. à l'hectare, sur 100 kilogr., sur la parcelle, ou demi-hectare. Celle opération a été faite en deux fois, par moitié, à quinze jours EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 115 d'intervalle, et, afin que l'épandage de ce sol ait été fait avec le plus d'uniformité possible, il avait été mélangé avec du sable fin, avant de l'employer. Le blé a été moissonné les 28 et 29 juin. Chaque demi-parcelle a été ramassée séparément, puis battue et les rendements en grains et en paille, pesés avec la plus grande exactitude, ont donné les résul- tats suivants, savoir : r* partie. — Ua demi-hectare, avec nitrate . . 2° partie. — Uu demi-hectare, sans nitrate . . GBAIN. PAILLE. hectol. kilogr. 13,5 1 700 10,0 1 200 3,5 500 Excédent dû au nitrate par demi-hectare. . Evaluant le blé au prix courant de 20 fr. l'hectolitre et la paille à 4 fr. les 100 kilogr., on obtient : Excédent en argent par demi- l Grain . . . . 3''',5 X 20' = 70f hectare dû au nitrate . . . ( Paille . 500"=" X 4' . • • * 100 Total 90'' Le nitrate de soude étant estimé 24 fr. les 100 kilogr., le bénéfice net réalisé par demi-hectare, dû à l'emploi du nitrate, est donc de 90 -— 24 = 66 fr. et, par hectare, il serait de 66 X 2 = 132 fr., ce qui constitue un placement de 275 p. 100. 2" Avoine. (Variété commune.) L'expérience sur l'avoine a été faite par M. Flandrin, au quartier du Clos-Tondu, sur une surface de 1 hectare. Le champ préparé comme pour le blé, a reçu en même temps que le labour une fumure moyenne au fumier de ferme. 11 a été divisé en trois parcelles égales d'un tiers d'heclare chacune, séparées par des allées pour en faciliter l'accès. La première parcelle a reçu seulement le fumier de ferme à la dose habituelle. La deuxième parcelle n reçu comme la première le fumier de 116 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. ferme et en plus 250 kilogr. de superphosphate de chaux de 16/18 p. 100. La troisième parcelle a reçu le fumier de ferme, 250 kilogr. de su- perphosphate comme la seconde, plus 75 kilogr. de nitrate de soude. Les résultats obtenus par parcelle : GRAIN. PAILLE. kilogr. kilogr. t" parcelle. — Fumier de ferme seulement G40 1 000 2" parcelle. — Fumier et superphosphate 760 1 200 3^ parcelle. — Fumier, superphosphate et nitrate de soude 950 1 700 Excédent de la 2' parcelle sur la l''' dû au superphosphate de chaux: Ciraius 120 kilogr. Paille 200 — Excédent de la S^ parcelle sur la 2* dû au nitrate de soude : Graius 190 kilogr. Paille 500 — Excédent par heclare dû au superphosphate de chaux : Grains 120 X 3 = 360 kilogr. Paille . 200X3 = 600 — Excédent par hectare dû au nitrate de soude : Grains 100 X 3 = 570 kilogr. Paille 500 X 3 = 1 500 — La végétation dans la parcelle nitratée avait pris une vigueur extraordinaire, et tranchait de loin sur les deux autres parcelles. La verse a nui à la récolte dans tout le champ. 3'' Pommes de terre. L'expérience sur la pomme de terre a été faite : i° Dans le champ de démonstration de l'école de garçons; 2° Par M. Iinberl, propriétaire au quartier du Jarret. EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 1 17 1. — Dans le champ de démonstration de l'école de garçons, l'expérience a porté sur deux variétés : VInstitut de Beauvais et la Richter's Imperalor. Le terrain avait été divisé en quatre parcelles de 1 are chacune, soit 4- ares en tout; elles étaient séparées par un sentier de O^jôO, ainsi que l'indique le tableau ci-dessous. INSTITUT DR BEAUVAIS. Sans nitrate. Avec nitrate. 4 RICHTEk'S IMPERATOR. Sans nitrate. Avec nitrate. Les quatre parcelles ont reçu une égale quantité de fumier en décembre, lors du défoncement en automne; en outre, en mars, quelques jours avant la mise en place des tubercules, chaque par- celle a reçu 6 kilogr. de superphosphate de chaux, soit 600 Idlogr. à l'hectare. La plantation a eu lieu le 20 mars. J'ai choisi pour plants des tubercules entiers de moyenne grosseur; j'ai tracé sur chaque parcelle des lignes longitudinales distantes de 0'",60, puis des lignes transversales distantes de 0"',50 et coupant les premières à angle droit; un semenceau fut établi à chaque intersection, soit 330 pieds par parcelle et 33 000 pieds à l'hectare. Un mois après la plantation, le 20 avril, les parcelles 2 et 4 reçu- rent 2 kilogr. de nitrate de soude, soit 200 kilogr. à l'hectare. Le printemps ayant été pluvieux, la végétation fut rapide et l'assi- milatioji du nitrate frappante ; en fin mai, on ne voyait plus aucun vide dans les parcelles nitratées ; les tiges fortes, rameuses, au feuil- lage vert foncé, d'une hauteur de 0'",50, couvraient exactement tout le terrain et formaient un contraste frappant avec les parcelles sans nitrate ; dans ces dernières, les plants paraissaient trop espacés, et les tiges, moins fournies, laissaient un petit sentier entre chaque rangée. Étant donné que les rendements en tubercules sont intimement liés au développement de l'appareil foliacé, il était facile de prévoir, pendant la période végétative, un excédent sérieux de rendement dans 118 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. les parcelles nitralées ; malheureusement,, la sécheresse persistante de l'été a contrarié le développement des tubercules. Les pommes de terre ont été arrachées le 5 août, et voici le résul- tat des pesées : NUMÉROS VARIÉTÉS . FACE. RENDEMENT des parcelles. par parcelle. ^ i;^'" Valeur, hectare. kiloj^r. kilogr. fr. 1. Sans nitrate. 1 are. Institut de Beauvais. 105 10 500àCMeslOO''S=630 2. Avec nitrate. — — 135 13500 — =:810 Excédent dû au nitrate. . 3 000 — =180 3. Sans nitrate. 1 are. Richter's Imperator. 125 12 500 — =750 4. Avec nitrate. — — 160 16 000 — = 960 Excédent dû au nitrate. . 3 500 — = 210 Ces résultats nous accusent un excédent net par hectare : 1° Pour VInsUlul de Beauvais : 180 — 48 = 13-2 fr. ; 2° Pour la Richter's Imperator ; 2 1 — 48 = 1 62 fr. Ces expériences sont concluantes et se passent de tout commen- taire. 2. — M. Imbert a fait ses expériences sur la pomme de terre Ins- titut de Beauvais, au quartier du Jarret, sur une surface de 80 ares. Le terrain, fumé au fumier de ferme, a reçu 500 kilogr. de super- phosphate de chaux enterré par un bon labour. Il a été divisé en deux parties égales; l'une a reçu 100 kilogr. de nitrate de soude, tandis que l'autre n'en a pas eu. Dès la levée, la végétation de la parcelle nitratée a pris les devants; en mai, les fanes étaient de 15 à 20 centimètres plus hautes que dans l'autre parcelle. Voici les rendements : RENDKMENT par parcelle. par hectare. kilogr. kilogr. 6 160 15 400 4 080 10 200 1° Avec nitrate 2° Sans nitrate Excédent dû au nitrate. . 2 080 5 200 .. . , I -^ 200 X fi çy.a r. Excédent en argent par hectare : ttttt — = 012 tr EMPLOI DU NITUATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 119 4" Prairies artificielles. (Sainfoin.) L'expérience sur le sainfoin a été faite par M. Robert, proprié- taire-agriculteur, sur une surface de 50 ares, au quartier de la Lizano. Le sainfoin ou esparcette est une plante des terres calcaires, sèches el pauvres (jui réussit très bien ici. Il donne un excellent fourrage, supérieur à celui de toutes les papillonacées. En mars, il a été répandu sur toute l'étendue du champ 300 kilogr. de chlorure de potassium. Le terrain a été ensuite divisé en deux parties égales de 25 ares chacune. Sur une des parcelles il a été répandu 100 kilogr. de nitrate de soude, soit 400 kilogr. à l'hectare, tandis que l'autre parcelle n'en a pas reçu. Le sainfoin a été coupé en mai ; pesé séparément et avec exacti- tude, il a donné les résultats suivants : BENDEMRST par parcelle. par hectare. kilogr. kilogr. 1° Avec nitrate .... 2 350 9 400 2° Sans nitrate .... . . I 475 5 900 Excédent dû au nitrate . . 876 3 600 Le fourrage s'élant vendu 6 fr. les 100 kilogr., l'excédent en ar- gent par hectare, dti an nitrate, s'élève à . ^ — = 210 fr. Les conclusions que nous pouvons retirer de cette expérience sont très faciles, puisqu'elle nous fait ressortir, par l'emploi raisonné des engrais chimiques, un excédent en argent des plus rémunéra- teurs. 120 ANNALES DE LA SCIENCE AftRONOMIQUE. 5° Culture maraîchère. (Salades romaines.) Cette expérience a été faite dans le champ de démonstration de l'école des garçons à une place bien abritée, sur une surface de 10 mètres carrés, divisée en deux parties égales. La plantation a eu lieu le 1"' mai à 0'",40 en tous sens, soit 62 planis de salade dans la parcelle entière, bien fumée et bien pré- parée. La moitié, soit 5 mètres carrés, a reçu 0''^,500 de nitrate de soude de plus en deux fois. Les salades produites par la parcelle nitratée étaient bien su- périeures à celles de la parcelle non nitratée; elles pesaient, en moyenne, 1 kilogr., tandis que les autres arrivaient à peine à 800 grammes. Soit un excédent dû au nitrate de 200 grammes par pied de salade. Getle expérience est très concluante en faveur del'etricacité du ni- trate de soude dans la culture maraîchère. Conclusions. Le bénéfice net par hectare est de 132 fr. pour le blé ; de 145 fr. 50c. pour l'avoine; de 202 fr. en moyenne pour la pomme de terre et de 210 fr. pour le sainfoin. Pour la culture maraîchère, la petite expérience faite sur les sa- lades romaines ne permet pas d'en déduire une moyenne précise qui, d'ailleurs, ne paraît pas devoir être inférieure au bénéfice réa- lisé dans les autres cultures. Ces chiffres convaincront sans doute, mieux que tous les raisonne- ments, de l'utilité très grande qu'il y a à compléter la quantité et la qualité du fumier par une application rationnelle d'engrais supplé- mentaire : phosphates ou superphosphates, pour donner au sol l'acide phosphorique qui lui manque; engrais azotés, spécialement nitrate de soude, pour fournir l'azote nécessaire aux plantes. EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 121 L'espèce d'engrais phosphaté à employer variera selon la nature du sol el le moment de son application ; en terres calcaires et sèches, c'est le superphosphate qui convient le mieux, à la dose de 600 ki- logr. par hectare; dans les terres pauvres en calcaire, fortes ou sili- ceuses, on donnera la préférence aux phosphates à la dose de 1 000 kilogr. à l'hectare. Ces engrais d'oivent être enterrés par le labour. La quantité de nitrate de soude variera aussi selon les cultures et selon la richesse de la terre. Sur les sols riches, copieusement fu- més, où les céréales sont sujettes à la verse, il est évident qu'il ne faut pas employer le nitrate. Mais son emploi rendra les meilleurs services dans les terres calcaires, sèches ou maigres, partout où la végétation herbacée laisse à désirer; il donnera de la vigueur aux céréales chétives et maigres, rares, ou ayant souffert des intempé- ries. Il ne faut pas, en général, dépasser les doses suivantes : 200 kilogr. pour les céréales; 300 kilogr. pour les pommes de terre ; 500 kilogr. pour la vigne et par hectare. Il est bon de répéter que le nitrate ne produira tout son eflet que dans les terrains qui auront été préalablement phosphatés. ]1« 16 >. EXPERIENCES SUR L EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE DANS LE LOT, EN 1898 Par M. QoEKcv, professeur départemental cragriculture. Le nitrate de soucie est l'engrais azoté assimilable par excel- lence; la plante s'en nourrit directement sans qu'il ait besoin de passer par d'autres transformations chimiques; il peut, s'il a été appliqué avec à-propos, procurer à l'agriculteur des bénéfices con- sidérables. Malheureusement, il n'est pas toujours employé dans les conditions voulues et, alors, ses effets peuvent être négatifs. Il est 122 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. surtout remarquable lorsque l'on a préalablement mis dans le sol les malières minérales dont il peut avoir besoin au moyen des phos- phates et des sels de potasse. La manière d'appliquer le nitrate de soude à la culture a aussi son importance; étant très soluble, et pouvant être entraîné dans les raies d'écoulement ou dans le sous-sol, il doit être mis au mo- ment précis où les plantes auront besoin de l'absorber, et à plusieurs reprises, pendant la végétation, surtout dans les années pluvieuses. Pour les céréales d'hiver, on le répand habituellement en couver- ture, très également, et à des doses variant de 100 à 150 kilogr. à l'hectare. En ce qui concerne la pomme de terre, il peut être introduit dans le sol avec le labour qui précède la plantation, ou répandu en couverture après la levée des plantes, au moment des sarclages. Il résulte de quelques essais que le meilleur procédé consiste à em- ployer le tiers de l'engrais à la levée, et les deux autres tiers au moment du buttage. Quoi qu'il en soit, l'emploi du nitrate de soude permet d'accroître économiquement le rendement de la plupart des cultures. La Société agricole et industrielle du Lot a accepté de prendre sous ses auspices ce concours, mais en nous confiant le soin de l'or- ganiser et de visiter les récoltes des concurrents. Ayant acceplé celte mission, nous venons rendre compte des résultats de nos tra- vaux. Les concurrents ont eu la faculté d'étabhr leurs cultures comme ils l'ont voulu; ils se sont procuré le nitrate où bon leur a semblé ; ils ont employé les doses qu'ils ont jugées utiles et de la manière qui leur a paru le plus pratique. On a simplement exigé que chaque concurrent cultivât au moins 1 hectare en blé et 40 ares en pommes de terre; que la contenance nitratée ne fût pas inférieure à 10 ares, et qu'une parcelle d'au moins 6 ares fût conservée comme témoin. On a aussi demandé à chaque concurrent de fournir après la récolte des détails précis sur les résultats obtenus. Pour étabhr le classement définitif nous nous sommes basés sur l'étendue des surfaces nitratées, la meilleure disposition des essais, la propreté des cultures, les rendements obtenus, et les résultats EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 123 économiques; nous nous sommes aidés aussi des impressions résul- tant des notes que nous avons prises sur place au moment de la visite des parcelles. Pour l'appréciation des résultats, nous avons ramené les chiffres à l'hectare, en estimant le blé à 20 fr. l'hectolitre, la paille à 3 fr. 50 c. les iOO kilogr. et les pommes de terre à 10 fr. les 100 kilogr. A la suite de l'examen des mérites de chaque concurrent, nous avons été amenés à demander à M. le représentant du Permanent Nitrate Comittee de vouloir bien ajouter aux prix en argent quel- ques médailles et diplômes. Il nous a adressé sept diplômes et quatre médailles, dont deux en argent et deux en bronze. Douze concurrents se sont fait inscrire; nous allons passer suc- cessivement en revue les résultats qu'ils ont obtenus. 1. — M. Delfour, propriétaire à Salgues, possède un domaine d'une contenance de 200 hectares divisé en deux exploilations dis- tinctes : Réveillon et Salgues. Réveillon est affermé à un métayer qui l'exploite depuis dix ans. M. Delfour vient d'affermer également l'exploitation de Salgues à un colon, mais il en conserve la direction. a) Blé : L'essai a été fait sur un champ de 4 hectares et a porté sur une superficie de 40 ares. Semé le 15 novembre 1897, il succédait à un autre blé semé au printemps de la même année, les pluies persis- tantes de l'automne précédent ayant empêché de le faire à cette époque. L'expérience de nitrate a porté, donc, sur la condition défavora- ble d'un blé succédant à un autre blé. Pour parer, dans la mesure du possible à cet inconvénient, il a incorporé au sol, à raison de 500 kilogr. à l'hectare, un engrais chimique contenant 3 p. 100 d'azote et 14 p. 100 d'acide phosphorique. C'est sur une surface de 40 ares qu'il a appliqué le nitrate de soude, en couverture, à raison de 150 kilogr. à l'hectare; il a me- suré, à côté, dans les mêmes conditions de fertilité, une même sur- face de 40 ares comme témoin. Les résultats ont été bons. Le rendement en grains de la parcelle nitratée a été de 15 hectolitres de blé. La parcelle témoin a produit 124 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 12 hectolitres ; rapportés à l'hectare, ces chiffres donnent les résul- tats suivants : Parcelle nitratée 37 hectolitres. Parcelle témoin 29 — Nous devons ajouter que l'augmentation du rendement de la paille a été, proportionnellement, plus élevé. L'excédent de récolte dû au nitrate de soude est donc de 8 hectolitres de grain. En tenant compte de la valeur du nitrate et de celle de la paille, il reste comme bénéfice net, à l'hectare, 195 fr. b) Pomme de terre : L'année a été désastreuse pour cette denrée. Cependant, les effets des engrais chimiques se sont fait encore sentir. Sur une superficie de 2''%50 environ, on avait enfoui 20 000 kilogr. de fumier de ferme quelque temps avant le dernier labour. M. Dal- four a mesuré deux parcelles de 10 ares chacune. Sur chacune de ces parcelles il a appliqué 80 kilogr. d'un engrais provenant du mélange de 15 kilogr. de nitrate, 25 kilogr. de superphosphate de chaux, 15 kilogr. de chlorure de potassium et 25 kilogr. de plâtre. Dans une parcelle, il a mis l'engrais dans le sillon, au moment de la plantation; dans l'autre, il l'a répandu à la surface, au moment du premier sarclage, et une troisième parcelle également de 10 ares, n'ayant reçu que le fumier de ferme, a servi de témoin. Voici les résultais obtenus : Parcelle avec engrais chimique enfoui 920 kilogr. — en couverture ... 616 — — témoin 560 — L'excédent de rendement ramené à l'hectare accuse un bénéfice (prix de l'engrais chimique déduit) de 171 fr. La culture de la pomme de terre a eu à subir une inondation quelques jours après la plantation, puis la sécheresse est survenue, qui lui a beaucoup nui. Les résultats n'en sont pas moins très inté- ressants; ils démontrent que l'effîcacité des engrais chimiques a été supérieure employés enfouis plutôt qu'en couverture. EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 125 Nous avons constaté sur place que M. Delfour conduisait les essais avec goût et précision et il nous a paru digne du premier rang. 2. — M. Linol (Pierre), propriétaire à Lamolhe-Fénelon, exploite un domaine de 20 hectares dont le sol appartient au jurassique supérieur. La couche arable, de nature et de profondeur variables, repose sur une argile qui, sur certains points, affleure à la surface. M. Linol a expérimenté le nitrate de soude sur la culture du blé et de la pomme de terre. a) Blé : Il a mis du nitrate dans trois pièces de terre, La première (le Châtaignier) est située en sol argilo-calcaire, peu profond; sa con- tenance est de 25 ares; elle a reçu à l'automne, au moment de la semaine, 50 kilogr. de superphosphate et 30 de nitrate de soude, en couverture, au printemps. Le rendement rapporté à l'hectare a été, pour la parcelle nitralée, de 22 hectolitres et de 15 hectolitres pour la parcelle témoin. La seconde parcelle (Founeuve), d'une contenance de 50 ares, reposant sur une terre franche et profonde, a reçu à l'automne 1897 200 kilogr. de scories Thomas et 75 kilogr. de nitrate de soude en couverture le 5 avril. Dans ces conditions, le rendement a été de 30 hectolitres pour la parcelle nitralée, et de 15 hectolitres pour la parcelle témoin. Enfin, dans une troisième pièce (Alpon), d'une contenance de 75 ares, sol argilo-calcaire, peu profond, il a été mis 200 kilogr. de superphosphates à l'automne, et 100 kilogi-. de nitrate de soude au printemps. On a relevé pour la partie nitralée 23 hectolitres et 15 pour la partie témoin. En moyennant les résultats obtenus par M. Linol dans ces trois champs, on trouve : GK.MN. PAIM.K. hectol. kilogr. Parcelle nitratée 25 2 600 — téaioia 15 1 500 Différence en plus 10 1 100 Le bénéfice à l'hectare (prix du nitrate déduit) est de 205 fr. 126 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. b) Pomme de terre : L'expérience a été établie sur une pièce de terre (Glosel) d'une contenance de 20 ares. Le sol, de consislance et profondeur moyennes, avait reçu avant le dernier labour préparatoire, 4000 ki- logrammes de fumier de ferme, 100 kilogr. de superphosphate et 30 kilogr. de sulfale de potasse. Le nitrate de soude a été appliqué pendant la végétation à la dose de 200 kilogr. à l'hectare, soit 25 kilogr. au premier sarclage, et 25 au buttage. Une plate-bande a été réservée sans engrais. Malgré la sécheresse, le rendement a été encore satisfaisant. Parcelle nitratée 12 300 kilogr. à Thectare. — témoin 9 400 — Le bénéfice (prix du nitrate déduit) est de 139 fr. 3. — M. de Féron possède le domaine de Plumegal, près Martel. Le domaine, d'une contenance de 206 hectares, est divisé en plu- sieurs corps de ferme, affermés à rente fixe. M. de Féron exploite directement par régisseur un important vignoble et une réserve soumise à des cultures diverses. Il a fait un essai de nitrate de soude sur la culture du blé et des pommes de terre qu'il a présentés au concours. a) Blé : Il a répandu en couverture, au printemps, sur une parcelle de 26 ares, ensemencée en blé: 40 kilogr. de nitrate de soude. Cette parcelle avait produit des plantes sarclées auxquelles on avait donné une fumure moyenne au fumier de ferme. La récolte de la parcelle nitratée s'est élevée, rapportée à l'hec- tare, à 28 hecloHtres, tandis que celle témoin n'a atteint que 19 hec- tolitres. Les pluies de juin, ayant occasionné la verse, le rendement a été inférieur à ce qu'il aurait dû être. Le bénéfice réalisé (prix du ni- trate déduit) est encore de 165 fr. b) Pomme de terre : Au moment où nous rédigeons le présent rapport, M. le régisseur de Plumegal nous fait connaître que la récolle n'est pas encore EMPLOI DU NITRATE UE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 127 faite; mais il a fait arracher (juelques pieds (jui lui ont permis de constater les effets du nitrate de soude, tant par le nombre et la grosseur des tubercules que par la végétation plus verte tur la par- celle nitratée. 4. — M. Andissac, pharmacien à Concots, est propriétaire d'un domaine de 30 hectares, dont la moilié est en bois, et l'autre en terres labourables ; il est situé sur le jurassique, en terrain du Causse. a) Blé : L'ensemencement se fit à l'automne dans d'assez bonnes condi- tions, mais les pluies persistantes d'avril et de mai ont pu entraîner le nitrate dans des couches plus profondes que les racines du blé. L'expérience a été faite dans deux champs sur une terre ayant reçu une demi-fumure au fumier de ferme. Le nitrate a été employé en avril à la dose de 150 kiloi-r. à l'hectare. Le rendement, relevé dans le premier champ ayant une étendue de 45 ares, a été de 29 hectolitres sur la partie nitratée, et de 20 sur le témoin. Le deuxième champ, beaucoup moins fertile que le premier, a produit 23 hectolitres dans la partie nitratée et 14 hec- tolitres sur la parcelle témoin. L'ensemble de l'opération donne les résultats suivants à l'hectare : Parcelles nitratées 2G hectolitres. — témoins 17 — Différence 9 hectolitres. En tenant compte de l'excédent de paille dû au nitrate, on trouve un bénéfice net de 175 fr. b) Pomme de terre : Les fortes chaleurs qui ont régné depuis le commencement de juin ont amené une sécheresse extrême qui a annihilé l'effet du nitrate. On a observé seulement que, jusqu'au 15 juillet, la partie nilratée était plus verte que la partie témoin. 5. — M. Bley, propriétaire à Saint-Daunès, a eu des débuis diffi- ciles, mais, à force de travail, d'ordre et d'énergie, il a réussi à sb 128 ANNALES DE LA SCIENCE AGliONOMlQUE. coiistiluer un petit domaine dont l'exploitation lui permet aujour- d'hui de vivre dans l'aisance. Ce domaine, situé dans la vallée de la petite Barguelonne, et en coteau, repose sur le miocène; il comprend des terres marno-argi- leuses assez profondes. L'expérience du nitrate soumise au concours a été faite sur 2''*,30 de blé, répartis sur plusieurs parcelles où il a succédé au sain- foin, au maïs et aux fèves. Le blé sur défrichement de sainfoin était propre, celui venu après les plantes sarclées était envahi par les mauvaises herbes. Bien qu'il ait gardé un témoin sur toutes les parcelles, il n'a dé- gagé les résultats chiffrés que de l'ensemble de la récolte, et ce résultat, le voici : Parcelles nitratées 17 hectolitres. — témoius 10 — Différence 7 hectolitres. Le rendement a été diminué par les pluies persistantes du mois de mai, qui ont occasionné la verse sur quelques points. Néanmoins, le bénéfice à l'hectare (prix du nitrate déduit) est encore de 145 fr. 6. — M. Bouysson, propriétaire à Gahors, a acheté, en 1897, la propriété de Caux, située dans la commune de Belmontet, d'une contenance de 85 à 90 hectares. 11 a pris la suite des cultures d'un métayer qui l'exploitait. Les blés étaient ensemencés en partie, lors- qu'il en prit possession, mais sur des terres mal préparées et peu fumées. Pour améliorer dans la mesure du possible l'état de ces blés, il fit répandre, au commencement de l'hiver, des superphos- phates, et au printemps, du nitrate de soude en couverture. Il a employé, dans ces conditions, 2 500 kilogr. de scories, 2 700 kilogr. de superphosphates et 1 300 kilogr. de nitrate de soude. Les pluies persistantes d'avril et de mai ont nui à l'expérience, en entraînant l'engrais au delà des racines. Le rendement en paille a été considérablement augmenté, mais la production en giain a été EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 129 inférieure à ce qu'elle aurait dû être. Rappoiiée à l'heclare, la ré- colte a donné les résultats suivants : Parcelles uitratées el phosphatées 15 hectolitres. — phosphatées seulcuieut 12 — — témoiu S — Le bénéfice à l'hectare, dû au nitrate de soude seulement, a été de 65 fr. 7. — M. Carbonel, négociant à Montcuq, achetait, en 1892, la propriété de M. de Lagardelle, située dans la commune de Sainte- Croix, sur un plateau calcaire peu profond, mais d'assez bonne nature. Cette propriété, d'une contenance de 17 hectares, était en assez mauvais état. Avec des labours préparatoires et des travaux de culture mieux faits qu'auparavant, M. Carbonel y introduisit la culture du sainfoin et l'usage des engrais chimiques. Il ensemence aujourd'hui conjme autrefois 3 hectares de blé, mais le rendement moyen est passé, dans l'espace de cinq ans, de 20 à 40 hectolitres. Il emploie le superphosphate à l'automne elle nitrate de soude en couverture au printemps. L'expérience qui nous a été soumise comprenait 1 hectare de blé cultivé après le maïs. Cette dernière culture avait reçu 400 kilogr. de superphosphates, et le blé a reçu 150 kilogr. de nitrate, en cou- verture. Dans ces conditions, le rendement à l'hectare a été le sui- vant : Parcelle nitratée 20 hectolitres. — témoia 16 — ■ , Différence .... 4 hectolitres. Le bénéfice à l'hectare (prix du nitrate déduit) a été de 45 fr. 8. — M. Calonge, propriétaire à Masséries, cultive un domaine de 5 hectares, comprenant plusieurs parcelles situées dans la vallée du Lot et sur le plateau avoisinant. Les terres sont de bonne qualité et aptes à produire avec succès toutes les cultures de la région, telles que tabac, pommes de terre, céréales, fourrages, etc. ANN. SCIENCE AORON. — 2" SÉRIB. — 1899. — I. 9 130 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. M. Calonge se loue beaucoup de l'emploi des engrais chimiques, dont il fait usage depuis dix ans. 11 a établi l'expérience du nitrate sur le blé dans deux pièces de terre. Il l'a répandu au mois d'avril, à raison de 150 kilogr, à l'hec- tare. Les pluies de printemps ont occasionné la verse sur plusieurs points et diminué le rendement. Néanmoins, le blé de M. Calonge a dépassé la moyenne des blés avoisinants. D'après les chiffres qu'il oous a fournis, le rendement à l'hectare a été de 24 hectolitres de grain pour les parcelles nitratées et de 20 pour les témoins. 9. — M. Soulié, vétérinaire à Gatus, a expérimenté le nitrate de soude sur le blé dans deux parcelles, l'une de 25 ares, l'autre de 21 arcs, situées toutes deux en terrain de Causse. La première parcelle a reçu une fumure au fumier de ferme à l'aulomne, et le nitrate au printemps, à la veille d'une forte pluie. Le rendement sur lu partie nilratée a été double du rendement moyen des années précédentes. Quant à la seconde parcelle, la partie qui a reçu le nitrate n'avait reçu aucun engrais à l'automne, tandis que la partie témoin avait reçu une demi-fumure au fumier de ferme. La végétation était languissante tant que le sel nitrique n'avait pas été répandu, mais son effet, favorisé par un temps pluvieux, a été rapide et frappant. M. Soulié n'ayant cultivé cette année, dans son exploitation, que 46 ares de blé, n'était pas dans les conditions du programme, qui exigeait un minimum de 1 hectare. Son expérience n'est pas moins intéressante, et il mérite d'être loué pour l'exemple qu'il vient de donner aux cultivateurs de sa région. 10. — M'"^ veuve Essablic possède, à Saint-Médard-Nicourby, un domaine de 1 12 hectares. Le sol est siliceux ou silico-argileux, dé- pourvu de calcaire. Les principaux produits sont les fourrages, na- turels ou artificiels, le seigle, le sarrasin, les pommes de terre et les châtaignes. L'élevage du bétail constitue, d'autre part, le coté de la produc- tion animale. EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 131 La chaux, les scories et les phosphates semblent devoir produire dans ces sortes de sols les meilleurs résultats, ainsi que l'altestent des expériences déjà faites par de nombreux agriculteurs de la ré- gion. Le nitrate de soude a aussi fait ses preuves d'efficacité, mal- heureusement il est encore peu employé. M™*" veuve Essablic a établi l'expérience du nitrate sur la culture de la pomme de terre, dans une pièce de terre de bonne nature, d'une contenance de 45 ares. Les travaux préparatoires ont été con- venablement faits, et une fumure moyenne au fumier de ferme a été enfouie avec le labour qui a précédé la plantation. Le sel nitrique a été employé à la dose de 160 kilogr. à l'hectare, au moment du pre- mier sarclage. Le 15 septembre, M™^ Establic nous a fait connaître que la pomme de terre n'est pas encore mûre, mais que la récolte paraît devoir être bonne. En effet, elle a fait arracher 1 are sur la parcelle nitra- tée, qui a donné 142 kilogr. de tubercules, tandis que la môme sur- face sans nitrate n'a donné que 130 kilogr. Rapportée à l'hectare, la dilTérence du rendement en faveur du nitrate e^t de 1 200kiloer 'O" 11. — M. Demaux, négociant à Montcuq, possède plusieurs terres aux environs du village et à Saint-Daunès, sur lesquelles il emploie les engrais chimiques. Très occupé le jour de notre visite, il n'a pas pu nous accompa- gner sur les Ueux ; mais il nous a été donné de visiter une de ses expériences de nitrate sur le blé qui nous a permis de constater d'une façon apparente les bons effets du sel nitrique. Les chilfres de rendements que iM. Demaux nous a fournis ne nous ont pas paru assez précis pour nous permettre de calculer les béné- fices réalisés. En résumé, l'année 1898 a été favorable pour l'emploi du nitrate de soude sur la culture du blé; elle a été mauvaise, au contraire, pour la culture de la pomme de terre, dont la récolte a été presque nulle dans le département à cause de la sécheresse. Mais, comme on peut le voir par l'exposé (jue nous venons de 132 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. faire, le nitrate de soude employé dans les conditions normales, c'est-à-dire en complément des engrais de ferme ou des autres ma- tières fertilisantes (phosphatées ou potassiques), permet d'augmen- ter d'une façon sensible le rendement des récoltes, tout en laissant un revenu net à l'hectare. Nous pensons qu'on ne saurait trop préconiser l'emploi du ni- trate, en faisant observer, toutefois, que, pour être rémunérateur, il exige que le sol soit propre et déjà bien pourvu d'éléments miné- raux. X" 17 EXPÉRIENCES SUR LES ENGRAIS CHIMIQUES, FAITES DANS LE DÉPARTEMENT DU LOT, EN 1898 Rapport de M. Linol, directeur de l'École du Vieux- Palais, à Cahors. 1. — Commune de Lamothe-Fénelon (Lot), clos de Faure. Dans un terrain argilo-calcaire à sol de moyenne profondeur et S3mé de blé de Bordeaux, une plate-bande de 10 ares a reçu, au printemps, 30 kilogr. de superphosphate de chaux 16/18 (300 ki- logr. à l'hectare), enfouis par un léger hersage, et 15 kilogr. de ni- trate de soude (150 kilogr. à l'hectare), répandus en couverture et en deux fois : la première au moment du départ de la végétation, et la seconde quinze jours après. Cette parcelle a donné : RENDEMENT par parcelle, par hectare, kilogr. kilogr. Paille 320 3 200 Grain 210 2 100 Le rendement à l'hectare dans le reste du champ ne s'est élevé qu'à : Paille 1 \no kilogr. Grain 1 270 — EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 133 Il ressort de ce qui précède qu'une dépense supplémentaire de : 300 kilogr. de superphosphate IG/IS à 7 fr. 70 c. les 100 kilogr. 23^ 10"= 150 kilogr. de nitrate de soude à 22 fr. les 100 kilogr .... 33 00 Augmentation des frais de main-d'œuvre 20 00 76' 10= a procuré un surcroît de rendement de : 3 200 — 1 970 = 1 230 kilogr. de paille à 3 fr. les 100 kilogr. 36' 90» 2 100 — 1270= 830 kilogr. de grain à 21 fr. — . 174 30 211' 20« D'où il résulte un bénéfice net de 211,20 — 76,10 = 135 fr. 10 c. et un placement de fonds de V^. .^ = 177 p. iOO. ^ /b,10 ^ 2, — Commune de Lamolhe-Fénelon (Lot), Fonneuve. Terrain argilo-calcaire et à sol profond, semé en blé de Bordeaux. Une plate-bande de 10 ares a reçu au printemps 30 kilogr. de su- perphosphate de chaux 16/18 et 15 kilogr. do nitrate de soude. Elle a produit : par parcelle, par hectare. kilogr. kilogr. Paille 425 4 250 Grain 219 2 190 Le reste du champ n'a donné à l'hectare que : Paille 3 130 kilogr. Grain 1 350 — Une dépense supplémentaire de 76 fr. 10 c. a procuré un surcroît de rendement de : i 250 — 3 130 = 1 120 kilogr- de paille à 3 fr. les 100 kilogr, 33' 60« 2190—1350= S40 — de grain à 21 fr. — . 176 40 210' 00= Le bénéfice net à l'hectare est : 210 — 76,10 = 133 fr. 90 c. et , ^ , , , 133,90 X 100 ,-^ ... le taux du placement: '.. .^ = 175 p. 100. ^ 7d,10 134 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 3. — Commune de Lamolhe-Fénelon (Lot), au Gros. Terrain argilo-calcaire el à sol profond, semé en pétanielle noire de Nice. Une plate-bande de 10 ares a reçu au printemps 30 kilogr. de su- perphosphate de chaux i6/18 et 15 iiilogr. de nilrale de soude. Elle a produit : ' RENDEMENT par pareulJe. par hectare, kilogr. kilogr. Paille 575 5 750 Grain 315 3 1-50 Le reste du champ n'a donné à l'hectare que : Paille 3 250 kilogr. Grain 1 620 — Une dépense supplémentaire de 76 fr. 10 c. a procuré un surcroît de rendement de : 5 750 — 3 250 = 2 500 kilogr. de paille à 3 fr. les 100 kilogr. 75' 00= 3 150 — 1620 = 1530 — de grain à 2 1 fr. — . 32130 396' 30» Le bénéfice net à l'hectare est de 396,30 — 76,10 = 320 fr. 20 c. *i . 11 . 320,20 X 100 ,a. ... et le taux du placement : „^ .^ 420 p. 100. 4. — Commune de Lamothe-Fénelon (Lot), aux Conties. Terre franche et à sol profond, semée en blé mixte du pays. Une plate-bande de 5 ares a reçu au printemps 5 kilogr. de ni- trate de soude. Elle a produit : ' RENDEMENT par parcelle. par liectare. kilogr. kilogr. Paille 190 3 800 Grain 76 1 520 Le reste du champ n'a donné à l'hectare que : Paille 3 200 kilogr. Grain . 1 200 — EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 135 Une dépense supplémentaire de : 100 kilogr. de nitrate de soiuic à ?? fr. les 100 kilogr. . . . 22^00"^ Aiiijmeutatiou dos frais de UKiiii-:r(L'uvre 12 00 3 4 '00" a procuré un surcroît de rendement de : 3 SOO — 3 200 = 000 kilogr. de paille à 3 fr. les 100 kilogr. . Is^ 00'^ 1 52J— I 20) = 320 — degraiuà 21 fr. — . . r.7 20 s:/ 2U''- Le bénéfice net à l'IiecUire est de 85,20 — 34 = 51 fr. 20 c. et le laux du placement : ^^^ = 1,)0 p. 100. 5. — Commune de Loupioc (Lot), au Breil. Terre franche et à sol de moyenne profondeur, semée en blé mixte du pays. Une plate-bande de 5 ares a reçu au printemps 5 kilogr. de ni- trate de soude. Elle a produit : ' RENDEMENT par parcelle, par hectare. kilogr. kilogr. Paille 124 2 480 Grain 64 1 28a Le reste du champ n'a donné, à l'hectare, que : Paille 2 200 kilogr. Grain 1 OîO — Une dépense supplémentaire de 31 fr. a procuré un surcroît de rendement de : 2 480 — 2 200 = 280 kilogr. de paille à 3 fr. les 100 kilogr. . 8^ 40'' 1280—1040 = 240 — de grain à 2 1 fr. — . . 50 40 6Sf 80'- Le bénéfice net à l'heclare est de 85,80 — 34 = 24 fr. 80 c. et \., A ^ , 24,80x100 -, ... le taux du pncemeni : — - — -^^ = 72 p. 100. 136 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 6. — Commune de Nozac (Loi), La Plalelle. Sol sableux et profond, semé en blé de Bordeaux. Une plate-bande de 5 ares a reçu au printemps 5 kilogr. de ni- trate de soude (100 kilogr. à l'hectare). Elle a produit : RKNnEMEXT par parcelle. par hectare, kilogr. kilogr. Paille I7S 3 5G0 Grain 76 1 520 Le reste du champ n'a donné à l'hectare que : Paille 2 800 kilogr. Grain 1 220 — Une dépense supplémentaire de M fr. a procuré un surcroît de rendement de: 3 560 — 2 800 = 7G0 kilogr. de paille à 3 fr. les 100 kilogr. 22'' 80<= 1 520 — 1 220 = 300 — de grain à 21 fr. — . 63 00 85'' SO*^ Le bénéfice net à l'hectare est de 85,80 — 34 = 51 fr. 80 c. et , . ^ , , 51,80 X 100 ,.g ,^. le taux du placement : — - — ^ = 152 p. lUU. 7. — Commune de Lamolhe-Fénelon(Lot), clos de Patot. Terre franche et au sol de moyenne profondeur, plantée en pom- mes de terre « Imperator ». Avant le dernier labour préparaloire, le champ entier avait reçu du fumier de ferme à la dose d'environ 20 000 kilogr. à l'hectare. Sur une plate-bande de 10 ares, il a été répandu au printemps 10 kilogr. de superphosphate de chaux 16/18 (100 kilogr. à l'hec- tare), 3 kilogr. de sulfate de potasse (30 kilogr. à l'hectare), et 20 kilogr. de nitrate de soude (200 kilogr. à l'hectare). Les 20 kilogr. de nitrate de soude ont été répandus en deux fois, soit 10 kilogr. avant le premier sarclage et 10 kilogr. avant le pre- mier binage. 8 40 U 00 15 00 EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 137 Malgré la grande séciieresse de l'été dernier, celte plalc-bande a produit 1 958 kilogr. de tubercules, soit 19 580 kilogr. à l'hectare, tandis que le reste du champ n'a donné que 10 250 kilogr. à l'hec- tare. Une dépense supplémentaire de : 100 kilogr. de superphosphate 16/18 à 7 fr. 70 c. les 100 kilogr. 7' 70= 30 — de sulfate de potasse à 28 fr. les 100 kilogr. . , 200 — de nitrate de soude à 22 fr. les 100 kilogr. . . . Augmeutatiou des frais de main-d'œuvre , 7ôf 10= a procuré un surcroît de rendement de : 19 580 — 10 250 = 9 330 kilogr. de tubercules à 4 fr. les 100 kilogr. = 373f 20= Le bénéfice net à l'hectare est de 373,20 — 75,10 = 298 fr. iO c. »i . ^1 . 298,10 xlOO ,,... ... et le taux du placement \,r, ,. = 395 p. 100. ^ 75,10 ^ Conclusions. Pour accroître considérablement la production, diminuer ainsi ies prix de revient et s'assurer de réels bénéfices, le cultivateur doit recourir à l'emploi des engrais chimiques comme complément du fumier de ferme ou des engrais végétaux (ve.sces, lupin, trèfle, etc.) enfouis en vert. Les résultats obtenus seront d'autant meilleurs que la culture sera plus parfaite et le sol plus net de mauvaises herbes. Lorsque, par suite de sécheresse, le nitrate de soude n'a pu pro- duire tout son effet sur une sole, il convient de prévenir sa déper- dition inutile en confiant à la terre, sitôt la récolte faite, une plante à végétation rapide. Pour se soustraire à la routine, pour se prémunir contre les pra- tiques défectueuses qu'enfante souvent un entraînement irréfléchi, pour éviter d'être cyniquement exploités par des marchands d'en- grais, pour obtenir aux prix les plus réduits d'excellentes choses, il faut que les agriculteurs s'aflilient à un syndicat agricole. 138 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Ce dernier les dirigera dans leurs essais, les soutiendra dans leur marche nouvelle, les protégera contre des défaillances et des embû- ches diverses, en un mot, les poussera et les maintiendra dans la voie féconde du progrès. En terminant, nous ne saurions trop engager les colons, les fer- miers et les propriétaires à s'adonner à la culture intensive, à aug- menter la productivité du sol par l'emploi des engrais chimiques. Il est possible, facile même, d'accroître considérablement les rende- ments, de les doubler presque dans certains cas, par un apport con- venable de superphosphate de chaux et de nitrate de soude. Les dépenses ainsi engagées sont fructueuses entre toutes, puisqu'elles se traduisent par des placements variant entre 50 et 400 p. 100. IV" IS LE NITRATE DE SOUDE ET LES DIVERSES CULTURES DU DÉPARTEMENT DE VAUCLUSE ■ •• Par M. MoiiÈNAs, directeur de TÉcole de Bédarrides. m Depuis deux ans, l'emploi des engrais chimiques et particulière- ment du nitrate de soude a plus que triplé dans la commune; les récoltes sont de beaucoup supérieures à celles que l'on obtenait précédemment. Pour le blé, par exemple, nous pourrions citer tel cultivateur qui ne récoltait, il n'y a pas bien longtemps, que 7 000 ou 8000 litres de froment sur les 48 éminées (4 hectares) consacrées à cette culiure, et qui a vu cette année sa récolte atteindre le chiffre extraordinaire de 13400 litres, soit près de 34 hectolitres à l'hectare, ou, en lan- gage local, 14 doubles décalitres à l'éminée. iN'est-ce pas réellement lemarquable, et ce cultivateur ne doit-il pas se féliciter de l'emploi des engrais chimi(|ues et du nitrate de soude tout particulièrement, qui lui ont permis de doubler ainsi sa récolle ? EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 139 Ce cas, pour si extraordinaire qu'il paraisse, n'est pas isolé. Celte année, grâce à une température exceptionnellement clé- mente, grâce aux pluies bienfaisantes du printemps, la récolte du blé, dans Vaucluse, est supérieure de beaucoup aux années précé- dentes. A BédarrJdes, on estime que les 800 hectares semés en blé ont donné près de 22 240 hectolitres, soit en moyenne 28 hectolitres à l'hectare. Nous pourrions en dire autant des autres cultures locales, sauf, cependant, pour les pommes de terre, qui ont souflerl beaucoup de la sécheresse persistante de cet été. EXPERIENCES Cette année, nous avons procédé à deux genres d'expériences : 1" Effet du nitrate de soude sur blé, vignes, pommes de terre, tabac et luzerne. Ces expériences ont été faites à Bédarrides, Monteux et Mor- moiron ; 2° Expériences comparatives entre le nitrate de soude et le sulfate d'ammoniaque sur blé, avoine, prairies naturelles et tabac. Les cultivateurs qui ont bien voulu se prêter à ces expériences avaient eu soin de répandre en automne les fumiers de ferme, tour- teaux, engrais phosphatés et potassiques, alors que le nitrate de soude et le sulfate d'ammoniaque ne devaient être répandus que fin février, commencement de mars. Ce n'est, d'ailleurs, qu'à cette époque et selon les circonstances que j'ai divisé les parcelles afin de bien préciser et constater les effets du nitrate lors de la récolte. Les terrains servant aux expériences n'avaient pas tous la môme surface, les uns, les plus petits, n'avaient que 10 ares, d'autres dé- passaient l'hectare; pour faciliter les comparaisons et nos calculs, sauf, cependant, pour le tabac (Blanchard), nous publions les résul- tats ramenés à l'hectare. En outre, pour ne pas nous répéter par la suite, nous indiquons 140 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. ci-dessous les quantités d'engrais mises à l'hectare et la valeur de ces engrais à l'époque de leur achat : Fumier de ferme 20 000 à 25 000 kilogr. Colza du Nord 1 000 — Nitrate de soude 200 — à 23^ 00 les 100 kilogr. Sulfate d'ammoniaque ... 150 — à 27 50 — Superphosphate 500 — à 5 80 — Sulfate de potasse 150 — à 29 50 — 1"^^ partie. — Effet du nitrate sur blé, prairies, vignes, pommes de terre, tabac et luzerne. 1. — MM. Ernest et Gustave Richard, propriétaires à Bédarrides (Va u cl use). a) Essai sur deux hectares de blé (seissette) au quartier de Rata- nay : terrain fort, d'alluvion à sous-sol argileux. Les deux hectares ont reçu, à l'automne, 1 000 kilogr. de su- perphosphate et 500 kilogr. de sulfate de potasse ; le même jour il fut divisé en trois parties égales et sur deux des trois parties il y fut répandu,- avec la semence, 1350 kilogr. de colza de Russie. Au printemps, le 6 mars, une de ces deux dernières parcelles reçut une couverture de 150 kilogr. de nitrate de soude. La récolte de chaque parcelle mise à part a été de : NATURE DES ENGRAIS. RBKDEMEN TS à l'hectare. Grain. Paille. litres. kilogr. 1° Superphosphate et sulfate de potasse 2 350 4 850 2° Mêmes engrais plus colza de Russie 2 735 5 230 3° Mêmes engrais plus colza et nitrate de soude. . . . 3 2G0 6 1120 La partie nitratée donne un excédent de grains de 910 litres sur la première parcelle et de 525 litres sur la deuxième. En paille, l'excédent est de 2070 kilogr. sur la première el de 1 690 sur la deuxième. EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 141 En argent, cela donne, à raison de 18 fr. l'hectolitre de blé et de 3fr. les 100 kilogr. de paille: 1" PARCELLE. 2« PARCELLE. En graius 163^80 94^50 Eu paille . 62 10 50 70 Eu tout 225*' 90 143'' 20 La dépense supplémentaire en nitrate étant de 46 fr., il est facile de se rendre compte de l'influence remarquable du nitrate sur cette culture. b) Essai sur prairie naturelle située au Camp sec, arrosée par des canaux dérivant des Sorgues. MM. Richard fument régulièrement toutes les années leurs prai- ries au fumier de ferme et aux tourteaux (colza de Russie). Celte année, une parcelle a reçu en plus (le 27 février) 200 kilogr. de nitrate de soude à l'hectare. Voici les résultats qui me sont communiqués : Avec nitrate 9 400 kilogr. à 5 fr. les 100 kilogr. 470^00 Sans nitrate 6 250 — — 312 50 Différence en faveur du nitrate. . 3 150 kilogr. à 5 fr. les 100 kilogr. 157^ 50 D'où un bénéfice net de 111 fr. 50 c. 2. — M. Blanchard (Sébastien), cultivateur à Bédarrides (Vau- cluse). Essai sur blé seisselle au quartier de Bendonne, sur un terrain silico-argileux sujet à la sécheresse. Ce terrain a reçu, eu automne, 500 kilogr. de superphosphate et au printemps, en couverture, 200 kilogr. de nitrate de soude. Les résultats généraux n'ont pas été très brillants; ils accusent cepen- dant un excédent assez important en faveur du nitrate. Les voici : GRAIH. PAILLE. litres. kilogr. Partie avec nitrate 2 250 3 200 Témoin 1 800 1 950 Bénéfice en faveur du nitrate. . 450 1 250 Ce qui donne encore un bénéfice net de 72 fr, 50 c. 142 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 3. — M. Faiire (Martin), propriétaire à Bédarrides (Vaucluse). Nous avons suivi de très près les expériences faites sur ses vignes dont quelques-unes ont déjà sept ou huit années et d'autres sont toutes jeunes. Les résultats constatés ont été notés à chaque visite. Nous les ré- sumons ci-dessous. 28 et 31 mars. — Taille générale du vignoble et enfouissement des engrais chimiques répandus à la volée. 1" partie : Superphosphate de chaux, 500 kilogr., sulfate de po- tasse, 150 kilogr., nitrate de soude, 200 kilogr. 2^ partie : Fumier de ferme et colza du Nord placés au pied de la vigne. 12 juin. — Visite avec M. Zacharewicz de divers vignobles et tout particulièrement de celui de M. Faure. Nous constatons que dans la première partie la vigne est plus puissante et n'a aucune trace d'anthracnose, maladie qui commence à faire des ravages dans la commune et les environs. Les vignes de cette partie sont d'un vert très caractéristique et la fructification se poursuit normalement. Cette partie n'a été sulfatée que deux fois, tandis que la deuxième l'a été quatre fois; malgré cela, les plants de cette deuxième partie ont des traces bien caractérisées d'anthracnose et accusent même une tendance à la chlorose. 12 septembre. — 1" partie : Les raisins sont beaux, réguliers, et la vigne est bien verte malgré la sécheresse. 2* partie : Beaucoup de raisins ont des grains verts ou secs, la ma- turité est irrégulière; la vendange ne sera pas de première qualité. Du 25 au 30 septembre. — Vendange. Voici les résultats : l"' partie 4 2 00''^ à 20^ les 100''^'= S iO^ ■2'' parlic 2 940 iil.jf — = -ill Béuéfice en faveur des engrais. . 3!)'.i' ' Défalcation faite de la valeur des engrais, il reste: 399 — il9,25 = 179fr. 75 c. 1. En plaiue, les reudcmenls varient entre 10 000 et 20 000 kilogr. à Thectare, m:tis les raisins ne se vendent que de 7 fr. à 12 fr. les 100 kilogr. EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 143 C'est un résullal réellement important si 1 on tient compte sur- tout de l'état actuel des vignes qui sont bien plus saines que les autres. Mêmes observations sur les jeunes plants. 4. — M. Bouche (Jules), cultivateur à Bédarrides (Vaucluse). a) Essai sur la pomme de terre « Institut de Beauvais » sur un terrain léger à sous-sol argileux à l'arrosage. Les résultats qui me sont comniuni(jués donnent : A\ic engrais complet et nitrate. ... 22 150"'' à 1^ les 100''' = 1 boO' 50« Avi'C toiiriea;ix IG-iSO — =1 163 GO Excédent en faveur des engrais nitrates. 5 670''' — = 396^90*= Expénence fort concluante et qui, sûrement, portera ses fruits. b) M. Bouche a également fait des expériences sur ses vignes de la roule d'Avignon. Les résultats sont les mêmes, sensiblement, que ceux de M. Faure. L'exposition étant moins bonne, les rendements sont légèrement inférieurs, mais tout aussi concluants. (Mêmes observations pour les vignes de M. Gonnet [Antoine] et mêmes résultats.) 5. — M. Simon (Marius), propriétaire à Monteux (Vaucluse). a) Sur ma demande, M. Simon a bien voulu me consacrer deux hectares d'un terrain situé au quartier des Meyrettes, commune de Moiileux, pour nos expériences sur le blé. Ce terrain sortait d'une culture de pommes de terre et en au- tomne il reçut uniformément 13000 kilogr. de fumier de ferme et 1 000 kilogr. environ de superphosphate de chaux. Au printemps, un hectare reçut 200 kilogr. de nitrate de soude. La différence de rendement proviendra donc de ces 200 kilogr. de nitrate de soude. A la récolte, les gerbes des 2 hectares ont été rentrées séparé- ment, foulées et pesées. 144 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Voici les résultats : GRAIN. PAILLB. hectol. kilogr. Parcelle avec nitrate 26,0 4 550 . Parcelle sans nitrate 15,6 2 560 Excédent dû au nitrate 10,4 1990 Valeur totale de cet excédent .... 246' 90' Bénéfice net 200 90 b) M. Simon nous a fait part, en outre, d'une autre expérience faite dans le même quartier, mais dans un terrain beaucoup plus argileux, où aucune culture (betterave, avoine) n'avait donné de résultats. Pressé par le temps et confiant dans les renseignements que nous lui avions communiqués en lui remettant notre brochure de l'année dernière, il répandit sur ces 2 hectares 650 kilogr. de superphos- phate et au printemps, en couverture sur 1 hectare seulement, afin de bien se rendre compte de l'effet du nitrate, 100 kilogr. de nitrate de soude. Voici les résultats, qui se passent de commentaires : GRAIX. PAIL.LB. heotol. kilogr. Avec nitrate 19,50 3 640 Sans nitrate 14,50 2 535 Excédent dû au nitrate 5,00 1 105 Bénéfice 123' 15= Donc avec une dépense de 23 fr. pour 100 kilogr, de nitrate, M. Simon a récolté en plus 123 fr. 15 c. Il a donc placé son argent au taux de 535 p. 100. Il est certain que si M. Simon, au lieu de n'employer que 100 kilogr. de nitrate à l'hectare, avait doublé la dose, le rende- ment aurait été sûrement supérieur : il est facile de s'en rendi-e compte par les résultats de la première expérience. 6. — M. ViaUs (Paul), propriétaire, maire et conseiller général de Mormoiron (Vaucluse). Expérience sur le blé meunier, dit blé blanc, variété du pays très EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 145 estimée, donnant une farine de. premier clioix et se vendant ^ fr. de plus l'hectolitre que la seissette cultivée en plaine. Le champ d'expérience que M. Vialis a hien voulu mettre à notre disposition est situé sur l'ancienne roule de Garpentras à Mormoiron, au S.-O. de la commune et à 300 mètres environ de l'agglomération; c'est un terrain bien abrité du mistral. Sa nature argilo-calcaire est essentiellement gypseuse; le sol, sec, d'une culture facile, présente une surface plane; en un mot, il se prête à merveille à notre expé- rience. Sa forme est celle d'un trapèze irrégulier et mesure un peu plus d'un hectare. Ce terrain a été divisé en 4 parcelles à peu près égales dans la direction du N. au S. Nous les désignons par les lettres A, B, C, D. Les 4 parcelles ont été défoncées en août à 50 centimètres et ont reçu un deuxième labour moins profond en octobre, époque où ont été mis les engrais sauf le nitrate. La parcelle A a reçu 2 000 kilogr. de fumier de ferme à l'éminée, soit 26000 kilogr. à l'hectare. La parcelle B a reçu 100 kilogr. de colza du Nord, soit I 300 ki- logr. à l'hectare, ann. science agron. 2' SÉRIE. — 1899. — I. 10 146 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Les parcelles G et D ont reçu 40 kilogr. de superphosphate et 12 kilogr. de sulfate de potasse à l'éminée, soit à l'hectare 500 ki- logr. de superphosphate et 150 kilogr de sulfate de potasse. Les semailles furent faites quelcpies jours après, les ^ et 5 no- vembre, à la main et en lignes. Plusieurs visites furent faites au champ d'expérience, en compa- gnie d'un certain nombre de cultivateurs, les 3 février, 17 mars, 13 et 14 avril 1898. Le 17 mars, jour où le nitrate de soude fut épandu en couverture sur la parcelle D, il n'y avait pas de différence sensible entre les 4 parcelles. Il n'en fut pas de même lors de notre visite des 13 et 14 avril : la partie nilratée était d'un feuillage vert foncé, 'à tiges" plus vigou- reuses, tandis que le blé de la parcelle G surtout avait l'air souffre- teux. A la moisson, la récolte de chaque parcelle fut mise à pari, me- surée, pesée et consignée sur le tableau ci-après que j'avais adressé à M. Vialis, fm juin. S! M (O ^ r Q A B G D NATURE DES ENGRAIS. Fumier de ferme Colza du Nord Superphosphate et sulfate de potasse. Id. en plus nitrate de soude. RENDEMENT en grains par hectare. en hecto- litres. 20,80 22,10 18,50 27,04 Valeur à 20 fr. l'hec- tolitre. fr. c. 41G » 442 » 360 » 540 80 RENDEMENT en paille par hectare. Poids. kilogr. 3 160 3 420 2210 4 350 Valeur à 3 fr. 50 c les 100 kilogr. fr. c. 11060 119 70 77 35 152 25 La valeur de l'excédent dû au nitrate de soude, tant en grain qu'en paille, est de : 106 fr. 45 c. sur la parcelle fumée au fumier de ferme; 131 fr. 35 c. sur la parcelle fumée au colza du Nord; 255 fr. 70 c. sur la parcelle fumée au superphosphate et au sul- fate de potasse seul. EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 147 Il ressort claire menl de ces expériences, fort bien conduites d'ail- leurs : 1" Que l'azote est éminemment nécessaire aux céréales; 2" Que la minime quantité d'azote contenue dans le fumier de ferme donne un surcroit fort appréciable de récolte; 3° Que le superphosphate seul est impuissant à donner de bonnes récoltes sans le secours du nitrate. Nous reprendrons d'ailleurs la même expérience dans la même commune, mais dans un terrain moins gypseux. Tabac. Deux jeunes plants de tabac ont été repiqués dans le jardin de l'école à 15 mètres l'un de l'autre. Le plant \ a été fumé au fumier de ferme et aux tourteaux ; Le plant 2, au superphosphate et au sulfate de potasse. Le plant 1 n'était arrosé qu'avec de l'eau ordinaire, tandis que le plant 2 l'était avec de l'eau contenant 20 grammes de nitrate de soude en dissolution. A la maturité, le plant 2 a donné 10 feuilles pesant 95 grammes, ce qui fait 105 feuilles au kilogramme, tandis qu'avec le plant 1 les 10 feuilles ne pesaient que 68 grammes, soit 147 feuilles au kilo- gramme. A raison de 37 000 pieds à l'hectare, on aurait : Avec le nitrate. 37000X95 = 3515 de tabac F'' qualité à 100^ les 100''s= 3 515^00 Avec le fumier de ferme . . 37 000X68 = 2 516 — 2» — 95 — =2 264 40 D'où un bénéûce dû au nitrate de soude de 1 250'60 Cette expérience est confirmée par celle de M. Blanchard citée plus loin. 148 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Pommes de terre. Comme l'amiée dernière, nous avons consacré deux carrés du jardin de l'école à une expérience sur la pomme de terre primeur < Royal Kidney ». Le premier carré a été fumé au fumier de ferme ; Le deuxième, au superphosphate, sulfate de potasse et nitrate de soude, quantités ordinaires. Les élèves de la première classe eux-mêmes ont procédé aux tra- vaux préparatoires et à la mise en place des tubercules germes ; ils soignaient les jeunes plants, notaient les observations, enlevaient les mauvaises herbes, binaient et arrosaient aux époques déter- minées. Le 2 juin, la récolte a été faite et a donné les résultats consignés dans le tableau ci-dessous ramenés à l'hectare : NUMBBOS RENDEMENT A l'hECTARE. des VARIÉTÉ. — "^ ^- — -^ ~ parcelles. Poids. Valeur. 1 Royal Kidney 12 530''' c»! 15^ les lOO'^s = 1 881' 2 • — 18 420 — =2 763 Différence en faveur du nitrate. 5 890''' — = 882' Résultats conformes d'ailleurs à ceux de l'année dernière. Luzerne. L'expérience faite, il y a un an, sur les trois parcelles de luzerne que nous indiquions dans notre rapport, a été reprise cette année dans des conditions identiques. Les parcelles ont reçu du superphosphate et du sulfate de potasse en plus du fumier de ferme mis en couverture fin octobre. Le 12 février, division des parcelles en demi-parcelles. Chaque demi-parcelle reçut le lendemain, 13, du nitrate de soude à raison de 300 kilogr. à l'hectare. Quatre coupes ont eu Heu, les 18 avril, 25 mai, 27 juillet et EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 149 8 octobre; elles ont donné les résultats ci-dessous ramenés à l'hec- tare, NUMEROS ^^^ V^zi^r:^ EXCÉDENT sans avec dû ^ , coupes. nitrate. nitrate. au nitrate. valeur. kilogr. kilogr. kîlogr. fr c. 1 3 250 4 330 1 080 à CMes 100 kilogi". = 64,80 2 3 720 4 980 1 2G0 — = 75,r,0 3 4 450 5 810 1 360 — = 81, GO 4 4 325 5 505 1 180 — = 70,80 Totaux. 15 745 20 625 4 880 — =292,80 La différence est peu sensible avec les résultats publiés dans le tableau de la page G de notre dernier rapport. Une fois de plus, ces résultats confirment l'efTicacilé incontestable du nitrate de soude sur les légumineuses. Ils sont également con- formes aux résultats que me communique un de nos plus intelli- gents agriculteurs, M. Batias, qui toutes les années n'hésite pas à mettre du nitrate sur ses luzernières et obtient ainsi de bien meil- leurs rendements. 2*^ partie. — Expériences comparatives entre le nitrate de soude et le sulfate d'ammoniaque sur blé, prairies, avoines et tabac. Ces expériences ont obtenu un réel succès et ont été faites avec le plus grand soin par MM. Richai'd frères, Barrot, Gras, Girardin et Blanchard. Voici la façon dont ils ont procédé : En automne, les engrais phosphatés et potassiques ont été enfouis par les labours faits à cette époque. Les terrains servant à ces expériences furent ensuite divisés en deux parties égales; la première partie reçut 75 kilogr. de sulfate d'ammoniaque, qui furent également enfouis, et les semailles furent faites immédiatement après. Au printemps, nouvel épandage sur la l'* partie de 75 kilogr. de sulfale d'ammoniaque, en couverture cette fois; le même jour, la 2^ partie recevait 200 kilogr. de nitrate de soude. 150 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Les récoltes provenant de ces deux parties furent mises à part, mesurées et pesées avec le plus grand soin, car la plupart des expé- rimentateurs étaient hostiles au nitrate de soude et avaient beau- coup plus de confiance au sulfate d'ammoniaque. Le tableau ci-dessous résume toutes les opérations. KENDK MBNTS à l'hectare. Graiu. Paille. MM. Richard frères, cultivateurs à Bédarrides : "^^ "^ ' ^ '^^^' avec uitrate do soude. ... 33,60 7 200 Blé avec sulfate d'ammoniaque . . 28,20 7 100 Différence 5,40 100 Valeur des excédents ' . 97f 20 3^ Total' 100''20 M. Barrot (Antoine), cultivateur à Bédarrides : , . ( avec nitrate de soude. . , , 52,30 4 500 Avoine { ( avec sulfate d'ammoniaque . . 48 » 3 000 Différence 4,30 1 800 Valeur des excédents*. 36' 55 45^ Total . 81f55 M. Gras (Frédéric), cultivateur à Bédarrides : Blé I avec nitrate de soude. . . . 27,80 5 700 avec sulfate d'ammoniaque . . 26,10 4350 Diflérence 1,70 1 350 Valeur des excédents • . 30f60 40f50 Total 7 If 10 M Girardin (Ernest), cultivateur à Bédarrides : . . i avec nitrate de soude. . . . 50,50 3 520 Avoine { ( avec sulfate d'ammoniaque. . 47,80 3 100 Différence 2,70 420 Valeur des excédents ' . 22f95 10f50 Total 33f45 1. Blé, 18 fr. l'hectolitre ; paille, 3 fr. les 100 kilogr. 2. Avoine, 8 fr. 50 c. l'hectolitre; paille, 2 fr. 50 c. les 100 kilogr. EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 151 BENDRMENT du foiu à l'hectare. kilogr. MM. Richard frères, cultivateurs à Bédarrides : „ . . i avec nitrate de soude 10 850 Prairies { ,. „ . avec sulfate d ammoniaque 8 320 Différence 2 530 Valeur de Texcédent à 5 fr. les 100 kilogr. . 12Gf 50 Tabac. Blanchard (S.), cultivateur à Bédarrides (Vaucluse). Celle expérience a été faite au quartier de Saint-Louis, sur un terrain argileux situé sur la route départementale n° 18, à 200 mè- tres de la gare. Elle a été suivie avec le plus grand intérêt, non seu- lement par de nombreux cultivateurs, mais encore par les surveil- lants et les inspecteurs de cette culture. Le sol, profondément labouré en automne et au printemps, avait reçu le superphosphate et le sulfate de potasse indiqués. Avant la mise en place des jeunes plants de tabac indiqués, le terrain avait été divisé en deux parcelles égales; l'une reçoit 100 ki- logr. de nitrate de soude, l'autre 75 kilogr. de sulfate d'ammonia- que. Un mois après, nouvel épandage de la même quantité des deux sels recouverts par un binage. L'effet du nitrate a été remarqué dès la première pluie, et n'a fait que s'accroître à mesure que les feuilles arrivaient à leur matu- rité. La récolte fut faite en septembre, et les feuilles séchées ont donné un surcroît de poids de T^S kilogr. dû exclusivement à l'emploi du nitrate de soude. Ce qui donne 748 fr. Si l'on tenait compte que les feuilles nitratées sont classées en général de 1" qualité, et se vendent toujours de 15 à 25 centimes de plus par kilogramme que les autres, il est certain que le bénéfice est considérable, et que nos cultivateurs, mieux informés, sauront user de ce sel pour cette culture si rémunératrice. 152 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Le tableau qui suit indique d'ailleurs ces résultais : OENRE de fumure. Avec nitrate de soude. . . Avec sulfate d'ammouiaque . XOMBRB de feuilles à l'hectare. POIDS des fouilles VALEUR. kilogr. kilogr. fr. e. 370 000 3 750 à I fr. le kilogr. = 3 750,00 370 000 3 002 ités. . àOf ,85 • • = 2 551,70 plants uitri 1 198,30 Il résulte clairement de ces expériences comparatives entre le sul- fate d'ammoniaque et le nitrate de soude, expériences faites avec le plus grand soin, que la valeur agricole de l'azote du nitrate est bien plus grande que celui du sulfate, aussi n'hésitons-nous pas à accor- der au nitrale une préférence qu'il justifie pleinement par les résul- tats indiqués plus haut. Rendements moyens par hectare. BLE AVOINE PRATIÎTES NOMS des propriétaires. Richard frères. Id. Blanchard (S.) Simon (M.). . Id. Vialis (P.) . . Gras (Fréd.) , Barot (Ant.) . Girardin (E.) . lUojeoae des reudonients avec nitrate. Lectol. 32,60 33,60 22,50 26,00 19,50 27,04 27,80 » 27,00 sans nitrate. hectol. 23,50 28,20 18,00 15,60 14,50 20,80 26,10 » » avec nitrate. hectol. » » » » » 52,30 50,50 sans nitrate. hectol. » » » » » 48,00 47,80 avec nitrate. kilogr. 9 400 10 850 » » sans nitrate. kilogr. 6 250 8 320 » » 20,90 51,40 47,90 10 125 7 285 A Bédarrides, la moyenne de rendement en blé est, cette année, de29'>',12ài'hectare. Conclusions. Disons tout d'abord que nos conclusions de l'année dernière se trouvent pleinement justifiées par les rendements de cette année. EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 153 Les pluies du printemps nous ont valu des récoites en blé, foin, avoine, bien au-dessus de la moyenne. Les pommes de terre non arrosées n'ont donné, par contre, que des résultats insignifiants, aussi nous abstenons-nous d'en faire le compte rendu. La création dans nos pays si agricoles de canaux d'arrosage, les canaux du Rhône tout particulièrement, doubleraient la fortune de nos pays, car ils permettraient non seulement d'obtenir de meil- leurs rendements des récoltes en usage, mais encore d'introduire les diverses cultures des pays mieux favorisés sous le rapport des eaux. En ce qui concerne plus particulièrement l'emploi des engrais chimi(iues, nous constatons : i" Que l'emploi du nitrate de soude associé aux engrais phos- phatés et potassiques donne de brillantes récoltes, réfractaires presque toujours aux inconvénients signalés depuis longtemps par les cultivateurs, qui trop souvent fument avec des tourteaux (acide organique) : la verse pour les blés et les maladies cryptogamiques et autres pour la vigne; 2° Que les rendements varient suivant la plus ou moins grande quantité de nitrate employé (expérience Simon), et que l'on ne doit pas hésiter à mettre comme m.inimum de 200 à 250 kilogr. à l'hec- tare, car la terre est en général trop pauvre en azote pour permettre d'obtenir de bons rendements ; 3" Que l'action du nitrate de soude est plus rapide et plus favo- rable à la végétation que celle du sulfate d'ammoniaque, car il n'a à subir aucune transformation dans la terre ; 4" Que l'emploi du nitrate de soude est plus économique que celui du sulfate d'ammoniaque, car le surcroît de rendement est tout bénéfice pour le cultivateur. Annexe. Gomme conséquence générale de mes expériences agricoles, voici à titre de simple renseignement les quantités d'engrais achetées par les divers syndicats de la commune. 154 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Ces chiffres sont au-dessous de la vérité, car il faut tenir compte que beaucoup de cultivateurs s'adressent directement aux usines et échappent ainsi à notre enquête. NATURE des engrais. Nitrate de soude. . . Sulfate d'ammoniaque. Superphosphate . . . Sulfate de potasse . . Tourteaux, divers . . QUANTITES ACHETEES EU 1896-1897. 1897-1898. kilogr. 35 000 28 000 275 000 15 000 80 000 kilogr. 58 000 30 000 380 000 17 000 75 000 AUG- MENTATION. kilo;,'r. 23 000 » 105 000 2 000 ]V" te LES CHAMPS DE DEMONSTRATION DE L ARRONDISSEMENT DE SAUMUR Par M. Charles Bacon, professeur d'agi'iculture. Culture des céréales. 1. — M. Brazille, propriétaire à Grange-Boureau, Saint-Lambert- des-Levées. C'est après l'enlèvement d'une récolte de betteraves que le ter- rain, labouré puis mis en billons d'hiver, fut ensemencé le 14 mars en avoine grise de printemps, et cela sur une étendue d'un hectare mis en expérience. Le terrain est silico-argileux, riche, profond et substantiel. Cela nous explique pourquoi les résultats n'ont pas été aussi concluants que dans les autres champs de démonstration. Mais ils ont été fort intéressants relativement à l'association du superphosphate et du nitrate de soude. A la récolte, le rendement a été, à l'hectare : Parcelle témoin sans engrais. . Parcelle nitratée Parcelle nitratée et phosphatée. 28 hectolitres. 32 — 85 — EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 155 Le faible rendemenl du nilrate seul est dû à la verse que l'élé- ment azoté, par l'incomparable vigueur (ju'il communique à la végé- tation, a déterminée; l'intervention du superphosphate, en apportant aux tissus végétaux les matériaux de lignilication, assurait la rigi- dité des chaumes. Aussi, dans cette dernière parcelle, la verse ne s'est pas produite, et le rendement de l'avoine y est très élevé. 2. — M. Rabouan, ferme d'Albœuf, commune de Forges. Le champ de démonstration de M. Rabouan présentait la forme de deux rectangles dont le petit côté de l'un réuni au grand côté de l'au- tre. Il s'ensuit que l'ensemble formait un angle rentrant. L'une des parties comprenait 12 boisselées (la boisselée de 5 ares 50 centiares) et constitua le témoin sans engrais ; l'autre, de 10 boisselées, reçut 100 kilogr. de nitrate de soude et 200 kilogr. de superphosphate. Le sol, silico- argileux, portait l'année dernière une récolte de plantes sarclées (betteraves, choux). La valeur locative est estimée 70 fr. l'hectare. Après deux labourages préparatoires, l'avoine grise de printemps fut semée le 8 mars à la dose de 1 hectolitre et demi à l'hectare. La végétation s'étant accomphe dans des conditions normales, la récolte a eu lieu le 8 août par un temps splendide. Les rendements constatés ont été les suivants par hectare : Parcelle sans engrais Parcelle nitratée . . GRAIN. PAILLE hectol. kilogr. 24 4 000 45 6 000 De plus, nous écrit notre correspondant, le grain dans la parcelle nitratée était plus beau, plus plein, plus brillant; il n'y avait pas de grains échaudés comme dans celui provenant de l'autre parcelle; enfin le grain nitrate pesait à l'hectolitre 3''^,500 de plus que le té- moin. Pour bien démontrer que les bons effets des engrais minéraux persistent assez longtemps, une prairie qui suivait cette avoine dans l'assolement se présentait sous un plus bel aspect de végétation et de régularité dans la parcelle nitratée que dans l'autre. 156 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 3. — M. Foulard, propriétaire à Sauziers. C'est sur 1 hectare de blé gris de Saumur qu'a été tentée l'expé- rience. Le terrain, d'une valeur locative de 60 fr. l'hectare, est silico-ar- gileux de bonne composition. Il était occupé l'année dernière par une culture de betteraves. C'est le 8 novembre dernier que fut effectuée la semaille, après deux bons labours préparatoires, et à la dose de 2 hectohtres et demi de grain par hectare. La levée fut assez claire ; mais la végétation s'étant accomplie normalement, la moisson put s'exécuter le 10 août dans d'excel- lentes conditions. Les rendements constatés ont été les suivants, par hectare : Parcelle témoin 22 hectolitres. Parcelle nitratée (lOO^s nitrate) . 30 — La paille s'est, en rendement, élevée dans la même proportion. Mais ce qui démontre les bons résuUats de l'application minérale, c'est la grosseur, l'ampleur, la belle couleur brillante et la densité du grain nitrate. 4. — M. Mahet, propriétaire à Allonnes. Pour la troisième fois depuis que le comice ouvre ses concours annuels, M. Mahet avait, cette année, répondu à notre appel. Nous nous empressons d'ajouter que M. Mahet a dirigé ses essais avec l'autorité que chacun se plaît à lui reconnaître. Les obser- vations qui en sont résultées sont d'un intérêt cultural considé- rable. La céréale mise en expérience était l'orge de printemps sur un sol argilo-siliceux d'une valeur locative de 100 fi-. l'hectare et succé- dant à une sole de pommes de terre et de carottes. Le terrain reçut un labour profond avant l'hiver, puis un léger lors des semailles qui furent exécutées le 15 mars à la dose de 135 kilogr. par hectare de grain ; un hersage compléta l'opération. Le fumier de ferme, répandu uniformément sur toute la surface et à la dose ordinaire du pays, enfoui par un labour de 0"',30, fut EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 157 complété, dans la moitié du champ, par du superphosphate, à raison de 350 kilogr. à l'hectare sans addition d'engrais potassique. La semence avait été chaulée. L'épandage du nitrate de soude a eu lieu en deux fois, le 25 avril et le 1 2 mai ; chaque opération a été suivie d'un mouvement végéta- tif très marqué. A l'époque de la récolte, 18 juillet, dans la parcelle ayant reçu l'addition d'engrais chimiques, la paille était plus rigide, plus dure à couper, de même que les épis étaient plus longs et les grains plus beaux que dans la parcelle témoin. Voici les rendements obtenus à l'hectare : GRAIN. PAILLE. hectol. kilogr. Parcelle témoin, fumier seul. . . 48 2 000 Parcelle ni tratée ....... 66 3000 Ces résultats sont suffisamment éloquents par eux-mêmes sans qu'ils aient besoin d'être commentés. M. Mahet nous disait dernièrement : « Si la verse n'était pas venue à deux reprises différentes dimi- nuer d'une façon très sensible la production, la récolte eût certaine- ment atteint 75 hectolitres à l'hectare. » La récolte de raves qui a suivi l'orge est plus que doublée dans la parcelle nitratée, preuve indéniable de la persistance des bons effets des matières minérales dans le sol. De plus, et pour bien démontrer ce que nous avançons précédem- ment, M. Alahet, qui prit, comme nous l'avons dit, part à notre con- cours de l'année dernière, nous écrivait à la date du 2 février 1898: « Dans le morceau de vigne où se faisait le concours d'engrais, j'ai semé, le 1^' septembre, sur toute l'étendue, du trèfle incarnat et des navels. « Dans les deux parcelles avec engrais chimiques, le trèfle est plus beau. Quant aux navets, voici les pesées obtenues : Parcelle n° 1 avec nitrate (5 ares) 580 kilogr. — n° 2 sans nitrate (5 ares) 300 — — n" 3 fumier (5 ares) • 250 — — n° 4 témoin (5 ares) 150 — 158 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. « La recolle du vin ayant largement payé le nitrate dans la parcelle n'-'ljilya donc un second bénéfice relativement à la récolte qui a suivi. « Ce qu'il convient de faire remarquer surtout, c'est que l'excé- dent de 280 kilogr. de la parcelle n° 1 sur celle n° 2 provient exclu- sivement du nitrate de soude employé. » Culture des racines fourragères. 1. — M. Chatelais-Chauvigné, propriétaire à Grézillé. Le champ de démonstration de Grézillé portait la betterave jaune ovoïde des Barres, succédant à une avoine de printemps. Le terrain, sablonneux à fond légèrement argileux, est d'une va- leur locative de GO fr. par hectare. Après deux labours préparatoires d'hiver, un troisième fut exécuté au moment de la plantation des betteraves qui, dans la région, sont semées en pépinière dans un coin du jardin, puis repiquées en place. La sécheresse estivale a beaucoup contrarié la végétation, qui est demeurée languissante dans les quatre parcelles. Les pluies d'automne ont tout transformé et cela dans un espace de temps très court, l'engrais a immédiatement manifesté sa supé- riorité comme le témoignent les chilTres suivants obtenus lors de l'ar- rachage, le 20 novembre, à l'hectare : 1° Parcelle témoin sans engrais ... 18 000 kilogr. 