ANNALES DES SCIENCES NATURELLES CINQUIÈME SÉRIE ZOOLOGIE PALEONTOl.OllIK \ l'aiiî. — linriiDieiie cleE. SUbtinei, iiie Mignon,?. Z.f). ANNALES DES SCIENCES NATURELLES CINQUIÈME SÉRIE ZOOLOGIE ET PALÉONTOLOGIE COMPRENANT L'ANATOMIE, LA PHYSIOLOGIE, LA CLASSIFICATION ET L'HISTOIRE NATURELLE DES ANIMAUX PUBLIEES SOUS LA DIRBCTION DE iM. MILNE EDWARDS TOME V PARIS VICTOR MASSON ET FILS, PLACE DE l'École - UE-MÉDECINE 1866 r ^lI LILI ^ T J^:- T r> i r^ ^'r-r [\vdK.-:. ANNALES DES SCIENCES NATURELLES Z L (i I E ET 'ALEONTOLOGIE RECHERCHES POUR SERVm A LHISTOIKE DU SYSTKMK NERVEUX DES CÉPHALOPODES DIBRANCHIAUX Par Jules CHÏi^ROlV. INTRODUCTION. Le système nerveux des Vertébrés supérieurs a été depuis quelques années l'objet d'un nombre considérable de travaux. Les Vertébrés inférieurs, et en particulier les Poissons, ont aussi donné lieu à de nomljreuses recherches. Quant au système ner- veux des Invertébrés, sauf un petit nombre d'exceptions, il n'a été " étudié que d'une manière assez superficielle, et les descriptions et les figures que contiennent plusieurs ouvrages classiques sont souvent défectueuses et inexactes, au moins en ce qui se rapporte aux animaux qui font l'objet de ce travail. Les recherches sur les Invertébrés ont été pour la plupart diri- gées vers l'embranchement des Annelés, soit sur des animaux dont les éléments du système nerveux pou^aient être oljservés () ji]Li^:s riiÉRO!\'. par transparence (Insectes, Annélides, etc.), soit sur des types plus élevés (Écrevisse, Homard). L'embranchement des iMoUusques n'a été, à ma connaissance, l'objet d'aucun travail spécial ayant pour but d'étudier les élé- ments anatomiques et la structure du système nerveux. Parmi- ces animaux, la classe des Céphalopodes, dont l'organisation est si élevée et si remarquable, m'a paru devoir présenter un véritable intérêt. Au début de mes recherches, j'avais l'intention de me borner à l'étude des éléments histologiques et de la structure des cen- tres nerveux; mais n'ayant pas tardé à m'apercevoir du désaccord profond des différents auteurs, des erreurs et des omissions com- mises par la plupart, je me suis vu obligé de commencer par une étude descriptive minutieuse. Mes observations portent sur quatre espèces, appartenant cha- cune à un genre différent : 1° L'Élédone (Eledonemoschatus, Lam.), espèce très-commune dans la Méditerranée, et que l'on trouve en grand nombre sur le marché de Marseille. 2° Le Poulpe (Oclopus vulgaiis, Làm.)^ que l'on prend moins souvent que l'espèce précédente, sans qu'il soit rare cependant, et que j'ai vu quelquefois vivant sur le marché. 3° La Sèche (Sepia officinalis, Linn.), espèce commune dans toutes nos mers. Il" Le Calmar {Loligo vulgaris^Lmn.), un peu plus rare que Ifts trois précédents. J'ai vu encore, sur le marché de Marseille, le Calmar sagitté, qui parait être rare, et une seule fois j'ai trouvé, parmi les petits Calmars et les petites Sèches vendus sous le nom de Sépions, un seul individu de la Sépiole de Rondelet. J'ai donc eu à ma disposition quatre espèces de Céphalopodes dibranchiaux : deux Octopodes et deux Décapodes , qui font l'objet de ce travail. Aristote paraît avoir eu des idées assez exactes sur l'organi- .SYSTKMF NFRVEUX DKS CKPHALOPODRS. 7 sation des Céphalopodes (1). Dans son mémoire sur le Poulpe, Cuvier affirme que ce grand naturaliste a connu leur histoire et leur anatomie à un degré vraiment étonnant, et que les moder- nes n'ont presque rien ajouté à ce qu'il a dit de la première, et l'ont peu trouvé en défaut sur la seconde. Arislote, dans son Historia Animalium, s'étend longuement- sur les organes des sens, dont il veut démontrer rexistence, mais dont il ne recherche pas le siège, si ce n'est pour la vue et le toucher. Swammerdaai (2), dans une lettre à Redi, décrit et figure le cerveau de la Sèche ; il confond les nerfs labiaux et buccaux avec les nerfs des bras, et croit que le ganglion sus-pharyngien est formé par la réunion de ces derniers. Mais il a bien vu les nerfs optiques et leurs ganglions, ainsi que le ganglion étoile et le nerf de la nageoire. Alexandre Monra(o)aentrevu les centres nerveux du Calmar. 11 est difficile de s'en faire une idée d'après cette description. Quant aux autres parties du système nerveux, il n'en est pas question. Scarpa a donné une description très-succincte du système nerveux de la Sèche (h) ; quoique très-incomplète, cette descrip- tion n'en est pas moins une des meilleures. 11 figure un plexus nerveux stomacal, mais il le fait provenir à tort des nerfs viscé- raux : erreur singulière, qui depuis lors a été reproduite bien des fois. N. Tilesius a donné aussi une description du système nerveux de la Sèche (5). 11 fait provenir les nerfs des bras de la masse sus-œsophagienne, et commet bien d'autres erreurs. Son mémoire est accompagnt? de figures qui paraissent empruntées au Biblia Naturœ. (1) Aristoto, De hùtoria Aniin.. lib. IV, c. 1 et 8; lili. V, c. 6 et 18; lih. VI, c. 13; lib. VIII, c. 2 et 30; lib. IX, c. 36; D'- j„i,t. ,i,u. lib. IV, c^ 9. (2) Swammerdani, Bib/in Nafarce, 1738. (3) A. Monro, The Structure mal Phys. of Fishes, Eilinbiirgh, 178.5. (4) Scarpn, Traité des oryanea deVouie et de l'odornf, il89. (5) N. Tilesius, Sj/st. nerr. de la Sèche, Aa.T\% Mag. nuat. d'henf. Camm. et Rofien- ■inuller, 1800, p. 20.5, pi. 11. bianca quadrata e nella posteriore bigiaet([uasi globosa, deno- » minando quella cervello e questa cervelletto ; ma tali partico- » larità non sono confermate dal fatto, poichè nello stato di fres- » chezza vi manca qualumque separazione e i colorito è sempre » bianco giallastro. » Ce que Cuvier avait dit est pourtant d'une parfaite exactitude, et il est étonnant que faisant des observa- tions sur des animaux frais, et plus de vingt ans après la publi- cation du mémoire de Cuvier, le savant naturaliste de Naples se soit ainsi trompé. Férussac et dOrbigny, dans leur bel ouvrage sur les Céphalo- (\) Cuvier, M(-i/iiiire-siu' len Céplidlùpodes cl leur (intitoiiiii'. 1817. ^2) De Blainville, art. Seiche du Dïc/. r/e? fc. naf. Paris, 1827. (3) Grant, in Edinb. newPhil. Journ., vol. II, 1827. (4) Grant, Trn,i.. . (3) Fig. 36 SYSTÈME NERVEUX DES CÉPHALOPODES. 89 rÉlédone, mais qu'ils prennent l'aspect de cylindres ou plutôt de cônes très-allongés, aplatis, sans renflements distincts. La coupe de ce cylindre est loin de présenter la netteté de celle des gan- glions des bras du Poulpe ; elle montre que le plus grand nombre des fdjres du nerf forme un faisceau externe ([ui est côtoyé par l'artère, tandis que d'autres tibres suivent le côté opposé du cylindre, c'est-à-dire celui qui est le plus voisin des cupules. Tout le reste de la coupe est occupé par une substance opaque, homogène, dans laquelle on Irouve confondus, comme j'aurai lieu de le dire plus loin, les éléments des deux couches des gan- glions de l'Élédoneet du Poul})e. Je n'y ai jamais trouvé toutefois les fibres tortueuses couvertes de noyaux. Ganglion étoile. — Le ganglion étoile reçoit un rameau im- portantdu nerf palléal, et émet desnerfs nombreux, dont un très- gros, qui se confond avec le nerf de la nageoire. Le nerf qui lui vient du palléal ne pénètre pas tout entier dans son centre ; quelques fibres suivent sa paroi libre au-dessous du névrilème et se continuent directement avec celles des nerfs émergents; quelques-unes deviennent grêles, pâles et tortueuses et se cou- vrent de noyaux. Elles ressemblent en tous points à ces fibres singulières qui recouvrent les ganglions des bras dans le Poulpe et l'Élédone. Le plus grand nombre des fibres nerveuses qui viennent du palléal, pénètrent dans le centre du ganglion où elles se terminent dans un groupe de substance blanche, d'une ma- nière que je n'ai pas nettement constatée ; j'ai tout lieu de croire que cette terminaison se fiiit dans des cellules unipolaires. Au- dessous du névrilème se trouve une couche de grosses cellules unipolaires, presque sphériques, dont le pôle est dirigé vers le centre du ganglion, ce sont les origines des nerfs qui sortent de cet organe. Une coupe, conduite par l'axe du rameau du palléal, perpendiculairement à la surface du ganglion, rend évidente la constitution que je viens d'exposer. Ganglions du nerf viscéral. — Les ganglions du viscéral de la Seiche, c'est-à-dire celui qui se trouve au point d'émergence de la branche anastomotique, le ganglion du cœur branchial et l'ensemble de ceux des branchies, qui sont confondus avec les 90 JLXES CHÉRON. fibres du nerf, ofFrent une structure compacte. Il est donc im- possible d"y rien voir par transparence, et les coupes d'organes aussi petits seraient bien difficiles à obtenir. J'y ai vu des cellules d'un très-petit volume, à noyau considérable, et tout me porte à croire que ces organes sont constitués comme les ganglions du viscéral de l'Élédone et du Poulpe. Ganglions du stomato-gaslrique. — J'ai étudié avec un soin scrupuleux la structure des ganglions du stomato-gastrique, c'est même le résultat de cette étude qui m'a permis de n'avoir plus aucun doute sur l'opportunité qu'il y avait à séparer le gan- glion sus-pharyngien de Brandt du stomato-gastrique, pour le considérer comme la bande blanche antérieure du cerveau. J'ai cherché par tous les moyens connus à voir une cellule dans le ganglion stomacal et dans le ganglion sus-pharyngien de la Seiche, jamais je n'y ai réussi. Ces ganglions sont uniquement formés d'une enveloppe névrilématique épaisse et élastique que les fibres nerveuses traversent, et d'une matière amorphe blanche, semi-liquide et granuleuse, dans laquelle elles se per- dent. Je dirai plus loin combien il m'a été facile, au contraire, de voir des cellules dans le ganglion sus-pharyngien. STRITCTURE DES CENTRES NERVEUX DU CALMAR. Collier œsophagien. Le cerveau du Calmar est encore plus mou que celui de la Seiche, les coupes sont donc plus difficiles à obtenir ; sa struc- ture est la reproduction presque exacte de celle que la Seiche nous a permis de voir. C'est au moyen de tètes durcies par l'ac- tion de l'alcool à /lO degrés que je suis parvenu fi voir la structure du centre nerveux du Calmar. La dessiccation ne m'a donné aucun bon résultat, elle amène des retraits et des déchirures qui rendent toute recherche sérieuse impossible. Le cerveau coupé longitudinalement présente une masse blanche antérieure peu développée, une masse moyenne et une calotte ressemblant absolument à celles de la Seiche. Les stries SYSTÈME NERVEUX DES CÉPHALOPODES. 91 longitudinales, que montre la surface de la calotte, ne pénètrent pas dans l'intérieur. La portion sous-œsophagienne du collier ne présente d'autre différence que la grande élongation du ganglion en patte d'oie, qui porte le noyau antérieur de substance blanche fort en avant. Par sa structure, le collier nerveux du Calmar ressemble donc encore plus à celui de la Seiche, que celui de l'Élédone ne res- semble à celui du Poulpe; aussi ai-je cru inutile de surcharger mon travail de dessins qui n'auraient été que la reproduction des coupes du collier de la Seiche. GANGLIONS. Je ne dirai rien du ganglion optique qui ressemble à celui des autres Céphalopodes déjà étudiés. Les nerfs des bras se comportent dans le Calmar comme dans la Seiche, ils n'ont pas de véritables ganglions, mais ils renfer- ment les mêmes éléments que les ganglions les mieux caracté- risés du Poulpe. J'ai étudié la structure du ganglion étoile, par transparence, sur de jeunes individus (1). Le Calmar est le seul qui ait pu me permettre l'emploi de ce procédé, car je n'ai jamais eu à ma disposition déjeunes Poulpes, ni déjeunes Élédones, et les petites Seiches ont le ganglion étoile aussi opaque que les plus grandes. Le nerf palléal donne à peu près la moitié de ses fibres au gan- glion étoile ; le faisceau pénètre en grande partie dans le ganghon et se termine vers le centre dans une masse un peu opaque ; je ne suis pas bien fixé sur le mode de terminaison de ces fibres qui m'ont semblé se diviser pour aboutir à des cellules. Les fibres des nerfs qui sortent du ganglion proviennent de deux origines : les plus profondes sont fournies par les cellules unipolaires qui forment la couche externe du ganglion, et qui toutes ont leur pôle dirigé vers le centre. Les fibres plus superficielles provien- nent directement de celles du nerf qui n'ont pas pénétré au (1) F«. 