2° Parcelle avec fumier seul .... 21 000 — 3° Engrais sans nitrate 2.3 000 — ■i" Engrais avec nitrate 28 410 — 2. — M. Sauîais-Mauriceau, propiiétaire à Parnay. Nous recevions dernièrement de M. Saulais la lettre suivante: « Je vous adresse les renseignements relatifs aux champs d'expé- riences dont vous m'avez confié la direction. « Vous remarquerez que je n'ai pas obtenu les résultats sur les- quels j'étais en droit de compter sur la parcelle nitratée. « C'est sur les carottes que l'effet a été le plus sensible; c'est sur- tout à la sécheresse qu'il faut attribuer ces résultats contradictoires.» EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 159 Le champ de M. Saulais, situé le long de la roule de Champigny- le-Sec, avait une contenance de 50 ares, La nature en est argilo-calcaire. L'ensemble, affectant la forme d'un rectangle régulier, fut divisé dans le sens de la largeur en trois parties égales : 1° Betterave géante jaune de Vauriac ; 2** Carottes blanches à collet vert ; 3° Pommes de terre Hollande. Puis, dans le sens de la longueur furent tracées quatre divisions également, qui devaient constituer les parcelles d'engrais. Ces derniers se trouvaient donc également appliqués sur les trois cultures occupées précédemment par un blé. Dès la levée, les betteraves semées directement en paquets furent en partie détruites par un coléoptère noir (le sylphe opaque), qui fît de si grands ravages, il y a quelques années, dans le nord de la France. Les manquants furent remplacés par des plants repiqués en place. Ces cultures ont reçu trois binages dont deux à la main et un à la sarcleuse. Voici les résultats obtenus par hectare : Betteraves. Parcelle n° 1 sans engrais 33 250 kilogr. — n" 2 avec fumier seul 55 2G0 — — n" 3 avec superpliosphate et clilorure . . 66 500 — — n" i avec nitrate de soude 71 820 — Entre la partie témoin et celle nitratée, il y a plus de 50 p. 100 de différence dans le rendement. Pommes de terre. RENDEMENT. é Parcelle u" 1 . . . 6 500 kilogr. — n° 2 . . . 6 700 — — n° 3 . . . 11 500 — — n" 4 . . . U 000 — Ainsi chaque conclusion nouvelle, contrariée pourtant par les in- tempéries, est une confirmation des bons résultats obtenus à l'aide 160 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. des engrais minéraux. M. Saulais est un agriculteur trop avisé pour ne pas reconnaître que les fumures chimiques joignent à une effi- cacité incontestable une économie notable et une facilité dans leur épandage et leur emploi. En organisant si judicieusement son champ de démonstration où, au moment de la récolte, les intéressés pouvaient lire comme dans un livre, M. Saulais a fait preuve d'une intelligente initiative que la commission a voulu récompenser en lui accordant une prime de 400 fr. • Ainsi donc, pour la troisième fois depuis notre arrivée à Saumur, ces champs de démonstration viennent de faire éclater à tous les yeux la vérité pratique sur les engrais chimiques et plus particuliè- rement sur le nitrate de soude. Depuis longtemps, la science a reconnu son emploi comme utile et indispensable pour obtenir des rendements culturaux élevés. Res- tait à faire parler le sol et la plante. Les moins enthousiastes doivent reconnaîre aujourd'hui toutes les heureuses transformations que ces engrais sont appelés à faire subir à notre agriculture générale. Malgré la routine dont les racines sont encore fortement implan- tées dans nos campagnes, la vérité finira par se faire jour dans l'es- prit de nos agriculteurs, pour le plus grand bien de la prospérité générale du pays. :^« «o compte rendu des expériences sur la pomme de terre dans le champ de démonstration de ^ saint -justin (landes) Par M. Canin, instituteur. Après la coupe du trèfle incarnat, j'ai fait labourer la partie du champ de démonstration non ensemencée en seigle. Il y a été répandu des scories de déphosphoration à raison de 600 kilogr. à l'hectare. EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 161 Celle partie a élé parlagée en bandes de 38 mèlresde long sur 2'", 50 de large. Dans chacune d'elles, il a élé tracé trois sillons distants de 0'",70. La plantation des tubercules a eu lieu le 16 mai; les expé- riences portaient sur deux variétés : la première généralement cul- tivée dans le pays et appelée communément pomme de terre de Tar- hes, tubercule gros, lisse, à chair jaune ; la seconde VImperator Richter's. Deux bandes étaient consacrées à chacune de ces variétés. Les semenceaux n'ont pas été coupés ; tous étaient de moyenne grosseur, choisis avec des germes vigoureux; ils ont été enfouis à 0™,50 de distance l'un de l'autre. • • L'humidité du sol à cette époque pluvieuse hâta la germination et des lig€s vigoureuses se sont rapidement développées. Au moment de commencer les façons culturales, une parcelle de chacune des deux variétés de tubercules a reçu l''s,9 de nitrate de soude, soit 200 kilogr. par hectare. Quelques jours après le bullage, la planta- tion oflrait un contraste frappant : les parcelles nitratées avaient des liges fortes et d'un feuillage vert foncé. Depuis le 15 juin, nous n'avons pas eu de pluie ; la température a été très élevée. Longtemps, la terre ayant élé profondément re- muée et vigoureusement hersée pendant les façons culturales, la plantation a résisté à cet excès de sécheresse et de chaleur. Néan- moins, la dessiccation des fanes est arrivée plus vite que les années ordinaires. J'ai fait arracher les pommes de terre de Tarbes le 26 août et les autres samedi dernier, 3 septembre. Voici les résultais comparatifs : Pommes de terre de Tarbes. Parcelle ii° 1 saus nilrate .... Parcelle n" 2 avec nitrate .... Différence qui, à 3 fr. 50 c. le quintal, valent. Les frais de nitrate s'élèvent à . . Bénéfice : Le taux du placement est de 304 p. 100. ANN. SCIENCE AGUOX. — 2° SÉRIE — 1899. — I. Il RENDEMENT par parcelle • P: ir hectare. kilogr. kilogr. 196,65 20 700 248,90 26 200 5 500 203f 50"= 50 » 152^ 50*= J62 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Imperator Richter's. RENDEMEKT par parcelle, par hectare. kilogr. kilogr. Parcelle n" 3 sans nitrate . . . . ' 107,80 20 800 Parcelle n" 4 avec nitrate .... 290,10 30 630 Différence 9 830 qui, à 3 fr. 50 c. le quintal, valent. 344f Oô-^ Les frais du nitrate s'élèvent à . . 50 » Bénétice 294f 05*= Le taux du placement est de 588 fr. 10 c. p. 100. . Le résultat a été des plus satisfaisants et il est certain qu'il sera marqué pour l'année prochaine par l'emploi du nitrate sur une vaste échelle par les petits propriétaires qui n'ont d'autre revenu que celui des champs qu'ils cultivent eux-mêmes. ]%« »t RAPPORT SUR LES CHAMPS DE DÉMONSTRATION ÉTABLIS A AUBAGNE, CAMPAGNE 1897-1898 Par M. GittAUD, instituteur. Le foin et les pommes de terre sont les produits agricoles domi- nants de la culture d'Aubagne. On peut y ajouter les fraises, qui constituent chaque année un revenu important pour les cultivateurs de Beaudinard (quartier de la commune d'Aubagne). Ces trois produits trouvent un terrain favorable dans la vallée de l'Huveaune et ont un débouché avantageux à Marseille. Le but de l'agriculteur cultivant un champ de fraises, de pommes de terre, ou une prairie, c'est d'obtenir un profit maximum. Il doit, pour y parvenir, appliquer les meilleurs procédés. Ses bénéfices s'accroîtront s'il augmente le rendement et s'il diminue les frais de culture. EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 163 On peut obtenir ce double résultat par l'emploi judicieux des en- grais chimiques : nitrate de soude complété par un apport conve- nable d'acide phosphorique et de potasse. Il fallait convaincre de cette vérité les cultivateurs d'Aubagne, ré- fractaires jusqu'ici à l'emploi des engrais chimiques. C'est dans ce but qu'ont été établis cette année des champs de démonstration sur les pommes de terre, les prairies, les fraises. Pommes de terre. 1. — Champ de M. Maurin, président du syndicat agricole de Beaudinard. Le champ de démonstration le plus important établi cette année à Aubagne sur les pommes de terre, l'a été sur la propriété de M. Mau- rin, président du syndicat agricole de Beaudinard, très dévoué aux intérêts agricoles de la région. Ce terrain, de forme rectangulaire, vient s'appuyer, par sa lon- gueur, sur la route qui mène de Beaudinard à Aubagne ; il est exposé aux regards des nombreux cultivateurs qui passent chaque jour sur celte route, et, par conséquent, dans une situation excellente pour une démonstration agricole. Le sol, meuble et profond, a reçu les années précédentes de fortes fumures au fumier de ferme et a subi une préparation convenable. D'une surface totale de i 550 mètres carrés, ce champ a été divisé en trois parties: A, une surface de 150 mètres carrés a reçu seulement comme fumure des engrais chimiques; B, une surface de 700 mètres carrés a reçu une fumure mixte; C, une surface de 700 mètres carrés servait de témoin et a reçu exclusivement du fumier de ferme. Ces trois parties du champ ont reçu leur fumure le même jour, le 20 mars 1898. L'engrais a été déposé au fond des lignes, selon la méthode con- seillée par M. de Laroque, le distingué professeur départemental d'agriculture. Pour la parcelle A, les engrais chimiques, bien mélangés au 164 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. préalable, ont été déposés au fond des lignes et recouverts par une légère couche de terre, afin de préserver le semenceau de l'action caustique des engrais. Pour la parcelle B, les engrais chimiques ont été recouverts par le fumier de ferme. Les quantités d'engrais employés sont indiquées dans le tableau suivant: . ^ NATURE DES ENGRAIS. Nitrate de soude. . . Superphosphate 14/16. Chlorure de potassium. Fumier de ferme. . . PARCELLE A PARCELLE B PARCELLE C (150 mètres carrés). (TOOmètr es carrés). (700 mètres carrés), Poids employé Poids employé Poids employé par par parcelle, hectare. par parcelle par . hectare. par par parcelle, hectare. kilogr. kilogr. kilogr. kilogr. kilogr. kilogr. 5,250 350 14 200 » » 9 , 600 42 600 » » ,1,500 100 » . » » » t 225 17 500 2 450 35 000 La plantation a été faite le même jour, le 20 mars 1898, et l'on a employé des semenceaux fractionnés de la pomme de terre « Early rose ». Celte variété alimentaire est d'ailleurs à peu près la seule cultivée à Aubagne. Le champ a reçu toutes les façons culturales nécessaires, M. Mau- rin, titulaire du champ, étant consciencieux et expérimenté. Bien avant la récolte, l'aspect plus vigoureux des plantes, les feuilles plus abondantes et de couleur plus foncée faisaient prévoir une plus-value importante pour les parcelles fumées aux engrais chimiques. Et les cullivaleurs s'arrêtaient devant le champ, étonnés de voir la partie aux engrais chimiques bien délimitée par son as- pect plus vigoureux de la partie au fumier de ferme. On a procédé à l'arrachage le 10 août 1898. Le rendement est indiqué par le tableau ci-dessous : POIDS OBTENU Parcelle A (150 mètres carrés). Parcelle B (700 — ). Parcelle C (700 , — ). par parcelle. kilogr. 400 1 650 1500 par hectare. kilogr. 26 666 23 571 21 428 EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 165 Je dois signaler pourtant qu'il existait quelques manquants dans la parcelle A réservée aux engrais chimiques, quoique les plantes voisines fussent très belles. Ces manquants n'existant pas dans la parcelle C au fumier de ferme, il faut en conclure que ce fait ne provenait pas de la qualité des semenceaux, mais bien de la causli- cilé des engrais. Pour éviter cet inconvénient, il y aurait peut-être lieu de modi- fier le mode d'emploi des engrais. Au lieu de les placer au fond des lignes, je crois qu'il serait préférable de les incorporer au sol par le dernier labour. Je me propose d'effectuer à cet effet quelques expériences pendant la campagne prochaine. Il est bon de remarquer aussi que les tubercules récoltés sur la parcelle ayant reçu des engrais chimiques étaient plus gros que ceux obtenus sur la parcelle au fumier de ferme, et, par conséquent, d'une vente plus avantageuse. Ce résultat m'engage à instituer pendant la campagne prochaine quelques expériences dans le but d'augmenter le rendement. J'avais, en effet, indiqué à M. Maurin, le titulaire du champ de démonstration, l'emploi comme semenceaux de tubercules entiers de moyenne grosseur, puisque les agronomes les plus éminents s'accordent pour dire que cette pratique augmente le rendement. M. Maurin m'assura qu'il avait essayé, mais que le résultat n'avait pas répondu à son attente. En employant des semenceaux entiers, le nombre de tubercules avait augmenté, mais les tubercules, restés plus petits, étaient moins eslimés par le commerce. Ce résultat particulier ne doit être attribué, à mon avis, qu'à une nourriture insuffisante; et la remarque faite précédemment m'au- torise à croire que les engrais chimiques, et en particulier le nitrate, pourraient apporter au sol la fumure intensive et spéciale que le fumier de ferme s'est montré impuissant à fournir d'une manière économique. Je m'en assurerai en créant de nouveaux champs de démonstra- tion. Les résultats obtenus sur les diverses parties du champ de dé- monstration mettent en évidence, d'une manière frappante, l'avan- 166 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. tage du nitrate de sonde, complété par un apport convenable d'acide phosphorique et de potasse sur le fumier de ferme. Le prix de revient des engrais chimiques pour un hectare de pom- mes de terre peut s'établir ainsi : 350 kilogr. de nitrate à 22 fr 77 fr. 600 — de superphosphate à 65 fr. . 39 100 — de chlorure de potassium. . 27 Soit à l'hectare une dépense totale de . . 143 fr. Tandis que le fumier de ferme doit être évalué au moins à 10 fr, la tonne, soit, pour une fumure de 35 000 kilogr. à l'hectare, une dépense minima de 350 fr. D'où il résulte que l'emploi des engrais chimiques permet une économie sur les frais de culture d'au moins 200 fr. par hectare. 11 faut encore ajouter à celte économie la plus-value de la récolle qui est assez sensible. La parcelle B, à fumure mixte, a donné en plus environ 2 000 ki- logr. à l'hectare, soit, au prix moyen de 7 fr. les 100 kilogr., une plus-value de 140 fr. La parcelle A aux engrais chimiques a donné environ 5000 kilogr. de plus que celle au fumier de ferme, soit une plus-value de 350 fr. Le bénéfice total du cultivateur qui aurait employé les engrais chimiques au lieu du fumier de ferme s'élèverait donc à 550 fr. par hectare. Et dans le cas où il aurait employé une fumure mixte, à 240 fr. Ce résultat a vivement intéressé les agriculteurs de Beaudinard. Quelques-uns seraient disposés à employer les engrais chimiques, mais la plupart ne veulent pas conclure à une règle générale de ce qu'ils prétendent être un fait particulier. Aussi, il conviendrait, pour les convaincre définitivement, d'orga- niser encore quelques champs de démonstration pend;mt la cam- pagne prochaine. Et je suis certain qu'ils finiront par adopter les engrais chimiques quand ils en auront vu les elïels bienfaisants se répéter. 2. — Jardin de M. Saurin, instituteur à Aubagne. Celte démonstration, pour la même variété de pommes de terre. EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 167 s'est efTecluée sur une surface beaucoup plus restreinte que la pré- cédente. Les résultats ont été satisfaisants. Une planche du jardin de 5"', 50 de long sur l^jSO de large ayant une surface de 8'"", 15, a reçu les engrais chimiques suivants : 200 grammes de nitrate, soit 350 kilogr. à l'hectare ; 500 grammes de superphosphate, soit 600 kilogr. à l'hectare; 80 grammes de chlorure de potassium, soit 1 00 kilogr. à l'hectare. Une autre planche voisine, de dimensions identiques, servait de témoin. On a récolté : NUMEROS Pommes de terre . . . . . . • . RKNDKMENT parcelles. 1 2 par parcellu. kilogr. . . 20 . . 15 par hectare, kilogr. 24 242 18 180 Soit du côté des engrais chimiques, un supplément de récolte d'environ 6 000 kilogr. Ce qui, à 7 fr. les 100 kilogr., représente un accroissement du prix de vente de 420 fr. à l'hectare. Pour obtenir cette plus-value, on aurait dépensé tout au plus 150 fr. d'engrais chimiques. Il resterait donc un bénéfice net de 420 — 150 = 270 fr. à l'hec- tare. 3. — Pommes de terre de M. Vulcain. M. Vulcain n'a pas pesé séparément la récolte. Il a constaté seu- lement que les plantes ayant reçu des engrais chimiques étaient plus vigoureuses, les tubercules plus nombreux et plus gros. Prairies. 1. — Prairie de M. Camoin, à Aubagne. Fermier : M. Vulcain. Cette prairie, assez jeune, est élablie sur un terrain argilo-calcaire qui borde la roule de Toulon. Sa superficie totale est de G 200 mètres carrés. En établissant le champ de démonstration sur cette prairie, je 168 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. m'étais proposé un double but : montrer la supériorilé économique des engrais chimiques sur le fumier de ferme, et rechercher si le sol de cette prairie n'était pas suffisamment riche en potasse. Aussi j'ai divisé le champ en trois parties, qui ont reçu les engrais indiqués au tableau suivant : PARTIE A PARTIE B PARTTB C (2 000 mètres carrés.) (2 000 mètres carrés.) (2 200 mètres carrés.) NATCRK DES ENGRAIS. Nitrate de soude. , . Superphosphate . . . Chlorure de potassiuQi. Fumier de ferme. . . Poids employé par partie. kilogr. 30 30 20 200 par hectare. kilogr. 150 150 100 1 000 » » Poids employé par partie. kilogr. 30 30 20 200 50 » par hectare. kilogr. 150 150 100 1 000 250 » Poids employé par partie. kilogr. I) » » » » 4 500 par hectare. kilogr. » » M » 20 400 Le fumier de ferme a été apporté le 20 janvier 1898. Le superphosphate a été répandu à la volée le 27 janvier 1898. Le chlorure de potassium de la partie B avait été au préalable mélangé au superphosphate. Le nitrate de soude a été répandu en trois fois : le 15 mars, le 27 mai, le 23 juillet. Par suite de la sécheresse qui a régné après l'épandage du super- phosphate et de la dose élevée qui a été employée, la prairie a souf- fert de la causticité de l'engrais, ce qui a affecté sensiblement le rendement. L'herbe n'est redevenue un peu verte qu'après les pluies. Mais le nitrate appliqué le 15 mars lui a rendu toute sa vigueur. La récolte a été faite en trois coupes; le rendement est indiqué dans le tableau ci-dessous : PARTIE A PARTIE B COUPES. 1" coupe (20 mai). . 2" — (18. juillet), 3« — (20 sept.) Totaux. . , (2 000 mètres carrés.) (2 qoo mètres carrés.; Poids obtenu par partie. kilogr. 800 400 240 1 440 par hectare. kilogr. 4 000 2 000 1 200 7 200 Poids obtenu par partie. kilogr. 820 420 270 1 510 par hectare. kilogr. 4 100 2 100 1 350 7 550 PARTIE C (2 000 mètres carrés) témoin. Poids obtenu par partie. kilogr. 865 450 300 1 GI5 par hectare. kilogr. 3 !I31 2 045 13G3 7 339 EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 169 Une conclusion immédiate à tirer de ces résultats, c'est que l'em- ploi des engrais potassiques sur ce champ, quoique ayant donné un supplément de récolte, a été onéreux. Il reste à comparer les résultats de la partie A, aux engrais chi- miques, avec ceux du témoin, au fumier de ferme. Malgré le léger excédent de récolte (139 kilogr. à l'hectare) en faveur de ce dernier, l'avantage reste nettement aux engrais chi- miques. Le fumier de ferme revient pour cette fumure, en évaluant son prix seulement à 10 fr. la tonne, au bas mot, à 204 fr. tandis que le prix des engrais chimiques ne s'élève qu'à : 400 kilogr. de nitrate à 22 fr. les 100 kilogr. = 88 fr. j 1 000 — de superphosphate à 6 fr. 50 c. les V 153 100 kilogr =C5fr. ) soit une différence de 51 fi'. dépensés en moins avec la fumure chimique, ce qui compense large- ment les 139 kilogr. de foin constatés en moins! Il est bon de remarquer, en outre, que par suite de la sécheresse et d'un arrosage insuffisant, la fumure intensive employée (400 ki- logr. de nitrate et 1 000 kilogr. de superphosphate) a, par sa caus- ticité, donné un rendement plus faible que ne l'aurait fait une fumure moindre, telle que 800 kilogr. de superphosphate et 300 kilogr. de nitrate, que je conseillerai cette année aux agriculteurs qui essaient les engrais chimiques. 2. — Prairie de M. Chaulan, à Beaudinard. Cette prairie est située au bord, du chemin qui réunit Beaudinard à la route de Roquevaire. D'une contenance totale de 2 400 mètres carrés, elle a été divisée, pour la démonstration, en deux parcelles égales de chacune 1 200 mè- tres carés. Le témoin B a reçu en couverture, le 15 janvier 1898, 6 mètres cubes de fumier, soit 4800 kilogr., ce qui correspond à une forte fumure de 40 000 kilogr. à l'hectare. M. Chaulan a l'habitude de fumer copieusement ses terres, et celte année il a voulu plutôt forcer la dose. 170 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. La parcelle A a reçu les engiais suivants : 30 kilogr. de nitrate, soit 250 kilogr. à l'hectaro, et 100 kilogr. de superphosphate, soit 833 kilogr. à l'hectare. Le superphosphate a été répandu à la volée le 15 février 18W8. L'épandage du nitrate a eu lieu en trois fois : 11 kilogr. le 30 mars, 11 kilogr. le 10 juin, et 8 kilogr. le 10 août. Les trois coupes ont donné les résultats suivants : PARCELLE aux engrais cliiiniques (1200 mètres can-és.) TEMOIN au fumier de ferme (1200 mètres carrés.) COCPKS. Poids récolté Poids récolté par parcelle. par hectare. par parcelle. par hectare. kilogr. kilogr. kilogr. kilogr. 1^^ coupe (l" juin) « • • 800 6 GG6 850 7 083 2^ — (30 jiii;i! :t) . . 400 3 333 445 3 708 3" — (15 octol •re). . 500 4 106 550 4 583 Totaux. 1 700 14 16ê 1 845 15 374 Le fumier de ferme a donné, il est vrai, un excédent de récolte de 1 200 kilogr. de foin à l'hectare, dont le prix peut être évalué à 7 fr. 50 c. les 100 kilogr., soit un excédent de 90 fr. Mais il a fallu pour cela employer une fumure qui doit être éva- luée au moins à 10 fr. la tonne, soit 400 fr., tandis que les engrais chimiques employés ne reviennent qu'au prix suivant : 250 kilogr. 833 — de nitrate à 22 fr de superphosphate à 0^,50*=. ■ Total 55^, »^ 54,14 log'u^ Par l'emploi des engrais chimiques, le prix de vente du foin a él('' diminué, pour un hectare, de 90 fr., mais comme le prix de revient de la fumure a été plus faihle de 400 — 110 = 290 fr., on a donc 90, soit 200 fr. à l'hectare. gagné ; 290 3. — Prairie de M. Maurin, à Beaudinard. J'ai pu constater cette année l'action énergique du nitrate de soude sur une luzerne irriguée qui se transforme en prairie naturelle. EMPLOI DU NITBATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 171 Afin d'activer la transformation, et pour favoriser le développe- ment des graminées au détriment des légumineux, je n'ai fait ré- pandre sur la partie en expérience que du nitrate de soude. Une superficie de 400 mètres carrés a reçu au total 14 kilogr. de nitrate, en cinq reprises différentes, ce qui représente une dose de 350 kilogr. à l'hectare. Une parcelle voisine d'une égale superficie servait de ti-moin, et a reçu i mètre cube de fumier pesant environ 1 200 kilogr., ce qui repn'sente une fumure de 30 000 kilogr. à l'hectare. Les diverses coupes ont eu lieu aux dates suivantes : 26 avril, 10 juin, 20 juillet, 2 septembre, 10 octobre. La partie réservée aux engrais chimiques a donné une récolle to- tale de 450 kilogr. de foin, soit 11 250 kilogr. à rh(^clare. Le témoin en fumier a donné 400 kilogr. de foin, soit 10 000 ki- logr. à l'hectare. D'où, en faveur des engrais chimiques, une plus-value de 1 250 ki- logr. de foin à l'hectare. Si l'on considère en outre la diflérenee des prix de revient des deux fumures : 22 x 3,5 pour le nitrate, soit : 77 fr. ; 10 x 2.75 pour le fumier, soit 275 fr., il est évident que l'emploi du nitrate de soude au lieu de fumier a été très avantageux. De plus, les gra- min'es sont plus vigoureuses sur la parcelle ayant reçu le nitrate, et la transformation de la luzerne en prairie naturelle se trouve plus avancée. M. Maurin a fait remarquer les bons effets du nitrate aux cultiva- teurs voisins. Fraises. J'ai fait employer sur les fraises de M. Maurin les deux formules suivantes : 1" 00 grammes de superphosphate, 20 grammes de chlorure de potassium, une demi-fumure de fumier, par mètre carré. 2° GO grammes de superphosphate, 20 grammes de chlorure de potassium, 20 grammes d(; nitrate de soude, une demi-fumure de fumier par mètre carré. 172 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Pour le résultat de ces deux fumures je cite textuellement la dc- claralion de M. Maurin : « Je n'ai pas pu tenir compte de la quantité, mais j'ai constaté que la partie fumée au nitrate avait des fruits beaucoup plus beaux, et que les plantes avaient une apparence beaucoup plus forte que celles fumées au fumier de ferme ; il n'y a eu qu'une seule chose, c'est que la partie fumée au nitrate a eu du retard comme maturité sur la partie fumée au fumier de ferme. » En somme, les champs de démonstration créés cette année à Au- bagne ont eu pour effet d'attirer l'attention des agriculteurs sur les engrais chimiques, de les faire causer du nitrate, du superphos- pliate. C'est un grand point. Ils arrivent ainsi peu à peu à s'habituer à ces engrais nouveaux pour eux. Quelques-uns les essaieront certainement cette année, mais le plus grand nombre est encore porté à croire que ce ne sont là que des faits particuliers, et ils se refusent à en tirer la conclusion que les matières fertilisantes conviennent à tous les terrains. Leur opinion, malgré tout ce que j'ai pu leur dire, c'est qu'une terre bien fumée précédemment pourrait donner pendant une année un résultat sa- tisfaisant sans recevoir aucune fumure. Certains nourrissent même des idées fausses à leur égard. Ils vous diront que ces engrais, en faisant produire un bon rendement une année, appauvrissent la terre pour les années suivantes. Il est nécessaire, pour avoir raison de leur routine, d'instituer encore des démonstrations suivies et nombreuses. Outre les cultures déjà essayées, ces essais devront porter, à Aubagne, sur la culture maraîchère, qui est assez importante dans les environs. Du jour où l'on gagnerait les jardiniers à la cause des engrais chimiques, un débouché important serait créé dans la n'gion, et toute la contn'C pourrait profiter des avantages considérables qu'olfreni le nitrate de soude et le superphosphate. EMPLOI D,U NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 173 ]1» «» COiNCOUHS, DANS LES CÔTES-DU-NQRD, POUR l'eMPLOI DU NI- TRATE DE SOUDE DANS LA CULTURE DES PLANTES SARCLÉES (compte rendu 1898) Uappprt de M. Adam, professeur départemental d'agriculture. Le concours ouvert à l'effet de récompenser les agriculteurs qui auront obtenu à la fois les plus forts rendements et les meilleurs résultats économiques à l'aide du nitrate de soude appliqué à la cul- ture des plantes sarclées : betteraves, carottes, rutabagas, navets, choux fourragers, maïs, a très bien réussi et a donné des résultats encore supérieurs à ceux de l'an dernier. 28 agriculteurs, répartis dans les cinq arrondissements du dépar- tement des Côtes-du-Nord, se sont fait inscrire. 25 ont, malgré la sécheresse exceptionnelle de cet été, maintenu leurs déclarations et 18 ont été reconnus dignes d'une récompense. Les mêmes dispositions que l'an dernier avaient été prises afin de rendre le concours pratique, à la portée de tous et de lui per- mettre de donner tous les fruits qu'on est en droit d'en attendre : « Faire connaître les avantages économiques du nitrate de soude et, par suite, en vulgariser l'emploi. » Les parcelles traitées com- portaient toutes plus de 10 ares et chaque exploitation comprend annuellement plus d'un hectare de plantes sarclées. La plus grande latitude a été laissée aux expérimentateurs dans l'emploi des engrais et fumures diverses, pour les mêmes raisons qu'en 1897. (Se rap- porter au compte rendu de l'an dernier sur la pomme de terre.) Comme nous le disions plus haut, malgré la sécheresse contraire à la culture de ces plantes, les résultats obtenus ont été magnifiques et ont mis, une fois de plus, en relief les bienfaits du nitrate de soude. Les chiffres que nous donnons seront du reste plus éloquents que tout commentaire. Nous ajouterons seulement que les essais de celte année ont vivement intéressé les cultivateurs voisins des lieux d expérience 174 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE, et auront fortement contribué à la difrusion de cet engrais dans la masse du peuple. 'O* 51 200 1. — Exploitation de M. Connan (Yves), à Pédernec. Surface totale de l'exploitation : 30 hectares. a) Expériences sur betteraves, à l'hectare, kilogr. r^ parcelle [témoin] (50 ares) : 45 000 kilogr. fumier de ferme. . 42 500 2® parcelle l 45 000 kilogr. fumier de ferme (50 ares). | 300 — superphosphate 14/16 „ ( 45 000 — fumier de ferme \ , , ^ 300 — superphosphate 14/10 [ 63 400 (oO ares). / „,rv ■ ■ -^ \ \ 300 — kaimte ) 145 000 — fumier de ferme 300 — superphosphate 14/1 G v 70 300 — kaïnite t ' ^^ \ 150 — uilrate de soude ; Le nitrate de soude a été répandu en deux fois, moitié avec la semence et moitié au démariage. b) Expériences sur carottes. RENDEMENT à l'hectare. kilogr. 1" parcelle [témoin] (25 ares) : 40 000 kilogr. fumier de ferme. . 40 500 2*^ parcelle ( 40 000 kilogr. fumier de ferme G5 200 (25 ares). ( 300 — superphosphate llIlG ' ,, l 40 000 — fumier de ferme i 3* parcelle ) . . f , . 300 — superphosphate 14/16 > 59 500 ^-^^'^'1- { 300 - kaiuite \ 140 000 — fumier de ferme . 300 — superphosphate . 300 — kaïnite 150 — nitrate de soude. c) Expériences sur rutabagas. 1" parcelle [témoin] (50 ares) : 45 000 kilogr. fumier de ferme, . 35 600 2° parcelle ( 45 000 kilogr. fumier de ferme j (50 ares). ( 500 — superphosphate 14/16 ) „. „ l 45 000 — fumier de ferme 3* parcelle \ , , ,rn , 1 i 500 — superphosphate 14/16 / 62 300 \ o\) tires I. i ( 150 — nitrate de soude. EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES, 175 d) Expériences sur navet long d'Alsace. BBNDBMRNT à riiectare. kilogr. 1" parcelle l 40 000 kilogr. fumier de feraie ) , < ' \ i^ 500 (50 ares). ( 400 — superphosphate 14/16 j ,, 1 40 000 — fumier de ferme \ ~.^ . 400 — superphosphate V 53 400 ( 160 — nitrate de soude ) e) Expériences sur maïs-fourrage. f* parcelle j 45 000 kilogr. fumier de ferme COO — superphosphate 45 000 — fumier de ferme ■yo 300 (l hectare).! COO — superphosphate 14/16 ' " 2* parcelle , , /^ l GOO — superphosphate 14/16 } 95 200 ( ec are), | ^qq _ nitrate de soude , Ces expériences, très simples mais très bien conduites, répondent exactement au but que nous proposons et affirment partout la supé- riorité du nitrate de soude. Aussi n'avons-nous pas hésité à accorder à M. Gonnan, cultivateur très- pratique et très intelligent, le premier prix. 2. — Exploitation de M. Kerambrun, à Plouisy. Quatre plantes sarclées ici ont été expérimentées. Nous en consi- gnons les résultats dans le tableau suivant (à l'iiectare) : OAUOTTES BETTBRAVE8. RUTABAGAS. ^, , blanches. Fumier, scories de déphosphoration . . 83 000 55 240 24 180 — KCl et scories 86 000 56 500 » — KCl scories et nitrate. ... 117300 62 300 29350 SAVET d'AUVBRGNB ■ ■ • ' • tardif, en culture dérobée. Parcelle non" nitrûtée ,' .' .' .* . . 16 000 kilogr. — nitratée 22 600 — Ces résultats sont encore très concluants en faveur du nitrate de soude et ont été obtenus dans des terrains de landes, en culture depuis quelques années seulement. — 2* prix. 176 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 3. — Exploitation de M. Menguy, à Langoat. a) Expérience sur betteraves jaunes de Vauriac. RENDEMENT . par par ■ - • ' ' parcelle. hectare. kilogr. kllogr. P* parcelle [téuroin] (40 ares): 30 000 kilogr. fnmier de ferme. 12 000 30 000 2* parcelle J 30 000 kilogr. fumier de ferme (40 ares). | 10 000 — goémon 3* parcelle { 30 000 — fumier (40 ares). .{ . . GO, — .nitrate 16 000 40 000 20 000 50 000 2 300 23 000 2 800 2S000 3 200 21 200 5 200 26 000 b) Expériences sur carottes blanches à collet vert. V parcelle [témoin] (.10 ares) : 4 000 kilogr. fumier de ferme — 30 kilogr. nitrate en plus 2' parcelle | 3 500 — fumier (15 ares), j 3 000 — goémon ........ 3* parcelle ( 4 000 — fumier (20 ares). | 75 — nitrate c) Expériences sur rutabagas. l'« parcelle (30 ares) : 20 000 kilogr. fumier . . . . . 12 000 40 000 . i 50 000 kilogr. de fumier à Thectare, après ] 2® parcelle ) f ~„ , { • pommes de terre de primeur. . . . } 15 500 > 51 700 30 ares . ,L,., .. , * ' .( 130 kilogr. nitrate 3« parcelle (10 000 — fumier (26 ares). | 50 — nitrate 14 000 53 800 4. — Exploitation de M. Silard, à Plumandan. a) Expériences sur betteraves géaiites de Vauriac. r" parcelle (48 ares) : 28 COO kilogr. fumier. .... 25500 53000 2^ parcelle \ 7 200 kilogr, fumier , , . . 16 800 70 000 (24 ares). / SS^s, 5 nitrate ) b) Expériences sur carottes blanches à collet vert. F« parcelle (10 ares) : 6 000 kilogr. fumier 3 000 30 000 2" parcelle j 4 500 kilogr. fuuiier (15 ares). | 24 :— nitrate 2» parcelle i 4 500 kilogr. fuuiier ^ ^^^ ^^ ^^^ EMPLOI DU NITRA.TE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 177 c) Expériences sur choux fourragcrs (chou cavaher). RENDEMENT par par parcelle. hectare. kilogr. kilogr. r« parcelle (18 ares) : 28 600 kilogT. fumier . . . . 13 400 28 000 2" parcelle i 7 200 kilogr. fumier /., ^ i oo •. . . S'iOO 35 000 (24 ares). ( 38 — nitrate. 5. — Exploitation de M. Marsoin (René), à Saint-Guen. ft) Expériences sur betteraves jaunes de Vauriac. / » kilogr. fumier 1'* parcelle ) 150 — phosphate des Ardennes. ... ^^,„ m^c^^ (10 ares), i 100 — superphosphate V 50 — scories » — fumier \ 150 — phosphate des Ardennes. . . pciii^c ^ ^ _ cendres de bois } 10 218 102 000 (10 ares), j _ ^ i oO — scories ( 30 — nitrate b) Expériences sur carottes blanches à collet vert. g ( » kilogr. fumier i parce e \^^ _ pi^^sphate des Ardennes. . . 6 512 65 120 10 ares . j i (100 — superphosphate ; !» — fumier 100 — phosphate des Ardennes. . . » — cendres 30 — nitrate 7 092 70 900 c) Expériences sur rutabagas. 1- parcelle i " ^^''^'- ^^'"'"" ) ,/ , MOO — phosphate des Ardennes. . . } 7 218 72 180 10 ares . ) _ ' .' ( loO — scories ; „ ( >> — fumier 9* parcelle \ 7, ' , {100 — phosphate des Ardennes. . . \ 7 412 74 120 10 ares . i l 100 — superphosphate f » — fumier 3' parcelle 1 100 — phosphate des Ardennes. . . , „ »„„ « „ /^ ,,„ , ( , > 8 63fa 86 360 (10 ares), j » — cendres i [ 40 — nitrate , ,' ANN. SGlliNCK AGUON. — 2' SÉIIIE. — 1899. — I. 12 178 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 6. — Exploitation de M. Giffroy, à Pédernec. a) Expériences sur betteraves (Vauriac). RENDEMENT l""* parcelle (6 ares) : 25 000 kllogr. fuQiier à Thectare. 2" parcelle ( 25 000 kilogr. fumier à Thectare. . . . (10 ares). | 800 — superphosphate 1 25 000 — fumier à l'hectare. . . . 3* parcelle i (50 ares). | 800 — 120 — superphosphate, nitrate . . . . ( par parcelle. kilogr. 2 400 3 500 22 000 b) Expériences sur carottes blanches à collet vert. 1" parcelle j 20 000 kilogr. fumier à Thectare (10 ares). ( 800 — superphosphate. !20 000 — fumier à Thectare 800 — superpho-sphate. 100 — nitrate .... c) Expériences sur rutabagas. F® parcelle i 25 000 kilogr. fumier à Thectare. (15 ares). ( 1 000 — scories l 20 000 — fumier à Thectare. 2" parcelle i , -^. *^ , { l 000 — scories (55 ares). / ,_„ ... ^ ^ ( 100 — nitrate par hectare. kilogr. 40 000 35 000 44 000 2 000 20 000 17 000 28 300 4 000 26 600 33 000 60 000 7. — Exploitation de M. Boscher, à Saint-Gilles- Vieux-Marché. a) Expériences sur betteraves (Vauriac). 60 000 kilogr. fumier à Thectare. ... 1 600 — phosphate des Ardennes à rhectare ( 1 200 — phosphate des Ardennes . 2e parce le 300 _ Kci (10ares40). ^ ..... l 500 — nitrate de soude .... F" parcelle (5 ares 60). / / 3 400 60 000 8 600 82 000 b) Expériences sur carottes blanches à collet vert. ( 2 924 V parcelle l 60 000 kilogr. fuQiier ii Thectare. . . (8 ares 60). \ 600 — phosphate des Ardennes 60 000 — fumier à Thectare. . . 800 — phosphate des Ardennes 300 — nitrate 2' parcelle (12 ares). 5 400 34 000 000 EMPLOI Dt; NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 179 8. — Exploitation de M. Le Flohic, à Lostamprat, Saint-Servais. a) Expériences sur betteraves. RENDEMENT 1" parcelle (3 ares) : Fumier 2« parcelle \ ^ '^*'°^''' s^^P^'^Pliosphate ,~ „„v i I — nitrate 1 are 30 . ., ... .^ 13 — kainite r parcelle \ ' " superphosphate ) ,-, rA\ i 2 — nitrate ,> (2 ares 50). / i ^ ' ' 3 — kaiuite 1 4*^ parcelle ( » — fumier ) (1 2 ares 30). I .'> — engrais composé | 5" parcelle (1 are) : 1 kilogr. nitrate en couverture . . b) Expériences sur rutabagas. F^ parcelle (3 ares 40) : Fumier „ 1 2''', 40 superphosphate 2« parcelle \ , '., ./, , < i kilogr. nitrate ( 1 — kaïnite 3' parcelle \ ' " «"P^'-Ph^^P''''»^^ ) „, ). i ,2 kainite \ ,5 nitrate „ i 2 ,0 superphosphate ) 7« parcelle \ ' "^ / ^ /o5o.q) ] ^ /t nitrate ^' '' ' ,7 kainite ' „. „ ( 2 ,4 scories ) 8* parcelle )„,.,, f (05-1) ^ '•*"'''"^^' i ^' '' [ ,7 kaïnite ) par parcelle. kilogr. 601 1 200 1 325 1 500 340 552 610 600 I>ar hectare. kilogr. 20 000 66 600 1 020 40 800 10 700 150 000 10 000 55 200 9 000 18 000 87 34 800 114 45 600 88 35 200 113 45 200 150 60 000 137.5 55 000 152 60 800 138 55 200 180 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. RENDEMENT par par parcelle. hectare. kilo^jr. kilogr. 1 2''ï,5 phosphate des Ardeunes J 9* parcelle l „ , . ( „ , (9-""i) i ^ •'i uiti'ate y 151 00 400 ^~^ '' ( .7 kaiuite ' 10* parcelle ( 2 ,0 superphosphate / (25-^). i ,r. nilrate j ^^^ ^^ ^^*^ 11" parcelle I 2 ,0 superphosphate ) (25-<«). / 1 ,8kaïuite i ^'^ '^^'^ ^^^ / 2 ,0 superphosphate \ 12" parcelle 1 ,4 nitrate „„^ „ „„„ (25-). JO ;7 kaiuite ''' '' ''' 1 1 ,0 nitrate en couverture ) 13«narcellei ^ .« superphosphate (25T ' ''°''™'' ^ ^'' ''-'^ ( 1 ,4 kainite I 4 ,1 superphosphate „ \ 4 .S scories 1 4 parcelle ' , , 'A ,0 phosphate des Ardeunes y 190 7 fi 000 ^ ' i 2 ,1 nitrate l ' 4 ,2 kainite | là* parcelle ) Chaux | „„ . ,„„ ,/-»„> -,- 86 35 400 (25'°i). ( Tangue ) 1 6« parcelle (25°"ij : Témoin 75 30 000 Ce cultivateur se trouve dans la région la plus déshéritée et la plus arriérée des départements et cherche empiriquement dans des carrés d'essai la meilleure formule. Malheureusement, il est un peu original et talonne trop. Néanmoins, nous avons cru devoir repro- duire ses résultats qui montrent, dans tous les cas où il est employé, la suprématie du nitrate. Aussi, pour le récompenser et l'encou- rager, avons-nous pensé devoir également lui donner un prix. 9. — Exploitation de M. Gloux, à Saint-Barnabe. a) Expériences sur betteraves. 1**= parcelle (4 ares) : Phosphate naturel, 2" — (3 ares) : Fumier .... 3° — (10 ares) : iNitrate RENDEMENT par parcelle. par hectare. kilogr. kilogr. 2 335 58 400 1 458 48 GOO 3 172 31 720 EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 181 b) Expériences sur carotles. KESDEMEST par par parcelle. hectare. kilogr. kiloyr. F" parcelle (9 ares) : Phosphate naturel 2 175 21100 2" — (ô ares) : Fumier 1 G-iâ 32 900 3* — ( 1 1 ares) : Nitrate 2 860 2G 000 c) Expériences sur rutabagas. 1" parcelle (10 ares) : Phosphate naturel 2 727 27 270 2'' — (9 ares) : Fumier 1382 1 5 400 30 _ (12 ares) : Nitrate 2 912 24 260 Ces expériences ne sont pas décisives, puisque, contrairement à la culture rationnelle, ces engrais sont employés seuls. Néanmoins, ces essais nous montrent que, même seul, le nitrate permet d'ob- tenir une bonne récolte, ce qui est important dans un pays où l'on a relativement peu de fumier. 10. — Exploitation de M. Ollivier Marcq, à Ploufragan. a) Expériences sur betteraves. RENDEMENT à l'hectare, kilogr. y parcelle ( 20 000 kilogr. fumier 1 1'^ \ \ ■,= -.. 20 000 (i8 ares). < 75 — nitrate ) b) Expériences sur carottes. 2« parcelle | 20 000 kilogr. fumier ) (24 ares). \ 30 — nitrate ( -*^ ^^^ c) Expériences sur rutabagas. y parcelle I 20 000 kilogr. fumier J (48 ares). \ GO — nitrate \ ^^ ^^^ Nous nous trouvons ici en présence de la culture pratique; le ren- dement eût été évidemment meilleur si l'on eût ajouté les éléments phosphate et potasse. Le sol est sableux et pauvre, et depuis long- temps cultivé sans fumure. 182 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 11. — M. Paul Monlhiers, domaine de Lochrist. a) Expériences sur betteraves ovoïdes des Barres. 1" parcelle l G 500 kilogr. fumier (13 ares 20). | 70 — phosphate naturel . . . 8 000 — fumier 100 — phosphate des Ardeunes. GO — nitrate 2® parcelle \ (17 ares 60). j RENDEMENT par parcelle. par hectare. kilogr. kilogr. 9 000 68 000 13 500 76 600 h) Expériences sur carottes. 2* parcelle ) (13 ares 20). 8 500 kilogr. fumier. . phosphate fuQiier. . 1" parcelle (17 ares 60). \ 100 — 7 000 — 80 — phosphate 40 — nitrate. . G 000 34 500 5 000 37 800 12. — Exploitation de M. Le Bilian, à Saint-Guen. a) Expériences sur betteraves (Vauriac). l''' parcelle (10 ares). 2* parcelle (10 ares). 3® parcelle (10 ares). 65 kilogr. poudre d'os 12 mètres cubes fumier et chaux . 100 kilogr. phosphate des Ardeunes. 1 10 kilogr. superphosphate . . . . 12 mètres cubes fumier et chaux . 100 kilogr. phosphate des Ardennes. 100 — phosphate des Ardeunes. 12 mètres cubes fumier et chaux . 30 kilogr. nitrate 8 780 87 800 8 975 89 750 10 050 100 000 h) Expériences sur rutabagas, f® parcelle ( 60 kilogr. phosphate des Ardennes. . (10 ares). ( 3™', 50 fumier et chaux i 100 kilogr. superphosphate 2» parcelle , ^ "^ j k f {40 — cendres 10 ares), j ., ., , , . (7 mètres cubes fumier et chaux . . 30 kilogr. cendres 3^ parcelle i _ ,. u , • . v, ,/^ \ 7 mètres cubes fumier et chaux . (10 ares), j l 30 kilogr. nitrate 3 470 34 700 7 520 75 200 8 680 86 800 EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 183 13. — Exploitation de M. Trélien, à Plérin. Expériences sur betteraves ovoïdes des Barres. RENDEMENT par par parcelle. hectare. kilo^r. kilogr. \" parcelle (30 ares) : 12 000 kilogr. fumier de ferme. 12 000 -iO 000 2« parcelle j 8 000 kilogr. fumier ) ^ ^^^ ^^ ^^^ (20 ares). / 40 — uitrate \ ' Quoique ce propriétaire n'ait fait qu'une expérience cette année sur plantes sarclées, nous avons jugé bon de lui accorder une récom- pense, parce qu'il fait grand usage du nitrate pour ses cultures de céréales et donne le bon exemple dans sa commune très importanle. 14. — Exploitation de M. René Le Lay, aux Landes. Expériences sur betteraves ovoïdes des Barres. ri; N demi; NT par par parcelle. hectare. kilogr. kilogr. r" parcelle (6 ares) : 3 COO kilogr. fumier .... 1500 25000 oe _ '(80 — ): 70 000 — .... 18000 .22500 1 2 400 kilogr. fumier ] 3" parcelle \ / ,, , -1 25 — scories } 1650 40 000 4 ares . j „^ ..... ( ^ ' ( 25 — kainite l I 8 400 — fumier; | 4e parcelle i 90 — scories f /.; ^ 1 nn . - -, '> 8 000 57 000 (14 ares), j 90 — kaiuite i \ 30 — nitrate 1 Terre de landes favorable et propice aux plantes sarclées. 15. — Exploitation de M. Leglatin, à Trégueux. Expériences sur betteraves. f RENDEMENT par par parcelle. hectare. kilogr. kilogr. l'« parcelle (2 ares) : Fumier seul 8 000 40 000 2« — (13 ares) : Fumier et nitrate 7 900 60 000 Premier cultivateur qui, dans sa commune, commence à employer les engrais cbimiques. — Récompense à litre d'encouragement. 1. Graines mélangées. 184 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 16. — Exploitation de M. Sébille (Yves), à Ploëzal. Expériences sur betteraves. RENDEMENT à l'hectare. kilogr. 1" parce'.le (36 ares) : Fumier, goémon, nitrate. . 25 000 2* — (25 ares) : Fumier seul 17 000 17. — Exploitation de M. Burlot, à Saint-Gilles-Vieux-Marché. Expériences sur rutabagas. nKNDBMBNT par par parcelle. hectare. kilogr. kilogr. f* parcelle J lô mètres cubes fumier ) or OOO 60 000 (35 ares). | 400 kilogr. scories \ i 18 mètres cubes fumier j 2« parcelle loo kilogr. superphosphate ; 26 600 64 500 <^^ ''''^- 1 83^v nitrate \ Ce cultivateur ayant obtenu, l'an dernier, le quatrième prix et 40 fr., nous serions d'avis, cette année, de lui donner un Rappel de diplôme, comme cela se pratique dans les concours , et sans argent. Il n'a pas obtenu assez pour mériter un prix et a plutôt baissé vis-à-vis de l'an dernier. Il faut reconnaître qu'il n'a pu présenter qu'une culture, les autres ayant raté par suite de la sécheresse. 18. — M. Y. Gallou, président du syndicat agricole de Pontrieux. Nous donnons in extenso le rapport de M. Gallou. Comme il l'in- dique lui-même dans une lettre qu'il m'a adressée, il concourt, non pas tant pour les essais personnels et les surfaces traitées, mais plutôt parce qu'il n'a cessé, en sa qualité de président de comice agricole et de président de syndicat, de vulgariser et de développer l'emploi des engrais chimiques dans son canton. Du reste, il ne cultive presque pas et se borne à prêcher d'exemple. Aussi nous ne propo- sons pas pour lui de prix ordinaire, comportant de l'argent, mais un diplôme ou, si vous le jugez tel, une médillle {bronze ou argent), pour récompenser ses efforts et l'encourager à persévérer dans celte voie. EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 185 Liste de propositions, 1" prix : M. Coimaii, à Pédoniec, diplôme et une somme de. . 60 fr. 2® — M. Kerambi'uii, h Plouisy, — 50 '.]' — M. Menguy, à Lanijoat, — 45 4' — M. Silard, à Pliimaiidan, — 40 5" — M. Marsoin, à Sainl-Guen, — 35 6" — M. Giffroy, à Pédernec, — 35 7"^ — M. Bosclier, à S'-Gilles-Vieiix-Marché, — 30 8* — M. Le Flohic, à Saiiit-Servais, — 30 0* — M. Gloiix, à Saint-Baniabé, — 25 10" — M. Marcq, h Ploiifragan, — 20 H" — M. Monthiers, à Gallac, — 20 42* — M. Le Bihau, à Sainl-Guen, — 20 13" — M. Tréhen, à Plérin, — 10 14" — M. Le Lay, à Plaine-llaiite, — 10 15* — M. Leiilatin, à Tréi;iieux, — 10 10" — M. Sébille, à PloëzaI, — 10 Total 450 IV. 17* prix : Rappnl de diplôme à M. Biirlot, à vSaint-Gilles-Vienx-Marché. 18* — Diplôme à M. Gallon et médaille (?). Tel est rélal de propositions que nous avons l'honneur de sou- mettre ou comité permanent pour l'année 1898. Nous avons cru devoir attribuer seize prix, en nous basant sur ce fait que le département des Côtes-du-Nord est un pays de petite culture, où dominent petits propriétaires et nombreux métayers. Pour eux, indépendamment du diplôme dont ils sont très fiers, 20 fr. est une somme qui est la bienvenue et leur paie une partie du nitrate employé. C'est une sanction qui leur fait grand plaisir. Donner plus serait considéré évidemment, mais nous empêcherait de récompenser beaucoup de petits fermiers qui avancent quelques sous pour acheter de la nitrate, comme ils disent, et mettre en pra- tique ce qu'on leur conseille dans les conférences et réunions agri- coles, et sont, par suite, très intéressants. D'un autre côté, donner trop aux premiers prix, qui cultivent sur de plus fortes étendues et ont quelques capitaux, nous semblerait exagéré. 186 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. En dressant celle lisle que nous soumellons simplement à titre d'indication au Commitlee, nous rapportant à lui pour faire le clas- sement définitif, nous avons pensé répondre au but même de l'insli- lution : Répandre et multiplier l'emploi de celle substance précieuse qui, bien employée, rend de sérieux services et de réels avantages économiques. Tous ces petits lauréals sont répandus dans tous les cantons de ce vaste déparlement qui se lance résolument dans le progrès et seront les propagateurs de cet engrais, chacun dans sa région, car le Bre- ton est imitateur, lorsqu'il est convaincu par la parole et, plus en- core, par l'exemple. Aussi avons-nous lenu à récompenser, si peu que ce soit, et sachant que nous leur ferons grand plaisir et ranime- rons leur zèle, ceux qui nous ont paru dignes de quelque mérite. Nous avons lenu compte de l'état de leurs fermes et de leurs régions respectives, de leurs ressources, de leur intelligence, de leurs dé- bouchés, de tout ce qui, en un mot, doit intervenir dans une juste et équitable répartition. Nous pensons ainsi avoir justifié la confiance dont nous avons été, à nouveau, l'objet cette année. Conclusion. Les résultais obtenus avec l'emploi du nitrate ressorlent si nette- ment des chiffres, qu'il n'est pas besoin de faire de calculs pour en montrer les avantages économiques. Partout le nitrate a accusé une plus-value considérable, mettant ainsi en relief sa valeur dans la culture des plantes sarclées. Sa place est tout indiquée comme complément de fumure du fumier et comme fonds d'azote également, lorsque le sol contient encore de l'humus des récoltes précédentes. Il s'associe admirable- ment avec les engrais phosphatés et potassiques, également néces- saires. Répandu en couverture après la levée, il favorise dans une mesure inappréciable le développement des jeunes plantes et, s'il est appliqué après un binage, il redonne un essor vigoureux à la jeune plante ébranlée par celte façon et encore mal assise. Tous ces points sont évidemment connus; aussi nous bornerons-nous à mettre EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 3 87 en relief ce grand point : Dans les années de sécheresse comme celle-ci, el, plus spécialement au moment de la levée, il favorise la naissance des jeunes plantes el supprime les vides. Celle remarque a été faite dans bien des endroits celle année. Partout où il a été fait usage du nitrate, les plantes ont bien levé et ont survécu. Elles ont, par la sève qu'elles puisaient dans le sol ainsi enrichi, résisté à toutes les causes de destruction : sécheresse de la couche superfi- cielle, dessèchement des racines, évaporalion trop forte de l'eau dans la jeune plante, ravages des insectes, etc. C'est pour celle raison qu'on voit souvent, par un printemps sec, les betleraves lever régulièrement, puis disparaître et rester finale- ment trop clairsemées. ]\'" »3 > , rapport sir les champs d experiences installes dans l'arrondissement d'avallon (année 1898) Par M. Pasqcet, professeur d'agriculture. Notes géologiques sur l'arrondissement d'Avallon. L'Avallonnais est neltemenl divisé en deux parties aussi différentes par la conslilulion géologique de leur sol que par l'aspect général des terrains et la variété des cultures; el cette région est un exemple frappant de la relation étroite qui existe entre la géologie d'un pays, son aspect et son agriculture. Ces deux parties si distinctes sont la région granitique, compre- nant le sud de l'arrondissement, el la région jurassique, s'élendant depuis Avallon jusqu'à Auxerre. La partie granitique est encore désignée sous le nom de Bas- Morvan, par opposition au Ilaut-Morvan qui s'étend sur les départe- ments de la Nièvre et de Saône-et-Loire; ici le sol est plus fertile, la température plus douce. En réalité, le granit proprement dit est peu abondant dans 188 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. rarrontlissement d'Avallon, où il ne se trouve qu'à l'exlrémité du canton de Ouarré-les-Tombes. Aux portes d'Avallon, on rencontre une large bande degranulite qui forme des roches très pittoresques et qui s'étend jusqu'à Semur. Cette large bande est interrompue au sud par une sorte d'écharpe de gneiss et micaschisie, large d'une quinzaine de kilomètres et contenant de nombreux filons de micro- granulites, de porphyre pétrosiliceux et de quartz concrétionné. Les terres provenant de la décomposition de ces roches riches en feldspalh contiennent évidemment une quantité suffisante de potasse, mais l'acide phosphorique et la chaux y font complètement défaut. Vues de loin, les montagnes du Morvan présentent une série d'ondulations boisées, d'un aspect sombre et uniforme. De près, cette monotonie disparaît et fait place à une variété infinie de brus- ques contrastes. Des prairies, des chaumes, des landes souvent recouvertes de genêts se groupent au milieu des forêts. A la plupart des maisons d'habitation lient une pièce de terre, plus ou moins grande, jari!i:i, champ, verger tout à la fois ; c'est Touche où autre- fois était cultivée l'unique pièce de blé. Aujourd'hui, grâce à l'initia- tive de quelques cultivateurs, l'usage de la chaux est assez répandu, et presque partout le froment a remplacé le seigle et le sarrasin. Les deux grands étages du jurassique — lias et oolilhe — sont repréFentés dans l'Avallonnais. Le lias, d'après Belgrand, se divise en trois étages; les grès du lias, le lias proprement dit et les argiles supraliasiques. Les grès du lias reposent toujours sur le granit; ils se composent de grès et de roches siliceuses. Ces roches sont connues sous le nom d'arkose, et les terres qui proviennent de leur décomposition ont une grande analogie avec celles du Morvan. L'étage moyen du lias se compose d'argile et de calcaire argileux, formant des bancs plus ou moins épais, riches en fossiles dont les plus nombreux sont l'ammonite buclandie et la gryphée arquée. Ces bancs sont exploités pour alimenter les fours à chaux fournis- sant l'amendement calcaire aux terres graniti(|ues. Le passage des terrains du Morvan aux formations basiques présente le contraste le plus frappant. Là des vallées étroites, resserrées entre des coteaux à pic, des rivières au cours torrentueux, aux inondations soudaines EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 189 et de peu de durée; ici de larges vallées où les rivières coulent iranqnillement; les eaux boueuses ou louches remplacent les eaux limpides du Morvan, les bois laissent la place aux riches cultures; la digitale et les genêts ont disparu; les coteaux sont plantés en vignes partout où l'abondance des cailloux et le peu de profondeur du sol ne rendent pas la culture impossible. L'oolilhe couvre la plus grande partie des cantons de l'Isle-sur-le- Sercin et de Vézelay; il comprend plusieurs étages: le bajocien, le b athénien et l'oxfordien. Le groupe oolilhique ne commence que vers les points culminants des pentes, pour former les plateaux calcaires. Brusquement le terrain se relève, forme des escarpements ruiniformes du plus pittoresque aspect, surmontés de plateaux arides, desséchés et nus, supportant des bois partout où la couche de terre le permet. Ces terrains sont très perméables ; les sources y sont peu nom- breuses, mais très abondantes au niveau des argiles du lias; les rivières qui en résultent diminuent d'importance à mesure (|u'elles s'éloignent de leur point de départ et finissent même par disparaître. Sur les bords des plateaux, au-dessous de la corniche oolilliiquc se trouve une terre végétale rougeàtre, légère, de bonne qualité, le plus souvent plantée en vignes. Principales cultures. Ainsi qu'on vient de le voir, les terres calcaires de l'oolithe sont surtout plantées en bois ou en vigne. La trop grande perméabilité du sol n'y permet guère les cultures de céréales et de plantes fourra- gères, encore moins celle des prés. Partout au contraire où l'humidité est abondante, les prés sont fort en honneur. Dans les terrains granitiques, dans la région aux formations basiques, où l'eau est retenue parla nature argileuse des terres ou l'imperméabilité absolue de la roche non décomposée, il y a une tendance très marquée à la création de prairies. Le cultiva- teur y trouve avantage, car la main-d'œuvre est diminuée d'autant, le travail des champs est plus facile ou plus agréable, et le bétail est le seul produit de la ferme qui n'ait pas subi un trop grand avilisse- 190 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. ment de prix. Suivant la fertilité du sol, ces prés sont des embauches ou des prairies d'élevage. Le bétail y reste une grande partie de l'année, on ne le rentre qu'en hiver. Pour le nourrir durant ce temps, il faut des réserves alimentaires considérables, parce que souvent la mauvaise saison dure longtemps. Les animaux consom- ment des pailles, un peu de foin, des racines et des tubercules. Et la culture de ces dernières forcément occupe une place importante à côté de celles du blé et de l'avoine. Autrefois le Morvan ne produisait pas de froment; le seigle était la base de l'alimentation du paysan; et c'était la céréale par excel- lence de ces terres légères, dépourvues de chaux. Avec les amende- ments calcaires, tout a changé : les champs sont devenus fertiles et la culture du blé a été possible. Il est arrivé même qu'on a chaulé trop abondamment — on a brûlé sa terre — et le sol, après quel- ques brillantes récoltes, est devenu plus pauvre qu'auparavant. C'est que la production des engrais est bien médiocre dans les granités et les grès du lias, et si, dans les terrains liasiques, elle est meilleure, elle est toujours insuffisante. Le bétail reste très long- temps dehors, et les fumiers sont toujours très mal soignés; presque nulle part encore le petit cultivateur ne possède de fosse à purin, et toutes les grandes exploitations n'en sont pas encore pourvues. Pour pouvoir produire plus de fumier, le cultivateur devrait augmenter sa production de plantes fourragères. De celte façon son bétail serait mieux nourri l'hiver, il pourrait rester plus longtemps à retable et la paille qu'il consomme, réservée en grande partie pour servir de litière, augmenterait le tas de fumier. On voit immédiatement le rôle important que doivent jouer les engrais chimiques dans cette région. Par leur emploi les récoltes deviendront plus abondantes, les litières pourront être données aux animaux avec moins de parcimonie, les pailles n'étant plus la base de l'alimentation du bétail durant l'hiver. La culture, tout en deve- nant plus intensive, n'alfaiblira pas la fertilité du sol, parce que les engrais chimiques auront eu pour conséquence d'augmenter la pro- duction du fumier en quantité et en qualité — et il ne faut jamais oublier que ces deux fumures, engrais chimiques et fumier, se com- plètent l'une l'autre et que leur usage doit toujours être simultané. EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 191 Les engrais potassi(jues devront être donnés aux terrains calcaires de i'oolithe. Les engrais phosphatés produiront de bons résuUals partout, réservant les superphosphates pour les terres pourvues de chaux et préférant les scories pour les formations granitiques. Enfin le nitrate de soude répandu à la dose de 100 à 150 kilogr. à l'hec- tare complétera très heureusement ces précédentes fumures. RÉSULTATS DES CHAMPS d'EXPÉRIENCES Céréales. a) Essais sur blé. 1. — M. Chariraire (Frédéric), propriétaire à Magny. Surface du champ : 49 ares. Au moment où je rencontrai M. Chartraire, au mois d'avril, il partait répandre en couverture sur son blé un engrais complet qu'il avait acheté quelques jours auparavant à un commis voyageur, de passage à Magny. Le paysan attendait merveille de cet engrais, encore tout pénétré des bonnes paroles de son marchand et con- vaincu que l'odeur repoussante dégagée par la matière était l'indice des meilleures qualités, A la simple inspeclion il me fut facile de reconnaître dans ce mé- lange la présence de superphosphate de chaux, de viande desséchée et de débris de cornes ou de sang. Je n'y observais aucune trace de nitrate de soude ou de sel de potasse et, n'ayant pas les moyens de faire une analyse même qualitative, je dus me contenter de ce simple examen. Nous avions donc un engrais qui, semé en automne, aurait pu produire de bons efl'els, mais dont il ne fallait rien attendre répandu à ce moment-là. J'aurais pu chercher à convaincre le paysan que le meilleur moyen d'utihser son engrais était d'attendre la semaille prochaine tout en le conservant dans un endroit sec. Mais j'aimais mieux saisir cette occasion de montrer d'une façon évidente que le nitrate de soude est le seul engrais utilisable par les plantes au printemps, et que toute autre fumure est dépensée en pure perte; 192 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. et j'étais d'autant plus à l'aise pour agir ainsi, que j'allais donner à ce cultivateur une quantité de nitrate, lui compensant en grande partie la perte qu'il allait subir. Le champ fut donc divisé en trois parcelles. Une parcelle témoin qui ne devait rien recevoir, une deuxième sur laquelle on devait semer l'engrais composé et enfin une troisième où devait être ré- pandu le nitrate de soude. Le travail fut exécuté le 7 avril et dès les premiers jours de mai, M. Chartraire m'invitait à venir voir son champ, stupéfié de la bonne végétation de la troisième parcelle. Entre les n°' 1 et 2 il n'y avait aucune différence; et il en fut ainsi jusqu'à la moisson. Voici d'ailleurs ce que m'écrivait le cultivateur aussitôt après sa récolte: «Du côté du nitrate de soude, au bout de quinze jours, j'ai pu remarquer la supériorité de la végétation; le blé est venu fort, d'un vert noir, tandis que de chaque côté il est resté assez ordinaire; à la récolte, la paille était plus forte, plus longue, mieux nourrie. Quant au blé, il pesait IC kilogr. le double décalitre sur chaque parcelle. » Voici quels ont été les résultats rapportés à l'hectare : BLE. PAILLE. quintaux. quintaux Parcelle n° 1 : Sans engrais. . . 20,00 58,00 — n° 2 : Engrais acheté. . 21,50 58,00 — n° 3 : Nitrate de soude. 27,60 8*0,14 2. — M. Gautier (Camille), propriétaire à Saint-André-en-Terre- Plaine. Surface du champ : 24 ares. Le nitrate de soude a été semé le 5 avril et le blé a été coupé le 4 août. « La partie nitratée, m'écrivait M. Gautier, a toujours été plus noire et plus grande. » Voici les résultats à l'hectare : BLâ. PAILLE. Parcelle témoin : Sans engrais . . . — fumée : Nitrate de soude. . quintaux. quintaux 18,75 52,00 21,88 50,25 EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 193 3. — Commune de Pierre-Perlhuis. Avec l'aide de l'instituteur, M. Buet, des essais ont été faits e.i grande culture pour l'instruction des cultivateurs, et d'autres ont été tentés dans des pots pour l'instruction des enfants de l'école pri- maire. Les résultats ont été également heureux dans les deux cas. Essais en grande culture. Le champ appartient à M. Marchebout (Félix) et est situé au « finage » de Précy, — terre argileuse^ pauvre, maigre fumure d'au- tomne. La quantité de nitrate de soude employée était supérieure à la dose ordinaire (200 kilogr. à l'hectare). Pendant tout le printemps, le blé reste plus vert, plus haut; il verse le 1" juillet à la suite d'un orage. Malgré cet accident, la ré- colte de la parcelle qui a reçu le nitrate est encore bien supérieure à celle de la partie non fumée. H É O O Ij T E sur le champ. à l'hectare. Blé7 " pâîïïëT Ble7 " Paille. quintaux, quintaux. quiataas. quintaux. Parcelle témoin 3,01 11.99 20,60 79,90 — fumée 3,94 16,0.3 26,30 107,00 Excédeut de récolte à rhectare . . 6,23 27,10 b) Essais sur orge. Culture en pots. Semée le 20 avril ; récollée le 3 aoiJt. NUMÉROS Adi ENGBAIS. EKGB.VIS MANQUANT. parcelles. 1 Rien Tout. ( 6 grammes de nitrate de soude ... | „ , 2 { , , . > Potasse. I 9 — do scories ) „ \ 6 — de nitrate de soude ...)... , , . 3 • „ ,._, \ Acide pliosphonque. ( à — KLl ) , 9 — scories ) , ^ ' ^ 3 - KGl i "-''''' G — de nitrate de soude . . . j 5 < 9 — de scories > Rien. 3 — KCl ..•..) ANN. SGIKNCE AURON. — 2* SÉRIE. — 1899. — I. 13 194 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. ; Résultats : - NOMBRE POIDS d'épis ^^ ^"^ '^^ ^ ' grains. grain. la paille. gr. gr. Parcelle n" l 13 180 8 13 — 2 21 273 16 28 — 3 23 368 16 27 — »4. 1.5 225 11 18 — 5 26 546 21 36 Les résultats de ces expériences ne peuvent être comparés à ceux qu'on obtiendrait en grande culture. Les conditions de végé- tation sont tout autres. Pourtant on constate que les manifestations des engrais chimiques sont de même ordre : l'acide phosphorique donne du poids au grain; la potasse augmente le nombre d'épis, le nitrate de soude agit également dans le même sens d'une façon plus modérée, mais rend la production de la paille bien plus considérable. Enfin, les meilleurs résultats sont obtenus avec les engrais complets. c) Essais sur avoine. 4. — M. Carillon, propri('taire à Voutenay, Surface du champ : 15 ares. Situation géologique : callovien inférieur. Sur cette céréale, le nitrate de soude ne semblait pas avoir pro- duit de résultat; à la récolte on ne voyait aucune différence entre la parcelle témoin et celle fumée au nitrate, et, au battage, les poids du grain et de la paille furent les mêmes des deux côtés. Au total, 25 doubles décalitres de grains et 8'ï'",60 de paille. Voici comment il faut exphquer ce semblant d'échec. Le champ de M. Carillon est situé à flanc de coteau, très en pente, et la ferti- lité du sol diminue à mesure que l'altitude augmente. Au moment de l'épandage du nitrate de soude, la végétation, assez belle à la partie basse, était au contraire très médiocre à l'autre extrémité; et c'est cette partie qui reçut l'engrais chimique azoté. Au mois d'août la récolte étant également belle sur tout le champ, on peut affirmer que le nitrate de soude avait eu pour effet de relever la végétation languissante sur la partie la moins fertile du champ. EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 195 5. — M. Bouchot, propriétaire à Joux-la-Ville. Le champ d'avoine de M. Bouchot avait une surface de plusieurs hectares. Une bande d'environ 12 ares, prise dans toute la longueur et au milieu de ce champ, reçut seule du nitrate de soude. La démonstration fut parfaite. Voici quels ont été les résultats : REO o laiiip. "paille". LT E du cl Grain. à l'hectare. Grain. Paille. heetol. quiut. heetol. quint. Parcelle témoin 3-, 36 G, 48 28 54.0 — fumée 4,32 7,40 3G 01,7 Excédent de récolte dû au nitrate. . S 7,7 Conclusions. ■ Ainsi partout, ces essais, couronnés de succès, ont pu montrer aux cultivateurs que le nitrate de soude, semé au printemps sur les céréales, y produit les meilleurs résultats. L'excédent de récolte qu'on obtient couvre deux ou trois fois et même davantage la dé- pense faite. Et ceci peut être posé comme règle générale, qu'on est en droit d'attendre de l'emploi du nitrate de soude judicieusement fait, un bénéfice égal au double de la valeur de l'engrais répandu ; autrement il faudrait considérer l'opération comme mauvaise, devant être plus rémunératrice. Plantes fourragères. a) Essais sur maïs. 6. — Le maïs n'est pas cultivé dans l'arrondissement d'Avallon, on lui préfère les vesces, les bisailles. Pourtant c'est un excellent et abondant fourrage, et voulant tout autant en essayer l'introduclion que démontrer aux cultivateurs les effets des engrais chimiques sur cette plante, j'avais décidé M. Nieutain, adjoint au maire de Magny, à en tenter l'essai sur ses terres. Un champ de 8 ares avait été divisé en quatre parties, ayant reçu chacune un engrais différenl. M. Nieu- tain avait fourni la semence, j'avais fourni les fumures. 196 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Malheureusement, l'échec a été complet. La levée a été des plus mauvaises; la plupart des grains de maïs furent dévorés par les mu- lots, malgré tous nos efforts pour les éloigner ou les empoisonner. Mais nous n'abandonnons pas notre projet, et nous devons ten- ter au printemps prochain les mêmes essais. b) Essais sur betler^aves. 7. — M. Emile Riot, propriétaire à Talcy. Surface du champ : 10 ares. Le champ de M. Riot est situé, au point de vue géologique, dans le bajocien inférieur. C'est une terre argilo-calcaire assez profonde, de fertilité moyenne. Les essais faits sur ces terrains avaient pour but de montrer aux cultivateurs les bons effets des engrais chimiques ; ils devaient aussi nous servir à étudier quel était l'engrais le plus favorable aux bette- raves sur cet étage géologique. Voici les résultats : NUMBRUS RÉCOLTE EXCEDENT des ENGRAIS EMPLOYÉ. — ii -^ — -^ ^~ à parcelles. du champ, àl'hectare'. l'hectare'. 7G7 15 340 » 1 Témoiii \ Nitrate de soude. . . I Superphosphate . . . l Superphosphate . . . ( Chlorure de potassium. Nitrate de soude . . . Chlorure de potassium. 1 235 24 700 9 360 1170 23 400 8 060 1 GÛO 38 800 23 460 11 faut remarquer qu'aucune parcelle n'a reçu d'engrais complet. Il n'en devait pas être ainsi; mais l'ouvrier chargé de répandre les engrais s'est trompé au moment des semailles, et le chlorure de po- tassium qui devait être semé sur la parcelle n" 2, l'a été sur le n° 4, si bien que cette dernière a reçu une dose double de chlorure — 500 kilogr. à l'hectare. Il suffît de coiTiparer les chiffres du tableau pour se rendre compte de la puissance végétative du nitrate de 1. Par suite d'une erreur de calcul, les chiffres des colonnes « Récolte à Thectare » et « Excédent » doivent être multipliés par 2. EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 197 soude mélangé au chlorure de potassium, dans ce sol calcaire où l'élément potasse fait défaut. Le cultivateur n'a pas eu à se plaindre delà sécheresse. Une pluie orageuse survenue le 26 juin, le lendemain de l'épandage du nitrate de soude, et une autre le 30 août ont maintenu au sol une fraîcheur à peu près suffisante. 8. — M. Gabereau, propriétaire à Chamoux. Surface du champ : 26 ares. Situation géologique : bajocien inférieur ; terre argilo-calcaire, située au fond de la vallée du Rochet ; assez fertile. M. Gabereau estime que si la pluie avait été plus abondante, la récolte aurait été meilleure, et les différences entre chaque parcelle encore mieux marquées. NUMÉROS des parcelles 1 3 4 ^ ENGRAIS EMPLOYÉ. RECOLTE EXCEDENT à S. (Dose à l'hectare.) du champ. à l'heclare. l'hectare. Témoin sans' engrais. • • t 2 730 42 000 » ( Nitrate de soude . . 200''' i l Superphosphate . . GOO \ 4212 64 800 22 800 ( Chlorure de polass. . 250 ) Superphosphate . . 600 3 224 49 600 7 GOO \ Nitrate de soude . . ( Superphosphate . . ... 3 640 56 000 14 000 Si nous comparons la parcelle 2 à la parcelle 4, nous voyons, comme pour le champ précédent, l'efficacité de l'engrais potassique sur la culture de la betterave; les deux terres appartiennent au même étage géologique. Comparons les parcelles 3 et 4 et nous voyons l'heureux effet du nitrate de soude, auquel il faut attribuer un excédent de récolte de 6 4-00 Idlogr. Là encore, le meilleur rendement est celui de la parcelle qui a reçu une fumure comi)lète. 9. — M. Hivert, propriétaire à Savigny-en-Terre-Plaine. Surface du champ : 16 ares. Terre argileuse assez fertile, située sur le lias moyen. 198 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Date de semaille des engrais : 23 avril ; des betteraves : 28 avril; du nitrate : 20 juin. NUMEROS des ENGRAIS EMPLOYÉ. RECOLTE EXCÉDENT à parcelles. (Dose à l'heclare.) du champ, kilogr. à l'hectare, kllogr. l'hectare. kilogr. 1 Témoin sans engrais. ^itrate de soude . . 200''!'' 1 1 775 44 375 t 2 j Superphosphate . . Chlorure de potass. . 600 250 r > 2 350 58 750 14 375 3 i Nitrate de soude. . Superphosphate . . • • • t 2 200 55 000 10G25 4 Superphosphate . . . . 1 950 48 750 4 375 Jusqu'à la fin de septembre, il y eut très peu de différence entre cbaque parcelle. Mais après une pluie survenue à ce moment-là, les engrais chimiques manquent leurs effets ; les betteraves grossissent beaucoup. Il y a donc tout lieu de supposer qu'avec une humidité plus abondante, on aurait encore obtenu une meilleure récolte. Arrachage 24 et 25 octobre. c) Essais sur pommes de terre. 10. — M. Diot, propriétaire à Savigny-en-Terre-Plainc. Surface cultivée : 34 ares. Semaille des engrais : 12 avril; des pommes de terre : 27 avril ; du nitrate : 24 juin; du sulfatage : 25 juillet. « La végétation, écrit M. Diot, a été à peu près la même. Sur la parcelle où fut répandu le nitrate de soude, les fanes ont eu plus de vigueur et sont restées plus vertes. » NUMEROS des paruelles. ENQRAIS. RECOLTE du champ, à l'hectare. Témoin Nitrate de soude . Superphosphate . . Chlorure de potass. Superphosphate . Chlorure de potass. Superphosphate . iSitrate 150''' \ 600 ' 200 ) GOO ( 200 i 600 kilogr. 1 734 1942 2 100 1785 kilogr. 20 625 23 125 25 000 21 250 EXCEDENT à l'hectare. kilogr. I) 2 500 4 375 625 EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 199 11. — M. Oppcneau, propriétaire au hameau de Oudun. Surface cultivée : 33 ares. Terre argileuse peu fertile de Foxfordien. Semaine des engrais : iO avril; des pommes de terre : 25 avril; du nitrate : 18 juin. Sulfatage: n'a pas été effectué. Au 16 juillet, les engrais n'avaient aucun effet. Plus tard on put constater une végétation plus verte, un développement plus grand des fanes sur les parcelles fumées aux engrais chimiques. NUMKROS des parcelles. ENGRAIS. TéuioiQ Kilrate 150'''^ Superphosphate . . COO Sulfate de potasse . 200 Superphosphate Sulfate de potasse .... Superphosphate Nitrate RECOIjTE du champ, à l'hectare. i kilogr. 992 1 464 1 048 1 IGO kilogr. 12 400 13 800 14 320 14 500 EXCEDENT à l'hectare. kilogr. 3 400 1 920 2 100 12. — M. Pillon, propriétaire à Sainle-Magnance. Surface cultivée : AS ares. Le champ de M. Pillon est situé sur un coteau granitique. Le sol est peu profond, reposant directement sur la roche dure; il s'est trouvé cette année dans de fort mauvaises conditions au point de vue de l'humidité. Aussi la récolte a-l-elle été des plus mauvaises, et jamais, pas plus à l'arrachage qu'à un autre moment de l'année, il fut possible de voir une dilTérence de végétation entre les parcelles du champ. Voici quel a été le rendement : P.VRCKLliES. ENGRAIS. Parcelle A. Parcelle B. Parcelle D. Parcelle C. Sans engrais .... Superphosphate. . . -Nitrate de soude . . Superphosphate . . . Chlorure de potassium Nitrate de soude . . Superphosphate . . . 135 kilogr. 