58. 9'-^ JLLES CHËROK. centre du gane^lion, mais qui ont parcouru sa face sous-cutané* au-dessous du névrilème, en divergeant pour se rendre à chaque nerf. CHAPITRE III. Histologie du système nerveux. ÉLÉDONE. Tubes nerveux. — Les tubes nerveux de l'Élédone sont très- fins et d'un diamètre constant de 0'"'",00G dans tous les nerfs où je les ai étudiés. Toutefois ce caractère n'appartient point à ceux des ganglions et du collier ; dans les ganglions du nerf vis- céral, par exemple, il y en a qui ont à peine le dixième de ces dimensions; il en existe de plus ténus encore dans le cerveau. Les tubes qui viennent du ganglion opti^ JULES €ii^:kon. iiiL'ines t'iéiiiunts. Ce sont des cellules tort petites (l),(|ui ont à peine 0™"',005 de diamètre et qui sont presque entièrement leni- plies par un gros noyau. Chacune d'elles se continue eu une fibrille très-mince qui, réunie à une douzaine d'autres, forujc un tube ordinaire. Toutes les cellules d'origine d'un même lube sont réunies en un corps arrondi, miiriforme. Xojauv. La substance grise du cerveau de l'Élédone ne renferme pas de cellules ; elle est uniquement constituée par des noyaux libres, sans nucléoles et remplis de fines granulations (■2). Leur mem- brane est difficile à bien voir, mais leur contenu réfracte forte- ment la lumière comme les matières grasses. Leur diamètre est de 0"'",005 et leur forme me paraît être lenticulaire. L'action du carmin ammoniacal les colore rapidement en rouge intense, et permet ainsi de les reconnaître avec facilité. On les trouve un peu dans toutes les régions du cerveau, mais ils constituent à eux seuls sa substance grise. Ils accompagnent aussi les divisions du nerf optique dans le ganglion. La forme caractéristique de ces corps, leurs dimensions, tou- jours les mêmes, l'absence de formation nucléaire dans leur -intérieur et leur aspect doivent, je crois, les faire considérer [)lutôt comme des noyaux libres que comme des cellules. Matière granuleuse amorplie. Au premier examen on ne voit dans la substance blanche du collier de l'J^lédone qu'une matière opaque granuleuse et qui semble amorphe. Une étude plus attentive fait apercevoir un nombre considérable de cellules, mais il est évident qu'elles ne constituent pas à elles Seules la substance blanche tout entière. La matière amorphe ressemble par tous ses caractères à celle qui rempHt les ceHules; elle est essentiellement formée d'une substance demi-liquide et de granulations extrêmement pelites^ ;ij Fig. b'I. (2) Fig. 10. SVSTKMK NERVKHX DKS CÉPHALOPODES. 99 La substance grise du cerveau en renferme peu ; il en existe dans le ganglion optique et dans le centre des ganglions des bras. Cette matière est la seule chose que l'on voie dans les ganglions du stomato-gastrique. J'ai cherché de bien des manières à trou- ver quelque cellule ou quelque noyau dans la substance de ces ganglions, les réactifs, la teinture, la compression ne m'ont rien montré que de la matière finement granuleuse, absolument amorphe , enveloppée dans un névrilème résistant , et dans laquelle se perdent les tubes nerveux. Cette structure m'a semblé constante chez les Céphalopodes que j'ai étudiés, et quelque singulière qu'elle m'ait paru, je suis porté à croire que je ne me suis pas trompé. Si Ton délaye dans l'eau la matière amorphe d'un ganglion du stomato-gastrique, elle forme des grumeaux qui pourraient induire en erreur, mais ceux-ci sont inégaux, irréguliers et à bords mal définis. En résumé, les éléments du système nerveux de l'ÉIédone sont : 1" Des tubes à moelle et des fibres pâles résultant de leur division ; 2" Des cellules apolaires dans le collier œsophagien ; o" Des cellules unipolaires de volume et d'aspect différents dans le collier, les ganglions des bras, le ganglion étoile, ceux du viscéral, le ganglion optique, l'olfactif et l'ophthalmique ; li" Des cellules multipolaires dans le cerveau, où je n'en ai vu qu'une seule, et dans les ganglions des bras, où j'en ai vu bon nombre ; 5" Des noyaux libres dans le collier et le ganglion optique; G" De la matière amorphe dans le collier, le ganglion optique et les ganglions du stomato-gastrique. Elle constitue à elle seule ces derniers. POULPE. L'organisation du Poulpe est si semblable à celle de l'ÉIédone, que j'ai été peu surpris de trouver la plus grande analogie entre les éléments du système nerveux de l'un et de l'autre. 100 ji.xi;«s (iik;ko\'. Tubes. Les (ubcs nerveux (iiil 0""",0I de diaiiietre, ils ressenihlent du reste à ceux de l'Ëlédone. J'ai vu dans le ganglion du cœur bran- chial les origines d'un de ces tubes; elles ressemblent à celles (|ue j'ai vues dans les ganglions du viscéral de rÉlédone (1). Des cellules unipolaires donnent chacune naissance à une fibre mince, plusieurs de ces dernières se réunisseiit pour former un tube à moelle. Dans le cerveau, je n'ai pu constater la continuité des cellules unipolaires avec les fibres minces. Les cellules mutipolaires des ganglions des bras sont aussi probablement les origines de fibrilles, mais je n'ai pu suivie au loin les prolongements de leurs pôles. Les tubes des nerfs ({ui sortent du ganglion étoile proviennent manifestement des grandes cellules de ce ganglion. J'ai vu chez le Poulpe les terminaisons nerveuses de ruieille i{ui ressemblent k celles de l'Élédone. J'aj mesuré des cellules longues de 0'""',0o, larges de 0""",025 avec un noyau de 0'""',01 à 0'"°',007 renfermant un contenu légèrement granuleux. Je n'ai pas trouvé de cellules portant des cils. Les tubes du système stomato-gastrique m'ont sendjlé se ter- miner connne dans l'Élédone; je n'ai trouvé à leur extrémité rien (|ui ressemblât à une cellule. Cellules. Elles sont aussi faciles à voir dans le Poulpe ([ue dans rElédone, et ressemblent beaucoup à celles de ce dernier. Chaque centre peut être comparé au centre correspondant de l'Elédone. Dans le cerveau (-i), les cellules apolaires ont 0""",017 à 0'" ',019; leurs noyaux mesurent 0""",()l . Leur contenu est fine- ment granuleux. Les cellules unipolaires ont 0""",0J îl à 0'" ",01 h ; elles sont un peu plus petites que les précédentes el coiitiennent la môme substance granuleuse, ainsi (lu'un noyau de 0""", 007 de (I) ri^'. 55. (2j Fig.5/i. SY.STKMI'. XRRVEIJX DES Cl^PHAI.OPOnKS. 101 diamètre. Je n'ai tioiivé aucune rellule niuUipolaiie dans le fer veau du Poulpe. l^es celhdes unipolaires du ganglion optique sont send)lables à celles du cerveau. Celles du ganglion ophthalmiqne inférieur ont de 0'" ',030 à 0""",0oo de diamètre et leur noyau varie de 0""",0i à 0""',015. Leur contenu est granuleux comme celui des cellules du cerveau. Dans la masse centrale des ganglions des bras (1), j'ai trouvé de nombreuses cellules unipolaires de 0'"", 025 à 0""% 030 avec un noyau de 0""",01 et un contenu granuleux comme dans les cellules analogues de l'J^^lédone. Il y 'à aussi des cellules bipolaires et tripolaires dans l'enveloppe du ganglion, à la surface externe delà masse opaque dont je viens de parler. Ces cellules soni très-faciles à voir et dune grande taille; j'en ai mesuré (|ui avaient, l'une 0""',0G sur 0""',055 et qui contenait un noyau de 0'""',01, l'autre 0""",075 sur 0""",0/45 et un noyau de 0"'^',02. Leur contenu est clair et ne renferme point de granules. Les fibres qui en proviennent ont O^'^Ol à 0""",02, et ressemblent complètement aux fibres tortueuses ([ui enveloppent les ganglions et remplissent le canal des bras. Dans le ganglion étoile, j'ai aussi trouvé des cellules (2) qui ressemblent à celles du même ganglion cbez l'Élédone; elles ont 0""",060 à 0""",072 de long s"ur 0""",036 à 0""\0^i0 de large. Leur noyau a 0""",007 et leur contenu est opaque et finement granuleux. Enfin, les ganglions du viscéral contiennent des cellules très- petites de 0""",012 dont le noyau est volumineux (3) ; chacune d'elles est la terniinaisou d'une fibre mince. Ces fibrilles se réu- nissent pour former un tube ordinaire à moelle. C'est absolu- ment l'oi'ganisation des ganglions viscéraux de l'Élédone. Noyaux. La substance grise du cerveau est formée de noyaux (/i) plus (1) Fig. 56. '2) Fig. 57. (3) Fiî?. 55. (4) Fig. 54.' 102 JULES CUKROW. gros que ceux de l'Élédone, mais du reste parfaitement sem- blables; ils ont 0'"", 01 de diamètre; ils se comportent comme chez ce dernier, on les retrouve aussi dans le ganglion optique. Matière granuleuse amorphe. Elle resseniltle en tout à celle de l'Élédone et occupe les mêmes points. C'est elle qui remplit les intervalles des cellules dans la substance i)lanche du cerveau, et (pii forme entièrement le contenu des ganglions du stomato-gastrique. SÈCHE. Tubes. Dans les nerfs on ne trouve que des tubes a moelle, tous d'un môme diamètre, 0'"°\01*25; mais dans les centres ganglion- naires, il V en a d'une dimension bien moindre. J'en ai mesuré dans le cerveau qui n'avaient que 0""", 005. Ceux qu'on trouve dans les ganglions du nerf viscéral sont encore moins larges. Ces tubes sont toujours droits, excepté autour des ganglions des bras et à la surface du ganglion étoile. Ces derniers ressemblent tout à fait à ceux des bras de l'Élédone ; ce sont des filaments sans moelle, très-tortueux, à la surface desquels se voient de nombreux noyaux ovalaires. Les origines des tubes dans le collier, sont plus faciles à voir dans la Sèche que dans les autres Céphalopodes étudiés ici ; cela tient probablement à ce que le tissu du cerveau est presque liquide et renferme beaucoup de substance interposée. Chaque cellule unipolaire fournit une fibre mince sans moelle qui se confond bientôt avec d'autres fibrilles d'origines analogues. 11 en est probablement de môme dans les ganglions du viscéral, mais autant ce fait est facile à constater dans l'Élédone et le Poulpe, autant il est difficile à voir dans la Sèche. Les tubes nerveux du système stomato-gastrique ne diffèrent, en rien d'essentiel, de ceux du système de la vie animale quant il leur aspect, mais leurs origines sont différentes. Ils pénètrent dans les ganglions, où ils disparaissent graduellement et sem- SYSTKME NERVEUX DES CEPHALOPODES. 103 blenf en quelque sorte se dissoudre. J'ai souvent renouvelé cette observation, et j'ai toujours vu la même chose, chez la Sèche, que chez l'Élédone et le Poulpe. Cellule:;. Elles abondent dans les centres nerveux de la Sèche ; celles du collier sont plus faciles à voir que dans les deux espèces déjà étudiées. La substance l)lanche du cerveau est presque fluide. J'y ai trouvé des cellules apolaires et unipolaires (1). Les cellules apo- lairesont 0""",0'25 à 0""",0!28 de diamètre; leur enveloppe est d'une ténuité extrême; elles renferment une substance opaque, blanche et finement granuleuse. On y voit en outre un noyau de 0'"'",012. Elles ne paraissent pas plus nombreuses que les cellules unipolaires. Les cellules unipolaires ont un diamètre de 0""",020 à 0"'"',025; mais il en existe aussi qui ont des dimensions moitié moindres. Leur contenu granuleux ressemble à celui des cellules apolaires. Elles renferment aussi un noyau un peu plus petit que celui des précédentes, car il n'a que 0""",007. Dans un cerveau très-frais, j'ai trouvé une de ces cellules (2) dont la fibre avait une grande longueur. Elle ne tardait pas à donner du même côté deux autres fibrilles, mais celles-ci étaient rompues. C'est un bel exemple d'origine nudtiple pour un tube nerveux; il est évident que chacune de ces filnilles, portées par le prolongement de la cellule, se terminait aussi par une cellule qui a été arrachée par la préparation. Les fibrilles à leur sortie des cellules ont 0'"", 005. Le ganglion sus-pharyngien renferme aussi des cellules apo- laires et unipolaires, qui ressemblent à celles du cerveau de la manière la plus complète (3). J'ai mesuré une cellule apolaire qui avait 0""",0!25 et qui renfermait un noyau de 0""",0I2 dans un li([uide granuleux épais. La mcndtrane de ces cellules est (i) Fis;-. 22. (2) Fig-. 22. - ri, Via. 2;!. lOfl JULES CUÉRO!\. très-mince. Les cellules unipolaiies sont aussi très-faciles à trouver ; j'en ai vu plusieurs qui avaient de 0""",020 àO""",0-25 de diamètre et qui renfermaient un noyau de 0""",0I , J'en ai, trouvé une d'un diamètre beaucoup plus considérable; elle avait 0'""',0^, mais son noyau n'avait que le diamètre habituel de 0'""',01 . J'ai renouvelé bien des fois cette observation, à savoir, que le ganglion sus-pharyngien renferme les mêmes éléments anato- miques que le cerveau. Elle me semble très-importante, car c'est la dernière preuve à la démonstration faite à propos du cerveau de la Sèche, tendant à affirmer que le ganglion sus- pharyngien n'est autre que la troisième bande transvei'sale du cerveau, et qu'il ne fait, par conséquent, pas partie du système stomato-gastrique. Les cellules unipolaires des ganglions optique et olfactif res- semblent à celles du cerveau. Les nerfs des bras ne présentent pas dans la Sèche une série de ganglions distincts. Ce sont des cylindres sans renflements, dans lesquels les fibres, les cellules et la substance amorphe sont disposées sans ordre apparen t (^ I ) . Les cellules unipolaires ont de 0""'", 025 à 0""", 028; leur contenu est granuleux comme celui des cellules analogues du cerveau. Elles renferment un noyau de 0""",012 qui contient lui-même un petit nucléole. Les cellules bipolaires sont beaucoup plus volumineuses; leur diamètre est de 0"'",025 à 0'""',030; elles renferment un noyau de 0'"™,01 de diamètre qui possède lui-même un nucléole; mais leur contenu est'un liquide incolore dans lequel il n'y a pas de granulations. Ce caractère est constant dans les quatre Céphalopodes que j'ai étudiés. Le ganglion étoile renferme de nombreuses cellules situées à la périphérie, et dont les pôles sont tournés vers le centre. Elles sont énormes (2) ; jeu ai mesuré qui avaient 0""",12 et les plus petites 0'"'",085; leur noyau a de 0"'"',020 ;i0'"'",025 et renferme un nucléole bien apparent. Leur contenu est plutôt floconneux (1) Fig-. 20. (2) Fig'. 21. SYSTÈME NERVEUX DES CÉPHALOPODES. 105 que granuleux et leur membrane d'enveloppe a une épaisseur notable. Lem- foiine est presque spbérique. Chacune se pro- 1(^1 oe en un tube. Les ganglions qui appartiennent au nei'f viscéral sont forts petits et peu distincts. Leurs éléments (■)) sont des cellules fort petites, presque i-eniplies par leurs noyaux. Les cellules ont 0'""',0U5 et le diamètre des noyaux varie de 0""",0I à 0"'"',007. Chacune de ces cellules est munie d'un prolongement très-grêle, mais je n'ai pu voir sa continuité avec un tube à moelle. Arrivé au ligament charnu de la branchie, le nerf prend l'aspect d'un cylindre ganglionnaire, dans lequel les divers éléments ne sem- blent plus occuper une position déterminée. Noyaux. La substance grise du cerveau est en petite quantité dans la Sèche, mais il y a des noyaux dans la substance blanche comme ,chez f Élédone et le Poulpe. Ce sont des disques bombés au mi- lieu, de 0""", 007 de diamètre, remplis de granulations et bien faciles à reconnaître. Ils ne diffèrent de ceux de l'Éhklone que par un diamètre un peu plus grand (2). Je les ai vus dans le cer- veau, dans le ganglion sus-pharyngien et dans le ganglion optique. Mnliorç liraiiiilciisc aiiioi'plie. Elle est en quantité plus considérable dans le cerveau de la Sèche que dans celui de l'Élédone et dans celui du Poulpe. C'est une matière demi-liquide, très-finement granuleuse, qui res- semble entièrement à celle qui remplit les cellules unipolaires. J'en ai trouvé dans le ganglion optique et dans le ganglion sus- pharyngien, où elle renferme des cellules et des noyaux libres. La composition des ganglions du stomato-gastrique était très- importante à étudier dans la Sèche. En effet, si ces ganglions, c'est-à-dire le sous-pharyngien et le stomacal, rie renferment (1) Fig. 2!i. (2) Fig. 22. 100 JULES CilËRO:V. que de la matière amorphe, le siis-pharYngien qui contient des cellules et des noyaux en est bien distinct; aussi ai-je renouvelé bien des fois mes observations, en nsant de tous les movens connus. Je suis tonjours arrivé au même résultat que pour l'Élé- done et le Poulpe, à savoir : que les ganglions sous-pharyn- gien et stomacal ne renferment que de la matière amorphe et des tubes qui s'y perdent. C'est donc un fait très-important, un dernier caractère qui permet de séparer définitivement le ganglion sus-pharyngien du stomato-gastrique, pour le considérer comme une partie du cerveau. Le système nerveux de la Sèche renferme donc les éléments histologiques suivants : r Des tubes à moelle et des fibres pâles résultant de leur divi- sion ; 2" Des ceUules apolaires dans le collier œsophagien et dans le ganglion sus-pharyngien qui est la partie antérieure du cer- veau ; o" Des cellules unipolaires de volume et d'aspect différents dans le collier, le ganglion sus-pharyngien, les nerfs ganglion- naires des bras, le ganglion étoile, les ganglions du viscéral et l'optique ; h" Des cellules multipolaires dans le nerf ganglionnaiie des Ijras ; 5° Des noyaux libres dans le collier, le sus-pharyngien et le ganglion 0])tique ; 6" De la matière amorphe granuleuse dans le collier, le gan- glion sus-pharyngien, ropti([ue et les ganglions sous-pharyngien et stomacal. Ces derniers, qui appartiennent seuls au systèmt; stomato-gastrique, ne contiennent pas autre chose que cette matière dans leui' intérieur. CALMAU. Tubes. Les tubes nerveux du Calmar sont encore plus volumineux SYSTKME NERVEUX DES CÉPHALOPObES. 107 que ceux de la Sèche ; leur diamètre est de O'""',02. Leur enve- loppe et leur moelle sont très-distinctes, mais ressemblent com- plètement à ce que l'Élédone, le Poulpe et la Sèche nous ont permis de voir. Les fibres pâles des centres nerveux sont beaucoup plus tenues, quelques-unes ont à peine 0""",003. Les gros tubes à moelle des nerfs des bras atteignent 0""",0!25. J'ai vu les fibres pâles prendre naissance dans les cellules unipolaires du cerveau, et se réunir avec des fibres analogues pour constituer des tubes à moelle (1). En étudiant par transparence le ganglion étoile d'un petit individu, j'ai pu voir les fibres des nerfs qui en sortent naître des cellules de la périphérie, mais je n'oserais affirmer d'une manière absolue que chaque tube ne correspond qu'à une cel- lule. Les tubes nerveux du système stomato- gastrique ne diffèrent en rien de ceux du système de la vie animale. La transparence des tissus me faisait espérer que je pourrais, dans de très-petits individus, voir leurs terminaisons d'une manière plus nette que dans les trois autres espèces, mais je n'ai vu que ce que l'Élé- done, le Poulpe et la Sèche m'avaient montré ; les fibres se per- dant dans la substance amorphe. Cette observation demande une sérieuse attention ; il y a en effet une couche légèrement brune sui' le ganglion stomacal, des cellules à noyaux la forment en entier. Ces cellules ne sont pas de nature nerveuse. L'action du compresseur qui met tout sur un même plan m'avait fait croire un moment qu'elles se trouvent dans le ganglion; une dissection faite avec soin a vite dissipé cette erreur. Cellules. r Elles ressemblent beaucoup à celles de la Sèche et sont tout aussi faciles à voir. Dans la substance blanche du collier, qui est très-peu so- lide (2), j'ai trouvé des cellules apolaires et unipolaires. Les (1) Fiy. 26. (2) Fig. 26, et fig. 27. 108 JULES €-|IÉRO:\. premières ont 0"'"\030 ;i 0'""',035 de diamètre; elles renferment une substance granuleuse, opaque, demi-tluide, et un novau de 0'°"',01; leur membrane est extrêmement ténue. Les cellules unipolaires varient de 0""", 01 15 à 0""%0-205 et leur noyau de ()""", OOG à 0"'",0I . Leur contenu et leur membrane ressemblent à ceux des précédentes. J'ai vu plusieurs de ces cellules munies d'un prolongement ramilié bien distinct (1). 1/une, d un dia- mètre de G™"', 02 et d'une forme presque carrée, se continuait "en une fibre pâle, longue de ()"'"', 08^ et de 0'""\003 de dia- mètre, qui, près du point où elle est rompue, se réunit à une autre fibre semblable. L'autre, beaucoup plus petite, de 0" "",() 1 1 5 de diamètre, munie d'un noyau de 0""",00G, présentait un pio- longement pâle de 0'"'%02 de longueur, large de 0""",00/i et débouchait dans une fibre de 0""",005. Je crois que, d'après cela, il ne peut réciter le moindre doute sur l'origine et la réunion de ces fibres pâles des centres nerveux, chez les Céphalopodes qui nous occupent. Dans le ganglion sus-pharyngien, j'ai trouvé des cellules apo- laires (2) et des cellules unipolaires très-semblables ii celles du cerveau, et qui n'en diffèrent que par une plus grande opacité du noyau. Les premières sont de 0""",020, les secondes varient de0'"'",015à0"'"\0-20. Les noyaux ont environ 0'""',00l. Cette composition est semblable à celle du même ganglion dans la Sèche; ce sont les éléments anatomi([ues du cerveau et non ceux d'un ganglion du stomato-gastrique que nous trou- vons ici. Dans les bras (3) , j'ai trouvé des cellules allongées de 0""" ,06 sur 0'"'",0o et 0™"',035, à contenu opaque et granuleux, rpiifermant un noyau de 0""\01 à0"'"',015. Il existe aussi, dans le nerf qui parcourt le, canal de ces organes, des cellules bipolaires de 0""", 020 de diamètre, contenant un noyau de 0'""',0i et pleines d'un liquide transparent sans granules. Le groupement de ces éléments n'existe pas dans Tordre où nous l'avons vu chez ll^^lé- .1) Fig. 2G. "2) Fig. 28. .'3^ Fi-. 29. SYSTÏ-MK NERVEUX DES CÉPHALOl'OUKS. 109 doue et le Poulpe; ce ([lie nous observons ici est en tout sem- blable à ce que lu Sèche nous a présenté. Le ganglion étoile est formé aussi en grande partie de cellules unipolaires. Ce sont des corps presque sphériques de 0""",08 à 0""",i 15 de diamètre, à contenu floconneux avec un gros noyau de 0""",027. Leur enveloppe est transparente, mais épaisse. Chaque cellule m"a semblé fournir dii'eleine de granulations très-petites. Elle joue un grand rôle dans la composition du cerveau, et c'est elle qui constitue uniquement le contenu des ganglions du stomato-gastrique. Si, après cette étude des éléments anatomiques du système nerveux des quatre Céphalopodes c[ui font le sujet de mon tra- vail, nous jetons un coup d'œil comparatif sur les résultats obte- nus, nous constaterons une grande analogie dans l'organisation de ces animaux. De même que je suis parvenu à ramener à un même type la structure du collier, et h rapporter les diverses parties du cerveau de la Sèche et du Calmar à celles du cerveau de l'Élédone et du Poulpe, j'ai trouvé dans les éléments histologiques de ces or- ganes la plus grande analogie. Les cellules apolaires et unipo- laires des uns et des autres, ne ditîèrent que par leur volume et la lacilité plus ou moins grande ([ue l'on a à voir leui's prolonge- ments. L'existence de noyaux libres et leur réunion en substance grise, est encore un fait général. 