13G — 142 — 129 — 200 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Si ces mauvais résultats sont dus à la sécheresse, M. Pillon n'a peut-être pas cultivé ses pommes de terre avec tout le soin désirable, et la récolte aurait pu être meilleure avec des façons culturales plus nombreuses et mieux données. ESSAIS DES ENGRAIS CHIMIQUES SUR LA CULTURE DE LA VIGNE Considérations générales. Le phylloxéra n'a pas encore causé beaucoup de ravages dans l'arrondissement d'Avnllon ; la nature argileuse des terres sur les- quelles se trouvent une partie notable des plantations semble peu propice à la marche rapide de l'insecte, et l'on prend toutes les mesures pour maintenir sa vigne en bonne végétation, afin de re- tarder la destruction du vignoble. Rien n'est négligé — sulfurage, façons culturales, fumures. — D'ailleurs fumer ses vignes n'est pas une idée nouvelle, et le vigneron bourguignon ne conçoit pas le provignage — les forcis, comme il dit — sans fumier. Chaque année, pour remplacer les ceps morts ou dépérissants, il couche au fond d'un trou quel((ue pied vigoureux, dont les sarments relevés vont fournir les nouveaux sujets. La fosse est profonde, et cela est nécessaire pour que le bois enfoui sous terre ne puisse gê- ner les instruments — et pour faciliter le développement des racines et la mise à fruits rapide des jeunes souches, il la remplit presque complètement de fumier. L'année suivante, on achève de refermer ces fosses et on recommence la même opération sur un autre coin du champ. On estime qu'en dix ans une vigne doit être renouvelée, rajeunie. C'est aussi ce que l'on entend par fumure des vignes. Sans vouloir faire ici la critique de ce procédé, il est facile de voir ce qu'il a de défectueux ou d'incomplet. Cette dose massive de fumier, déposée sur une surface très restreinte, ne peut être totale- ment utilisée par les plantes et une partie importante est perdue. Déplus, le sol ne reçoit ainsi de fumure que tous les dix ans; ce f[ui me paraît insuffisant. N'est-ce point d'ailleurs là une des causes du dépérissement des vignes, dans des sols caillouteux, superficiels et souvent peu fertiles. EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 201 Aussi en ce moment où notre vignoble est à la veille de sa ruine, il y aurait peut-être mieux à faire : diminuer le nombre des fosses, se contenter de remplacer les ceps disparus et répandre alors la plus grande partie du fumier réservé aux provins sur toute la sur- face de la terre. La végétation deviendrait plus active, les piqûres de l'insecte lui seraient moins sensibles, et la mort de la vigne serait relardée d'autant. C'est d'ailleurs sur ce principe que sont basées les drogues plus ou moins antifihylloxériques qu'on propose aux vigne- rons. La reprise de la végétation due à un engrais énergique fait toujours illusion. Pour être assuré d'une plus longue résistance, on pourra même augmenter les fumures. Mais la production du fumier est très limitée, ainsi que l'ai déjà dit, surtout dans cette région où la vigne est la culture dominante; et c'est alors que les engrais cbimiques seront d'un puissant secours, suppléant à ce qui manque en quantité et en ([ualité. Comparativement à la dépense — prix d'achat et main-d'œuvre, — une forte fumure aux engrais chimiques coûte moins cher qu'avec le fumier de ferme ; la situation en coteau entraîne de gros frais de transport. La manifestation des fumures — engrais chimique ou fumier — • n'a pas toujours lieu la première année, surtout si l'épandage a été fait à une époque relativement avancée et si la sécheresse a été pro- longée. Les racines de la vigne sont situées à une certaine profon- deur et il faut un temps plus ou moins long pour que les aliments arrivent jusqu'à elles. C'est à ces deux causes — sécheresse et fu- mure tardive — qu'il faut attribuer les médiocres résultats obtenus cette année dans nos vignes d'expériences. Non pas que cela revienne à dire que les ceps ne profiteront pas des engrais donnés au sol, car j'ose espérer l'an prochain une végétation et une récolte bien meilleures sur les parcelles fumées, mais pour la démonstration, il faut des résultats immédiatement probants. Pour se laisser convain- cre, le paysan exige un succès complet. Il y a encore une autre raison pour laquelle la vigne demande ici à être fumée de bonne heure : c'est la crainte des gelées de prin- temps. Les engrais potassiques et phosphatés devant être enfouis par un labour, le vigneron hésitera à les semer après le 15 ou 20 mars; 202 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. il sait par expérience que le sol nouvellement remué facilite le dépôt de rosée, et si la température s'abaisse à ce moment, sa vigne pourra être gelée. Il laboure au commencement de l'année, avant que les bourgeons soient sensibles au froid, et il ne revient à sa vigne que plus tard, quand tout danger a disparu. Voici comment devraient être données les fumures de la vigne : Potasse et acide phosphorique : semer en janvier ou février et en- fouir par un labour ; Nitrate de soude : semer à la volée du 15 au 30 mars. Il ne suffît pas que la vigne soit bien poussée, il faut encore que la récolle arrive à maturité. Pour que nos essais servent d'exemple et entraînent les cultivateurs, il faut qu'ils puissent voir un bénéfice plus grand que les dépenses faites, il faut que nos ceps soient chargés de raisins à la vendange. Rien ne doit être négligé pour at- teindre ce but; et si les fumures doivent retenir notre attention, il ne faut pas non plus oublier les soins culturaux, et surtout les trai- tements anticiyplogamiques. Et pour être bien assuré que ces der- niers seront exécutés avec tout le soin désirable et seront aussi nom- breux que l'exigent les menaces de maladies, il n'est qu'un moyen, c'est de fournir les produits nécessaires — soufre et sulfate de cui- vre — aux vignerons propriétaires de la vigne d'essai. Malgré toutes les difficultés, il faut que le champ d'expériences reste plus beau que ceux environnants, et la belle végétation qui s'est manifestée dès le début doit se maintenir jusqu'à la récolle. En un mot, il faut que nos cultures soient des modèles qui captivent et retiennent l'atten- tion du paysan, qui le stimulent et l'entraînent, lui prouvant que la terre n'est pas ingrate à qui sait la comprendre. 1. — M. Ducrot, conseiller municipal, propriétaire à Annay-la- Gôle. Surface de la vigne : 20 ares. Cépage cultivé : pineau, Épandage des engrais : A avril; 1" sulfatage : 28 juin; 2* sulfa- tage : 4 août; soufrages : n'ont pas été exécutés. Maladies : oïdium. Maturité : 6 au iO septembre. EMPLOI DU NITRATE DE SOLIDE ET DES EXGRAIS CHIMIQUES. 203 La récolte a été médiocre. Pourtant les surfaces nilratées ont eu une meilleure végétation. Les pousses ont été plus longues. NOM ER des parcelli 1 38. i \ ENGKAIS. Témoin 1 \ RKCOLTE du chaïup. à l'hectare. kilogr. kilogr. 70 1 400 94 1 8S0 80 1 COO 85 1 700 KXCEDENT à l'hectare. kilogr. » 2 Kitrate de soude . Superphosphate . Chlorure de potass. Nitrale de soude . . leo"*!! -iso 200 480 3 4 Superphosphate . Superphosphate . • ■ • • 200 300 2. — M. Mathieu, instituteur, propriétaire à Talcy. Surface de la vigne : 6 arcs. Date de la fumure: 3 avril; des labours : 6 juin et 29 août ; des sulfatages: 7 juin et 7 juillet; des soufrages : 18 juillet et 19 août. Maladies : quelques raisins ont été atteints d'oïdium, mais le cham- pignon n'a pas causé de dégâts. La végétation a été belle sur toutes les parcelles ; les pousses ont dépassé l'^j'âO de longueur. La maturité a été très régulière. 11 octobre. — « La récolte était saine et de belle apparence, au- dessus de la moyenne; elle a été satisfaisante à tous les points de vue. » NCMKROS parcelles'. ESGRA.I8. Fumier de ferme . . 1 Nitrate de soude . . Superphosphate . . Chlorure de potassium l Superphosphate . . / Chlorure de potassium l Nitrate de soude . . I Chlorure de potassium. RECOLTE du champ, à l'hectare. kilogr. 115 140 125 125 kilogr. 7 6G2 9 320 8 332 S 332 EXCÉDENT à l'hectare. kilogr. » 1 662 670 670 1 . La récolte des parcelles 3 et 4 a été légèrement gûtée par deux noyers qui les ombrageaient eu partie. 204 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 3. — M, Bonneron, conseiller municipal, propriétaire à Ghâlel- Gcnsoir. Surface : 26 ares. Cépage cullivé : le césar ou picarneau. Fumure : 3 avril; labour: -4 et 5 avril; sulfatages: l*' juin, 24 juin, 28 juillet; soufrages : n'ont pas été effectués. Durant toute l'année, il n'y eut pas de différence de végétation. A piiine pouvait-on voir une légère infériorité sur la parcelle A. A la maturité pourtant, les raisins de la partie D sont les plus beaux ; ceux de la parcelle A les plus inférieurs. Au printemps, le mauvais temps a fait couler un grand nombre de mânes, et au mois d'août l'oïdium est venu détruire une grande partie des raisins. La récolte a été très médiocre. RÉCOr.TE EXCÉDENT PAUCELLES. ENGBAIS. - m — --^ ^i — ^ à du champ, à l'hectare. l'hectare, kilogr. kîlogr. kilogr. A Témoin 37 740 1) 1 .Nitrate de soude B j Siiper|)hosphate [ GO 1 200 460 ( Chlorure de potassium. . . ' j Nitrate de soude ..... I Superphosphate ( Nitrate de soude j D \ Superphosphate [ 70 1 400 660 G4 1 280 540 Kaïnite. 4. — M. Hureau (Auguste), propriétaire à Montillot. Surface : 17 ares. Cépages cultivés : melon, tresseau gros blanc doré. Fumure : 21 mars ; sulfatages : 6 juin, 8 juillet et 2 août. Maladie : oïdium. Au moment de la floraison qui fut liâtive, la végétation avait très belle apparence, mais un grand nombre de mânes ont coulé, surtout sur le melon blanc et le tresseau. Malgré cela, la vigne se tient très bien, et en août le bois est fort beau, lorsqu'une subite invasion d'oïdium vient tout ravager. Les parcelles B et A surtout ont le plus souffert; la moitié de la récolte fut perdue. Ici se place cette remar- EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 205 que que ce sont les parcelles fumées le plus abondamment — la par- celle A, au fumier de ferme, et la parcelle B aux engrais chimiques — qui ont été le plus atteintes par la maladie. Faut-il y voir la confir- mation de ce fait déjà signalé bien souvent, que les fumures inten- sives favorisent le développement des maladies cryptogamiques? C'est la seule fois cette année où j'ai pu faire cette observation; car l'oï- dium a causé des dégâts considérables sur tout le vignoble, et nos vignes d'essai n'ont en général pas plus souffert que leurs voisines. RÉCOLTE EXCÉDEirr PARCELLES. ENGRAIS. ■^ i à du champ, à l'hectare. l'hectare, kilogr. kilogr. kilogr. A j l''''''\\ ! 168 4 200 I l'umier de ferme ) Demi-fumier de ferme . . . ,, , ^ltrate de soude , ,,. , „_. _. B { _ , , ^ \ 175 4 37a 175 Superphosphate i \ Chlorure de potassium. . . ) ( Nitrate de soude i G I Superphosphate [ 392 9 800 5 600 ' Kaïnite ) _ ( Superphosphate | D ^^; '^ ; ^ . 336 8 400 4 200 ( Chlorure de potassium. . . ) En laissant de côté les parcelles A etB, si nous comparons C et D, nous voyons encore l'influence du nitrate de soude, auquel il faut attribuer un surcroît de récolte de i 400 kilogr. à l'hectare. Si, pendant une grande partie de l'année, il n'y eut qu'une faible différence entre les quatre parcelles, la comparaison de cette vigne avec toutes celles environnantes reste à l'avantage des fumures in- tensives; et voici ce que m'écrivait M. Bureau, le 10 juillet, au mo- ment où j'avais l'intenlion de placer des poteaux indicateurs : « La vigne est bien poussée ; il y a certainement des résultats dans l'em- ploi de vos engrais, puisque les vignes voisines, plus jeunes que la mienne, poussaient les années précédentes bien plus qu'elle, et que cette année c'est le contraire qui a lieu. » 5. — M. Griffon, propriétaire à Vault-dc-Lugny. Surface : 30 ares. Cette vigne est située en terrain très calcaire, très sec, peu fertile. 206 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. A aucun moment de l'année, la végétation ne présente de diffé- rence sur toute la surface du champ. Les pousses sont restées ché- tives, au-dessous de la moyenne. Je crois qu'il faut attribuer ce mauvais résultat à la trop grande sécheresse. La récolte fut nulle. La coulure avait détruit la plupart des mâ- nes au moment de la floraison — cet accident a été général pour les vignes plantées en tresseau ou vérot — et l'oïdium a achevé de perdre le reste au mois d'août. C'est peut-être l'échec le plus com- plet que j'.aie eu cette année. 6. — Commune d'Âvallon. Surface de la vigne : 50 ares. Dans cette vigne, le résultat fut presque nul. La récolte a été in- siunifiante : oïdium et coulure ont tout détruit. Pourtant, au mois d'août, on pouvait voir une pousse meilleure et une végétation verte plus intense sur quelques parties. Mais si la vigne n'a pas profité des fumures qu'on lui a données, il n'en a pas été de même des mauvaises herbes, et le cultivateur a dû augmenter ses façons culturales pour. s'en débarrasser. Durant une promenade que nous faisions ensemble dans sa vigne vers la fin de juillet, il me demandait ironiquement si mes engrais ne contenaient pas de graines de mauvaises plantes, surtout de char- don. Le même fait m'a également été signalé par M. Bonneron à Châtel-Censoir. Voici comment on peut expliquer cette végétation spontanée. L'année ayant été très sèche, les engrais chimiques, et principalement le nitrate de soude, sont restés à la surface de la terre ou enfouis à très peu de profondeur, faute d'eau pour les mettre en contact avec les racines de la vigne, pénétrant toujours très loin. Au contraire, les mauvaises plantes, dont le système radi- culaire est le plus souvent superficiel, se sont trouvées dans les meil- leures conditions pour utiliser les aliments destinés à la vigne. 7. — M. Rousseau (Augustin), propriétaire à Tharoiseau, ' Surface : 25 ares. Là encore nous avons obtenu de bien médioci'es résultats. La ré- EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 207 coite n'a été que de 2''',72 — 2 feuillettes de 186 litres. — La cou- lure a causé tout le mal. Deux soufrages — 28 mai et 20 juillet — et deux sulfatages — 6 juin et 18 juillet — ont débarrassé la vigne de toute trace d'oï- dium et de mildew; et partout le bois est très beau, parfaitement a où té. Sur les trois parcelles fumées, on a pu voir une coloration verte des feuilles plus intense ; si les pousses n'ont pas montré de diffé- rences dans la longueur, cela est dû uniquement à ce qu'après l'ac- colage des sarments, ceux-ci ont tous été rognés à la hauteur des échalas, environ 1 mètre au-dessus du sol. KÉCOLTE EXCÉDENT PARCELLES. ENGRAIS. ^ '^ -■■""' ^ à du champ, à l'hectare. l'hectare, kilogr. kilogr. kilogr. A Témoin 85,4 1 708 » B Superphosphate 92 1840 lo2 l Superphosphate \ Chlorure (le potasse. . . . [ 91 1820 112 D 1 ^»P«'-Pl^fPh=^'-« ! ,7,6 1762 44 Nitrate de soucie Superphosphate Nitrate de soude . . . . . \ LA DECOMPOSITION DES MATIÈRES ORGANIQUES ET LES FORMES D'HUMUS DANS LEURS RAPPORTS AVEC L'AORICULTURE ' PAB Le D^ ^VOLLNY PROFESSEUR d"aGRICULTU RE A l'ÉCOLE TECUNIQL'E SUPÉRIEURE DE HUNICB {Suile). IV. — MORPHOLOGIE DES MICROORGANISMES. Les organismes inférieurs qui ont été trouvés jusqu'ici dans les restes animaux ou végétaux en train de s'altérer et qui interviennent, soit directement, soit indirectement, dans leurs processus de décom- position, se rangent très naturellement en trois groupes principaux : le premier comprenant les Hyphomycètes (champignons proprement dits ou Fungi), le second les Blastomycètes (Levures) et le troi- sième les Schizomycètes {Budériacées)- .Un quatrième groupe, celui 1. Voir la note de la page 339, tome II, année 1898. 2. Pour la rédaction de ce chapitre, on a utilisé surtout les ouvrages suivants : C. V. NÀcELi, Die niederen Pilze. Miinchen, 1877. A. DE Barv, Vorlesungen û'jer Bactérien. Leipzig, ISSô. A. DE Bauy, Vergleichende Morphologie und Biologie dcr Pilze, Mycelozoen und Bacleriea. Leipzig, 1884. DÉCOMPOSITION DES MATIÈRES ORGANIQUES. 209 des Myxomycètes, est sans grande importance au point de vue qui nous occupe'. 1. Hyphomycètes. Les Champignons proprement dits ou Hypliomycètes se compo- sent tout d'aboi'd de filaments fins (iiyphes) richement ramifiés, ré- pandus dans le substratum ou s'élevant en parlie au-dessus. Ils ont la forme cylindrique et se divisent par des parois transversales en cellules longuement étirées munies d'une membrane tendre, sans structure, et d'un contenu protoplasmique. Ce dernier remplit uni- formément la cellule ou bien se creuse de vacuoles remplies d'eau et d'autant plus nombreuses que la cellule est plus âgée. La crois- sance des hyphes est terminale ; le sommet progresse constamment, puis, à une certaine distance de lui, se forment successivement de nouvelles parois transversales ; les choses se passent de même pour les ramifications qui naissent par bourgeonnement latéral. L'ensemble des filaments s'appelle le thalle. Les hyphes répandus dans le substratum sont les organes destinés à absorber les matières nutritives et à les rendre assimilables ; ils constituent le mycélium. Celui-ci est de consistance floconneuse ou forme chez beaucoup d'espèces des lames parenchymaleuses ou des cordons fibreux ou encore, dans certaines circonstances, des ren- flements globuleux qu'on appelle sclérotes. Sur les filaments qui proéminent à la surface du mycélium (fila- ments fructifères) et qui forment des corps reproducteurs quand ils sont nombreux et serrés, se développent et de façons bien diverses. 0. BuEi'ELD, Botanische Uafers^icJnmgen ùber Schimmelpilze , I-IV. G. Flugge, Die MilivoorgaïUsmen. Leipzig, 188G. \V. Zoi'F, Die SpaUpilze. Leipzig, 1885. W. Zoi'F, Die Pitze in morphologischer, physiologisclier, biologischer und sysle- malisclier Beziehung. Breslau, 1890. E. KiiAMRK, Die Bactériologie iiiilirc7i Beziehungen zur Lanclwirtscliaft. Wieu, 1800. G. Frankel, GruJidriss der Bactcrienkunde. Berlin, 1890. C. GuENTHER, Einfâhrung in dus Sludiam der Bactériologie. Leipzig, 1891. J. EisENBEUG, Bacleriologische Diagnoslik. Huniburg und Leipzig, IH'Jl. 1. A. DE Bary, Vergleichende Morphologie und Biologie der Pilze, etc. Leipzig, 188i, p. 453. ANN. SCIENCE AGRO.N. — 2° SÉRIE. — 1899. — I. 14 210 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. les organes de reproduction du champignon, les spores. Sous ce rapport comme sous celui de la dissémination des spores, on dis- tmgue a) Des formations intercalaires : sur les hyphes en croissance se séparent certaines cellules qui ont une forme spéciale et se transfor- ment en spores ou en cellules-mères des spores. Ces productions s'appellent souvent des gemmes. b) Des formations acrogènes, celles où les hyphes fructifères se divisent par des cloisons transversales et fonctionnent comme spores. Les pédicelles minces naissant chez beaucoup d'espèces à l'extrémité des cellules fructifères (basides) et supportant les spores s'appellent des stérigmates. 11 se sépare une seule spore par formation d'une cloison transversale, ou plusieurs naissent en chapelet. La mise en liberté des spores a lieu soit par destruction des supports, soit par leur étranglement, soit par projection. Les spores qui se forment de celte manière s'appellent basidiospores, acrospores ou conidies. c) Des formations endogènes, quand les spores naissent à l'inté- rieur de cellules-mères dont la paroi persiste, comme sporange, jusqu'à la maturité des spores. Ces cellules-mères sont le plus sou- vent acrogènes. Les spores y naissent par partition du proloplasma sans cloisonnement préalable. Quand les sporanges sont utriculaires ou claviformes, on les appelle asqiies ; ces asques contiennent en général huit ascospores. îls se for- ment souvent au fond de petits réceptacles fructifères globuleux ou elliptiques (périlhèces). Les spores sont mises en liberté par l'ouverture ou la gélification du sporange ou bien encore une grande partie du contenu est pro- jetée avec force par une fente en entraînant les spores (éjaculation). d) Souvent il y a une sorte de fécondation sexuée qui précède la formation des spores. Elle consiste soit en ce qu'on nomme copula- tion où deux hyphes développent deux protubérances opposées qui se touchent et, après résorption de la membrane séparative, forment une zygospore, soit dans la production d'organes spéciaux, l'un mâle, l'autre femelle. Ce dernier (oogone) est installé en forme de grosse cellule sphérique sur un filament mycélien. L'organe mâle ouanlhé- ridie consiste en une grosse cellule claviforme qui se colle à l'oogone DÉCOMPOSITION DES MATIERES ORGANIQUES. 211 en se séparant par une cloison de son hyplie de support ou qui pousse dans rinléi'ieur de l'oogone un tube fécondateur. Après la fécon- dation, il se forme dans l'oogone des spores rondes pourvues d'une membrane ('oospores). Les spores sont des cellules ordinairement simples, parfois com- posées, de formes diverses (globuleuses, ovales, en bâtonnet), dont la membrane comprend une couclie externe (épispore) et une couche interne (endospore) et dont le contenu est du protoplasma renfer- mant des gouttes d'huile. Elles servent à la multiplicalion du cham- pignon en développant sur un substratum approprié un ou plusieurs tubes germinatifs dont naîtra le mycélium. Parfois la spore se trans- forme en cellule-mère de nouvelles spores (sporange). Pour le but qu'on se propose ici, il suffira de décrire quelques- uns des champignons les plus répandus dans le sol et dans les débris végétaux ou animaux en décomposition. Mitcor. Les Mucorinées sont très largement répandues et forment sur les matières en décomposition des revêtements blancs ou bruns consis- tant en un mycélium tendre fortement ramifié (lig. i, 3) et en fila- ments fructifères verticaux (S, b) terminés par un sporange globuleux (S, c et 4), La cloison de base de ce sporange fait hernie dans l'inté- rieur en forme d'un tube conique qu'on appelle la columelle (4, b). La membrane du sporange (4, c) est hérissée de pointes cristallines d'oxalate de chaux. Dans la formation des spores (4, cl) une partie du protoplasma reste inutilisée et se transforme par la suite en ce qu'on appelle la matière interstitielle, masse gélatineuse se gonflant forte- ment dans l'eau. La membrane sporangiale revêtue d'une croûte calcaire est de la cellulose modifiée qui se gonfle aussi beaucoup dans l'eau et, agissant dans le même sens que la matière interstitielle, fait éclater la croûte calcaire et projette les spores. Dans beaucoup d'espèces, on a constaté des bourgeons sur le mycélium et même sur les tubes sporangifères ; ils se forment d'or- dinaire quand le substratum est épuisé. Dans les dissolutions sucrées les spores de certaines espèces développent un mycélium agissant 212 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. comme ferment (il/, racemosus, circinelloides, ereclus, spinosus, fragilis, Mucedo). M. Mucedo L. (fig. 1) est une des mucorinées les plus répandues et se rencontre sur toutes les substances albuminoïdes. Fig. 1. — Mueor Mucedo L. (d'après Brbfeld) '. 1. Spores. — 2. Germination des spores : a, distension de la spore; h et c, développement du tube germinatif. — 3. Slycéliuin provenant de la spore a : h, tube sporaugifère terminé parle spo- range c ; d, tube sporangifére en formation. — 4. Tube sporangifère : a, avec sporange ; 6, colu- melle ; c, membrane du spo.-ange; d, amas des spores. Les hyphes fructifères incolores ont une longueur de 1 à 13 cen- timètres. Les sporanges vont du jaune-brun au noir et leur membrane est lisse ou garnie de pointes serrées d'oxalate de chaux. Les spores 1. Les nombres mis entre parenthèses dans les figures e.'cprimeiit le grossissement linéaire. DÉCOMPOSITION DES MATIÈRES ORGANIQUES. 213 sont ellipsoïdes avec une mentibrane hyaline sans sculpliire et un contenu jaunâtre : longueur = 7-11 [x, largeur = 4-6 p.. Dans les excréments on trouve de-ci de-là, dit Brefeld, des zygospores qui atteignent un volume considérable (fig. 2). FiG. 2. — Mticor Mncedo L. (d'après Bbbfkld). 1 représente la première phase de la conjugaison; hh, l.s fleux rameaux île conjugaison dont les cellules qui doivent former l'œuC an sont dojà séparées. — 2. État plu-; avancée : a, fusion des cellules, gi-ossissement de l'œuf, sur lequel on voit nettement les épaississemcnts verruqueux c; 6 6, les deux suspenseurs. — 3. Zygospore mûre a. avec ses deux snspenseurs 6 6, — i. Zygos- pore germant après éclatement de l'exospore ; a, zygospore ; 6 6, suspenseurs ; c, endospore poussant sou tube gormiuatif d, dont le premier filament e reste stérile ; une branche latérale / s'en sépare par une cloison ot porte un sporange g. M. racemosus Fresenius est surtout répandu sur les substances riches en hydrates de carbone. Les hyphes fructifères sont généra- lement ramifiés, plus ténus et plus courts que dans l'espèce précé- dente. Les sporanges globuleux ont 30-34 [jl de diamètre ; ils vont du jaunâtre au brun clair. Les spores, ellipsoïdes ou sphériques, inco- lores et sans sculpture, ont 5-8 p. de long et 4-5 p. de large. 214 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Sur les vieux mycéliums on trouve d'ordinaire un abondant hour- // \ (30(}) FiG. s. 1. a-e, dûveloppcmciit du niycolium de Mucor raremosus dans une décoction de jus de pruneaux, à partir de la spore a, en bourgeon? courts, globuleux. — 2. Mycélium de Mucor racemosus pro- venant de la spore s dans une solution sucrée étendue; ce mycélium est formé de cellules en tounelets munies d'articles bourgeonnants globuleux. — 3-5. Formation des bourgeons chez le Mucor racemotua. — 3. Filament sporangifére avec six bourgeons g. — i. Filament mycélieu avec deux courts rameaux latéraux terminés chacun par un bourgeon globuleux. — 5. Filament luycélien avec trois bourgeons intercalaires. (D'après Zopf.) geonnemenl intercalaire et terminal (fig. 3, 3-5). Ces cellules de bourgeonnement développent dans des circonstances favorables des DÉCOMPOSITION DES MATIÈRES ORGANIQUES. 215 mycéliums qui, maintenus clans l'air humide, donnent de très petits tubes sporangifères avec de minuscules sporanges. Dans des solu- tions nutritives sucrées, sur les tubes germinatifs développés soit par les gemmes, soit par les spores et qui, dansées conditions, sont très courts, il se produit des cellules en forme de levures (fig. 3) qui provoquent aisément la fermentation alcoolique. Les bulles d'acide Fig. 4. — Mucor atoîonifer (d'après de Bary). 1. .1, extréniité du stolon; .is, doux stolons de second ordre; p, tubes sporausifoi'es ; >r, rameaux radicellairos (nn peu grossis). — 2. ï, zygospore avi^c ses suspeiiseurs d'où naît un tube sporau- gifore p, dont le sporange est dessiné schématiquemeut en coupe longitudinale. carbonique qui se dégagent portent bientôt à la surface les cellules de levure, où elles constituent alors un mycélium normal. Ce pro- cessus paraît donc être un moyen pour le champignon de revenir à ses conlilions biologiques normales. M. slolonifer (Rhizopiis nigricans Eiir.) [Tig. 4]. Du mycélium naissent des tubes simples, arqués, qui s'inclinent bientôt à l'extré- 216 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. mité et ressemblent aux stolons des plantes supérieures ; ils se fixent à leur extrémité en développant de courts rameaux radicellaires en rosette qui pénètrent solidement dans le substratum. Des points où se trouventces sortes de' crampons s'élèvent deux ou plusieurs tubes sporangifères portant à leur extrémité les sporanges globuleux (fig. 4, 1). De chaque rosette s'élancent à nouveau i-2 stolons qui se comportent comme les précédents. Il se forme ainsi tout un système de stolons, de crampons et de groupes de sporanges. Les sporanges sont noirs et verruqueux, les spores brunâtres et presque sphériques, de iO-'iO p. de diamètre. Le champignon forme aussi des zygospores (fig. A, 2) de la même manière que le M. Mucedo. La zygospore, en forme de boule ou de tonneau, possède une enveloppe très épaisse formée de plusieurs couches dont l'extérieure est grossièrement verruqueuse. A la matu- rité, c'est une cellule noire, remplie d'un protoplasma épais, riche en matières grasses, et placée entre deux suspenseurs qui s'accrois- sent en même temps et finalement se dessèchent. Ces mêmes fila- ments qui forment les zygospores portent souvent, en outre, des groupes de tubes sporangifères. Les autres espèces de mucorinées n'offrent plus aucun intérêt à notre point de vue à cause de leur rareté. Aspergillus. Les filaments conidifères qui surmontent le mycélium sont habi- tuellement unicellulaires, de 0'°™,5-l'"'",5 de longueur et renflés en tête à leur extrémité. Sur cette tête naissent de nombreux petits stérigmates claviformes disposés en ombelle et dont l'extrémité pro- duit une succession de conidies rondes ou un peu ovales, i-6 p. de diamètre. Dans beaucoup d'espèces, ce mycélium, qui forme les filaments conidifères, produit normalement un périthèce dont la formation tantôt ne subit pas d'arrêt, tantôt passe par une phase de repos sclérotique pour s'achever plus lard. Les périthèces débutent par une bifurcation ténue, indistincte à l'œil nu, qui, après un allongement bientôt terminé, s'enroule en tire- DÉCOMPOSITION DES MATIÈRES ORGANIQUES. 247 bouchon sur 4-G spires en général. Les spires se rapprochent de plus en plus jusqu'à ce qu'elles se touchent, si bien que la partie terminale se transforme en une vis creuse. Il se passe alors dans et sur ce corps spirale des modifications compliquées dont la descrip- tion serait trop longue et dont il ressort seulement qu'elles sont un processus de conjugaison sexuelle. A la suite de ces transformations, '^fi^oj Fio. 5. — Développomeut tie V Asptrgill\i.3 glaiccus (d'aprôs de Bart et Zopp). 1. mm, filaments mycùliens; e, fllameut conidifère dont les couidics sont tombées; p, périthèec ; /', ébauche d'nn périthèce. — i;-3. Filaments conidifères avec leurs basides et leurs conidies. — 3. Plus fortement grossis. — 4. Ascogone entouré par les pollinodes. — 5. Jeune périthèce (coupe longitudinale) ; w, assise qui donnera la paroi; /, tissu de remplissage; a, asisogone. — 6. Une asque avec ses spores. — 7. Conidie en germination. — 8. Ascospore en germination. le corps spirale donne rapidement naissance à un périthèce globu- leux formé d'une paroi mince (une seule assise de cellules déUcates) et d'une masse épaisse de cellules solidement reliées. Par le grossis- sement de ces diverses régions, ce tubercule croît assez pour être à la maturité nettement visible à l'œil nu. La surface externe de son enveloppe acquiert une assez grande solidité et une teinte d'un jaune vif. Les cellules internes deviennent pour la plupart des asques en s'isolant des cellules voisines, en prenant une forme largement ova- 2iS ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. laire ; chacune contient huit spores qui remplissent aussitôt toute la cavité cle l'asque. A la maturité, sa paroi se dissout, celle du périlhèce se rompt et par les fentes iiTégulières qui s'y produisent les asco- spores rondes et toujours incolores sont mises en liberté. Aspergilliis glcnicics de Bary (fig. 5). Se présente sous forme de revêtement floconneux, d'abord d'un blanc pur, se recouvrant peu à peu d'un bout à l'autre de petits capitules finement pédicellés gris ou noirs. Conidies rondes, verruqueuses ou rugueuses, de 9-15 (1 de diamètre. Très commun. Aspergilliis flavus de Bary. Masse des spores d'un beau jaune d'or, jaune verdàtre, ou brunâtre. Conidies globuleuses, de 5-7 [x de diamètre, avec une endospore finement verruqueuse. Forme des sclérotes tuberculeux, noirs, jaune rougeâtre sur la surface de sec- tion et mesurant environ 0""",7. Peu abondant. Aspergillus niger\\^ Tiegiiem. Filaments conidifères ayant parfois plus d'un millimètre de haut avec des capitules d'un noir brun et des conidies rondes de 3-5 à 4-5 [jl, à épispore verruqueuse, d'un violet brun. Forme des sclérotes globuleux ou cylindriques, d'un jaune hrun ou d'un rouge brunâtre, mesurant 0'"™,5-l'"'",5. Assez rare. Pénicillium. Le filament fructifère est cloisonné et se divise à son extrémité en courts rameaux. Au bout du filament principal comme à celui des branches latérales naissent des basides sur les stérigmates desquelles les conidies se forment en chapelel. Au-dessous de ces basides, il peut s'en produire d'autres de la même manière, si bien que l'en- semble des conidies affecte la forme de pinceaux. On n'a trouvé de péritbècesque chez peu d'espèces, par exemple chez le P. glaucum, où, d'après Brefeld, ils passent toujours par la phase de sclérote. Pénicillium glaucum Link (fig. 6 à 8). Moisissure la plus ré- pandue, se développant sur les substances les plus diverses en revê- tements floconneux, d'abord blancs, puis glauques. Le diamètre des spores est d'environ 3,5 p.. Les formes rabougries ne développent qu'un filament à l'extrémité duquel s'allonge un seul chapelet de conidies ; avec une végétation plus vigoureuse il se forme un plus DÉCOMPOSITION DES MATIÈRES ORGANIQUES. 219 grand nombre d'hyphes fructifères rapprochés en un faisceau épais (Coremium) ; à l'extrémilé de ces filamenls se développent, dans la manière indiquée, des chaînes deconidies. Le périthèce aflecte d'a- bord la forme de sclérotes qui, après une certaine période de repos, produisent des asques dont les spores, ellipsoïdales da'ns leur con- tour, sont en même tempsanguleuseset épaissies à l'exception d'une ligne longitudinale médiane ; elles ont 5-C p. de long, 4-4,5 p. de large. D'après Brefeld, le sclérole naît de la façon suivante : Sur un 'iZ ^fûûj r63oj Fia. G. — reuicillium glaucnm Link (d'après Brefeld). ]. Spores. — 2. Germination d'une spore : a, spore; 6, tube goriuiuatif. — 3. Frin^tifications : a, filament fructifère; b, cellule terminale ; c, rameaux latéraux ; e, stèrigmates supportant des chapelets de spores, /. filament mycélien il se forme un ascogone en spirale (fig. 7, 1) qui est bientôt recouvert par des filaments adventifs naissant de la base et du mycélium et s'agglomérant plus lard avec leurs ramifications en une pelote serrée. Tandis que cette enveloppe allonge et épaissit ses éléments périphériques, se constituant ainsi en un corps dur, l'ascogone grandit, se ramifie et ses branches pénètrent en tous sens dans le tissu médian formé de cellules à parois moins épaisses (fig. 7, 2-a). Quand on place les sclérotes mûrs sur du papier à filtre humide 220 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. les filamenls de l'ascogone se développent, se ramifient, poussent d'épais rameaux latéraux dont les branches deviennent finalement des asques (fig. 7, 4-5). En même temps se sont développés de fins et minces filaments, branches latérales des hyphesdc l'ascogone, qui /630J f620j a^rj Fig. 7. — Penxcïllinm, glattcum Link (d'après Brepeld). 1. Organes sexuels coiitounn'.s en spirale et qui se sont probableraeut fécondi's ; l'ascogone et le pollinode proviennent d'un hype épais qui s'est divisé. — 2. Les mêmes au début de la forma- tion du fruit ; a, ascogone se développant ; b, filaments stériles en train de le recouvrir. — 3. Jeune fruit 'sclérote) ; a, ascogone ; h, tissu stérile intérieur ; c, tissu stérile extérieur. — i. Ascogone. pins développé: a, filament de l'ascogone; 6, son bourgeon qui doit produire les asques ; c, hyphes — 5. État plus avancé (mômes lettres que i). pénètrent dans le tissu siérile et amènent sa dissolution. Ces fila- ments fins apportent aux hyphes de l'ascogone les éléments nutritifs empruntés à ce tissu stérile. La dissolution finit par progresser au point qu'il ne reste plus que l'écorce périphérique, l'intérieur étant entièrement rempli par la masse des spores. DÉCOMPOSITION DES MATIÈRES ORGANIQUES. 221 ZuKAL est arrivé clans ses recherches à des résultats essentielle- ment clifTéients, tant sur la naissance du sclérote que sur les filaments de rascogone % ^^ {610) Ciooj :/ fyao) FiG. 8. — Pe!Jîci72J«i)j jria«CM»i LiNK (d'après Brefkld). 1. Sommet d'un filament ascophore. Fragment d'un filament en fi-nctitication dont les bi-auches latérales ascophores sont mûres et en partie tombées. — 3. Ascospores vaa de côté ; h et c, germination. qui, d'après lui, ne proviennent pas d'un seul, mais de plusieurs organes initiaux. Erysiphe (Oïdium). Les Erysiphe s'installent d'ordinaire sur les plantes vivantes et y forment le tapis de moisissure connu sous le nom de Blanc^ ; il n'y a à citer ici comme saprophyte que ïOi- dium lactis. On désigne sous le nom d'oï- dium la forme conidienne des Erysiphe. Oidium lactis, Fres. (fig. 9) est extraordi- nairemenl répandu ; il est particulièrement abondant sur le lait acide, les excréments animaux, le fumier et dans le sol (Adametz). Il forme des filaments solides, ramifiés dans un plan horizontal d'où s'élèvent les conidio- phores. Ceux-ci, après avoir atteint une certaine longueur, cessent ^^i Fig. 9. — Oidium laeti-i, Fes.d (d'après FiitloGE). 1. Hyplie fructifère vieux. — 2. Plus jeune : m, mycc'lium : s, chapelet de spores à côté duquel l'hyphe fructifère h se forme par ramification ; a, sup- ports des anciennes spores. 1. Le nom vulgaire allemand est Mehllhau (rosée de farine). ii22 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. de croître et, dans toute leur étendue, sauf à leur base, se divisent en une rangée d'articles cylindriques une fois ou deux aussi longs que larges. Chacun représente une conidie. Bientôt après leur ébauche, elles se séparent, d'abord incomplètement, de sorte que le chapelet fait des zigzags, puis elles s'isolent entièrement. De temps en temps apparaît une ramification, tandis que l'hyphe fructifère con- tinue à croître vers le haut à côté de la chaîne de spores qui vient de se former. Les spores ont 7,7-10,8 p.. Sur un substratum conve- nable, elles germent vite et donnent aussitôt naissance à un mycé- lium qui produit à nouveau ces mêmes conidies. Les périlhèces ne sont pas encore connus. C'est pourquoi l'attribution de cette forme oïdium à une espèce déterminée de champignons n'a pu être faite jusqu'ici, bien qu'on doive l'admettre avec assez de probabihté. Au groupe des moisissures appartient encore toute une série de formes saprophytes, mais qui ne sont pas aussi généralement répan- dues que les précédentes et ne se rencontrent que sur certains subs- Iralums. Parmi les champignons habitant les excréments citons : Pllobolus crislallinus Tode, Mortierella Bosta/inskli Brefeld, Coprimis stercorarius Bulliard, Sordaria minuta Fuckel, S. Bre- feldii ZuKAL, S. curvula de Bary, S. decîpiens Winter, S. pleio- spora, S. Wiesneri, etc., Thamnidium clcgans Link, Ascobolus pul- cherrimus Crouan, A. denudatiis Fr., A. furfuraceus Persoon, Syncephalis cordala Van Tieghem et Le Moninier, Ascodesmis nlgrl- cims Van Tieghem, diverses espèces de Saccobolus \ Les parties mortes des plantes sont aussi habitées par de nom- breuses espèces de champignons, ainsi que les insectes morts, les vers, etc. 2. Levures. Les Levures ou Saccharomyces consistent en petites cellules mi- croscopiques, se multipliant par bourgeonnement. La membrane se gonfle à une ou aux deux extrémités de la cellule ; ce renflement 1. Voir W. ZoPF, Die P/lze in morphologischen, physiologischer, biolorjischcr und systematischer Beziehuiuj, Breslau, 1S90. DÉCOMPOSITION DES MATIÈRES ORGANIQUES. 223 se remplit d'une partie du proloplasma de la cellule-mère ; quand il a pris sa forme et sa grosseur, il se sépare de la cellule-mère par une cloison transversale. Les levures proprement dites (Saccharomycètes), en dehors de ce thalle bourgeonnant, peuvent, dans certaines conditions, comme l'ont montré de récentes recherches \ former aussi du vrai mycé- lium ramifié et, surtout en présence de l'air, se multiplier par for- mation de spores à l'intérieur de cellules (ascospores). Donc, suivant les circonstances extérieures, la multiplication de ces organismes se fait de deux façons, par bourgeonnement ou par formation de spores. On n'a pu jusqu'alors arriver à déterminer exactement les espèces qui diffèrent entre elles au point de vue morphologique et biologique, parce qu'on n'avait pas de méthode de culture permettant de séparer sûrement chaque espèce. Parmi les espèces connues et contribuant à la décomposition des matières organiques dans le sol (d'après Adametz), mentionnons ici : Saccliaromijces cerevisiœ (le- vure de bière). Cellules sphé- riques ou ovales, de 8-9 [j., entourées d'une membrane contenant un protoplasma fine- ment granuleux avec suc cellu- laire ; les vacuoles se trouvent surtout dans les cellules adultes. Le noyau cellulaire est relati- vement gros. Les ascospores, sphériques , fortement réfrin- gentes, ont 2, 5-6 \K. Elles sont au nombre de 2-4, parfois de 5-6 et même d'une seule dans une cellule-mère (fig. 10). {'/auaj Fia. 10. — Saccharomyces cereviniœ (d'après Hansbn). 1. Bourgeounement. — 2. Foi-ination des spoics : a, premiùre phase; b, ascospores mûres. 1. E. G. Hansen, Recherches sur la morphologie des ferments alcooliques. Ré- sumé du compte reudu des travaux du laboratoire de Garlsberg. Vol. Il, 1686, p. 106. 224 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Saccharomyces ellipsoideus (levure ordinaire du vin). Cellules elliptiques d'environ 6 jj. de longueur, isolées ou en courts chape- lets ramifiés. Spores de 3 à 3,5 p., naissant, comme dans l'espèce précédente, ordinairement à 2-4 dans une cellule-mère. Agent des fermentations spontanées, no- ©^ FiG. 11. Saccharomyces elliptoideus (d'après de Bauy). PiG. 12. Saccharomyces glutinis (d'après Cohn). tamment de celles du moûl de vin et par suite universel- lement répandu (fig. 11). Saccharomyces glulinis (levure rosée, fig. 12). Cel- lules globuleuses- ovales ou en cylindres courts ; longueur 5-11 p.; largeur 4 p.; isolées ou jumellées. Membrane et contenu incolores à l'état frais. For- mation des spores inconnue. Forme des revêtements mucilagineux couleur de rose sur les tranches de pommes de terre et sur la géla- tine nutritive. Hansen distingue trois espèces de levures rosées dont une forme des acospores. On ne sait rien de la présence des autres espèces connues {Saccha- romyces conglomeralus, S. apiculalus, S. sphœricus, S. mycoderma, S. albicans, S. Paslorianus) sur les matières organiques en décom- position. Il existe, en outre, des formes qui ne sont pas encore bien connues. Très voisins des Saccharomycèles sont encore certains organismes qui se trouvent soit dans l'air, soit dans le sol, sur les débris végé- taux en décomposition, sur le fumier de vache, entre autres, Monilia candida et diverses espèces de Torula. Monilia candida Hanskn (fig, 13). Thalle bourgeonnant très semblable à celui des Saccharomyces. Dans les va- cuoles des cellules, on voit un corpus- cule mobile fortement réfringent. En présence de l'air, il se forme une peau de moisissures (fleurs) d'un vert mat, formée d'abord d'un thalle bourgeonnant et de cellules isolées et (/oaoj Fig. 13. — Monilia candida (d'après Hansen). ants comme les bacclia- (J'QMkyrCVi'-^r^ Le mycélium typique ^ '^ ^ DÉCOMPOSITION DES MATIÈRES ORGANIQUES. 225 plus tard, d'un vrai mycélium à croissance terminale sur lequel se produisent des conidies latérales en forme de cellules de levure et des ramifications d'oïdium. M. candida fait fermenter directement le saccharose et le maltosc, mais ne peut les invertir. ^ ^ ^^^^^9.CP Des Torula (fig. 14), champi- ^ Qy^çO^^G gnons très répandus, forment dans Q^Sc)^^ CfP^ Des Torula (fig. 14), champi- ^ Ç^^îÇ^cO^L^^ gnons très répandus, forment dans Q^Sc)^^ C?P^^\ les solutions sucrées des thalles >-// woO rS^P^ O hourgeonnants comme les Sacclia ^^' ^ '^^ ^ '"^ romyces manque ainsi que la formation de fig. u. — roruîa provenam du soi et cultivé sur le moût de bière. spores endogènes. Ce sont des fer- ments alcooliques. Quelques formes peuvent donner de l'invertine, mais celles qui ne peuvent pas invertir et faire fermenter le maltoso paraissent être, dit Hansen, de beaucoup les plus répandues. 3. Bactériacées. Les Bactériacées forment un immense groupe d'organismes très petits, unicellulaires, globuleux ou filiformes, se multipliant surtout par partition, vivant sur les animaux ou végétaux morts ou vivants et amenant dans leur substratum, par leur nutrition et leur extraor- dinaire pullululion, les modifications chimiques les plus profondes. D'après leurs formes très dilTérentes, on distingue essentiellement les groupes suivants : Micrococcus, consistant en cellules sphériques ou ovales qui s'appellent Slreptococcus quand elles sont disposées en rosette et Slnphylococciis si elles sont accumulées en masses irréguhères; Bacillus, formant des bâtonnets plus ou moins longs qu'on dé- signe sous le nom spécial de Clostridium quand ils sont fusiformes, renflés au milieu. Dernièrement on a proposé d'appeler Baderium les bâtonnets courts et Bacillus les plus longs, mais on y a renoncé à cause de l'insuflisance de ce caractère. Par un plus fort allonge- ment les Bacillus forment des filaments véritables qui, en se juxta- posant suivant la longueur, donnent des cordons visibhss à l'œil nu. Ces formes s'appellent des Leplolhrix. On. n'y a pas observé de rami- ANN. SCIENCE AGRON. — 2' SÉRIE. — 181)9. — I. 15 226 • ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. ficaiions semblables à celles des bypbes des moisissures. On désigne sous le nom de Spirillum ou de Spirochœte les formes enroulées en spirale. Quand les éléments sont simplement courbés, on les appelle Vibrio. Assez souvent les bactéries se présentent sous forme de spores (cellules sphériques ou ovales), qui servent à la reproduction et donnent toujours naissance à l'organisme dont elles proviennent. Dans les solutions nutritives épuisées et sous l'influence aussi d'autres conditions, les bactéries peuvent, en outre, prendre diverses autres formes rabougries provoquées par leur état pathologique (formes d'involution). Beaucoup de bactéries ont pour caractère de ne posséder qu'une seule forme végétative; chez d'autres, il y en a plusieurs que le même individu parcourt dans son développement suivant un ordre déterminé. Suivant l'âge et les conditions de nutrition, les diverses espèces subissent des modifications, mais qui ne vont pas jusqu'à altérer les caractères essentiels. Les cellules des bactériacées sont formées d'une membrane qui, chez quelques espèces, est imprégnée de substances colorantes et parfois entourée d'une enveloppe gélatineuse moulée sur la mem- brane et d'un contenu protopiasmique où l'on observe souvent de petites gouttelettes d'huile. Quelques espèces et formes végétatives sont toujours immobiles, ne montrant de mouvement vibratoire que par suite de courants dans la liqueur où elles se trouvent ; d'autres sont tantôt immobiles, tantôt vivement agitées, offrant une rotation autour de l'axe longi- tudinal ou des courbures ou des étirements, ou bien elles se meu- vent à l'aide d'un flagellum. A l'état de repos, les bactéries se présentent soit isolées, soit en filaments, soit en m.asses dont les cellules sont reliées par leur en- veloppe gélatineuse confluente et qu'on appelle des Zooglées. Lors de la multiplication par division, la cellule croît en longueur, puis montre un étranglement dans son milieu et finalement les deux moitiés se séparent. Chacune peut subira son tour de nouvelles partitions ou bien elles DÉCOMPOSITION DES MATIÈRES ORGANIQUES, 227 forment des chapelets, des filaments apparents. C'est seulement chez quelques Micrococcus (Sarcma) qu'on a observé une partition simul- tanée ou successive dans deux ou trois directions diiïérenles, don- nant naissance à des paquets de 4 à 8 cellules. A côté de la multiplication par division il y a chez beaucoup de bactéries (bacilles et spirilles) une reproduction par spores. Leur mode de formation est très variable. Il peut se faire que les bacilles s'accroissent beaucoup en longueur et qu'après division du contenu en cellules dans l'ordre linéaire habituel, il se forme dans chacune une spore ronde qui devient libre par dissolution des filaments. Dans d'autres cas, les bacilles s'épaississent, prennent une forme en fuseau ou en ellipse ou en têtard ; leur contenu se trouble, une grosse goutte réfringente se sépare pour devenir bientôt une spore. En outre, sans qu'il y ail de modification appréciable dans la cel- lule, il peut y naître deux, trois ou plusieurs petits points ronds et brillants qui représentent les spores. Enfin, il y a aussi des cas où les spores se forment sur un des pôles de la cellule ou sur les deux. On distingue, outre cette multiplication par endospores, une re- production qu'on peut appeler par arthrospores et qui est moins fréquente. Certains éléments d'un chapelet ou d'un amas de cellules bactériennes ont plus de vitalité que les autres ; ceux-ci périssent, tandis que les premiers servent à la multiplication. La plupart des spores formées par mode endogène ont le caractère de spores durai)les (Dcmersporen) plus résistantes que les cellules végétatives de la même espèce. En thèse générale, leur capacité de résistance est grande lorsqu'elles sont desséchées à l'air ; à cet état, elles conservent assez longtemps leur faculté germinative ; mais vis-à-vis des températures élevées leur résistance est très variable. Les spores durables des bacilles supportent généralement sans périr une température de 80°-100°, qui suffît à tuer les spores des Micro- coccus et des Spirilles. La résistance des spores aux agents chimiques est aussi très variable. Les spores ne germent qu'après un assez long repos. Ordinaire- ment une papille se forme en donnant ensuite un petit bâtonnet ou bien le tube germinatif proéminc dans le sens de l'axe longitudinal 228 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. de la spore, l'endospore devenant la membrane du tube germinatif , tandis que l'exospore fracturée gît quelque temps encore à côté des bâtonnets de nouvelle création. On emploie pour la classification des bactéries surtout leurs carac- tères morphologiques et biologiques. Quatre grandes divisions ont été d'abord établies d'après la forme et suivant qu'il n'y a qu'une seule forme végétative ou un cycle déterminé de ces formes, fait caractéristique d'un assez grand nombre de bactéries. A la première appartiennent toutes les espèces qui ne se présen- tent que sous la forme de Micrococcus ; la seconde division comprend les bactéries en bâtonnets ou Bacilles , la troisième les formes en spirale ou Spirilles ; dans la quatrième on range toutes les bactéries dont le cycle de développement offre les formes végétatives les plus diverses. Les espèces décrites ci-après sont celles qui, d'après les recherches de L. Adametz, G. Flïigge, E. Kramer, P. Fûlles et autres, ont été trouvées principalement dans le sol, dans les excréments de l'homme et des animaux et dans les matières animales et végétales en décom- position. Ce résumé n'a pas la prétention d'être complet ; il a essen- tiellement pour objet de donner des indications générales et de pousser à une élude plus approfondie de la bactériologie. Dans ce but et pour ne pas étendre cette exposition plus qu'il ne convient, on ne signalera pas les faits de végétation sur les divers substratums, faits caractéristiques pour nombre d'espèces ; on se bornera à indi- quer l'action de chaque espèce sur la gélatine ainsi que la pro_ duction des matières colorantes et l'on se servira des abréviations suivantes : L. g. = liquéfie la gélatine. N. 1. g. = ne liquéfie pas la gélatine. P. c. = produit une matière colorante. N. p. c. = ne produit pas de matière colorante. a) Micrococcées (coccacées). Ces organismes sont formés de cellules sphériques ou ovoïdes qui ne se multiplient que par division et n'ont aucun mouvement spon- DÉCOMPOSITION DES MATIÈRES ORGANIQUES. 229 lané. Quand les cellules nées d'une parlition restent accolées, on a un Diplococcîis. Elles peuvent se séparer ou rester unies .en consti- tuant ce qui a été désigné plus haut sous les noms deSlreptococcits, • Slaphylococcus, Zooglée et Sarcine. La zooglée s'appelle Ascococcus quand la gelée inlercellulaire est très ferme et que la niasse apparaît cartilagineuse et coriime con- densée. On la nomme Clalhrocyslis dans le cas où le mucilage se dissout dans la masse et où il ne reste plus qu'une couche extérieure entourant un espace rempli par la solution. Micrococcus auranliacus , Gohn {Baclendiumauranliacum, ScnRÔ- ter). Cellules rondes, incolores, fortement réfringentes, de 1,2- 1 ,4 p.. Dans la solution nutritive de Goim forme à la surface un voile jaune d'or épais de 2-3 millimètres. Pigment soluble dans l'eau. Par modification des couches externes de la membrane, il se produit une matière intercellulaire mucilagineuse englobant les cellules (zooglée). Immobile. — N. 1. g. — P. c. Micrococcus candicaiis, Flûgge. Cellules rondes, assez grosses, associées en masses irrégulicres de 0""",4-0'"'",5. Immobile. — N. 1. g. — N. p. c. Micrococcus candidus , Cohn. Cellules globuleuses, fortement réfringentes, de 0,5-0,6 p.. Forme des diplococcus, des tétrades et des zooglées. Immobile. — N. l. g. Micrococcus cereus albus, Passet. Coccus de 1,2 p. isolés ou en amas, parfois rangés aussi en chaînes courtes. Immobile. — N. 1. g. — N. p. c. Micrococcus ciiuiabareus, Flûgge. Grands coccus sphériques, sojvent en forme de diplococcus et de tétrades. — N. l. g. — P. c. Micrococcus fer vida sus, Adametz-Wichmann. Coccus petits, ronds, de 0,6 p., rangés en partie en diplococcus, en partie en petits amas. Immobile. — N. 1. g. — N. p. c. Micrococcus jlavus desidens, Flïjgge. Petits coccus, le plus sou- vent en diplococcus, mais aussi en amas triangulaire ou en courts cl.apelets. Immobile. — L. g. — P. c. Micrococcus flavus Uquefaciens, Flûgge. Coccus assez gros, asso- ciés le plus souvent par deux ou trois, ou en amas. Sans mouvement. — L. g. — P. c. 230 , ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Micrococcus luleiis, GonN {Bacteridmm luleum, Sciirôter). Coc- cus elliptiques, fortement réfringents, tantôt isolés, tantôt en diplo- coccus. Longueur : 1,0-1,2 jj.. Largeur : 0,8-0,9 [j.. Le pigment jaune sécrété est insoluble dans l'eau. Forme des zooglées. Immo- bile. — N. 1. g. — P. c. •••* {; Micrococcus, rouge, Masciiek. — N. 1. g. — \ à* : * p. c. y î • Micrococcus ureœ, Pasteur, Van Tieghem (fig. 15). *♦• ! Cellules rondes de 0,8-1,0 [x, souvent en diplococcus. Il ••,, tétrades et en chapelets assez longs, ne liquéfiant pas [6sfj la gélatine et se distinguant surtout par là du Micro- coccus ureœ liquefaciens, Plïtcge. Goccus globuleux FiG. 15. mcrococcxisurece ^jg \ <^f)J^ M isolés OU cu chaîiies de O-10 éléments (d'après Cohn). ' ' ' et aussi en groupes irréguliers. Micrococcus versicolor, Flligge. Goccus petits, réunis par deux ou en petits amas. — N. 1. g. — P. c. Diplococcus luteus, Adametz. Outre les diplococcus, on trouve des cellules isolées ovales de 1,2-1,3 [jl; cette espèce ne forme pas de tétrades, mais des chapelets de 6-8 cellules et »Bp^® ^e produit une couleur jaune et rouge-brun. Très ^\«^^ o«1» "i^l^'le. — L: g. — P. c. ^^^'^ e^^îf Sarcina lutea, Schrôter (fig. 16). Gellules (^ffû^ rondes de plus d'un jj., se divisant dans trois plans Fig. 16. perpendiculaires. Les cellules-filles restent acco- ^A, '!'"'f/"-* ^ lées et forment des colonies semblables à des pa- (a'apres Fj.ugge). ' quets portant les empreintes des liens ayant servi à les ficeler. Sécrète un pigment jaune. — L. g. b) Bacilles. Les bacilles ont la forme de bâtonnets au moins deux fois plus longs que larges. Ils passent en général par plusieurs des phases précédemment décrites et ne se présentent donc pas exclusivement sous la forme bacille, qui est cependant caractéristique pour eux en ce sens qu'ils proviennent originairement de cette forme et qu'ils y retournent. On observe chez les bacilles une phase de repos, dans DÉCOMPOSITION DES MATIÈRES ORGANIQUES. 231 laquelle ils se réunissent souvent en filamenls, amas ou zooglées, ou bien une phase de tourbillonnement qui n'a pas encore été constatée dans beaucoup d'espèces. BaciUus aceticus (fig. 17) [Bâcler iitm aceti, Kûtz]. Ferment acé- tique. Dans le cours de son développement, il présente des formes très différentes : 1° la forme micrococcus ; 2° la forme en bâtonnet court; 3° la forme en bâtonnet long ; 4" la forme en leptothrix, qui peuvent se trouver ensemble en zoo- çlées sous forme de voile (mère de vinaigre). Le dia- mètre transversal des coccus et des bâtonnets est d'envi- ron 1,5 [K. Ils ont une phase de tourbillonnement. Il est remarquable et presque ca- ractéristique pour celle es- pèce que les bâtonnets longs et les lilaments prennent sou- vent une forme irrégulière, cylindrique avec un gonfle- ment plus ou moins accen- tué. En même temps, généralement, la membrane s'épaissit un peu. Ce sont là, probablement, des formes d'iuvoluUon, mais il peut se faire qu'elles représentent des arlhrospores. BaciUus acidi lactici, Hueppe (fig. 18). Fer- ment lactique. Cellules courtes, épaisses, au moins de moitié plus longues que larges et généralement associées par deux, rarement par quatre. Longueur moyenne des bâtonnets, d'après Hueppe, 1-1,7 [j. ; diamètre transversal, 0,3-0,4 [k; mais il y a des bâtonnets de 2,8 [JL. Les bacilles n'ont pas de mouvement propre. La formii- lion des spores se constate facilement dans les solutions sucrées. Fia. 17. — BaciUus aeeticus (d'après Zopf). 1. État normal : a, en bâtonnets longs, courts et en coccus ; 6, en bâtonnets courts en train de se divi- ser; c, eu chaînes de coccus. — 2. Filaments avec cléments anormaux fortement renflés (formes d'in- volutiou). — 3. Amas de coccus. — 4. Amas de bâ- tonnets. \.y. »à Fig. 18. Bacilltia acidi lactici (d'après FIiÎJggb). 232 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. plus difficilement dans le lait. Elle se fait aux extrémités des cel- lules. Bacillus alhus, Eisenberg. Courts bâtonnets avec les extrémités tronquées. Mobile. — N. 1. g. — N.p. c. Bacillus amylobacler, Yan TiEGHEM. — y. B. bulyricus. Bacilles de Bienslock sur les fèces. Trouvés régulière- ment par Bienslock dans les fèces de l'bomme, semblables au B. subtilis parla grandeur et l'aspect, mais sans mou- -. lui ■» »v ,r.^ vement propre ; il v a deux m£- ^ W ^^ . i^lji f/r; 236 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Bacilhts ramosus {Bacille radici forme) . Bacilles courts, à bouts arrondis, environ trois fois aussi longs que larges, formant souvent des chaînes et des filaments. Peu mobiles. — /TJ^ ft^"* ^ L. g. — N. p. c. ^// 6 ^/f Bacillîis saproffenes I, Rosenbacii (fig. S^). ^ ^^y\/ Assez grands bacilles, formant une grosse spore \^}rW wVfr'^ à une extrémité. Bacillus scissiis, Frankland. Gros bâtonnets Fig. 24. _ ' _ Baeiuus aaprogenes immobilcs, dc graiidcur variable, semblables au (d'après FlUgge). B. procUgiosîis. — N. 1. g. — N. p. c. Bacillus slolonalus, Adametz-Wiciimann. Bâtonnets deux fois et demie aussi longs que larges, très mobiles. — N. 1. g. — N. p. c. Bacillus subtilis, Ehrenrerg (fig. 25 et 26). Bâtonnets cylindri- ques ayant jusqu'à 6 [j. de long, en moyenne trois fois aussi longs que Fig. 25. — Bacillna ntiltilis (d'après Brefeld). 1. Bâtonnets tourbillonnants ; a, isolés ; h, en liaison lâche ; c, avec une membrane de spore. — 2. Bâtonnets et filaments en végétation non tourbillonnants. larges. Dans certaines circonstances, les bâtonnets montrent un actif mouvement d'oscillation grâce aux cils qui se trouvent, soit à une, soit aux deux extrémités. L'accroissement et la division sont rapides ; on a observé un in- tervalle de 5/4 d'heure entre deux divisions consécutives à la tem- pérature de 21° et de 20 minutes à 35*. Très souvent il se forme des sortes de filaments qui tantôt laissent reconnaître nettement par leurs brisures en zigzags qu'ils sont formés de bâtonnets, tantôt ne se laissent pas résoudre. Les divers éléments d'un filament sont DÉCOMPOSITION DES MATIÈRES ORGANIQUES. 237 généralement à différents stades de croissance et de division et, par suite, de différentes longueurs. La production des spores est amenée par l'appauvrissement du substralum en matières nutritives. La multiplication et la division des bâtonnets cessent alors peu à peu; ils deviennent immobiles et, I A pOÇoJ FiG. 26. — Bacillus suhtilU (d'aprùs Brkfkld). 1. Formation des spores : a et c, dans les bâtonnets ; b, dans les filaments. — 2, Filaments en train de former des spores. Ou ne voit pas nettement les limites des bâtonnets. La formation des spores s'y fait isolément, elle n'est pas da tout simultanée. — :t. Spores mûres, vues : h, de côté; c, par le dessus ; a, avec des restes da bâtonnets encore adhérents. — 4. Germination d'une spore jusqu'à la formation d'un tllameut. au milieu ou à l'extrémité, il se forme une spore endogène, réfrin- gente, à contour sombre, qui s'isole par disparition progressive de la membrane du bâtonnet. Les spores ont 1,2 [x de long et 0,6 p. de large ; vues par le haut, elles paraissent rondes. A la germination des spores, la membrane se fend transversale- ment au milieu, mais sans se séparer entièrement; elle reste adhé- rente par un point. Le jeune bâtonnet sort verticalement de la fente suivant l'axe longitudinal de la spore. Pendant le développement du bâtonnet, même encore après qu'il a subi de multiples divisions , la 238 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. membrane de la spore vide l'este adhérente au bâtonnet et l'accom- pagne dans ses migrations. — L. g. — N. p. c. Bacillus terrigenus, Frank. Bacille de 0,6-1,8 [j. de long, for- mant des spores, souvent aussi des zooglées. Filaments de longueur variable et d'environ 1 ]x d'épaisseur. Immobile. — L. g. — N. p. c. Bacillus thermophilus (Mique[>). Bacillus ureœ, Leube. Gros bâtonnets à bouts arrondis d'environ 12 [). de long et i p. de large. Deux autres bacilles ayant également le pouvoir de transformer l'urée en carbonate d'ammoniaque ont en- core été trouvés par Leube. L'un consiste en gros bâtonnets ovales de 1,2-1,5 p. de long et 0,7-0,8 p. de large; l'autre, aux extrémités coupées à angle aigu, avait l,^-!,^ p. de long et 0,0 p. de large. — N. 1. g. Bacillus ureœ I, Burri (fig. 27). Bâtonnets ayant 0,75 p. de large et 10-25 p. de long. Dans les cultures jeunes on constate toujours un mouvement oscillatoire et serpentant. — L. g. — N. p. c. viQ. 2-. — Bacillus ureœ I BacUlus urcŒ II , BuRRi. Bàtonuets de 0,9- (d'après Burri). 1 p. d'épaisseur et 2,5-4 p. de longueur. Sans mouvement. Forme en certaines circonstances des spores. — N. 1. g. — N. p. c. Bacillus ureœ 111, Burri. Bâtonnets de 0,9-1 p. d'épaisseur, 2-5 p. de longueur. Jorme assez souvent de courts filaments comprenant jusqu'à 5 éléments. On ne peut constater la mobilité toujours et dans toutes les cultures. Elle est très nette pourtant dans les cultures de bouillon et urée. Produit dans certaines conditions des spores variant de la forme globuleuse à la forme ellipsoïdale. — L. g. — N. p. c. Bacillus viridis pallescens, Frick. Bâtonnets de 2-3 p de long avec un diamètre 3-4 fois moindre, très mobile. Souvent en fila- ments. — N. 1. g. — P. c. Bacille blanc, Eisenberg. (Voir B. albus.) Bacterium aerogenes, Miller. Courts bâtonnets mobiles, isolés ou par paires. — N. L g. — N. p. c. Bacterium du sol I, Adametz {Bodenbaclerium 1). Bâtonnets de 0,6-0,8 p. de large et de 1,2-1,4 p. de long, généralement accolés DÉCOMPOSITION DES MATIÈRES ORGANIQUES. 239 par deux. On n'y a pas observé de filaments. Faible mouvement. Formation de zooglécs et d'une coloration bleu-vert fluorescente, — N. I. g. — P. c. Bacteriîim du sol II, Adametz {Bodenh acier lum II). Courts bacilles à bouts tronqués, souvent accolés par 2-8 cellules , sans mouvement propre. Longueur: i,2 [j.; largeur: 0,8 {j. en moyenne. — N. 1. g. — N. p. c. Baderium coli commune, Esciiericii. Courts bâtonnets légère- ment courbés de 1-5 |jl de long et 0,3-0,4 jj. de large. En symbiose avec le BaciUus denilrificans I, il décompose nitrates et nitrites en dégageant de '»>%, J^ k I l'azote. — N. 1. g. — P. c. ffj-oj FiG. 28. l-arterium Lineola (d'après Cohn). Forme mobile. Baderium liiido/um, Fodor. J5ac/eri«m Lmeo/a (fig. 28). Cellules cylindriques, très réfringentes, un peu arrondies aux bouts, ayant 3-4 p. de long et i,2-l,5 p. de large. Outre les ba- cilles isolés, on trouve souvent des diplobacilles. On n'a pas cons laté la forme en filaments. Le contenu des cellules est fine- ment granuleux. D'après Gohn, cette granulation est provo- quée par le dépôt de subs- tances grasses dans l'intérieur des cellules. Le mouvement des bâtonnets est extrême- ment vif. Baderium merismopedio i- des, ZoPF (fig. 29). Cet orga- nisme forme des filaments d'épaisseur variable (1-1,5 p.) qui se démembrent en bâton- nets longs, puis en courts et enfin en coccus. Ceux-ci de- viennent libres par arrondis- sement réciproque et tourbil- lonnent vivement. Arrivés à ^fe ^-^Q^^ feo oea oÔqS 30 .- — FlG. 29. Uacteriuta merismop'^dioide.s (d'après Zopf). 1. Filament montrant en même temps des bâtonnets lon^s, courts et dos coccus. — 2. Filament entiè- rement divisé en coccus. — 3. Filainont dont les coecus sont dérani,'è.s ot isolés. — 4. Ces coccus iso- lés réunis on une masse irrégulièro. — 5-9. Phases successives de la formation des colonies tabulaires. — 10. Colonie de grandeur moyenne comprenant 32 tétrades (groupes de 4 cellules). 240 ANNALES DE LA SCIENCE AGnONOMIQUE. la phase de repos, ils engendrent à la surface de l'eau, par divisions successives dans un plan, des amas qui forment un voile superficiel et, plus lard, par division dans deux directions, les colonies tabu- laires si caractéristiques composées de 64 x 64 cellules. Leur mem- brane se gélifie avec le temps. Quand les colonies deviennent plus épaisses, les couches gélati- neuses se fusionnent et il naît une zooglée continue tabulaire qui forme un voile mince, se maintenant toujours à la surface de l'eau. Dans des conditions d'alimentation appropriées, les coccus essaiment . de ces zooglées tabulaires et %• ojêI \ se développent de nouveau f^M««^ • \^ ^ i *^" bâtonnets et filaments. ^^ <»«' ■ "-x? '^ On n'y connaît pas de spores Nitrohacléries de Wino- gradsky (Bactéries de la ni- trification.) Nilrosomonas eiiropœa (fig. 30). Dans une terre de Zurich. Cellules ovales ou p,e 30 ellipsoïdes de 1,2-1,8 [j. de miro,omonaseHropœa,AeU terre de Zurich j jj„. g^ 0,9-1 U. dC large. , „. . „. . , . ... „ . Quand l'accroissement est 1. Microbes cultives en solutiou minérale. — 2. Mi- ^"" crobes en tourbillonnement. - 3-5. Zooglées. - rauldc, ICS CellulCS SOUt dIuS 1, 2, 3, u, grossis 1,0U0 fois; 4, grossi 125 fois. ' ' rondes; elles sont plus allon- gées quand la croissance est lente. Elles sont isolées ou groupées. Les cellules isolées sont munies d'un petit cil enroulé en spirale sur un tour et demi et se meuvent vivement. Il y a des zooglées. Toute influence défavorable pousse à la formation des zooglées (forme immobile); toute modification utile à l'organisme favorise la pro- duction des formes mobiles. On ne connaît pas de spores. Dans la terre de Gennevilliers, les organismes ne différaient de ceux de Zurich que par l'aspect quelque peu différent des colo- nies. Dans la terre de Kasan, ils étaient absolument semblables à ceux de Zurich, mais leur taille réduite de moitié ou des deux tiers et ils DÉCOMPOSITION DES MATIÈRES ORGANIQUES. 241 sont considérés par Winogradsky comme une variété de ceux de Zurich. Dans la terre de Tokio (Japon), on n'obtint qu'une espèce à peine distincte de celle d'I*]urope. Dans la terre d'Afrique (quatre essais), Winogradsky a trouvé un organisme qui ne doit être considéré que comme une variété de celui d'Europe. Nitrosotn onas javanensis (fig. 31) provenant d'un échan- tillon de sol de Buitenzorg (Java). Cellules de 0,5-0,6 \k seulement de diamètre avec cil ayant jusqu'à 30 [x de long. Malgré la longueur du cil, les cellules ne sont pas très mo- biles. Même dans la phase de tour- billonnement, toutes les cel- lules ne sont pas isolées, mais groupées. Colonies compactes se désagrégeant tantôt en très petits miorococcus par dif- fluence, tantôt en colonies plus petites. Nilrosococciis. Genre comprenant les organismes du Nouveau- Monde. Semblable aux espèces précédentes. D'une terre de Quito Winogradsky a isolé un très gros coccus de 1,5- 1,7 p. de diamètre. Nilrobactérie (fig. 32). Genre comprenant les organismes qui transforment par oxydation l'acide nitreux en acide nitrique. La figure 32 représente la nitrobactérie, provenant de la terre de Quito, que Winogradsky a élevée en solution nitratée. Bacterium tcrmo , Eeirenoerg (fig. 33). D'abord considéré comme ferment de la putréfaction et ainsi décrit : Courts bâtonnets arrondis aux bouts, de 1,2-1,5 p. de long et 0,5-0,7 [j. de ANX. SCIENCE AGROX. — 2® SÉRIK. — 1899. — I. IG ffOOOJ Pra. 31. Kitrosomonas Javanensi3, de la terre de Java (d'après Winogradsky). 1. Microbes d'une solution uitritiante. — 2. Mi- crobes en tourbillonnement. — 3. Zooglée eu train de se dissocier. t'iaooj ^ Fig. 32. Xitrobaetérie (d'après Wisogradsky). . f f r ^ V - / (Ss-oJ FiG. 33. Bacterittm termo (d'après Cohn). Forme mobile. 242 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. large, isolés ou par couples, formant des amas irréguliers, ou bien rangés en ligne, ou bien encore en grosses zooglées globuleuses en grappes. Vif mouvement propre chez les individus isolés et jumelles. Aujourd'hui, la désignation de Baclerium termo ne doit plus être considérée que comme une appellation générale applicable à un ensemble variable de formes diverses ; il faut la laisser de côté, parce que la description s'adapte à une grande quantité de bactéries déjà connues (Flïigge). Baclerium Zopfii, Kurth. Coccus, bâtonnets fila- ments, ces derniers formant des pelotons spirales. Les bâtonnets une fois séparés de leur association tourbillonnent. Chaque bâtonnet se partage ensuite en deux coccus qui restent généralement accolés. Zooglées globuleuses, souvent rangées en collier de perles. — N. 1. g. — N. p. c. Baclerium Zûrnianum, List. Courts bâlonnetsimmobiles effi- lés aux extrémités, larges de 0,0-0,8 p. et longs de 0,2-1,5. — N. 1. g. — N. p. c. Clostridiumbulyricum,Y*RAz- MOWSKY. (V. Bacillus hulyri- cus.) Proleus mirabilis, Hauser (fig. 34). Bâtonnets de 0,6 p. de largeur et de longueur très va- riable, tantôt presque ronds, tantôt ayant 2-3,75 p. de long. Zooglées contournées d'une fa- çon particulière. Souvent il y a des formes d'involution en grands éléments globuleux ou piriformes. — L. g. Proleus vulgaris, Hauser (fig. 35). Bâtonnets de 0,6 p. de large Fia. 34. Proleus mirabilis (d'après Ha.dskr). Forme zooglée (95). DÉCOMPOSITION DES MATIÈRES ORGANIQUES. 243 avec longueur variable. Suivant les conditions de nutrition, les bâ- tonnets sont courts et presque spliériques ou ont 1,25 [j, et jusqu'à 3,75 \K de long, ou forment des filaments, parfois serpentiformes ou spirales. Beaucoup de bâtonnets se meuvent activement; quelques- uns montrent des cils. Il y a des zooglées, souvent aussi des formes d'involution sous l'aspect de grands éléments généralement globu- leux. — L. g. FiG. 35. — ProteuK vulgaris (d'après Hausek). Ilots tourbillonnants (285). Proteus Zenkeri, IIauser. Cellules de 0,4 p. de large et 1,65 p. de longueur moyenne, à forme tantôt plus ronde, tantôt plus allongée. Filaments d'où essaiment des bâtonnets. Ilols mobiles formés de bâtonnets et de filaments. Zooglées contournées d'une façon parti- culière. — N. l. g, c) Spirilles. On range ici tous les bacilles en forme de filaments courbés et contournés en spirale qui, en se multipliant par division, pro- duisent de nouvelles spirales et qui, généralement mobiles, se réu- nissent en essaims. Parmi les espèces qui appartiennent à ce groupe, un petit nombre seulertient est intéressant au point de vue agronomique. Spirillmn Bugula (fig. 36) [Vibrio Rugula, Muller]. Bâtonnets grêles, faiblement spirales de 6-8 \k de long et 0,5-2,5 p. de large 244 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. qui ont la faculté de se mouvoir et, quand le mouvement a cessé, s'accroissent en bâtonnets courbés en arc. Puis ces bâtonnets se renflent ; leur contenu devient plus dense et à une extrémité on voit un renflement globuleux où, par contraction, se forme une spore sphérique. — L. g. SpiriUum serpens {Vibvio serpcns) [fig. 37]. Bâtonnets grêles (0,8-1,1 p. de large sur 11-20 ij. de long) avec 3-4 spires 1res mobiles, parfois alignés, mais souvent en gros essaims. SpiriUum Undula (fig. 37). Filaments de 1,1-1,4 [j. de large {1010J Fia. 3G. — SpiriUum Rii^ula (d'après Pkazmowsky). 1. Filaments. — 2. Bâtonnets faiblement courbés. — 3. Bâtonnets gonfli^s se préparant à former des spores. — 4. Bâtonnet élargi en tète à un pôle avant la formation des spores. — 5. Diffé- rentes phases de la formation des spores. fSroj Fig. 37. 1. SpiriUum serpens. 2. SpiriUum Undula (d'après Flugge). 3. SpiriUum volutans (d'après Cohs). sur 8-12 p. de vif et pourvus Fig. .38. Spirochœte plicatilis (d'après FlUggk). long, avec 1,5 à 3 spires, ayant un mouvement très de cils aux deux exlrémilés. SpiriUum volutans (fig. 37). Les filaments ciliés, à 2,5-3,5 spires, ayant 1,5-2 p. d'épaisseur sur 20- 30 [j. de longueur, sont tantôt mobiles, tantôt immo- biles. Spirochœle plicatilis (fig. 38). Filaments grêles à spires étroites et nombreuses, longs de 110-225 p., à mouvements très rapides. DÉCOMPOSITION DES MATIÈRES ORGANIQUES. 245 (1) Schizomjjcèles à formes végétalives variables^ A ce groupe apparliennenl quelques espèces a(|ualiques, étudiées dernièrement par Zopf, qui montrent un cycle de formes très variées, se présentant sous l'aspect de micrococcus, de bacilles et aussi de spirilles. Crenolhrix Kùhnlana, Rabenhorst (fig. 39). Ses coccus sont des sphères de 1-6 ]x de diamètre. Ils se multiplient par bipartitions suc- cessives et se réunissent alors en zooglées qui, de microscopiques qu'elles sont d'abord, s'accroissent jusqu'à plus de 1 centimètre et peuvent s'agglomérer dans les eaux en masses gélatineuses à un pied de'profondeur. D'abord incolore, le mucilage, par dépôt d'hy- droxyde de fer, peut prendre une couleur allant du rouge-brique au brun noir. Cultivés dans l'eau stagnante, les coccus s'accroissent en bâtonnets et en filaments qui ont une épaisseur inégale et pré- sentent une gaine gélatineuse continue et solide, mais mince avec les mêmes dépôts ferrugineux que l'enveloppe gélatineuse des zooglées. A l'intérieur de la gaine, par divisions transversales successives, les bâtonnets passent à une forme à peu près isodiamétrique et s'arrondissent. Dans les filaments plus larges, les cellules alignées prennent souvent l'aspect de disques plats et se divisent par des parois dirigées suivant l'axe du filament en 2-4 petites cellules qui se dégagent finalement de leur gaine à l'état de coccus, tout comme celles des filaments grêles, en partie par gélification de la membrane sur toute sa longueur, en partie par ouverture de la gaine à son extrémité. Dans ce dernier cas, les coccus glissent d'eux-mêmes par l'ouverture et sont aidés par la poussée qu'ils reçoivent des autres éléments encore engainés et qui s'allongent. Les coccus peuvent, mais c'est assez rare, passer par une phase de mobilité pour revenir à la forme immobile de zooglée. Ce sont ceux qui s'allongent de nouveau en bâtonnets et filaments comme il a été décrit. Les fila- 1. Ce sont les bactéries arthrospores de de Baby. 246 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. menls dont il a été question jusqu'ici sont assez droits. Outre ceux-là, il y en a d'autres contournés en spirilles qui peuvent aussi se séparer en leurs éléments, mais sans passer par une phase mobile, d'après les observations faites jusqu'aujourd'hui (de Bary). YiG. oU. — Crenothrix Kilhniana (d'après Zopf). a-e, coccus ou spores ; c-e, en train de se diviser ; /,amas de coccus (zooglées) relit-s par du mucilage marqué sur la fi^'ure par le contour ombré ; h, amas de coccus s'allongeant en filaments ; i-r, fila- ments do diverses tailles et formes s'api)uyant à la base sur un substratum ; m-r monti-ent la formation de la gaine commune autour de chaque élément; q ri n se dissocient à la partie su- pOrieure eu leurs éléments; r montre dos cellules devenant progressivement vers le haut plus larges et plus courtes et finissant par se diviser par partition longitudinale en spores rondes (coccus) qui se dégagent de la gaine ((500) ; g, zooglée de coccus. Grandeur naturelle. DÉCOMPOSITION DES MATIÈRES ORGANIQUES. 247 Be(^glatoaalba,\xvcu. (fig. 40 el 41), forme des filaments qui, s'ils Fjg. 10. — Beggiatoa (ilha (^d'&pvès Zopf). . Groupe de filaments fixés. — 2-5. Filaments de diverses épais.seurs. — 5. En train de ise frag- menter. Les petits cercles à l'intérieur des cellules représentent des grains de soufre : là où ils abondent on no voit pas bien la division transversale, mais ailleurs elle est nette. — C-8. Frag- ments de filaments riches en soufre montrant nettement les cloisons transversales après l'action ftu violet de méthyle. En 8 on voit aussi la division longitudinale de quelques éléments (forma- tion des spores). — 9. Filaments se désagré','eant en spores. — • 10. Spores mobiles; les petits cercles qu'elle» renferment sont des grains de soufre (1 est grossi j40 fois, a-lOOOO fois). 248 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. sont intacts, se dressent verticalement sur des objets solides. Leur largeur est très variable ; elle oscille entre 1 (x et 5 [j.. Ils consistent en une seule rangée de cellules dont le protoplasma contient en proportions variables de petits grains de soufre très réfringents dus FiG. 41. — Beggiatoa alba (d'après Zopf). Formes contournées et spiralées. A. Groupe de filaments fixés. — B-H. Filaments spirales. — C, D, F-H. Eu état plus avancé de fragmentation et immobile. — H. Chaque cellule est nettement distincte. — E. Fragment en mouvement (Spirille) avec un cil à chaque extrémité. Les grains de soufre sont représentés comme dans la figure 40 (540). à la destruction du sulfate par la plante. Avec un très fort taux de soufre il est diflîcile de distinguer les cloisons. Les filaments se sé- parent facilement en fragments par rupture transversale. Leurs élé- ments passent successivement de la forme étirée en bâtonnet à la forme isodiamétrique et, en outre, dans les filaments plus larges, à DÉCOMPOSITION DES MATIÈRES ORGANIQUES. 249 la forme de disques plats qui se partagent finalement par des cloisons longitudinales en 4 quadrants (fig-. 40, 6-8). Ceux-ci, de même que les éléments isodiamélriques des filaments minces, s'isolent à la fin (9) en s'arrondissant, entrent en actif mouvement (10), puis passent à l'état de repos en se fixant sur des objets solides. Ils se multiplient rapidement par biparlilion et forment des zooglées en masses irré- gulières. Us peuvent plus tard croître en bâtonnets et ceux-ci peuvent donner de nouveau les filaments décrits, après avoir assez souvent passé par une phase de tourbillonnement (de Bary). Outre les filaments droits considérés jusqu'ici, Zopf en a observé d'autres contournés en spirale. Les filaments prennent la forme spiralée, soit au bout, soit en divers points, soit sur tout le parcours (fig. 41, A-G). Les fragments spirales devenus libres par rupture acquièrent, dans certaines circonstances, la faculté de tourbillonner. Leur mouvement est provoqué par des cils; ils en ont un à chaque pôle. Les fragments droits ou spirales qui ne sont pas en train de tourbillonner montrent une grande flexibilité et des mouvements de reptation. Les filaments flexibles ont des courbures très énergiques, souvent entrelacées et ont fréquemment la forme de délicates tresses de cheveux (Spirulines) [W. Zopf]. Beggiatoa roseo-persicina, Zopf {Clalh.ro cystis roseo-persiçino , Cohn), présente les mêmes formes que B. alba, c'est-à-dire des coccus, des bâtonnets, des filaments et des spirilles. Les filaments ne diffèrent de ceux de B. alba que parleur couleur rouge (bactério-purpurine). Les coccus sphériques formés dans les filaments se développent par biparlitions successives en zooglées ayant les formes les plus variées. Les colonies semblent tantôt peu, tantôt très mucilagineuses. Dans les eaux ferrugineuses, les gaines de mucilage sont souvent colorées en jaune par l'hydroxyde de fer. Les coccus s'allongent, dans les colonies, sous certaines conditions, en bâtonnets qui prennent assez souvent la forme de vibrion. Coccus et bâtonnets peuvent entrer en tourbillonnement après la diffïuence de la gaine mucilugineuse. Les bâtonnels plus courts s'allongent et forment, en s'alignant les uns près des autres, des filaments qui, comme chez B. alba, peuvent montrer une conformation spiralée partielle ou totale. 250 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Cladothrix dicfwloma, Cohn (fig. 42), forme sur les subslances ^ solides des lapis hauls de 'i''i'n-3"""^ sinon des amas floconneux nageants. Les filaments, sim- ples d'abord, se ramifient; une cellule du fila- ment produit une petite hernie qui est l'indice du rameau latéral ; le bourgeon grandit et donne un court filament cylindrique de même largeur que le filament-mère et qui lui reste d'abord exactement perpendiculaire. En gran- dissant, ces filaments se cloisonnent transver- salement (fig. 42) et se rapprochent presque toujours du filament-mère. Comme ceux du Crenothrix ils contiennent des dépôts d'oxyde de fer et ont la couleur qui les caractérise. Les accumulations de vase ocreuse qu'on ren- contre souvent dans les sources et les eaux ferrugineuses et dont les éléments filamenteux sont connus sous l'ancien nom de Leplolhrix ochracea, Kijtzing, sont formées, d'après Zopf, par le Cladothrix ferrugineux. Les filaments se multiplient tantôt par des fragments qui s'accroissent ensuite et qui pré- sentent des bâtonnets d'autant plus courts qu'il , . . . ^, ^, , . sont eux-mêmes plus petits, tantôt par des a, extrémité d'un filament vi- r r ' i vant. II a végété d'abord sporcs OU dcs coccus, c'est-à-dirc des cellules dans la directiou r-p. Par courbure latérale et crois- courtcs et arroudics qui se séparent de la gaine sance ultérieure divergente n • i des éléments sont nées les ct S allongent cu iilaments. Leux-ci ou leurs branches nn. A leur som- , , i- i i met la structure en cellules l'omeaux pcuveut prcudrc , au licu de leur nlï^nèttèmeut' que'^'ous' fo^me habituelle assez droite, une forme spi- 'iSj^lS^fi^:;:;:.;; r^lée avec spires plus ou moins étroites et cloisonnement distinct et asccudantes ct ccUes-ci pcuveut, après uu clol- gaine ; celle-ci est vide dans ' ' ^ la moitié supérieure, où l'on sonncmeut trausversal, se fragmenter. Tous ne voit qu'une cellule (600). _ ces fragments, quelles que soient leur forme et leur longueur, ainsi que les spores rondes et les coccus, jouissent assez souvent d'un mouvement propre, les fragments longs rampant et glissant lentement, les fragments courts tourbillonnant activement. Fig. d2. Cladothrix dichotoma (d'après de Baky). DÉCOMPOSITION DES MATIÈRES ORGANIQUES. 251 Filaments, bâtonnets, spirilles et coccus peuvent finalement rester mélangés ou se réunir, par sortes de formes, à l'aide de mucilage, en zooglées qui prennent souvent l'aspect de belles ramifications en buisson. Les formes courtes peuvent à nouveau se dégager delazoo- glée à l'étal mobile, puis croître en filaments ; pour les spirilles, cette phase ne paraît pas avoir été observée directement (de Bary). Outre les espèces décrites, il y a toute une série de bactéries pa- thogènes qui semblent participer de même, suivant les circonstances, surtout dans le sol, aux processus de décomposition. V. — REPARTITION DES MICROORGANISMES Ce qui montre l'extraordinaire diffusion à la surface du globe des organismes qui interviennent dans la décomposition des matières organiques, c'est que partout les débris animaux et végétaux sont soumis à la décomposition qui, ainsi qu'on l'a vu, ne peut se pro- duire sans le concours de ces organismes. Leur pullulation dépend essentiellement et des conditions qui leur sont offertes et de leurs exigences biologiques. Il n'est donc pas surprenant que, suivant Jes localités, non seulement le nombre des organismes soit très difïé- rent, mais encore qu'ils soient représentés par des formes tout autres. Car les divers organismes résistent très inégalement aux conditions défavorables de végétation (dessiccation, températures élevées, ap- pauvrissement du substratum) et, d'autre part, dans certaines cir- constances ils peuvent subir un transport plus ou moins lointain comme, par exemple, par les courants aériens ou fluviaux, les ani- maux, etc. De telles conditions jointes à l'extraordinaire puissance de reproduction des organismes inférieurs expliquent qu'ils se ren- contrent tantôt en nombre immense, tantôt réduits à quelques indi- vidus, ou même qu'ils manquent totalement. L'entrée en jeu des phénomènes de décomposition liés à la pi-é- sence d'espèces déterminées ne dépend pourtant pas du nombre des organismes, parce que, même au cas où il n'y en aurait qu'un seul, sa multiplication rapide peut produire très vite un nombre d'orga- nismes suffisant pour une manifestation intense du processus. 252 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. A un point de vue plus spécial, les recherches faites sur la diffusion des organismes non pathogènes, les plus intéressants à considérer ici, ont conduit à des résultats importants pour la solution de diffé- rentes questions décisives ; ils vont être brièvement résumés ci- dessous. 1. Les mîcroorganismes de l'air. Parmi les travaux ayant trait à la détermination des germes exis- tant dans l'air, ceux de P. Miquel ' méritent incontestablement la première place à cause de leur étendue et de la méthode rigoureu- sement scientifique qui y a présidé. Les recherches ont été faites principalement dans le parc de Montsouris, quelques-unes en divers points à l'intérieur de Paris. Le nombre des bactéries dans un centimètre cube d'air a été, pour une moyenne de 10 années : Parc de Montsouris (hors de la ville) 300 Place Saiiit-Gervais (intérieur de la ville) 5,'I15 Les écarts des moyennes pour chaque mois présentent une cer- taine régularité comme on le voit par le tableau ci-dessous : NOMBRE DB BAOTÉRIES par centimèti'e cube d'air (moyenne de 10 ans). Parc Place de Montsouris. Saint-Gervais. Janvier 18.-) 3 074 Février 160 3 648 Mars 19o 4 116 Avril 305 4 456 Mai 310 5 874 Juin 335 6 741 Juillet 535 8 OOG Août 555 8 256 Septembre 409 7 475 Octobre 240 5 245 Novembre 190 4 639 Décembre 155 3 816 Moyenne de Tannée . 300 5 445 1. P. MiQiEL, Les Organismes vivants de l'almosphère. Paris, 1883, Gauthier- Villars. — En outre : Annuaire de l Observatoire de Montsouris. Les Microorga- nismes de l'air, par P. Miquel. Traduit par E. Emmerich. .Munich, 1889, M. Rieger, DÉCOMPOSITrON DES MATIÈRES ORGANIQUES. 253 C'est donc en août que l'air sérail le plus riche en bactéries; le minimum tomberait en décembre et janvier. En comparant les di- verses saisons, on voit que l'atmosphère renferme une bien plus grande quantité de bactéries dans les saisons chaudes que dans les saisons froides. Les taux de mucorinées bien plus rares dans l'air que les bactéries sont soumis à des variations incomparablement plus faibles, comme le montre les chiffres suivants : TAUX MOYEN DB L'AIR EN ORGANISMES INPÉKIBUR.S par centimètre cube. Parc de Jlontsouris. Place Saint-frervais. Bactéries. Mucoi'inée.s. Bactéries. Mucorinées. Hiver 180 190 3 613 1420 Priatemps 315 145 5 691 1515 Été 500 2-25 7 912 2 090 Automne 195 255 4 5GG 1690 Pour Tannée. . . 300 205 5 445 1 680 De ces chiffres on peut conclure que : i° Les organismes existant dans l'air, en dehors des circonstance s accidentelles, consistent principalement en bactériacées et mucori- ^lées, les premières beaucoup plus nombreuses ; 2" L'air de la campagne (Montsouris) est sensiblement plus pauvre en microorganismes que l'air des villes (Paris) ; 3° La richesse de l'air en microorganismes est soumise (en pre- nant les moyennes) à des variations régulières ; elle est beaucoup plus grande dans les saisons chaudes que dans les saisons froides. Ces variations s'expliquent par ce fait que, toutes conditions égales, la multiphcation des organismes est réglée par la température ; elle progresse dans une proportion incomparablement plus forte aux tem- pératures élevées qu'aux températures basses et, dans le premier cas, il doit y avoir un bien plus grand nombre de germes dans l'atmosphère que dans le second. Ajoutons que pendant l'hiver le sol est générale- ment humide ou recouvert d'une couche de neige, ce qui rend plus difficile le passage des microorganismes dans l'air, tandis que pendant l'été le sol et les matières organiques en décomposition qui se trou- vent à sa surface sont fréquemment desséchés et à cet état n'oppo- sent qu'une faible résistance au transport des organismes dans l'air. Les variations régulières ci-dessus indiquées ne se présentent que 254 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. pour les moyennes déduites de périodes d'observation assez lon- gues; elles s'effacent plus ou moins, si l'on n'examine que de temps en temps, par suite de la prépondérance que prennent certaines influences extérieures et locales. Les alternatives de sécheresse et d'humidité sont tout d'abord de grande importance au point de vue de la quantité des organismes existant dans l'air et, d'une manière très générale, cette influence se précise, d'après les observations de Miquel, par ce fait^ que : 1° le nombre des bactéries aériennes, faible dans les périodes de pluie, s'élève considérablement quand, à la suite d'une période de sécheresse, toute l'humidité de la surface du sol a disparu ; 2" que les mucorinées présentent le phénomène contraire. Pour expliquer ces faits, Miquel montre que les bactéries adhèrent solidement aux milieux humides où elles se développent ; elles y adhèrent soit en vertu de la capillarité, soit par la formation de mucilage, si bien qu'elles ne peuvent plus être emportées par le vent, ce qui est pos- sible si le substratum se dessèche superficiellement. Si les mucori- nées se comportent tout différemment, c'est, pense Miquel, parce qu'elles ne fructifient activement à la surface des organismes qu'à la* faveur de l'humidité ; les spores peuvent se répandre d'autant plus abondamment et facilement dans l'air par les temps humides que les fructifications se développent à la surface , tandis que ces mucorinées meurent par la sécheresse ou ne s'accroissent que lentement. Quant à cette influence de la température et de l'humidité sur le nombre des organismes aériens, il est clair que ces deux facteurs exerceront des actions très différentes suivant leurs variations mu- tuelles. Voici, d'après Miquel, comment elles se caractérisent: BA.CTÉRIBS. SPORES DE MDCORtNEES. Jeunes. A'ieilles. ( Temps humide . Rares. Nombreuses. Rares. I Temps sec . . . Nombreuses. Rares. Très abondantes. j Temps humide . Rares. Rares. Rares. ( Temps sec . . . Très abondantes. Nulles. Très abondantes. Le vent possède aussi une influence dominante sur le taux de l'air 1. Les Organismes vivants, etc., p. 216 et p. GO. DÉCOMPOSITION DES MATIÈRES ORGANIQUES. 255 en microorganismes; sa violence est à considérer et aussi sa direction. Son action sur la quantité des bactéries est faible dans le cas où le sol et les matières organiques gisant à la surface sont humides; mais elle grandit dans la mesure où s'opère le dessèchement superficiel et, toutes circonstances égales, croît avec la force du vent. La direction du vent a de l'importance dans le cas où des localités voisines ont des taux différents de bactéries. Ainsi, les recherches faites à l'observatoire de Montsouris, situé en dehors et au sud de Paris, ont montré' que les vents soufflant de la campagne, donc ceux du sud, du sud-est et du sud-ouest, abaissaient sensiblement le taux des mi- crobes, tandis que ceux du nord qui avaient passé sur Paris augmen- taient ce taux, comme le montrent suffisamment les chiffres suivants: DIRECTION DES VEKTS. N. K.-O. O. ,S.-0. S. S.-K. E. N.-E iNombre de microbes par cen- ~" _____ ~^ '~~ timètre cube 124 108 77 5S 42 74 134 152 Cette influence de la direction des vents diffère évidemment sui- vant la situation réciproque des points que l'on étudie. Les microorganismes transportés par le vent se déposent en partie quand le vent tombe ; c'est un fait qui diminue dans une large mesure la teneur de l'air en organismes et qui se présente partout où des obstacles quelconques brisent la violence du vent. C'est, entre auti^es, le cas pour les forêts, qui diminuent cette violence à un très haut degré. Pour déterminer l'influence de la forêt sur la quantité de germes existant dans l'air, A. Serafini et J. Arata^ ont fait, dans un petit bois de la Villa Médicis, à Rome, des essais d'après la méthode de Strauss, en analysant tous les jours, du 6 mai au 8 juillet, l'air pris dans le massif à 30-40 mètres du bord et l'air pris au bord du bois. KOMBRE de microorganismes par centimètre cube. Hors bois. Sous bois. Mucorinées 2 G70 1 726 Bactéries liquéfiant la gélatine 4 914 4 786 Bactéries ne liquéfiant pas la gélatine ... 2 327 1 198 1. Les Organismes vivants, etc., p. 218. 2. liolletino délia H. Accademia niedica di Roma. Anno XVI, 1889-1890. Fasc. VllI. Roma, 1890. 256 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. En moyenne, l'air de la forêt était plus pauvre en microorganis- mes que l'air extérieur. Parfois, il est vrai, le nombre des bactéries et des mucorinées était plus grand sous bois, car il peut s'en former là ; mais, en général, c'était le contraire. Une seule fois, les trois catégories furent plus nombreuses en forêt; dans les 39 autres cas, toujours une ou deux catégories étaient plus nombreuses hors forêt; les bactéries non liquéfiantes le furent S28 fois, les bactéries liqué- fiantes 23 fois et les mucorinées 25 fois. Dans 8 prises d'essai, les trois groupes furent plus abondants hors forêt. Dans 3 dosages seu- lement on obtint le même nombre de germes pour les deux milieux. De tels résultats obtenus dans un milieu producteur lui-même de microorganismes, sont dus évidemment à ce que la forêt agit comme un filtre retenant une partie de ceux qui flottent dans l'air. Les au- teurs que nous venons de citer se croient autorisés à conclure que la forêt exerce une sorte de fUtration sur les organismes transportés par le vent. Ce résultat n'a rien d'étonnant si l'on réfléchit que les arbres pré- sentent de grands obstacles à la circulation des microbes et qu'ils brisent la violence du vent, si bien que les organismes sont forcés de tomber sur le sol. Ils y restent soit par manque d'une force nou- velle qui les enlève, soit fixés par l'humidité du sol. Il est probable que les différences seront d'autant plus grandes que les vents seront plus forts et les forêts plus épaisses. Quant à l'influence de la situation sur le nombre des organismes aériens, on a déjà dit qu'en général l'air est d'autant plus riche en germes que la décomposition des matières organiques est plus active, toutes circonstances égales, et l'on vient de montrer que, d'accord avec celte notion, l'air des villes est incomparablement plus riche que l'air des champs. L'air contenu dans des chambres closes et sur- tout habitées accuse encore des chiffres plus élevés. D'après Miquel', tandis que l'air de la rue de Rivoli contenait 3 480 germes (moyenne d'un trimestre), celui des chambres du laboratoire de Montsouris (1884) en renfermait 7420, celui des vieilles maisons de Paris (1881- 1882), 30 000, celui du nouvel Holel-Dieu, à Paris (1880), 40000, et 1. Annuaii'e de l'Observatoire de Monlsouris pour Tan 1885, p. 50i. DÉCOMPOSITION DES MATIÈRES ORGANIQUES. 257 celui de l'hôpital de la Pitié (1882), 79000. Le voisinage des égouls ne semble pas avoir beaucoup d'influence; on y trouve tantôt plus, tantôt moins de bactéries qu'en plein air. Ainsi, par exemple, Miquel a trouvé en 1891 * : TAUX MOYEN PAR CENTIMÈTRE COBB, Air des égouts. Air du centre de Paris. Bactéries. Mueorinées. Bactéries. Mucorinées. Hiver 4 085 1 835 5 730 2 525 Printemps 2 125 10 G15 9 235 3 515 Été 7 555 5 000 15 810 1835 Automne 5 015 1360 7 225 1840 Moyenne .... 4 845 4 705 9 375 2 430 On voit que l'air des égouts était plus pauvre en bactéries, mais, par contre, au printemps et en été, notablement plus riche en muco- rinées que l'air hbre. La moyenne annuelle donne presque la même proportion pour ces deux catégories dans l'air des égouts, tandis qu'à l'air libre les moisissures sont bien plus rares que les bactéries. L'air de la mer et des montagnes est d'une pureté extraordinaire. Les observations faites, à l'instigation de Miquel', à bord du Sé- négal, sur les côtes du Brésil, de l'Afrique, des îles Canaries et dans le golfe de Gascogne ont donné, pour un total de 112 855 litres d'air, 102 bactéries, ce qui correspond à un taux moyen d'un germe par centimètre cube. Au delà de 100 kilomètres des côtes, le taux tombe à 0,06 ; à des distances moindres, il est de 1,8. L'air des montagnes se rapproche de celui de la mer. Von Freu- DENREiCH% qui a examiné l'air des Alpes bernoises et italiennes à des altitudes de 2000-4000 mètres, a trouvé, dans les années 1883-1 884, une moyenne d'une bactérie par centimètre cube, tandis qu'à Berne l'air en contenait 3400. Ce fait semble montrer que le taux des ger- mes diminue avec l'altitude, comme l'ont aussi établi les recherches de Miquel ; l'air pris au sommet du Panthéon renfermait beaucoup moins de bactéries que celui du parc de Montsouris, Citons encore en terminant l'observation de Miquel, d'après la- quelle les bactéries aériennes sont soumises à des variations quoti- 1. Annnaire de l'Observatoire de Montsouris pour les années 1892-1893, p. 471. 2. Annuaire de V Observatoire de Montsouris pour Tan 188G, p. 547. 3. Annuaii-e de l'Observatoire de Montsouris pour Tau 1885, p 504. A.NN. SCIKN'GE AGUON. — 2® SÉKIE. — 1899. — I. 17 258 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. cliennes régulières qui passent par deux minima (2-3 heures du ma- lin el 2-3 heures du soir) et deux maxima (7-8 heures du matin et 8 heures du soir); on a démontré que ces variations sont soumises à des influences extérieures (météorologiques), à des circonstances locales et aussi à d'autres causes encore inconnues. Quant à la nature de ces organismes, on a reconnu que les trois groupes principaux distingués plus haut (Mucorinées, Levures, Schi- zomycètes) y étaient représentés, mais à des degrés divers. Ce sont les Levures ou Saccharomycètes' qui s'y trouvent le plus rarement; les Mucorinées (moisissures) et les Schizomycètes (Bactériacées) for- ment dans l'air la majeure partie de ces germe? qui participent à la décomposition des matières organiques ^ et, d'après les recherches de MiQUEL, les Schizomycètes sont plus abondants que les Mucorinées. Parmi les Mucorinées, les espèces ordinaires (Mîtcor, Pénicillium, Aspergillus, Oidium lactis, etc.) existent en assez grand nombre, représentées par leurs spores largement répandues. Parmi les cham- pignons se multipliant par bourgeonnement, qui existent partout mais en très petite quantité, les Saccharomycètes sont les plus rares, Monilia et Torula sont un peu plus abondants; ]e5 Succharomices ellipsoideus, S. glulinis, S. Pastoriamis, S. niycoderma, S. apicu- lalus se voient plus souvent que S. cerevisiœ. Les Schizomycètes sont représentés par les quatre groupes définis ci-dessus. D'après MiQUEL, les Micrococcus tiennent le premier rang, puis viennent les Bacilles, en troisième lieu les Spirilles et les Schizomycètes à formes variables sont extrêmement rares ou manquent. L'ordre de fréquence dans l'air est le suivant : Micrococcus urece, M.ureœ ligue- facieus, M. cinnahareus, M. flavus liquefaciens, M. jlavus desidens, M. versicolor, M. aurantiacus, Bacillus butyricus, B. subtilis, B. prodigiosus, B. ureœ, B. enjlhrosporus, B. fluorescens liquefaciens, B. luteus, B. mesentericus fuscus, B. mesentericus vulgalus, etc. Plus rarement, on trouve Bacillus aceli, B. acidi lactici. 1. E. G. llK'ssv.f^^ Mitthcilungen ans dem Carlsberger Laborato}'iu7n.¥A«:C.U^f. 1. Vienne, 1880. — G. Gïstel et 0'*=, Zeitxchrift fur dus gesammte Brauwesen. Neiie Folge. V* année, 1882, p. 208, 226 et 2^. 2. Il y a aussi dans Pair des spores de beaucoup d'autres cliauipiguons, des grains de pollen, etc. DÉCOMPOSITION DES MATIÈRES ORGANIQUES. 259 2. Les microorganismes des eaux. a) Les eaux météoriques. Les eaux météoriques sont toujours plus ou moins pourvues de Bactéries et de Mucorinées, comme le montrent clairement les re- cherches de MiQUEL ^ L'eau du parc de Montsouris contenait, par litre : MOIS. 1883. 1884. 1885. moyenne. Janvier » • 8 000 8 000 Février » 1 850 790 1 320 Mars » 3 830 2 000 2 920 Avril » 3 700 4 580 2 140 Mai » 2 480 2 400 2 440 Juin » 5 500 5 700 5 600 Juillet » » » » Août » » 8 300 8 300 Septembre » 6 980 4 560 5 770 Octobre 3 800 3 560 2 300 3 220 Novembre 1 000 5 500 » » Décembre 1 250 7 420 • » Moyenne annuelle. . 4 540 4 200 4 300 On voit qu'en somme les eaux de pluie étaient plus riches en bac- téries dans les saisons chaudes que dans les saisons froides. Les taux des microbes peuvent osciller entre 300 et 20 000 par litre, dans le cas oîi l'eau provient d'une averse abondante ayant purifié l'atmosphère. Dans la première eau recueillie à la suite d'un orage ou après une longue sécheresse, le nombre des bactéries est incom- parablement plus grand et peut s'élever à 200000 et plus par litre. Sur 100 microbes trouvés dans l'eau météorique, il y a, en moyenne, 60 micrococcus, 25 bacilles et 15 bactéries. Dans certains cas, les rapports sont très diflerents, comme le montrent les chiffres suivants : MICROCOCCCS. BACILLES. BACTÉRIES. TOTAL. 3 avril 55 35 10 100 4 avril 15 85 100 1. Loc. cit. 260 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE, Les spores des mucorinées vulgaires sont aussi très abondantes dans les eaux de pluie. Le nombre de ces germes est, en moyenne, de 4000 par litre, ce qui fait que la quantité de microorganismes vivants contenus dans un centimètre cube dépasse 8. D'après les chiffres précédents, les précipitations annuelles à Montsouris, où elles atteignent une hauteur de 600 miUimètres, apportent au sol, par mètre carré, plus de 4 500000 organismes. Ces observations démontrent que les précipitations atmosphéri- ques font baisser le taux des microbes aériens, exercent à ce point de vue sur l'air une action d'épuration et ramènent en partie au sol les germes que les vents et les courants aériens lui ont enlevés, surtout pendant les sécheresses. b) Eaux de sources et de rivières. Les eaux de sources, quand elles proviennent directement de nappes souterraines, doivent contenir, si on les compare aux eaux des ruisseaux, rivières, étangs, la plus faible proportion de micro- organismes. C'est ce qui arrive en effet ; cela tient à ce que les eaux qui s'enfoncent profondément sont dépouillées par le sol de la plus grande partie de leurs microbes et à ce que les couches pro- fondes du sol sont exemptes de germes. L'extraordinaire pouvoir d'épuration du sol est démontré par ce fait (constaté par Miquel) que l'eau de la Marne est privée du plus grand nombre de ses bac- téries quand on la recueille après filtration dans un drain (drain de Saint-Maur). Les chiffres suivants le prouvent : BACTÉRIES dans un centimètre cube. SAISONS. -^ — -^^ — -1 ^ -, Drain ^^^^"«- de St-Maur, Hiver 94 855 3 815 Printemps 35 605 1 905 Été 21 615 1 065 Automne 82 130 2 720 Moyenne annuelle 58 5jO 2 375 Les eaux provenant de la Vanne et de la Dhuis, désignées par Miquel comme eaux de source, emmagasinées dans les bassins de DÉCOMPOSITION DES MATIÈRES ORGANIQUES. 261 Montrouge et Ménilmontant pour rapprovisionnement de Paris, contiennent un taux très variable de microbes. La moyenne annuelle est de : BACTERIES dans un centimètre cube. Réservoir. Canal . . Vanne. 1 240 2 565 Dhuis. 2 900 3 615 Ce taux est considérablement plus élevé que celui des eaux mé- téoriques. Les eaux des fleuves sont cependant encore sensiblement plus riches, comme il résulte des observations suivantes de Miquel : BACTERIKS PAR CENTIMETRE CUBE. Seine. Marne A Ivry. Au pont d'Austerlitz. A Chaillot. à Saint-Maur. Oureq. Janvier 55 500 63 3i5 241 510 71 590 142 525 Février 90 590 111 515 249 075 103 125 113 865 Mars 78 230 96 870 220 425 109 845 98 310 Avril 09 260 61 410 110 100 40 835 57 125 Mai 37 310 60 280 91 020 45210 79 370 Juin 46 300 62 985 126 875 20 765 14 135 Juillet I8S10 34 900 92 750 36 150 19 090 Août 17 985 31 450 172 500 18 560 Il 375 Septembre .... 23 085 92 405 249 750 10 140 13 290 Octobre 24 450 50 245 258 875 27 440 54 395 -Novembre 45 575 05 440 158 750 126 700 135 025 Décembre. .... 1G5 125 150 170 153 875 92 250 179 G25 Moyenne annuelle. 56 185 73 500 177 625 58 550 76 545 Ces chiffi^es montrent que les eaux de fleuve ont une forte teneur en bactéries, qui s'accroît constamment par le passage à travers une grande ville (Seine d'Ivry à Chaillot), et aussi que cette teneur atteint son minimum en été et son maximum en hiver. c) Eaux d'égoul. Dans les eaux d'égout, le taux des bactéries s'élève dans une me- sure énorme. Ce taux a été déterminé par Miquel dans des échan- 262 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. lillons pris à la bouche des collecteurs de Saint-Ouen et de Glicliy à Paris. Le tableau suivant indique les résultats : BACTÉRIES PAR CENTIMÈTRE CUBE. SAISONS. I — -^ 1891. Année moyenne. Hiver 28 170 000 19 870 000 Printemps ..... 17330000 19330000 Été 25 170 000 10 035 000 Automne 17 670 000 9 220 000 Moyenne annuelle , 22 585 000 KJ 270 000 Sur 100 organismes il y a 40 micrococcus et bactéries et 20 ba- cilles. Malgré leur extraordinaire impureté , ces eaux sont très vile épurées quand elles traversent le sol ; car les eaux de drainage qui s'écoulent des champs d'épuration ne possèdent plus qu'un taux relativement très faible de bactéries. A Gennevilliers, Miquel a trouvé, par exemple, les chiffres sui- vants par centimètre cube d'eau de drainage à ASNIÈRES. ARGESTEUIIi. MOULIN DE GAGE. ÉPINAY. 5 830 38 170 8 170 20 500 L'examen de l'eau sale, noirâtre, nauséabonde qui s'écoulait d'une fosse remphe d'immondices a donné un taux moyen de 29 645000 microbes par centimètre cube. Quand cette eau est soumise, à l'usine de Bondy, à une tempéra- ture assez élevée, elle perd une notable partie de ses organismes ; leur nombre tombe, dans certaines circonstances, à 55020 par cen- timètre cube. Les bactéries les plus abondantes dans l'eau sont à peu près les suivantes ' : Micrococcus flavus Uquefaciens , Micrococcus flavus desidens, M. auranliacus, M. cinnabareus, M. luleus,M. versicolor, M. candi- cans, Diplococcus luieus et diverses autres espèces, Bacillus jluo- 1. Une liste des bactéries aquatiques se trouve dans J. Eisenberg, Bacteriolo- gische Liagnostik. Hamburg et Leipzig, 1891. L. Yoss, p. 22. DÉCOMPOSITION DES MATIÈRES ORGANIQUES. 263 rescens liquefaciens , B. sublilis, B. erythrosporus, B. jauthinus, B. mycoides. Beaucoup d'autres espèces s'y trouvent encore : Bac- terium Zàrnianum ; en outre : Crenolhrix, Cladolhrlx, Beggiatoa. d) Eaux marécageuses et stagnanles. Les eaux marécageuses et stagnantes renferment, entre autres, BacUlus hulyricus, Spirillum Biigida, S. serpens, S. Uiidula, S. vohUaus, Spirocliœte pUcatilis. 3. — Les microorganismes du sol. Les analyses microscopiques du sol ont montré que les couches supérieures étaient extraordinairement riches en microorganismes, notamment en hactéries. Ainsi dans un gramme d'un sol de pré jusqu'à 0'",20 de profondeur, M. Miquel * a trouvé en moyenne : BACTERIEg. Montsoiuis 700 OÙO ( Terre arrosée d'eau d'égout. . 870 000 Genncvilliers . . { ,^ , „«„^. I ferre non arrosée 900 000 Les haclériacées les plus abondantes sont des bacilles. D'après les recherches du même auteur, il y aurait, dans le sol cultivé, sur 100 bactériacées 90 bacilles. A la surface de l'humus, on trouva beaucoup de micrococcus. Ces résultats sont confirmés par des recherches de R. Kocu^ qui montra que, même en hiver, il y avait une très grande quantité d'organismes inférieurs dans divers échantillons de sols provenant soit d'endroits très peuplés (Berlin), soit de champs éloignés. Les bacilles y étaient aussi prédominants. Dans de la teire fraîche, on trouva, en outre, des micrococcus, mais en moindre quantité. Dans quelques cas pourtant, par exemple dans des sols pris sur des places recouvertes de tas de fumiers, les micrococcus étaient plus 1. Annuaire de l'Obseroaloire de Monlsouris pour l'an 1882. 2. Mitlheilungen aus don Kaiserl. Gesundheitsamle. I. Berlin, 1881, pp. 34-36, 264 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. nombreux que les bacilles et il y avait aussi des moisissures ; mais ce n'était qu'un accident. Dans les couches supérieures du sol des contrées habitées et partout où s'exerce la culture des champs et des jardins, les bacilles paraissent exister constamment en plus grande quantité. On les a trouvés aussi abondamment dans le jardin de l'école vétérinaire de Berlin que dans un cimetière abandonné ou dans des sols de jardins et de champs, loin de lieux densément habités. L. Adametz ^ a examiné, dans deux champs voisins, des échantil- lons de sols pris à la surface et à 20-25 centimètres de profondeur. Les deux couches présentèrent des levures et des mucorinées en quantité modérée et des bactéries au contraire en nombre immense. En employant l'appareil de Thomas pour compter les bactéries, on en a trouvé dans un gramme de terre les quantités suivantes: SUUFACE. -»■ 20-25 CEKTIMÈTBES de protondeur. Sol siliceux 3S0 000 460 000 Sol argileux 600 000 464 000 Le nombre des mucorinées ne s'élevait qu'à : SUBPACE *■ ^^'^^ CENTIMÈTRES de profondeur. Sol siliceux .... 50 40 Sol argileux .... 50 50 Les organismes appartenaient aux espèces suivantes : 1° 6 Mucorinées {Pénicillium ylaucum, Mucor mucedo, M. race- mosus, M. stolonifer, Aspergillus glaucus, Oïdium laclis) ; 2° 4 Levures (Saccharomyces ellipsoideus, S. cerevisiœ, S. glulinis, Monilia candida) et doux espèces nouvelles de cellules semblables aux levures : elles présentent le bourgeonnement et les vacuoles des levures, décomposent le sucre, mais ne donnent pas de mycélium comme les Mucorinées; 3° Parmi les Bactériacées : 4 Micrococcus {M. cnndidus, M. luteus, 1. Untersuchungen ûber die nicdcren Pilze der Ackerkrume. [Inaugural Disser- tation.) Leipzig, 1876. DÉCOMPOSITION DES MATIÈRES ORGANIQUES. 265 M. aurantiacus, DipJococciis liiteus), 4 Bacterium {B. n" 1, B. n" 2; B. Uneola, B. termo), 3 Bacillus {B. subtilis, B. n" 2, B. butyricus) et dans le genre Vibrio (Spirillum), le V. Bugula. En ce qui concerne la répartition des microorganismes dans le sol, R. KocH ^ était déjà arrivé à ce résultat que leur taux décrois- sait très vite avec la profondeur et qu'à 1 mètre un sol non remué est presque exempt de bactéries. Même au milieu de Berlin, sur des échantillons de sol pris dans une fouille pour fondation fraîchement creusée, Kogh n'a trouvé, à i mètre de profondeur, aucun bacille et seulement des colonies très rares de très petits micrococcus après ensemencement sur gélatine. Dans un 'cas, la terre provenait d'une nouvelle construction élevée dans la Phihppstrasse, au voisinage immédiat de la Panke, à 2 mètres de profondeur, niveau des eaux de la Panke, dont l'échantillon n'était distant que de 2 mètres à peine ; néanmoins il s'est montré extraordinairement pauvre en microorganismes. Les résultats des recherches plus approfondies exécutées par C. Fr/ENKel^ concordent avec l'observation de Kocn. Nous mention- nerons ici seulement les chiffres de sa première série d'essais. Sol des environs de Potsdam (1886-1887). PROFONDEUR. NOMBRE Dr . GERMES DANS tTN CENTIMÈTRE OUBE. 24 avril. 27 mai. 12 juiu. 9 juillet. 14 août. 4 sep- tembre. 2 octobre. 3 no- vembre. 16 mars. Surface . . » 150 000 110 000 » 300 000 95 000 130 000 55 000 80 000 0°',àO . . 70 000 200 000 90 000 » 240 000 65 000 100 000 75 000 85 000 O^JÔ . . 26 000 » » » 40 200 3 000 » 8 000 » 1™,00 . . 1 000 2 000 2 000 4 300 80 000 600 40 000 7 000 3 000 1",50 . . 200 15 000 2 000 400 500 700 600 200 300 2'°,00 . . » 2 000 GOO 300 400 » 700 100 200 2'",50 . . 250 500 700 » 100 » 150 » 150 3",00 . . 1) 3 000 100 » » 150 N 1 500 100 3™. 50 . . » » 800 » » 100 1400 50 700 '4'",00 . . » » 150 300 » » 600 » » 1 . Loc. cit. 2. Zeitschrift far Hygiène. Vol. II. Fasc. 3, 1887, pp. 52I-5S2. 266 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE, On voit nettement par ce tableau que les couches supérieures d'un sol vierge, non remué, sont pourvues très difïereniment de microorganisraes jusqu'à une profondeur variant de 0",75 à i",50, mais qu'à partir de ces limites il y a une diminution subite et géné- rale du taux des bactéries et les couches plus profondes, même celles qui appartiennent à la nappe souterraine, semblent pures de germes soit aérobies, soit anaérobies. Dans la deuxième série d'essais, Fr.enkel obtint les chiffres sui- vants : Sol de divers points habités de Berlin (1885-1886). PROFOXDBUK. NOMKRE DE GEItMES DANS UN CENTIMÈTRE CUBE. 20 juillet. 26 juillet. 7 août. 8 août. Irr no- vembre. 6 avril. 11 no- vembre. (Jardin). Surface 8 000 350 000 160 000 » 300 000 1) » 450 000' 0"',50 6 500 50 000 40 000 1) » u » 300 000 l'",00 45 000 800 10 000 35 000 1 000 100 000 80 000 150 000 r,50 3 500 u 1) 50 000 2 000 180 000 20 000 80 000 ■2'",00 ..... )i 750 6 000 15 000 3 500 65 000 49 000 200 000 9in -,0 » i> » 20 000 300 470 000 650 700 a", 00 » » 300 500 1000 34 000 600 100 s™, 50 » » » 150 750 M 3 000 » ■i"',00 » » » » » » 900 » Ici encore on constate une richesse extraordinaire des couches superficielles en microorganismes et la quantité des bactéries y est sensiblement plus grande que dans le sol vierge. Néanmoins, il y a ici aussi une dépression très nette à mesure qu'on s'enfonce plus profondément, déjà parfois à 1 mètre, mais le plus souvent à 1"',50 ou 2 mètres, dépression qui, procédant par larges bonds, conduit finalement à la disparition complète des microorganismes. Parmi les nombreux organismes des couches supérieures, il n'y a presque pas d'anaérobies. Bien que ces observations, vu leur petit nombre, ne puissent être érigées en loi générale, il faut reconnaître que le sol qui est com- pris depuis des siècles dans le cercle.de l'activité humaine, sur DÉCOMPOSITION DES MATIÈRES ORGANIQUES. 267 lequel ont vécu de longues suites de générations, qui, pendant ce temps, a dû recevoir tous les détritus de ses habitants, se comporte absolument comme un sol intact, c'est-à-dire que ses couches su- perficielles sont riches en microorganismes variés, les couches profondes (en y comprenant celles qui sont au niveau de la nappe aquifère) étant, par contre, pauvres en germes ou même n'en possé- dant pas. ■ Cette diminution et cette disparition des bactéries, même dans des sols habités, est attribuée par Fr/Enkel en partie à ce que le sol agit comme un filtre de sable qui ne laisse pénétrer les microorganismes qu'à de faibles profondeurs, en partie aussi à ce qu'il règne à ces profondeurs une température à laquelle beaucoup de bactéries ne se développent plus, comme l'ont montré des essais directs. Parmi les autres recherches bactériologiques, celles de P. Fûl- LES * sont particulièrement dignes d'intérêt, parce qu'elles s'éten- dent non seulement au nombre des organismes et à leur nature, mais aussi aux différents états du sol. 11 prit : 1" de la terre prove- nant d'un champ cultivé dont la croule de 50 centimètres d'épais- seur reposait sur une couche solide de quartz; 2" un sol pierreux de vignoble ; 3" un sol de forêt dont la couche supérieure, riche en humus, épaisse de 60 centimètres, reposait sur du gneiss; 4° un sol d'une prairie située le long d'un fleuve. Tous ces sols provenaient des environs de Fribourg-en-Brisgau. A titre de comparaison, on analysa aussi le sol du Rosskopf (739 mè- tres) et du Schauinsland (1 i286 mètres). Voici les espèces trouvées : I. Micrococcus ne liquéfiant pas la gélatine : 1" Micrococciis aiiran- iiacus ; 'i" M . candidus ; S" M . Meus; A" M. candicans ; 5° M. ver- sicolor; 6" M. cinnabareus ; 7° M. cereus albus ; 8° M. fervidosus ; 9° Coccus rouge (Mascuek), M. hquéfiant la gélatine ; 10" M. flavus ligue faciens ; 1 1 ° M. flavus desidens ; 1 2° Diplococcus Meus ; 1 3" Sar- cina lulea. II. Bacilles ne liquéfiant pas la gélatine et non pathogènes : 1° Ba- cillus fluorescens piUidus ; 2" B. muscoîdes ; 3° B. scissiis ; 4"Z?. can- 1. Zeilschrift far Hygiène. Vol. X, 1891, pp. 225-252. 268 ANNALES DTÎ LA SCIENCE AGRONOMIQUE. clicans ; 5° B. diffusus; 6° B. filiformis ; 7° B. luteus ; 8" Bacille de l'eau fluorescent (Eiirenberg) ; 9° B. viridis jmllescens ; 10" Bacte- rium fluorescent glauque I (Adametz) ; 11" B. slolonatus ; 12° Bac- terktm Zûrnianum ; 13" B. aerogcnes, B. liquéfiant la gélatine et non pathogènes; 14-" B. ramosus liquefaciens ; 15" B. liqiiidus ; 16" B. mycoides (Bacille radiciforme) ; 17" B. sublilis ; 18" 5. mesentericus fusais ; 1 9" B. mesentericus vulgalus ; 20° B. fluorescens liquefa- ciens ; 21" B. ramosus; 22" Bacille jaune-citron (Frankland) ; 23» Bacille vert jaunâtre (Eisenberg) ; 24" B. gasoformans; 25° Ba- cille gris (Masciiek) ; 26° B. prodigiosus ; 27° Proteus mirabilis ; 28" P. vulgaris ; 29° B. mesentericus vulgalus (B. de la pomme de terre); 30" B. cuticularis ; 31° B. albus : pathogènes ; B. œdemalis maligni. En outre, il y avait deux espèces non encore décrites et ne liquéfiant pas la gélatine (Bacillus, ii°' 1 et 2). Le plus grand nombre des bactériacées rencontrées est du groupe des bacilles dont on a déterminé 34 espèces ; les coccus, moins nom- breux, sont au nombre de 13 : on les a trouvés surtout à la surface et rarement dans les couches profondes. Quant à l'abondance des diverses espèces, on peut dire qu'on a trouvé très abondamment, presque dans cha(|ue essai, les organismes suivants rangés par ordre de fréquence : Bacilles n°' 16, 17, 6, 20, 1, 7; Microc. 3; Bac. 28; Microc. 4, 2, 12; Bac. 29, 24, 10, 31, 4, ^i bien que, dans la série d'essais, le bacille 16 s'est montré le plus souvent et le bacille 4 est un des moins abondants. Se présentant plus rarement, c'est-à-dire pas sur chaque plaque, viennent les Microc. 10, 5, 1, 6, 7 ; Bac. 18, 19, 3, 5, 27, 2, 14, 8, 22, 11, 23, 12, 25, 9, 13. Quant aux Microc. 9, 11, 13, Bac. 21, 26, 30, ils ne se sont rencontrés qu'accidentellement, sur quelques exempl&ires dans tout le cours de ces recherches poursuivies pendant plus d'un an. En comparant les divers échantillons de la surface de ces sols, on voit qu'en moyenne ce sont les sols de prés et de bois qui offrent le mélange le plus bigarré de bactéries ; les sols de vigne et de champ ont une populalion plus homogène. On ne remarque pas de diffé- rence sensible dans Igs sortes de bactéries suivant la profondeur. Les recherches continuées régulièrement monlrent très nettement que certaines espèces apparaissent subitement en quantités tout à DÉCOMPOSITION DES MATIÈRES ORGANIQUES. 269 fait anormales et disparaissent aussi vile pour être remplacées, soit parle mélange ordinaire de bactériacées, soit par une autre espèce devenant très prépondérante. A 1 mètre de profondeur, les mucorinées existent encore souvent en grande quantité dans un sol naturel non labouré. Les levures s'y rencontrent fort rarement; il est surprenant que le Saccliaromyces glutinis s'y trouve encore à une profondeur de 1 à 2 mètres. Les sols provenant d'une grande altitude (Rosskopf, Schauinsland) avaient une population bactérienne beaucoup plus homogène que les sols cultivés. On y trouvait presque exclusivement le B. suhtilis et le B. mycoides ; on aurait dit qu'on avait mélangé à dessein et cultivé sur plaques deux cultures pures de ces deux espèces. Quant au nombre des germes des divers essais, on constate que, comparativement au grand nombre de bactériacées de la surface, il y a déjà une diminution sensible à 1 mètre de profondeur et cette diminution se fait brusquement. Généralement à 1 mètre, le nombre des bactéries est, d'un seul coup, cent fois moindre. On remarque en outre que le nombre des bactériacées dans les zones superficielles des divers sols essayés varie suivant le mode de culture. C'est le sol de forêt qui accusa la plus grande pauvreté en germes, environ 600 000 par centimètre cube en moyenne ; puis vint le sol de vigne avec un taux moyen de 1050000; celui du sol de prairie fut sensiblement plus élevé : 1400000, et le sol cultivé en contenait plus encore : 1 500000. Le plus fort nombre trouvé fut 6000000 ; le taux ne descendit pas, en général, au-dessous de 70000. A une profondeur d'un mètre, le nombre était beaucoup plus faible. Dans la série en expérience, forêt, vigne, pré et champ, on trouva dans un centimètre cube, en moyenne, 128 000, 46000, 134 000 et 330000 germes. Gomme les recherches ne purent avoir lieu régulièrement à de plus grandes profondeurs, on ne peut plus donner de résultats comparables. Le taux moyen à 2 mètres de profondeur fut de 17000. On ne put trou- ver qu'une fois un sol exempt de germes. Naturellement les échan- tillons provenant de terrains rapportés possédaient un taux de germes notablement supérieur; c'est ainsi qu'un centimètre cube de terre à 2 mètres de profondeur contenait environ 160000 germes. 270 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Les sols des hautes altitudes renfermaient encore moins de germes que n'en avaient donné la plupart des autres comptages. Tandis qu'au Rosskopf (739 mètres) on en trouva 200 000, le sol de Schauinsland (1286 mètres) ne contenait que 100000 bactériacées par centi- mètre cube. Vu le petit nombre de recherches faites jusqu'ici, on ne peut poser de conclusions nettes, d'autant moins que les conditions nécessaires pour la présence et la multiplication des microbes sont soumises dans le sol à des variations extraordinaires et sont très dif- férentes suivant les localités. Ainsi, à côté des organismes cilés par Adametz et FtJLLEs, beaucoup d'autres ont été trouvés dans les sols par d'autres bactériologistes ^ ; par exemple, dans certaines circons- lances, on rencontre assez souvent d'assez grandes quantités de B. butyricus, B. racemosus, B. thermophihis, B. viscosus, etc. ; en outre, le B. lerrigenus et, parmi les espèces pathogènes, avec le B. œdemalis maligni, le bacille du tétanos, le Slaphylococcus pyogenes aureus, le Streptococcus seplicus, le Bacillus septiciis agrigenus, le Pseiidoœdemhacillus. L'influence de la couverture végétale et des modes de culture re- tentit de façons extrêmement diverses sur la présence des microbes. C'est dans le sol agricole travaillé que le nombre des germes esl toujours le plus grand et les bactéries s'y trouvent en plus forte pro- portion que les mucorinées. Au contraire dans les sols non travaillés, où la décomposition des matières organiques se fait lentement, où s'accumulent d'assez grandes quantités d'humus acide comme dans les forêts, les prairies, les terrains fangeux, les bactéries cèdent le pas aux mucorinées, du moins dans les couches supérieures où l'air pénètre. Dans les prairies tourbeuses et surtout dans la tourbe, les bac- téries ne se présentent que disséminées ou manquent presque complètement. Sur les bactéries nitrifiantes, qui doivent êlre ici traitées à part, les essais de R. Warington '^ surtout donnent des éclaircissements. 1. J. EisENBERG, Baclcriologische Diagaoslik. I89I. 2. Journ. of Ihe Chem. Society. 1S84, vol. XLV, pp. G37-672. DÉCOMPOSITION DES MATIERES ORGANIQUES. 271 Dans deux séries il trouva des organismes nitrifiants jusqu'à une profondeur de 46 centimètres (dans un cas, jusqu'à 91 centimètres), mais pas plus bas. Des recherches plus récentes du même auteur, faites d'après une méthode perfectionnée \ ont montré que les bac- léries nitrifiantes se rencontrent jusqu'à une profondeur de i^jSO à l'",80, mais exercent une influence d'autant plus faible et sont d'au- tant plus rares que les couches du sol dont elles proviennent sont plus profondes. Elles se comportent donc à cet égard comme les autres microbes. Dans la nature, la nitrification n'est à considérer que dans les zones superficielles du sol, parce que les conditions de ce processus (facile accès de l'air, richesse en matières azotées) sont plus favora- bles que dans le sous-sol. Si cependant on trouve dans les eaux de drainage ou dans le sol à d'assez grandes profondeurs des quantités plus ou moins considérables de nitrates, on ne doit pas conclure (ju'elles se sont formées là ; elles proviennent principalement des couches supérieures et ont été entraînées dans les zones profondes par les eaux d'infiltration. De toutes les observations faites jusqu'ici, il résulte que les orga- nismes nitrifiants atteignent leur taux maximum, 1res variable du reste, dans les sols arables et dans tous ceux où l'air pénètre facile- ment, qu'ils manquent dans les sols de prés, de bois et de tourbe ou ne s'y trouvent que dans certaines conditions et seulement en petit nombre. Déjà BoussiNG.\ULT^ avait montré la grande pauvreté de la plu- part des sols de forêt en nitrates ; cette constatation fut confirmée par Chabrier^ qui trouva que le taux du sol en nitrites et ni- trates sous des épicéas était beaucoup plus faible que celui d'un sol cultivé de même nature. Schlœsing* ne put trouver trace de ces sels dans un sol boisé, tandis qu'un sol calcaire labourable en ren- fermait des quantités notables. De même, dernièrement, A. Bau- 1. Ibid. Vol. LI, 1887, pp. 118-129. 2. C. R., 1857. 3. C. R., t. LXXIII, 1871, pp. 186 et 1480. 4. C. R., t. LXXIII, 1871, p. 1326. 272 ANNALES DE LA SCIENCE AGîiONûMIQUE. MANN' n'a pas trouvé d'acide nitrique dans un sol de forêt, et les re- cherches d'E. Euermayer'' dans les localités les plus diverses, choisies surtout dans les montagnes de Bavière, ont toujours montré que les sols forestiers et les sols tourbeux sont exempts de nitrates ou n'en renferment que des quantités extrêmement faibles, tandis que Ici sols de champs et de jardins qui avaient reçu du fumier, du purin, etc., accusaient généralement une grande richesse en ce précieux aliment des plantes. Tous ces résultats autorisent à conclure que dans les sols de prai- ries, de forêts et de tourbières, les organismes nitrifiants ne rencon- trent pas d'ordinaire les conditions nécessaires à leur existence. A cette règle cependant, il y a des exceptions. Ainsi, dans beaucoup de prairies et de sols forestiers et tourbeux défrichés, on a trouvé des doses non négligeables de nitrates, et même Grèbe ^ a déterminé un taux élevé de nitrate dans le sable d'une pineraie. Il faut en dé- duire que le manque de nitrate ou son peu d'abondance dans les sols précités est lié à une composition particulière de ces sols. Les travaux de A. MùNTz" nous apportent sur ce point des données précieuses. MÛNTZ employa divers sols à réaction acide (terre de bruyère, tourbe) et neutre (sol de champ et de jardin); il leur ajouta des ma- tières organiques animales (sang en poudre, cuir pulvérisé) et déter- mina, au bout d'un temps assez long, les quantités d'ammoniaque et de nitrate qui s'étaient formées. Voici les résultats : AU BOUT DE 8 MOIS ott trouve dans : 100 grammes de terre. . . . 100 grammes de terre avec cuir en poudre 100 grammes de terre avec sang eu poudre . ; . . . TBRBE DB BRUYERE. Acide TEBRE TOURBEUSE. Amiuo- Ammo- Acide niaque. nitrique. niaque. nitrique. milligr. milligr. milligr. milligr. 2,5 2,1 28,9 21,1 73,9 39,7 1. Ueber die Bestinununç des im Boden enlhaltenen AmmoniakstickstoJJ's und ûber die Menge des assimilirbaren Sliclistofs im xmbearbcitelen Boden. (Habili- tationsschrift. 1886.) 2. Allgemcine Forst- und Jagdzeitung, par Lorev et Leur. Août 1888. Z. Zeilschrift fur Forst- und Jagdwesen. Fasc. 19, 1885, p. 157. 4. C. Ji., L ex, 1890, p. 120G. DÉCOMPOSITION DES MATIÈRES ORGANIQUES. 273 DURÉE DE I/ESSAI. 11 jours. 65 j ours Sol de champ, niilligr. milligr. Sol de milligr. jard lin. milligr. 100 grajimes de terre . . 0,1 7,0 0,9 24,4 100 grammes de terre avec cuir en poudre .... 0,9 312,6 25,2 135,6 1 00 grammes de terre avec sang en poudre .... 1,1 281,1 23,9 99,3 Ces chiffres semblent établir suffisamment que, dans tous les cas où les sols montrent une réaction acide, il ne se forme pas de nitrate, et que les sols de celte nature (c'est le cas de la plupart des sols de prairie, de forêt et de tourbière) n'offrent pas un milieu favorable aux organismes nitrifiants. Grèbe a monti'é qu'il y a des exceptions à cette règle; toutefois elles ne se présentent que dans des cas où le sol n'a pas de réaction acide. Résumons les résultats des recherches consignées dans ce cha- pitre : V Le sol renferme en quantités variables de nombreux microor- ganismes {jusqu'à 6 000 000 par centimètre cube) qui sont des bac- tériacées, des levures et des mucorinées. 2" Ces organismes n'existent que dans les couches supérieures du sol, et déjà à i mètre de profondeur leur nombre diminue beau- coup ; il est nul à 2 mètres dans la plupart des cas. 3" Généralement, les bactéries sont les plus nombreuses, puis viennent les mucorinées ; les levures ne se présentent qu'à l'état sporadique. 4° Les bactériacées sont principalement représentées par divers bacilles; les micrococcus sont bien moins nombreux et n'ont été observés avec quelque abondance que dans les couches supérieures du sol. ■ 5° Dans les sols à réaction acide {prairies, forêts, tourbières), les bactériacées sont supplantées par les mucorinées, et les organismes nitrifiants ne peuvent vivre. AN.N. SCIENCE AQRON. — 2" SÉRIE. — 1899. — I. 18 274 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 4. — Les microorganismes sur les substances organiques en décomposition. Les restes de plantes ou d'animaux qui entrent en décomposition à la surface du sol sont, tout comme le sol lui-même, habités par des organismes extrêmement nombreux. Ce n'est pas seulement d'après les rapports bien connus des microorganismes avec la série des combinaisons des matières organiques qu'on peut parler ainsi, c'est aussi d'après diverses observations encore insuffisantes d'ail- leurs pour pouvoir indiquer exaotement les espèces qui habitent les différentes substances. On a trouvé sur les fèces : Dacillus aerogcms, B. subtilis, B. thermophilus, B. muscoides, B. putr'ificiis coli, les bacilles de Bien- stock, B. coprogenes fœlidus, B. Zopfii, etc. Ces espèces ont été aussi en grande partie observées sur le fumier et autres matières en décomposition, surtout animales, avec BaciUus saprogencs, B. mesenlericus fusciis, B. hulgricus, B. (luoresccns liquefaciens, B. fluorescens putldus, B. erijtlirosporiis, B. janlhlnus, Proteus vul- garis, P. mirabilis, etc. Les zones de fumier où l'air pénètre hébergent diverses mucori- nées, parmi lesquelles on doit citer: Pilobolus crysLalUnus Tode, Morlierella Roslaflnskii Brefeld, Copriiius slercorarius Bulliard, Sordaria minuta Fuckel, S. Brefeldii Zukal, S. curvula de Bary, 5. decipiens Winter, S. pleiospora, S. Wiesncri, Thamnidium ele- gans LiNK, Ascobolus pulchcrrimiis Crouan, A. denudatus Fr., A. fiirfuraceus Persoon, Syncephalis cordala VanTiegiiem et Le Mon- NiER, Ascodesmis nigricans Van Tieghem, diverses espèces de Sac- cobolus\ Dès que les matières organiques en décomposition ont une réac- tion acide, comme c'est le cas, par exemple, pour l'humus brut (Bohlmmus) des forêts, ce sont des champignons plus différenciés qui interviennent surtout ; on voit partout dans le sol forestier leur mycélium abondamment développé. D'après N/Egeli, ce sont les 1. Comparer W. Zoi-f, Die Pilze. Breslaii, 1890. DÉCOMPOSITION DES MATIÈRES ORGANIQUES. 275 hyphomycètes, encore peu étudiés, qui contribuent essentiellement à produire les matières colorantes foncées de l'humus. P. E. Mùller' a décrit dans les couches d'humus brut des forêts un type de Clado- sporkim qui forme des filaments de teinte foncée très résistants (fig. AS). D'après Fruh, ce champii^non est absolument caractéris- tique pour les dépôts d'humus brut (Rohhumiis). [Voir la 2' partie.] Fia. 43. — Mtje.ilinm du Cladosporium humifaciens Rostr. (D'après Muller.) La participation de ce mycélium aux processus de décomposition n'a pas encore été étudiée de près. Il n'est pas douteux du reste que dans les couches un peu épaisses d'humus acide s'installenl les mu- corinées ordinaires. 5. — Les microorganismes sur les plantes. Sur les plantes et dans les infusions végétales, on a signalé : B. meseulericus fuscus, B. mesentericus vuUjatus, B. prodigiosus, B. bulyricus, B. megalerium, B. sublilis, B. lumesccns, etc. Dernièrement, E. Bréal' a trouvé un ferment dénilrifiant sur la paille, le foin de luzerne, les tourteaux de maïs, etc. 1. Sludieii fihcr die natiirlichen Humus/ormen. Berlin, 1887. 2. Annales arjronomiqnes, t. XVllI, a" 4, pp. 181-193. 276 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. YI. — CONDITIONS d'eXISTENCE DES MICROORGANISMES Les organismes inférieurs ont, comme les plantes plus élevées en organisation, des exigences déterminées vis-à-vis des facteurs exté- rieurs de la végétation ; et la connaissance de ces exigences offre le plus haut intérêt, puisqu'on peut acquérir par elle une vue nette des réaclions assez compliquées qui se succèdent dans la nature et des mesures pratiques à employer\ Pour la mise enjeu de ces réactions qui constituent la vie des cellules, il faut avant tout qu'il se dégage une certaine somme d'énergie, sans laquelle la vie de l'organisme est impossible. Cette énergie est fournie par les transformations qui s'effectuent dans les organismes inférieurs, où d'abord, grâce au protoplasma vivant, les combinaisons compliquées se résolvent en plus simples, en donnant comme produit constant de l'acide carbo- nique. A côté de ce processus (respiration intramoléculaire) qui n'exige pas d'oxygène et qui est dans la plante la cause première de la production d'énergie, il en est un autre, avec intervention de l'oxygène, qui est nécessaire (quand l'énergie dégagée uniquement par les transformations internes est insuffisante) pour satisfaire complètement aux besoins de la plante. Pour couvrir le déficit d'énergie, il faut de puissantes oxydations. Mais le dégagement de force qui en résulte est réglé moins par la quantité d'oxygène mise à la disposition que par les décompositions dans le protoplasma (par la respiration intramoléculaire) qui excitent et qui gouvernent l'ab- sorption d'oxygène. Chez beaucoup d'organismes inférieurs (bactériacées), la faible somme d'énergie dégagée par la respiration intramoléculaire est suffisante pour l'exercice des fonctions vitales, ou bien ces organismes ont la faculté d'extraire l'oxygène de certaines combinaisons et de l'employer pour leur oxydation. « Dans le plus grand nombre des cas, la respiration intramoléculaire ne suffît pas d'ailleurs d'une manière durable à satisfaire à la consommation d'énergie des baclé- 1. On a surtout utilisé pour la rédaction de ce chapitre l'ouvrage détaillé de C. Flucce, Die aicderen Organisme a. Leipzig, 1886. DÉCOMPOSITION DES MATIÈRES ORGANIQUES. 277 riacées, mais elles peuvent se passer d'oxygène tant qu'il y a un succédané approprié. Ce succédané est fourni notamment par la fermentalion, dans laquelle une forte quantité de matière se détruit à la surface du milieu nutritif, de manière h rendre libre une somme d'énergie équivalente à celle que dégage l'oxydation. La fermenta- lion peut donc suppléer à l'oxygène. « Absorption d'oxygène et fermentation doivent être considérées comme deux faits équivalents quant à leur action sur la vie des champignons inférieurs. » (FlIjgge.) A côté de la respiration qui exige, qu'elle se fasse avec ou sans oxygène, un afllux incessant de matériaux nutritifs destinés à la décomposition et à l'oxydation, il y a, en outre, dans les cellules un processus d'assimilation au(iuel incombe la tâche de transformer les aliments absorbés en combinaisons appropriées, soit à des dédou- blements ultérieurs, soit à la croissance et à la multiplication de l'organisme et qui possède dès lors un caractère essentiellement différent du processus de la respiration. La décomposition des ma- tières organiques sous l'action des végétaux inférieurs est réglée (pas exclusivement) par les réactions dont il vient d'être question dans le protoplasma (respiration intramoléculaire et oxydation), mais chez certaines espèces elle est encore favorisée par la sépara- tion de ferments (Enzymes) qui sont des composés organiques com- plexes, solubles, facilement décomposables et pouvant transformer des quantités relativement grandes d'autres matières organiques. Il se forme de cette façon des combinaisons qui sont solubles, diffu- sibles et peuvent servir d'aliments. C'est ainsi que le BaciUus siib- tilis et beaucoup d'autres bactéries liquéfiant la gélatine nutritive produisent un ferment qui transforme en peptone l'albumine inso- luble. Le BaciUus hiUyricus et le Spirillum Rugula en sécrètent un autre qui dissout la cellulose ou encore, dans les produits for- més par maintes espèces de bactéries, se rencontre une dia.stase qui transforme l'amidon en divers glycoses (maltose, dextrose, etc.). On doit citer aussi les ferments produisant l'inversion du saccha- rose, du lactose et du maltose en dextrose, galactose et lévulose et dont la présence a été observée aussi bien chez certaines moisis- sures {Aspergillus et Pénicillium) que chez les levures et beaucoup 278 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. de scllizomycèles. Le ferment de l'urine qui dédouble l'urée en cnrbonate d'ammoniaque et l'acide hippurique en glycocolle et acide benzoïque provient de même de certains organismes décrits plus haut. Les réactions provoquées par les ferments sont essentiellement différentes de celles qui se passent dans les fermenlations reposant sur la resi»iration intramoléculaire. « Les ferments sont des com- posés chimiques, solubles, qui ne sont pas nécessairement liés à des organismes vivants et qui peuvent réaliser seulement des séparations par hydrolyse, tandis que dans la fermentation proprement dite il y a des modifications compliquées dans le groupement des atomes, lesquelles supposent la présence constante, l'intervenlion immédiate d'organismes vivants. La comparaison des circonstances exiérieures favorables et défavorables dans les deux processus fait le mieux res- sortir leur dillerence essentielle : les ferments solubles agissent avec leur maximum d'intensité vers 60" et dans un milieu acide ; d'assez fortes doses d'acide carbolique, d'essence de térébenthine n'affai- blissent presque pas leur action : dans les mêmes conditions nous observons toujours un arrêt complet de la vie ou de l'activité fer- mentalive de tous les microorganismes. » (Fllîgge.) Résumons brièvement les conditions d'existence des trois groupes d'organismes distingués plus haut. 1. — Conditions d'existence des mucorinées. Les mucorinées réclament essentiellement pour l'organisation de leurs tissus des matières organiques carbonées et azotées, de l'eau et des principes minéraux. Des substances albuminoïdes surtout peptonisées, des amides(leucine, lyrosine, asparagine), des hydrates de carbone (notamment les sucres), des acides organiques (tar- trique, citrique, succinique, acétique, etc.), sont, avec les phosphates et sulfates alcalins ou alcalino-terreux, les principales sources d'ali- mentation pour les mucorinées. L'ammoniaque et les nitrates ne leur fournissent de l'azote que s'il y a dans le substratum un composé organique non azoté, ou si l'ammoniaque y est en combinaison avec des acides organiques. DÉCOMPOSITION DES MATIÈRES ORGANIQUES. 279 L'eau est de grande importance pour les mucorinées : elle entre dans la composition de leurs tissus, elle sert de moyen de dissolu- lion ou de transport, et remplace l'eau évaporée. La végétation des mucorinées n'est luxuriante que si le suhslratum leur offre, outre les aliments nécessaires, une dose assez élevée d'humidité ; elle diminue avec le dessèchement du substralum et cesse quand le taux d'eau descend au-dessous de certaines limites. Les mucorinées sont incomparablement plus indifférentes que les saccharomycètcs et les schizomycètes à la concentration du milieu nuti'ilif ; elles prospèrent encore dans un milieu dont le taux d'élé- ments solubles serait trop faible pour pei'inettre à ces dernières de vivre. Pourtant il y a aussi une limite qui ne saurait être dépassée sans que le développement en souffre. La réaction du milieu nutritif est d'une importance particulière pour la bonne végétation des mucorinées. Un excès d'alcali est nui- sible, non pour toutes, mais pour la j)lupart, tandis qu'elles pros- pèrent à merveille en présence des acides, pourvu que ceux-ci ne soient pas en excès, ce qui serait dommageable; c'est l'opposé des schizomycètes qui, en général, sont entravés dans leur développe- ment ou tués quand le milieu nutritif a une réaction acide.. Suivant les circonstances, les mucorinées [)euvent, à l'aide de ferments qu'ils sécrètent, rendre solubles des matières organiques insolubles, comme cela a été démontré, par exemple, pour le Péni- cillium et VAspergiUus niger, qui produisent un ferment interver- tissant \i sucre de canne et le maltose. La dissolution, souvent observée, de la cellulose par des mucori- nées ayant pénétré dans des organes végétaux doit être aussi attribuée à l'influence de fei'menis. L'oxygène atmosphérique, sans lequel les mucorinées ne peuvent vivre, a pour elles une énorme importance. A cet égard, elles sont, suivant l'expression de Pasteui", aérobies et ne se trouvent abon- damment que là où existent, avec les aliments et l'humidité néces- saires, des quantités sufïisantes d'oxygène. C'est pour cela qu'on les observe surtout à la surface des substances en décomposition ou bien dans celles de leurs zones qui sont pénétrées par l'oxygène. Quelques mucorinées {Mncor) ont la faculté, une fois plongées 280 ' ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. dans les solutions et soustraites ainsi à l'influence de l'air, de dé- velopper des bourgeons comme les levures, et ces bourgeons se développent normalement et fructifient quand ils sont amenés à la surface par la fermentation qu'ils occasionnent. Chez les mucorinées comme chez tous les autres organismes, les réactions vitales sont sous la dépendance de la température. C'est par une température moyenne déterminée (optimum) qu'elles se font le plus énergiquement ; leur intensité diminue quand la température décroît (elle devient nulle pour un minimum donné), ou quand, au contraire, elle dépasse l'oplimum en s'élevant jusqu'à un point (maximum) où les réactions cessent. Ce point car- dinal de l'action de la température et parlicuhèremcnt le minimum et le maximum au delà desquels là vie s'arrête n'ont pas encore été déterminés pour la plupart des espèces. Les voici pour le Perd- cillium glaucum : MINIMUM. OPTIMUM. MAXIMUM. 2" 22° 43° Vonv VAsperglllus gUmciis, l'optimum est 12", le maximum 30"; pour VA. niger, l'optimum est à ."^4''-35'. Autant qu'on peut en juger maintenant, les limites de température sont différentes pour chaque espèce, si bien que ce facteur fait souvent pencher la balance en faveur de telle ou telle espèce. Ainsi Adametz a trouvé qu'en s?mant un mélange de spores, le Pénicillium glaucum, aux tempé- ratures inférieures à 12°, l'emportait sur les mucorinées, tandis qu'à des températures plus élevées (20°-25°) le même milieu nutritif se couvrait d'une abondante végétation de mucors qui étoufl'aient les petites colonies de Pénicillium . Mentionnons aussi que les li- mites de température pour les diverses fonctions (germination, iormalion du mycélium, fructification) sont din"érenlt's pour une seule et même espèce. D'après Fr.enkel, le mycélium de YAsper- gillus fumigalus, par exemple, végète encore vers 51°-52'', mais il ne peut fructifier à cette température. La formation des spores ne commence que quand la température à laquelle est soumis le champignon descend à 37". DÉCOMPOSITION DES MATIÈRES ORGANIQUES. 281 La germination des spores est liée à la présence d'une dose d'hu- midité suffisante, d'oxygène libre et d'une température convenable. Les matières nutritives nécessaires pour le développement du tube germinatif sont empruntées à la spore elle-même. 2. — Conditions d'existence des levures. Relativement à leurs exigences alimentaires, les levures se com- portent comme les mucorinées avec cette seule différence qu'en raison de leur taux plus élevé d'azote, il leur faut plus de matières azotées et sous une forme convenable, car elles ne peuvent utiliser l'azote des nitrates. Elles supportent moins bien que les mucorinées une assez forte concentration du milieu nutritif, et les combinaisons nourrissant mal ne peuvent être employées que très diluées, tandis que le sucre, même à la dose de 35 p. iOOdans la solution nutritive, n'arrête pas la végétation des levures. Quant à la réaction du sub- stratum, les levures montrent une grande sensibilité vis-à-vis de l'alcali en excès, mais, d'autre part, elles supportent une réaction acide; il y a pourtant une limite au delà de laquelle celle-ci com- mence à avoir une influence nuisible, moindre que pour les muco- rinées. Les exigences des levures au point de vue de l'oxygène sont très différentes de celles des mucorinées : ces exigences se précisent par ce fait que la croissance ef la mulliplicalion de ces organismes sem. blent plus actives sous l'influence de l'oxygène, lequel devient inu- tile dès qu'on place les levures dans des conditions où elles peuvent fermenter activement. Si ce n'est pas le cas, la multiplication cesse et ne reprend que s'il survient des quantités suffisantes d'oxygène libre. De cette propriété spéciale il résulte que les levures peuvent végéter dans l'intérieur des substances, en l'absence d'air, à condi- tion qu'elles puissent développer une fermentation, La température est aussi un fapteur important pour le développe- ment des levures; elle offre, comme pour tous les autres organis- mes, un minimum, un optimum et un maximum. L'optimum semble être à 25°-30% le maximum à 53° et le minimum à quelques degrés au-dessus de 0°. L'accroissement dépend essentiellement de la com- 282 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. position du milieu nulrilif, suivant qu'elle permet une fermentation plus ou moins intense. Tant que les aliments offerts sont de quantité et de forme telles que l'activité des cellules peut persister sans trou- ble, la multiplication par bourgeonnement continue; silcs conditions d'alimentation deviennent défavorables, elle s'interrompt el le cham- pignon se met à former des spores pour assurer son existence. Pour la germination des spores, il faut tout d'abord le concours de l'oxygène, de l'bumidilé et d'une certaine température: les ali- ments sont superflus dans les premiers temps, parce que les premiers bourgeons se forment aux dépens des matières de réserve accumu- lées dans les spores. 3. — Conditions d'existence des bactériacées. Leurs exigences nutritives sont extraordinairement diverses: tandis qu'aux unes il faut de grandes quantités de certaines matières albu- minoïdes et un substratum nutritif de composition bien déterminée, d'autres admettent une assez grande variété dans leur alimentation, mais prospèrent seulement quand le milieu nutritif renferme des combinaisons organiques complexes. Même au point de vue de leurs exigences relativement à une concentration plus ou moins accusée de l'aliment, on constate chez les diverses bactéries des diflerences très importantes. - En général, les aliments des bactériacées ressemblent à ceux des mucorinées. Des matières albuminoïdes diffusibles, des combinai- sons amidées, des sucres, des sels alcalins, des acides organiques, sont ce qui convient le mieux à la plupart d'entre elles. Les sels am- moniacaux sont moins favorables, mais sont pourtant mieux sup- portés par elles que par les levures. Les bactériacées peuvent aussi prendre leur azote aux nitrates: cependant, cette réduction semble être un phénomène provoqué par des produits de dédoublement et de fermenlation et ne faisant qu'accompagner les réactions intimes chez les bactéries. (Fllgge.) Celles-ci peuvent se préparer elles- mêmes des aliments utilisables, en sécrétant des ferments qui solu- bilisent diverses matières insolubles. D'après les recherches de Winogradsky, les bactéries nitrifîanles DÉCOMPOSITION DES MATIÈRES ORGANIQUES. 283 s'écartent, sous le rapport de la nutrition, de tous les autres micro- organismcs en ce qu'elles peuvent assimiler le carbone de l'acide carbonique. Si cette observation se vérifiait, elle conduirait à renon- cer à l'opinion actuellement admise qu'une synthèse complète de substances organiques par des êtres vivants, indépendamment de la lumière solaire, est impossible, ou, du moins, il ne faudrait plus lui attribuer qu'une valeur limitée. Les bactériacées sont extrêmement sensibles à un excès d'acidité du milieu nutritif; dans ces conditions, elles périssent généralement. Par contre, leur multiplication et leur activité sont favorisées par une faible alcalinité du substratum. Elles se séparent essentiellement par là des mucorinées, qui, on l'a vu plus haut, ofl'renl le caractère contraire. 