110 JULES CIIÉRON. Dans les gangliuiis des Ijras, j'ai ti'ouvé des cellules unipulaires ressemblant à celles du cerveau et dont le contenu est granuleux. J'ai trouvé aussi des- cellules bipolaires, rarement des cellules tripolaires, les unes et les autres à contenu clair el sans granu- lations. La structure de ces ganglions varie chez l'Élédone el le Poulpe. Ces organes sont bien distincts et montrent plusieurs zones; chez la Sèche el le Calmar tout est conibndti, mais les caractères des éléments histologiques sont les mêmes. Le ganglion optique est identique chez les quatre Céphalo- podes. Le ganglion étoile, avec sa zone périphérique d(= grandes cel- lules, est parfaitement C(jmparable dans les quatre espèces. Les éléments des ganglions du nerf viscéral se présentent sous la même forme, avec une constance remarquable. Mais Fun des résultats principaux de cette étude, c'est la con- naissance de la structure si exceptionnelle et si singulière du système stomato-gastriciue, connaissance qui a foui'ni la der- nière preuve à ce que nous avons avancé, à savoir : que le gan- glion sus-pharyngien, qui existe en avant du cerveau chez la Sèche et chez le Calmar, appartient à cet organe et non au système stomato-gaslriciue,. comme le pense Brandi. CUiNCLUSlÛNS. On sait depuis longtemps que le système nerveux des Cépha- lopodes est double, et que leur système slomalo-gastrique est l'analogue du grand sympathique des Vertébrés. Le système nerveux delà vie animale est composé d'un centre principal, le collier œsophagien, duquel sortent.de nombreuses paires nerveuses, et de quelques ganglions dépendant de plu- sieurs de ces nerfs. 1° Dans les quatre espèces que j'ai étudiées et probablement dans tous les Céphalopodes, le collier se divise naturellement en une masse supérieure désignée par Cuvier sous le nom de cer- veau, et une masse inférieure. Deux commissures réunissent ces deux parties. SYSTÉMli NKRMiUX J)liS CÉl'UALUPODliS. lU T Le cerveau est Ibriné de trois portions gaiiglio)iiiaires hlaiielies symétriques ou plutôt doubles, que l'on reconnaît déjà à la surface, sous la forme de trois Imndes blanches transversales dans l'Élédone et le Poulpe, de deux bandes et du ganglion sus- pharyngien dans la Sèche et le Calmar. Je crois avoir démontré que ce ganglion appartient au cerveau et non au système stomato- gastrique. 3° Le cervelet et la calotte blanche qui le représente chez la Sèche et le Calmar, ne font pas partie de ces portions ganglion- naires ; ils forment une sorte de revêtement. Sur ce cervelet nous observons, chez lÉlédone , des bandelettes longitudinales blan- ches au nombre de sept, et des bandelettes grises au nombre de six seulement. Chez le Poulpe, il existe cinq bandelettes blanches, la médiane est rectiligne, les autres sont sinueuses. Quatre ban- ilelettes gi-ises alternent avec celles-ci. Sur la calotte blanche qui chez le Calmar représente le cervelet, nous ne vovons plus que des stries longitudinales. La surface do la calotte blanche de la Sèche ne montre ni stries, ni bandelettes. k" La partie sous-œsophagienne du collier est constituée pai' la réunion de trois portions ganglionnaires symétriques ou doubles. 5° La commissure antérieure correspond à la réunion des deux paires antérieures des ganglions du cerveau, avec les deux paires correspondantes de la masse sous-œsophagienne. Chez la Sèche et le Calmar la chose est évidente; quoique moins évi- dente chez le Poulpe et l'Élédone, elle n'en est pas moins toute- fois, il me semble, hors de contestation. 6" La commissure postérieure est bien plus volumineuse que la précédente, elle unit les deux paires postérieures des ganglions du cerveau avec les deux paires correspondantes de la masse sous- œsophagienne. T Les portions ganglionnaires du collier sontformées de sub- stance blanche remplie de cellules apolaires et unipolaires, entre lesquelles est interposée de la matière amorphe en grande quantité. Ces ganglions sont réunis par de la substance grise que des noyaux isolés forment presque entièrement, et qui rem- 11 '2 jui.es chéroim. plit les intervalles des [turtions blanches, en niasciuanl lenr torme et leurs rapports. 8° Le collier œsophagien est forme par douze ganglions ou centres nerveux disposés en trois anneaux de quatre ganglions, chacnn de ces anneaux étant composé de deux ganglions supé- rieurs ou cérébraux, et de deux ganglions inférieurs ou sous- œsophagiens. Le collier comprend de plus une partie postéro- supérieure indépendante ; c'est le cervelet. 9° la forme et la structure du ganglion optique sont les mêmes dans le Poulpe, l'Ëlédone, la Sèche et le Calmar. 10° Le petit ganglion olfactif est aussi semblable dans ces quatre Céphalopodes. 11° Les ganglions que portent les nerfs des bras, sont consti- tués de la môme manière chez le Poulpe et l'Ëlédone. Dans la Sèche et le Calmar, il n'existe pas de ganglions distincts, mais les éléments anatomiques sont les mêmes dans les quatre espèces. 12° Le ganglion étoile est formé de cellules nnipolaires, ori- uinesdcs tubes nerveux qui en sortent. Sastructure est la même chez l'Ëlédone, le Poulpe, la Sèche et le Calmai'. Les cellules de ce ganglion sont énormes pour des cellules nerveuses. 13° Les ganglions du nerf viscéral sont parfaitement semblable dans le Poulpe et l'Ëlédone, d'une part ; dans la Sèche et le Cal- mar, de l'autre. Il est possible aussi de rapporter ces deux types à un même plan ; en effet, le ganglion qui dans la Sèche et le Cal- mar existe il la naissance de la grande branche anastomotique, rappelle le fusiforme du Poulpe et de l'Ëlédone ; le ganglion di cœur branchial est peu différent dans les deux types, et le renfle- ment ganglionnaire du nerf, dans l'axe charnu de labranchie de la Sèche et du Calmar, peut être considéré comme le résultat de la soudure d'un grand nombre de ganglions branchiaux. Mi" Le svslème stomato-gastrique, ([ui avait semblé constitué suivant deux types différents, a pu être ramené à un type unique de la manière la plus heureuse, par la réunion du ganglion sus- pharyngien au cerveau, chez la Sèche et chez le Calmar. Ce système est formé par deux ganglions, le sous-pharyngien, qui est symétrique et double et reçoit des fibres nerveuses provenant SYSTÈME NERVKLIX DES CÉPHALOPODIiS. 113 du cerveau, et le ganglion stomacal ([ui semble asymétrique, mais qui est cloisonn(; dans le sens antéro-postérieur. Ces deux centres sont réunis par les filets qui accompagnent l'œsophage. 15" Les nerfs des bras, au nombre de huit dans le Poulpe et l'Élédone, sont analogues aux nerfs des huit bras courts de la iSèche et du Calmar. Un cordon nerveux anastomotique les réu- nit, dans les deux types, au point où ils pénètrent dans l'axe des bras. Les deux nerfs des longs bras n'appartiennent qu'au Cal- mar et à la Sèche. 16° Les nerfs auditifs et les nerfs antérieurs de l'entonnoir naissent à peu près au même niveau , leurs fibres d'origine s'entre- croisent dans la portion moyenne de la masse sous-œsophagienne ; celles des auditifs s'entrecroisent transversalement au sein de la portion moyenne, pour former un véritable chiasma. Les fibres d'origine des nerfs de l'entonnoir croisent ce chiasma à ande droit. La distribution de ces nerfs est absolument la même chez les quatre espèces. 17° Le nerf de la grande veine a aussi une origine et une des- tination identiques chez les quatre espèces. 18° Le palléal et son accessoire naissent de la même manière et se distribuent aux mêmes organes. Dans la Sèche et le Calmar, animaux essentiellement nageurs, le palléal fournit un nerf à la nageoire. Chez le Poulpe et l'Elédone, qui rampent et ne nagent pas, l'organe essentiel de la natation n'existant pas, le palléal ne se dédouble point et se porte tout entier au ganglion étoile. 19° Dans l'Élédone, dès leur origine, le nerf viscéral et le pos- térieur de l'entonnoir sont distincts; dans le Poulpe ils sont réu- nis sur un court espace, de façon queCuvier a considéré ce der- nier nerf comme une branche du vîscéral. Il est isolé et distinct chez la Sèche et le Calmar. Les deux viscéraux sont distincts dans toute leurlongueur chez le Poulpe et l'Élédone. Quoiqu'ils soient accolés l'un à l'autre à leur sortie de la boîte crânienne chez la Sèche et le Calmar, leurs origines n'en sont pas moins distinctes. La branche muscu- laire du pilier de la tête est constante, de même que la branche anastomotique, les rameaux du cœur branchial et de la bran- 5« série. ZooL. T. V. (Cahier n» 2.) * 8 ll/j. JULES CHÉRON. chie. Il n'y a de légère différence que pour les rameaux du gau- glion fusiforme et pour le plexus situé derrière le rectum et la poche du noir. 20° Le nerf optique et l'olfactif sont identiques chez les quatre Céphalopodes. Le chiasma des nerfs optiques, situé au-dessus de l'œsophage, et dont le développement est beaucoup plus consi- dérable que celui du chiasma des acoustiques, est constitué delà même manière chez les quatre espèces étudiées. Les petits nerfs ophthalmiques semblent présenter quelques différences qui tiennent peut-être à la difficulté de leur observation. 21° Quant aux filets du système stomato-gastrique, la parfaite similitude de leur distribution est évidente. 22° La constitution histologique n'offre pas une analogie moins grande. La distinction entre la substance blanche du col- lier et la substance grise est aussi nette que possible. La première renferme des fibres pâles, des cellules apolaires et unipolaires, ainsi qu'une grande quantité de matière amorphe interposée, La seconde est presque uniquement formée de noyaux libres. 23° Le ganglion optique renferme aussi de la substance blanche à cellules unipolaires, et de la substance grise qui accom- pagne les divisions du nerf optique. 24° J'ai déjà insisté sur l'analogie des éléments des ganglions des bras ; nous y avons vu des cellules unipolaires à contenu granuleux, et des cellules bipolaires ou tripolaires à contenu liquide sans granules. 25° Les grandes cellules du ganglion étoile ont aussi l'analo- gie la plus frappante. 26° Enfin, la constitution des ganglions du viscéral nous offre, dansl'Élédone et le Poulpe, une identité parfaite. Ce que j'ai pu en voir chez la Sèche est encore semblable. 27° La constitution histologique si remarquable des ganglions lu stomato-gastrique, me parait un fait de premier ordre. Ici point de cellules, point de noyaux; rien qu'une substance amorphe très-finement granuleuse, presque liquide et dans laquelle les fibres nerveuses semblent se dissoudre. SYSTÈME NERVEUX DES CÉPHALOPODES. 