11 y a cependant des exceptions; certaines espèces, comme le Bacilliis aceticus et le B. bulyricus, non seulement supportent sans dommage une forte acidité, mais même, comme le champignon du vinaigre, ne prospèrent que dans des milieux nutritifs avec excès d'acide. Un excès d'alcalinité est alors nuisible à ces espèces. Beau- coup de champignons {Microccocus ureœ, M. ureœ liqvefacieus, Bacillus urée) supportent un degré très élevé d'alcalinité ; d'autres manifestent une telle indifférence pour la réaction du milieu, qu'on les voit commencer leur développement dans un milieu acide et le continuer avec un excès d'alcali provoqué par les transformations de leurs éléments. (Flûgge.) D'ailleurs la plupart des bactériacées, comme les mucorinées et les levures, ne peuvent se développer ou ne s'accroissent que fort peu dans un milieu nutritif où le taux, soit d'acide, soit d'alcali, dé- passe certaines limites, ou bien qui renferme une solution saline trop concentrée, de quelque nature qu'elle soit. Quant au besoin d'oxygène, on doit, d'après P. Liijorius*, divi- ser les bactéries en trois classes : l"* Anaérobies obligatoires, dont toutes les fonctions ne peuvent s'exercer qu'en l'absence d'oxygène; quelques-unes provoquent des fermentations; d'autres se multiplient sans fermentation; mais pour les premières, la fermentation n'est nullement une condition indis- 1. Zeitschrift fin- Hygiène. Vol. I, 18SG, p. 115. 284 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. pensable de leur mulliplication. L'arrivée de l'oxygène arrête toutes les manifestations extérieures de la vie chez ces bactéries. A ce groupe appartiennent, par exemple, Bacillus butyricus, B. denilri- ficans H, B. muscoides, SpirUlum Rugula (Baderium termo). 2° Anaérobies facuUalives : ce sont celles qui végètent aussi vi- îïoureusement que possible en présence de grandes quantités d'oxy- gène, mais qui consomment encore une portion notable de la matière nutritive en l'absence complète d'oxygène et qui augmentent encore sensiblement, bien qu'un ralentissement dans la croissance coïncide avec la cessation de l'arrivée de l'oxygène. Dans l'état actuel de nos connaissances, on doit compter dans ce groupe : B'iciUus acidi lac- tici, B. enjlhrosporiis, B. candicans, B. putri/icuscoU,B. mycoides, B. stolonalus, B. aerogenes. Mais il peut se faire qu'on doive y faire rentrer ime longue série d'espèces; c'est ce que l'on doit conclure de l'observation de N^geli que les bactéries aérobies végètent en l'ab- sence de l'air et peuvent se multiplier, si elles se trouvent dans des conditions qui leur permettent de provoquer une active fermentation. Beaucoup de bactériacées exercent des actions diflérentes sur le substratum, suivant qu'elles sont obligées de vivre avec ou sans air. Du moins le fait a été démontré pour le Bacillus mycoides qui, s'il se développe en aérobie dans les solutions d'albumine, brûle l'albumine en donnant naissance à de l'ammoniaque, tandis que dans les solu- tions sucrées de nitrate, en l'absence d'air, il brûle le sucre et em- prunte l'oxygène qui lui est nécessaire aux nitrates facilement réduc- tibles. Il peut se faire que d'autres bactéries aient semblable propriété. 3" Aérobies obligatoires: ce sont celles qui, en toutes circonstances, ont besoin d'une dose abondante d'oxygène; quand elle est trop res- treinte, toutes les manifestations vitales s'arrêtent; aucune de ces bactéries ne donne lieu à des fermentations nettement déterminées. Chaque phase de la végétation est sous la dépendance de la tempé- rature du milieu ambiant ; les bactéries n'échappent pas à cette loi. D'après ce (pi'on vient de voir, elles ont une large marge pour les fonctions de nutrition et un optimum de température très élevé pour leur accroissement. Le Baderium termo, par exemple, peut végéter entre 5" et 40'; son optimum est à 30"-35". D'après Fitz, le Ba- cillus butyricus a son optimum à 40° et son maximum à 45". Pour DÉCOMPOSITION DES MATIÈRES ORGANIQUES. 285 le Bacillus acelicus, l'optimum gît entre 20° et 30° ; au-dessous de iO°, il se développe très lentement, de même au delà de 35°, le maximum est à quelques degrés plus haut. Brefeld a trouvé que la végétation du Bacillus subtilis est très lente à 6°; qu'à 12'',5, il s'écoule entre les débuts de chaque nou- velle partition 4-5 heures; à 25°, S/^ d'heure; à 30°, une demi- heure. Les températures nécessaires à la germination semblent être plus élevées, du moins pour quelques espèces. Nombre de bactéries peuvent sans périr outrepasser à un tel degré les limites inférieures de température, qu'on peut bien dire qu'elles n'en ont pas à l'égard de la végétation. La hmite supérieure après laquelle la mort sur- vient est a peu près la même pour les cellules végétatives de la plu- part des bactéries que pour la plupart des cellules végétatives des autres plantes, c'est-à-dire vers 50°-60°. Quelques-unes résistent même à des températures de plus de 100°. La formation des spores chez les bactériacées paraît dépendre des mêmes conditions que chez les levures et les mucorinées, en ce sens que la multiplication des cellules par partition se continue tant que les aliments sont a un état convenable; mais, si le milieu nutri- tif se détériore ou s'épuise, l'organisme forme des spores ; c'est en général un feit rare dont les conditions ne sont pas encore suffisam- ment éclaircies, non plus que pour la germination des spores, à pro- pos de laquelle on sait seulement qu'il faut un certain taux d'eau, une température assez élevée, différente pour chaque espèce et, pour la plupart, la présence de l'oxygène. C'est seulement chez les anaérobies obligatoires que cette dernière condition ne paraît pas nécessaire à la germination des spores, sans qu'elle lui nuise cepen- dant. 4. — Concurrence entre les mucorinées, les levures et les bactériacées. La présence simultanée sur un seul et même substratum d'indi- vidus des trois groupes principaux que nous avons distingués ou de diverses espèces d'un même groupe développe une concurrence dans laquelle dominent ou môme régnent exclusivement ceux qui. 286 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. dans le cas donné, rencontrent les circonstances les plus favorables à leur développement et à leur multiplication. Dans un cas, ce sera la composition chimique du milieu nutritif ou sa concentration ou sa réaction ou son taux d'humidité qui aura l'influence prépondé- rante; dans un autre, ce sera l'accès de l'air, la température, etc. Ainsi, pour citer quelques exemples, dans un mélange acide, assez pauvre en eau, où l'air pénètre, les mucorinées ou les levures auront le dessus, tandis que les bactériacées seront plus ou moins complètement supplantées; celles-ci, au contraire, l'emporteront si lesubstratum a une concentration plus faible, une composition alca- line, un taux d'eau assez élevé et si l'accès de l'air est limité ou complètement suspendu. Il peut y avoir aussi concurrence entre diverses espèces d'un seul et même groupe, concurrence dans laquelle interviennent, pour dé- terminer soit la prédominance, soit l'annihilation de l'une ou l'autre espèce, d'autres conditions que la composition du milieu nutritif. La température, par exemple, peut avoir une influence prépondérante. Si l'on sème un mélange de spores de Pénicillium et LÏAsperffillns, à basse température, ce sera le Pénicillium qui envahira tout le mi- lieu nutritif; avec une plus forte chaleur, ce sera VAspergillus. Ces exemples suffisent à montrer que, dans la nature, les divers microorganismes influent sur leurs substratums de façons extrê- mement variables, suivant les conditions d'existence qui leur sont offertes. Gomme celles-ci sont très différentes pour chaque espèce et se modifient en outre continuellement, il n'est pas étonnant que le développement de chaque organisme aussi bien que les processus chimiques qu'il provorjue soient sujets à de perpétuelles variations; aussi la découverte des réactions qui se passent dans la nature, no- tamment des causes premières des phénomènes dans les cas con- crets, est-elle un des plus difficiles problèmes de la biologie. SUR L'UTILISATION AGRICOLE D'UN RÉSIDU INDUSTRIEL (POUSSIÈRES DES HAUTS FOURNEAUX) PAR M. COLOMB-PRADEL DIUKCTKUR DB LA STATION AGRONOMIQUE DE NANCV Au cours d'une tournée faite pendant l'été 1897 aux environs de Pont-à-Mousson, mon altenlion a été attirée sur une substance que les hauts fourneaux de la région produisent en abondance, et dont il n'a été tiré jusqu'à ce jour aucun parti ; celte substance, considérée comme un résidu sans valeur que les usines évacuaient sur leurs crassiers, pouvait-elle recevoir un emploi agricole? Telle était la question qui m'était posée par divers agriculteurs. On savait vaguement que cette poussière renfermait de peliles quantités de potasse, et si cela était vérifié, il s'ensuivait la possibi- lité de concevoir leur utilisation comme engrais. J'ai demandé aussitôt à l'usine Rogé, de Pont-à-Mousson, de m'en- voyer des échantillons de ces poussières pour en faire l'analyse, et la composition trouvée me confirma dès l'origine qu'il y avait 4 ,C p, . 100 2, 2 — 20. /-> — 1, 2 — 1. ,0 — 7. ,0 — 28, ,0 — 288 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. meilleur parti à tirer de ces poussières que de les jeter sur le crassier. Voici la moyenne de nombreuses analyses faites au laboratoire de la Station agronomique de Nancy en 1897-1898 : Potasse soluble à l'eau Potasse insoluble Chaux (en carbonate) , . Acide phosphorique Acide siilfocyanhydrlque combiné . . . Magnésie, oxyde de fer, alumine, silice. Humidité Le reste, soit 35.5 p. 100, représente l'acide carbonique, l'acide sulfurique, le chlore et des traces d'iode qui sont combinés aux bases chaux et potasse, plus une assez forte proportion de sul- fures. Du reste, la proportion relative de l'acide carbonique domine de beaucoup celle des autres acides (30 p. 100 contre 2 et 3 p. 100 seulement d'acide sulfurique et de chlore). Celte analyse nous montre que les poussières des hauts fourneaux peuvent être considérées comme formées d'un mélange de carbo- nate de potasse, carbonate et phosphate de chaux, renfermant une petite quantité de sulfocyanures et des substances inertes. La présence des sulfocyanures (combinaison dont l'action toxique pour les végétaux est bien connue), que nos analyses ont décelée dans ces poussières, devait attirer particuhèrement notre attention. Com- ment concilier l'emploi d'une matière fertilisante avec celui d'un véritable toxique, en un mot, comment administrer sans danger l'a- liment en même temps que le poison ? La première idée qui se pré- sentait à notre esprit était de traiter les cendres par quelque réactif qui détruisît les sulfocyanures. Les oxydants les plus violents de l'arsenal chimique (permanga- nate, etc.) ne nous ayant donné que des résultats incomplets, nous avons obtenu la destruclion complète des sulfocyanures par le chauffage au rouge. Mais poursuivant nos essais, la nature elle- même nous est venue en aide, grâce au pouvoir fixateur du sol UTILISATION AGRICOLE d'uN RÉSIDU INDUSTRIEL. 289 pour les éléments utiles, pouvoir fixateur qui possède sa curieuse contre- partie dans l'éliniination par le sol même des matières toxiques. . Voici l'expérience que nous avons réalisée au laboratoire après nous être assuré que l'épandage des poussières sur le sol couvert de cultures anéantirait celles-ci : Dans une cloche renversée, munie d'une douille et d'un tube à double courbure, nous introduisons quelques kilogrammes d'une terre arable quelconque, préalablement mélangée avec i p. 100 de poussières potassiques chargées de sulfocyanures. Le contenu de la cloche, arrosé chaque jour, laisse bientôt écouler par le tube, véritable tuyau de drainage, un liquide dans lequel nous retrouvons facilement l'acide sulfocyanhydrique, combiné à de la chaux, mais pas une trace de potasse. Donc, il suffira d'épandre les poussières potassiques sur le sol nu un mois ou deux avant la semaille pour être certain que le principe toxique aura disparu, entraîné dans les profondeurs du sous-sol par les eaux météoriques ; seule la potasse et les autres éléments utiles restent fixés par le sol. Ces préliminaires acquis, il était à présumer que les poussières de hauts fourneaux renfermant les principes utiles et surtout la potasse à un état chimique assimilable, devraient donner sur les récolles des résultats analogues à ceux obtenus avec les engrais potassiques. Des séries d'expériences en grande culture nous ont pleinement conlirmé dans cette manière de voir. Expériences culturales. Nos essais ont porté sur différents sols et diverses cultures. Sachant par expérience combien il est difficile de mettre en évi- dence l'action des engrais potassiques sur les terres argileuses du lias, riches en potasse, nous n'avons fait que pour mémoire des es- sais sur ce genre de sols. Ces essais ne nous ayant du reste donné aucun résultat appréciable, nous les passerons sous silence ici. De même, et pour éliminer d'abord tout ce qui dans nos expé- ANN. SCIENCE AGRON. — 2° SÉRIE. — lSy9. I. 19 290 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. riences n'a fourni que des résultats négatifs, nous signalerons l'insuccès constaté partout cette année dans l'emploi des poussières potassiques sur les vignes. Dans certains cas, cet insuccès était prévu en raison de la constitution du sol; les autres échecs paraissent dus au défaut de pénétration de la matière dans une couche de terre assez profonde pour que l'absorption de la potasse ait pu se faire pendant les quelques mois de la végétation. Quoi qu'il en soit, ces essais méritent d'être suivis, pour déterminer les causes précises de l'insuccès. C'est en nous adressant à des sols du bathonien de la Haute-Marne, très pauvres en potasse, que nous avons pensé obtenir les résultats les plus nets. En effet, ces terres qui indiquent à l'analyse un titrage moyen de potasse inférieur à un millième, sont toujours influencées par l'apport de l'élément potassique. Nos essais en grande culture ont été installés au domaine d'Or- champs (Haute-Marne), et tous ont porté sur plusieurs hectares de l'une des cultures suivantes : blés, orges de brasserie, avoines, sar- razin, pommes de terre, betteraves fourragères, lentilles, minette, trèfle, luzerne. Toutes les terres du domaine sont uniformément pourvues au commencement de la rotation d'une fumure organique de 15 000 à 20 000 kilogr. à l'hectare et de 800 kilogr. de scories riches. Les conditions expérimentales s'y présentent de façon très simple en raison de la grande homogénéité des sols et du contexte du do- maine qui est d'un seul tenant. Pour simplifier, j'ai fait épandre uniformément sur toutes les pièces en expérience 1 000 kilogr. de poussières potassiques à l'hec- tare assez longtemps avant la semaille, pour n'avoir pas à craindre l'influence néfaste du sulfocyanure, et les parties consacrées aux essais ont été délimitées dans de vastes étendues dont le surplus était toujours assez grand pour servir de témoin. Le titrage moyen des poussières ayant été trouvé à l'analyse voi- sin de 5 p. 100 de potasse soluble, nous pouvons admettre sans grande erreur que chaque culture expérimentée a reçu 50 kilogr. de potasse assimilable à l'hectare, et, pour simplifier, nous passerons sous silence l'apport des autres éléments. UTILISATION AGRICOLE d'uN RÉSIDU INDUSTRIEL. 29J Voici le relevé des résultats obtenus par hectare : . i" Sur blé rouge d'Alsace : surface consacrée aux épandages : 8''%5; surface témoin : 5 hectares. • GRAIKS. Rendement du témoin . . , . i 14'i''',5 Rendement avec additions de poussières 15 ,8 Excédent de rendement attribuablé à remploi des poussières potassiques l'i'^'.S ce qui, au prix de 20 fr. les 100 kilogr., représente un bénéfice de 26 fr. par hectare. 2" Sur blé blanc de Champagne : surface consacrée aux essais : 2 hectares ; surface témoin : 5 hectares. GRAIKS. Rendement du témoin 12^'", 3 Rendement avec additions de poussières. . . 12 ,9 Excédent de rendement O'i'^'.G soit, au prix ci-dessus, un bénéfice de 12 fr. 3° Sur avoine blanche : surface consacrée aux épandages : 5 hec- tares ; surface consacrée au témoin : 6 hectares. GRAINS. Rendement du témoin 22'''"^, 4 Rendement avec additions de poussières. . . 29 ,2 Excédent de rendement 61'", 8 soit, au prix de 16 fr. les 100 kilogr., un bénéfice de 108 fr. 80 c. par hectare. 4" Sur avoine noire : surface consacrée aux épandages : 3 hec- tares ; surface consacrée au témoin : 2''%7. OBAIKS. Rendement du témoin 21*1''', 2 Rendement avec additions de poussières. , . 26 ,5 Excédent de rendement 5''"', 3 soit, au prix de 17 fr. les 100 kilogr., un bénéfice de 90 fr. 10 c. par hectare. 292 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 5" Sur orge de brasserie : surface consacrée aux épandages : 6 hec- tares ; surface consacrée au témoin : 5''%5. . Rendement du témoin 19'i''',4 Piendement avec additions de poussières . . 23 ,4 Excédent de rendement 4'^''',» soit, au prix de 23 fr. les iOO kilogr., un bénéfice de 92 fr. par hectare. 6° Sarrazin. Pas de résultats chiffrés, la pièce ayant été dévastée par les sangliers. A l'apparence, la partie traitée par les poussières était évidem- ment bien supérieure à la partie non traitée. 1" Pommes de terre, (variétés diverses et fourragères) : surface consacrée aux épandages : 1 hectare; surface consacrée au témoin : 0"%?. Rendement du témoin 230'''''',» Rendement avec additions de poussières . . 248 , » Excédent de rendement ISi"',» soit, au prix de 4 fr. les 100 kilogr., un bénéfice de 48 fr. par hectare. 8" Betteraves fourragères. La pièce consacrée aux essais, dévastée par les sangliers, n'a pas donné de résultats chiffrés. A l'aspect, la différence entre les parties traitées et non traitées paraissait peu sensible. 9° Lentilles : surface consacrée aux épandages : 1 hectare ; surface consacrée au témoin, 0''%6. Rendement du témoin 12''"',» Rendement avec, additiops dépoussières. , . ^^ i^ Excédent de rendement 21'", 7 soit, au prix de 33 fr. les 100 kilogr., un bénéfice de 89 fr. 10 c. (La partie traitée a donné des lentilles sensiblement plus grosses que la partie non traitée.) UTILISATION AGRICOLE d'uN RÉSIDU INDUSTRIEL. 293 L'égrenage ayant été considérable à la récolle, les chiffres ci-des- sus sont entachés d'une certaine erreur ; mais je ne crois pas que la relation en soit i>Tavement influencée. 10" Minelte. De vastes espaces sont consacrés, à Orchamps, à cette culture qui est utilisée comme engrais vert. Un essai d'épandage, au mois d'avril, sur la récolte déjà grande nous a montré le danger qu'il y aurait à procéder à l'application des poussières potassiques pendant la période d'activité de la végétation. Deux jours après, la surface traitée était flétrie et ne présentait plus qu'une tache brune au milieu d'un tapis de verdure. Il est vrai que, quelques semaines après, de nouvelles pousses très vigoureuses étaient venues réparer le mal et contrastaient par leur vigueur avec les parties voisines non traitées. Les résultais chiffrés nous ont été fournis par des parcelles ayant reçu des poussières pendant l'hiver. Surface consacrée aux épandages : 5 hectares ; surface consacrée au témoin : 12 hectares. Des prises d'échantillons faites en divers endroits nous ont donné les rendements suivants : MATIÈRE VERTB „ . . , à l'hectare. Sur témoin 12 600 kilogr. Sur partie traitée 16 500 — l'Acédeiit de rendement 3 900 kilogr. qui, estimés au prix de 8 fr. la tonne (en comparaison avec le fu- mier), représentent un bénéfice de 31 fr. '^0 c. par hectare. 11° Trèfle el Luzerne. Pour le trèfle, nous n'avons pas de chiffres nets à présenter, des mélanges ayant eu lieu au moment de la ré- colle, mais il n'est pas douteux que l'excédent de rendement était très grand sur la partie traitée. La luzerne a reçu des poussières sur 4 hectares, en comparaison avec les parties non traitées (15 hectares) ; la différence de rende- ment a été évaluée à 1 800 kilogr. à l'hectare, soit en argent, à rai- son de 50 fr. les 1 000 kilogr., un bénéfice de 90 fr. La plus-value a porté presque exclusivement sur la seconde coupe. 294 ANNALES DE LA SCIENCE AGUONOMIQUE. C'est inlenlionnellement que dans tout ce qui précède nous avons passé sous silence les excédents relatifs aux pailles, n'ayant pu nous livrer avec assez de soins à la manutention formidable que ces pesées eussent nécessitée. Il n'en est pas moins vraisemblable que nous aurions eu à majorer presque partout le bénéfice résultant de l'emploi des poussières potassiques des hauts fourneaux, et que les chiffres que nous avons donnés doivent être pris comme des minima. La conclusion de nos essais sera donc que les poussières potassi- ques sont susceptibles d'un emploi agricole avantageux, chaque fois qu'elles mettront entre les mains de la culture des titrages suffisants de potasse. Pour le calcul de la valeur de celte matière, on pourra se baser sur les cours de la potasse des engrais commerciaux en les appli- quant à la partie solubie. Ainsi, dans le type moyen que nous avons indiqué au commen- cement de cette note, la valeur des 1000 kilogr. rendus à pied d'œuvre pourra être établie par le calcul très simple : Potasse soluble : 46 kilogr. à 0^40 riinité 18''40 (Pour mémoire) acide phosphoriqiie 12 kilogr. à 0^10 . 1 20 Total 19f60 Ainsi, quand un agriculteur dont les sols auraient besoin de po- tasse, pourra se procurer cette poussière sur la base de 19 fr. 60 c. la tonne, il aura avantage à le faire. Il faut tenir compte que le prix de transport de ces matières n'en permettra pas l'exportation à de grandes distances, et que c'est dans un rayon peu étendu autour des usines qu'elles seront susceptibles de trouver leur écoulement. En outre, il est nécessaire de considérer que le dosage de la po- tasse est très variable, par suite, le prix de la matière elle-même. Nous avons trouvé des échantillons ne renfermant que 1.2 p. 100 de potasse, d'autres allant à 7.5, écart de composition (jui se traduit par une différence de prix de 4 fr. 80 c. à 30 fr. la tonne. La vente de ces poussières à la culture devra en conséquence tou- jours se faire sur la base de garantie de la potasse soluble. UTILISATION AGRICOLE d'l'N RÉSIDU INDUSTRIEL. 295 En terminant, j'ai le devoir de présenter ici à M. X. Rogé, admi- nistrateur des hauts fourneaux de Pont-à-Mousson, et à M. Cavalier, le très compétent et très aimable directeur de cette usine, mes bien sincères remerciements pour l'obligeance extrême avec laquelle ils ont bien voulu mettre gracieusement à ma disposition les quantités de poussières dont j'avais besoin pour mes essais. Résumé. Il résulte de la note ci-dessus que : 1" les poussières d'épurateurs de hauts fourneaux renferment une quantité de potasse moyenne de 4 à 5 p. 100 et qu'elles peuvent recevoir un emploi agricole avantageux dans dilTérentes cultures et sur les sols dont le titrage de potasse ne dépasse pas 2 1/2 p. i 000 ; 2° La présence d'une petite quantité de sulfocyanures qui se trouve dans ces cendres n'en rend pas l'usage dangereux pour les plantes, à la condition que les épandages soient exécutés sur terre nue un mois ou six semaines avant les semailles ; 3° Les résultats oblenus en grande culture sur des sols appropriés ont démontré que sur presque toutes les cultures expérimentées, le résultat financier de l'emploi de ces poussières est avantageux. Il s'est montré particulièrement bon sur avoine et orge ; 4" Le prix des poussières potassiques peut être basé sur le cours moyen des engrais potassiques du commerce, soit 0*^40 par unité, kilogramme de potasse soluble, en tenant compte des frais de trans- port sur le lieu de l'emploi. DE L'EFFET DES ARROSAGES TARDIFS SL'-R LA PRODUCTION DE LA VENDANGE PAR MM. M U N T Z MEMBRE DE L'iNBTITUT DIRECTKUR DES LABORATOIRES DK 1,'lNSTITUT NATrONAli AGRONOMIQUE ED. A L B Y GÉRANT va DOMAINE DU MAS DEUS On sait que les vignes soumises à l'arrosage donnent générale- ment des récoltes très abondantes, mais des vins de moins de degré et de moins de couleur, plus verts, c'est-à-dire plus acides. Au point de vue du résultat financier, de pareils vignobles sont ordinairement avantageux. Si les frais que nécessitent les arrosages et les fortes fumures qui doivent les accompagner sont générale- ment élevés, si les vins très légers qu'on obtient se vendent à bas prix, l'augmentation de la production donne une très large compen- sation et les résultats se traduisent en bénéfices. Dans de pareils vignobles, la production peut atteindre et dépasser ^00 et 300 hec- tolitres à l'hectare. Aussi, presque partout où les arrosages sont pos- sibles, cherche-t-on à les appliquer ; un grand nombre de vignobles du Gard, de l'Aude et de l'Hérault produisent ainsi des récoltes extrêmement abondantes, avec des vins frais et légers, qui entrent le plus souvent dans des coupages avec des vins plus corsés. EFFET DES ARROSAGES TARDIFS SUR LA VENDANGE. 297 Ces arrosages se pratiquent à des époques variables, suivant les conditions climatériques, mais, en général, la masse d'eau apportée au sol dans le cours de la période végétative est considérable. Il ne s'agit pas ici de la submersion, pratiquée pendant la période biver- nale pour détruire le pbylloxéra et pour préserver des gelées, mais des arrosages donnés dans le cours de l'été, en une ou plusieurs fois, en vue de fournir de l'humidité au sol. Les vins des vignes arrosées forment une classe à part, acceptée par le commerce, et auxquels on ne reproche pas leur infériorité de titrage, puisque c'est un des caractères (jui leur sont propres. D'autres vignobles du Midi, cl il s'agit ici des plus grandes sur- faces, ne sont pas soumis à l'arrosage. Les vins qu'ils donnent sont notablement supérieurs aux premiers; ils ont plus de degré, plus de couleur, moins de verdeur. Dans ce cas les rendements obtenus sont bien inférieurs, quoifjue très variables, suivant la nature du terrain et les soins culluraux; ces rendements varient, d'une façon générale, entre 50 et 150 hectolitres à l'hectare, c'est-à-dire qu'ils atteignent à peu près la moitié de la quantité récoltée dans les vignes arrosées. Les prix de ces vins sont sensiblement plus élevés, à cause de la vinosité plus grande ; les frais d'exploitation n'atteignent pas le même chiffre, puisque les dépenses occasionnées par les arrosages n'existent pas, non plus que les façons supplémentaires auxquelles oblige leur application. Par contre, on peut dire que les vignes non soumises à l'arrosage sont d'un rapport moindre comme résultat argent. Aussi, partout où les arrosages peuvent s'appliquer, n'hésite-t-on pas à les faire inter- venir. Mais il est des cas spéciaux où l'arrosage n'est pas une pratique courante; il y aurait intérêt à les étudier. Il arrive, en effet, dans les régions méridionales, que de pareilles vignes viennent, à un moment donné, et surtout au cœur de l'été, ou vers l'époque de la maturation, à souffrir de sécheresses persis- tantes. Dans ces conditions, le grain reste petit et la production est considérablement diminuée. Les vins, il est vrai, sont riches en alcool, et leur couleur, à laquelle le commerce attache tant d'im- portance, en raison des coupages qu'elle facilite, est plus accentuée. 298 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Malgré les prix plus élevés qu'atteignent alors les vins, le résultat final est moins avantageux pour le propriétaire. Si fies pluies étaient survenues au cours de la végétation, son vin eût été quelque peu inférieur, mais, par contre, il eût obtenu une récolte beaucoup plus abondante et son bénéfice eut été plus élevé. Il est des situations où ces arrosages sont possibles, quoique difii- ciles, et où l'eau peut être amenée à la vigne à l'aide de machines. De pareils arrosages sont évidemment plus coûteux et on comprend qu'on hésite à les faire, surtout dans les années ordinaires, où ils auraient moins d'effet. Toutefois, dans les années sèches, il est pos- sible que, malgré les sacrifices qu'ils imposent, on ait intérêt à les appliquer. C'est cette question que nous avons voulu étudier. Les vins du Roussillon sont généralement très généreux, surtout dans la partie des Aspres, c'est-à-dire des terrains ondulés formant une chaîne de coteaux très peu élevés. Les vignes, principalement plantées en carignan, y donnent de très beaux vins, avec des rende- ments faibles, dont la moyenne se rapproche de 50 à 60 hectolitres à l'hectare. Mais ce rendement s'abaisse notablement quand les étés sont très secs, comme cela est arrivé en 1898, où, pendant presque toute la période végétative, la pluie a fait défaut. La plante n'a alors à compter que sur l'humidité emmagasinée dans le sol par les pluies d'hiver, sur les rosées matinales ordinairement peu abondantes et sur l'humidité que lui apporte l'air marin. Ce sont là des ressources insuffisantes et la végétation ne se développe que péniblement ; les feuilles n'ont pas cette turgescence qui dénote leur activité physio- logique ; le grain de raisin reste petit et n'annonce qu'une récolte médiocre. Même dans les vignes qui ont été abondamment fumées, on n'obtient alors que de très petits rendements. L'eau ne manque pas seulement à la plante, pour lui permettre une végétation puis- sante, elle manque aussi au sol, qui, trop sec, n'est pas apte à éla- borer les matériaux nutritifs des engrais, pour les présenter aux racines sous une forme assimilable. Deux causes influent donc sur l'infériorité des récoltes : d'un côté, la pénurie de l'eau de végéta- tion, de l'autre, la difficulté de la solubilisation des matériaux nutri- tifs dans le sol. Si, par des arrosages, on peut humecter suffisam- ment le sol, on supplée, dans une certaine mesure, à l'absence des EFFET DES ARROSAGES TARDIFS SUB LA VENDANGE. 299 pluies; mais ces dernières fournissaient l'eau gratuitement, tandis qu'un arrosage artificiel entraîne une dépense sensible. Il y a lieu de faire la balance entre les sacrifices que doit s'imposer le propriétaire pour faire un arrosage et le supplément de récolte qui peut résulter du fait de cette opération. Ordinairement, ce n'est pas dans les premiers temps de la séche- resse qu'on se résigne à faire ce sacrifice. On attend, dans l'espoir qu'une pluie bienfaisante le rendra inutile. C'est une chance à cou- rir. Mais, quand on voit approcher l'époque de la maturité et les grains rester petits et peu juteux, on n'est plus porté à compter sur le hasard d'une période de pluies, ou même d'un simple orage, ces phénomènes météorologiques étant assez rares à cette époque de l'année. Aussi, esl-ce à ce moment que le viticulteur, désespérant de voir arriver les pluies, se résigne, quand il le peut, à un arrosage artifi- ciel, destiné à suppléer à l'absence de chutes d'eau. Nous avons étudié cette question au centre du Roussillon, dans la grande propriété du Mas Deus, qui comprend plus de 300 hectares plantés en vignes et qui est située dans la région des Aspres, en dehors des conditions d'un arrosage naturel. Mais cette propriété est bordée par un torrent, le Réart. Au mo- ment des orages ou de la fonte des neiges, les eaux grossissent et coulent avec impétuosité et, pendant les périodes sèches, il n'y a qu'une nappe souterraine, plus ou moins abondante, mais non iné- puisable. Une puissante machine a été installée sur le bord de ce torrent et une canalisation d'environ 1 500 mètres de longueur permet d'en- voyer l'eau dans un réservoir en maçonnerie, d'une contenance de 8000 mètres cubes, placé au point le plus élevé du domaine, à en- viron 40 mètres d'altitude au-dessus de la nappe d'eau. Il s'agit donc de puiser l'eau dans le Réart, de la remonter dans le réservoir et de la distribuer ensuite dans les pièces qu'on veut ar- roser, tant par des rigoles à ciel ouvert que par des tijyaux et des siphons permettant de franchir les déclivités du terrain. Le calcul du prix de revient de l'eau d'arrosage ainsi distribuée est facile à établir ; nous y reviendrons plus loin. Pour le moment, 300 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. nous chercherons quels sont les résultats obtenus par l'arrosage ainsi pratiqué et pour lequel on a employé, en moyenne, 2 200 mè- tres cubes d'eau à l'hectare. Ainsi que nous l'avons dit plus haut, le domaine du Mas Deus n'est pas à l'arrosage. Ce n'est donc pas une praticjue courante dans ce vi- gnoble. Mais, en 1898, après un hiver très pluvieux et un printemps à ondées assez fréquentes, la pluie a subitement cessé de tomber et la sécheresse a persisté jusqu'à l'époque des vendanges. Dès le mois de juillet, on pouvait voir l'effet désastreux de cette sécheresse persistante sur la production: le raisin était abondant, mais les grains n'avaient qu'un faible développement et ne faisaient prévoir qu'une récolte très inférieure à la moyenne. C'est à ce moment qu'on a décidé de faire des arrosages dans un certain nombre de pièces et on les a continués du 25 juillet au 26 août, c'est-à-dire presque jusqu'à l'époque de la vendange. Il n'y a pas à se dissimuler que cet arrosage a été fait trop tardi- vement. Il n'en est pas moins intéressant de rechercher les effets qu'il a produits, pour savoir si, le cas échéant, on ne devrait pas recourir à la même pratique. Nous examinerons successivement les pièces qui ont été arrosées, comparativement avec des pièces voisines et dans un état identique, dans lesquelles l'arrosage n'a pas été pratiqué. Pour établir les différences entre les raisins qui avaient bénéficié de l'arrosage et ceux qui en avaient été privés, on a prélevé, sur un grand nombre de pieds, des grains pris à la partie supérieure de la grappe, les plus rapprochés du point d'al tache. Les échantillons ainsi prélevés étaient donc pai'faitement compa- rables. Le poids moyen du grain, ou plutôt celui de iOO grains, montrait l'augmentation relative produite du fait de l'arrosage. L'analyse, effectuée sur le moût obtenu par l'expression de ces grains, servait à déterminer les variations dans la composition de ceux-ci. On pouvait ainsi rechercher (juels sont les matériaux élaborés sous l'influence de l'arrosage, quelle est la différence existant dans la composition chimique et dans la valeur vénale des vins obtenus. EFFET DES ARROSAGES TARDIFS SUR LA VENDANGE. 301 A l'époque des vendanges, on a tenu compte du poids du raisin produit ; on avait ainsi tous les éléments pour calculer les avantages résultant de l'arrosage et pour les comparer aux sacrifices qu'on s'était imposés. Voici le détail des opérations faites et des observations recueillies sur les deux cépages dominants de la propriété, l'aramon d'un côté, le carignan de l'autre. Aramon. Vigne u" 42. Plantée en aramon, d'une contenance de 3''%75. La couche végé- tale est d'une fertilité et d'une qualité moyennes. La parcelle est ho- mogène. C'est une des meilleures pièces de la propriété. L'âge de la vigne est de sept ans. La végétation y est belle et régulière. Cette pièce avait reçu, en 1896-1897, I 200 kilogr. de viande desséchée, par hectare. L'arrosage a été fait les 18 et 19 août. Une parcelle de la pièce n'a pas été arrosée et a servi de témoin. Le 29 août, le sol étant en- core très humide, on a prélevé les échantillons de raisins. Dans la partie arrosée, le poids moyen de 100 grains était de 565 grammes ; dans la partie non arrosée, le poids moyen de 100 grains était de 382 grammes. L'augmentation de poids a été de 47.5 p. 100, c'est-à-dire qu'en représentant par 100 le poids des grains dans la partie non arrosée, il était de 147.5 dans la partie arrosée. Dans cette dernière, l'absorption de l'eau était visible à l'œil et extraordinairement manifeste. Les grains étaient fortement gonflés, les feuilles elles-mêmes étaient plus vertes et plus turgescentes. D'une façon générale, l'aspect de la partie arrosée était bien plus beau que celui de la partie non arrosée. On voit par là qu'il suffît de très peu de jours pour que l'effet de l'arrosage se fasse sentir et pour que le raisin absorbe des quantités d'eau considérables qui, dans le cas actuel, ont augmenté son poids d'un tiers. 302 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Si, à ce moment, on avait fait la vendange, celle-ci eût donc été augmentée de près d'un tiers, ou même d'une plus forte quantité, puisque les raisins ainsi gonflés d'eau eussent donné propoilion- nellemenl plus de jus. Mais la maturilé n'était pas complète et on a attendu une dizaine de jours encore pour faire la récolte. Avant de la faire, on a prélevé de nouveaux échantillons, le 7 sep- tembre, c'est-à-dire neuf jours après le !premier prélèvement. A ce moment, la maturité n'était pas encore tout à fait complète; on a ce- pendant procédé à la vendange, en raison de la situation du vignoble dans un bas fonds, la pourriture étant à craindre dans le cas où des pluies seraient survenues. La maturité était moins parfaite dans la partie arrosée que dans celle qui ne l'était pas et, dans la première, les grains étaient peu colorés à leur base, tandis que dans la vigne non arrosée, la coloration de la pellicule était uniforme. Au simple aspect, on voyait encore Une différence sensible dans la quantité de vendange. Les échantillons prélevés ont donné les résultats suivants: RAP- POIDS PORT en Ire le poids DEHSITÉ ACtDlTÉ en SUCRE HEOTO- SUCRE A.CIDITK eu moyen des grains arrosés du acide pour LITUES par acide de et tartriqiie par tartriqiie 400 graiDj. eeliii des grains nou arrosés. moût. par litre. 100". hectare. hectare. par hectare. gr- drgrés. gi-- gr. kllngr. kilcigr. Arrosé .•)28 128,3 10 3 9,.i3 17,5 134 2 345 127,70 Non .arrosé. . . . Augmentation du 410 100,0 10 8 8,11 18,6 104 1 934 84,35 fait lie l'arrosage. 118 " » » » 30 411 43,35 Vigne n° 27. Plantée en aramon et d'une contenance de 4'", 47. Cette pièce est formée par une bonne terre de culture ; il y a bien quelques parties pierreuses, mais les parties fines prédominent et c'est une des meil- leures terres de la propriété. En 1896-1897, elle avait reçu 10 000 EFFET DES ARROSAGES TARDIFS SUR LA VENDANGE. 303 kilogT. de fumier de ferme et 800 kilogr. de crottins de moutons par hectare. La vigne est âgée de sept ans; l'aspect général y est satisfai- sant, on n'y observe pas de parties faibles. L'arrosage a été fait les 4 et 5 août. Une parcelle de la pièce n'a pas été arrosée et a servi de témoin. Le 29 août, le sol étant ressuyé, on a prélevé les échantillons, vingt-trois jours après l'arrosage. Dans la partie arrosée, le poids moyen de 100 grains était de 516 grammes, et dans la partie non arrosée, le poids moyen de 100 grains était de 450 grammes. L'augmentation de poids a été de i4.5 p. 100, c'est-à-dire qu'en représentant par 100 le poids des grains dans la partie non arrosée, il était de 114.5 dans la partie arrosée. Ici encore, une différence très notable existait entre la partie ar- rosée et celle qui ne l'était pas, tant dans l'état de la vendange que dans l'aspect général du vignoble. On a suivi cette vigne en faisant, jusqu'au moment de la maturité, encore deux prélèvements à des époques différentes, soit le 5 septem- bre et le 12 septembre. Voici les résultats constatés : RAP- POIDS PORT ontri^ le poids DENSITÉ ACIDITÉ en SUCRE HBCTO- SUCRE ACIDITÉ en moyen des grains arrosés du acide pour tiITRES par acide de et tartrique par tartrique «A 100 graios. cri ni des grains uou arrosés. nioùt. par litre. lOOcc. hectare. hectare. par hectare. pr. di'grés. gr. gr. kilogr. kilogr. 5 êtptemli-e : Arrosé 501 122,5 9 9 12,59 16,7 88,5 1478 111,4 Non arrosé. . , . Augmentation du 411 100,0 10 8 8,96 18,6 72,5 1348 65,0 fait de l'arrosage. 93 u » » » 1G,0 130 40,4 13 septembre : Arrosé 561 1^1,2 10 7 10,10 18,3 98,6 1804 99,58 Kon arrosé. . . . Augmentation dn 461 100 10 9 8,11 18,8 81,4 1530 66,01 faitderarrosage. 100 » D » B 17,2 271 33,57 Ces observations montrent qu'après l'airosage, même au bout de 304 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. trois semaines, la composition du raisin est très différente, l'arro- sage ayant pour premier effet d'introduire dans le grain une notable quantité d'eau et de diluer ainsi la matière sucrée. Mais, tandis que celle-ci se trouve délayée, on observe une formation d'acide extrê- mement abondante, qui est le fait le plus saillant de l'arrosage pen- dant les premiers temps qui suivent son application. Vigne n° S5. Plantée en aramon. Contenance 5''",23. Cette pièce ne renferme qu'un hectare de bonne terre, le reste étant de médiocre qualité. La vigne y est âgée de sept ans, la végétation y est belle dans la par- tie riche, mais les sarments sont peu développés dans la partie mai- gre. Elle avait reçu, en 1896-1897, 2800 kilogr. de crottins de mou- tons par hectare. Elle a été arrosée le 25 août. Une parcelle d'un hectare n'a pas été arrosée et a servi de témoin. Le prélèvement a été fait le 2 septembre. RAP- POIDS PORT entre le poids DENSITÉ ACIDITÉ en SUCRE HECTO- SUCRE ACIDITÉ en moyen des graius arrosés du acide jiour LITRES par acide de el tartrique par tartrique 100 gruiDS. celui des graius non arrosés. moût, degrés. par litre. lOO". hectare. heclare. par hectare. gr. gr. gr- kilogi . kilogr. Arrosé. .■ . . . . 401 109,5 9 .5 8,83 is, 9 63,5 iooy,6 56,07 Non arrosé. . . . Augmentation du 369 100,0 9 9 9,39 16,7 58,0 968,6 54,46 fait de l'arrosage. 35 » )> » u 3,5 41,0 1,61 Dans cette pièce, qui n'avait pas été fumée depuis quelque temps, l'effet de l'arrosage sur le rendement, sur la composition du raisin et surtout sur la quantité de sucre et d'acide élaborée par hectare a été très peu considérable. Il convient de dire que c'est la partie la plus mauvaise de la pièce qui a été arrosée, la meilleure ayant servi de témoin. EFFET DES ARROSAGES TARDIFS SUR LA VENDANGE. 305 Vigne n° 40. Plantée en aramon. Contenance 6''", 07, sur lesquels i''%62 ont été arrosés, le reste de la pièce ayant servi de témoin. Cette pièce est constituée par une terre argilo-siliceuse, assez grasse, renfermant cependant 60 ares environ de parties pierreuses. Elle a reçu, en 1897,5300 Idlogr. de fumier de bergerie, 1 700 kilogr. de crottins de moutons et 400 kilogr. de superphosphate par hectare. La vigne y est âgée de sept ans, la végétation est vigoureuse. . . L'arrosage a été fait les 28-29 juillet, et le prélèvement lei" sep- tembre. Voici les résultats obtenus : RAP- POIDS PORT eutre le poids DENSITÉ ACIDITÉ en SUOUB HKCTO- SUCRE AOIDIT en moyen des graius arrosés du acide pour I.ITRB8 par acide de et tartrique • ]iar tartrique • <00 griios. celui des grains uou arrosés. lllOÙt. par litre. 100m. hectare. hectare. par hectare. et- degrés. «<■• gr- kilogr. kilogr. Arrosé 528 117,7 9 4 12,45 is, 6 5;5,o 82(;,8 65,98 Non arrosé. . . . Augmentatioa du U7 100,0 10 i 11,03 17,8 44,9 799,2 49,52 » fait de r.arrosage. 81 » » » » 8,1 27,6 16,46 Carignan. Vigne n" 33 bis. Plantée en carignan. Contenance 3''%23. La terre est très maigre, toutes les parties sont pierreuses ; cette vigne craint beaucoup la sécheresse. Elle a reçu, en 1896-1897, 1 200 kilogr. de chiffons, 650 kilogr. de tourteau de colza et 600 kilogr. de superp.hosphale par hectare. Elle est âgée de sept ans; sa végétation est languissante, à sarments grêles. .L'arrosage a été fait le 19 juillet et le prélèvement le 5^septembre. AXN. SCIENCE AQRO.N. — 2" SÉRIE. 1899. — I. 20 306 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Les résultats obtenus ont été les suivants: RAP- POIDS PORT eutre le poids DENSITÉ AOIDITK en sncKE HECTO- eUC'KK ACIDITÉ eu moyen des grains an osés du acide |)Our IiITRES par acide de et tartrique par lartriqui- 100 gr. celui des grainb uou arrosés. nioikt. par litre. 100« hectare. hectare. par hectare. gr- degrés. gr- gr. kilogr. kilogr. Arrosé 319 134,9 11 4 is, 10 19,9 49,1 977,1 64,32 Non arrosé. . . . Augmentation du 236 100 12 10,82 21,2 36,4 771,7 39,38 fai t de l'arrosage. 83 M » » » 12,7 205,4 24,94 Vigne n° 3. Plantée en carignan. Contenance 5^%51. Cette vigne est constituée par une très bonne terre ; c'est une des meilleures pièces du do- maine ; elle avait reçu, en 1896-1897, 2 000 kiloc^r. de crottins de moutons et 860 kilogr. de tourteau de sésame par hectare. La vigne y est âgée de sept ans; elle est très régulière, les ceps sont forts et vigoureux. L'arrosage a été fait les 16-17 août, le prélèvement le 6 sep- tembre:. Voici les résultats obtenus : RAP- POIDS PORT eutre le poids . DENSITÉ ACIDITÉ eu SUCRE HECTO- SUCRE ACIDITÉ en moyen des grains arrosés du 'acide pour LITRES par acide de et tartrique par tartrique 100 grains. celui des grains nou arrosés. moût. par litre. 100c.-, hectare. hectare. par hectare. gr- degrés. gr- gr. kilogr. kilogr. Arrosé. ..... 308 ■ 123.2 10 8 is, 80 18,6 48,3 898,4 €6,65 Non arrosé. . , ' . Augmentation du 250 100 11 6 11,09 20,4 39,2 799,7 43,47 fait de l'arrosage. 58 » j» " » 9,1 98,7 23,18 EFFET DES ARROSAGES TARDIFS SUR LA VENDANGE. 307 Vigne n" 28. Plantée en carignan. Contenance 8''%97. La terre est de qualité médiocre. La vigne est âgée de sept ans ; la vigueur laisse à dési- rer, il y a de nombreux man(|uants et des parties faibles. Elle avait reçu, en 1896-1897, 2 800 kilogr. de crottins de mou- tons et 400 kilogr. de superphosphate par hectare. L'arrosage a été fait les 25-27 juillet, le prélèvement le 16 sep- tembre* On a obtenu les résultats suivants : Arrosé Noa arrosé. . . . Augmentation du fait de l'arrosage. POIDS moyen de 100 grains. RAP- PORT entre le poids d'-s grains arrosés et celui des grains non arrosés. DENSITÉ dn moût. ACIDITÉ en acide tarlrique par litre. SUCER pour I00«. HECTO- LITRES par heclarc. SUCRE par hectare. AOIDITH en acide tartriquc par hectare. 308 211 145,7 100,0 degrés. 12 12 9 gr- 10,17 7,47 21,2 23,1 33,2 24,6 kilojj'r. 703,8 568,3 kilogr. 33,76 18,38 97 » u a » 8, G 135,5 15,38 Vigne n" 28 bis. Plantée en carignan. Contenance 6''%51. Cette vigne est inégale et généralement très médiocre ; elle renferme des parties humides. Elle est âgée de sept ans. Elle avait reçu, en 1896-1897, 2 800 kilogr. de crottins de moulons et 400 kilogr. de superphosphate par hec- tare. L'arrosage a été fait le 2 août; le prélèvement le 21 sep- tembre. Tableau. 308 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. On a obtenu les résullats suivants : RAP- POIDS PORT en ire le poids DBN8ITS ACIDITÉ en BUCBE HECTO- SnCRB AOIDTTï en moyen de di'S grains arroséi et du acide tartrique pour LITRES par ]>ar acide tartrique 100 iriins. celui des grains non arrosés. moût. par litre. 100«. hectare. hectare. par hectare. gr- degrés. «<■■ gr. kilogr. kilogr. Arrosé 333 127,9 11 9 9,75 21,0 44,2 928,2 43,09 Non arrosé. . . . Augmentation du fait de l'arrosage. 2r>o lOD.O 12 2 9,32 21,7 34,5 748,6 32,15 73 » )) » » 9,7 ■ 179,6 10,94 Vigne n" 40. Plantée en carignan. Contenance 6''%07. Cette vigne est formée par une terre grasse et productive, sauf GO ares de parties pier- reuses. La vigne est âgée de sept ans et la végétation est vigoureuse; c'est une des meilleures pièces, d'ailleurs abondamment fumée dans ces derniers temps. Elle avait reçu, en 1896-1897, 5 300 kilogr. de fumier de bergerie, 1 700 kilogr. de crottins de moiitôns et 400 kilogr. de superphosphate par hectare. L'arrosage a été fait les 28-29 juillet ; le prélèvement le 9 sep- tembre. On a obtenu les résultats suivants : RAP- POIDS moyen PORT entre le poids des grains arrosés DENSITÉ du ACIDITÉ en acide sec RE pour HECTO- LITRES SUCRE par ACIDITÉ en acide de et tartrique par tartrique 100 grains. celui des grains non arrosés. moût. par litre. 10U«. hectare. hectare. j.ar lieclare. gf- degrés. gr- gf- kilogr. kilogr. Arrosé 319 122.2 11 5 il, 46 80,2 66,0 1333 75, 6i Non arrosé. . . . Augmentation du 261 lou 11 3 10,10 19,6 54,0 1058 54,54 fait de l'arrosage. 58 » a j> tt 12,0 275 21,10 EFFET DES ARROSAGES TARDIFS SUR LA VENDANGE. 309 Vigne n° 43. Plantée en carignan. Contenance 2''%22. Cette vigne est d'assez bonne qualité ; c'est une des meilleures pièces du domaine. Elle est âgée de douze ans, régulière et assez vigoureuse. Elle n'avait pas été fumée en 1896-1897. L'arrosage a été fait les 22-23 août ; les prélèvements les 9 et 21 septembre. On y a obtenu les résultats suivants : B\P- POIDS POKT entre le poids DBKSITÉ ACIDITÉ eu SnC'RB HECTO- SUCKE AOIDITfc en moyen des grains arrosé» du acide pour LITRES par acide de et tarlrique par tartriquc 400 griiDs. celui des grains u6n arro>és. moût. par litre. lOOcc. lii'Ctarc. lioctare. par hectare. !?■■ degrés. gr- g"-- kilngr. kilogr. 9 septembt-e ; Arrosé 324 127, ."i 11" 3 il, 87 19,6 » 1 348 81,66 Non arrose. . . . 21 septembre : 251 100,0 U ."> 9,96 20,2 » 1034 50,99 Arrosé. ..... 347 134,3 12 9,75 21,2 68,8 1458 67,08 Non arrosé. . . . Angincntation du 25 i 100,0 11 5 8,0.". 20,2 .il, 2 1 034 41,11 fait de l'arrosage. 89 w " » )> 17,6 424 25,97 Ce qui frappe surtout dans l'ensemble de ces observations, c'est le gonflement rapide du grain, dont le poids augmente généralement d'un quart ou d'un cinquième, par le seul fait de l'humectation du sol, et celte action est très rapide, puisqu'elle atteint son maximum peu de jours après l'arrosage. Cette introduction d'eau a pour effet manifeste de diluer les ma- tières sucrées contenues dans le grain. Aussi, la densilé du moût s'abaisse-t-elle sensiblement. Si cependant nous rapportons à l'unité de surface les quantités de sucre existant au même moment dans la partie arrosée et dans la partie non arrosée, nous constatons d'une façon régulière que cette quantité a augmenté, dans des proportions variables il est vrai, mais qui sont loin d'être négligeables, puisqu'elles sont ordinairement 310 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. comprises entre 200 et 300 kilogr. et qu'elles se sont élevées jus- qu'à près de 400 kilogr. La quantité d'alcool formée étant proportionnelle à la quantité de sucre, on voit qu'en réalité l'arrosage a produit un surcroît d'alcool pouvant s'exprimer en argent. On doit attribuer ce surcroît de matières sucrées à l'activité plus grande des feuilles qui, ayant pu reprendre toute leur vitalité par l'absorption d'une certaine quantité d'eau, ont pu élaborer plus de matériaux hydrocarbonés qui se sont accumulés dans le grain. Ce qui est plus manifeste encore, c'est la production de l'acide. Dans ces calculs, nous avons exprimé l'acidité en acide tartrique, quoique ce ne soit pas cet acide qui existe exclusivement dans le gram. Ici, il ne se passe pas un phénomène analogue à celui qui a lieu pour le sucre, et le moût, plus abondant par suite de l'absorption d'eau, n'est pas, comme on pourrait le croire, moins riche en acide ; bien au contraire, le moût des vignes arrosées est notablement plus acide que celui des vignes non arrosées. 11 semble, en réalité, que l'arrosage fait subir au raisin une sorte de rétrogradation dans la maturité, la composition du grain se mo- difiant sous cette influence, de manière à se rapprocher de ce qu'elle était à une époque moins avancée de l'année. La richesse plus grande du grain en matériaux acides, jointe à l'augmentation du poids du grain, explique l'augmentation notable de l'acide existant, à égalité de surface, dans les vignes arrosées. Cette augmentation est généralement d'un tiers de la quantité totale, quelquefois plus considérable encore. 11 apparaît que, surtout dans les premiers temps de l'application de l'eau, les feuilles ont une activité exceptionnelle au point de vue de la production de l'acide, qui s'est exallée sous l'influence de l'arrosage. C'est là un phéno- mène physiologique qui mérite d'attirer notre attention. Quelle influence cette exagération de l'acidité peut-elle avoir sur la qualité des vins? A première vue, on peut dire que ceux-ci doivent acquérir plus de verdeur, c'est-à-dire se rapprocher davantage des petits vins de plaine de moindre qualité. EFFET DES ARROSAGES TARDIFS SUR LA VENDANGE. 311 Cela est vrai ; mais en nous plaçant au point de vue spécial des vignes du Roussillon, et surtout des Vignes des coteaux, comme celles du domaine sur lequel nous avons opéré, loin de regarder cette exagération de l'acidité comme défavorable, nous devons nous en féliciter. En effet, dans de pareils vignobles, la richesse saccha- rine et, par suite, la vinosité sont ordinairement élevées; l'acidité, au contraire, à maturité complète, est faible, et pour obtenir une bonne vinification, des vins limpides et de bonne tenue, il est utile d'y ajouter une certaine quantité d'acide larlrique ; c'est une pra- tique courante dans celte région. Si, par l'effet de l'arrosage, nous arrivons à augmenter dans une proportion sensible cette acidité, cela ne peut être qu'avantageux ; l'addition d'acide tartrique à la vendange deviendra inutile et les vins auront naturellement assez de verdeur pour avoir une bonne tenue et cette saveur spéciale sans laquelle ils sont plats et insipides. Si une certaine exagération de l'acidité est à craindre dans les vignes des régions où la maturation est difficile, ainsi que dans les vignes soumises à la submersion ou plantées dans les terrains frais, conditions dans lesquelles l'acidité a déjà une tendance à être exces- sive, elle n'est point à redouter dans la.région méridionale et surtout dans les terrains secs, où le plus souvent l'acidité est insuffisante. Les arrosages que nous avons pratiqués, quoique très tardifs et ne pouvant avoir l'action qu'ils auraient eue si on n'avait pas attendu au dernier moment pour les appliquer, ont donc eu sur la récolte une influence notable ; ils ont augmenté la quantité de vin produite à l'hectare, ils ont augmenté aussi la quantité de sucre et, par suite, celle de l'alcool ; en outre, ils ont donné à ces vins un degré d'acidité plus favorable que nuisible. Toutes choses égales d'ailleurs, on peut admettre que les vins des vignes arrosées et non arrosées ne diffèrent entre eux que très peu au point de vue de la qualité et que leur, valeur vénale peut se cal- culer d'après leur degré alcoolique. Cette hypothèse est d'ailleurs conforme à la réalité des faits, et en 1898, les vins se sont vendus au prix moyen de 2 fr. le degré d'alcool, soit 22 fr. l'hectolitre de vin à 11 degrés. Ceci élant admis, nous avons les éléments pour calculer la recette 312 , ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. brute dans ces deux conditions que nous comparons et, par suite, la plus-value altribuable à l'arrosage. Voici les résultais ainsi obtenus : NATURE PU OÉPAOB et numéros des pièces. HEC- VALEUR TOLiTRBS RiOHKSSE marchande produits alcoolique ^g à l'hectare. du vin. l'hectolitre. Aramon n° 42. . Arrosé . . . Non arrosé . Augmeutatioa par l'arrosage . Arrosé. . Non arrosé Aramon n» 27, Augmentation par Tarrosage Aramon n" 25 Arrosé . . . Non arrosé . Augmentation par l'arrosage . Aramon n° 40. . Arrosé . . . Non arrosé . Augmentation par l'arrosage . Carignann^SSô?'* Arrosé . . . Non arrosé . Augmentation par l'arrosage . Carignan n° 3, Arrosé. . . Non arrosé . Augmentation par l'arrosage. Carignan u"* 40 . Arrosé . . . Non arrosé . Augmentation par l'arrosage . \ Arrosé. . . Carignan n" 28 . { ^, I Non arrosé . Augmentation par l'arrosage . n ■ o^r.,. ( Arrosé, . . Car)gnann°28625 < ^, I Non arrosé . Augmentation par l'arrosage . Arrosé. . . Non arrosé . Augmentation par l'arrosage . Carignan n° 43 . 134 104 "30 98,6 St,4 17,2 63,5 58,0 5,5 53,0 44,9 49,1 36,4 12,7 48,3 39,2 "m 66,0 54,0 T2;ô 33,2 24,6 8,6 44,2 34,5 ~9J 68,8 17,6 10,5 11,2 11,0 11,3 9,5 10,0 9,4 10,7 11,9 12,7 11,2 12,2 12,1 11,8 12,7 13,9 12,6 13,0 12,7 12,1 fr. 21,0 22,40 22,00 22,60 19,00 20,00 18,80 21,40 23,80 25,40 22,40 24,40 24,30 23,60 25,40 27,80 25,20 26,0 25,40 24,20 PRODUIT brut par hectare. fr. 2814 2 330 484 2 169 1 810 329 1 206 1 160 46 996 961 35 1 168 924 244 1 082 956 126 1 597 1 274 323 843 684 159 1 114 897 217 1 747 1 239 508 EFFET DES ARROSAGES TARDIFS SUR LA VENDANGE. 313 La moyenne de raugmentation de recette brute par hectare est de 240 fr. 50 c. On voit que, dans tous les cas^ l'arrosage a donné une augmentation de recette brute, mais avec de très grandes variations d'une pièce à l'autre. La nature de la terre, son degré de fumure elles conditions tenante l'état des •pi<3ds de vigne^ doivent être considérés comme les causes principales de ces variations. Dans deux pièces, l'augmentation a été insignifiante ; dans d'au- tres, et c'était le cas des terres les plus fertiles par elles-mêmes, ou de celles qui avaient reçu de fortes fumures, cette augmentation a été jusqu'à atteindre 500 fr. Si nous prenons la moyenne de ces divers résultats, nous trouvons une augmentation de 246 fr. 30 c. par hectare. Ce résultat est certainement important, surtout pour des vignobles qu'on peut considérer comme n'étant pas de haute production et pour lesquels les frais aimuels divers (culture, traitements, engrais, vendange, vinification, etc.) ne s'élèvent pas à plus de 450 fr. envi- ron par hectare. Plaçons en regard les sacrifices occasionnés par l'arrosage. Ils sont de deux ordres : 1" l'arrosage proprement dit, c'est-à-dire le coût de l'eau et de la main-d'œuvre nécessaire à sa distribution ; 2" l'appauvrissement du sol, qui doit être compensé par des fu- mures plus abondantes. Nous avons tous les éléments pour établir le premier de ces cal- culs. Le réservoir a une capacité de 8 000 mètres cubes. .. On le remplit en trois jours et demi, en travaillant seulement le jour. Voici le détail de la dépense : 3 journées et demie de mécanicien à 15 fr 52'^ 50 3 journées et demie de chauffeur à 3 f r 10 50 1 750 kilogr. de charbon à 30 fr. la tonne 52 50 firaissage . . . , . 10 38 Entretien de la machine et du bassin. 1 15 li litres de vin à fr. 25 c. pour le mécanicien et le chauffeur. 3 50 Total 130f53 soit un prix de revient moyen par mètre cube d'eau de fr. 016. 10 50 6 15 120 00 60 10 00 2 05 314 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Voici maintenant cftiels furent les frais d'arrosage, calculés d'après la pièce n" 42, de 3''",50 de superficie et placée dans les conditions moyennes : Détail de la dépense. Tracé des rigoles à la charrue ...... ^ .. . 2f 75 Curages à la main des rigoles principales : 4 journées d'homme à 2 fr. 50 c 10 00 Distribution de Teau : 3 journées et demie d'homme à 3 fr. la journée . . . 3 journées et demie d'un enfant à 1 fr. 75 c 7 500 mètres cubes d'eau à 0^016 Vin pour l'arroseur . ' Amortissement du capital, tuyaux et intérêts Frais généraux. . ' Total de la dépense 162^05 soit un prix de revient à l'hectare de 46 fr. 30 c. L'arrosage tel que nous l'avons pratiqué n'appauvrit pas le sol, en ce sens qu'il n'opère pas de lavage ; toute l'eau est absorbée par la terre et s'évapore ensuite ; il n'y a donc pas de pertes par entraîne- ment dans le sous-sol. Mais cette pratique, poussant à une végétation et à une fructifica- tion plus active, enlève au sol une plus grande quantité de matières fertilisantes. Les feuilles, les bois et les raisins plus développés ont emmagasiné dans leurs tissus une plus grande quantité d'azote, d'acide phosphorique et de potasse. Mais il ne faut pas s'exagérer l'importance de cette cause d'épuisement. En nous basant sur nos recherches antérieures, nous pouvons estimer que le surcroît d'élé- ments fertiHsants ainsi employés représente, pour les vignes en ques- tion, c'est-à-dire des vignes de rendement plutôt faible qu'élevé et de végétation plutôt modérée : . . Azote ........ ... ■ 6 kilogr. Ai-ide phosphorique. . . 2 — Potasse 5 . — Encore ces matériaux retournent-ils en grande partie à la vigne plus ou moins directement. EFFET DES ARROSAGES TARDIFS SUR LA VENDANGE. 315 En admettant toutefois que tous ces éléments soient perdus, ils représenteraient une dépense de : Azote : 6 kilogr. à l fr. CO c 9f 60 Acide phosphorique : 2 kilogr. à fr. 40 c. 80 Potasse : 5 kilogr. à fr. ÔO c 2 50 Total 12f90 En ajoutant cette, somme à celle qui représente l'arrosage pro- prement dit, nous arrivons à un coût moyen de 60 fr. environ par hectare. Si nous nous reportons aux résultats indiqués plus haut, nous voyons que l'augmentation moyenne des recettes du fait de l'arro- sage tardif que nous avons pratiqué a été de 246 fr. 30 c. Il y a donc eu par cette opération un bénéfice argent de 186 fr. par hectare. On voit par là qu'il y a un intérêt très réel à pratiquer l'arrosage pendant les années sèches, qui sont de beaucoup les plus fréquentes dans la région, malgré les difficultés que cette pratique présente dans les conditions d'un vignoble situé en coteaux ou en terrain on- dulé et où l'eau, prise à une certaine distance avec une différence de niveau notable, doit être élevée à l'aide d'une machine. ETUDE SUR L'ACIDE PHOSPHORIQUE DISSOUS PAR LES EAUX DU SOL PAR Th. SCHLŒSING fils Les eaux qui imprègnent le sol ou qui y circulent tiennent en dissolution une quantité infime d'acide phosphorique. Le fait est établi depuis longtemps par une multitude d'analyses, exécutées tant sur les eaux de drainage que sur les dissolutions extraites arti- ficiellement du sol au laboratoire. La proportion d'acide phospho- rique, tout en restant constamment très faible, varie beaucoup. Elle est comprise d'ordinaire entre quelques centièmes de milligramme et i milligramme par litre, et va parfois jusqu'à 2 milligrammes et 3 milligrammes. Elle paraît, à première vue, sans importance pour la nutrition des plantes. En effet, un hectare, à raison de 3 000 tonnes de terre végétale à 15 p. 100 d'eau et de 1 milligramme d'acide phos- phorique par litre de cette eau, ne renfermerait, à l'état dissous, que 0''^,45 d'acide phosphorique. Or, qu'est-ce que ce poids de 0''^',45 devant les 20 ou 40 kilogr. contenus dans la récolte? 1. Comptes rendus de r Académie des sciences, 25 juillet, 8 août et 21 no- vembre 1S98. ACIDE PHOSPHORIQUE DISSOUS PAR LES EAUX DU SOL. 317 D'autre part, les expériences classiques de J. Sachs et d'autres physiologistes ont appris que les racines, grâce à leurs sucs acides, étaient capahles d'attaquer les phosphates insolubles à l'eau et de les mettre à profit. ■ Rapprochant ces faits, on a admis assez naturellement que la source essentielle du phosphore des végétaux résidait dans les phos- phates non dissous du sol, phosphates utilisés après attaque et disso- lution par les racines. Il m'a semblé qu'il y avait lieu de se demander si cette opinion n'était pas trop absolue et ne restreignait pas à l'excès le rôle de l'acide phosphorique qui se trouve dans les eaux à l'état de dissolution. La question a déjà été examinée par M. J. JoflVe à propos de l'action des superphosphiiies (Bulletin de la Société chi- mique de Paris, 1895-1898). On peut l'élargir et l'étendre au cas général des sols agricoles additionnés ou non de cet engrais. C'est ce que j'ai essayé de faire. Je ne crois pas avoir épuisé le sujet; mais je suis arrivé à plusieurs résultats auxquels on accordera peut- être quelque intérêt. Dans ces recherches, j'ai largement mis à pro- fit, comme on verra, une méthode et des travaux antérieurs de M. Th. Schlœsing, mon père. J'ai étudié successivement : 1° Certaines particularités que présente le phénomène de la dis- solution de l'acide phosphorique dans les sols; 2* Un procédé permettant de déterminer, sur un très petit échan- tillon d'une terre, le taux de cet acide dans la dissolution qui im- prègne la même terre en place ; 3° L'utilisation, par les plantes, de l'acide phosphorique dissous. I Dissolution de l'acide phosphorique dans les sols. Déplacement des dissolulions du sol. — J'ai extrait les dissolu- tions contenues dans divers sols. J'ai employé à cette extraction le procédé qui est fondé sur le déplacement par l'eau versée très len- tement en pluie régulière (Th. Schlœsing père, Comptes rendus, t. LXX, 1870, et Contribution à l'étude de la chimie agricole). On 318 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE, sait que dans ce procédé l'eau d'arrosage pousse giaduellemenl de- vant elle la dissolution préexistante qui finit par s'accumuler dans les parties basses et par s'écouler au bout de quatre ou six jours. Une bonne part de la dissolution peut être l'ecueillic sans mélange avec l'eau introduite par la partie supérieure. Si l'on opère sur 40 ki- logr. de terre, dans les conditions convenables, on obtient en géné- ral au moins 1 litre de la dissolution même, inaltérée, qui était ini- tialement contenue dans le sol arrosé. Ce procédé a rendu, au début des recherches dont je rends compte, des services inestimables et a permis de faire les premières constatations qui ont engagé à aller plus loin. Dosage de l'acide phosphoriqiie. — Je dirai tout de suite comment a été dosé l'acide phosphorique dans les dissolutions extraites par déplacement et dans celles que nous apprendrons à préparer avec les sols. On évapore 1 litre de Hquide à l'ébullition dans un ballon. On réduit à un volume de quelques centimètres cubes ; ce qui se fait sans danger si l'on place successivement sous le ballon des plaques métalliques qui sont percées d'un trou circulaire de plus en plus petit et qui empêchent la surchauffe des parois non mouillées. On transvase dans un petit verre de Bohême le liquide restant, en dis- solvant le dépôt par un peu d'acide azotique. On fait digérer au bain de sable ; l'acide chlorhydrique, qui généralement existe en faible proportion dans la liqueur donnée, est ainsi éliminé. On fait passer le contenu du verre de Bohême dans une capsule de platine, en lavant avec un peu d'eau et d'acide azotique et l'on évapore à sec. La capsule est ensuite chauffée modérément au bec Bunsen, jusqu'à ce qu'on voie la petite quantité de matière orga- nique, comprise dans le résidu qu'elle renferme, noircir et brûler; cette combustion est très rapide et complète, et ne risque pas, e;i présence d'azotate de calcium, de faire perdre d'acide phospho- rique. Ici se présente un moyen très simple d'écarter cet azotate de cal- cium qui, lors de la précipitation finale de l'acide phospboritpie par le réactif molybdique en liqueur très réduite, pourrait être une ACIDE PHOSPHOKIQUE DISSOUS PAR LES EAUX DU SOL. 319 gêne. On reprend le contenu de la capsule par 1 ou 2 centimètres cubes d'eau additionnée de quelques gouttes d'ammoniaque et l'on fait passer sur un très petit filtre (de 2 centimètres de rayon envi- ron). L'azotate de calcium est emporté, tandis que l'acide phospho- rique reste, on l'a vérifié, entièrement sur le filtre. On lave une seule fois avec 1 ou 2 centimètres cubes d'eau. On fait tomber dans un petit verre de Bohême la matière arrêtée par le filtre, avec le jet fin d'une pissette. On ajoute un peu d'azotate d'ammonium, on évapore à sec et l'on chauffe au bain de sable (en recouvrant le verre de Bohême avec un verre de montre) pour inso- lubiliser la silice. Après quoi, on reprend par de l'eau acidulée et l'on filtre. La liqueur filtrée est réduite à un très faible volume (2 à 4 centimètres cubes) dans un petit verre de Bohême ; vers la fin de la concentration, on fait digérer un moment à l'ébullilion pour trans- former en acide phosphorique l'acide pyrophosphorique qui a pu se former lors de la calcination dans la capsule de platine. L'acide phosphorique est enfin précipité par le réactif molybdique et, après douze heures, recueilli et pesé avec les précautions connues. Dans les cas ordinaires, l'acide sulfurique n'est pas en proportion assez forte pour embarrasser le dosage ; mais on rencontre fréquem- ment des dissolutions d'où il est nécessaire de l'éliminer, en vue d'éviter un excès de sulfate de calcium, qui se précipiterait dans la liqueur très réduite où l'on doit former le phosphomolybdale. On a recours, dans ce but, soit au nitrate de baryum, soit à l'eau de baryte, en ayant soin de ne pas verser un excès notable de réactif. J'ai toujours admis que le phosphomolybdate d'ammonium conte- nait 3.75 p. 100 d'acide phosphorique, chiffre certainement très près de la vérité; en raison de cette composition, l'acide phospho- rique se dose avec une remarquable exactitude, même quand il se présente en minime proportion. On ne s'étonnera donc pas si, dans ce qui suit, nous appuyons des raisonnements sur la considération de petites quantités d'acide phosphorique, descendant jusqu'à des fractions de miUigramme. La précision des dosages, exécutés avec les soins convenables, nous y autorise. L'élimination de l'azotate de calcium, indiquée plus haut, est une précaution suitout recommundable quand on pratique le dosage de 320 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. l'acide phosphorique sur des dissolutions résultant du traitement d'une terre par une liqueur acide, parce qu'alors une proportion de chaux, réellement fort incommode, peut se rencontrer. Quoique moins utile dans le cas qui nous occupe, du traitement d'une terre à l'eau, nous avons néanmoins observé ordinairement cette pré- caution. Dans quelques dosages, on a d'abord ajouté un peu d'acide azo- tique au litre d'eau analysé avant de l'évaporer ; cela, en vue d'évi- ter les dépôts calcaires. On a bientôt reconnu que l'ébullition se faisait mieux sans acide. Mais, à l'occasion de ces dosages, on s'est demandé si l'évaporation complète d'un litre d'eau en présence d'acide azotique n'entraînait pas une perte d'acide phosphorique, faible sans doute, mais susceptible peut-être d'entacher des analyses ne portant que sur des poids extrêmement faibles de cet acide. Pour le savoir, j'ai pris quatre lots de 1 litre de liqueur, les lots I et III con- tenant une même quantité de phosphate de calcium et les lots II et IV une quantité double. Aux lois I et II on a ajouté des volumes d'acide azotique correspondant respectivement à 5 grammes et 10 grammes d'acide azotique (Az^ O"*) ; III et IV n'ont pas été acidifiés. On a éva- poré les quatre lots et on leur a appliqué le procédé de dosage dé- crit ci-dessus. On a eu : t. II. III. IV. milligr. milligr. inilligr. milllgr. P*0»parlitre 1,54 1,58 1,53 1,53 Ces quatre chiffres sont semblables. Donc l'évaporation en pré- sence d'acide nitrique n'a pas perdu d'acide phosphorique. La proportion d' acide phosphorique dissous est indépendante du taux d'humidité du sol. — Le premier fait mis en évidencepar l'ana- lyse des dissolutions extraites des sols au moyen du déplacement est le suivant : dans une même terre, considérée à une même époque \ le titre de la dissolution en acide phosphorique est presque constant et indépendant de la proportion d'eau constituant l'humidité. 1. Avec le temps, la terre peut se modifier lentement au point de vue qui nous in- téresse ; une addition d'engrais peut la modifier assez brusquement. , Graphique des rendements et valeurs de la récolte. S i s 12 O00''e 11000 10 000 9 000 8000 7000 6 000 5 000 4 000 3 000 t 9Tec engrais complet. l jiee nitrate seol. t tias enjraii. 2 000 • 1000 V ^ ^--— .^f :.>C<--—-^- •* + +•+. 1 200 fr. • Talenr lirnte atee engriii c 1 100 1000 +-K-+ •■(- 900 f,|,gr Bette j»ee en|riit e 800 700 600 500 400----T»lf»f knile aiee lilrale * 300 — ^Talenr sani engrii» ■♦ Valeur nette aiee nilnle « 200 100 16,5 25 6,6 10 l,Oi 0,98 ACIDE PHOSPHORIQUE DISSOUS PAR LES EAUX DU SOL. 321 Exemples : l'oids de terre employé (à Télat humide) iO kilogr. Terre de Joinville-le-Pont, très sableuse. I. II. m. lliiiuidité p. 100 5 11,5 23 à 25 Kan totale iiiitialemeut dans les 40 kilogr. de terre litres 2 4,0 9 ù 10 Acide phosplioriqiie (l'-O^) dans le pre- mier litre e.\trait par déplacement . . milligr. 1,02 1.10 1,05 Terre du domaine de M. Bénard, à Coupvray (Seine-et-Marne), argilo-sableuse. I. II. Humidité p. 100 Eau totale initiale .... litres P-0' dans le premier litre, milligr. Terre du domaine de M. Brandin, à Galande (Seine-et-Marne), argilo-sableuse. I. II. Humidité p. 100 Eau totale initiale. . . . r-O' dans le premier litre On aurait pu croire que, riiumidité des terres allant en croissant, l'acide phosphorique serait de plus en plus dilué dans la dissolution. II n'en a rien été. Malgré des variations considérables de l'humidilé des terres, le litre de la dissolution de chacune d'elles en acide phosphorique est demeuré à très peu près invariable. Il s'est pro- duit dans tous les cas une sorte de saturation de la dissolution d'acide phosphorique. Mais ce n'est pas un simple phénomène de saturation de l'eau par un ou plusieurs phosphates bien définis, très peu solu- bles, du sol, puisqu'on trouve tous les taux possibles, toujours très petits, d'acide phosphorique. En réalité, la quantité d'acide phos- phorique qui est dissoute dans un sol, doit résulter d'un équilibre entre des actions chimiques très complexes, qu'on ne saurait actuel- lement préciser et qui sont telles que si quelque cause, par exemple l'absorption par les racines des plantes, fait diminuer la proportion ANN. SGIENCt: AGRO.N. — 2* SÉRIE. — 1899. — I. 21 p. 100 12,4 20 à 22 litres 5 S a 8,8 Qiilligr. 0,09 0,12 322 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. d'acide pliosphorique dissous, une certaine dose du même acide entre en dissolution pour rétablir le titre primitif. L'inverse a lien aussi, c'est-à-dire que si le titre s'élève au-dessus de sa valeur normale, un peu d'acide reprend l'état insoluble; c'est ce qui arrive quand une terre passe d'une humidité forte à une humidité moindre \ La constance relative, assez inattendue, que nous constatons pour le titre des dissolutions d'un sol en acide pliosphorique, s'explique très bien, du moment que la quantité d'acide dissoute est très minime par rapport au stock de phosphates qui l'entretient. C'est certainement le cas ordinaire dans les sols. L'eau qui imprègne 100 kilogr. de terre à 15 p. 100 d'humidité, renferme au plus 30 ou 50 milligrammes d'acide phosphorique en dissolution, tandis que le poids d'acide phosphorique total existant dans les 100 kilogr. de terre atteint et dépasse facilement 100 grammes, dont une part notable est susceptible d'alimenter la dissolution en acide phospho- rique. Sur le fait de la constance dont nous parlons, on peut fonder un procédé très simple pour déterminer le titre en acide phospho- rique de la dissolution d'une terre quelconque. Nous allons étudier en détail ce procédé; mais, dès maintenant, l'on aperçoit que parle jeu des phénomènes d'équilibre dont il vient d'être parlé, l'acide phosphorique peut se renouveler dans les eaux des sols à mesure que la végétation l'y consomme; dès lors, malgré sa proportion toujours faible, il n'est plus tout à fait négligeable pour l'alimenta- tion des plantes. IL Étude d'un procédé permettant de déterminer, sur un petit échantillon d'une terre, le titre en acide phosphorique de l'eau dont cette terre en place est imprégnée. L'extraction des dissolutions du sol par déplacement est , je l'ai dit, parfois extrêmement précieuse ; mais pour multiplier les recher- ches et surtout pour exécuter des essais devant devenir courants, 1 . Mais Taddition de superphosphate dans uu sol peut y élever pour assez longtemps le taux d'acide phosi)horique dissous. ACIDE PHOSPHORIQUE DISSOUS PAR LES EAUX DU SOL. 323 elle n'est pas très pratique ; car elle exige le transport au laboratoire d'un poids de terre considérable et une durée d'environ une semaine. On peut lui substituer un procédé bien plus commode et plus ra- pide, dans lequel on n'obtient plus les dissolutions mêmes que renferment les terres, mais on en prépare artificiellement d'autres qui ont exactement le même titre en acide pbosphorique. Nous venons de voir que lorsqu'on fait passer l'humidité d'une terre de 5 à 10 ou à 25 p. 100, le titre en acide pbosphorique de la dissolu- tion dont elle était imprégnée restait constant. On peut aller bien pUis loin ; on peut mêler ia terre, non plus avec 1/20, 1/10 ou 1/4 d'eau, mais avec quatre ou cinq fois son poids d'eau et même davan- tage, sans changer ce titre \ C'est ce qui m'a permis d'instituer le procédé que j'ai à exposer. 11 consiste essentiellement à agiter une quantité relativement faible de terre avec de l'eau, dans des condi- tions qu'il est nécessaire de préciser. On prévoit que, pour une terre donnée, la quantité d'acide phos- phorique dissous pourra dépendre de la durée et de l'intensité de l'agitation, des proportions d'eau et de terre et peut-être de la na- ture de l'eau. L'étude méthodique de ces divers points a été faite avec soin. Dans les essais que je vais rapporter, essais très variés comme on verra, la terre mise en œuvre, à moins qu'il n'en soit indiqué autre- ment, a toujours été de la terre complète, c'est-à-dire comprenant tous les éléments qu'elle contenait aux champs, mais ayant seule- ment été débarrassée, par passage à travers une claie à mailles de 4- ou 5 millimètres, des cailloux qu'elle pouvait renfermer, cailloux ne constituant que des matières inertes et ne fournissant pas par eux-mêmes d'acide pbosphorique. Pour agiter l'eau et la terre, on introduit celle-ci avec de l'eau dans un flacon de 1 litre et demi, qu'on ferme avec un bon bouchon de caoutchouc ; puis on place le flacon sur un appareil qui le fait tourner d'une manière continue autour d'un axe perpendiculaire à l'axe du flacon. Des appareils destinés à remuer des flacons sont faciles à imaginer et à construire. 1 . G'est-k-dire sans entamer seusibleoiout ce stock de phosphates, mentionné plus haut, qui entretient lu dissolution. 324 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Je ferai seulement remarquer l'avantage que présente la disposition des flacons perpendiculaire à l'axe de rotation. Pendant qu'un des flacons fait un tour, la terre, en tombant dans les parties les plus basses, traverse deux fois le liquide dans toute son épaisseur; elle est ainsi constamment remuée et mise en contact intime avec l'eau. Mais surtout l'avantage consiste en ce qu'on peut agiter parfaitement le mélange d'eau et de terre tout en se servant d'un mouvement très lent, ce qui, on va le voir, est une ressource précieuse. L'appareil que j'ai employé peut faire tourner huit flacons à la fois. Ces flacons s'équilibrant deux à deux, l'effort nécessaire pour entretenir le mou- vement est absolument insignifiant. Les flacons de chaque paire sont distants de 3 ou 4- centimètres ; dans l'intervalle qui les sépare passe l'axe de rotation. Quand ils ont tourné le temps voulu, les flacons sont enlevés de l'appareil, placés debout sur leur base et laissés au repos quelques heures. Après quoi, le liquide clair est décanté et passé sur un flitre à plis, préalablement lavé à l'acide azotique étendu, puis à l'eau. Dans le liquide filtré, l'acide phosphorique est dosé comme on l'a dit. Nous allons successivement indiquer les expériences faites pour étudier l'influence des divers facteurs intervenant dans le partage de l'acide phosphorique entre la terre et l'eau avec Inquelle cette terre est agitée. Influence des proportions relulives de terre et d'eau. — On a laissé constant le volume de l'eau et fait varier le poids de terre. Terre de Neauphle, séchée sur un poêle à vapeur'. ( Eau de Vanne : I 350 centimètres cubes^. Durée de rotation : 10 heures et demie. Tour tous les lots. \ Vitesse de rotation : 30 tours par minute. I. II. iir. IV. Poids de terre . . . grammes 10 25 50 100 P-0' par litre . . . miliigr. 0,38 0,G1 0,78 0,89 1. On verra plus loin riafluence de la dessiccation à chaud. 2. L'eau de Vanne reaferme ordinairemcut O^'jOGG de F* G' par litre. ACIDE PHOSPHORIQUE DISSOUS PAR LES EAUX DU SOL. 325 Terre de Joinville, séchée sur un poêle à vapeur. 1 Eau de Vanne : 1 350 centimètres cubes. Pour tous les lots. ■, Vitesse de rotation : 30 tours par minule. ( Du rée de rotation : 10 heures trois quarts. II. III. IV. Poids de terre . . grammes 10 25 50 100 200 P-0' par litre. . . . milligr. 0,30 0,59 0,SI 1,17 1.63 On voil croître le laux d'acide phosphorique par litre avec le poids de terre, mais sans aucune proportionnalité d'ailleurs*. Une chose frappa lorsqu'on fut en présence de ces résultats : on avait trouvé précédemment, comme taux d'acide phosphorique des dissolulions extraites par déplacement, 0"'^,8.i pour la terre de Neauphle, dans une expérience qui sera rapportée plus loin; pour la terre de Joinville, on avait obtenu par le même procédé, 'l'"^,10, au maximum. Au lieu de ces chiffres, nous avons ici: 0'"s,89 et 1"'*^,63. Or, le taux de 1™^,63, tout au moins, dépasse le taux corres- pondant donné par le déplacement. Comment 100 ou 200 grammes de terre peuvent-ils, avec 1350 centimètres cubes d'eau, fournir une liqueur à titre plus fort que les 7 ou 13 kilogr. de terre qui, dans l'appareil à déplacement, correspondaient au même volume de 1 350 centimètres cubes d'eau? L'idée est venue que peut-être l'agitation produisait, par le fait que les éléments frottaient les uns sur les autres, une usure, une trituration capable d'exagérer la quantité d'acide phosphorique sus- ceptible d'entrer en dissolution. J'ai donc étudié l'influence du frot- tement sur celte quantité. hifluence de l'usure des éléments de la terre par le frottement. — S'il y a une influence de l'usure des éléments sur l'acide phospho- rique dissous par l'eau, cette influence doit surtout résulter de l'ac- tion des plus gros éléments, des plus lourds. En les éliminant, on doit réduire l'usure et l'acide phosphorique dissous. 1 . Les litres en P- 0» ci-dessus doivent tous être un peu trop forts, par suite de lu dessiccation des terres vers 100°; mais ils restent comparables entre eux. 326 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Pour le savoir, on a fait l'expérience suivante. On a pris 100 grammes de terre de Neauphle non desséchée; on en a fait deux |)arts distinctes, séparées par lévigation et comprenant, d'un côté, tout ce (\\ù restait en suspension dans un vase de 400 centimètres cubes plein d'eau durant 30 secondes et, de l'autre côté, tous les éléments précipités. L'eau contenant la première portion a été abandonnée au repos. On a décanté le liquide clair et desséché lent-ement le dépôt ; il pesait 5^ grammes. D'autre part, on a traité les éléments précipités de façon à les dépouiller entièrement d'acide phosphorique ; pour cela, on les a attaqués à l'acide cblorhydrique bouillant, puis calcinés et attaqués de nouveau à l'acide cblorhydrique bouillant; après quoi, ils étaient parfaitement blancs et pesaient 31 grammes. Dans un flacon, on a introduit ces 31 grammes d'éléments, gros et fins, avec la moitié des 52 grammes d'éléments très fins ci-dessus et 1 050 centimètres cubes d'eau de Vanne; dans un second flacon, les 26 grammes restants d'éléments très fins avec le même volume d'eau de Vanne. Les deux flacons ont été soumis ensemble à une rotation de neuf heures, à raison d'environ 25 ou 30 tours par minute. On a dosé ensuite, comme il a été dit, l'acide phosphorique dis- sous dans le liquide des deux lots et l'on a trouvé : 1 DISSOLUTION 250 grammes très fins foui nie terre de Galande. extraits de 400 gr. par le déplacement, de terre de Galande. milligr. niilligr. milligr. P»0' par litre. . . , 1,1 ' 0,21 0,09 L'excès de l'acide phosphoriquc du premier lot sur celui du second est très notable ; et pourtant le second comprenait une plus forte proportion d'éléments très fins, c'est-à-dire de ceux qui contien- nent et cèdent de l'acide phosphorique à l'eau. L'action de l'usure par frottement paraît certaine. M, Daubrée a montré, dès 1857 (Comptes rendus de l'Académie des sciences), que les minéraux se décomposent par le frottement ; ainsi le feldspath laisse se dissoudre de la silice, de la potasse ; quant au limon, produit de l'usure, il peut différer beaucoup par sa composition des roches dont il provient. Dans notre cas, une décom- position analogue a lieu sans doute, mettant en liberté des composés susceptibles de céder à l'eau plus d'acide phosphorique que les élé- ments de la terre primitive. Influence de la vitesse de rotation. — • Avec la vitesse de rotation adoptée jusqu'ici (25 ou 30 tours par minute), on obtient encore 328 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. des excédents d'acide phosphorique, alors même qu'on élimine les éléments relativement grossiers, agents principaux de la trituration. Voici à ce sujet quelques expériences. On a pris 250 grammes de terre de Neauphle, qu'on a délayés dans de l'eau de Vanne et tamisés sur le tamis 80. Tout ce (jui avait traversé le tamis, eau et terre, a été introduit dans un flacon; on a amené le volume du liquide à 1 350 centimètres cubes par une addi- tion d'eau de Vanne et l'on a fait tourner dix heures à raison de 25 ou 30 tours par minute. On a eu : P'-O' par litre l"'s,01 Ce poids de i'"*^,01 dépasse sensiblement celui de 0'"^,83, donné par la méthode du déplacement. Autre essai : 400 grammes de la même terre de Neauphle sont traités par lévigation. On en extrait 128^%7 d'élémenls très fins, de- meurant 30 secondes en suspension; on fait tourner ces derniers avec de l'eau de Vanne. On trouve : P-O'^ par litre l^s,!? Ainsi, les élémentsfinsou très fins peuvent encore, probablement, subir des frottements ou des chocs sur le verre qui produisent l'u- sure. On va essayer de remédier à cet inconvénient en diminuant la vitesse de rotation. On réduit cette vitesse de 25 ou 30 tours par minute à 2 tours seulement. On opère à la fois sur la terre de Galan le, notablement argileuse, et sur la terre de Joinville, essentiellement sableuse. On fait tourner dix heures à la vitesse réduite. On trouve: G A Li A N D K r O I N V I L, r> F, P'O'' par litre 250 grammes lie terre tout-venant. milligr. 0,16 II Éléments restant en saspeiisiun 30 secondes et fournis par 2Ô0 grammes de terre. mllligr. 0,17 250 grammes (le terre tout-venant. milligr. 0,94 II Éléments restant en suspension 30 secondes et fournis par 250 grammes de terre. milligr. 0,95 Le frottement des sables a été sans effet. Rappelons que , ,250 ACIDE PHOSPHORIQUE DISSOUS PAR LES EAUX DU SOL. 329 grammes de terre de Galandc, tout-venant, avaient donné, avec la vitesse de 45 ou 30 tours, l™»,!. Dorénavant nous n'emploierons plus que la vitesse réduite. On ne saurait guère abaisser cette vitesse beaucoup au-dessous de 2 tours par minute ; dans un flacon moins agité, la terre pourrait se déposer sur le fond ou sur le goulot et y former un amas d'une cer- taine consistance qui resterait en partie adbérente au verre et ne se délayerait pas dans l'eau à chaque rotation. .... Iniluence de la durée de rolaiion. — Essais faits avec 100 grammes de terre, tout-venant, de Neaupiile et de Boulogne. DURER D E ROT ATTON. 2 h. 1/2 5 heures. 10 heures. 21 il. 1; milligi". millier. inilligi". milligr P-0-- ( Terre de Neaiiphle. 0,(39 0,69 0,77 0,81 par litre. Terre de Boulogne. 1,74 1,S0 1,98 2,07 Si l'on représente graphiquement ces résultats (fig. i), on voit ((ue l'accroissement du poids d'acide phosphorique dissous devient extrêmement lent à partir d'une durée de dix heures. Au delà de cette durée, il est dû sans doute à ce que, malgré la faible vitesse de rotation, l'usure des éléments se produit encore un peu à la longue, surtout avec des terres complètes dont les éléments grossiers n'ont pas été éli- minés. Mais, au point de vue de la disso- lulion de l'acide phosphorique, ré(|uilibre cher>.hé entre la terre donnée et l'eau est certainement réalisé d'une manière convenable. (Il ne faut considérer les chifl'res du précédent tableau que pour leur valeur relative; ils ne fournissent pas le vrai titre de la disso- lution d'acide phos|)hori(|ue, parce que le poids de 100 grammes de terre est insuffîsanl). Fig. 1. Nouveaux essais sur l'influence des proportions de terre et d'eau, — Essais faits avec 1 3U0 centimètres cubes d'eau de Vanne, une 830 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. rotalion de dix heures à 2 tours par minute et des poids variables de terre. Terre de Neauphle (par (lôplaceinout : 0'»s,83 P^ O' par litre). P*0'' par litre POIDS DK TERRE SUPPOSEE SECHE. 29 ^4 58 4r,8 117 r,e 352^,8 470i',4 milligr. inilligr. millifri'. milligr. iiiilligr. 0,44 0,6CL 0,S0 0,89 0,94 Terre de Boulogne (par déplacement : 3'ns,08 P- O' par litre). 255'^ POIDS DE TEK RE SUPPOSEE SECHE. 200^-^ 300or 400^r 500.' 50^r 100s P-0' par litre milligr. mlUigr. inilligr. iiiilligr. milligr. milligr. milligr. 0.91 1,42 2,09 2,G4 3,01 3,1G 3,21 Terre de Joinville (par déplacement : ln>s,02 P"-0^ par litrcj. POIDS DE TERRE SUPPOSEE SECHE. 25?^ 50sr lOOi"- 200Ar 400nr 800s» P-0^ par litre milligr. milligr. milligr. milligr. milligr. milligr. 0,29 0,48 0,GO 0,89 1,08 1,20 Traçons des courbes représentant ces résultats (fig. 2). il y appa- (00 200 jûo 400 500 r l'ig. 2. raît nellemont que, dans les conditions où l'on a opéré, le poids de P^O' dissous ne. s'est plus élevé que très lentement à parlir d'une ACIDE PHOSPHORIQUE DISSOUS PAR LES EAUX DU SOL. 331 certaine dose de terre; il tend manifeslement vers une limite, et si celte limite n'est pas s^trictemenl fixe pour chaque terre, c'est que l'usure des éléments, d'autant plus sensible que le poids de terre est plus fort, la recule toujours quelque peu, mais très peu. On voit encore que, dans les conditions de ces expériences, c'est un poids de terre voisin de 300 grammes qui a fourni le même titre en P'O^ que le procédé par déplacement. Influence de la nature de l'eau. — Au point de vue de la dissolu- tion des phosphates, la différence essentielle qui apparaît comme pouvant exister entre les diverses eaux naturelles, consiste dans la teneur en acide carbonique. On a donc opéré comparativement avec de l'eau plus ou moins chargée de ce gaz. Mais les eaux naturelles contenant de l'acide car- bonique sont généralement saturées de carbonate- de chaux, c'est-à- dire qu'elles sont pourvues de la quantité de bicarbonate correspon- dant, (ra|)rès une loi connue, à la tension de l'acide carbonique qu'elles tiennent en dissolution. C'est pourquoi on a examiné tout d'abord le cas où cette sorte de saturation est réalisée. i° On prépare des dissolutions de bicarbonate de calcium à titres variés ; à cet effet, on commence par charger d'acide carbonique de l'eau distillée et on prend de cette eau 100 centimètres cubes, 200 centimètres cubes, 400 centimètres cubes, qu'on étend à i litre et demi avec de l'eau distillée ordinaire. Chacun des trois lots, intro- duit dans un flacon, est additionné d'un grand excès de carbonate de chaux pur; les trois flacons sont placés sur l'appareil à rotation et tournent un jour; après quoi l'équilibre est établi dans chacun d'eux, c'est-à-dire que l'eau a dissous la quantité de bicarbonate correspondant à la tension finale de l'acide carbonique. On abandonne au repos les trois dissolutions (A, B, C). Après dépôt du carbonate de chaux, on prend de chacune 1 250 -centimèires cubes qu'on fait tourner avec 10 grammes d'une terre (terre d'Arpaillargues^) pen- dant dix heures; un quatrième lot a été adjoint, comprenant 10 1, Arpaillargues, près Uzès (Gard); cette terre contient 12 p. 100 de calcaire et est passablement argileuse. 332 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. gi animes de la même terre ell 250 centimètres cubes d'eau distillée ordinaire. Dans les liquides ayant ainsi été agités avec la terre, on dose l'acide phosphorique comme on sait ; on remarque que les trois premiers deviennent parfaitement limpides par repos; au con- traire, le quatrième reste trouble, ce qui s'explique aisément par l'insuffisance de la chaux dissoute pour coaguler l'argile; on le cla- rifie en ajoutant 1 centimètre cube d'une dissolution concentrée d'azotate de chaux. On trouve : F. AU B. C. (listilh'c orilinairo. 0,35 1,6 7,0 125 220 390 0,43 0,44 0,43 Proportion finale (racide carbonique libre dis- sous dans le liquide, en volume. . p. 100 Teneur finale de l'eau en carbonate dissous à Tétat de bicarbonate milligr. P-0'' par lilre milligr. 0,43 0,44 0,43 0,50 (10 grammes de terre sont d'ordinaire loin de suffire pour don- ner le même titre en acide phosphorique que celui qui existe dans les terres en place ; mais les résultats sont comparables d'un lot à l'autre.) Autre essai analogue, avec 20 grammes de terre de Neauphle et des dissolutions de bicarbonate préparées au moyen de 100 centi- mètres cubes (D) et 250 centimètres cubes (E) d'eau chargée d'acide carbonique. Résultats : RAU D. E. «listilh-e onlinairc. rropodion finale d'acide carbonique libra dissous dans le liquide, en volume p. 100 0,35 2.6 » Teneur finale de Teau en carbonate dissous à l'état de bicarbonate milligr. 125 270 » P'C par litre milligr. 0,66 0,67 0,96 Les quantités d'acide phosphorique dissoutes par les liqueurs A, B, C, dans lesquelles la tension de l'acide carbonique et la teneur en bicarbonale ont varié entre les limites extrêmes des eaux ordinaires du sol, sont identiques entre elles ; il en est de même pour les titres ACIDE l'HOSPHORIQUE DISSOUS PAR LES EAUX DU SOL. 333 en acide phosphorique des liqueurs D et E. On en conclut que la leneur d'une eau en acide carbonique et bicarbonate est sans in- lluence sur l'acide pliosphorique dissous ; mais notons bien que cet acide carbonique et ce bicarbonate se trouvent ici en quantités cor- respondantes ; en un mot, l'eau contient tout le bicarbonate qu'elle j)eut dissoudre, étant donné son lilre en acide carboni([ue ; elle est impropre à dissoudre du calcaire. L'eau distillée ordinaiie a dissous plus d'acide pbospborique que l'eau disliUée saturée de bicarbonate. Nous allons nous rendre compte de ce fait. 2" On agite 10 grammes des mêmes terres d'Arpaillargues et de Neaupble avec 1 250 centimètres cubes d'eau cbargée d'acide car- bonique, mais non plus saturée de bicarbonate de cbaux. Au lieu de 0"'^,43 et 0"'^,06 d'acide pbospborique par litre, on obtient respec- tivement 0"'^,71 et 1"'^,11. L'influence de l'acide carbonique, intro- duit à l'état de dissolution sans formation préalable de bicarbonate, s'est fait senlir sur la proportion d'acide pbospborique dissoute. D'après cela, on conçoit que tout à l'heure l'eau distillée ordinaire ait dissous plus d'acide phosphorique que l'eau distillée saturée de bicarbonate ; car l'eau distillée ordinaire contient une quantité notable d'acide carbonique entièrement libre. On peut traduire ces faits en disant que l'acide carbonique favorise la dissolution de l'acide phosphorique du sol quand il rend l'eau apte à dissoudre du carbonate de chaux;. une telle eau, en effet, exerce son action dis- solvante, non seulement sur le calcaire, mais aussi, comme on sait, sur le phosphate tricalcique en particulier. On a fait encore une expérience analogue à la précédente en opé- rant sur un échantillon de terre de Galande, un échantillon de terre de Neaupble et un autre de terre de Boulogne, et en employant, non plus 10 grammes, mais 300 grammes de terre, supposée sèche, avec 1 300 centimètres cubes d'eau. Pour chaque terre, on a exécuté deux essais : le premier avec 1 300 centimètres cubes d'eau de Vanne, le second avec 1 300 centimètres cubes de la même eau dont 200 avaient été préalablement saturés d'acide carbonique. On a dé- terminé la quantité de carbonate de chaux existant iinalement en dissolution dans les liqueurs. 334 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. On a trouvé : TERRE de Galande. de Neauphle. de Boulogne. 1 Carbonate «le chaux corres- pondant au bicarbonate dissous finalement, mils''. lo 2" lo Ifll 2" lo 208 2» 201 358 312 381 Proportion finale d'aeide carbonique libre dissous dans le liquide, en vo- lume p. 100 1.3 5.4 1.1 3.8 1.4 6.5 Carbonate de chaux dissous par l'acide carbonique ajouté milligr. l> 358 — 201 — 157 » 312 — 191 = 121 » 381 — 208 = 173 P-O^ par litre. . . milli^'r. 0,22 0,22 1,14 1,29 2,t;5 4,12» ■ 1. Les chiffres de cette ligne sont seulement i comparer entre eux, deux à deux. 11 ne faut pos le» rap- )iroclier des chiffres correspondant aux mêmes terres dans le tableau suivant. Ils ont été fournis par des éclianlillous différents. Ici l'action de l'acide carbonique a été nulle sur la terre de Ga- lande, peu sensible sur celle de Neauphle, très notable sur celle de Boulogne. Il est bien possible que la terre de Galande ne contienne pas ou presque pas de phosphates attaquables à l'acide carbonique. En résumé, il est admis communément, je crois, que la présence de l'acide carbonique dans l'eau facilite considérablement l'attaque des phosphates du sol; je trouve que cette influence peut être sen- sible (sans toutefois aller jusqu'à enrichir beaucoup les dissolutions du sol), quand l'acide carbonique 'se présente dans l'eau sans la quantité correspondante de bicarbonate de chaux, mais qu'elle est nulle quand avec cet acide carbonique l'eau renferme du bicarbonate de chaux, qui la sature de telle manière qu'elle n'en puisse pas dis- soudre davantage. La plupart des eaux naturelles sont dans le cas de cette dernière. Aussi pourra-t-on très généralement employer l'eau ordinaire dont on disposera pour la recherche de l'acide phosphorique soluble dans l'eau. C'est un avantage important pour le procédé proposé. En tous cas, il sera facile de saturer de calcaire, si elle n'est déjà saturée, l'eau qu'on emploiera. Il conviendra dorénavant, me scmble-t-il, de tenir compte de ces notions dans l'étude de la solubihté des phosphates. ACIDE PHOSPHOniQUE DISSOUS PAR LES EAUX DU SOL, 335 Résumé des conditions du procédé. — En suite des essais rappor- tés plus liaut, j'ai adopté les conditions suivantes : Poids de terre, supposée sèche 300 grammes. Volume d'eau (y compris l'eau constituant riiumidité de la terre) 1 300 centimètres cubes. Volume des flacons 1 litre 1/2. Vitesse de rotation des flacons ...... 2 t5,58 IV gr- il, 992 1,703 13,695 p2 05 milligr. 43.86 17,08 00 , 94 Les résultats qui viennent d'être présentés sur les sarrasins et les haricots (fig. 7), donnent lieu à plusieurs observations. T 11 2^ ^^^•t Fig. 7. — Haricots n.ain.s, noirs hâtifs de Belgique. 348 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. -l°Dans les lots I et III des deux séries d'expériences, il entrait une solution contenant seulement la petite quantité d'acide phos- phorique de 'l'eau de Vanne, soit 0™^,07 par litre. Or, pendant un mois et demi environ, il en est sorti des liquides moins pauvres en acide phosphorique (de 0"'^,57 à O^^OQ par litre), et cela, même après un développement sensible des plantes qui, quoique maigres, tendaient néanmoins à abaisser encore le taux d'acide phosphorique au-dessous de ce qu'il était dans les liquides entrants ; le sol a donc fourni à l'eau de l'acide phosphorique \ au moins durant cette pé- riode d'un mois et demi. Dans les lots II des deux séries, au con- traire, les liquides ayant initialement 2'"s,07 sont sortis notablement appauvris dès la première quinzaine ; or, dans la première quin- zaine tout au moins, les plantes n'ayant qu'un développement très restreint, ne pouvaient être la cause de l'appauvrissement ; le sol a donc fixé de l'acide phosphorique emprunté au hquide d'arrosage. . Enfin, dans les lots IV, la variation de titre subie par le liquide dans son passage à travers le sol, a été faible (de 0"'^,57 à O^'^jSS ou à 0'"^,78), du moins dans la première quinzaine, c'est-à-dire avant que l'influence de la végétation fût sensible ; par suite, le lilre de0™^,57 ne devait pas être loin de celui qui correspondait à l'équilibre d'acide phosphorique entre l'eau et le sable quartzeux employé. Ainsi, tant que la végétation n'a pas été appréciable, suivant que les liquides pénétraient dans le sol avec des titres de milligramme, de 2 milligrammes ou d'un demi-milligramme environ, ils emprun- taient ou cédaient de l'acide phosphorique au sol, ou bien le tra- versaient sans s'y modifier beaucoup. D'ailleurs, ce fait de la perte ou de la fixation d'acide phospho- rique par le sable quartzeux employé suivant qu'on le lavait avec de l'eau de Vanne pure ou avec la même eau additionnée de 2 milli- grammes d'acide phosphorique par litre a été vérifié et mis hors de doute par une expérience spéciale. Dans cette expérience, on a fait digérer 18 kilogr. de sable avec cinq litres de chacun des deux liquides; on renouvelait les contacis en soutirant de temps en temps 1 . Il contenait à très peu près 24 milligrammes d'acide phosphorique total par kilogramme. ACIDE PHOSPHORIQUE DISSOUS PAR LES EAUX DU SOL. 349 une portion du liquide et la reversant à la partie supérieure. Après dix jours, on a vu que le titre de l'eau de Vanne pure était passé de O^^jO? à 0'"*',49 par litre, tandis que celui de l'eau de Vanne addi- tionnée d'acide phosphorique s'était abaissé de 2'"^,07 à 0"'^,G1. Ce sont* là des exemples des équilibres dont j'ai parlé plus haut à propos des terres. Retenons ce renseignement assez précis, que la limite vers la- quelle tend le titre en acide phosphorique d'une liqueur en présence d'une grande masse de notre sable est comprise entre 0"'^,A9 et 0'"^,01 et très proche, par suite, de 0'"^,55, d'après cette expérience ; nous avons trouvé tout à l'heure un nombre voisin de 0"'^,58 à 0'"^,78 ; admettons une moyenne de 0"'f,6. 2° Pour montrer que les sarrasins et les haricots ont utilisé l'acide phosphorique dissous, on peut répéter ici de tous points, pour les lots IV, le raisonnement présenté déjà à propos du blé et fondé sur la décroissance progressive du titre de sortie au-dessous du titre d'entrée \ raisonnement qui serait tout à fait suffisant à lui seul. 3° En outre, on peut ajouter ce qui suit : Si, dans chaque série d'expériences, on compare les récoltes des lots I et III d'une part avec celles des lots II et IV de l'autre, on cons- tate les plus grandes différences. Le sol employé n'a pu fournir que de misérables et insignifiantes récolles lorsqu'il n'a pas reçu d'acide phosphoricpie en dissolution; au contraire, quand, toutes choses égales d'ailleurs, on a ajouté dans les liquides d'arrosage 2 milli- grammes ou même seulement 0"'^,5 d'acide phosphorique par litre, les plantes se sont très bien ou convenablement développées ; les racines ont donc utilisé cet acide phosphorique donné à l'état soluble, quoiqu'il fût offert, comme dans les sols naturels, sous des doses infimes de 2 millionièmes ou un demi-millionième. Mais, ici, le sable n'ayant pas été traité par l'acide chlorhydrique, contenait une quantité sensible d'oxyde de fer et de chaux. Pour- rait-on objecter que l'acide phosphorique, soluble à l'entrée dans le 1. Dans les lots IV, en effet, le titre de la dissolution phosphorique, comme dans le cas du blé, n'est pas influencé par le sol. 350 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. sol, s'y est insolubilisé au contact de cet oxyde de fer et de celte chaux et que ce n'est pas à l'état soluble qu'il a été pris par les ra- cines, mais qu'elles l'ont dissous, après qu'il a été insolubilisé, par l'action de leurs sucs acides? Pour répondre avec précision, il faut distinguer deux cas, celui où l'on a donné aux sols une solution à 2™^, 07 d'acide phosphorique et celui où l'on en a donné une à 0™«^,57. La solution à 2"'^,07 abandonne au sol de l'acide phosphorique qui s'y lixe à l'état insoluble ; nous venons d'en donner plusieurs preu- ves. 11 est possible qu'une partie de cet acide phosphorique récem- ment insolubilisé ait été redissoute par les racines et absorbée par elles. Je ne crois pas que ce soit là la source principale, ni même une source importante de l'acide phosphorique assimilé par les plantes des lots n" Il ; car, pour cela, il faudrait que la fixation d'acide phosphorique se fût faite sur les particules du sol précisé- ment aux points où elles étaient en contact avec les surfaces absor- bantes des racines ; de telles rencontres entre les racines et une partie de l'acide phosphorique précipité ont pu se produire, mais pas assez nombreuses pour fournir le grand excès de cet acide pris par les récoltes des lots II. Voyons maintenant le cas de l'arrosage avec la solution à 0'"^,57, Ici, nous pouvons répondre avec une grande netteté. En effet, il se trouve que cette solution à 0'"^,57, comme nous l'avons déjà remarqué, est à peu près celle qui corres- pond à l'équilibre d'acide phosphorique entre l'eau et le sable quartzeux mis en œuvre. Elle n'a donc pas abandonné d'acide phos- phorique en quantité sensible au sol à l'état insoluble. Au bout de peu de temps, elle est sortie du sol de plus en plus dépouillée ; elle était de plus en plus incapable de céder de l'acide phosphorique au sol et de plus en plus propre à lui en prendre. Donc, dans ce cas des lots n° IV, il ne s'est pas fait de ces phosphates insolubles dont les plantes auraient pu s'alimenter et, tout au moins dans ce cas, elles ont assimilé de l'acide phosphorique aux dépens de la disso- lution, et l'on peut même dire la plus grande partie ou peut-être la totalité de leur acide phosphorique, car le seul acide phospho- rique préexistant dans le sable était radicalement incapable de les nourrir. Or, elles ont constitué des récoltes qui n'étaient nullement négligeables. Il est donc possible que des plantes d'un dévelop- ACIDE PHOSPHORIQUE DISSOUS PAR LES EAUX DU SOL. 351 pement assez convenable s'alimentent en acide phosphorique essen- tiellement aux dépens de dissolutions, et de dissolutions d'une pau- vreté extrême, pourvu que ces dissolutions soient suffisamment renouvelées. Expériences sur des maïs {maïs dent- de- cheval) [4 juin-25 oc- tobre]. — Poids de sable quartzeux, non lavé à l'acide chlorhy- drique, 46 kilogr. par lot. Dans chaque lot, on a semé le 4 juin 2 graines de maïs, bien sem- blables entre elles, pesant ensemble 1«'',041 pour l'expérience I, 1«^031 pour II et 1^^041 pour III. Les solutions nutritives, données toujours à raison de 10 litres par lot et par jour, contenaient par litre : 0^'',200 d'azotate de potassium, G^^OSO de sulfate de magnésium (supposé anhydre) et des doses d'acide phosphorique respectivement égales à milli- gramme pour I, 2 milligrammes pour II et milligramme pour III ; on verra que le témoin I, privé d'abord d'acide phosphorique so- luble, en a reçu plus tard, à partir du 9 avril, 1 milligramme par litre. Récolte le 25 octobre : P-O' introduit dans la solution nutritive, l Jusqu'au 9 août . par litre ( Après le — P-0^ contenu naturellement dans un litre d'eau de Vanne. . . P'O^ total, donné aux plantes par litre ( Jusqu'au 9 août . de dissolution ( Après le — P-0° par litre dans les liquides recueillis à la sortie des cloches contenant les sols : 20 juin — 4 juillet 5 juillet — 19 juillet 20 juillet — 3 août 4 août — 19 août 20 août — 5 septembre 6 septembre — 22 septembre 23 septembre — 7 octobre 8 octobre — 25 octobre mill. uiill II 1,00 0,07 > 2 0,07 ?''■ 2,07 1,07' ' 0,65 0,25 0,22 0,13 0,10 0,05 0,01 0,03 1,7G 1,99 1,00 0,21 0,06 0,0i 0,03 0,03 III mill. 0,07 0,07 0,74 0,30 0,18 0,08 0,0G 0,03 v 0,03 162 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Récoltes : Feuilles Tiges. Épis . Uacines gr. 49,8 76,6 11,5 14,0 151,9 pîQ' railliyT. 251,4 15 3,8 56,3 28,7 490,2 n. gr. 193 216,1 146 65, 5 620,6 P^o'. iiiilligr. 454,4 249,9 561,0 î 100,0 m. 1 365,3 gi-- 24,9 20,2 8,1 53,2 P^O'. milligr. 50,3 29,8 10, 0(?) 90,1 Dans l'expérience I, on a d'abord arrosé avec un liquide exempt de toute addition d'acide phosphorique. Puis, à partir du 9 août, on a ajouté 1 milligramme d'acide phosphorique par Htre. A ce mo- ment j'aurais voulu prendre une photographie des plantes pour bien fixer leur état de développement ; mais on ne pouvait en obtenir une convenable à cause de l'existence des cages en fil de fer sous les- quelles les plantes étaient enfermées. J'ai noté alors les dimensions principales que je transcris ci-après : I II III Hauteur des plantes au-dessus du sol. . . . centini. 89 154 84 Circonférence de la tige immédiatement au-des- sus du sol millim. 30 82,5 31 Les plantes de I et III étaient bien semblables ; celles de I avaient quelques centimètres de plus en hauteur ; mais celles de III étaient un peu plus développées en largeur et moins frêles. Dans l'ensemble, les plantes de I m'ont paru plutôt un peu inférieures, et c'est en raison de cette petite infériorité que je les ai choisies pour un chan- gement de régime qui devait, s'il les améliorait, montrer d'autant mieux son efficacité. Les plantes du lot I profitèrent immédiatement de l'acide phos- phorique qui fut ajouté à leur ration. Elles l'absorbèrent si avide- ment, que le titre du liquide sortant ne ressentit aucun accroissement de celte addition. Finalement, elles dépassèrent de beaucoup celles du lot III, comme le montrent les dimensions et les poids des récoltes ACIDE PHOSPHORIQUE DISSOUS PAR LES EAUX DU SOL. 353 mentionnés plus haut, ainsi que la reproduction ci-jointe d'une Flg. 8. — Maïs (dent de cheval). photographie (fig. 8). Au premier abord, cette photographie paraît ANN. SCIENCE AGRO.V. — 2* SÉRIE. — 1899. — I. 23 354 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. un peu confuse. Les plantes sont trop serrées les unes contre les autres ; cela tient à ce qu'en installant les essais, on ne prévoyait pas qu'elles prendraient de telles proportions ; et même, au cours des expériences, on fut constamment surpris par leur développement et l'on dut surhausser trois fois la grande cage sous laquelle elles étaient placées pour qu'elles n'en atteignissent pas le sommet. En examinant la photographie, il faut avoir soin de ne pas confondre les plantes avec leurs ombres portées sur le mur qui est derrière. Les tiges véritables de chaque lot sont indiquées par le numéro de ce lot. Comme plus haut, la lettre T désigne les témoins n'ayant pas reçu d'addition d'acide phosphorique; l'inscription T — 1 milli- gramme rappelle que le n° I a d'abord été un témoin sans acide phosphorique, puis qu'on lui a donné 1 milligramme de cet acide. Pour compléter les indications de la photographie, je donnerai le signalement des maïs consigné au moment où on les a coupés : n m Deux plantes venant bien, Deux belles plantes, por- Deux plantes chétives et mais d'un développement tant chacune deux épis. peu développées, incomplet , parce que P'O'^ a été donné trop tard. Les conclusions à tirer de ces expériences sur le maïs sont les mêmes que celles qui ont été présentées précédemment à propos des autres plantes. On pourrait reproduire encore tous les raisonne- ments qui ont été faits pour le sarrasin et les haricots et qui établis- sent que de l'acide phosphorique a été pris par les plantes à l'état de dissolution. Mais, grâce au développement exceptionnel des maïs II, les preuves de ce fait deviennent plus fortes et plus palpables, no- tamment celle qui est tirée de la décroissance progressive du taux d'acide phosphorique dans les eaux d'égouttage. On voit, dans le présent cas, les hquides sortir de II au taux moyen de i'"^,99 entre le 5 et le 19 juillet; puis, comme les plantes acquéraient un rapide et superbe développement, ce titre descendre à 1 milligramme, à O^^jS pour tomber jusqu'à 0'"«,03. Il est manifeste que l'acide phos- phorique disparu des liquides était pris par les racines ; ce n'est ACIDE PHOSPHORIQUE DISSOUS PAR LES EAUX DU SOL. 355 pas le sol qui a pu produire un tel appauvrissement de ces li- quides. Il est même facile de montrer que les maïs ITont absorbé presque tout leur acide phosphorique à l'état de dissolution. Ces maïs conte- naient finalement 1305 milligrammes d'acide pbosphorique, sans compter une petite quantité de cet acide appartenant aux plantes et restée dans le sol avec les menus débris de racines. Les graines semées renfermaient 5™^, 9, soit 6 milligrammes d'acide phospho- rique. Donc les plantes avaient emprunté, tant à Teau qu'au sol, au moins 1 365 — G ou 1 350 milligrammes d'acide phosphorique. Sur ces 1 359 milligrammes, qu'a pu fournir le sol? Sans les plan- tes, les liquides seraient sortis des cloches à un titre d'au moins i^^jG ^ et, par suite, chaque litre de liquide d'arrosage aurait cédé au sol 2'"^,1 — 1'"»,9 ou 0'"^,2 au maximum. Les i 230 litres donnés pendant toute la durée des expériences lui auraient laissé 0"'^,2 X i 230 ou 246 milligrammes. A sujjposer, chose invraisem- blable, que les plantes aient assimilé la totalité de ces 246 milli- grammes, comme d'ailleurs elles n'ont pas emprunté une pro- portion notable d'acide phosphorique aux ])hosphates insolubles préexistants dans le sol (ce qui résulte surabondamment des essais montrant l'impossibilité d'avoir une récolte appréciable sur notre sable non additionné d'acide phosphorique), il a fallu nécessaire- ment qu'elles s'alimentent en acide phosphorique aux dépens de celui des liquides d'arrosage. Remarques. — 1° Dans les diverses expériences qui viennent d'être décrites sur le blé, le sarrasin, les haricots, les maïs, cnaque fois qu'on a donné aux plantes l'acide phosphorique en quantité insuffisante pour leurs besoins, elles en ont dépouillé les liquides avec une remar([uable facilité, les épuisant presque entièrement et abaissant leur titre au-dessous de celui de l'eau de Vanne pure elle- même. Il y a là une nouvelle preuve de la faculté qu'ont les racines de puiser leur nourriture dans des milieux qui ne l'offrent qu'avec une extrême parcimonie. On a souvent constaté que l'eau pouvait se 1. D'après le titre de sortie l^^jîlO de la quinzaine du 5 au 19 juillet. 356 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. séparer des principes qu'elle tenait en dissolution pour pénétrer dans les racines en laissant ces principes au dehors. L'inverse s'est ici produit, même avec des liqueurs d'une très grande pauvreté. 2" En même temps que les expériences 1, II et III sur le maïs, on en avait mis en train une quatrième (expérience 0), avec arrosage à la solution contenant 2"'«f,07 d'acide pliosphorique. Dans celte expérience, deux graines de mais, identiques à celles des autres lots, de même poids (1^',038), avaient été semées dans les mêmes conditions. La levée de ces deux graines se fit normalement; mais, au bout de peu de temps, les plantules se montrèrent fort en retard sur leurs voisines des expériences I, II et III, et elles étaient, l'une et l'autre, également affectées. Une circonstance, indépendante des graines, était intervenue, qui nuisait à leur développement. Il m'a été impossible d'en découvrir une autre que celle que je vais rap- porter. Pour remplir chacune de mes cloches à sable, j'ai toujours suivi le procédé suivant : au fond de la cloche, provisoirement fermée à la partie inférieure par un bouchon, je versais un peu d'eau ; j'y faisais ensuite tomber 4 kilogr. de sable, en réparlissant la matière sur toute la section de la cloche. Le volume de l'eau était tel que celle-ci dépassât alors le niveau du sable d'environ 1 centimètre. J'ajoutais un peu d'eau, puis 4 kilogr. de sable, et ainsi de suite, en faisant chaque fois en sorte qu'il y eût dans la cloche la quantité d'eau voulue pour noyer les 4- derniers kilogrammes de sable ajoutés. Mon but était de produire, au sein de l'eau, un léger tassement du sable, afin que l'arrosage ultérieur ne bouleversât pas le sol en y produisant en certains points des affouillements plus ou moins pro- fonds, comme il aurait pu arriver si le sable avait été versé à sec dans les cloches. D'autre part, en mettant l'eau peu à peu au lieu d'en remplir la cloche dès le début de l'opération, j'évitais que les éléments du sable, tombant à travers une grande épaisseur d'eau, ne fussent séparés et classés suivant leur grosseur, ce qui aurait altéré l'homogénéité des sols. Cette méthode a bien réussi pour toutes les expériences. Je ne l'ai, fort heureusement, modifiée qu'une seule fois, pour l'expérience sur les maïs. Celte fois, après avoir rempli la cloche, craignant de n'avoir pas opéré le remplissage ACIDE PHOSPHORIQUE DISSOUS PAR LES EAUX DU SOL. 357 comme il convenait, on transvasa le sable dans une grande terrine, où on le malaxa un moment ; on le remit, encore tout gorgé d'eau, dans la cloche ; puis on crut devoir l'extraire |une fois de plus pour le remettre dans la terrine, et enfin on le logea pour la dernière fois dans la cloche. L'arrosage se fit jusqu'au bout avec une dissolu- tion à 2"'«,07 d'acide phosphorique, comme pour le n" 11. Les maïs furent dans l'impossibilité de prospérer sur ce sol du n°0 ; la récolte y fut insignifianic. Quelle dificrence y avait-il entre ce même sol et ceux des autres expériences? Il avait simplement été quelque peu trituré dans les transvasements et peut-être un peu plus tassé dans la cloche '. Je ne mentionne cette expérience que pour donner un exemple de plus de l'influence que peut exercer l'état physique d'un sol sur la végétation. Résumé et conclusions générales. 1" Il y a dans les terres végétales, du moins dans toutes celles que j'ai examinées (huit bonnes terres de natures très différentes), un stock de phosphates, extrêmement peu solubles, mais néanmoins passant en petite proportion dans l'eau. Celte proportion, toujours minime, est très variable d'une terre à l'autre (0™«,1, O^^jS, 1 mil- ligramme, 2 milligrammes, 3 milligrammes par litre), mais, chose remarquable, constante pour une même terre, alors môme que la (juantité d'eau mise en contact avec elle varie dans le rapport de 1 à 100 ou même davantage. 2° Le taux constant de l'acide phosphorique dans la dissolution qui imprègne une terre donnée, est, en quelque manière, une carac- téristique de cette terre. Il y a intérêt à savoir le déterminer^ en vue de diverses recherches et en particulier pour découvrir s'il existe une relation entre ce taux et les qualités de la terre intéres- 1. I/almosphère interne du sol était d'une composition tout à fait normale; j'y avais trouvé : CD* p. 100 0,4; oxygène p. 100 20,9. 2. Peut-être cette détermination pourrait-elle être utilisée pour préciser les idées sur rassimilabilité des phosphates. 358 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. sant la végétation. On arrive très simplement à celte détermination en agitant lentement un peu de terre avec de l'eau ordinaire jusqu'à ce que celle-ci ait pris le titre cherché, litre qu'on obtient ensuite par un dosage. Les conditions dans lesquelles il convient d'opérer l'agitation ont été étudiées méthodiquement et précisées plus haut. 3° L'acide phosphorique existant en dissolution dans l'eau qui imprègne une terre en place, peut se renouveler en peu de temps dans cette eau si les racines viennent à l'absorber. Pendant les vingt-cinq ou trente semaines que dure la période d'activé végéta- lion dans les champs, le renouvellement paraît pouvoir être tel qu'il fournisse aux plantes un contingent d'acide phosphorique de 10,20, 30 kilogr. par hectare; dès lors, cet acide dissous, dont le poids, à un instant quelconque sur un hectare, est toujours très faible devant celui que contient une récolte et qui, pour ce motif, a été négligé, n'est plus négligeable et apparaît comme un facteur nouveau, peut- être considérable, de la production. Son rôle n'annule point du tout l'importance de l'absorption de l'acide phosphorique par dissolution des phosphates au moyen des sucs acides des racines. Il s'ajoute à ce mode d'absorption. On pouvait déjà penser que l'acide phospho- rique des superphosphates était pris, en grande partie, à l'état de dissolution parles plantes; M. Schlœsing, mon père, en est venu dernièrement à cette idée, qui justement a été l'origine des recher- ches dont je rends compte ; de son côté, M. J. Joffre s'est efforcé de prouver, dans des mémoires déjà cités, l'assimilation directe, àl'élat soluble, de l'acide phosphorique des superphosphates. 11 s'agit ici, on le Voit, d'un phénomène beaucoup plus général, d'une notion touchant au mode d'alimentation des plantes en acide phosphorique dans un sol quelconque, indépendamment des engrais qui peuvent leur être offerts. 4° On ne s'est pas borné à prouver la possibilité d'un apport sérieux d'acide phosphorique aux racines par les eaux du sol. On a montré que les plantes étaient réellement capables d'utiliser presque exclusivement, en certains cas, cet acide dissous, alors même qu'il leur était offert aux taux infimes qui sont ceux des eaux imbibantles sols naturels, et de prendre ainsi un très beau développement. Dans celle démonstration, on s'est appHqué, au risque de présenter des ACIDE PHOSPHORIQUE DISSOUS PAR LES EAUX DU SOL. 359 raisonnements un peu longs, à établir avec rigueur que racide phosphorique donné à l'état soluble avait été absorbé, pour une grande partie tout au moins, à cet état, qu'il ne s'était pas aupara- vant insolubilisé dans le sol. Ainsi, on peut effectivement regarder l'eau des sols comme le véhicule d'une bonne part de phosphates que, sans elle, les racines ne rencontreraient pas et qui, dès lors, constitueraient un fonds sans emploi. DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES EN AGRICULTURE ET EN VITICULTURE RÉSULTATS Des champs de démonstration, expériences et concours, obtenus en 1898, dans vingt-cinq départements ' . (Suite.) LE NITRATE DE SOUDE DANS LA FUMURE DES VIGNES, EN 1898, DANS LE DÉPARTEMENT DE LA GIRONDE Rapport de M. Vassillièbe, professeur départemental d'agriculture. Le nombre total des champs de vignes de la Gironde à la fumure desquels on a appliqué le nitrate de soude en 1898, pour apprécier l'influence de cet agent sur l'accroissement de la récolte, a été de 28 ; leur superficie minima n'a pas été inféi'ieure à 6 ares ; leur surface maxima a atteint 120 ares; ils ont couvert ensemble une étendue de 940 ares comptant 63492 pieds. Placés dans les terrains les plus variésS du département, depuis les sables de Landes jusqu'aux argiles calcaires ou siliceuses du Blayais et de la Berrange, ils étaient également complantés en cé- pages diflerents blancs et rouges, variant de 5 à 80 ans d'âge, tantôt 1. Voir ces Annales, pages 38-39, note. EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 361 greffés, tantôt francs de pied, soumis aux tailles spéciales que com- portait chacun d'eux suivant la variété à laquelle il appartenait et les conditions particulières de terrain dans lesquelles il se trouvait. Le nitrate a été employé comparativement soit seul, soit associé à des engrais minéraux complémentaires, superphosphate de chaux et sulfate de potasse; son application a généralement eu lieu en mars; elle s'est trouvée retardée d'une quinzaine de jours dans quelques champs, avancée d'autant dans d'autres. D'ailleurs, l'épandage s'est toujours effectué à la main, entre deux terres, sur l'emplacement du Cavaillon levé et dans un rayon de 0'",30 environ autour du pied ; on a toujours attendu la façon de rechaussage pour recouvrir l'engrais, mais l'époque de cette opération n'a dépassé, en aucun cas, le 15 avril. Dans tous les champs, les doses de nitrate ont varié de 200 à 800 kilogr. par hectare, en progression de 100 kilogr. par série jusqu'à 500 kilogr., puis, sans transition, jusqu'à 800 kilogr. Dans la presque totalité d'entre eux on a pesé les raisins d'un même nombre (25) de pieds moyens, tant dans les séries simplement nitratées ou à fumure complète, que dans les séries témoins sans aucun engrais. Je n'ai pu, à mon grand regret, prendre les densités des moûts en temps utile; c'eût été encore un renseignement inté- ressant à connaître. Pour l'établissement des tableaux el graphiques j'ai réuni entre eux les champs de même étendue et, dans chaque groupe, calculé le rendement moyen des parcelles de même série; les moyennes générales ne s'écartent pas plus des extrêmes de chaque série, que les moyennes de séries des rendements extrêmes qui les constituent; les unes et les autres donnent bien la physionomie des variations qui se sont produites , dégagée des petites erreurs de pesage, de choix des pieds et autres analogues qu'on ne peut éviter dans des expériences du genre de celles que je rapporte ici. D'autre part, la valeur de la fumure et celle de la récolte ont été déterminées sur les bases suivantes : Nitrate de soade 20' 00= les 100 kilogr. Superphosphate 14/16 .. . 7 60 — Sulfate de potasse 25 00 — Raisins sur souches .... 15 00 — 362 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Bien que la grande sécheresse de Tannée ait sérieusement con- trarié l'action des engrais chimiques au point qu'on a trouvé plu- sieurs fois, lors du déchaussage d'automne, d'importantes quantités de matière non encore dissoute, aussi bien dans les terres sili- ceuses naturellement sèches que dans les autres, les résultats four- nis par l'emploi du nitrate de soude ont été appréciables dans les plus mauvais sols, très marqués dans la majorité des champs, excep- tionnellement beaux dans quelques autres. Il ne faut pourtant point conclure de cet accroissement de rende- ment, qui n'a souffert aucune exception, que, pécuniairement par- lant, le nitratage ait toujours été avantageux ; sur 17 parcelles l'opé- ration s'est soldée en perte, par rapport au rendement du lémoin correspondant, la valeur de l'accroissement de récolte, calculée comme je l'ai dit plus haut, ne couvrant pas le prix d'achat de la fumure. Ce phénomène s'est produit, pour des doses de nitrate n'excédant pas 500 kilogr., exclusivement sur des parcelles qui n'a- vaient reçu que du nitrate de soude et dont la pauvreté naturelle en acide phosphorique et en potasse s'opposait à une augmentation sérieuse de la vendange ; un développement exagéré de la ramure, une coulure en fleur et en grains très marquée, un grillage plus intense au gros de l'été, caractérisaient les parcelles et les désignait à l'attention dès l'époque de la véraison. Partout, au contraire, où l'on a appliqué une fumure complète, le nitrate de soude a déter- miné un bénéfice qui a atteint de 1 à 2 fois la valeur de la fumure complète sur quatorze parcelles, 3 fois celte valeur sur trois autres parcelles, 4- fois sur quatre autres et 5 fois sur trois autres. On peut donc conclure sans hésiter que, en temps normal, le nitratage des vignes est forcément avantageux chaque fois que le sol est pourvu d'acide phosphorique et de potasse en quantités suffisantes pour constituer avec le nitrate une fumure complète et harmonique. Les pesées de récoltes mettent en relief, pour cette année tout au moins, un autre fait intéressant, c'est l'inefficacité relative des hautes doses de nitrate. On remarque, en effet, qu'avec un poids de 600 kilogr. de superphosphate et de 200 kilogr. de sulfate, l'ac- croissement de récolte déterminé par l'apport de 800 kilogr. de ni- trate ne peut couvrir l'excédent de dépense (60 fr.) occasionné par EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 363 la fumure, si on le compare avec les rendements correspondants à 400 et 500 kilogr. de nitrate. Est-ce insuffisance d'humidité pour la dissolution totale du sel azoté, ou défaut d'équilibre entre les trois éléments fertilisants contenus dans le sol? J'incline à croire que cette dernière hypothèse est la vraie et je me propose de re- prendre cette année, chez moi, en bas Armagnac, cette série des expériences de la Gironde de 1898 en portant jusqu'à 1 000 kilogr. par hectare la dose de nitrate, mais en l'accompagnant de doses proportionnelles d'acide phosphorique et de potasse. Les deux seuls dangers réels qui me semblent devoir limiter à des poids relativement faibles de 400 à 600 kilogr. par hectare l'em- ploi du nitrate en viticulture sont le développement considérable que prennent les feuilles et les sarments de la vigne sous l'influence des grandes masses d'azote nitrique, et la difficulté de maturation des raisins. Des rognages répétés ne sont pas un remède au premier des deux inconvénients dont je parle, inconvénients qui se sont produits l'un et l'autre dans les parcelles à 800 kilogr. de nitrate ; ils provoquent le départ d'un nombre considérable et continu de repousses qui encombrent la souche, la garnissent d'une succession ininterrompue de jeunes organes verts en état permanent de ré- ceptivité pour toutes les maladies cryptogamiques et particuhère- ment pour le black-rot, tout en rendant matériellement impossible l'application des moyens destinés à les combattre. L'effeuillage n'est pas davantage à préconiser pour faciliter la maturation ; il faudrait le commencer trop tôt, en août, le répéter plusieurs fois jusqu'aux vendanges, ce qui entraînerait une diminution de richesse saccha- rine du moût et augmenterait sûrement la proportion des raisins grillés. Soit que soit, il n'est pas sans intérêt de rechercher expéri- mentalement quelle est la limite de possibilité d'emploi économique du nitrate de soude dans la culture de la vigne et j'espère pouvoir contribuer à cette détermination dès cette année. Pour ce qui est des expériences girondines de 1898, il semble que dans la gv-néralité des terrains c'est à la dose de 500 kilogr. à l'hectare, associé à 600 kilogr. de superphosphate et 200 kilogr. de sulfate de potasse, que le nitrate de soude donne les meilleurs ré- sultats. Si, en effet, de la valeur brute de la récolte on déduit 364 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. d'abord la valeur du produit fourni par le témoin, puis celle de la fumure complète, on obtient successivement 9, 109, 552, 646, 608 fr. comme expression du bénéfice net, suivant qu'on a employé 200, 300, 400, 500, SOOldlogr. de nitrate; pour celte dernière quantité, le supplément de 60 fr. de nitrate n'est pas couvert par l'accroisse- ment de 22 fr. de valeur de la récolte comparée à celle de la série à 500 kilogr. Il serait pourtant téméraire de considérer tous les chiffres précédents comme définitivement acquis à la pratique ; ils sont l'expression de la vérité pour l'année 1898, mais un été humide pourrait les faire changer presque du tout au tout en joignant son influence favorable au développement de tous les organes verts à celle de même sens du nitrate de soude. Ce qui, toutefois, est dès maintenant hors de discussion c'est, d'abord, la fausseté de l'idée courante que la vigne est indifférente aux fumures azotées lorsqu'elles ne lui sont pas nuisibles en pous- sant au développement du bois au détriment de celui du fruit ; puis, par l'emploi de fumures complètes, largement nitratées, la possibi- lité d'augmenter très notablement le rendement brut et le rende- ment net de la récolte ; c'est, en somme, ce qui est déjà démontré pour la culture des céréales, pour celle du blé en particulier. Aussi, je ne crois pas trop m'avancer en disant que l'alternance d'une fumure complète aux engrais chimiques, d'une valeur de 180 à 200 fr. par hectare, avec une fumure aux engrais verts dont le coût ne dépassera pas 50 fr., permettra de continuer pendant une longue série d'années, la culture lucrative de la vigne sur le même terrain. En raison de la forme nitrique sous laquelle l'azote devra être employé, ce n'est point pour faciliter la nitrification par l'humus qu'ils fourniront que les engrais verts devront alterner avec les engrais chimiques, mais pour conserver au sol ses propriétés phy- siques de perméabilité aux agents atmosphériques, pour les ac- croître et rendre ainsi plus grandes ses facultés productives natu- relles. Si l'époque d'application du nitrate doit être, préférablement, pour la vigne comme pour les autres cultures, celle qui précède de peu le départ de la végétation, comme l'on a affaire ici à un végétal dont la première période de vie annuelle se fait tout entière aux EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGUAIS CHIMIQUES. 365 •}9Hlmoo ug; ■< a À S o o v."5 u ta o o •A (8 (4 c a o •a s ■4 o o O CO GO O CO o o o o o ■j9ldaioo ua o o SO CO o o ■*-» 00 CO ^ ./3 O o o r- o o 00 00 •}9l(iraoo ua o o o O CO o o '::d CO O 05 ~^ CO •}3lduioo na 5 ^ CO CO o O CO o CO CO eo O O -* t- 'O «^ •\n9s atviiis. o en O 00 eo o ir< •uioutajL O C5 00 o CO et •rt CO OO CO lO 00 "3 . o o o o o •— o 00 o o o o >o eo co o o 03 m a o •A O. .2 a •a O ■— C3 CO Ci OO O O o o o o o ■^^ bb CO l- o o r~ ~--r i.O -^ 'inas ojçjîiM o lO o> 05 — ■" CO ~* 1^ •pâ »4 et e» eo iri et o et je ■— O t~ o o> ■ lO eo 'O o CO 00 a> es CO CO ..o 1^ •uioni9X 'o CT> -"C — CO ^ CO -^ O T3 ^^ et e< et ■*-« ■»— « et et J4 tN • o CO et CO — o o t^ 1 O o o o O O o «o es et o CO et •v^ •«!• o / -inas ojflJïivî O (O o ZC o e< o et 1^ •r* et CO e< eo e< e« o et M -~ . o »— o Ci o eo •Ti o CO en ers e< CO 00 tO r- •nioniax O Oi -5f eo lO 00 •^ O !« 1-^ e< et et ^-4 ■^M et et \ ^ — ' o o o O o o o CO Se o ^— < ce «o e< Cl --1< CO CO •jeidcao.T w^ lO -^^ r- r- e< CO «•— et \ ^ 00 t- o -=* o -^ r^ o M CO V.O v-O o o o o o n o ei t^ CO o o CO in99 91BJ1IK lO 00 »~ 00 ■"" •>t lA irt •r» et et et et e< e« LO et ^ ■^ o r- o o »-0 CO .o o O CO co o et ce CO >n t^ •inotn9X o ■^ CO lO CO -^ o ;^ •^^ et et et f^ ^^ et et M ■— ■ o et o CO e> X E-i CO CO 1 tO O o o lO o o o o Irt et o to CO 00 •c^ / -nias ajBjjiK CO o • o CO o CO o -^ \ r;^ et et et et et et -«s< ei M — ' / o 1^ o C5 >o eo o o f te o OO CO C5 et OO CO • o r^ •nioniax C5 -^ CO irt CO -* O 7^ liH et et e« 1— « •»-« et et \ M -— ' o irt o «o CO 03 O CO eo CO -^ et • o «o e» et s 0) •a o t» g -3 J3 •« 0) r3 z i o V 3 O c-.a S ^ 'S © •/: -C O 3 5 — '-'S ^ Ci ^ 09 O ^ « iJ r- -iî - ^ C. o te .3 .5 ~ - '^ o "5 g 5 ^ S- *^ ♦> a o |3 i= 5 3 I o A 1-1 M a c. © 3 366 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. u u va o o u "(8 > fi n o o •}aiJnioo nfi I— CD ^ï" o ~-< C5 OO C5 -* O 1^ -.■t o — •juas ajBaiîX ce co co (M C5 o — ce -^ ' ' t— co co Ci r^ e^« O ^^ rr» 1— (^^ •^ co 00 O ^M o •njoiu^x et co co CO (r« (M co co o ce ^^ •lajduioo Titr Ci o CO C5 c» '.-s co o .o — CD O) ~v o 00 «o Cl — ..o o ■— «D — •inas 9Î8.IIJINJ C5 CO -fl- co '.o co »^ co CD CO L.O co a S o o •}9i(iuioo lia: 1^ o o co co o co CD •Xuas a}B.T}i(j co co co CD C) Cl co o CD CO co Cl co ■joidinoo na co O O CO '.O I— Ci o o tO CD CO •niomjx c< co co o co C5 co co Cl 00 ai CD O o -■* o o o C3 o -^ o C5 co Cl -^ 0? O o T-, i.O o ^-^ o ^ o o o Cl Cl co «o o o o o ~ b: n o z 00 c< — CD O - f t~ co 00 C5 r^ Cl CD ^ « f Cl r^ Cl -* co 00 CD .,_i = •niouiax Cl co co co c< Cl CO co <=> \ .n ^ "^ Ci co o C5 co co •UI01U9X C^ 1^ C) co r— co oo Cl co Ci co 1^ co c» ce Cl co CD 00 co CI liO co 'ines ojBjjiN C co cô o .-O co co O c< Ci o co Ci co co • o co c< CI Cl co •uioniex Oi c< co co co c< co os co co c» Cl 00 CI co CD 00 co •^aidraoo na Cl CD a 1^ o 00 CO ».o o Cl co Cl •inos 9}i3jj;sj «S Cl co C) CD co co o co Cl co co ^— 1 Cl co o ■— «o -^ co co I I o o E-1 s '-0 c< s co o CD O CD ■ .O C5 CD *^ CD O O O 00 Ci O o CD CO o aj ^ a o T- •ai .i; « a -a: s 0) (S 3 O CL. à o u o o o 'A EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 367 dépens des réserves qu'il a accumulées l'année précédente et que, d'autre part, le nitrate se dissout très promptement pour peu que le sol renferme d'humidité, on peut, sans inconvénient, attendre l'époque normale du recliaussage de printemps pour procéder à l'épandage de l'engrais et à son recouvrement. Un des champs d'expérience qui a donné le bénéfice le plus élevé n'a été fumé que le 11 avril, alors que le débourrage était achevé et que les pre- mières feuilles commençaient à s'ouvrir. ■ Quant au lieu d'application de la fumure il n'a pas été fait ici d'expériences pour déterminer celui qui est le plus favorable à la végétation. Toutefois, en raison du petit volume de la matière ferti- lisante, de sa grande solubilité, de sa propension non moins grande à gagner les couches profondes, en raison enfin des propriétés plus particulièrement fructifères que possèdent les racines superficielles de la vigne, je crois que l'épandage autour du cep déchaussé, dans un rayon do 25 à 30 centimètres, est ce qu'il y a de plus avan- tageux. Dans le premier des deux tableaux qui précèdent j'ai résumé tontes les données numériques relatives aux pesées de la récolte; le second traduit en argent les chiffres du premier ; quant au gra- phique il représente d'une façon plus facilement saisissable à l'œil les faits principaux des deux tableaux. H" «5 ESSAIS SUR L APPLICATION DU NITRATE DE SOUDE A LA CULTURE DE LA VIGNE, EN 1898, DANS LES BOUCUES-DU-RHONE Rapport de M. de Laroque, professeur départemental d'agriculture. Les essais ont porté sur des vignes établies dans les principaux terrains du département, et reconstituées soit à l'aide de la submer- sion, soit au moyen des cépages américains. Nous allons exposer d'abord les conditions spéciales à chaque 368 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. essai et nous donnerons les résultats obtenus dans chacun d'eux. Nous indiquerons ensuite quelle a été l'influence sur la production de chacune des parcelles, des circonstances climatériques ou autres qui ont marqué la campagne écoulée. a) Parcelles soumises à la submersion. Les vignes soumises à la submersion sur lesquelles nous avons établi des essais se trouvaient situées dans la plaine du Bas-Rhône : Camargue, Plan-du-Bourg, Trébon, laquelle, on le sait, est formée exclusivement des alluvions de ce fleuve. De nombreuses analyses montrent que la composition des terres de cette plaine ne présente que des variations en général peu considérables. Elles indiquent en outre que ces terres, largement pourvues de potasse, manquent en général d'acide phosphorique et d'azote. Au point de vue physique, les alluvions du Rhône sont argilo-calcaires, avec prédominance, parfois, de l'élément argileux; leur profondeur est toujours consi- dérable. Les parcelles d'essais établies dans cette région, dont la surface n'est pas moins de 130000 hectares, sont les suivantes : 1. — M. Cosle (J.), au mas d'Ivaren. Celte première parcelle était représentée par une vigne soumise à la submersion, étabhe en terrain argilo-calcaire, jadis marécageux, mais tout à fait assaini aujourd'hui. Elle est complantée en aramons et petit-bouschet âgés de 12 ans. La plantation est faite suivant des lignes distantes entre elles de "i mètres dans lesquelles les pieds sont à 1 mètre. De telle sorte que la plantation comprend 5 000 pieds par hectare. Celte vigne, fumée Tannée dernière au fumier de ferme, avait produit 14.0 hectolitres de vin par hectare. L'essai a porté exclusivement sur la partie de la vigne complantée en aramons. Une partie A, comprenant 663 pieds, soit 13 rangées de 51 sou- ches, a reçu une fumure dont la composition pour chaque pied était la suivante : EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 369 200 grammes de superphosphate minéral 13/15; 100 grammes de nitrate de soude. Ces chiffres représentent une fumure correspondant à 1 000 kilogr. de superphosphate et 500 kilogr. de nitrate de soude à l'hectare. Un second lot B, contigu au précédent, a servi do témoin. 11 com- prenait 5 rangées de 51 pieds, soit, au total 255 pieds. Cette parcelle n'a l'eçn pour toute fumure qu'une dose de 200 grammes de super- phosphate par pied. L'engrais a été réparti au pied des vignes pen- dant la troisième semaine d'avril. On l'a enfoui immédiatement à l'aide d'une culture à bras '. Une gelée blanche, survenue le 26 mars, qui causa de grands dommages au vignoble de la région méridionale, enleva à la par- celle dont il s'agit le quart environ de la récolle totale. La végétation fut ensuite normale pendant le courant de l'été. La vigne, convenablement défendue, n'eut pas à souffrir des maladies cryplogamiques. La récolte a donné les résultats suivants : REHDEMBNT par par parcelle. hectare. kilogr. kilogr. Parcelle A : 6C3 pieds, 100 kilogr. de nitrate . 2 128 16 048 — B : 25.J pieds, sans nitrate 701 13 726 Excédent de récolte eu faveur du nitrate. ... 2 323 En fixant à l^ fr. la valeur des 100 kilogr. de vendange, et à 23 fr. la valeur des 100 kilogr. de nitrate de soude, le bénéfice net, résultant, par hectare, de l'effet du nitrate, s'étabUt comme il suit : Valeur de Texcédent de récolte : 2 323 kilogr. à 14 fr. les 100 kilogr. = 326^ 22<= Valeur du nitrate : 500 kilogr. à 23 fr. les 100 kilogr = 115 00 Bénéfice net 210^22= 1 . Nous ferons remarquer ici que, dans tous les essais, les engrais que nous avons employés ont été appli(iués de la même manière. Il cirt été préférable, sans doute, de les répandre après le déchaussement des vignes. Mais répoque avancée à laquelle nos essais ont été installés ne nous a pas permis de procéder ainsi. ANN. SCIE.NCE AGRON. — 2* SKRIE. — 1899. — I. 24 370 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 2. — M. Dupui, au mas Neuf (Camargue). La parcelle où a été installé le présent essai est complantée en aramons âgés de 10 ans. La plantation est faite suivant des lignes espacées de 2™, 50 dans lesquelles les pieds sont à 1 mètre. On y compte donc 4 000 pieds par hectare. Le terrain est argilo-calcaire, profond, fertile, et sa richesse na- turelle a encore été augmentée par les fumures abondantes que M. Dupui accorde chaque année à ses vignes. En 1898, c'est-à-dire l'année de nos essais, cette fumure avait con- sisté en une dose de 25000 kilogr. de fumier de ferme par hectare. En 1897, avec une fumure identique, additionnée de 400 gram- mes par pied de superphosphate minéral, le rendement de la par- celle sur laquelle nous avons opéré avait atteint un chiffre voisin de 300 hectolitres par hectare. Nous avons voulu nous rendre compte de l'effet que pourrait pro- duire une dose élevée de nitrate de soude dans un sol amené à un si haut degré de fertilité. Pour cela, nous avons choisi un lot de 1 650 pieds vers le milieu de la vigne et, à côté, nous avons délimité un témoin de l 950 pieds. La parcelle d'essai a reçu une dose de 200 grammes de nitrate de soude par pied, additionnée de 400 grammes de superphosphate minéral 13/15. Le témoin n'a eu pour fumure complémentaire que 400 grammes de superphosphate minéral 13/15. Malgré la gelée du 26 mars qui a détruit une quantité de bour- geons qu'on peut évaluer à 6 à 8 par pied de vigne, la végétation s'est montrée luxuriante pendant tout l'été. Les maladies cryptogamiques n'ont pas causé de dégâts appré- ciables. Les raisins, à la maturité, étaient très sains et d'une grosseur re- marquable. M. Dupui nous a communiqué les chiffres ci-après en ce qui con- cerne les rendements : Laparcjlle de l 650 pieds ayant reçu du nitrate a produit 10 065 kilogr. de raisin. Le témoin en a donné 1 1 610 kilogr. EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 371 En exprimant ces résultais sous forme de tableau on trouve : Parcelle au nilrate (1 G50 pieds) Parcelle témoin : 1 i>50 pieds. . RKNOEMKNT par parcelle. par hectare. kilogr. kilogr. 10 065 24 400 11 610 23 815 Différence en faveur du nitrate 585 L'excédent de récolte par le nitrate a donc été très limité, et il est évident que l'emploi de cet engrais n'a pas été, dans cet essai. avantageux. Cependant, la dose employée, 200 grammes par pied, était éle- vée puisqu'elle correspondait au chiffre de 800 kilogr. par hectare. Ce fait s'explique, selon nous, en considérant la richesse naturelle du terrain dans lequel a été établie la vigne d'essai et, d'un autre côté, en tenant compte de la fumure au fumier de ferme que ladite vigne a reçu en même temps que la dose de nilrate de soude que comporlait noire expérience. Ces deux causes ont concouru à masquer l'action du sel. 3. — M. Martin, au mas de l'Ilôste. La vigne choisie comprend un mélange de plants dans lequel do- minent cependant l'aramon, le petit-bouschet, l'espar. Elle est située dans le « Plan-du-Bourg », Le sol en est argilo-calcaire, fertile et profond. Comme celui des vignes précédentes, il provient des alluvions du Rhône. La plantation est faite en lignes espacées de 2",50 dans lesquelles les pieds de vigne se trouvent à 1 mètre, de telle sorte que le nom- bre de plants est de 4 000 par hectare. Cette parcelle est en état moyen de culture. Elle n'a pas reçu de fumure en 1898. L'essai comprenait : 1" Un lot de 1 500 pieds qui a reçu la fumure suivante, par pied : 125 grammes de nitrate de soude ; 50 grammes de chlorure de po- tassium ; 150 grammes de superphosphate minéral 13/15 ; 372 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 2°; Un Icnioin de 500 pieds auquel on a dislribué seulement 50'gTammes de chlorure de potassium et 150 grammes de super- phosphate. La vigne a quelque peu souffert de la gelée du 26 mars. De même les maladies cryptogamiques y ont causé quelque dommage. La récolte a donné les résultats suivants : RBNDEMEKT par par parcelle. hectare. kilogr. kilogr. Parcelle traitée au nitrate : 1 500 pieds . . 5 000 13 330 Parcelle téûioiii : 500 pieds 1350 10 800 Différence en faveur du nitrate 2 530 La valeur de l'excédent de récolte dû au nitrate s'établit à : Valeur "de rexcédent 'de récolte dû au nitrate de soude : 2 530 kilogr. à 14 fr. les 100 kilogr 354' 20= Valeur du nitrate de soude : 500 kilogr. à 23 fr. les 100 kilogr 115 00 Le bénéfice résultant de remploi de ce sel est donc de 239*^20" 4. — M. Mourel, au mas de Manche (Tréhois). La parcelle choisie pour cet essai est située dans le « Trébois d'Arles ». Elle est formée, comme les précédentes, par les alluvions du Rhône et la nature du sol y esl également argilo-calcaire. La vigne qu'elle porte, composée exclusivement d'aramons, est âgée de 8 ans. En 1897, elle avait produit une récolte de 130 hectolitres par hectare. La plantation comporte 4000 pieds par hectare. En 1898, la fumure accordée à cette vigne par le propriétaire comprenait 200 grammes de superphosphate minéral 13/15 et 75 grammes de nilrate de soude par pied de vigne. A cette dose d'engrais nous avons ajouté : 100 grammes de ni- trate de soude par pied, sur un carré de 1 000 souches homogènes qui ont ainsi constitué notre champ d'essai. La fumure sur ces EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 373 1 000 souches est donc devenue la suivante : 200 grammes de su- perphosphate minéral et 175 grammes de nitrate de soude par pied. La gelée du 2G mars a détruit le quart environ des bourgeons. Les maladies cryplogamiques n'ont pas causé de dommages ap- préciables. Quant aux soins culturaux, ils ont été exécutés dans de bonnes conditions. La vendange a produit : Dans la parcelle ayant reçu 175 grammes de nitrate (1 000 souches). . 2 820''' Dans la parcelle voisine, également de 1 000 pieds, traitée seulement à raison de 75 grammes de nitrate 2 310 L'excédent de récolte drt à Taction de la dose supplémentaire de nitrate de soude (t 00 grammes) a donc été de : 2 820 — 2 310 = 510''^ Si nous estimons à 44 fr. la valeur des 100 kilogr. de vendange et à 23 fr, celle des 100 kilogr. de nitrate de soude, nous aurons : Valeur de la réeoltc en excédent produite par l'action du nitrate : 2 040 kilogr. à 14 fr. les 100 kilogr 285^60'= Valeur du nitrate de soude : 400 kilogr. à 23 fr. les 100 kilogr. ... 92 00 Bénétice dû aux effets du nitrate de soude supplémentaire 193^60*= 5. — M. Gourdin, à Sainl-Andiol. La vigne sur laquelle a eu lieu le présent essai est soumise à la submersion comme les précédentes, mais elle est située dans les alluvions de la vallée de la Durance. Celles-ci sont moins riches en potasse que les terres auxquelles le Rhône a donné naissance, mais leur teneur en acide phosphorique et en azote est un peu plus élevée. L'encépagement comprend exclusivement de l'aramon. La plantation est faite en carrés de l'",05 de côté, de telle sorte que le nombre de pieds est de 3675 par hectare. Le terrain est argilo-calcaire, de compacité moyenne. La fumure de l'année précédente avait consisté en une dose de 500 grammes de tourteaux de colza sulfuré par pied de vigne. 374 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Au milieu de la vigne on a délimité une surface comprenant 751 pieds qui ont reçu chacun : 200 grammes de superphosphate minéral 13/15, 50 grammes de chlorure de potassium et 100 gram- mes de nitrate de soude. A proximité, on a choisi un lot de 250 pieds auxquels on a distri- bué seulement 200 grammes de superphosphate et 50 grammes de chlorure de potassium. La gelée du 26 mars n'a fait aucun dégât à la vigne, et, à l'ex- ception d'un coup de vent du nord qui, vers la fm de mai, a brisé un certain nombre de pampres, aucun accident digne d'être signalé n'est survenu. La vendange s'est effectuée le 23 septembre. Elle a donné les ré- sultats suivants : RENDEMENT par par parcelle. hectare. kilogr. kilogr. Fumure complète : 751 pieds 3 222 15 765 Témoiu, 250 pieds 991 14 567 Excédent produit par le nitrate 1 198 Soit en chiffres ronds 1 200 kilogr. de vendange qui représentent une valeur de 168 fr. Le prix du nitrate de soude étant de 23 fr. les 100 kilogr., la dose employée étant de 367''^,5 par hectare, on voit que h dépense de ce chef s'est élevée à 367''»,5 x 23 = 84- fr. 50 c. De telle sorte que le bénéfice, par hectare, résultant de l'addition, à la fumure primitive, d'une dose de 100 grammes de nitrate de soude par pied n'a été dans le cas présent que de 1 68 fr. — 84 fr. 50 c. soit 83 fr. 50 c. 6. — M. Germain, à Darbousille (Montmajor). L'essai entrepris chez M. Germain a porté sur une vigne d'ara- mons, âgée de 7 ans, qui avait déjà reçu en 1808 une fumure com- posée de 200 grammes de superphosphate potassique par pied. Comme les années précédentes, cette vigne est soumise à la sub- mersion. EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 375 Elle est située dans les alluvions du Rhône, à Monlmajor, dans le Trébois d'Arles. Sur un lot de 1 000 pieds, on avait répandu une dose de 200 gram- mes de nitrate par pied correspondant à une quantité totale de 735 ki- logr. de nitrate de soude par hectare. Malheureusement, cette vigne avait été tellement éprouvée par la gelée du 26 mars, que, contrairement aux prévisions du proprié- taire qui espérait en retirer le tiers d'une récolte normale, elle n'a produit que 10 hectolitres de vin, alors que l'année dernière elle en avait fourni 180. Il ne nous est donc pas permis de tirer des conclu- sions de cet essai en ce qui concerne l'influence du nitrate sur la fructification. Mais nous avons pu constater que la végétation était, de beaucoup, plus vigoureuse dans le carré qui avait reçu le nitrate de soude que dans le restant de la parcelle, et que les effets de la gelée sur la production du bois y ont été également atténués d'une façon très appréciable. Les sarments provenant des faux yeux, qui seuls avaient poussé, étaient plus forts et plus vigoureux sur les souches qui avaient reçu du nitrate de soude. 