115 Les expériences physiologiques que j'ai pu faire ne sont pas assez complètes pour trouver place clans ce travail , aussi me suis-je borné à l'exposition rigoureuse des faits observés. De ces faits je n'ai point essayé de déduire, à l'exemple de plusieurs naturalistes, des rapprochements ayantpour but de prouver chez les Cépha- lopodes, non-seulement l'existence des différentes parties qui constituent le système cérébro-spinal des Vertébrés, mais encore un groupement identique de ces mêmes parties. Ces tentatives ne me semblent pas heureuses, et Funité de plan qui tend à faire dériver les Céphalopodes des Vertébrés, n'y trouve pas de preuves convaincantes. A ce sujet, Cuvier en terminant son mémoire sur le Poulpe s'exprime ainsi : « Il n'est sans doute personne qui, à » la lecture de cette courte description et à la vue des figures » qui l'accompagnent, ne soit frappé de cet appareil de parties » organiques tout aussi développées et de môme nature que dans » les Vertébrés, employés à la composition d'un être absolument » différent quant au plan et à l'arrangement général tant inté- » rieur qu'extérieur. Ces fibres, cette matière médullaire, ces » artères, ces veines, ces valvules, ce parenchyme, ces intestins, » cetœil, tout est semblable au fond, et tout est autrement entre- » lacé, autrement combiné. Si l'on excepte les organes del'odo- » rat, le système de la veine porte, les vaisseaux absorbants, le » squelette et les organes relatifs à l'urine, qui même sont pcut- » être remplacés par la bourse du noir, nous retrouvons à peu » près ici toutes les fonctions qui s'exercent dans les Poissons, » et cependant il n'y a nulle ressemblance, nulle analogie de dis- » poshion.» Depuis lors, les organes de l'odorat et les organes urinaires ont été découverts. D'une autre part, dans mon travail, des caractères d'un ordre élevé ont été étudiés avec soin. La structure du cerveau des Céphalopodes, question négligée jus- qu'ici, nous a donné, une fois déplus, parles résultats auxquels nous sommes arrivé, la preuve incontestable du rang élevé qu'occupent ces animaux envisagés au point de vue de leur orga- nisation. Mais, malgré ces résultats, des Vertébrés aux Céphalo- podes nous voyons bien évidemment la nature passer d'un plan à un autre. Si c'est une erreur d'envisager ainsi cette question, il ]1() jii.is ciiKnoiv. n'en est pas moins vmi qu'il existe , eiilre les uns el les autres, une lacune tellement grande que l'imagination seule est habile à la combler. EXPLICATION DES FIGURES. PLANCHES 1, 2, 3, 4 ET 5. Fig. 1. Centres nerveux de TÉléclone vus par dessus. La ièfc a élé ouverte el le carli- lagc enlcvéj de sorte que la masse supérieure du collier et les gnuglious optiques out été mis à nu, la cavité qui renferme le bec a été seulement entr'ouverte, les orbites ont été vidées. — aa, les deux yeux ; bObb, cartilages des orbites ; '■, masse du l>ec avec les glandes salivaires supérieures; dd, (psopliage ; '•'', muscle des deux pieds supérieurs divisé et enlevé eu partie; gg, faisceaux latéraux des piliers de la tèle ; a, leurs faisceaux internes. — 1, partie supérieure du collier nerveux, cerveau ; 2, nerf optique; 3, son ganglion; 4, nerf opbtlialmique antérieur; 5, nerf opblbal- mique postérieur et son ganglion; 6, ganglion olfactif; 7, nerf olfactif; 8, nerf buc- cal ; 9, nerfs labiaux. Fig. 2. Système nerveux de l'Élédone, vu par la face \enfrale. La tète a été ouverte sur la ligne médiane, le bec enlevé avec les parties molles qui lui sont adlié- rcntes, le cartilage céphalique ouvert et la partie inférieure entièrement enlevée, de sorte que les cavités auililivcsont disparu; les cavités optiques sont intactes. Unbrasa été fendu dans sa longueur. La calotte gaucbc a été coupée au milieu, l'entonnoir ■ rejeté à droite el toute sa partie gauclie postérieure enlevée. La cloison a été déta- chée à sa réunion au manleiui, ses deux feuillets out élé séparés et le droit rejeté en dehors, pour mettre à nu le rectum, la poche dunoiret la grande veine. A gauche, tout le revêtement musculaire du corps a été enlevé jusqu'au foie et à la grande cavité veineuse dont les parois jouent le rôle de péritoine. Une partie des muscles de la tète et du pilier du même organe a aussi été enlevée. Le canal excréteur de l'ovaire a été conservé seulement dans sa partie terminale, le conduit de l'appareil urinaire a été enlevé. La membrane qui recou\re le ligament charnu de la brancliie a été enlc\ée pour mettre à nu les ganglions branchiaux, il en a été fait de même pour celle qui recouvre le ganglion étoile. A droite, la dissection n'a fait que mettre à nu le nerf et le rectum pour montrer la petite branche de l'anse rectale. — c, base des huit bras; b, cavité céphalique dans laquelle était le bec; c, entonnoir dont la moitié fauche, à la base, a été enlevée, et dont la membrane interne a été disséquée pour montrer le nerf ; d, calotte droite ; r, côté de la tèle ; /", moitié conservée de la calotte t'auche ; g, rectum; h, conduit de la poche du noir; /, moitié droite de la cloison rejetée à droite; kk, cartilage céphalique; //. ligament charnu de la branchic; mm, conduits excréteurs de Lovaire; », foie; o, jabot; /), glande salivaire inférieure n-auche; q, partie du pilier de l'entonnoir; q', le même faisceau musculaire intact à droite; >; conduit urinaire droit; ss, vaisseaux branchio-cardiaqucs; tt, cœurs laté- raux le gauche a été dépouillé des conduits urinaii'e et génital ; uu, cavités uri- naires; i', appareil femelle (ovaire); x, grande veine; yy, pilier de la tête; y', le même intact à droite; zzz, cupules brachiales ouvertes; ?/.', anus et ouverture de la .SYSTÈME NERVEUX DES CÉPHALOPODES. 117 poche du noir ; x, ouverture par laquelle passent les branches de l'aorle ascendante. — 111, les huit nerfs des bras; 2 2 2, ganglions d'un nerf brachial ; 3 3, nerfs auditifs coupés; !ih, nerfs antérieurs de l'entonnoir; 5, nerf accessoire du palléal; 6 6, nerfs palléaux, le gauche seul est disséqué; 7, nerf postérieur gauche de l'enton- noir coupé; 8, nerf postérieui- droit- de l'entonnoir; 9, nerf viscéral gauche; 10, sa branche destinée aux muscles du corps ; 1 1, ses branches rectales; 12, ganglion fusi- fornie; 13, ganglion du cœur branchial; 14, la branche qui va à la glande sexuelle; 15, ganglions branchiaux, il y en a autant que de feuillets, dix, onze^ douze ou treize ; 46, nerf viscéral droit ; 17, sa branche musculaire ; 18, le filet rec- tal de cette branche; 19, rameaux de la cloison, coupés à gauche ; 20, rameaux du rectum et de la poche du noir; 21, anse nerveuse qui passe du nerf viscéral droit au nerf viscéral gauche ; 22 22, nerfs de la grande veine; 23, ganglion en patte d'oie. Fig. 3. Ganglion sous-pharyngicn du système slomato- gastrique de l'Élédonc. — a, masse du bec; b, glande salivnire antérieure ramenée en avant; c, artère du bee quia été un peu écartée de sa position; d, œsophage. — 1, nerf buccal qui donne un rameau inférieur; 2, et des rameaux antérieurs, eu outre de celui qui va au ganglion; 3, ganglion sous-pharyngicn ; 4, rameaux qui suivent l'œsophage. Fig. h. Ganglion stomacal du stomato-gastrique de l'Élédone. — a, œsophage ; h, rec- tum ; c, un des conduits hépatiques; d, estomac spiral ; e, gésier. — 1, ganglion sto- macal; 2, filet nerveux qui vient du ganglion sous-pharyngien en rampant sur l'œso- phage ; 3, filets du rectum et du foie; 4, filets de l'estomac spiral; 5, filets du gésier. Fig. 5. Ganglion fusif.irme gauche de l'Élédone. Fig. 6. Ganglion terminal du nerf olfactif de lÉlédone. — a, poche olfactive. — 1, nerl olfactif; 2, ganglion terminal; 3, filets qui en émanent. / Fig. 7. Ganglion du cœur branchial gauche de l'Élédone. Fig. 8. Coupe transversale dans le ganglion optique droit de l'Élédone. Fig. 9. Coupe transversale dans un ganglion des bras de l'Élédone. — a, artère bra- chiale. — 1, nerf brachial coupé en travers; 2, masse centrale bilobée du ganglion ; 3, enveloppe externe du même; 4, zone des fibres tortueuses; 5 5 5 5, nerfs qui émanent du ganglion. Fig. 10. Cellules apolaires, unipolaires et tripolaires et noyanx du cerveau de l'Élé- done (250). Fig. 11. Un des ganglions de la branchie de l'Élédone. Fig. 12. Fibres tortueuses et noyaux de la zone qui entoure les ganglions des bras (520). Fig. 13. Cellules unipolaires des mêmes ganglions (520). Fig. 14. Cellules multipolaires des mêmes ganglions (520). Fig. 15. Cerveau de la Sèche. La partie du cartilage qui forme la voûte crânienne a été enlevée, ainsi que la partie supérieure des orbites; la cavité qui renferme le bec a été largement ouverte. Les orbites ont été vidées. — art, les yeux; bbh, cartilages des orbites; c, masse du bec. — 1, masse supérieure du collier, vue en dessus ; 2 2, ganglions optiques; 3 3, ganglions olfactifs; 4, ganglion sus-pharyngien quirepré. sente la bandelette antérieure du cerveau de l'Élédone; 5, nerfs auxquels il donne naissance en avant. En arrière il reçoit quatre cordons nerveux ; les deux médians le réunissent à la seconde bande du cerveau, les deux latéraux ne sont que lé dédou- blement antérieur de la comuiissurj antérieure. En dehors et en avant il donne le? deux buccaux; 6, nerf olfactif; 7, nerf ophthalmique supérieur. 118 JULES CnËROX. Fig. 16. Système nerveux de la Sèche, vu par la face ventrale. La tête a été large- ment ouverte et le bec retiré de sa cavité avec les parties molles adhérentes pour faire voir les nerfs des dix bras ; trois de ces derniers ont été disséqués pour montrer le ganglion lenticulaire, le cordon qui relie les nerfs et la façon dont s'élargissent ces derniers. Le cerveau et les origines nerveuses ont été mis à nu autant que possible, mais les cavités optiques sont restées intactes, tandis que les cavités auditives ont été enlevées avec la partie inférieure du cartilage. Le manteau a été largement ouvert sur la ligne médiane et rejeté à droite et à gauche. Le rectum et la poche du noir ont été disséqués avec soin d'avant en arrière et rejetés à gauche et en bas. Le pilier de l'entonnoir a été coupé et la calotte gauche divisée au milieu. L'entonnoir a été renversé à droite avec la portion adhérente de la calotte. Le pilier de la tète a été' disséqué et enlevé en grande partie. La branchie gauche est intacte, mais la droite est retournée et les feuillets ramenés en arrière pour arriver à son ligament charnu qui a été disséqué. Il en résulte que le vaisseau branchio-cardiaque est presque entière- ment caché. — ' a, base des brasj b, cavité qui renferme le bec; c, entonnoir; d, calotte gauche ; e, pilier gauche de l'entonnoir coupé ; f, le même renversé h. droite; g, piliers de la tête et de l'entonnoir à droite ; /(, pilier gauche de la tête coupé et disséqué ; i, rectum ; k, canal du noir; /, poche du noir ; mm, glandes nida- mentaires; nn, cœurs branchiaux; o, branchie du côte gauche dans sa position nor- male; p, branchie du côté droit disséquée pour montrer le nerf; q, canal génital femelle unique chez cet individu; rr. ouvertures urinaires. — 11111, nerfs des bras ; 2, nerf acoustique ; 3, nerf antérieur de l'entonnoir, à gauche il est coupé, mais le même peut être suivi sur l'entonnoir où il donne de nombreux filets, celui du côté droit n'apparaît qu'à son origine ; 4 4, nerfs de la grande veine ; 5 5, nerfs postérieurs de l'entonnoir coupés peu après leur sortie de la boite crânienne ; 6, le nerf postérieur gauche de l'entonnoir dans la calotte; 7, accessoire du palléal à gauche; 8, nerf palléal gauche; 9, ganglion étoile du même côté; 10, tronc commun des viscéraux ; 11, viscéral gauche; 12, branche qui se porte aux piliers réunis de la tète et de l'entonnoir; 13, grande anse nerveuse anastomotique; id, gangUon du cœur branchial; 15, renflement ganglionnaire du nerf delà branchie. Fig. 17. Ganglion sous-pharyngien de la Sèche. — a, masse du bec; bb, couche musculaire externe ouverte sur le coté et enlevée en partie; c, œsophage; d, artère buccale; e, canal commun des glandes salivaires. Les nerfs et l'artère du côté droit ont été supprimés. — 1, ganglion sus-pharyngien qui est l'analogue de la bande antérieure du cerveau de l'Elédon; 2, nerfs des lèvres ; 3, nerf buccal; 4, ganglion sous-pharyngien, il appartient au système stomato-gastrique ; 5, nerf buccal qui passe sous le névrilème de ce dernier en lui abandonnant quelques fibres. Fig. 18. Ganglion stomacal de la Sèche. Cette disposition est exceptionnelle, le gan- glion est ordinairement simple. — o, œsophage; b, rectum; c, estomac spiral; d, gésier. — 1, ganglion qui fournit les filets nerveux du gésier; 2, ganglion qui donne ceux du rectum et de l'estomac spiral ; 3, filet qui provient de la réunion des deux nerfs du ganglion sous-pharyngien, il se bifurque et donne un rameau à chaque ganglion stomacal, ordinairement il est simple, puisqu'il n'y a qu'un ganglion ; ti, filets du gésier; 5, filets de l'estomac spiral; 6, filets du rectum. Fig. 19. Ganglion qui se trouve sur le viscéral de la Sèche au point où celui-ci four- nit la grande anse anastomotique. — 1, nerf viscéral gaucho ; 2, le même au-dessous de l'anastomose; 3, grande anse anastomotique ; 4, ganglion. SYSTÈME NERVEUX DES CÉPHALOPODES. 