7. — M. Granaud, au mas d'Agon (Camargue). Dans cet essai, nous avons eu en vue d'examiner, bien que la sai- son fut déjà avancée au moment de l'emploi du nitrate, l'influence de l'époque de l'épandage de ce sel sur la récolte de la vigne. A cet effet, dans une vigne soumise à la submersion, déjà fumée au fumier de ferme et complanlée exclusivement de oarignans, on a délimité o lots de 500 pieds chacun, chaque lot étant séparé de son voisin par deux rangées de pieds. Sur le premier lot on a répandu 150 grammes de nitrate de soude, par pied, à la fin du mois de mars. Sur le deuxième lot on a distribué la même dose de ce sel à la fin du mois d'avril. Le troisième lot a servi de témoin et n'a pas reçu de nitrate de soude. La vigne étant plantée à raison de 4000 pieds par hectare, la dose de nitrate correspondante était de 600 kilogr. 376 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. La gelée du 26 mars avait détruit le cinquième environ des bour- geons, mais, cet accident excepté, la végétation de la vigne avait été très belle pendant toute la campagne. Malheureusement, par l'inadvertance des ouvriers préposés à la vendange, la récolte des divers lots n'a pas été pesée séparément, de telle sorte qu'il ne nous a pas été possible de connaître les résul- tats de cet essai. Nous avons cependant pu constater à la fm d'août que l'aspect des parcelles nitratées, et notamment de celles qui avaient reçu le nitrate à la fin de mars, était plus vigoureux ; les vignes y étaient d'un vert plus sombre et les raisins y paraissaient plus vigoureux et mieux nourris. b) Parcelles situées dans le diluvium de la Crau. La plaine de la Crau, située presque tout entière dans la com- mune d'Arles, ne compte pas moins de 50000 hectares. Le sol en est formé par une couche de cailloux roulés, mêlés d'une faible proportion de terre végétale dont l'épaisseur varie de '^0 à 50 centimètres. Cette couche, qui constitue le sol proprement dit de la Grau, re- pose sur un banc de poudingue dont la puissance est de 0^,30 on moyenne, composé de cailloux roulés réunis entre eux par une gangue calcaire, extrêmement résistante, au point que les racines ne peuvent y pénétrer. Au-dessous se trouvent des galets sur une épaisseur qui dépasse souvent 20 mètres. Au point de vue chimique les terres de la Crau sont naturellement tendres; elle manquent d'acide phosphorique et d'azote — à peine 1 p. 100. La potasse y est plus abondante. Leur teneur en chaux est faible. Il résulte de ce qui précède que les terres de la Crau sont peu fertiles en raison de leur composition chimique et de leur constitu- tion physique. La vigne était autrefois une culture importante dans celle région. Mais les produits, excellents à la vérité, n'y étaient guère abondants. Par cela même, la reconstitution du vignoble ne s'y opère que len- EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 377 tement, la faiblesse des rendements tient éloignés les capitaux qui poui'raient s'appliquer aux entreprises vilicoles. Lorsque, néanmoins, les terres de Crau sont amendées par des colmatages provenant des eaux limoneuses de la Durance, leur fer- tilité s'augmente considérablement el, comme on le verra parles essais que nous allons décrire, la production de la vigne peut y de- venir rémunératrice. 8. — M. Lavandet, au mas de Lanan (masThibert). La vigne sur laquelle a porté le présent essai a été recons- tituée, comme toutes celles de la Grau, à l'aide de cépages amé- ricains. Le porte-greffe adopté a été le rupestris ordinaire sur lequel on a greffé de l'ara mon. La vigne est aujourd'hui âgée de 7 ans. La plantation est faite à raison de 4000 pieds par hectare. En 1897, la vigne n'avait reçu pour toute fumure qu'une ilose de 250 grammes de superphosphate par pied. L'essai a été disposé de la façon suivante : Au milieu de la parcelle de vigne, on a délimité un lot de 800 pieds. A, qui a reçu pour chaque pied une dose d'engrais compre- nant 200 grammes de superphosphate minéral, 50 grammes de chlorure de potassium et 100 grammes de nitrate de soude. De chaque côté de ce lot, à l'est et à l'ouest, on a délimité deux autres lots, B, B, de 200 pieds, séparés du précédent par deux ran- gées de vignes laissées sans fumure. Chaque pied de ce lot a reçu 200 grammes de superphosphate minéral et 50 grammes de chlorure de potassium. Enlin, à la suite de ces lots B, on a encore choisi deux groupes C de 120 pieds chacun qui n'ont pas reçu de fumure. La vigne a quelque peu souffert de la gelée du 26 mars. Vers la fin de mai, un violent coup de vent a cassé un certain nombre de pampres. Les maladies cryptogamiques n'ont pas causé de dommages. A la fin du mois d'août, on a dû pratiquer un arrosage, car la sécheresse commençait à se faire sentir. 378 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. La vendange a eu lieu les 8 et 9 septembre. Elle a donné les ré- sultats ci-après. Parcelle A : Fumure complète, 800 pieds. . l'arcelle B : Fumure sans nitrate, 400 pieds. Parcelle G : Sans engrais, 240 pieds. . . . RENDEMENT par parcelle. par hectare. kilogr. kilogr. G52 3 260 322 3 220 179 2 980 L'excédent de la récolte du lot A est de 280 kilogr. par hectare. L'excédent de la récolte du lot B est de 240 kilogr. par hectare. L'action du nitrate, comme d'ailleurs celle de la fumure compo- sée de superphosphate minéral et de chlorure de potassium, ne s'est donc manifestée que faiblement. Ce résultat est dû, très probablement, à ce fait que la séche- resse, qui sévit dans les terres sans profondeur de la Grau avec une intensité plus grande que partout ailleurs, a neutralisé l'action des engrais. D'autre part, l'arrosage qu'on a pratiqué à la fin d'août ne l'a été qu'à une époque beaucoup trop tardive pour favoriser l'assimi- lation des matières fertilisantes. 9. — M. Tardieu, au mas des Anguilles. La parcelle que nous avons choisie comporte 21 500 pieds. Elle a été reconstituée par le greffage en 1889. Le porte-greffe employé a été le jacquez, et le cépage choisi pour l'encépagement, l'aramon. La plantation a été faite en carrés de 1"',70 de côté, ce qui donne 3460 pieds à l'hectare. Au moment où nous avons entrepris le présent essai, le proprié- taire avait déjà fumé son vignoble avec une dose moyenne — 15000 kilogr. par hectare environ — d'engrais de ferme. Sur un lot de 800 pieds, choisi au milieu de la parcelle, nous avons répandu 120 grammes de nitrate de soude par souche, cor- respondant à une dose de 415 kilogr. par hectare. Un second lot de 800 pieds, voisin du premier, a été laissé sans nitrate et a servi de témoin. EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 379 Le propriétaire nous a fait connaître que la gelée du 26 mars a lue plus de la moitié des bourgeons. Aucun autre fait anormal n'est survenu pendant la campagne. La vendange, effectuée du 12 au44 septembre, a donné les résul- tats suivants : KENDBMENT par par parcelle. hectare. kilo^r. kilogr. Fumier do ferme et nitrate, >S00 pieds .... 422 1 823 Téoioin : Fumier sans nitrate, 800 pieds. . . 310 1 338 Excédent dû à Taction du nitrate 485 Valeur de cet excédent : 485 kilogr. à 14 fr. les 100 kilogr 67f 95' Valeur du nitrate employé : 415 kilogr. à 23 fr. les 100 kilogr. ... 95 45 L'emploi du nitrate a donc laissé un déficit de 27' 50*= Et cependant l'excédent de récolte dû au nitrate de soude repré- sente le tiers environ de la récolte totale. Or, cette proportion est très élevée, surtout si on considère que la vigne a reçu une fumure moyenne d'engrais de ferme. Elle montre nettement que le nitrate a produit un effet utile très considérable et que, si son emploi n'a pas été très rémunérateur, c'est uni(juemenl parce que les rende- ments de la vigne du mas de Languille sont trop faibles. Nous avons fait ressortir précédemment les causes de cette fai- blesse. 10. — M. Rainaud, au mas de l'Hermitage. La vigne sur laquelle nous avons opéré se trouve dans la Crau comme les précédentes, mais la couche arable y est plus épaisse : elle a été augmentée progressivement par des limons provenant des eaux du canal de Graponne; Elle a été plantée, en \SM, en jacquez qu'on a greffés, l'année suivante, en cuisants, alicantes, bouschets et connoises. La plantation est faite en carrés de l^jCO de côté, ce qui corres- pond à 3900 pieds par hectare. Cette parcelle n'avait reçu aucune fumure en 1897. Elle avait donné un produit de 38 hectolitres par hectare. 380 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Vers son milieu, nous avons choisi un lot de 680 souches qui ont reçu chacune la fumure suivante : 200 grammes de superphosphate minéral, 50 grammes de chlorure de potassium, 100 grammes de nitrate de soude. A proximité de cette parcelle et séparé d'elle par deux rangées de pieds, nous avons choisi un témoin de 340 souches qui ont reçu une fumure composée de 200 grammes de superphosphate et 50 grammes de chlorure de potassium. La gelée du 26 mars n'a fait que peu de mal à la vigne. La végétation s'est montrée régulière. On a observé seulement quelque peu d'oïdium qui a été combattu par des soufrages. La récolte, effectuée le 8 septembre, a produit: RENDEMENT par par parcelle. hectare. kilogr. kilogr. Fumure au nitrate, G80 souches 1 260 7 22G Fumure sans nitrate, 340 souches 480 5 506 Excédent en faveur du nitrate 1 720 Valeur de cet excédent: 1 720 kilogr. à 14 fr. les IdO kilogr. . . 240^80= Valeur du nitrate de soude : 390 kilogr. à 23 fr. les 100 kilogr. . 89 70 Bénéfice réalisé par remploi du nitrate de soude lôf 10"= Ce bénéfice est donc plus élevé, et les conclusions que nous avons tirées de l'essai précédent ne sont pas également vraies dans le cas présent : le nitrate de soude a bien encore produit un excédent voisin du tiers de la récolte, mais les rendements sont de beaucoup supérieurs à ceux du précédent. 11. — M. Bernaudon, à Saint-Martin-de-Grau. La vigne dont il s'agit est composée d'aramons et de pelits- bouschets, greffés sur jacquez. La plantation a été faite en 1893, et le greffage en 1894. Le terrain a un peu plus de profondeur que les terres moyennes de la Grau. La plantation est faite en carrés de i'",70 de côté, ce qui donne un total de 3 460 pieds par hectare. EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 381 Les essais ont été faits sur une parcelle déjà fumée à l'engrais de ferme à raison de 18000 kilogr. par hectare. En 1897, la vigne, encore jeune, avait produit 20 hectolitres par hectare. On a délimité, dans le milieu de la parcelle, un lot de 750 pieds auxquels on a appliqué la fumure suivante : 200 grammes de super- phosphate minéral, 50 grammes de chlorure de potassium, 125 grammes de nitrate de soude. Sur 250 pieds contigus aux précédents, qui ont servi de témoin, on a distribué 200 grammes de superphosphate minéral et 50 gram- mes de chlorure de potassium. La gelée du 26 mars a enlevé le tiers de la récolle. La végéta- tion a été ensuite régulière. Les maladies cryptogamiques n'ont pas occasionné de dommages. Les résultats obtenus ont été les suivants : RBSDEMKNT par par parcelle. hectare. kilogr. kilogr. Parcelle nif ratée : 725 pieds à 125 grammes . 880 4 058 Témoin sans nitrate : 250 pieds 172 2 380 Différence en faveur du nitrate 1 678 Valeur de cet excédent : 1 678 kilogr. à 14 fr. les 100 kilogr. . . 234^92= Valeur du nitrate de soude : 432 kilogr. à 23 fr, les 100 kilogr. . 9U 36 Bénéfice dû à remploi du nitrate 135'5G"= Ici encore la faiblesse des rendements atténue l'importance du bénéfice réalisé par l'emploi du nitrate, bien que cet engrais ait produit un excédent très considérable de récolte. 12. — M. Gros, à Islres. La vigne de M. Gros est située sur les confins de la Grau. Le ter- rain qu'elle occupe a été consacré pendant longtemps à la prairie, de telle sorte que les arrosages y ont déposé une épaisse couche de limon. Le sol de la Grau a été amendé ainsi de la plus heureuse façon. 382 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. La reconslilulion de celle vigne a élé faile à l'aide de cépages américains. Le porle-grefîe adoplé est le rupeslris. L'encépagement comprend des aramons, des pelits-bouscliels et des carignans. La plantation est faite en lignes à raison de 2 mètres sur l^jSO, ce qui donne 3330 pieds par hectare. La vigne est aujourd'hui âgée de 6 ans. En 1897, elle avait été fumée au fumier et avait produit une ré- colte de 75 hectolitres par hectare. L'essai a consisté à appliquer une dose de 150 grammes de nitrate de soude à un lot de 600 pieds, lesquels avaient déjà reçu, comme d'ailleurs l'ensemble de la vigne, une fumure d'engrais de ferme correspondant à 20 000 kilogr. par hectare. Le témoin a été cons- titué par un second lot de 300 pieds, voisin du premier, qui n'a pas reçu de nitrate. Le nitrate de soude a été distribué en deux appHcalions, faites, à raison de 75 grammes par pied, à la fin de mars et à la fin de mai. On a donné un arrosage vers la mi-juillet. La récolte elTectuée le 20 septembre a produit: .RENDEMENT par par parcelle. hectare. kilogr. kilogr. Lot traité au nitrate, 600 pieds 1 fi 25 9 017 Témoin, 300 pieds 730 8 101 L'excédent a donc été de 916 Valeur de cet excédent : 016 kilogr. à 14 fr. les 100 kilogr. . . . 128' 24« Valeur du nitrate employé : 500 kilogr. à 23 fr. les 100 kilogr. . . 115 » Bénéfice dû au nitrate 13' 24*= Le vignoble a eu à souffrir de la gelée du 26 mars qui a détruit le tiers environ de la récolle. Si l'action du nitrate de soude n'a pas élé plus marquée, il faut attribuer ce fait à ce qu'elle a élé masquée par l'effet des fumures au fumier de ferme que la parcelle a reçu pendant deux années consécutives. EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 383 Ici encore, nous avons remarqué que les vignes traitées au nitrate ont réparé mieux que les autres les accidents que leur avait causés la gelée. c) Parcelles situées en terrains divers. Les parcelles d'essai que nous allons décrire sont situées dans les terres argilo-calcaires qui forment la presque totalité de l'arron- dissement de Marseille et, la Grau exceptée, l'arrondissement d'Aix. La caractéristique de ces terres est que l'élément calcaire y est souvent en proportion élevée, ce qui constitue une circonstance dé- favorable pour la reconstitution du vignoble avec les cépages amé- ricains. L'établissement des vignes y exige des défoncemenls profonds qui les mettent, dans une certaine mesure, à l'abri des sécheresses prolongées de l'été. En ce qui concerne leur richesse en principes fertilisants, ces terres se montrent en général sensibles à l'action des engrais azotés et phosphatés. Nous reviendrons d'ailleurs sur ce point pour cha- cune des parcelles d'essai que nous allons examiner. 13. — M. Fabre, au mas de Gascaveau, près d'Arles. M. Fabre a bien voulu mettre à notre disposition une parcelle de vigne qui, bien que située dans la plaine du bas Rhône, n'en diffère pas moins par son sol de celles que nous avons précédemment dans cette division. Gette vigne est constituée par les cépages arlésiens anciens (clai- rette, moustardier, espar, œillage, etc.) plantés en mélange. Le sol en est formé par des sables presque purs, analogues à ceux du vignoble d'Aigues-Moites et des Saintes-Mariés. Cette parti- cularité explique pourquoi la vigne dont il s'agit, aujourd'hui âgée de 30 ans, a pu échapper aux attaques du phylloxéra, bien qu'elle ait été plantée avec des cépages indigènes. Comme les sables du littoral, ceux du mas de Gascaveau sont pauvres en azote, leur teneur en acide phosphorique y est un peu plus élevée. Quant à la potasse, elle s'y trouve en quantités notables. 384 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. La plantation est faite en lignes espacées de 3 mètres, les plants étant à 1 mètre. On a donc 3 830 pieds par hectare. L'essai a été disposé de la façon suivante : Un lot de 715 pieds choisi vers le milieu de la vigne a reçu une fumure composée de 200 grammes de superphosphate minéral et 125 grammes de nitrate de soude par pied. Un témoin de 280 pieds a été pris dans le voisinage immédiat de ce lot. Il n'a reçu comme fumure que 200 grammes de superphosphate par pied. Ces engrais ont été distribués pendant la seconde quinzaine d'avril. La gelée du 26 mars avait détruit le tiers environ des bour- geons. La sécheresse s'est manifestée sur la vigne en juillet et ses effets ont été assez sensibles. Les maladies cryptogamiques n'ont pas causé de dégâts. La vendange a donné les résultats suivants : RENDEMENT par par ' parcelle. hectare. kilogr. kilogr. Parcelle nitratée, 715 pieds à I2ô grammes . 1110 5 168 Témoia sans nitrate, 280 pieds 375 4 462 Excédent dû au nitrate 706 Valeur de rcxcédent : 70C kilogr. à 14 fr. les 100 kilogr 98^84'= Valeur du nitrate : 416 kilogr. à 23 tV. les 100 kilogr 95 68 Bénénce dû au nitrate 3U6= Le nitrate de soude a donc donné un bénéfice minime. La cause en est uniquement dans la sécheresse dont les effets s'exagèrent en- core dans les terrains de sable tels que ceux de Cascaveau. 14. — M. Lollier, à Saint-Chamas. La parcelle dont il s'agit fait partie d'une vigne située en terrains profonds et fertiles, formés par les alkivions de la Touloubre et arrosable avec les eaux de celte rivière. EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 385 La vigne est constituée par l'alicante Rupestris- Terras n° 20. Ce cépage est, en l'état acluel, un des meilleurs hybrides franco-amé- ricains producteurs directs. Elle est aujourd'hui âgée de trois ans. La plantation est faite en carrés de l'",70 de côté, ce qui donne 3 460 pieds par hectare. En 1898, la vigne a reçu une légère fumure au fumier de iOOOO kilogr. environ par hectare. L'essai a porté sur une parcelle entière comprenant i 900 pieds, sur lesquels 1 000 ont reçu 100 grammes de nitrate de soude. Les 900 autres pieds ont servi de témoin et n'ont donc pas reçu de nitrate. La parcelle a été soigneusement cultivée ; elle a reçu deux arro- sages en juin et en juillet. La vendange, effectuée le 12 septembre, a produit : RENDEMENT par par parcelle. hectare. kilogr. kilogr. Lot avec nitrate, 1 000 pieds 1830 6 331 Lot sans nitrate, 900 pieds 1 360 5 228 Excédent dû au nitrate 1 103 Valeur de l'excédent de récolte : 1 103 kilogr. à 14 fr. les 100 kilogr. 104^2= Valeur du nitrate : 346 kilogr. à 23 fr. les 100 kilogr 79 58 Bénéfice réalisé par l'emploi du nitrate 74^ 84"= L'excédent de récolte produit par le nitrate de soude eût été certainement plus considérable si la vigne n'avait reçu une demi- fumure d'engrais de ferme. En outre , il convient de remarquer que, en raison du jeune âge des pieds, la différence des rendements dans la parcelle nilratée et dans le témoin ne pouvait être très accentuée. En dernier lieu, nous signalerons ce fait important, sur lequel le propriétaire a appelé notre attention, que, dans la partie de la vigne qui a reçu le nitrate, le terrain est naturellement de beaucoup moins fertile que dans celle qui a été privée de ce sel. ANN. SUIE.NCE AGRON. — 2" SliRIE. — 1S9'J. — I. 25 386 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 15. — M. Honorât, à Lambesc. La parcelle d'essai se trouve dans un terrain argilo-calcaire dérivé du néocomien. Le sol en est assez profond, de moyenne qualité. La vigne dans laquelle a été prise la parcelle d'essai est reconsti- tuée sur cépages américains jacquez et solonis. Les variétés qu'on a greffées sont représentées par des alicanle- bouscliet, des carignans, des grenaches, etc. La plantation est faite en oullières, c'est-à-dire en lignes large- ment espacées (3 mètres). Dans ces oullières, les plants sont à 2 mètres l'un de l'autre, de lelle sorte que l'hectare ne comporte que 2 000 pieds. La vigne est âgée de dix ans environ. L'essai a été installé comme il suit : Un témoin de 200 pieds n'a reçu, comme fumure, que 125 gram- mes de superphosphate par pied. De part et d'autre de ce témoin, on a déUmité deux lots de 400 pieds chacun. Le premier, A, a reçu 125 grammes de superphosphate minéral et 100 grammes de nitrate de soude. La deuxième, B, a reçu 125 grammes de superphosphate minéral et 150 grammes de nitrate de soude. La gelée du 26 mars n'a causé que des dommages peu importants et, durant toute la campagne, la végétation s'est montrée satisfaisante. Dans les premiers jours d'août, un orage accompagné d'une forte pluie est venu mettre un terme à la sécheresse dont les effets com- mençaient à se faire sentir. La vendange a produit : RENDEMENT par parcelle. par hectare. kilogr. kilogr. 610 3 050 700 3 500 265 2 650 Parcelle A, 400 pieds à 100 grammes de nitrate. Parcelle B, 400 pieds à 150 grammes de nitrate. Témoin Les excédents produits par le nitrate de soude sont donc de Parcelle A (100 grammes de nitrate) 3 050 — 2 650 = 400 kilogr. Parcelle B (150 grammes de nitrate) 3 500 — 2 650 = 850 kilogr. EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQlj'ES. 387 De telle sorte que l'emploi du nitrate de soude a laissé les béné- fices suivants : Parcelle A : 400 X 14 = 56 — 200 X 23 = 46, soit 10 fr. Parcelle li : 850 X U = 1 19 — 300 X 23 = 69, soit 50 fr. 16. — M. Jouve, à la Rose (Marseille). La vigne choisie est en terrain argilo-calcaire, profond, fertile, provenant du crétacé. La sécheresse n'y est pas à redouter. La plantation a été faite en 1894. Elle comprend des aramons et des carignans greffés sur jacquez. Elle a été disposée en carrés de 1'",666 de côté, de telle sorte que l'hectare comprend exactement 3G00 pieds. Les aramons entrant dans la composition de la vigne ont eu quel- que peu à souffrir de la gelée du 26 mars. L'ensemble de la pièce avait reçu en janvier une dose de 5 ù li- tres environ de purin par pied. L'essai a porté sur trois lots comprenant 270 pieds chacun. Le premier a servi de témoin. Le deuxième. A, a reçu, par pied, une fumure composée de 100 grammes de nitrate de soude et 150 grammes de superphosphate minéral. Le troisième lot, B, a reçu 150 grammes de nitrate de soude et 100 grammes de superphosphate minéral. La vendange, effectuée le 30 septembre, a donné : RENDEMENT par parcelle. par hectare. kilogr. kilogr. 817 U 880 1022 13 626 1 063 14 173 Parcelle témoin Parcelle A : 100 grammes de nitrate . . . Parcelle B : 150 grammes de nitrate . . . « Les excédents de récolle dus à l'action du nitrate de soude sont donc : Parcelle A : 13 626 — 11 880 = 1 746 kilogr. ; Parcelle B : 14 173 — 1 1 880 = 2 293 — 388 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Quant à la valeur de ces excédents, elle est : Parcelle A : 1 746 kllogr. à 14 fr. les 100 kilogr, = 244^44'= Parcelle B : 2 293 kilogr. à 14 fr. les 100 kilogr. = 321 02 La valeur du nitrate employé est : Parcelle A : 360 kilogr. à 23 fr. les 100 kilogr. = 82^80"= Parcelle B : 540 kilogr. à 23 fr. les 100 kilogr. = 124 20 Le bénéfice dû à l'action du nitrate s'établit comme suit : Parcelle A (100 gr. de nitrate) : 244f44'=— 82'' 80"= = 161''64'= Parcelle B (150 gr. de nitrate) ; 321 02 — 124 20 = 196 82 17. — M. Abram, à Aix. La parcelle d'essai a été prise dans une vigne de clairettes et d'u- gnis blanc, greffée en 1894 sur Rupestris monticola. Le terrain est caillouteux, profond, mais sujet à la sécheresse. La plantation est faite en carrés de 1",70 de côté, soit 3460 pieds par hectare. La vigne n'a pas reçu de fumure en 1898. Les maladies cryptogamiques, pas plus d'ailleurs que la gelée du 26 mars, ne lui ont causé de dommages. On y a pratiqué un arrosage vers la mi-juillet. La végétation est restée vigoureuse pendant toute la campagne. La récolte a été effectuée à une époque un peuhâlive, pour éviter la pourriture qui se manifestait sur quelques souches. L'essai a consisté à distribuer une dose de 100 grammes de ni- trate de soude et de 100 grammes de superphosphate à 1 000 pieds, choisis vers le milieu de la vigne. Le témoin a été constitué par 500 pieds voisins du premier lot et séparés seulement de celui-ci par deux rangées de souches laissées sans engrais. Voici les résultats obtenus : RENDEMENT par par parcelle. hectare. kilogr. kilogr. Parcelle nitratée, 1 000 pieds 1 722 5 958 Témoin sans nitrate, 500 pieds. . . , . . 656 4 529 Excédent dû au nitrate ... 1 429 EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 389 Valeur de rcxeédcnt : 1 420 kilogr. à 11 fr. les tOO kilogr 200^06" . Valeur du uitrate de soude : 346 kilogr. à 23 fr. les 100 kilogr. . . 79 58 B(înéfice dû à remploi du nitrate 120U8<= 18. — M. Brochu, à Fontvieille. . Un dernier champ d'essai avait été arganisé chez M. Brochu, pro- priétaire à Fontvieille. Il comprenait;! 000 pieds greffés sur cépages américains. Par une erreur de notre fournisseur d'engrais, M. Brochu reçut non pas les matières que nous avions commandées : nitrate de soude et superphosphate, mais une quantité équivalente de sulfate de cuivre et de sulfate de potasse. Cet essai n'a pu être exécuté pour cette raison. Considérations générales. Nous avons résumé dans le tahleau suivant les principales condi- tions et les résultats relatifs à chacun des essais que nous venons de décrire. KUMÉROS DÉSIGNATION NOMBRE de pieds traités au nitrate. QUANTITÉ de EXCÉDENTS do BÉNÉFICl des essais. des parcelles. nitrate par pied. récolte par hectare. par hectare. grammes. kilogr. francs. 1 Coste, mas d'Ivaren 663 100 2 323 210,00 2 Dupin, mas Neuf 1 fi50 200 5S5 102,10 3 Martin, mas de riloste . . . 1 500 125 2 530 230,20 4 Mouret, mas de Manche . . . 1 000 100 2 040 103,60 5 Germain, à Darbousille. . . . 1 000 200 » » 6 Granaud, mas d'Agon .... 1 000 150 » 1) 7 Gourdin, Saiiit-Audiol .... 751 100 1 lOS 84,00 8 Lavaudet, mas de Lanau. . . 800 100 280 52,80 y Tardieu, mas de l'IIermitage . 800 120 485 27,50 10 Bernandon, à Saint-Martin . . 750 125 1 678 135,36 u Gros, à Sitres 600 150 91G 12,24 12 Fabre, mas de Carcassonne. . 715 125 706 3,16 13 LoUier, à Saiut-Ghamas , . . 1 000 100 1 103 74,84 14 Jouve, à la Rose .,..., 270 270 100 150 1 746 2 203 161,64 106,82 390 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. , NOMBRE Qp^jjTjTÉ EXCÉDENTS „^^J,„„,,. NUMEROS DÉSIGNATION 5*« de de BENÉPICi. des traités ^^^^^^^ récolte par des parcelles. .„ pai" P^r , , essais. .*". pied. hectare. hectare. nitrate. ' grammes. kilogr. francs. 1.5 Abram, à Âix 1 000 100 1 429 120,48 iA II . • I K i ^*J0 125 400 10,00 16 Honorât, a Lambesc j ^^^ ^^^ ^.^ ^^^^^ 17 Brocha, à Fonlvieille .... » » » » 18 Rainaud, mas de l'Hermitage . 680 100 1 72G 151.10 On voit, par les chiffres qui précèdent, que le nitrate de soude a produit, dans toutes les parcelles, des excédents de récolte qui ont varié entre 280 et 2 530 kilogr. de raisins. Au point de vue pécuniaire, les résultats se sont traduits trois fois par des perles (102 fr. — 52 fr. 80 c. — 27 fr. 50 c. par hectare). Dans tous les autres cas, l'application du nitrate a laissé des béné- fices qui ont varié de 3 fr. 16 c. à 239 fr. 20 c. par hectare. Nous devons ajouter ici qu'en attribuant à la vendange une valeur uniforme pour toutes les variétés de raisins, nous sommes resté au- dessous de la vérité. Au point de vue cullural, nous avons indiqué pour chaque essai les causes particulières qui ont influé sur les rendements. Sans revenir sur ces particularités, nous ferons remarquer cepen- dant que ce sont les sols pauvres de la Crau, où les produits sont naturellement peu élevés, qui se sont montrés le moins favorables à l'emploi du nitrate de soude. Et cependant, on a pu constater que les excédents de récolte que ce sel y a produits ont été le plus sou- vent très considérables. C'est qu'en effet, on conçoit aisément que si la production de la vigne ne dépasse pas, dans cette catégorie de terrains, quelques hectolitres par hectare, on pourra l'élever dans de larges proportions, eu égard au taux de la récolte ordinaire, sans que pour cela on parvienne à réaliser des plus-values impor- tantes. De même, on a pu remarquer que les parcelles qui avaient déjà été fumées au moment de l'installation des essais, et pour lesquelles le nitrate de soude distribué n'a représenté, en définitive, qu'une fumure supplémentaire, n'ont produit, en général, que des excédents EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 391 de récolte assez réduits. Ce fait est d'ailleurs normal et n'a rien en lui-même qui puisse surprendre. Considérés dans leur ensemble, les résultats de nos essais sont donc satisfaisants et montrent nettement l'influence favorable du nitrate de soude qui s'est traduite, non seulement par une augmen- tation de récolte, mais encore par une végétation manifestement vigoureuse, surtout dans les parcelles atteintes par la gelée du 26 mars. Et ces résultats eussent, certainement, été plus satisfaisants en- core, s'il avait été possible d'appliquer à une époque moins tardive les engrais que nous avons utilisés dans nos essais. Mais l'organisa- tion de ces essais ne fut définitivement décidée que le 14 mars 1808, c'est-à-dire alors que les travaux de culture du vignoble étaient déjà avancés et que les fumures étaient terminées dans nombre de propriétés. (3r, il est évident que, dans une contrée méridionale, le nitrate de soude employé à la fin de mars ou dans le courant d'avril ne pouvait donner des pleins efl'ets. D'un autre côté, les essais ont été influencés d'une façon défavo- rable par la longue sécheresse qui a régné dans le département des Bouches-du-Pdiône depuis le mois de mai jusqu'à la fin du mois d'août. C'est dans le but d'obvier aux inconvénients inhérents à l'appli- cation tardive du nitrate de soude que, dans la composition des formules d'engrais que nous avons employées, nous avons forcé parfois les doses de ce sel. Les circonstances défavorables que nous venons de signaler ne se reproduiront pas dans la nouvelle série d'essais que nous organi- serons en 1899; nous sommes persuadé que les résultats que ces essais donneront dépasseront par cela même ceux de la campagne de 1898. 392 ANNALES DE LA. SCIENCE AGRONOMIQUE. T¥" ESSAI DE FUMURES SUR LA VIGNE, EN 1898,1 {Engrais du comité permanenll Fumure à Thectare : 300 kilogr. de nitrate de soude, ;J00 kilogr. de superphosphate IIISSKÏIÎISTS. COMMUNES. NOMS des collaborateurs. SUPER- FICIE des champs d'expé- riences. AGE ET NATURE de la vigne. N.VTDRE dn sol. \ouRne de souches a riii'clare ares Tours . . Saint-Symphorien. . Pépinière municip. de Tours. 20 6 ans, greffée. Argilo-caleaire 7 400 — . . Chambray ...... MM. Letellier 12 5 ans, greffée. Silioo-argilcux t! 250 — . . Amboise Chauveau 20 6 ans, greffée. Silico-ar,i;ileuK <; 050 — . . Rochecarbon .... Leturgeon 20 G ans, greffée. Silico-argileux 7 400 — . . Mettray La colonie agricole 20 4 ans, greffée. Argilo-siliccux 6 150 — . . Veretz MM. Habert (Paul) 12 20 24 ans, française. 6 ans, greffée. Arg-ilo-siliceux Argilo-siliceux i; 000 i; 650 Vouvray Vavassenr — . . Saint-Avertin. . . . Lhoiiitallier 12 32 ans, française. Argilo-caleaire 7 400 Joué Bressand 12 8 ans, greffée. Silico-calcairo. 6 650 — . . Dieires Godeau (Pierre) .... 12 5 aiis, grelfée. Argilo-caleaire 7 400 — . . Château-la-Vallière . Francneil Gcnest 12 12 25 ans, française. 12 nns, française. Silico-argileux Argilo-siliceux 5 925 5 000 Pitancier 1 " ■ ■ Saint-Avertin. . . . Chauvigné 12 7 a us, greffée. Silico-argileux 2 300 Chinon. . Neuillé-le-Lierre . . Bourgueil Huard 12 20 8 ans, greffée. 75 ans, française. Silico-argileux Siliceux. 7 400 4 500 M'n= veuve Loiseleur "^ # • Restigné MM. Dumpnt-Jamet 12 50 ans, française. Siliceux. 4 500 — . . Ingrandes Pinet Villerande .... 12 34 ans, française. Siliceux. 5 000 — . . Azay-le-llideau . . . Chartier 12 40 ans, française. Silico-argileux 5 8:!0 — . . Cinq-Mars Garnier Brisgaùlt . . . 20 10 et 4 an.s, greff. Silico-argileux 7 400 — . . Chinon E. Snard 12 7 ans, greffée. Siliceux. 5 800 — . . Lémeré De La Saulaie 12 10 ans, greffée. Argilo-caleaire 3 300 Loches. . Manthelan Goupille 12 5 ans, greffée. Argileux. 6 500 — . . Loches Bluteau 12 45 ans, française. Siliceux. 7 400 — . . Le Petit-Pressigny. . Plessard Plau 12 5 ans, greffée. Argilo-siliceux 5 000 Tonrs . . Saint- Martin-le-Beau Bonnigal 20 7 ans, greffée. Silico-argileux (î 300 Semblançay Dallair 12 20 ans, française. Argilo-caleaire 6 730 OBSKR\ ATiONS. — L'amiéo 1898 n'a pas été favorable- à l'aclio u des eugrais chimiques eni iloyés il la c dtiire c e In viffili jus((u'aiix )as rencontré, dans ces conditions clim.Tériii^ies anerniale ii(';;atrf. Ci pcndaut, a l'ixami'n dos chiffri's d''s 'i diTiiiercs coloimcs, n n constate que, maiffré ces conditions dête(;tniMis 'S, l'appli vcrl-floré. pt 30 fr. pniir li'.s autres cépagi's. On piMt l'n niitri; cou server l'esiioir que ce qui n'a pas été niilise sur la tumiir EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 393 !9« DANS LE DÉPARTEMENT D IiNDRE-ET-LOIRE iu Sltrale de soude du Chili.) l'os IG'IS, 200 kilogr. de sulfate de potasse à 90° et 400 kilogr. de i^lâtre. > CÉrAGB. VÉGÉTATION aulérletirc. D.\TK de l'emploi de la OBS EB V ATION B sur la végétation de la parcelle uitratée DATE de la vendange. RÉCOLTE rapp à rii sans !S RllSISS ortée pctarc avec RÉCOI.TF. il l'hectare sans fumure. par rapport à celle sans nitrate. nitrate. nitrate. engrais. [ kilogr. kilogr. kilogr. l-roUot et Gamay. Moyenne. 1er avril. Meilleure, plus verte. 6 octobre. 3 920 4 742 3 480 Grollot. Médiocre. 10 avril. Meilleure, plus verte. 9 octobre. 5 600 6 250 4 815 Pinot vert-doré. Ordinaire. 16 avril. Jleilleure, 10 grammes de suei-e en plus avec nitrate. 5 octobre. 51.50 5 480 3 935 Pinot blanc. Satisfaisante 7 avril. , 10 novembre. 1920 2C45 1670 Pinot blanc. Satisfaisante 7 avril. Peu sensible, plu.s verte, 20 octobre. 6 530 5 540 5 320 Cot ot Grollean. Faible. 12 avril. ' pas de diftcrence. 5 novembre. 1740 1875 1625 Pinot blanc. Bonne. 9 avril. 4 novembre. 6 480 5 940 5 515 Cot. Faible. 5 avril. Différence sensible, plus verte 2 octobre. 1100 1 385 ■835 1 . lay et Clôt. Bonne. i avril. Différence très sensible, alcool; 1" en plus avec nitrate. 1:.' octobre. 3 100 3 450 2(50 ' !ii:iy Freau. Bonne. 11 avril. 26 septembre. 8 400 8 500 5 300 ( IroUot. Passable. 5 avril. ) Sensible, plus verte. < 4 octobre. 4 octobre. 10 070 11441 9150 CroUot. Ordinaire. 20 avril. 4 76i> 6 060 4 330 3t it Gamay Freau Faible. 10 avril. Très sensible. 6 et 13 octobre. 2150 2 620 1310 Gamay. Bonne. n avril. Sensible. 6 octobre. 5 780 6 850 4 625 C::bornet franc. Bonne. 4 avril. Peu appréciable, plus verte. 20 octobre. 2 850 3 435 2 210 Cabernet franc. Assez bonne. 7 avril. Appréciable, plus verte. 18 octobre. 2 470 2 910 1900 Cabernet franc. Bonne. 15 avril. Peu appréciable. 17 octobre. 4 360 4 540 4 000 Cot. Assezbonne. 28 avril. Très sensible, alcool, O"» en moins. 15 octobre. 2 050 2 335 1740 Crroslot. Assez bonne. 4 avril. Sensible, plus verte. 5 octobre. 2 410 3 070 2 3J0 Cabernet franc. Bonne. 11 avril. Très peu sensible. 20 octobre. 2 150 2 240 2100 Folle Blanche. Assezbonne. 5 avril. Peu sensible. 2 octobre. 3 540 3 7.50 3 210 Grollot. ' Passable. 8 avril. Peu sensible. M octobre. 4 100 4 025 3 580 Grollot. Moyenne. 13 avril. Peu sensible, plus verte. 10 octobre. 3 140 3 430 3 025 Gamay. Assez bonne. 4 avril. Sensible, plus verte. 1" octobre. 2 860 3 400 2 760 Pinot blanc. Jloyennc. 6 avril. Peu sensible, plus verto. 25 octobre. 1950 2 645 1530 Groslot. Ordinaire. 6 avril. 1 Différence sensible, alcool 0o3 en plu.s avec nitrate. 1 18 octobre. 11 170 11 610 10 040 ni' Mianiere générale, ir l:i Tiinraiiie, riiunr inii d!\s eiigrai.s a été 18yS le .sera en 1899 Du f oid pliilùt sec jiisqii idilé di>ut ils avaient be sonveut écOLomiqne, le ra . En tons cas, INTcpériencf à la fm de juin, et à la suite une s soin ponr se diss(/îidre. Eu quelq isiu compté 50 fr. les 100 kiliigr. demande à être suivie en 1809 et éclleresse prolong les cas m*mç, le pour le cabernet c'est ce que nous ;e avec te litrate a c franc, le ferons. mpératur ouné uu piuol b ' élevée résultat anc, le 394 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. ESSAIS d'engrais CHIMIQUES SUR LA VIGNE, EN 1898, DANS LE DÉPARTEMENT DE LA HAUTE-GARONNE Rapport de M. Carré, professeur départemental d'agriculture. Jusqu'ici les essais méthodiques d'engrais chimiques , avec ou sans nitrate de soude, n'ont été encore entrepris que par infime ex- ception dans le département de la Haute-Garonne. Les viticulteurs de meilleure bonne volonté se sont presque tou- jours buté contre les difficultés inhérentes à ces essais dans un pays dévasté par le phylloxéra qui fausserait fatalement les résultats que l'on chercherait par l'application comparative des engrais sur la vigne française, d'une part, et dans lequel la reconstitution s'est commencée avec assez de difficultés, d'autre part, pour qu'il soit difficile de rencontrer des pièces importantes de vignes en plaine ou en pente uniforme, composées d'un seul cépage français, greffé sur un seul cépage américain. Nous avons pu néanmoins découvrir plusieurs collaborateurs rem- plissant toutes les conditions exigées dans la circulaire ci-jointe, et si plusieurs n'ont pu, pour une raison ou pour une autre, nous fournir des résultats assez précis pour être publiés, nous pouvons cependant donner une preuve que notre première expérience n'a pas été infructueuse en faisant part à nos lecteurs des rendements obtenus sur deux propriétés types : l'une à Mons, canton de Tou- louse, dans la région accidentée des terres fortes du Lauraguais, l'autre en plein pays viticole dans les régions des terres à base sili- ceuse et caillouteuse, à Lavelanet, canton de Gazères. A Mons, les expériences ont été faites sur la propriété de M. H. Delpon, sous la direction de M. Lasserre, un excellent instituteur qui sait trouver le temps voulu pour faire de très bons élèves et pour se livrer à la gestion d'une propriété dont les cultures peuvent servir de modèle aux habitants de sa commune. A Lavelanet, nous avons choisi comme collaborateur M. J. Ta- EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 395 choires, qui a fait sur une vigne de la ferme-école de Caslelnau-les- Nauzes les premiers essais méthodiques d'engrais chimiques appli- qués à la vigne, sous les yeux et avec le concours des élèves de cet établissement. I. — COMMUNE DE MONS a) Vignes françaises greffées. Renseignements généraux. — Nature du sol : argilo-siliceux, peu calcaire, vallée du Roussel. Cépage cultivé : Garaay greffé en 1895 sur riparia planté en 189i, sur défoncement. Distance des ceps: 1"',50 sur des lignes espacées de i^jSO. (3 700 souches par hectare.) Taille : à coursons sur cordon unilatéral permanent. Système de Royat. Les expériences ont porté sur 60 ares divisés en six parcelles qui ont reçu les formules d'engrais chimiques. BITMÉHOS PEIX des FUMURES. par p.ircelles. liectare. 1 Ténioiu, sans fumier ui engrais chimi- ques » 2 12 000 kilogr. de fumier de ferme seul en janvier 132^00 200 liilogr. de nitrate de soude 15/lG } ta nn à 25 fr. les 100 kilogr. ( ** 200 kilogr. de nitrate de soude. . . \ 500 — de superphosphate 14|1G > 87 50 à 7 fr. 50 c. les 100 kilogr. ) 200 kilogr. de nitrate de soude. . , ] 500 — de superphosphate. . . 200 — de sulfate de potasse . . à 94° à 30 fr. les 100 kilogr. 350 kilogr. de nitrate de soude . . j 500 — de superphosi)hate. . . > 185 00 200 — de sulfate de potasse . . ) 147 50 Le fumier a été répandu en janvier. Les engrais chimiques, le 10 mars seulement, époque à laquelle la vigne fut taillée. 396 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Date du débourremènt : du 12 au 15 avril; Dale de la floraison : vers le 15 juiri; Date de la véraison : seconde quinzaine d'août ; Date de la maturité : du 20 au 29 septembre, époque de la ven- dange. Remarques générales sur la végétation. — La naissance des rai- sins fut contrariée par les journées froides de la fin d'avril et du commencement de mai. Les pluies assez fréquentes jusqu'à la floraison firent craindre la coulure, mais la végétation des parcelles 3, 4 et 5, et surtout de la parcelle 6 étaient alors beaucoup plus avancée que celle de la par- celle 2 et de la parcelle 1, principalement. Grâce à ses racines pivotantes, la vigne n'eut à souffrir de la séche- resse extraordinaire de l'été que sur la {)arcelle témoin, sur laquelle, à la suite des soufrages et sulfatages régulièrement faits il n'y eut cependant, comme sur le reste de la vigne, aucune trace de maladie. Une pluie d'orage, le 10 août, et les pluies de la fin de septembre, bien que tardives, ont permis un développement normal des raisins dont la maturité a été aussi parfaite que possible. Après cet exposé sommaire, nous pouvons faire part à nos lecteurs des résultats obtenus en les résumant dans «les tableaux suivants: A. — Tableau général des rendements en nature. DÉSI- GNATION des parcelles. ENGRAIS EMPIiOTES. Témoin ....-.• 1 2 000 kilogr. de fumier de ferme . . . 200 — de nitrate 200 — de nitrate | 500 — de superphosphate ... | 200 — de nitrate \ ôOO — de- superphosphate. . . . | 200 — de sulfate de potasse. . . ) 300 — de nitrate ....... ] jOO — de superphosphate. . . . ' 200 — de sulfate de potasse . . ) RENDEMENT par hectare. kilogr. 8 000 S 500 8 800 9 ÔOO 9 600 10 400 hectol. 53 56 58 63 64 69 DEGBE des moûts. degrés. 12,0 12,5 12,5 13,0 13,0 13,0 EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 397 En estimant à 24 fr. seulement le prix de l'hectolitre de vin et sans tenir compte de l'augmentation de 0",5 à 1" obtenue sur les parcelles qui ont reçu les engrais chimiques, nous pouvons établir le tableau ci-dessous des rendements en argent: B. — Tableau général des rendements en argent'. NUMÉBOS des parcelles. PRODUCTION en vin. EXCÉDENT do récolte sar le témoin. PRIX de l'engraùs à retrancher. BÉNÉFICÎB net. INTÉRÊTS pour 100 des capitaux avancés. hoctol. francs. 1 53 1 272 « 1) » » 2 56 1 344 72 100,00 — 28,0 Perte 3 58 1 392 120 50,00 70,0 140,00 4 G3 1 512 240 87,50 152,5 174,25 5 64 1 536 264 147,50 116,5 78,55 6 69 1 65G 384 185,00 199,0 107,50 Le tableau numérique ci-dessus nous permet de formuler les remarques suivantes : 1° Le fumier de ferme à la dose communément usitée, enfoui dès le mois de janvier, a produit avec une dépense relativement très élevée deux hectolitres de moins que le nitrate de soude employé seul au mois de mars (par hectare). 2" Avec un mélange de 500 kilogr. de superphosphate et de nitrate de soude, les rendements, pour une dépense moindre ont été de sept hectolitres de plus qu'avec le fumier et de dix hectolitres de plus que sur la parcelle témoin dont le vin a titré 1 degré de moins d'alcool. 3" Une addition de 60 fr. de sulfate de potasse à la formule pré- cédente n'a élevé la récolte que d'un hectolitre de vin. k" Dans ce dernier cas, en portant la dose de nitrate de soude à 350 kilogr., la récolte a monté au point de dépasser de seize hecto- litres celle de la parcelle témoin. Ces chiffres, donnés par hectare, montrent mieux que tous les raisonnements l'heureuse influence du nitrate de soude sur les ré- coltes et celle du superphosphate de chaux allié à cet engrais. 1 , Le prix de riiectolitre de via est de 24 fr. 398 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. C'est ce dernier mélange qui a donné aux avances l'intérêt le plus élevé: 174.25 p. 100. Le nitrate de soude vient ensuite : 140 p. 100. Les bénéfices nets ne sont pas toujours en rapport direct avec la dépense d'engrais comme les rendements en vin eux-mêmes, ainsi qu'on pourrait être tenté de le croire à l'inspection du tableau nu- mérique A. Celte assertion est rendue évidente dans le tableau B. Remarques. — Bien que les vins des parcelles 3, 4, 5 et 6 aient une valeur marchande supérieure à celle du vin de la parcelle té- moin, nous avons négligé à dessein d'en tenir compte. Nous avons de même passé sous silence le très sérieux accroissement des marcs dans les parcelles qui ont reçu les engrais chimiques. En portant amsi, selon notre habitude, les engrais chimiques à leur prix maximum, et les récoltes à leur prix le plus bas sur nos marchés, en laissant même une marge assez large pour les frais d'application des engrais, pour le traitement et le logement des ré- coltes en excédent, nous pouvons affirmer que les bénéfices déclarés ne sont nullement exagérés et qu'ils sont plutôt au-dessous de la réalité. La végétation des parcelles avec engrais complet a été constam- ment plus belle que celle du témoin, les feuilles y sont restées atta- chées aux rameaux quinze jours au moins après le dépouillement complet des ceps du reste de la commune et de la parcelle n° 1 . Tout nous porte à croire que la récolte de l'année 1899 se res- sentira encore avantageusement des fumures qui ont déjà produit des bénéfices si élevés en 1898. b) Vigne américaine (othello). Toutes les remarques faites pour la vigne précédente se sont confirmées popr la vigne américaine en s'accentuant davantage, car l'olhello a beaucoup souffert sur la parcelle témoin et même sur la parcelle n'ayant reçu que du fumier. Bien que les maladies crypto- gamiques, combattues sur toute la pièce avec la dernière énergie. EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 399 n'aient eu de prise sur aucun point de la vigne, celle-ci a perdu une partie de son feuillage sur les carrés 1 et 2 pendant la séche- resse de l'été qui n'a nullement éprouvé les ceps dont les racines avaient été entraînées dans les profondeurs du sol à la suite du nitrate de soude. Inutile de revenir sur les observations générales faites précédem- ment. Nous passons immédiatement à l'établissement des tableaux CetD. C. — Tableau général des rendements en nature. DÉSI- GNATION des parcelles. I 2 3 BKGRAIS EMPLOYES. Témoin 12 000 kilogr. de fumier de ferme 200 — de nitrate .... 200 — de nitrate .... 500 — de superphosphate. 200 — de nitrate .... 500 — de superphosphate 200 — de sulfate de potasse 350 — do nitrate .... 500 — de superphosphate, 200 — de sulfate de potasse RENDEMENT par hectare. DEGRÉ des raisin. vin. moûts. kilogr bectol. 115 77,0 10,5 117 78,0 10,5 123 8G,0 10,5 133 89,0 11,0 134 89,5 11,0 148 98,0 11,0 D. — Tableau général des rendements en argent'. NnUEROS des parcelles. PRODUCTION en vin par hectare. EXCEDENT de récolte sur PRIX de l'engrais à le témoin. retrancher. BENEFICE n?t par hectare. INTERETS pour 100 des capitaux avancés. hectol. 77,0 78,0 86,0 89.0 89,5 98,0 francs. 1 540 1 560 1 720 1 780 1 790 1 9G0 » 20 180 240 250 420 100,00 50,00 87,50 147,50 185,00 — 80,0 130,0 152,0 102,5 245,0 D Perte 260,00 174,00 69,50 132,40 Les mêmes causes produisent généralement les mêmes résultats 1. Le prix de riiectolitre de vin est de 20 fr. 400 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. et rinspeclion des tableaux de rendement le prouve une fois de plus. Nous répéterions inutilement nos remarques précédentes et nous pouvons conclure que dans les terres assez riches en humus, ana- logues à celles des vignes de M. Delpon, le fumier de ferme a besoin d'être complété par des engrais chimiques ou mieux, remplacé par ces derniers. Les matières organiques y sont assez abondantes, mais la nilrifi- cation y est trop lente. Le fumier reste presque sans action sur la fruclificaUon, et ses effets sur la végétation elle-même, bien que ma- nifestes, sont moins sensibles que ceux du nitrate de soude. Les engrais potassiques ne paraissent pas plus économiques à Mons pour la vigne qu'il ne le sont pour la culture des herbacés en général. Le superphosphate au contraire agit nettement sur la maturation des grains et augmente le degré des vins. En le mélangeant au nitrate de soude, l'on obtient une améliora- tion considérable dans la végétation et dans la récolte. Finalement, la formule d'engrais chimique la plus recomman- dable pour la vigne paraît être celle qui contiendra, par hectare, 500 kilogr. de superphosphate 14/16 et 250 à 300 kilogr, de nitrate de soude. II. — VIGNES DE LAVELANET A Lavelanet, nous avons opéré sur un terrain silico-argileux sans calcaire, un peu caillouteux, pauvre en matières organiques. Vallée de la Garonne, en plein pays viticole. La pièce de terre, de 60 ares, choisie pour les essais a été prise au cenire d'un vaste vignoble et divisée en six parties égales sur lesquelles ont été appliquées exactement les mêmes formules d'en- grais qu'à Mons. Nous pouvons, pour éviter les redites, passer de suite à l'exposé des rendements consigné dans les labiaux ci-contre, E. et F. EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 401 Tableau général des rendements en nature, à Lavelanet. DESI- GNATION des par- celles. ENORAIS EMPLOYES. RENDEMENTS p.ir hectare. Raisins. Vins. DKORB des moûts. RENDEMENTS poui- 100. Jus. Rafles. Pel- licules et pépins. Témoin 3 550 28,40 9,00 80.00 5.35 19.645 18 000''" de fumier de ferait'. 4 6(i5 36,20 11,00 77.83 5.68 16.68 200 de uitrate . ... 4267 32,00 11,50 74.98 5.10 19.81 l '^00 de nitrate ) u^ atniiraie • • • U 4^0 35 -^g ^ j gQ gQ qq -^^.^ 14 q^» 1 500 de superphosphate. ^ 200 de nitrate . . . . \ 500 de superphosphate. ■ 4 830 35,40 11,60 73.08 G. 21 24.60 200 de sulfate de potasse ' 350 de nitrate . . . 500 de superphosphate. ^ 5 030 38,30 10,52 76.10 7.55 16.30 200 de nitrate . . . F. — Tableau général des rendements en argent. NUMÉROS PRODUCTION EXCÉDENT de PRIX de BÉNÉPIOK INTÉRÊTS pour 100 des récolte l'engrais des parcelles. en vin. sur à net. capitaux le témoin. retrancher. avancés. hectol. fran es. 1 28. ,40 024. ,80 » ): 1 >: ) « 5 36, ,20 941, ,20 310,40 180, 00 13G, 40 75, 75 3 32, ,00 832, ,00 207,20 50. ,00 157, ,20 314,50 4 35 ,76 929, ,75 304,95 87, 50 217, ,45 248,45 5 35 ,40 920 ,40 295,60 147, 50 148, ,10 100,50 6 38 ,30 995, ,80 371,00 185, 00 186, 00 100,50 L'inspection de ces tableaux nous permet d'établir pour les terres analogues à celles de Lavelanet* les conclusions suivantes : 1° Dans les terres pauvres en matières organiques, le fumier de ferme donne de bons résultats en ce sens qu'il augmente considé- rablement et qu'il fournit au sol la matière organique indispensable, mais une fois le prix de la fumure déduit de la récolle, le bénéfice net est plus élevé avec les engrais chimiques d'un prix inférieur l'année même de leur application. 1. Et pour Tannée 1898. ANN. SCIENCE AGRO.y. — 2* .SÉRIE. — 1899. — I. 26 402 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 2° Le nitrate de soude seul, tout en donnant des rendements moins élevés que le fumier, n'en donne pas moins, pour la faible dépense de son achat, un bénéfice net beaucoup plus important, de telle sorte que l'intérêt de 75 fr. 75 c. p. 100 donné aux avances du viticulteur par ce dernier, a été porté au chiffre colossal de 314 fr. 50 c. par l'emploi du nitrate de soude. 3° La qualité du vin augmente avec les rendements et avec le bénéfice net par le mélange du superphosphate au nitrate de soude. ^^ Les engrais potassiques paraissent inutiles aux terres de la ferme -école; leur emploi n'a provoqué aucune augmentation de récolte et a fait baisser considérablement le bénéfice des parcelles 4 et 5. En résumé, le fumier de ferme employé seul donne de bons ré- sultats dans les terres pauvres en matières organiques, mais les viti- culteurs avisés trouveront par l'emploi du sulfate de soude et du superphosphate de chaux un intérêt considérable de leurs avances. Le nitrate de soude seul provoque une végétation remarquable de la vigne, et c'est lui qui a donné le vin le plus alcooUque (deux degrés et demi de plus que le témoin). Le superphosphate de chaux ajouté au nitrate de soude donne une récolte beaucoup plus élevée, dans laquelle le degré du vin en raison de cette surproduction a baissé légèrement (un demi- degré). Le mélange de ces deux engrais, dans les proportions de la for- mule 2, n'en reste pas moins celui qui a donné le bénéfice net le plus élevé. Les engrais potassiques n'ont en aucune façon augmenté la ré- colte et leur action se borne simplement à élever d'une manière inappréciable le degré alcoolique du vin. Ils seront à déconseiller dans la suite dans les situations analogues, si les expériences que nous poursuivons ne donnent pas de meil- leurs résultats à l'avenir. EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 403 M» «S 1 CONCOURS POUR L EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE DANS LA CULTURE DE LA VIGNE, DANS LE DÉPARTEMENT d'iNDRE-ET- LOIRE, EN 1898 Rapport de M. Dugué, professeur départenientah 17 candidats se sont mis snr les rangs dans les délais prescrits, savoir : 14 pour l'emploi du nitrate à la vigne cultivée pour vendange et 5 pour l'emploi du nitrate à des pépinières de greffes. Nous avons visité les vignes et pépinières des concurrents dans la première semaine d'octobre et alors qu'il était possible de se faire de visu une opinion sur les résultais acquis, que sont venues confirmer ou infirmer les notes prises à la décuvaison. VIGNES 1. — M. Moreau-Picon, propriétaire à Berthenay, a nitrate deux vignes de cépages groslot, plantées en lignes et âgées l'une et l'autre de 34- ans. 52 ares 80 ont reçu le nitrate à raison de 300 kilogr. à l'hectare. Une superficie de 12 ares 20, soit égale au cinquième, a élé laissée comme témoin. L'épandage du nitrate a eu lieu les 8 et 11 mai, puis on a enterré à la charrue. Comme autre fumure, les vignes n'ont reçu que 30 mètres cubes do fumier de cavalerie en 1897, La végétation des parties nitratées est très bonne, d'un beau vert; la sécheresse, exceptionnelle celte année, n'a pas eu ici d'influence fâcheuse; le raisin esl abondant, très beau, sain et juteux; il est, sui- vant une expression consacrée, très gras. En somme, résultat complet. Dans la partie témoin, végétation ordinaire, raisins moins nom- breux, moins volumineux, avec maturité moins développée ; d'autre part, les chaleurs ont déterminé la chute anticipée d'une certaine 404 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. quantité de feuilles. La différence en moins, tant par rapport au raisin qu'à la végétation, est importante et bien caractéristique de la bonne influence du nitrate. Comme récolte, le témoin a donné : 3'"', 80 de vendange et les parcelles à nilrate 34 hectolitres, soit respectivement. à l'hectare 28'",78 et 64'^',39, d'où une différence de 35'",61 au profit du nilrate, soit en vin, en calculant sur un rendement de 75 p. 100, Sy^TO. Si on évalue le vin à 35 fr. l'hectolitre, cours moyen de cette sorte de vins, c'est un chiffre de plus-value égal à 969 fr. 50 c. pour une dépense à l'hectare de 60 fr. environ. C'est un très beau résultat. 2. — M. Legrand (Gélestin), propriétaire à Francueil, a opéré sur une vigne également en groslot, âgée de 8 ans et franche de pied. 32 ares ont reçu le nitrate à raison de 450 kilogr. à l'hectare. Le témoin était de 8 ares. Sol siliceux, fumier en 1897, nitrate, deuxième quinzaine de mai, répandu dans le rang évidé, puis recouvert à la charrue. La végétation s'est beaucoup mieux tenue avec le nitrate; le rai- sin est plus complètement nourri, plus gras. Le vin a paru meilleur à la dégustation avec le nitrate. La vigne a souffert de la sécheresse dans son ensemble, ce qui a certainement nui, dans une certaine mesure, à l'action de l'engrais. Quoi qu'il en soit, les rendements ont été rapportés à l'hectare : Avec nitrate 41*'', 25 Témoia 30 ,00 Différence au profit du nitrate. . 11''', 25 à 35 fr. l'hectolitre, soit 393 fr, 75 c. pour une dépense de 90 fr. environ, ce qui est encore remarquablement avantageux. 3. — M. iMahoudeau, propriétaire à Chançay, a fait son essai de nitrate sur 60 ares de vignes greffées, âgées de 5 et 8 ans, en pinot blanc de la Loire. Le témoin portait sur 20 ares. lia employé 150 kilogr. de nitrate à l'hectare et antérieurement, en 1897, 200 kilogr. de kainite pour l'une des parcelles soumises à l'expérience. EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 405 L'action du nitrate s'est manifestée par une meilleure végétation, des raisins plus nombreux, plus volumineux et mieux garnis de feuilles, qui sont tombées en partie du fait de la sécheresse dans les parcelles sans nitrate. Le sol des expériences est argilo-siliceux, mélangé de cailloux. La vendange, faite le 30 octobre, a donné, à l'hectare, 45 hecto- litres de vin avec le nitrate, et 30 hectolitres de vin dans- le témoin. Ces chiffres ont été donnés par le concurrent et n'ont pu être con- trôlés à la cuve. Us représentent néanmoins assez bien l'impression que nous avons ressentie à la comparaison des parcelles lors de notre visite. C'est donc une différence de 15 hectolitres au profit du nitrate, à 4-0 fr. l'hectolitre, soit au total 600 fr., la dépense ayant été d'environ oO fr. H est difficile d'imaginer un meilleur placement. 4. — ■ M. E. Ménard, propriétaire à Saint-Christophe, a employé 300 kilogr. de nitrate à l'hectare sur l''%iO de vigne, partie en groslot âgé de 25 ans et en lignes, et partie en pinot blanc âgé de 00 ans et en foule. La superficie des témoins est de 30 ares. hidépendamment, ces vignes ont reçu d'une manière uniforme 150 kilogr, d'un mélange de sulfate d'ammoniaque et de kaïnite, et je dois ajouter qu'en outre les unes et les autres ont déjà concouru il y a deux ans et ont été l'objet d'une récompense. L'action du nitrate continue à produire le même effet chez M. Mé- nard. L'épandage a eu lieu, la première moitié fin avril et la seconde fin juin, avec couverture par un labour. Le raisin dans les vignes nitratées est plus gros, le grain mieux nourri et le surplus de récolte se dessine nettement. La végétation est également meilleure, du moins dans la vigne de groslot; dans la vigne du pinot, disposée en foule comme nous l'avons dit, M. Ménard ne nous paraît pas avoir bien délimité son expérience, aucun piquet indicateur n'a été disposé, en sorte que dans le fouillis de la plan- tation on ne se rend pas de visu un compte suffisant de l'action du nitrate. Le rendement en vin a été, au dire du concurrent, de 75 hectolitres 406 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. à l'hectare avec nitrate et de 48 hectolitres sans nitrate. Ces chiffres n'ont pas été contrôlés, cependant ils paraissent se rapprocher des impressions que nous avons consignées lors de notre visite. 5. — M. Roy-Larcher, régisseur à la Barhotinière, commune de Balsens, a traité 30 ares de vignes à raison de 230 kilogr. de nitrate à l'hectare. Le témoin était de 50 ares. La vigne est greffée sur ri paria et âgée de 5 ans ; aucun autre en- grais n'a été donné, le sol, récemment défoncé, étant de honne qualité. Le nitrate a été employé le 1" mai, dans une raie creusée par la charrue de chaque côté des rangs. Le sol est argileux. Avec le nitrate, les pampres se montrent plus verts, sinon plus vigoureux. Le raisin de la partie nitralée est plus mùr, avec le grain plus fort, mais il y a eu un peu de coulure par excès d'azote sans doute et le mauvais temps aidant. Il aurait fallu adjoindre, dans un tel milieu, de l'acide phosphorique et peut-être aussi un peu de potasse assimilable, pour rétablir l'équilibre de végétation. Le rendement rapporté à l'hectare a été pour le nitrate de 58''',30 et de 46''', 50 seulement dans le témoin, soit au profit du nitrate : 11''', 80 à 37 fr. l'hectolitre, ensemble 436 fr. 60 c. po.ur une dé- pense de 50 fr. C'est encore un excellent placement. ]*« «O 1 RAPPORT SUR LES RESULTATS OBTENUS PAR L EMPLOI DU NI- TRATE DE SOUDE DANS LA CULTURE DE LA VIGNE, EN 1898, DANS LE DÉPARTEMENT DE LA DORDOGNE Par M. Gaillard, professeur départemental d'agriculture. Des essais pour déterminer l'action du nitrate de soude dans la culture de la vigne ont été organisés dans le département de la Dor- dogne en 1 898, grâce à la généreuse assistance du comité perma- nent du nitrate de soude du Chili. EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 407 Ces essais ont été faits dans 82 champs d'expériences, divisés cha- cun en 3 parcelles, et occupant une surface totale de A hectares 56 centiares. Dans la première parcelle, chaque pied de vigne a reçu 200 gram- mes d'engrais complet ; dans la deuxième on a répandu i34 grammes d'engrais incomplet par cep, et enfin dans la troisième aucun en- grais n'a été apphqué. L'engrais complet contenait 5 p. 100 d'azote nitrique, 12 p. 100 de potasse et 6 p. 100 d'acide phosphorique. L'engrais incomplet contenait la même dose de potasse et d'acide phosphorique, mais l'azote nitrique en moins. Tout l'azote nitrique provenait du nitrate de soude, la potasse du sulfate de potasse et l'acide phosphorique du. superphosphate de chaux. Les engrais ont été placés à portée des racines, dans une sorte de cuvette creusée à cet effet autour du cep , et comblée après leur application. Celte cuvette avait un diamètre d'environ 50 centi- mètres. Voici le résultat des expériences, le poids de la récolle rapportée à l'hectare : NOM ET ADRESSE DES EXFEBIMBKTATBDRS. ENGRAIS „...„ SANS complet, incomplet. 7 725 5 055 8 085 2 750 2 600 1 SOO 2 900 4 500 2 589 JIM. kilogr. kilogr. kilogr. Demoures, vice-président du comice agricole du can- ton de Brantôme, aux Pompies, commune de Saint-Front-d'Alemps Laspougeas, vérificateur des tabacs, à Lalinde . . . Froidefond. conseiller général, à Thenon Busslère, secrétaire général du comice agricole de Brantôme, au château de Puymarteau 5 100 5 100 5 100 Lasserre, maire de RoufTignac, au château de Rouf- tignac Boissat-Mazerat, vice-président du comice agricole du canton de Brantôme, à Bourdeille Rauiou', conseiller général, à Sainte-Eulalie , . . 8 610 8 610 8610 6 752 5G32 5 824 1 907 2 380 2 485 1 . M. Ramon était malade au moment de la cueillette de ses raisins. 11 n'a pu opérer les pesées. Il a constaté cependant que les ceps nitrates avaient une végétation un peu plus vigoureuse. 408 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. ENGRAIS KOM ET ADRESSE DSS EXPÉRIMENTATEURS. -- ' ■■ — — . -- coraplet. iucoiiiplct. SANS ENGRAIS. JIM. ' kilogr. kilogr. kilogr. Cruveiller, conseiller mimicipal, à Lagerie, commune (le Diras ? 300 3 580 3 070 Mercier, maire de Valeuil, au château des Granges. 9 188 8 j65 7 9(55 Delhan, maire de Riras, conseiller d'arrondissement, ( 10 690 10 020 9 795 au cliAteau de la Côte j 3 240 3 030 3 105 Denoix', sénateur, à Peyrignac » » » Gauthier, à Saint-Martin-de-Gurçon 7 050 6 900 6 GOO •lammes, conseiller général, à Lalinde* » » » Audemard. grcflier de la justice de paix, à Monta- grier 7 500 7 G50 Guichard, au Châlenet, commune de Brantôme . . 5 240 5 240 Uébière, 'à Laurière, commune de Xotre-Dame-de- Sauilhac 4 850 4 945 Eytier, à Leypalourdie, commune de Biras .... 5 325 5 400 Duvoisin, à Saint-Pardoux-Larrivlère G 000 5 100 Larroussarie. avoué, à Nontron 4 950 3 6G0 Besse, à Varaignes 5 250 4 GOO Veuve Bretenous, à Varaignes 4 550 4 220 Bosselut, docteur-médecin, à .>'ontron 2 700 1 G80 Blois (Albéric), à Laroque, commune de Brantôme . 5 000 4 400 Laguerenne, à Génis 5715 4 212 Gauthier, juge de paix, à Excideuil 3 120 2 G79 De Galard, à Vauriae, commune de Coulaure ... 4 000 4 000 Saumande, notaire, à Coulaure 5 500 4 820 Pradier, secrétaire général de la Société d'encoura- gement à Pagriculture de la Dordogne, à Saint- Paul-de-Serre » » » Lenioine% conseiller municipal, à Thenon .... » » » Pouquet, à Chardeuil 6 120 6 060 4 360 On voit, d'après le résultat des expériences relatées dans le tableau ci-dessus, que plusieurs viticulteurs ont obtenu une récolte moins belle dans les parcelles laissées comme témoins; que d'autres ont récolté le même poids de raisins dans les parcelles fumées ou non 3 950 G 210 5 150 5 525 4 350 2 950 4 480 3 540 1 GGO 4 300 2 G 94 2 255 4 000 3 720 1. M. Deaoix n'a pu faire exécuter les pesées. Il a constaté que les ceps fumés por- taient moins de raisins que ceux qui n'avaient pas reçu d'engrais. 2. La récolte de M. Jammes a été détruite par la grêle. 3. M. Lemoine n'a pu exécuter les pesées, mais il a constaté que ses vignes avaient une plus belle végétation dans la parcelle ayant reçu du nitrate de soude. EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 409 fumées; enfin, que certains autres, et c'est le plus grand nombre, ont obtenu des récoltes plus élevées dans les parties nitratées. Les résultats de ces expériences sont si peu concordants qu'il est impossible d'en tirer des conclusions bien appréciables. Il est juste de dire que les engrais ont été appliqués du 10 avril au l" mai, c'est-à-dire trop tard. D'un autre côté, la sécheresse prolongée de l'été les a empêchés de devenir assimilables. Kn outre, les expériences ont été certainement faussées par la couleur absolu- ment anormale de certains cépages, notamment du merlot et du col rouge. Cependant, il est à noter que dans les sols argileux, argilo-sili- ceux, profond, les engrais contenant de l'azote nitrique ont con- tribué à élever les rendements et à les diminuer dans les sols sili- ceux, pierreux et peu profonds. Cette diminution, dans ce dernier cas, est due certainement en grande partie à l'action de la séche- resse. Il faut ajouter que, si parfois il n'existe pas de différence appré- ciable entre le rendement des vignes qui ont reçu les deux formules d'engrais, il n'en est pas de même au point de vue de la végétation. Le bois est un peu plus abondant et plus fort dans les parties nitra- tées, ce qui pourrait augmenter sa fertilité pour l'année prochaine et lui procurer, dans ce cas, une supériorité de production qui, comme on a pu le remarquer, n'a pas été toujours bien apparente cette année. M« 30 EXPERIENCES SUR LA FUMURE DES VIGNES, EN CHARENTE Rapport de M. Prioton, professeur départenieutal d'agriculture. Les champs de démonstration que nous avons organisés de con- cert avec nos collaborateurs, les professeurs spéciaux d'agriculture, sont au nombre de 18 ; ils ont été répartis dans les divers arrondis- sements du département. Nous nous sommes attachés, cependant, à 410 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. ce que le plus grand nombre d'entre eux soient installés dans la région où il y a le plus de vignes et qui produit ces eaux-de-vie de Cognac réputées dans le monde entier. La surface de chaque champ recevant les engrais chimiques était de 30 à 33 ares (un journal de pays). Elle a été partagée en deux parties : L'une a reçu du nitrate de soude et l'autre pas. En outre, à côté, lorsque l'étendue de vignoble le permettait, un témoin sans engrais a été réservé. Chaque vigne comprenait donc au moins deux parcelles, mais le plus souvent trois. Il est superflu d'ajouter que nous nous sommes attachés à avoir des champs d'essais dans lesquels le terrain et l'état général de la vigne étaient uniformes. Chaque essai peut donc être présenté de la manière suivante : Nitrate. 1 ~~ 2 — 3 Témoin sans engrais. (Surface variable.) — — 1 — _ — _ . 33 ares ayant reçu sulfate de potasse et superpliosphate de cliaux. Les quantités d'engrais employées comprenaient à l'hectare : Parcelle nM : 450 kilogr. superphosphate 14/16, 200 kilogr. sulfate de potasse 48/50 ; Parcelle n° 2: 450 kilogr. superphosphate 14/16, 200 kilogr. sulfate de potasse 48/50, 300 kilogr. nitrate de soude ; Parcelle n" 3 : rien. L'épandage des engrais a été fait fin maj^s et dans les premiers EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 4ll jours d'avril, un peu tard pour que ceux-ci produisent tout leur effet. Aussitôt répandus, ils ont été enterrés par un labour. Avant de rendre compte des résultats obtenus, nous tenons à faire observer que les conditions climatériques de l'année 1898 ont été absolument défavorables à la vigne. Le printemps froid et humide a favorisé la coulure d'une manière véritablement inquiétante ; des grappes entières, au moment de la floraison, tombaient sous les ceps 1 A cette période a succédé, sans transition, une chaleur et une sé- cheresse extraordinaires qui ont duré pendant les mois de juillet, août et septembre jusqu'à l'époque de la vendange. Dans de semblables conditions, il est facile de comprendre que les engrais chimiques n'ont pu être absorbés par les racines de la vigne qu'en petite proportion. Si l'été s'était comporté convenable- ment, si quelques pluies bienfaisantes étaient venues de temps en temps arroser le sol, elles auraient mis progressivement à la portée des racines de la vigne les engrais employés et ceux-ci auraient pu produire leur maximum d'effet utile. 11 n'est pas douteux alors que les résultats obtenus auraient été meilleurs dans leur ensemble et bien plus concluants. Nous pensons, du reste, que l'action de ces engrais se fera encore sentir en 1899, car les racines de la vigne n'occupent pas que les parties superfi- cielles du sol, mais bien aussi les couches profondes du terrain. Pour plus de clarté dans l'exposition des résultats obtenus, nous allons les résumer dans un tableau. Dans l'évaluation des bénéfices résultant de l'emploi du nitrate, nous avons compté celui-ci à raison de 22 fr. les 100 kilogr. et la vendange au prix de 250 fr. les 1 000 kilogr. Tous l'es chiffres sont rapportés à la surface d'un hectare. Ainsi qu'on peut le constater, les résultats obtenus sont très va- riables. Bons ou très bons dans quelques endroits, moyens, mé- diocres, même nuls dans d'autres. A quoi attribuer ces différences ? Nous n'hésitons pas à dire et à répéter: à la coulure d'abord, qui a sévi d'une manière très irré- guhère dans les vignobles; à la sécheresse, ensuite, qui a empêché les engrais d'être absorbés, l'été surtout, dans les sols très dessé- 412 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 2 3 4 5 6 7 8 9 10 U 12 13 14 15 16 17 NOMS ET ADRESSES DBS PROPRIÉTAIRES. MM. Yernon, à Saiutonge, par Saint-Même Périgaud (Fabre), à Confolens. . . . Sabouraud, à Mérigaac Roy (Gélestin), à Bassac. . . . Vaud, à Champmillon BouUuet, à Malaville Petit, à Saint-Laurent-de-Ceris . Orphelinat agricole d'AngouIême. Rivière, à Mosnac Papillaud, à Montboyer Beaubean, à Aigre . Coupril, à Laprade. Boisdou, aux Plans-de-Ruffec. . Le docteur Nivet, à Chasseneuil. Boucherie, à Auge Martin, à Saint-fienis-d'Hiersac Cousin, à Barbezieux Gontier, à Rouillac. NATURE DU SOL du vignoble. Argilo-siliceux . Siliceux granitique Calcaire (groie) , Argilo-calcaire . Sableux . . . Argilo-calcaire. Argilo-siliceux . Calcaire . . . Silico-argileux. Argilo-calcaire. Calcaire (groie) . Argilo-calcaire. . Argilo-siliceux. . Argilo-siliceux sec Calcaire Calcaire Argilo-siliceux . Calcaire KEHDEMEKT. (l'OlDS DE Partie n'ayant rien reçu. kilogr. 1 933 » 4 400 7 220 5 600 8 800 7 010 5 430 » » » » EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 43 3 A18ISS.) DIFPÉRENOB de rendement BÉUÉFICB imputable OB8EBYATIOSS d'après SOS CONSTATATIONS PERSONKEIiLKS Parcelle ayant reçu super- phosphate. sulfate lie potasse et en faveur (lu nitrate de au nitrate de soude. et celles des directeurs des champs de démonstration. nitrate. sonde. kilogr. kilogr. fr. c. 2 8()G 333 17 25 Le carr(3 sans nitrate avait plus de vég(Jtation (lue les autres. La coulure a modifié les réstiltats. 4 555 720 112 » La sécheresse a beaucoup nui au rendement. G 000 1 300 25'.) 1) Rendement restreint occasionné par la coulure. La sécheresse a empêché l'action des eug-rais, pauipres plus beaux daus la partie nitratée. Partout, même maturité. 8 780 1 280 254 » La végétation a peu prés la même partout ; vendange un peu plus juteuse dans la partie nitratée. 8 588 1 122 2U » Plus de végétation dans la partie nitratée ; mais un peu plus de pourriture à la maturité. 14 GOO 4 000 934 » Partie nitratée : grains plus gros et mieux nourris. Le vignoble de M. Boutinet est un des plus beaux de la région. 12 800 2 700 609 N Dans la parcelle ayant reçu du nitrate, les raisins étaient plus beaux qu'ailleurs. 5 100 1 500 309 )) Un peu plus de végétation dans la partie nitratée. Même maturité partout. 8 170 850 146 50 Même végétation. Un peu plus de verdure pour les feuilles dans la partie nitratée. Même qualité du raisin ; même densité au pèse- moût (g^jô). G 160 280 4 )) La coulure a été tellement intense que nombre de ceps ont perdu leurs grappes. Aucune conclusion à tirer de cette expérience. 3 900 250 1 - 50 La sécheresse a empêché l'effet des engrais. 7 500 40 •V \ '^(53 » La sécheresse persistante a réduit à néant l'effet des engrais. Feuilles plus vertes dans la partie nitratée. 1 550 50 50 Idem. » » » » Aucune différence de végétation dans les carrés : ce qui est dû à la sécheresse, sans aucun doute. Même rendement partout ; mais rai- sins plus juteux et, en apparence, mieux nourris dans la partie nitratée. » » » » Mêmes observations. Feuilles tombées plus tardivement à l'au- tomne dans la partie nitratée. » » » » Même récolte dans les deux carrés, mais vendange mieux nourrie dans la partie nitratée et feuilles tombées plus tard. La coulure a fait un tort considérable. » » » » La coulure a enlevé les cinq sixièmes de la récolte ; en quelques en- droits, il n'est rien resté. Aucune comparaison n'a pu être faite. » » » » La grêle a anéanti le vignoble, et la comparaison dans les rende- ments n'a pu être établie. Teinte plus verte des feuilles dans la partie nitratée. 414 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. chants, comme étaient quelques-uns de nos champs de démons- tration. L'ensemble des résultats dans les vignes bien exposées en terrains sains et profonds, comme sont en général celles où la différence en faveur du nitrate de soude est très nettement accusée, est, du reste, très suffisant, même pour l'année 1898, pour justifier l'utihté des engrais chimiques du commerce et, en particulier, du nitrate de soude, dans la culture de la vigne. ]%» 31 INFLUENCE DES ENGRAIS CHIMIQUES SUR LE RENDEMENT DE LA VIGNE. COMPTE RENDU DES EXPÉRIENCES FAITES A CABRIÈRES- d'aVIGNON (vAUCLUSe) en 1898 Par M. A. Jean, instituteur. Par les expériences qui ont été faites l'an dernier à Gabrières- d'Avignon, on a pu se rendre compte de l'influence incontestable exercée sur la culture de la vigne par les engrais chimiques en gé- néral et le nitrate de soude en particulier. Les expériences reprises cette année — car il est de toute néces- sité que nos viticulteurs sachent bien que l'emploi rationnel des en- grais minéraux est susceptible de rendre à la viticulture de grands services et peut donner des excédents de récolte considérables — ont partout, à la satisfaction générale, malgré la sécheresse persis- tante de l'élé, donné des résultats très avantageux. Contrairement à un préjugé que dément l'expérience, l'emploi du nitrate de soude et des phosphates pour la fumure des vignes n'a pas seulement pour effet de développer le bois et la partie foliacée de cet arbuste, mais il augmente notablement la quantité de vin récoltée, sans en diminuer en rien la qualité. Les vignes chétives, celles que les gelées ou les maladies parasitaires ont affaiblies, se EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 415 trouvent particulièrement bien de la fumuie nitratée, à condition (jue celle-ci soit accompagnée d'une addition convenable d'acide pliosphorique et de potasse. Expériences faites dans le vignoble de M. Borel. Le vignoble de M. Borel est situé à Cabrières-d'Avignon, quartier de la Muscadelle, terrain profond et convenant très bien à la culture de la vigne. Les plants consistent en majeure partie en carignans, greffés sur Bupeslris monlkola. M. Borel est un viticulteur laborieux et intelligent, qui soigne son vignoble d'une façon irréprochable et lui applique, en temps et sai- son convenables, les cultures et les traitements nécessaires. La taille a été pratiquée fin janvier sur tout le vignoble. Les essais ont été faits de la façon suivante : :/" expérience. — Un carré comprenant l 000 souches a été bien fumé, au fumier de ferme, lequel a été enfoui aussi profondément que le permet le mode de labour en usage. Il a été ensuite divisé en deux parties égales, contenant chacune cinq cents pieds ou souches. Sur la première parcelle, il a été répandu en avril 100 kilogr. de nitrate de soude, soit 200 grammes par souche, tandis que la seconde parcelle n'en a pas reçu. Ce sel a été répandu en couverture dans les rangées de souches et enfoui au moyen d'un petit labour. Cette opération a été faite en deux fois, par moitié : la première dose a été répandue le 4 avril, et la deuxième le 20 avril 1808, et, afin que l'épandage fût fait avec le plus d'uniformité possible, il avait été bien concassé et mé- langé avec du sable fin, avant de l'employer. En mai, la végétation était superbe dans la parcelle nitratée, qui tranchait de loin sur la parcelle non nitratée. Le débourrement a été effectué en fin mai ; la floraison a eu lieu fin mai et coramencemeht de juin; la véraison en mi-août, et la ma- turité en mi-septembre. Les raisins ont été vendangés le 22 septembre; ceux provenant de 416 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. chaque parcelle, ramassés séparément, ont été pesés avec la plus grande exactitude, et ont donné les résultats suivants : «nuc'ims NOMBRE NDMER08 „:„H= RENDEMENT PAR PAROELiI,K. des FUMDRKS. '^^ P'^'"* ____ parcelles. parcelle. Poiils. Valeur. 4 Avec nitrate. 500 1 420''s à 17^ les lOO''^ = 241^,40"^ 2 Sans nitrate. 500 1080 — =183,60 Excédent dû au nitrate. . . 340 — = 57^,80* Dans la partie nitralée, les raisins étaient plus gros et plus régu- liers, et le rendement aurait été bien supérieur si la sécheresse per- sistante n'avait arrêté leur développement. 2' expérience. — Sur le même terrain, même quai-tier, même vignoble, il a été pris trois autres parcelles contenant 200 souches chacune, et séparées entre elles par deux rangées de vignes. La première parcelle a reçu 78 kilogr. d'engrais complet : Nitrate de soude 50 kilogr. Sulfate de potasse 8 — Superphosphate de chaux 13/15 p. 100. 20 — Total 78 — soit 390 grammes par souche : Nitrate de soude 250 gr. Sulfate de potasse 40 Superphosphate de chaux 100 Total 390 ' Cet engrais a été répandu en couverture au milieu des rangées, le 4 avril, et enfoui au moyen d'un labour. La deuxième parcelle a reçu 28 kilogr. d'engrais non complet : Sulfate de potasse 8 kilogr. Superphosphate de chaux 13/15 p. 100. 20 — Total 28 kilogr. soit 140 grammes par souche : . ' Sulfate de potasse 40 gr. Superphosphate de chaux 100 Total 140 gr. Cet engrais a été répandu et enfoui comme le précédent. EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 417 La troisième parcelle n'a rien reçu en fait d'engrais, et a été des- tinée à servir de témoin. Toutes les opérations et prélèvements ont été faits aux mêmes époques que dans l'expérience précédente. Voici les résultats obtenus : NOMÉKOS NOMBRK RENDEMENT PAR PARCELI,E. des FUMORES. '''^ I"'^'''* ^.^___ par — ^ ^ - parcelles. parcelle. Poids. Valeur. 1 Engrais complet . . . 200 G-iC'à 17^ les 100''«= 10bf,80"= 2 Engrais uou complet . — 510 — = 86 70 3 Sans engrais — 420 — = 71 40 Excédent de la deuxième parcelle sur la troisième, dû à l'engrais incomplet : En raisin kg 90 En argent fr 15 30 Excédent de la première parcelle sur la deuxième, dû à l'engrais complet : En raisin kg 130 En argent . fr 22 10 Vignoble du champ de démonstration de l'école de garçons. 3' expérience. — Le champ de démonstration de l'école de gar- çons de Gabrières-d'Avignon est situé au quartier de la Fontanelle. Le terrain est calcaire, faible, peu profond, très sec. L'emploi des engrais chimiques sur la culture de la vigne dans ce champ n'a pas produit cette année les résultats qu'on pouvait attendre, par suite de la grande sécheresse persistanle de tout l'élé; néan- moins, les souches traitées .ont conservé une plus belle apparence et ont donné un rendement supérieur aux souches non traitées. Les essais ont été faits de la même façon et sur le même nombre de pieds (jue dan.s l'expérience ci-dessus. Il a été pris trois parcelles de vigne contenant 200 souches cha- cune et séparées entre elles par deux rangées de vigne. La première parcelle n'a reçu aucun engrais et a été destinée à servir de témoin. ANM. SCIE.NCE AGRON, — 2^ SÉRIE. — 1899. — I. 27 418 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. La deuxième parcelle a reçu 28 kilogr. d'engrais non complet, soit 140 grammes par souche. La troisième parcelle a reçu 78 kilogr. d'engrais complet, soit 390 grammes par souche. Cet engrais a été répandu en couverture au milieu des rangées, le 2 avril, et enfoui au moyen d'un petit labour. En mai, la végétation était superbe. Le débourrement a été effectué à la fin de mai. La floraison a eu lieu à la même époque, la véraison en mi-août et la maturité en mi-septembre. Les raisins ont été vendangés le 20 septembre. Ceux ramassés dans chaque parcelle ont (Hé pesés avec la plus grande exactitude, et ont donné les résultats consignés dans le ta- bleau suivant : NUMEROS H ''"^fff RENDEMENT PAR PARCELLE. des FUMURES. Jl.. __^^ parcelles. parcelle. Poids. Valeur. 1 Sans engrais 200 305 à 17^ les 100''"" = 51^,85= 2 Engrais non complet . . — 380 — =64 ,60 3 Engrais complet. ... • — 500 — =85 ,00 Excédent de la deuxième parcelle sur la première, dû à l'engrais non complet : En raisin kg 75 En argent fr 12 75 Excédent de la troisième parcelle sur la deuxième, dû à l'engrais complet : En raisin kg 120 Eu argent fr 20 40 'Conclusions. Les conclusions que nous pouvons tirer de ces expériences sont très simples, puisqu'elles nous font ressortir, par l'emploi raisonné des engrais chimiques, des excédents en rendement assez consé- quents, encore faut-il ajouter que la grande sécheresse a vivement EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 419 contrarié la fruclification, qui a été loin de donner le résultat qu'on pouvait espérer. Il est donc incontestable que l'emploi des engrais chimiques dans la culture de la vigne en peut augmenter considérablement le rende- ment; qu'il est en outre d'une grande utilité pour les vignes chétives que la gelée ou les maladies parasitaires ont alîaiblies. Il y a donc lieu de vulgariser l'emploi de ces engrais par tous les moyens possibles, et il faut espérer que sous peu tous nos viticul- teurs, grâce aux expériences concluantes qui sont faites, et aussi aux conseils qui leur sont donnés, obtiendront, à leur grande satisfac- tion, par l'application raisonnée des engrais chimiques et du nitrate de soude en particulier, des produits bien plus rémunérateurs que ceux qu'ils ont obtenus jusqu'à ce jour. ]%^« »» EXPERIENCES SUR L EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE FAITES PAR LES AGRICULTEURS d'aPT (VAUCLUSE) SUR LES PRINCIPALES CULTURES RÉGIONALES Rapport de M. Charavin, directeur de l'école publique d'Apt. Introduction. L'arrondissement d'Apt présente un terrain sec ; les canaux d'ir- rigation font absolument défaut. Cependant les semailles d'automne 1897 ont été faites dans de bonnes conditions, des pluies suffisantes ayant permis de bien préparer les terrains. Un hiver très doux et pluvieux avait donné au blé une végétation peu habituelle. Les pluies persistantes du printemps avaient communiqué aux céréales un commencement de rouille qui, heureusement, fut com- battue par une brise légère qui souffla en temps opportun. Malgré les pluies, le nitrate a pu être répandu et a montré ses merveilleux effets aux regards ébahis des plus incrédules; car, en dehors du champ de démonstration dont le compte rendu est donné ci-après, j'avais distribué de petites quantités de nitrate de soude qui devaient 420 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. être répandues sur les céréales, à proximité de la ville et sur les pas des promeneurs. L'effet n'a pas tardé à se manifester: les terrains, partagés en deux parties, étaient curieux à voir. D'un côté (partie nitratée), une végétation puissante, des feuilles larges, nombreuses et vert foncé, des tiges fortes et vigoureuses; de l'autre (partie non nitratée), une végétation ordinaire, mais qui paraissait souffreteuse en regard de la puissance de sa voisine. On semblait douter encore du résultat définitif. Mais les épis mûris, comparés entre eux comme grosseur et comme grain, ont dissipé tous les doutes. Tous les agriculteurs qui avaient essayé le nitrate de soude ont été émerveillés, car ils ont obtenu un excédent de récolte plus ou moins grand selon la fumure qu'ils ont employée. Certaines parties du terrain, trop argileuses, qui n'avaient jamais donné que quelques maigres épis sur des tiges rabougries, ont fourni cette année avec le nitrate de soude une récolte qui a dépassé la moyenne. Des expériences de cette nature ont été faites dans les mêmes con- ditions sur diverses récoltes locales, pommes de terre, betteraves, avoine, etc.. Toutes ont été plus satisfaisantes les unes que les au- tres au point de vue des résultats qu'elles ont donnés. Telles sont les généralités dans lesquelles je me suis tenu, sans chiffres à l'appui, mais qui me permettent d'affirmer que le nitrate de soude a été compris et apprécié par la plus grande partie des cultivateurs. J'en prends la preuve dans les forts achats de nitrate qui sont déjà faits et dans ceux non moins importants qui doivent se faire encore. Voici maintenant, dans toute sa teneur, le compte rendu des ex- périences faites avec le nitrate de soude dans la propriété de M. Gha- baud, au domaine de Trucy, près Apt. CHAMP DE DÉMONSTRATION DE TUUCY, riîÈS APT (VAUCLUSE) M. Chabaud (Casimir), propriétaire du domaine de Trucy, près Apt, appartient à cette classe d'agriculteurs qui ne reculent pas de- vant le progrès. EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRA'là CtïIMlQUES. 421 Propriétaire aisé, il possède des machines agricoles (faucheuse, moissonneuse, semoir, charrues perfectionnées) ; il a dans son écu- rie, deux forts chevaux et un magnifiijue troupeau dans la bergerie. Il produit donc un abondant fumier auquel il donne les soins voulus. Il fait de la culture intelligente et raisonnée, il sait employer les engrais chimiques, mais il ne connaît pas le nitrate de soude ; il en a cependant entendu parler et. c'est sans crainte qu'il a voulu en faire l'essai. Il n'en est pas fâché aujourd'hui, d'autant plus qu'il s'en est avantageusement rendu compte par les expériences suivantes qui ont porté sur la grande culture et non sur des parcelles de quel- ques mètres carrés, ce qui a contribué puissamment à faire appré- cier les engrais chimiques. Tous les terrains ont reçu unifarmément une abondante fumui'e en fumier de ferme et 500 kilogr. de" superphosphate, 14/ 10 à l'hec- tare. 1" Tuzelle blanche (Blé de pays faisant prime sur les marchés). Le nitrate a été répandu en couverture au printemps, en deux fois, à raison de 150 kilogr. à l'hectare. . ' . Favorisé par un printemps Immide, le nitralage n'a pas tardé à produire ses résultats surprenants; les plus sceptiques ont dû se rendre à l'évidence, car rien n'est plus, éloquent que les chiffres suivants : BENOEMENT à rhectaie. PARCELLES. Avec nitrate de soude Sans nitrale .... Excédent dû au nitrate en fjraiu. bectol. 23,5 19,2 4,3 eu paillo. kilogr. 14 400 9 600 - rroirr 4 800 Le bl('' a valu à la récolte 20 fr. l'hectolitre et la paille 3 fr. les 100 kilogr. Nous avons donc : Excédent en argent dû au nitrate 230^ 00* Prix de 130 kilogr. de nitrate de soude à 25 fr. les 100 kilogr. 37 50 .".■•. ■■." .'■': : .' 192^50' Bénélice net à l'hectare 422 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE, 2° Pommes de terre violettes dites américaines. Les terrains se prêtent merveilleusement à cette culture. Mais parmi toutes les qualités, les pommes de terre violettes dites amé- ricaines sont celles qui, dans notre région, assurent les meilleures récoltes. Ici, les résultats du nitrate de soude ont été splendides. Répandu à raison de 250 kilogr. à l'hectare, moitié à la planta- tion des tubercules et l'autre moitié au moment du premier binage, il a donné les résultats suivants, malgré l'été sec que nous avons traversé. RKNDKMBNT PARCKi/LES. à l'hectare. Avec nitrate 48 000 kilogr. Sans nitrate 27"000 — Excédent dû au nitrate . . 21 000 kilogr. Les pommes de terre se sont vendues à la récolte 6 fr. les 100 ki- logr., d'oîi : < Excédent en argent dû à remploi du nitrate de soude. . . . 1 200'^ 00' Prix de 2oO kilogr. de nitrate à 25 fr. les 100 kilogr. . . , 62 50 Bénéfice net à Thectare 1193^ 50"= Il est vrai de dire, devant un résultat aussi grand, que les pommes de terre nitratées ont pu résister par leur vigueur et leur dévelop- pement à la sécheresse de l'été ; elles ont donné de gros tubercules, tandis que la partie non nitratée n'a donné que des tubercules géné- ralement petits. 3° Avoine fourragère mêlée à la vesce. Ce mélange, coupé quelques jours après la floraison, forme un fourrage d'excellente qualité, et est d'un précieux secours dans nos quartiers dépourvus d'eau. M. Ghabaud, qui avait déjà apprécié les effets du nitrate de soude sur les blés, pensa avec raison qu'il pourrait augmenter considéra- blement sa" récolte de fourrage, il partagea donc son champ en EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 423 deux parties égales et nitrala l'une d'elles en deux ibis, à raison de 200 kilogr. à l'hectare. Bientôt la parcelle nitratée dépassa en vigueur et en beauté sa voisine ; aussi les résultats n'ont point fait mentir les apparences : RENDE MENT PAKOEI.LBS. à l'hcrtare. Avec nitrate 45 000 kilogr. Sans nitrate 29 500 — Excédent dû au nitrate . . 15 500 kilogr. Ce fourrage n'est pas marchand, chaque propriétaire s'en tenant pour la culture, aux besoins de ses bestiaux : on ne peut donc faire, en argent, la plus-value de cette récolte. 4° Vesces à graines. A plusieurs reprises, j'ai pu constater dans mon jardin que l'effet du nitrate est nul sur les légumineuses. Mais un résultat frappant m'a démontré que toutes ces plantes ne sont pas rebelles à l'azote du sol : il s'agit des vesces cultivées pour la graine. M. (]habaud a fait une expérience concluante sur cette plante ; elle a donné les résultats suivants avec une fumure de 200 kilogr. de nitrate à l'hectare. BENDBMENT PARCELLES. à l'hectare. Avec nitrate 144 hectol. Sans nitrate 84 — Excédent dû au nitrate. . GO hectol. Les vesces valent, prix moyen, 13 fr. 50 c. l'hectolitre. Le nitrate de soude a donc donné : Plus-value de récolte 810 fr. Prix de 200 kilogr. de nitrate à 25 fr. les 100 kilogr. . 50 Bénéfice net à l'hectare . 760 fr. , ).i ■■■■■.'■ Un tel rendement peut paraître faux, cependant il en est ainsi : les chiffres sont brutaux. 424 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 5° Betteraves fourragères. Voici une autre expérience non moins concluante en favetir du nitrate de soude, qui a été employé à raison de 300 kilogr. à l'hec- tare. Cette quantité divisée en trois. parties est répandue de la manière suivante : Un tiers au moment de la semaille. Le second tiers au moment du premier binage et de l'éclaircisse- ment. Le dernier tiers un mois environ après la deuxième fumure. Les résultats sont les suivants : RENDEMENT paroelIjES. à l'heiîtare. Avec nitrate 66 000 kilogr. Sans nitrate 24 000 — Excédent dû au nitrate . . 42 000 kilogr. La betterave vaut, année moyenne, 2 fr. les 100 kilogr. Plus-value de récolte 840 fr. Prix de 300 kilogr. de nitrate à 25 fr. les 100 kilogr. . 75 Bénéfice net à Thectare. !'-%'--i \ ... 765 fr. LE NITRATE DE SOUDE ET LA CULTURE DES OLIVIERS Une expérience, appelée à rendre de réels services dans notre région du Sud-Est, est celle du nitrate de soude qui a été faite sur la culture des oliviers. M™" Raymond, épicière à Apt, possède une plantation d'oliviers. Sur mes recommandations, elle a consenti à employer du nitrate pour la fumure de ses arbres. En janvier 1898, alors que les oli- viers reçoivent les travaux appropriés à leur culture. M"*" Raymond traita sa plantatioii de la façon suivante : : Tous les pieds reçurent une égale quantité de tourteaux ; en outre, les numéros pairs alternant avec jes numéros impairs de EMPLOI DU NITR.VTE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 425 chaque allée ont reçu un demi-kilogr. de nitrate de soude, enfoui dans la surface couverte par les rameaux de l'arbre. De bonne heure une végétation luxuriante a fait distinguer les oliviers qui bientôt furent couverts de fruits. La cueillette des olives, opérée en décembre dernier, a donné le magnifique résultat sui- vant : le nitrate a produit en sa faveur un tiers environ en excédent de récolle. CULTURE MARAICHERE . Il serait superflu de revenir sur les merveilleux effets du nitrate de soude sur les diverses plantes de la culture maraîchère, choux, salades, céleris, tomates, aubergines, etc. Cependant, il est un résultat que je ne puis taire : c'est l'emploi du nitrate pour la culture des raves, navels et radis. J'ai obtenu des raves dont la moyenne pesait 1 kilogr, et j'ai pu opérer la cueillette des radis nitrates 15 jours avant ceux qui ne l'avaient pas été. C'est donc un moyen de hâter cette récolle, et par un procédé très simple : arroser avec de l'eau nitratée aussitôt que les premières feuilles paraissent, renouveler l'arrosage lorsque les feuilles ont atteint à peu près la moitié de leur développement. . . . . CONCLUSION Les résultats du nitrate de soude ne sont plus à démontrer. Après les expériences faites par M. Grandeau, directeur de la Station agronomique de l'Est, et par M. Zacharewicz, notre professeur dé- partemental d'agriculture, les expériences faites parles agriculteurs eux-mêmes doivent convaincre les plus sceptiques. 426 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. CONCOURS POUR LE MEILLEUR EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE A LA CULTURE DES CÉRÉALES, ORGANISÉ, EN 4808, DANS LE DÉPARTEMENT DE l'iSÈRE Rapport de M. Rouault, professeur départemental d'agriculture. 1. — M. Sadoux, instituteur à Barraux. Sol argilo-calcaire sur callovien et bajocien à faciès schisteux; ancienne prairie ayant produit déjà une avoine. Les engrais ont été appliqués le 18 mars — il a plu 2 jours après; — à l'automne on avait enfoui, au labour, une certaine quantité de pieds de tabac. L'expérience avec le blé d'automne a élé ainsi disposée : N* 1, 30 ares. — Fumure 30 kilogr. de nitrate de soude et 70 ki- logr. de superphosphate de chaux. Voici le rendement : Graia 737 kilogr. Paille 1 398 — Il y a eu de la verse postérieurement au 19 mai, époque oià a été visitée la culture. N" 2, 30 ares. — Fumure, 30 kilogr. de nitrate de soude. Rendement : Graiu 482 kilogr. Paille 81 ô — N° 3. — Carré témoin ramené à 30 ares. Rendement : Grain 351 kilogr. Paille 683 — EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES, 427 Les rendements calculés à l'hectare auraient été de : ORA.IN. PAILLB. kilogr. kilogr. N" 1 2 456 4 660 N" 2 1 600 2 716 N° 3 1 170 2 27G En supposant le blé à 21 fr. les 100 kilogr. et la paille à S fr. les 100 kilogr., le nitrate valant 23 fr. 35 c, le superphosphate 6fr. 85 c, le sulfate d'ammoniaque 24 fr. 60 c, nous aurions : VALEUR SCPPLÉMENT DÉPKNSK (le par rapport la récolto à ea engrais. eu la parcelle argeut. témoin. N" 1 . ^Mtrate ot superphosphate. . 39' 30"= 655^55= 302'' 30"= IN" 2. -Nitrate (le soude 23 30 418 75 81 50 -V 3. Uieu 1) 313 95 » Dans cet essai, l'adjonction de superphosphate a accru notable- ment l'action du nitrate. En l'absence d'analyse, on peut supposer que ce résultat est dû à la pauvreté relative du sol en acide phos- phorique. Les élèves de l'école de Barraux ont été associés à ces expériences. 2. — M. Amblard, à Vaulnaveys-le-Bas. Sol provenant d'un marais drainé par des drains en pierres, par conséquent alluvion moderne dans un vallon bordé, d'un côté, par les schistes cristallins amphibolitiques de Champrousse et, de l'autre, par le plateau de Brié sur lias schisteux. Les essais ont servi de champ d'application à l'école communale. 4 parcelles cultivées en blé poulard semé à la volée. N" 1, 8 ares sans engrais. N° 2, ares avec 15 kilogr. de nitrate. N" 3, 9 ares avec 15 kilogr. de nitrate et 20 kilogr. de superphos- phate. N° A, 9 ares avec 10 kilogr. de sulfate d'ammoniaque et 20 kilogr. de superphosphate. Le blé a versé à peu près partout à la suite de l'orage du 25 juin, 428 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. qui a donné, de 7 heures du soir à 10 heures du matin, 87'""', 3 d'eau, à Grenoble. En raison de la verse, il a été pris 16 mètres carrés de chaque parcelle présentant la même apparence et le. blé a été moissonné à 0'",50 au-dessus du sol. Ces 16 mètres carrés ont produit : N» 2. NM. RENDEMENT. poins. Graiu. gr- 462 716 1 471 1 242 rjiille. gr- 1 000 2 150 2 200 1 450 de 50)cent.cnb. de gi-ain. gr. 343 308 385,2 380,8 ramené à l'hectolitre. kilogr. G8,G0 73,60 77,14 7(j,16 KENDEMRNT calculé,- à l'hectare, N° 1 , N" 2, N» 3. N» 4, poids. 288,70 447,50 919,40 776,20 , en hectolitre.s. 4,20 6,10 11,90 10,20 PU argent du grain (gr. bi.;)'. 57,70 89,50 183,85 155,25 de l'engrais supplé- mentaire. 39 » 55 » 42,50 DIFFERENCE par r.ipport au carré témoin pour le graiu seul. déficit 7,20 boni 71,10 — 55 » Lfîs rendements sont excessivement faibles par suite de la verse exceptionnelle produite fin juin et qui a été particulièrement grave dans ce terrain frais, à végétation exubérante. Il est remarquable, et en cela l'expérience est fort curieuse, que malgré cette verse excessive les grains ont encore une bonne densité, particulièrement celui qui provient de la parcelle additionnée de nitrate et de superphosphate. Celle qui a reçu le sulfate d'ammoniaque et le superphosphate suit également de très près, puisque les poids à l'hectolilre sont respec- tivement de 77 kilogr. et de 76 kilogr. L'alimentation de la plante a donc une très grande importance, puisque avec le nitrate seul le poids tombe à 73''s6 et enfin à 68''^6, dans le cas de la parcelle té- moin. Ce dernier blé ne vaudrait certainement pas 20 fr. les 100 ki- logrammes, valeur prise comme terme de comparaison. I. A 20 fr. les 100 kilogr. Sli'i'l îi t;V/ fj p. 100. P. 100. P. 100. 0.428 0.577 0.53G 1.099 1.175 1.079 0.508 2.010 2.10 EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 429 3. — .M. Chavanon (Camille), fermier à Clianas. Essai sur betteraves à sucre. Le sol, autrefois en vaine pâture, est formé de cailioutis siliceux reposant sur molasse avec intercalations marno-sablcuses ; il est si- tué sur un plateau. Dans les cailloux dominent les quartzites en mélange avec schistes cristallins ampliibolitiques et silex rouges. Des analyses de sols de la région ont donné, en terre fine (labora- toire de Vienne, M. Marc, directeur) : Acide phospliorique Potasse Chaux L'essai comprenait : - Une parcelle de betteraves succédant à un blé fumé au fumier de fermes de 60 ares environ, ayant reçu au printemps 100 kilugr. de sulfate de potasse, soit 166 kilogr. à l'hectare. Sur ces 60 ares, 11 ont reçu en plus 30 kilogr. de nitrate de soude, soit 27:2 kilogr. à l'hectare. Puis une parcelle sans engrais succédant à une culture de tabac, comme toujours fortement fumée. Les résultats ont été les suivants : FDMURE. PRODUCTION. DENSITÉ. • kilogr. ( >'itrate de soude ) , N° 1 10 ares . ■].',., t 630 8°,5 I Sulfate do potasse . . . . | N° 2 — . . Sulfate de potasse . ... 1310 8'',2 i\° 3 — . . Sans nitrate et sans sulfate. 1200 1°^9 Il eût été intéressant d'essayer aussi les phosphates dans une ré- gion qui en est normalement pou pourvue. Les rendements ramenés à l'hectare seraient donc de : N» 1, IG 300 kilogr. valaut environ 407 fr. N" 2, 13 100 — — '.'.'.... 314 N» 3, 1 2 000 — — '.'.'.".".'.' 264 rendements faibles, mais expliqués par la sécheresse extrême d'août 430 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. et septembre, qui a dû particulièrement influencer tous les plateaux silico-caillouteux. Or, 166 kilogr. de sulfate à l'hectare représentent une dépense de 46 fr. 50 c. 272 kilogr. de nitrate de soude à l'hectare représentent une dé- pense de 63 fr. 40 c. La production à l'hectare est de : Essai témoin 264^00 Essai nM 407 — I09f50 d^engrais = 297 10 Essai ii''2 314 — 46 50 d'engrais = 267 50 L'écart est peu sensible en raison de la sécheresse, mais il est nettement en faveur de la parcelle nitratée et nul doute que le ré- sultat eût été meilleur si la sécheresse avait été moins grande, et sî au mélange du nitrate de soude et sulfate on avait ajouté du phos- phate. 4. — M. Pautrieux, propriétaire à Izeaux. Izeaux est situé sur le plateau de Biévre, à la base du coteau de Parménie. Le sol, à cailloutis cristallins et surtout quartzifères, est siliceux et très pauvre en chaux. Il craint la sécheresse et est géné- ralement pauvre. Les essais ont porté sur le blé, l'avoine et la prairie naturelle. Le blé est semé en lignes distantes de 0™,25 au moyen du semoir Per- ret à 5 socs, d'une valeur de 200 fr. L'avoine est semée à la volée. 1° Blé d'automne, 30 ares, après betteraves fumées. Cette parcelle de pays a reçu 3000 kilogr. de fumier à l'hectare, puis 100 kilogr. de superphosphate 13/15 en automne, soit 333 ki- logrammes à l'hectare, et 4-0 kilogr. de nitrate de soude au prin- temps, soit 103 kilogr. à l'hectare. Le rendement a été de : GRA.IR. PAILiLK. Par parcelle (30 ares).' .■ . . hectol. 8 26 Par hectare. .-..•.-... kilogr. 1500 a 000 La parcelle témoin a rendu un tiers en moins, ou I7''',4 de grains; 3400 kilogr. de paille. EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 431 • En supposant le blé à 77 kilogr. l'hectolitre (il n'a pas été pesé, ce qui est une lacune d'expérience) dans les deux cas et en lui attri- buant une valeur égale, ce qui est excessif pour la 2' parcelle évi- demment, le rendement en argent aurait été : 1° Hectare nitrate ( Grain : 2 000 kilogr. k 21 fr. 400^00= j Paille : 500 — à 3 fr. 150 00 550f00 550fOQ i Grain : I 340 kilogr. à 21 fr. 281U0'= 20 Hectare témoin . . } ^,^.„^ . 3 ^^^ _ ^3 ^,. ^p, qq 383^40"= 383 40 Différence KlGfGO'' La dépense en engrais a été, calculée à l'hcctan;, de : * 333 kilogr. de superphosphate . . . . 22' 80« 103 — de nitrate 23 50 Ensemble . 46^ 30"= 2" Blé Riété d'automne, 50 ares, après maïs-fourrage, non fumé, succédant à une vieille luzerne. Cette parcelle a reçu, en automne, 200 kilogr. de superphosphate, et au printemps, 60 kilogr. de nitrate de soude. Une parcelle témoin dr 10 ares, sans engrais complémentaire. Les rendements ont été : GRAIN PAIIjLE par par par par • • • parcelle. hectare. parcelle. hectare. hectol. hectol. kilogr. kilogr. 1» Parcelle nitratée (50 ares). . 12 24 2 400 4 800 2° Parcelle témoin (10 ares). . 1,5 15 300 3 000 En calculant, comme précéd(3mment, nous trouvons, à l'hectare : Dépenses en engrais complémentaire (nitrate et superphosphate) . 55' 40 Supplément de rendemi-nl (grain et paille) 19'J 50 3" Avoine blanche de pays, de printemps, succédant à un seigle détruit par la petite limace des champs. La parcelle a été ainsi traitée : Une partie témoin sans engrais ; Une partie témoin avec fumier de ferme ; 432 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Une partie d'une contenance de 50 ares fumée avec 200 kilogr. de superphosphate en automne, et 40 kilogr. de nitrate do soude an printemps. La quantité de semence employée est de 200 litres à l'hectare. La récolte a donné : GRAIN . PAILIjB ' ) par par pai- par parcelle. hectare. parcelle. hectare. hectol. hectol. kilogr. kilogr. 1° Parcelle nitratée (50 ares). 17 34 2 000 4 000 ■2" Parcelle témoin (5 ares) . . 1 20 140 2 800 En estimant le poids de l'hectolitre de grain à 45 kilogr. (ce poids n'a pas été fourni au dossier), la valeur du grain à 16 fr. 50 c. les 100 kilogr.; et celle de la paille à 2 fr. 75 c. seulement, on ob- tient, à l'hectare : . V Parcelle nitratée. . .■ ]• •_ ;,, •' ' ' ' ^ ' ( Paille. ... 110 » 302^45= 362M5' „. n n ■* *. \ Grain. . . . 148' 50= 2" Parcelle non mtratee. { „ .„ l Paille. ... 77 00 ; — ■ — 225f 50"= 225 50 Différence 130' 95"= La valeur des engrais complémentaires étant, à l'hectare, de : 400 kilogr. de superphosphate 27'' 40' 80 — de nitrate de soude .... 18 70 . . 46f 10"= 4° Prairie naturelle. — Superficie : l''%20, divisée en deux par- celles : a) Une parcelle d'un hectare a été fumée, au printemps, avec 500 kilogr. de Superphosphate, 100 kilogr. de chlorure de potas- sium, 150 kilogr. de nitrate de soude ; b) Une parcelle témoin, de 20 ares, n'a reçu aucun engrais. , La parcelle a a produit 5 000 kilogr. de foin sec. ,. ; La parcelle b a produit 500 kilogr., soit 2 500 kilogr. de foin sec à l'hectare. EMPLOI PU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 433 En eslimant le foin à 6 fr. les 100 kilogr., nous aurions pour la production: Parcelle nitratée . . . 5 000 kilogr. à 6 ir. les 100 kilogr., soit 300 fr. Parcelle nou nitratée. . 2 500 — — . . . . .15.0 Différeuce 150 fr. La dépense en engrais, à l'hectare, a été de : 500 kilogr. de superphosphate 34' 25° tOO — de chlorure de potassium .... 23 50 150 — de nitrate de soude 35 35 Total. .......... 93f 10= , 5, — M. Voisin, à La Verpillière (déjà concurrent au concours de 1805). C'est vers La Verpillière que débute la plaine lyonnaise d'alluvions anciennes a* silico-caillouteuses. Il y a aussi une bande d'alluvions modernes a^ qui contourne le coteau glaciaire de Fronlonas et qui forme des terrains tourbeux dans lesquels coule la Bourbre, terrains bourbeux cultivés dans le voisinage des deux canaux de dessèche- ment et surtout vers la bordure des alluvions anciennes d'un niveau plus élevé, ou utilisés pour l'exploitation de la tourbe. Vers Vaulx- Milieu, La Grive, Saint- Quentin, Frontonas, etc., amorcent les assises jurassiques qui se développent vers Grémieu et qui, partiel- lement, vers leurs bordures, ont modifié quelque peu la composition physique et la composition chimique des terrains riverains. Dans toutes ces alluvions anciennes dominent des cailloutis cris- tallins, surtout des quartzites. L'analyse de deux sols d'alluvions modernes a*, dont les échantil- lons avaient été prélevés vers la jonction des deux canaux d'assainis- sement, a donné la composition suivante (laboratoire de Grenoble): Sable siliceux p. 100 10.40 15.35 Chaux ......... — . 21.21 18.20 Groupe FeHl» — 5,75 4.38 Acide phosphorique .... p. 1000 1.502 2.63 Potasse — 0.009 » Magaésie — 0.529 » ASN. SCIENCE AGRON. — 2* SÉRIE. — 1899. — I. 28 434 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. I Des analyses d'alluvions anciennes a' ont au contraire donné (laboratoire de Bourgoin : M. Chauvin) ; : p. 1000 p. lOOO p. 1000 p. 1000 , p. 1000 p. 1000 Chaux. 2.127 3.745 1.485 2.135 4.253 7.985 Acide phosphorique . 0.635 0.728 0.810 1.018 0.957 1.065 Potasse. ..... 0'.712 o;837 0.610 0.622 0.980 0.910 Azote 0.615 0.625 0.815 0.927 0.910 0.697 Enfin, un échantillon de tourbe contenait (laboratoire de Gre- noble) : ... ATTAQOK CALCINATION directe. préalable. Sable . p. 100" " 11.45 » » Chaux — » 17.05 17.175 Groupe Fe*0' — » 14.14 .15.80 Acide phosphorique ... p. 1000 1.674 » » Potasse — ') 0.548 1.476 Magnésie .......— » 0.432 1.224 Azote p. 100 1.105 » » Cette tourbe est un vrai gisement d'azote, puisqu'elle en contient 1.105 p. 100 ou 11.04 p. 1000, alors que le premier moyen ne dé- passe pas i p. 1000. M. Voisin a disposé ainsi son essai : Blé d'automne, après betteraves à sucre. 50 ares, sans autre fumure, ont produit 15 hectolitres du poids moyen de 72 kilogr. 50 ares, ayant été traités par 100 kilogr. de nitrate, ont produit 18 hectolitres du poids moyen de 76 kilogr. Ce qui fait à l'hectare : RENDEMENT du grain en en hectol. poids. kilogr. fr. Parcelle sans nitrate. . . 30- 2 160 453,60 — avec nitrate. . . 36 2 736 574,50 Valeur du nitrate : 200 kilogr. à 23f,35'= = 46^,70'. Le rendement en paille n'a pas été fourni, mais on peut l'estimer EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 435 à environ 1,8 du poids du blé, soit 4900 kilogr. pour la parcelle nitratée, qui aurait alors produit à l'hectare : - Grain . . 2 736 kilogr. à 21 fr. les 100 kilogr. = 574r 50« Paille . . 4 900 — 3 fr. — = 147 00 Total 721' 50'= 6. — M. Gharvet (Henri), à Beaucroissant, près la gare de Rives. Beaueroissant et la gare de Rives sont situés sur des alluvions an- ciennes a* qui forment l'entrée du plateau de Bièvre. Près de Rives subsistent d'anciennes moraines. Sol fertile. L'essai a été fait sur blé d'automne rouge de Bordeaux, semé à la volée. La superficie est de 30 ares, et ce blé fait suite à des pommes de terre. Il a été appliqué SO kilogr. de nitrate de soude fin avril. A côté se trouve un hectare en blé de même variété, succédant à des betteraves, avoine et trèfle ; ce blé, non nitrate, sert de témoin. La comparaison a été faite en battant séparément 10 gerbes pro- venant de chaque parcelle. Les résultats ont été les suivants : Blé nitrate . . Blé non nitrate. NOMBRE POIDS RENDEMEKT de dos on gerbes. gerbes. grains. 10 120 36 10 Excédent. 102 28 8 Il y a donc un excédent, en grain, de 8 kilogr., soit 2/9. Cet excédent permet de conclure que le résultat est bon, mais les données manquent pour étabUr un calcul comparatif exact à l'hec- tare. 7. — M. Guétat (Jean), à Gorbelin. Le sol est formé de cailloutis sur soubassement molassique, avec un vallon de prairies humides basses. L'assolement suivi est assez complexe et mérite d'être cité : 1'* année. — Pommes de terre, mais, betteraves, tabac (forte- ment fumés) ; ' 436 ANNALES DE LA SCIENCE AaRONOMIQUE. 2* année. — Blç ; 3* année. — Seigle ou blé, avec engrais ; 4' année. — Trèfle ; 5^ année. — Blé ; ' ' ■ • 6* année. — Seigle ou blé, avec engrais. 1° Parcelle de 25 ares, avec vigne conduite en grands treillages, en blé bleu d'automne : Fumure chimique : 100 kilogr. de superphosphate à l'ensemen- cement et 25 kilogr. de nitrate de soude au printemps. Récolte : 1 778 kilogr. de gerbes et 725 litres de grain, du poids dé 551 kilogr., soit 76 kilogr. l'hectolitre. Une parcelle égale, sans phosphate et sans nitrate, a produit 1 170 kilogr. de gerbes et 450 Htres de grain du poids de 342 kilogr., soit 76 kilogr. à l'hectolitre. 2" Parcelle de 25 ares blé bleu d'automne de la 6* sole, avec 100 kilogr. de superphosphate en automne, et 18 kilogr. de nitrate au printemps. Piécolle en gerbes : 1 875 kilogr., dont 570 kilogr. de grain. Une parcelle égale, avec superphosphate, sans nitrate, a produit 1235 kilogr. de gerbes et 390 kilogr. de grain. 3" Parcelle de 25 ares de blé bleu d'automne de la 5^ sole, avec 200 kilogr. de superphosphate azoté, à 2 p. 100 d'azote. Meilleur terrain, rendement de 1/10 plus élevé que le précédent. 4° Parcelle de 25 ares en avoine de Sibérie de la 6^ sole, sans autre fumure que 100 kilogr. de superphosphate à l'automne, et en février 25 kilogr. de nitrate et 25 kilogr. de superphosphate d'os. Récolte: 1750 htres de grain du poids de 962 kilogr., soit 54''»,9 l'hectolitre. Une parcelle égale, sans engrais, a produit 725 litres de grain du poids de 401 kilogr., soit 55 kilogr, l'hectohtre. Ces nombres pa- raissent excessifs comme poids de l'hectohtre. 5° Prairies naturelles : a) Prairie sèche. — Parcelle de 1 hectare, fumée avec : 200 ki- EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 437 iôgr. de superphosphate minéral ; 200 kilogr. de superphosphate d'os ; 50 kilogr. de chlorure de potassium ; 50 kilogr., de nitrate de soude. Récolle : 6 000 kilogr. de foin sec. Parcelle de 25 ares sans fumure : - ...oi.i i Récolte : 1 050 kilogr. de foin sec, soit 4 200 kilogr. à l'hectare, Donc, supplément de rendement: l 800 kilogr., qui, estimés à 6 fr. les 100 kilogr., représentent 108 fr. La dépense en engrais a été de 55 fr. 20 c, et une partie des ^OO kilogr. de superphosphate a dû rester dans le* sol. b) Prairie humide. — Parcelle de 20 ares, fumée l'année d(;jrnière avec 100 kilogr. d'osso-guano, soit 500 kilogr. à l'hectare,' et 200 ki- logrammes de scories, soit 1 000 kilogr. à l'hectare. Récolte de cette année : 2 500 kilogr. de foin sec, soit 12 500 kilogr. à l'hectare. Parcelle de 25 ares, sans engrais : ' Récolte de eette' aïmée : 1 100 kilogr. dé foin sec, soit 4 iOO kilogr. à riièctaré. Ne connaissant pas le prix de l'osso-guano, on ne peut faire de comparaison dans le prix de revient, mais le supplément considé- rable de rendement "assure nécessairement un gros bénéfice. Ce supplément est plus. grand que dans le premier cas, parce que les prairies basses ont eu .des, secondes coupes abondantes, tandis que les prairies sèches n'en ont à peu près pas donné. 8. — M. Gay, à Corbehn^ Les expériences de M. Gây, président du syndicat, ont été hien conduites; le seul reproche à formuler est dans le choix de l'unité de surface prise comme comparaison: le mètre carré. La générali- sation à l'hectare inspire quelque méfiance, car il y a 10 000 mètres carrés dans un hectare. Céréales : 1'^ parcelle. — Un hectare en blé d'automne : hybride Ghamplan et Riéti. Sol argilo-siliceux. Toute la parcelle a été fumée au fumier de ferme en quantité 438 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. ordinaire, puis 95 ares ont reçu en plus: 400 kilogr. de superphos- phate d'os, 16/18, en automne; iOO kilogr. de sulfate d'ammoniaque, en automne, et 80 kilogr. de nitrate de soude, au printemps.. Les 5 ares restant n'ont pas reçu d'engrais chimiques 1 mètre carré de la 1" partie a produit : Grain. . 310 grammes, soit, à l'hectare, 3 100 kilogr. Paille. .530 — 5 300 — 1 mètre carré de la seconde partie a produit : Grain. , 250 grammes, soit, à l'hectare, 2 500 kilogr. Paille. .400 — 4 000 — M. Gay, dans ses calculs, estime le blé à 25 fr., et la paille à 5 fr. les 100 kilogr. C'est vrai pour des blés de semence comme les siens; mais en supposant qu'il s'agisse de blés ordinaires de commerce, nous aurions : Supplément en grain, à Thectare, 600 kilogr. à 21 fr. . , . 126 fr. — en paille, — 1 300 — 3 fr. . . . 39 Total 165 fr. La dépense en engrais supplémentaire a été de : 400 kilogr. de superphosphate d'os, à 9 fr. . . 36 fr. 100 — de sulfate d'ammoniaque 27 80 — de nitrate de soude 20 Total 83 fr. 2* parcelle. — Un hectare en blé d'automne, sans fumier de ferme, et succédant à un blé : Fumure complémentaire : 600 kilogr. de superphosphate minéral à l'automne, 150 kilogr. de nitrate de soude au printemps. Parcelle témoin sans fumure. 1 mètre carré de la partie fumée a produit : Grain . 215 grammes, soit, à Thectare, 2 150 kilogr. Paille . 450 — 4 500 — 1 mètre carré de la partie témoin non fumée a produit : Grain . 170 grammes, soit, à Thectare, 1 700 kilogr. Paille .350 — 3 500 — EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 439 D'où Supplément en grain, à riiectare, 450 kilogr, à 21 fr. . . . 94^50'= — en paille, — 1500 — 3 fr. . . . 45 00 Total. 139^50= La dépense en engrais complémentaire a été de : GOO kilogr. de superuhospliate, à 7 fr 42' 00= à 23 fr 34 50 Total 70^50'' 150 — de nitrate de soude, à 23 fr 34 50 Si le calcul, à l'hectare, basé sur le rendement du mètre carré, n'inspirait pas quelque suspicion, ces deux expériences montreraient que le blé peut donner des rendements pouvant soutenir la compa- raison avec des cultures qui semblent, à tort, plus en faveur. En admettant, en effet, 24 fr. pour le prix du quintal de grain et 3 fr. pour celui du quintal de paille, on aurait : !"•• parcelle 810 fr. 2« parcelle 586 Bien des cultures industrielles n'assurent pas ces rendements bruts. 3* parcelle. — Avoine de printemps. Superficie, 30 ares. Sur ces 30 ares, il a été mis : 150 kilogr. de superphosphate mi- néral, 40 kilogr. de nitrate de soude. Une partie témoin, sans engrais. 1 mètre carré delà partie fumée a produit : Graiu . 250 grammes, soit, à Thectare, 2 300 kilogr. Paille .450 — 4 500 — 1 mètre carré de la partie témoin a produit : Grain . 190 grammes, soit, à l'hectare, 1 900 kilogr. Paille . 300 — 3 000 — D'où Supplément en grain, à Phectare, fiOO kilogr., à 16^50*=. . 99r 00= — en paille, — 1 500 — 2 75 . . 41 25 Total. 140f25'= 440 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. La dépense complémentaire, à l'hectare, aurait été de : 500 kilogr." de superphosphate, à 7 f r 35 fr, 100 — ' de nitrate de soude '24 Total 59 fr. 4" parcelle. — Trèfle violet. Surface : 80 ares. Superphosphate d'os, 600 kilogr., soit 750 kilogr. à l'Hectare. Il n'y a pas eu de pesées, mais M. Gay apprécie d'une façon toute particulière le phosphatage du trèfle, tant par le supplément de rendement qu'il produit que parla valeur du blé qui suit et dont le rendement est assuré sans autre engrais. Il y a eu également des expériences sur tabac et vignes greffées, de h ans, dont la récolte n'était pas faite au moment de la rédaction du dossier. 50 ares de tabac avaient été fumés avec 100 kilogr. de nitrate de soude, 100 kilogr, de sulfate de potasse, 200 kilogr. de super- phosphate. 30 ares de vignes avaient été fumés avec 40 kilogr. nitrate de soude, 100 kilogr. de superphosphate. 9. — M, Marquet (Antoine), à Noyarey. Terrain d'alluvions modernes a% dans le voisinage de l'Isère. Une terre voisine, analysée autrefois au laboratoire de Grenoble, avait la composition suivante : Sable siliceux 44.25 p. 100 Chaux . 14.20' — Sesquioxyde de fer et alumine att 5.88 — Acide phosphorique 1.363 p. 1000 Potasse ;...........' 0.228 — Magnésie 0.119 — Tous les dépôts de l'Isère, en aval de la jonction du Drac, sont constitués par un sable très fin, de couleur foncée, mélangé d'argile calcaire très fine. 1. Correspondant- à '25.3-5 de carbonate. EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 441 Les argiles calcaires noirâtres ont surtout une origine liasique et proviennent spécialement de l'Isère ; le Drac charrie davantage de matériaux cristallins amenés en abondance par son affluent la Ro- manche, qui les reçoit des massifs de l'Oisans où les schistes amphi- bolitiques, sériciteux, chlorileux (protogine)..., plus ou moins gra- nulitisés, forment de puissantes assises. Il a été fait trois essais, bien disposés ; mais, en ce qui concerne le blé, M. Marquet n'a pas fourni de renseignements assez précis pour établir des comparaisons utiles qui constituent, en somme, le but essentiel du concours : 1" parcelle de 1 hectare de blé d'automne, dit rouge anglais; c'est la troisième récolte de blé sur vieille prairie écobuée et brûlée. Il a été ajouté 300 kilogr. superphosphate minéral à l'ensemence- ment, et 100 kilogr. nitrate de soude au printemps. 2* parcelle, blé d'automne de même variété entre treillages de vignes, à 9 mètres d'intervalle, après .trèfle ; Une bande de 9 mètres sur 130 mètres, surface 11 ares 70, n'a pas été fumée ; Une bande de 9 mètres sur 130 mètres, surface 11 ares 70, a été traitée, au printemps, à raison de 100 kilogr. de nitrate. Végétation superbe. . Ces blés étaient très beaux, mais renseignements incomplets quant aux rendements. 3* parcelle, trèfle violet après blé fumé, surface 50 ares en deux parties, soit 25 ares sans autre engrais, et 25 ares avec 50 kilogr. nitrate de soude à l'hectare, 200kilogr. de superphosphate minéral, 100 kilogr. de chlorure de potassium, répandus en mars, sans her- sage. Récolte F" partit' ... 6 400 Icilogr. de foin sec à fhectare. 2« — . . . lOâOO — La dépense complémentaire en engrais est de 49 fr. 20 c. La différence de rendement est de : 10 600 -- 6 400 = 4 100 kilogr. de foin à 5 fr. = 205 fr. 442 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 10. ^ — M. Nier fils, à Serpellat, de Miribel-Lanchâtre. Terrain en pentes très raides sur versant à éboulis pierreux de calcaires lithoniques, avec puissants dépôts glaciaires dans certaines dépressions ainsi comblées de blocs calcaires, de cailloux cristallins et de boues argilo-cajcaires. 1" Parcelle de 40 ares en blé de printemps, dïimoiUin, nonaristé, semé au commencement d'avril et nitrate trois semaines après avec 25 kilogr. de nitrate, soit 250 kilogr. à l'hectare. Une parcelle témoin, sans nitrate, de même contenance. Ce blé de printemps était en remplacement d'un blé d'automne ayant manqué, venant après pommes de terre. Récolte : a) Parcelle nitratée ù) — non nitratée . . . Ce qui fait à l'hectare : a) Grain : S50 kilogr. à 2 1 fr. , Paille : 1 750 — 3 fr. b) Grain : 530 kilogr. à 21 fr. Paille : 1 060 — 3 fr. Différence POIDS de GBAIIf. l'hectolitre de PAILLB, grain. kilogr. kilogr. kilogr. 85 78,5 175 53 77.0 106 178f 50*= 52 50 23 If 00-= 11 If 50"= 31 80 U3f 10= 231'00'= 143 10 87f 90<= Engrais complémentaire : 250 kilogr. de nitrate = 58 fr. 70 c. Ce terrain, très en pente, a particulièrement été affecté par la sécheresse d'été, et le blé a beaucoup souffert de la rouille. 2" Parcelle de 25 ares en blé rouge de Bordeaux d'automne, après fèves et seigle de Sehlanstedt, sur vieille prairie brûlée. Les prairies naturelles sont refaites tous les 8 ou 10 ans, avec sainfoin et fenasse (avoine élevée et un peu de dactyle). EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 443 15 kilogr. de sulfate d'ammoniaque, soit COkilogr. à l'hectare, au printemps. Pas de renseignements sur les rendements; le sulfate d'ammo- niaque produit de bons effets, mais se manifestant plus lentement que ceux du nitrate de soude. 3° Parcelle de"40 ares en avoine de printemps, grise de pays et géante à grappes, après blé non fumé, sur jachère. Application de 85 kilogr. de sulfate d'ammoniaque au printemps. Une bande témoin sans engrais. Au moment de la visite, le 10 juillet, il y a une différence de vé- gétation considérable. Pas de renseignements sur les rendements, le propriétaire ayant jugé, sans doute, qu'il ne devait les fournir que dans le cas du nitrate de soude. Dans la région, l'avoine se sème à raison de 315 litres à l'hectare ; le blé à raison de 157 litres. 11. — M. Terrier (Régis), à Serpellat, de Miribel-Lanchâtre. Propriété voisine de la précédente. 1" Parcelle de blé d'automne, rouge de Bordeaux, d'une conte- nance de 70 ares : 35 ares ont reçu, au printemps, 50 kilogr. de nitrate de soude et 35 ares ont reçu, au printemps, 50 kilogr. de sulfate d'ammo- niaque. Sol pierreux abandonné à la vaine pâture à la partie supérieure. Deux labours, mai et août, ensemencement au commencement de septembre. Pas d'autre engrais. Esparcette au printemps. Une petite parcelle, sans engrais complémentaire, porte un blé presque nul. Le nitrate a agi plus vile et le rendement, non indiqué, est cepen- dant considéré comme meilleur par le propriétaire. 2** Avoine grise de printemps, dite de pays, semée le 16 mars. Surface 38 ares, après vieille esparcette de 15 ans, labourée en janvier. 444 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Parcelle (le 19 ares avec 50 kilogr. de nitrate de soude répandu le 10 avril. Parcelle de 19 ares sans engrais. Il a été semé 120 litres sur les 38 ares, soit 315 litres à l'hec- tare. Sol pierreux, en pente, au-dessous du précédent. Récolte : ' GRAIN. PAILLE. par par par par pareellCi hectare. parcelle. hectare. kilogr, , kilogr. kilogr. kilogr. Partie nitratée 252 1236 475 2 500 Partie non. nitratée. ... 180 947 ' 300 1 578 Estimant le grain à 17 fr. les 100 kilogr. et la paille à 3 fr., les rendements en argent deviennent, à l'hectare : Partie nitratée .• • • • 300f,40« Partie non nitratée 208 ,25 Différence. . . . . , , , 92^15"= La dépense en nitrate à l'hectare serait de 50 kilogr. par 19 ares, soit 263 kilogr. à l'hectare, à 23 fr. 25 c, = 61 fr. 40 c. Il y a eu un supplément de densité de 1 kilogr. par mesure, la mesure ayant pesé 21 kilogr, dans le premier cas et 20 kilogr. dans le secorid^. 12. — M. Martin-Bellet (fondateur d'un syndicat), à Prélenfrey- du-Gua. Aititude,^ 900 mètres. Plateau glaciaire mamelonné, à rochers calcaires et cailloux cristallins amphibolitiques, granulitiques, chlo- riteux. Sur le mamelon qui domine le village, l'eau sort abondamment en temps de pluie et le sous-sol €st une boue serrée, compacte. M. Martin-Bellet a essayé diverses variétés de blé : Kissengland, Datte!, ronge de Bordeaux, SchirefTs. 11 les a abandonnés pour le Touzelle ronge de Provence, le petit blé barbu de pays et le Riéti, qui résistent mieux au froid et à la rouille. EMPLOI pu NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 445 1" Parcelle de blé d'automne après esparcetle, sans fumier, semé à la volée. Superficie 22 ares. Au printemps, 33 kilogr.de nitrate de soude, 50 kilogr. de super- phosphate minéral, le tout enfoui par un hersage. Deux bandes té- moins sans engrais. A la date du 10 juillet, très belle végétation. Récolte : aEAIN *°e°^ PAILUS à l'hectolitre à de l'hectare. „„,. l'hectare. grain. hectol. kilogr. kilogr. a) Partie nilratée. .' 25 79 3 300 b) — non nilratée 15 75 2 600 Rendement en argent : a) Grain: 1 975 kilogr. à 21 fr. . . . 414f 75"= Paille : 3 300 — 3 fr. . . . 99 00 Total 513f,75« 513f 75<= b) Grain : 1 125 kilogr. à 21 fr. . . . 236f 25' Paille : 2 600 — 3 fr. . . . 78 00 Total 314f25<= 314 25 Différence 199f50'= La dépense en engrais complémentaire a été, à l'hectare, de : Nitrate de soude, 150 kilogr. à 24 fr 36' 00" Superphosphate, 227 — 7 fr 15 90 Total 51^90*= 2° Parcelle en blé d'automne barbu de pays, à la volée, semé en septembre, faisant suite à une jachère fumée avec fumier de ferme, après avoine. Sol argilo- calcaire avec cailloutis variés. Il a été appliqué au printemps 38 kilogr. de nitrate de soude, la superficie étant de 38 ares, soit 100 kilogr, à l'hectare. Belles apparences à la date du 10 juillet. Il n'a pas été fait de pesées comparatives pour apprécier le rende- ment. 446 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 13. — M. Hélix (Pierre), à Villard-Julien, près Mens, commune de Cornillon. Ce hameau est situé sur une terrasse d'alluvions anciennes a\ d'un niveau moyen de 650 mètres d'altitude environ, le niveau actuel du Drac dépassant peu, dans la région, l'altitude de 300 mètres. Cette terrasse est sillonnée par une dépression en prairies un peu humides assez productives. Elle est bordée, enfin, par deux ver- sants liasiques à calcaires noirs schistoides, à travers lesquels coule actuellement le Drac, versants qui se rejoignent en une bande étroite vers le sud et la séparent de la large terrasse de Cornillon, au milieu de laquelle pointe un mamelon liasique arrondi présentant, à Oriol, un affleurement de spilite, roche éruptive du trias. A Oriol, on ex- ploite des sources minérales bicarbonatées, sources qui, générale- ment, ont une origine triasique. " Cette terrasse de Villard-Julien est curieuse et, dans sa coupe, on voit d'épaisses couches de sable intercalées dans des assises de gra- vier et de cailloulis à cailloux variés : calcaires et cristallins. Parmi ceux-ci dominent les schistes cristallins amphibolitiques, sériciteux, granulitiques, gneisseux, dolomiteux, variolitiques, etc. Ces alternances de sables et cailloutis annoncent des variations dans le régime hydrographiqu-e ancien et les cailloutis supérieurs permettent d'affirmer que, vers la fin de cette époque, le régime a subi un regain d'activité après des périodes antérieures relativement plus tranquilles. Le sol de toutes ces terrasses est très peu calcaire , malgré la proximité des versants liasiques .et malgré aussi la présence, dans les cailloutis, de quelques fragments de carbonate de chaux. Sur le plateau, j'ai observé un bloc cristallin d'apparence glaciaire qui sert de borne avec la commune de Lavars. M, HéHx a essayé beaucoup de variétés de blé et il accorde la pré- férence au blé blanc d'automne, de Sisteron, qu'il cultive depuis 35 ans, blé très légèrement aristé vers l'extrémité de l'épi et qui paraît être la variété Richelle blanche de Naples; il donne un bon grain, lourd, il est dur à- battre et craint un peu les fortes gelées d'hiver, moins graves d'ailleurs dans les sols siliceux que dans les sols calcaires argileux. EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 447 1° Parcelle de i hectare en blé d'automne après pommes de terre et blé, faisant suite à une fenasse. Sol nettement sablonneux. Semis à la volée. Cette parcelle a été divisée en deux parties égales : La première a, nilratée au printemps à raison de 100 kilogr. à l'hectare ; La deuxième b, non nitratée. Récolte, à l'hectare : • rOIDB OBAIN j PAILLE l'hectolitre et ®" "^^ de hectol. kilogr. crain balles. kilogr. kilogr. a) Partie nitratée 29. 2 233 77 5 200 b) — non nitratée . . .26. 1 976 76 ; 4 400 Le blé après blé est nettement moins beau que le blé après pom- mes de terre. Rendement: a) Grain: 2 233 kilogr. à 21 fr 468f 90*= Paille : 4 450 — 3 fr. (défalcation des balles) . 133 50 Tolal 602^40'= 602' 40= b) Grain: 1 976 kilogr. à 21 fr 414^95'^ Paille: 3 900 — 3 f r 118 50 Total. 533f 45<= 533 45 DilFérence 68^ 95<= Dépense en nitrate : 100 kilogr. = 24 fr. 'il" Détail, un hectare, même terrain; moitié nitrate à iOO kilogr. l'hectare, moitié non nitratée. Récolte: POIDS „.,,,„ GR.VIN Je PAI1.1.B '■ ^ '"" l'hectolitre et en en jg hectol. kilogr. grain. baUes. kilogr. kilogr. Partie nitratée 36 2 700 75 6 392 • — non nitratée 31 2 294 74 5 380 3° Parcelle en blé d'automne de 60 ares, en terrain plus argileux, 25 ares avec nitrate, même dose; le reste sans nitrate. 448 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Récolle, à l'hectare : POIDS GKAIN j PAIliLB l'hectolitre et en en . ^ hectol. kilogr. . balles, grain. iilogr. kilogr. a) Partie nitratée .... 28 2 128 76 5 460 b) — non nitratée . . 24 1 776 74 4 320 Rendement : '- a) Grain : 2 128 kilogr. à 21 fr. . . . 446f 90= Paille : 4 200 — 3 fr. . . . 126 00 Total. ....... 572f 90= 572^90*= *) Grain : 1 776 kilogr. à 21 fr. ... . 373f 00= Paille : 3 500 — 3 fr. . . . , 105 00 Total 478f00= 478 00 Différence. 94f 60= Dépense en nitrate : 100 kilogr. = 24 fr. 4" Parcelle de 10 ares en avoine de printemps, variété grise de pays, venant après fenasse avec fumier de ferme. Nitratage au prin- temps à raison de 100 kilogr. à l'hectare. Récolte, à l'hectare : POIDS ' ■ • • ' ORJHN- . PAILLE l'hectolitre et en en , hectol. kilogr. . balles, . . " grain. , . . , , , kilogr. kilogr. o) Partie nitratée 39 1 755 45 5 294 b) — non nitratée ... 30 1260 42 3982 La différence de rendement est de 495 kilogr. de grain, qui, à 17 fr., valent 81 fr. 15 c. La dépense en nitrate étant de 24 fr. et, abstraction faite de l'excès de paille, il y a donc un excédent sensible en faveur de la partie nitratée, et dans tous les cas, les grains plus lourds assurent des prix de vente plus élevés. 14. — M. Bonniot (Henri), à Villard-Julien (déjà concurrent au concours de 1895). Les rendements annoncés par M. Bonniot sont notablement in- férieurs à ceux fournis par M. Hélix. Cependant, lors de la visite du EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 449 ^ 23 juillet, d'aussi sensibles écarts ne semblaient pas probables. D'ailleurs les comparaisons entre les parties nitratées et non nitra- lées, seules, sont instructives. Dans le pays, on sème le blé à la volée à raison de 280 litres à l'hectare, et on met moins d'avoine; c'est ordinairement le contraire presque partout. 1° Parcelle en blé d'automne après blé, maïs el pommes de terre fumés au fumier de ferme. Surface, 80 ares. Nitrate employé, 80 kilogr. Une bande témoin. Récolte à l'hectare : POIUS GRAIN ç|q "■ — ^^ — '" l'hectolitre en en jg hectol. kilogr. grain, kilogr. a) Partie iiitratée 21 1596 76 b) — non nitratée 19 1425 75 Différence 171 à 21 fr. =: 35 fr. 90 c, abstraction faite de la paille. Dépense en nitrate : 100 kilogr. = 24 fr. Le rendement brut en grain a été, à l'hectaie, de : c a) 1 Ô'JG kilogr. à 21 fr. = 335f 15 ô) 1 425 — à 21 fr. = 299 25 2° Parcelle en blé d'automne après jachère et pommes de terre fumées au fumier de ferme, sur pente liasique. Surface, 70 ares. Ni- trate employé, 70 kilogr. Une bande témoin. — Partie inférieure un peu versée. Récolte à l'hectare : POIDS '" ^^ *" '~~ ^ l'hectolitro en en jj^, hectol. kilogr. grain. kilogr. a) Partie nitratée 23 1 748 76 b) — non nitratée 19 1444 76 Différence 304 à 21 fr. = 63 fr. 85 c, abstraction faite de la paille. Dépense en nitrate : 100 kilogr. = 24 fr. ANN. SCIENCE AORON. — 2" SÉRIE. — 1899 — I. 2^ % 450 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Le rendemeril brut en grain a été, à l'hectare, de : a) 1 748 kilogT. à 21 fr. ^ SIW Ob' b) 1 411 — à 21 fr. = 303 20 15. — M. Martin (Emile), à Gresse. La commune de Gresse, située sur une forte de plateau légère- ment ondulé, à 1178 mètres d'altitude, est entourée vers le Vey- mont d'escarpements calcaires, dont le point culminant atteint 234C mètres, escarpements débutant par l'infracrétacé (néocomien) et se terminant par de puissants dépôts de calcaire récifal urgonien, dépôts qui constituent la plupart des hauts couronnements des chaînes subalpines. Ce vallon est séparé de celui du Monesticr-de- Clermont, beaucoup plus bas, par une chaîne de calcaires tithoni- ques (jurassique supérieur) à soubassement oxlbrdien en affleure- ment vers le Moneslier. Le vallon de Gresse est sur le berriasien constitué par des marnes tendres que l'érosion a ravinées énergiquement et ainsi façonnées en dépression, les assises limitrophes formées de calcaires dui's ayant été beaucoup moins entamées. Le vallon du Monestier, où naît un fond d'alluvions anciennes a \ est large et assez régulier, parce que le soubassement est sur des calcaires tendres de facile érosion appartenant aux étages callovien et bajocien; il se redresse à partir de la voie ferrée où affleurent les calcaires liasiques. C'est donc un vallon situé sur callovien et bajo- cien ravinés, bordé par des calcaires liasiques vers l'est et par des calcaires oxfordiens vers l'ouest, en se dirigeant vers Gresse, cal- caires oxfordiens qui s'effritent en éboulis à pentes relativement mo- dérées et qui sont surplombés de calcaires tilhoniques durs formant des escarpements assez raides; puis vallon de Gresse, creusé dans les marnes berriasiennes tendres, et enfin escarpements néocomiens, puis couronnement urgonien. La succession est complète et très ré- gulière, et la coupe en est intéressante. Dans les zones alpines très plissées, les vallées sont presque tou- jours situées dans des plis synclinaux ou dans des cassures ; les val- lons, au contraire, sont dans des dépressions creusées par les érosions et situées alors sur des assises relativement tendres bordées d'assises EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 451 formant versants plus ou moins saillants, parce qu'elles sont plus dures. Le sol de Gresse est argilo-calcaire, souvent même peu calcaire et parfois qnehjue peu siliceux, selon la façon dont il a été lessivé par les eaux. Outre le torrent, la Gresse qui vient du Veymont, les sources sont ahoadantes et', à la date du 17 juillet, vers 10 heures du matin, l'eau de la source de M. Martin manjuait 8° (G.) seulement. Celte commune, qui possède de vastes pâturages soumis à la transhumance, a une fruitière depuis près de vingt ans. Cette frui- tière a été édifiée, ainsi que celle de Mens, sur l'initiative et avec le concours de l'administration forestière. Elle est actuellement exploiiée par M. Terrier, maire de la com- mune; elle reçoit, en été, près de 1 000 liires do lait par jour, payé de 10 à M centimes en moyenne; celte (pumlité tomhe à moins de 100 litres en hiver. On compte environ 2G0 vaches dans la commune (l'étal du ravitaillement en compte 325). Cet ahaissemenl dans la production est dû, en parlii^, au change- ment de régime des animaux pendant Ihivi'r, c'est-à-dire au passage du régime vert de l'été au régime absolument sec de l'hiver. M. Martin, qui a déjà réalisé d'intelligentes innovations, a cherché à pallier à cet état de choses en essayant de l'ensilage, procédé qui permet de conserver aux fourrages leur composiiion initiale. Il a très bien réussi : il possède actuellement un silo à demeure en ma- çonnerie, aménagé sous un hangar, et j'ai rencontré un imitateur dans la région, cité précédemment, M. Nier fils, à Miribel-Lan- chàlre. Les vieilles prairies donnent souvent un foin défectueux et les scories y font merveille. Les engrais complémenlaires réussissent également très bien. Pour en propager l'emploi et en assurer l'achat aux meilleures conditions, M. Martin a également fondé un syndicat. Nul doute qu'il ne réussisse aussi à constituer une société de secours contre la mortalité du bétail dans cette commune d'élevage dont le territoire est si nettement circonscrit par un puissant bornage géo- logique. La communauté des intérêts est évidente et le contrôle y serait facile. 452 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 1° Blé d'automne de pays, barbu, semé à la volée. — Contenance, 95 ares; carbonate de chaux dans le sol, ^ p. 100. Ce blé fait suite à des vesces dont la récolte a été ensilée, sur jachère, fumée à rai- son de 25000 à 30000 kilogr. de fumier environ ; à l'automne, il a été ajouté 300 kilogr. de superphosphate de chaux et 100 kilogr. de chlorure de potassium ; sans nitrate au printemps. Pas de renseignements sur le rendement. 2" Sainfoin succédant à un blé d'automne qui avait produit, l'an- née dernière, 22 hectolitres à l'hectare. Ce sainfoin est très beau ; il contient en mélange : Fromental ou grande fenasse, dactyle, brome mou, trèfle violet, trèfle blanc, melilot à fleurs jaunes, etc. Le blé précédent avait été fumé avec 500 kilogr. de scories, 250 kilogr. de superphosphate à l'hectare, en automne, et 1 00 kilogr. de chlorure de potassium au printemps. Le sol est pierreux et contient 18 p. 100 de carbonate de chaux en terre fine. 3" Avoine de printemps grise de pays, faisant suite à une vieille prairie. — Superficie, 90 ares. Fumure complémentaire, à l'hectare, sur l'ensemble : En automne, 300 kilogr. de superphosphate et 100 kilogr. de chlorure de potassium. Au printemps, 200 kilogr. de nitrate de soude, sur une partie et 100 kilogr. de sulfate d'ammoniaque sur l'autre partie. Peu de différence apparente entre les deux. Une parcelle témoin sans azote est de beaucoup inférieure. Sol renfermant de 7 à 8 p. 100 de carbonate de chaux. Quantité de semence à l'hectare, 250 litres. Kécolle : RENDEMENT a) Parcelle nitratée i Grain . (15%40) . . . . i Paille. par parcelle. kilogr. 228,70 462,00 Total. par hectare. kilogr. 1 485 3 000 PRIX des 100 kilogr. fr. 16 3 VALEUR totale. fr. 237,00 90,00 327,60 EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 453 RENDEMENT ^ — -ii^- ^^-^ — -- PRIX des VALEOR par parcelle. par hectare. 100 kiloffr. totale. kilogr. kilogr. fr. fr. 173, ?5 1 126 IG 180,15 370,00 2 400 3 • • • 72,00 Total. 252,1.^ h) Parcelle non nitra- ( Grain . tée (15*,40). . . j Paille. Difft^rence : 327,60 — 252,15 = 75,45. Nilrale employé, 30 kilogr. pour la parcelle, soit 200 kilogr. à riicclare, 48 fr. , comme engrais complémentaire. M. Marliiî déclare que c'est le plus modeste résultai obtenu depuis qu'il emploie des nitrates au printemps. 4-° Blé de printemps de pays, non barbu, après trèfle. — Super- ficie, 30 ares. Engrais chimique employé, 300 kilogr. de superphosphate, 100 kilogr. de chlorure de potassium et 100 kilogr. de sulfate d'ammoniaque à l'hectare. Pas de parcelle témoin. Pas de rendemenis indiqués. 5" Vieille prairie naturelle. — Un échantillon moyen du sol, pré- levé jusqu'à 0'",30 de profondeur, dosait moins de I p. 100 de car- bonate de chaux. Celte prairie est dans un vallon et le sol en bor- dures contient de 25 à 38 p. 100 de carbonate de chaux. — Surface, 3 hectares. Épandage de scories à l'automne 1807 et au printemps I89G, à la dose de 1 500 kilogr. à l'hectare. Une prairie voisine, en amont, peut servir de témoin. Ilésultal merveilleux et sans aulre engrais. La récolle a été doublée en quantité et a été complèlement modi- fiée en qualité. Autrefois, les animaux consommaient très mal le foin ; ils lui pré- féraient même la paille d'avoine. Actuellement ils le mangent avide- ment et la valeur nnlrilive n'est plus comparable. D'ailleurs, du fait des scories, la flore est complèlement changée et, à la date du 454 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 17 juillet, celle prairie ressemble, à distance, à un champ de trèfle en fleurs avec prédominance de trèfle violet. Les espèces dominantes actuellement sont : Dans les légumineuses : d'aborJ, trèfle violet ; puis, trèfle blanc (repens); trèfle blanc de monlQgne (monta na);[rèï\e hybride. Lupu- linc, lotier, gesse à fleurs jaunes, peu de sainfoin, Vicia cracca. Parmi les graminées dominantes : Fétufjues, dactyle, crételle, agrostis, flouve, avoines (Arrliena- therum, Avena, Triselum...). Enfin dans les plantes accessoires, nuisibles ou parasites : Scabieuse, sauge, méum, renoncules, colchique, quelques Riii- nanlhus... Dans la prairie voisine, témoin, dominent les graminées, le groupe des plantes accessoires, nuisibles et parasites, très peu de légumineuses, et surtout gesse, vesce, quelques trèfles de montagne, quelques lotiers et lupuline..., mais presque pas de trèfle violet et rampant. C'est un des beaux exemjtles que l'on puisse citer du profond changement pro luit par l'emploi des scories en prairies anciennes. 16. — M. Thuillier (tiemy), à Izeaux (déjà lauréat au concours de 1893). La ferme qu'exploite, comme fermier, M. Thuillier, est située en tête du plateau de Bièvre et fait buite aux moraines de Rives. Le sol est formé de cailloutis cristallins mélangés à une argile sableuse à peu près sans calcaire. Des analyses de sols (laboratoire de Grenoble) provenant de Saint- Étienne-de-Saint-Geoirs et de la Gôte-Saint-André, dont les échan- tillons peuvent être considérés comme typiques de ce plateau, ont accusé la composition suivante, p. 100 : LA COTE-SAINT-, ANDRE. — 3. OAKE • 1. 2. 4. Carbonate de chaux . . . 2.00 5.30 4.20 12.00 Acide pliosphorique . . . 1.08S 1.472 l.UC. 1.344 Potasse , 0.444 0.232 0.433 0.723 Magnésie 1.30 1.50 0.80 1.80 EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 455 SAINT-lÎTtBNSE-DF.-SAIKT-GEOIUS. 1. 2. 3. 4. Carbonate de cil ;ui\ . . . 2.32 1.72 4.20 3.(50 Acide phosphoriqne . . . 0.473 1.002 1.09 0.457 l'olas c 0.787 0.42.) 0.38G 0.907 Magnésie 0.972 0.3Ô3 0.453 0.295 Ces sols sont donc très pauvres en chaux et, contrairement à cer- taines prévisions dites classiques, quoique argilo-siliceux, ils sont très pauvres aussi en potasse, ce qui est dû à la composition miné- ralogique des schistes cristallins alpins contenant pou de silicates po- lassiqiies. Une marne de la moraine de Pajay contenait 34.40 p. 100 de carbonate de chaux. Enfin les eaux de source de Marcilloles, qui proviennent de la moraine Tliudure-Beaufoi't, contiennent O^"",!."] de chaux par litre, correspondant à 0^%'^S^ de carbonate de chaux. Or, des eaux provenant de l'élage basique Saint-Marlin-d'IIères- Ponlcharra contiennent des doses de chaux, par litre de : 0''",11::28, 0"'-,14:>8, 0'^150i, 0=S1428, 0^^104, 0'^'107-2. Les sols de la Rièvre sont donc dépourvus de chaux, mais les puissantes moraines qui les sillonnent en alimentent les eaux qui les traversent. A Marcilloles, j'avais constaté autrefois : Carbonate de chaïu. . . . p. 1 000 2.00 2.5 2.25 8.75 Acide phosphoriqne. ... — 0.32 0.23i 1.040 0.57G Des sols en bordures à la hase des coteaux en cailloutis contenaient, à Saint-Siméon-de-Bressieux : Carbonate de chanx p. 100 10.35 Acide phosphorique p. 1 000 1 . 007 l'otasse — 1.139 Magnésie — 2.40 A Devenais, presque en face d'Izeaux, coteau opposé : soii. sous-sor.. p 100. p. 100. p. 1000. p. 1000. Ciravlers 25.00 et 28.50 12.57 et 28.70 Sable siliceux ... 29 et 22 20 et 22 Carbonate de chaux. 0.94Get 0.482 0.339 et 0.232 456 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. L'échanlillon moyen de terre fine : Acide phosphoiique 1.056 p. 100 Potasse 1.104 — Magnésie 0.579 — Azote 0.937 — Il y a donc quelques écarts curieux ; mais, en somme, une cer- taine régularité quant à l'ensemble. a) Parcelle de 6 hectares en blé Riéti, semé à la volée, après plantes sarclées fumées à raison de 600 kilogr. de superphosphate de chaux, 150 kilogr. de nitrate de soude à l'hectare et oOÛOO ki- logr. de fumier de ferme bien fabriqué, arrosé, sur plate-forme, sous hangar. Au printemps, il a été employé 150 kilogr. de nitrate de soude à l'hectare, puis hersage et roulage. Un sillon de 7 mètres témoin, sans nitrate, est incomparablement moins beau et surtout moins lallé. Production: 182 hectolitres, du poids de 82 kilogr., soit un ren- dément de ^ = 30''',33 à l'hectare. Ce qui fait un produit brut, en grain, de 2487 kilogr. à 21 fr. =: 522 fr. 25 c. En supposant un rendement en paille (rendement non indiqué) de 4 200 kilogr. à 3 fr. les 100 kilogr., soit 126 fr,, on arriverait à un produit brut à l'hectare de 648 fr. 25 c. Ce qui est merveilleux pour un sol qui, il y a 15 ans, était en vaine pâture. b) Parcelle de 13 hectares, contiguë à la précédente, en blé blanc moulin amélioré de pays, semé à la volée, après trèfle, sans nitrate, par crainte de la verse, avec moitié fumure en fumier de ferme à 15 000 kilogr. à l'hectare. Production : 264 hectolitres, du poids de 78 kilogr., soit un ren- dement, à l'hectare, de -pr- = 20'"', 3, d'où produit brut en grain : 1 583 kilogr. à 21 fr. = 332 fr. 40 c. EMPLOI DU NITRATE DE SOUDE ET DES ENGRAIS CHIMIQUES. 457 c) Parcelle de ."") hectares de blé moulin amélioré succédant à une avoine sans engrais de ferme, avec 600 kilogr. de superphosphate en automne et 140 kilogr. de nitrate de soude au printemps, à l'hec- tare. Production : 132 hectolitres, du poids de 80 kilogr., soit 26'"', 4 à l'heclare, d'où produit brut, en grain, 2 112 kilogr. à 21 fr. -^- 443 fr. 50 c. ù) Parcelle de 2''%50 en blé de pays, semé tardivemeni, à la volée, avec 130 kilogr. de nitrate à l'hectare, au printemps. Une bande témoin, sans nitrate, est 1res médiocre. Production : 03 hectolitres, du poids de 78 kilogr. à l'hectolitre, soit un rendement, à l'hectare, de 25''', 5, d'où produit brut, en grain, de 1 989 kilogr. à 21 fr. = 417 fr. 80 c. é) Parcelle de 2''%50 en blé rouge de pays, après pommes de terre fumées et 140 kilogr. de nitrate de soude à l'hectare, au printemps. Production : 66 hectolitres, du poids de 79''^,9, soit 26''', 4 à l'hectare, d'où produit brut, en grain, 2 109 kilogr. à 21 fr. = 442 fr. 90 c. Une bande ayant reçu 110 kilogr. de nitrate de soude est mani- festement moins belle et une autre, sans nitrate, est de beaucoup inférieure. D'autres essais, sur diverses cultures, sont répétés chaque année : seigle, irèlle, luzerne, pommes de terre, betteraves... M. Thuillier fait, celte année, des betteraves pour la sucrerie d'Orange. 11 a obtenu de ses luzerncis : 10000 kilogr. de foin en 3 coupes. De ses trèfles : 950D kilogr. de foin en 2 coupes. De ses prairies : 5 500 kilogr. de foin en l'" coupe. L'assolement suivi est : plantes sarclées, blé, trèfle, blé, avoine et seigle. Nombreux et beau bétail, beau jardin, fumiers admirablement tenus. De 34 à 36 bovidés (schwilz croisés) ; 16 chevaux, mulets et élèves ; 458 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 110 à 120 moulons (soulhdowns croisés; les soulhdowns purs sont originaires de la Nièvre). La superficie totale de la ferme, 78 hectares. M. TlinilJier a succédé à son père et ils en sont à leur 34-* année de fermage. Prix du bail, 4 000 fr., soit 51 fr. l'hectare. Les terrains en cailloutis secs sont encore, dans son voisinage, presque sans va- leur. TABLE DES MATIERES DU TOME PREMIER (1899) Varies . C. Flammarion. — La Slalion de climatologie agricole de Juvisy. Première année (1894) i Kmploi (lu nitrate de soude et des engriis cliiiniques en agriculture et en viticulture. Résultats des champs de démoiislralion, expé- riences et concours, obtenus en 1898, dans vingt-cinq dépar- tements 38 D' WoUny. — La décomposition dos matières organiques et les formes d'Iiumus dans leurs rapports avec l'agriculture (suite) . . 208 Colomb-Pradel. — Sur l'utilisation agricole d'un résidu industriel (poussières lies hauts fourneaux) i87 A. Miintz et Ed. Alby. — L)e l'effet des arrosages tardifs sur la production de la vendange 290 Th. Schlœsing fils. — Étude sur l'acide phospliorique dissous par les eaux du sol 316 Kmploi du nitrate de soude et des engrais ciiimiques en agriculture et en viticulture. Uésultats des champs de démonstration, expé- riences et concours, obtenus en 189S, dans vingt cinq dépar- tements (suite) 300 îsaucy, inipr. liergcr-LcvrauU cl C" .(^i J/^^^ '''•3^91 Éi^H ^S K' t' - ^Mi 2fiSr-, A.-V ■5*^ r*. 4^H m-: *9i^-'VH .^bii^^ ■\ r-i:i--^^ .V , «Ms# ^. 'iA ■ . New York Botanical Garden Librai 3 5185 00258 61 S ^.^rn^-n :*ë.^ M:^- (- .< / - ■-*^ ^- i >-w^ * -^^-f^ ^.:-^ i^* >^:-' ..- •< -i^'Si ■^^' ' V .^' jr^V: ^ < V' V '■' ^Y :>^.^; y^^m^HA. '^^: v^-^.^'Ciik^* to^i '<^: r^i^i^i i»^ 9».C"^ V- ^^ > f.ibV's m '^^i ^*T.-^# «": !*«^ .^.^ ^iAl_ - v.«^ .