11? Fig. 20. Cellules unipolaires et bipolaires prises dans la partie ganglionnaire d'un nerf des bras de la Sèche (520). Fig. 21. Groupe de cellules pris dans le ganglion étoile delà Sèche (100). Fig. 22. Cellules et noyaux du cerveau de la Sèche (200). Fig. 23. Cellules et noyaux du ganglion sus-pharyngien de la Sèche (200). Fig. 24. Cellules prises dans le ganglion du viscéral qui est près delà grande branche anastomotique chez la Sèche (420). Fig, 25. Système nerveux du Calmar, vu par la face ventrale. La cavité qui renferme le bec a été largement ouverte, et ses parois formées par la base des dix bras renver- sées à droite et à gauche. Le bec et les parties molles adhérentes sont demeurées en place. La cavité crânienne a été ouverte et la plus grande partie du cartilage enle- vée avec les cavités auditives, mais les cavités optiques sont intactes. Le manteau a été largement ouvert sur la ligne médiane et les deux moitiés rejetées à droite et à gauche. Le pilier gauche de l'entonnoir a été coupé en travers, et l'entonnoir rejeté à droite avec une portion de la calotte. La peau qui recouvre ces deux organes a été enlevée. Le pilier gauche de la tète a été à peu près séparé en deux, et la partie supérieure a été disséquée et renversée en dehors. La branchie droite a été forte- ment retournée, puis disséquée, pour arriver à son ligament charnu; la gauche est intacte. — a, base des bras; 6, bec; ce, les yeux ; dd, cartilages céphaliques; e, par- tie antérieure du pilier de la tète qui a été disséquée et rejetée en dehors ; f, partie postérieure du même organe qui est demeurée en place; g, pilier gauche de l'en- tonnoir; h, entonnoir rejeté à droite ; î, partie antérieure du pilier gauche de l'en- tonnoir; j, canal excréteur des spermatophores ; i-, rectum ; /, poche du noir; mm, les deux cœurs branchiaux ; n, branchie droite renversée et disséquée ; o, bran- chie gauche qui n'a pas été touchée. — 11, nerfs des bras ; 2, petits nerfs de la tête ; 3, acoustique; k, nerf antérieur de l'entonnoir coupé à une petite distance de son origine ; 5, nerf delà grande veine ; 6, nerf palléal ; 7, sa bifurcation ; 8, ganglion étoi- le; 9, nerf de la nageoire; 10, distribution du nerf antérieur de l'entonnoir; 11, tronc commun des nerfs viscéraux; 12, nerf viscéral droit ; 13, plexus des viscéraux au niveau del'anus ;'14, anse anastomotique ; 15, ganglion du cœur branchial ; 16, por- tion ganglionnaire du nerf dans le ligament charnu de la branchie; 17, rameau musculaire qui se distribue aux piliers réunis de la tète et de l'entonnoir; 18, nerf postérieur de l'entonnoir; 19, sa distribution dans la calotte. Fig. 26. Cellules nerveuses prises dans le cerveau du Calmar. Elles terminent des fibrilles qui sont les ramifications de tubes larges (250). Fig. 27. Cellules unipolaires et apolaires du cerveau du Calmar (250). Fig. 28. Cellules unipolaires et apolaires du ganglion sus-pharyngien ou bande anté- rieure du cerveau chez le Calmar (250). Fig. 29. Cellules unipolaires et bipolaires prises dans le nerf ganglionnaire d'un bras du Calmar (520). Fig. 30. Distribution du nerf palléal du Calmar. — 1, nerf palléal; 2, sa branche externe ou ganglionnaire; 3, ganglion étoile (stellatum) qui donne des branches nom- breuses au manteau; 4, gros rameau qui rejoint le nerf de la nageoire ; 5, branche postérieure principale du ganglion étoile, elle S3 distribue à la portion latérale externe du manteau, auquel elle donne dans son trajet de nombreux rameaux par sou côté externe seulement, et une branche volumineuse au nerf de la nageoire; 6, nerf de la 120 JL'I.ES CMÉROIV. nagcûiro, il est formé p;ii' la hrainhc interne du palléal, par un rameau ijui vient (lu "ann-lion étoile et par une branche que lui fournit le nerf postérieur du stellatum. Fig'. 31. Distribution du nerf palléal de la Sèche. — 1, nerf palléal; 2, sa branche interne ou nerf de la nai^eoire ; 3,, ganglion étoile, il fournit de nombreuses branches au manteau et donne eu arrière un gros tronc qui rejoint ic nei'f de la nageoire; !i, nerf récurrent qui passe sous le stellatum et se distribue à la partie antérieure de la nageoire; 5, renflement que présente le nerf de la nageoire au point où la branche fournie par le stellatum s'aunslomosc avec celui-ci; 6, nerf de la nageoire. Fig 32. Coupe longiludinrde dans le collier nerveux de l'Elédone. — a, partie supé- rieure du collier on cerveau; b, partie inférieure. L'œsophage, le conduit salivairc et les branches de l'aorte ont été enlevés. — • 1, niasse de substance blanche anté- rieure. Elle lionne naissance aux nerfs buccaux et labiaux, et préseule au milieu une dépression remplie par de la substance grise, c'est le sillon antérieur de couleur gri- sâtre qui sépare la troisième et la deuxième bande du cerveau; 2, masse triple de substance blanche, elle renferme les origines sus-œsophagiennes du nerf optique. Elle est séparée en avant de la première masse blanche par luie coiu'he de substance grise qui se trouve au niveau du sillon inoven du cerveau. En arrière de sa partie moyenne, laie autre couche de substance grise la sépare du cervelet an niveau du sillon postérieur; 3, niasse l)lanche postérieure du cerveau ou cervelet de Cuvier. Elle est absolument isolée et ne renferme aucune origine nerveuse ; 4, niasse blanche antérieure de la partie inférieure du collier; elle correspond au ganglion en patte d'oie et renferme les origines des nerfs tics bras; 5, portion blanche uioyciuie infé- rieure; elle renferme les origines des acoustiques et des nerfs antérieurs de l'enton- noir; G, nerf antérieur de l'entonnoir; 7, portion blanche postérieure de la masse sous-œsophagienne du collier, les viscéraux 8, et les palléaux y prennent naissance. Fig. 33. Coupe transversale du collier nerveux de l'Elédone au niveau du ganglion en patte d'oie. A la partie supérieure on ne voit que la bande antérieure du cerveau, à la partie inférieure, le ganglion en palte d'oie et les origines des huit nerfs des bras. Fig. 3i. Coupe transversale en arrière de la précédente, au niveau de la commissure antérieure du cerveau de l'Elédone. Fig. 35. Coupe transversale du collier nerveux de l'Elédone vers la partie antérieure des nerfs optiques. Elle montre les origines sus-œsophagiennes et .sous-œsophagiennes de ces nerfs, et leur chiasma, ainsi que la partie antérieure de la portion blanche moyenne inférieure. Fig. 30. Coupe transversale un peu oblique du collier de l'Elédone, au niveau de la partie postérieure des nerfs optiques. Elle montre en dessus les sept bandelettes de substance blanche du cervelet, plus bas les origines postérieures de l'optique qui sont toutes sus-œsophagiennes, les origines sous - œsophagiennes étant très-courtes ; au-dessous de l'œsophage, la portion blanche inférieure moyenne qui contient les origines des nerfs antérieurs de l'entonnoir sur la ligne médiane, et sur les cotés celles des acoustiques qu se croisent pour former un véritable chiasma. Fig. 37. Coupe transversale dans la portion blanche postérieure de la masse sous- resopbagienne de l'Elédone. La partie supérieure du collier n'existe plus. La coupe permet de voir les origines des palléaux eu haut, et celles des viscéraux en bas, séparées par un léger Iractus grisâtre. Fig. 38. Coupe transversale un peu oblique du collier nerveux du Poulpe, faite entre SYSTÈME NERVEUX DES CÉPHALOPODES. {'2] les deux commissures. Elle montre eu dessus les origines antéiieures des nerfs optiques; en dessous, celles des acoustiques avec un chiasma moins distinct que dans l'Élcdone, et celles des nerfs antérieurs de l'entonnoir. l'ig. 39. Coupe transversale du collier nerveux du Poulpe au niveau des nerfs optiques. Elle montre les origines sus-œsopliagicnnes et sous-œsopliagieniias de ces nerfs, ainsi que leur cliiasma. A la partie inférieure on voit encore une bande mince tle substance blanche, qui appartient à la portion moyenne de la masse sous- œsophagienne du collier. Fig. 40. Coupe transversale dans le cervelet du Poulpe pour faire voir la disposition des cinq bandelettes blanches. Fig, ûl. Coupe longitudinale dans le collier nerveux de la Sèche. L'œsophage, le conduit salivaire et les vaisssaux ont été enlevés. — a, masse supérieure ou cerveau ; b, masse inférieure du collier. — 1, portion blanche antérieure du cerveau, simple et ne représentant que la partie postérieure de la portion antérieure du cerveau do l'Elédone; 2, portion blanche moyenne delà masse sus-œsophagienne du collier, triple et renfermant les origines supérieures des nerfs optiques ; 3, portion blanche supérieure du cerveau, elle est simple et ne donne aucune origine nerveuse, elle représente le cervelet de rÉlédonc. Ces portions de substance blanche sont séparées par une très-faible quantité de substance grise qui forme deux tractus transversaux en avant; 4, portion blanche antérieure de la masse sous-œsophagienne qui donne naissance aux nerfs des bras; 5, portion blanche moyenne où sont les origines des acoustiques et des nerfs antérieurs de l'entonnoir; G, nerf antérieur de l'eutonnoii'; 7, portion blanche postérieure donnant naissance aux palléaux, aux viscéraux et aux nerfs de la grande veine; 8, viscéral. Fig. 42. Coupe transversale antérieure dans le collier nerveux de la Sèche. Elle montre eu dessus la portion blanthe antérieure, en dessous la coupe du ganglion en patte d'oie et les origines des nerfs des bras. Les nerfs des longs bras sont immédia- tement dé chaque côté de la ligne médiane, leur volume est très-peu considérable. Fig. 43. Coupe un peu oblique en arrière de la précédente. Elle montre en dessus les parties antérieures de la portion moyenne du cerveau, en dessous le ganglion en patte d'oie. Fig. 44. Coupe transversale en arrière de la précédente. Elle montre en dessus la coupe de cette portion blanche du cerveau, supérieure ici, postérieure chez l'Elédone que Guvier a appelée cervelet; sur les côtés les noyaux de substance blanche où les optiques prennent naissance; en dessous une partie de la portion blanche moyenne inférieure. Fig. 45. Coupe transversale du collier nerveux de la Sèche au niveau de la partie antérieure des nerfs optiques. On voit en dessus la coupe du cervelet, les origines sus-œsophagiennes et le chiasma des nerfs optiques, en dessous les origines sous- œsophagiennes et une partie de la masse blanche moyenne inférieure. Fig. 46. Coupe transversale du collier nerveux de la Sèche au niveau de la partie postérieure des nerfs optiques. En dessus le cervelet a changé de l'oimc, le chiasma des optiques est moins net; en dessous les origines sons-œsophagiennes des optiques descendent moins bas que dans la coupe précédente, et la portion blanche moyenne inférieure est beaucoup plus développée, et montre les origines des acoustiques avec un chiasma peu visible et celles des nerfs antérieurs de l'entonnoir. 122 JULES CHÉRON. Fig. 47. Collier nerveux de l'Elédone vu par le côté. — a, ouvcrlure entre la commis- sure antérieure et la commissure postérieure par lacjuelle passe une artère. — I, troisième bande blanche du cerveau, en avant elle donne les nerfs buccaux et labiaux ; 2, seconde bande ; 3, première bande ; 4, cervelet ; 5, coupe du nerf opti- que; 6, nerf ophtbalmique antérieur et supérieur et nerfs moteurs du globe oculaire; 7j nerf ophthalniique postérieur et supérieur; 8, nerf palléal et son accessoire; 9, nerf viscéral et nerf postérieur de l'entonnoir; 10, nerf antérieur de l'cntonnnii' ; II, nerf de la grande veine; 12, nerf acoustique; 13, nerfs ophfhalmiqucs inférieurs, antérieur et postérieur, et nerf moteur du globe oculaire; 14, nerfs antérieurs du ganglion en patte d'oie. Fig. 48. Collier nerveux du Poulpe vu par côté. Les chilTres ont la même signification que dans la figure précédente. Fig. 49. Collier nerveux de la Sècbo vu par le côté. — 1, ganglion sus-pbaryngicn ou bande transversale antéi'ieurc du cerveau; 2, cordons nerveux qui le mettent (;ii communication avec la bande moyenne ; 3, cordon antérieur résultant du dédouble- mont de la première commissure ; 4, cette commissure ; 5, deuxième bande trans- versale du cerveau paraissant être la plus antérieure si l'on comprend le ganglion sus- pharyngien dans le système stomato-gaslrique comme le fait Brandt; 6, première bande du cerveau ; 7, cervelet qui est supérieur au lieu d'être postérieur comme chez l'Elédone, il ne porte pas de bandelettes longitudinales comme chez ce dernier ; 8, section du nerf optique; 9, nerf ophtbalmique supérieur; 10, nerf palléal et son accessoire; 11, nerf \iscéral; 12, nerf antérieur de l'entonnoir; 13, nerf de la grande veine; 14, nerf acoustique; 15, nerf ophtbalmique infoj-ieur; 16, nerfs qui partent du ganglion en patte doie en avant, nerfs des bras, nerfs de la tête. Fig. 50. Collier nerveux du Calmar vu par côté. Les chiffres désignent les mêmes parties que dans la figure précédente. Fig. 51. Cellules du ganglion étoile de l'Elédone (140). Fig. 52. Terminaisons ou origines nerveuses dans le ganglion fusiforme de l'Elé- done (420). Fig. 53. Terminaisons nerveuses dans l'oreille de l'Elédone (280). Fig. 54. Cellules apolaires et unipolaires et noyaux du cerveau du Poulpe (250). Fig. 55. Terminaison ou origine nerveuse dans le ganglion du cœur branchial du Poulpe (420). Fig. 56. Tube large à moelle, cellules unipolaires et bipolaires prises dans un des ganglions des bras du Poulpe (750). Fig. 57. Cellules du ganglion stellatnm du Poulpe (140). Fig. 58. Structure du ganglion étoile du Calmar. RECHERCHES EXPERIMENTALES POUR SERVIR A l' HISTOIRE DE LA VITALITÉ PROPRE DES TISSUS ANIMAUX Par 11. le docteur Paul IIERT. Pn'-pniiileiu' ilii cours île méJeciiie au CMllé|;f .li' France. INTRODUCTION. ■ L'étude des phénomènes que présentent à l'état de vie les corps organisés a été ramenée de nos jours à ses termes les plus simples, ou, pour emprunter le langage mathématique, à des termes irréductibles. Les organes qui constituent ces corps sont, en effet, composés de particules figurées dites éléments anato- miques, agencées en des rapports divers, et douées de modes d'activité spéciaux, en relation déterminée avec des conditions particulières ; et il est donc facile de comprendre que, si ces rap- ports et ces modes d'activité, avec leurs conditions, nous étaient complètement connus, la connaissance des fonctions organiques s'en déduirait, comme se déduit une résultante de la notion exacte de ses composantes. Plus on pénétrera dans la profondeur des questions biologiques, plus ou se convaincra de cette vérité, que les fonctions exécutées par les êtres vivants, celles même qui semblentposséder au plus haut degré le caractère d'unité, ne sont que le produit du consensus dynamique, de la synergie d'une multitude d'éléments anatomiques harmoniquement groupés. Envisagés de ce point de vue, quont surtout contribué à éclairer d'une vive lumière les travaux de M. Cl. Bernard, en France, et de M. Virchow, en Allemagne, les phénomènes phy- siologiques, si variés dans les divers organes d'un même animal et dans les organes similaires d'animaux différents, apparaissent avec une simplicité et une unité pleines de grandeur. L'analyse des expressions fonctionnelles par lesquelles se traduisent les mécanismes si complexes et si multipliés que réalisent les êtres végétants ou animés, ne présente plus qu'une importance secon^ 12/i. p. BEKT. daire, à moins que, par une opération liardie et périlleuse de l'esprit, elle ne nous fasse faire quelque progrès dans la connais- sance des qualités propres à leui-s éléments anatomiques. Celles- ci, en effet, ne recoraiaissent pas ces lignes de démarcation péniblement établies par les classificateurs zoologistes ou anato- mistes; partout où se manifestent ces phénomènes si saisissants désignés par l'expression de vie, elles se manifestent en même temps ; ou plutôt, elles sont la vie même, elles la constituent par leur association diverse et leur intensité variable, depuis le plus simple micropby te jusqu'au sublime des êtres animés. Ce qui est vrai pour elles chez un animal ou un végétal est, en principe, vrai * chez tous. Prises isolément, elles ne sont pas même l'apanage exclusif d'une forme élémentaire déterminée : la motilité, par exemple, n'appartient pas seulement à l'élément dit musculaire, car chacun connaît les mouvements vibi'atiles et sarcodiques. 11 est même, ce me semble, permis de supposer que toutes les pro- priétés vitales sont réunies dans chaque élément anatomique, et que ceux-ci ne diff"èrent les uns des autres, outre leur configura- tion spéciale, que par la' prédominance plus ou moins marquée chez chacun d'eux de quelqu'une de ces propriétés. L'étude des modes d'activité de la matière organisée , considérée dans les organites élémentaires (Milne Edwards), étude qui s'élève au- dessus de toutes les questions de mécanisme , de forme et d'espèce, constitue donc le problème le plus général et le plus important de la biologie. A vrai dire, ce ne sont pas ces propriétés elles-mêmes, mais seulement leurs manifestations dans certaines circonstances qui incombentà notre observation. Nous n'étudions que des phéno- mènes d'origine inconnue, consécutifs ou concomitants à cer- tains autres phénomènes d'origine connue, et ce n'est que par abstraction que nous remontons de ces connaissances concrètes à une idée de causalité, à l'hypothèse de propriétés, en faveur desquelles il faudrait bien nous garder de reconstituer une onto- logie nouvelle. Nous sommes donc amenés à considérer l'étude des phéno- mènes antérieurs ou concomitants comme présentant une im- RKCHERCUES SUR L\ VlTALITl' DES TISSUS. 125 poi'lancu (lu [>remier ordre. Ce sont ces phénomènes que l'on désigne ordinairement sous le nom de conditions de milieu^ et qu'on pourrait nommer conditions extrinsèques. Leur influence est telle, qu'elle peut profondément modifier et même supprimer les manifestations de ce que nous continuerons à appeler, pour la commodité du langage, les propriétés élémentaires^ et qu'on pourrait peut-être plus justement nommer \es conditions intrin- sèques. Ainsi, le froid ralentit et fait disparaître le mouvement des cils vibratiles, que la chaleur ensuite peut ranimer à nou- veau. Ainsi encore, selon une grande école allemande, les cel- lules indifférentes du tissu conjonctif peuvent devenir, suivant les circonstances de milieu, des éléments de la moelle des os, des corpuscules osseux, des cellules de cartilage, des globules de pus, etc. Ce n'est donc point parler philosophiquement que dédire, par exemple, la fibre musculaire est contractile ; il faut dire encore dans quelles conditions elle manifeste cette propriété, car au-dessus de 45 degrés, pour les Mammifères, sa contractilité disparaît. Une des premières questions à résoudre en physiolo- gie générale se trouvait donc celle de savoir sous quelles in- fluences, dans quelles conditions peuvent continuer à s'exécuter dans les éléments les modifications morphologiques ou nutri- tives, de rechercher, si l'on peut ainsi parler, les limites d'élas- ticité des propriétés vitales. Les considérations que nous venons d'exposer brièvement montrent que, dans l'étude expérimentale de cette question, on devait être amené à des résultats d'un véritable intérêt, à cause deleur généraUté. Ce n'est pas que nous prétendions pour cela qu'on doive trouver entre les propriétés d'éléments analogues appartenant à des êtres différents une identité complète quant à l'énergie des manifestations , quant aux limites d'élasticité , comme nous disions tout à l'heure : non, certes, pas plus qu'entre les propriétés d'éléments divers appartenant au même être. Mais ce que nous espérons, c'est qu'on sera conduit par des expériences bien conçues atout ramener à des différences en plus ou en moins, dont la physique, la chimie ou l'anatomie pourront 126 p. BERT. apprécier les raisons, et à supprimer ces différences dites essen- tielles qui tendent à rejeter la physiologie dans les régions mysté- rieuses où se plaît l'hypothèse. N'avons-nous pas vu l'antique division des Vertéhrés en animaux à sang chaud et animaux à sang froid, qui semblait étahlir entre ces deux groupes d'êtres un abîme, disparaître, au point de vue physiologique, devant une seule expérience de M. Cl. Bernard? L'unité des propriétés physiologiques élémentaires se dégagera de plus en plus de l'in- flnie variété des manifestations, due cà l'infinie variété des rap- ports anatomiques et des conditions de milieu. Lorsque notre attention fut fixée sur ce point important de la physiologie générale, nous fûmes surpris de voir combien peu de résultats se trouvent consignés dans la science : pour ce qui a rapport aux propriétés de nutrition des éléments chez les ani- maux dits supérieurs, notamment, rien n'avait été fait. Cette pé- nurie nous a semblé tenir surtout à l'absence de procédés expéri- mentaux pouvant, chez ces derniers animaux, s'appliquer à ces propriétés. Il s'en est présenté un à notre esprit, que nous avons déjà mis nombre de fois en pratique. Ce sont les résultats obtenus à son aide qui constituent la partie fondamentale du mémoire que nous avons l'honneur de soumettre au jugement de la Faculté. Mais nous prions nos juges de bien considérer que la présente thèse n'est point, à nos yeux, un travail terminé, et que notre procédé d'expérimentation est loin de nous avoir donné tout ce que nous espérons en tirer. Puisse ce que nous publions aujour- d'hui nous mériter leur approbation, et le présent leur faire bien augurer de l'avenir! CHAPITRE PREMIER. DE LA MÉTHODE DES TRANSPLANTATIONS ANIMALES. Les progrès récents de la physiologie générale ont rendu presque oiseuse foute discussion sur l'existence de la vitalité propre des tissus, ou plutôt des éléments anatomiques chez les animaux comme chez les végétaux. On sait aujourd'hui que l'élément possède une vie personnelle, indépendante de la vie RECHERCHES SUR LA VITALITÉ DES T[SSUS. 127 générale du corps auquel il appartient, et n'empruntant à ce corps, qui est pour lui un milieu (Cl. Bernard), que les condi- tions nutritives nécessaires à réparer ses déperditions inces- santes, La conséquence immédiate de cette autonomie des élé- ments, conséquence tellement directe que c'est elle qui a fait en grande partie découvrir le principe, c'est que ces orgauites, détachés du corps, ne perdent pas aussitôt leurs propriétés carac- téristiques. Celles-ci disparaissent, il est vrai, plus ou moins rapidement, mais il est évident que cette perte est en rapport avec les nouvelles conditions dans lesquelles se trouve l'élément séparé ; en sorte que si l'on pouvait, par la pensée, rendre à cet élément les conditions que lui présentait le milieu vivant en dehors de ce milieu même, il continuerait à vivre dans son isole- ment comme il vivait au sein de l'association organique dont il faisait partie. Notre but, dans nos recherches, n'a pas été seulement d'ap- porter de nouveaux matériaux à la démonstration de l'indépen- dance vitale des tissus, mais surtout d'étudier l'action de milieux divers sur l'existence de leurs propriétés, ou, si on l'aime mieux la résistance de ces propriétés à l'influence de milieux divers. Au point de vue spécial où nous nous sommes placé, les pro- priétés physiologiques peuvent être groupées en trois catégories. Pour les unes, un changement immédiat dans la forme sio^nale leur manifestation et témoigne de leur existence ; pour d'autres les changements sont lents à se produire, mais ils sont alors tellement évidents, ils s'opèrent sur une telle échelle, qu'ilsuflit d'ouvrir les yeux pour les reconnaître ; pour celles de la troisième catégorie, les changements sont souvent aussi fort lents, mais toujours d'une nature intime qui influe peu sur l'apparence exté- rieure, et apporte de grandes difficultés dans leur constatation. Les premières sont les propriétés desquelles résulte le mouve- ment : sensibilité, réflectivité, motricité, contractihté. Les secondes sont celles desquelles résultent la fécondation et le développement d'un nouvel être. Les dernières, celles desquelles résulte la nutrition élémentaire. L'étude de l'énergie avec laquelle les propriétés appartenant 1-28 p. BEBT. aux deux premiers groupes résistent aux causes de destruction (jui agissent sur elles sera toujours relativement facile. Pour savoir, par exemple, si un œuf fécondé a perdu son aptitude au développement par l'action d'une température donnée, il suffira de le placer ensuite dans les conditions où ce développement peut s'opérer, et d'attendre l'événement. Pour savoir si une liqueur acide détruit la contractilité musculaire, il suffit, après l'avoir fait agir sur le muscle, d'interroger directement celui-ci par l'élec- tricité. Mais pour les propriétés d'ordre nutritif et pour celles de développement considérées dans une partie d'un être en voie d'évolution, la difficulté est infiniment plus grande. De ce que le muscle attaqué par l'acide ne peut plus répondre aux excitants, est-ce à dire qu'il soit mort, que la nutrition soit impossible chez lui, et qu'elle ne puisse même lui rendre cette contractilité dis- parue, mais non détruite? Nous n'en savons absolument rien, et il faul, pour nous éclairer sur ce point important, des expériences dont la difficulté apparaît d'abord aux yeux. T.orsque les physiologistes ont tenté de déterminer à quelle température meurent les animaux, ils n'ont aucunement con- tribué à éclaircir, par rapport au modificateur calorique , la question de la vitalité élémentaire. Si nous élevons la tempéra- turc propre d'un oiseau jusqu'à ce qu'elle atteigne 51 ou 52 de- grés, nous voyons l'animal succomber ; faut- il conclure que ses os, ses tendons, tous ses éléments cellulaires sont morts? En aucune façon : ses muscles ont à ce degré thermométrique perdu leur contractilité, et comme leur intermédiaire est indispensable àrexëcution de tous les actes qui entretiennentla vie, l'oiseau est mort, comme il serait mort de tout autre poison musculaire ; mais dans ses autres éléments anatomiques et dans ses muscles eux- mêmes, les propriétés nutritives subsistent probablement encore. Il résulte de ceci que, pour connaître complètement l'ac- tion d'un modificateur quelconque sur les propriétés physiolo- giques, il faut, après l'application de ce modificateur, rendre à la partie en expérience des conditions identiques ou du moins très-analogues à celles au milieu desquelles elle se trouvait primitivement. Mais, ici, une grave difficulté expérimentale se UECHERCIIES SUK LA VITALITÉ DES TISSUS. 129 présente : pour soumettre bien entièrement la partie à l'action du modificateur, il faut momentanément la séparer du corps auquel elle appartenait, afin de la soustraire tout à fait à l'in- fluence de ce corps ; or, il devient très-difficile de lui rendre ensuite ses conditions antérieures d'existence. Pour certains animaux à sang froid, la longue persistance de la vie dans les parties séparées du corps, persistance si manifeste parla contractilité musculaire et l'excitabilité nerveuse, permet- trait de faire l'expérience sous une forme directe. Que, par exemple, on lie le train postérieur d'une Grenouille, de manière h y interrompre la circulation , qu'on soumette cette partie à l'action d'une température de -\- /lO degrés, le reste du corps étant soigneusement mis à l'abri; qu'on délivre ensuite l'animal, qu'on relâche la ligature, et il sera facile de voir si, la circulation se rétablissant, les parties postérieures immobiles peuvent con- tinuer à vivre et à grandir, en supposant que la Grenouille n'ait pas encore atteint tout son développement; si, de plus, elles reprendraient leur sensibilité et leur contractilité sous l'intluence des nerfs moteurs (I). Mais il peut arriver que cette tempéra- ture ait occasionné dans les membres liés la formation de sub- stances capables de tuer l'animal quand elles seront jetées dans le torrent circulatoire. !ùi outre, ce procédé d'expérimentation est très-incomplet, en ce qu'il ne peut ôtre employé que poui- des agents dont l'influence se fait sentir à travers la peau. Réfléchissant à ces difficultés, il me vint à l'esprit d'appliquer à l'étude de ces questions la méthode des transplantations, déjà si heureusement utilisée par d'habiles expérimentateurs pour résoudre d'importants problèmes de physiologie, méthode qui m'a paru satisfaire à toutes les exigences de la situation. Elle permet, en effet, d'isoler complètement du corps de l'animal la partie sur laquelle on se propose d'expérimenter, de faire agir sur elle, d'une manière certaine, le modificateur que l'on veut étudier, et de la réintégrer ensuite dans des conditions analogues, '1) Cette cvpérieiicc ilifrérerait de celles de Pro\Qr {Coitro/h/atI, 18(3^,11» 49) en ce que ce dernier écorchait les pattes de ses Grenouilles, ce (lui entrainait clans un bref délai la mort des animaux. -, 5« série. Zool. T. V. (Cahier n" 3.) * » 1;^() V. HE UT. sinon i(le)iti(iiies à cdles au milieu desquelles elle vivait d'aliord. Jusqu'aux expériences que j'ai entreprises avec son aide, et qui seront exposées plus loin, on n'avait mis cette méthode en usage que pour faciliter la détermination du rôle de certains tissus ou de certains éléments, ([u'on pouvait ainsi placer dans des conditions d'isolement, et, par suite, d'observation plus simple; ou encore, pour savoir à quelles parties du corps elle était sus- ceptible de s'appliquer, quelles parties pouvaient en être séparées, puis remises en place ou transplantées sans péiir. Ces dernières questions sont d'une importance bien nioindi'e, depuis quele principe vital a tant perdu de son prestige en per- dant sa mystérieuse unité. Je me contenterai donc de rappeler qu'on a pu transplanter des poils [Dzondi (1), DieflFenbach (2), Wiesmann (3)], des ergots de coq [Duhamel (li), J. Hunier (5), Baronio (6), etc.j, des dents [Â. Paré (7), J. Hunter (8), etc.] ; ({u'on a pu remettre en place de la peau, des nez, des oreilles, des doigts, des pom- mettes, des mentons, enlevés quelquefois depuis plusieurs heures [Garengeot (9), Holfacker ^10), Bunger(il), Baronio, Dieffenbach, Percy (12), W. Balfour (13), Wiesmann, Jobert de Lamballe [ili], etc.] ; quon a pu faire reprendre dans le péritoine, des testicules jJ. Hunter (15;, Wagner (16), Mante- (Ij BeitrUye ziir Veruo/lkoini/uitini/ (/rr }lcill;un(lc. rii. I. UiiUf, 181G. ;2) Considérations géttérales sui' la transii/antofiûn des parties aninades .loiir/i. rompl. des sciences méd., Paris, 1830, t. XXXVUl. p. 271). (3) De coalitu pfirtium a reliquo corporc prorsus disjuncforuni, Lipsiii", I82/i. (4) J7tw. del'Acad. des sciences, 1746, p. 350. (5) Œuvres complètes, trad. de Riclielot, t. lU, p. 309. (6) Mem. de/la Soc. ital., t. IV, 1788. — Degli innesti anlinali. Miluiid. I8l8. (7) Œuvres, lil>. XVU, ciip. xxvi, et lib. XXIV, cap. u. (8) Op. cit., t. Il, p. 84. (9) Traité des opérations de chirurgie, Z^ \o\. Paris, 1751. (10) Bull, des sciences méd. de Fcruseac, 1829, t. XVIII, p. 75. (11) I/observation est tout entière dausla thèse de Wiesmann. 12) Dict. des sciences méd., art. Ente et Nez. Paris, 1815 et 181!)( (13; Bibl. brit. des sciences et des arts, t. LIX. Genève, 1815. (14) Traité de chirurgie pratique. Paris, 1849, t. I, p. 1 15. 15) Op. cit., t. I, p. 444. '16; Verhaiidlutigen der Oôttimjcr Akudeinie, 1851. RECHEKCHES SUR LA VITALITÉ DES TISSUS. 131 gazza (^1), etc.], des rates [Philipeaiix (-2) , Mautegazza(â)],cles utérus, des mâchoires [P. Bert (6)], des estomacs [Mante- gazza (5) ] ; enfm, daus le tissu cellulaire sous-cutané ou inter- musculaire, ou a pu transplanter du périoste |Ullier (6) ], des os i011ier(7j], des muscles [NViesmann, Mantegazza (8) J, la langue [Mantegazza (9), Bizzozero (10)], des nerfs [Philipeaux et Vul- pian (11) ], des membres entiers [P. Bert (12) ]. [.es réussites que croit avoir obtenues M. Mantegazza (13) en greffant chez des Grenouilles des moelles et des cerveaux me paraissent dou- . teuses, d'après son propre récit; toutes mes tentatives sur des Rats ont échoué. Parmi les éléments non groupés en tissu . (ju a \m greffer sous la peau les cellules périostiques [Ollicr (Mi) \, les cellules jeunes de la moelle des os [Goujon (15)], et, dans les vaisseaux, lés globules rouges, et très-probablement aussi les globules blancs du sang. Cette dernière opération, connue depuis long- temps sous le nom de transfusion du sang, a acquis une juste célébrité dans la pratique chirurgicale. Il est ainsi démontré que tous les éléments qui constituent le . corps peuvent continuer à vivre après avoir été séparés de ce corps, si on les replace dans des conditions où les matériaux nutritifs puissent leur être apportés avec une suftlsante abon- dance. Mais nous avons dit que ce n'était pas là le résultat le plus (1) Deg/i iiiitestianiiiw/i.MiUiio. 1865, p. 39. (2) Communication orale. (3) Op. cit., p. 36. (û) De la greffe animale. Paris, 1863, p. 48. (5) Op. cit., p. 45. (6) Journ. dephysiol. de Brown-Séijuard, 1859, p. 12. (7) Journ. rJe phijsiol. de Brown-Séquard, 1860, p. 88. (8) Op. cit., p. 22. (9) Op. cit., p. 27. (10) Studii comparativi sui noiiaspermie salle ciglia vibratili (iMiluno, .innoli uni- cersali di medicina, 1864, vol. CLXXXVH). (11) Comptes rendus de l'Acad. de^ sciences, 1861, t. LU, p. 849. (12) Loc. cit., p. 52. (13) Loc. cit., p. 30. (14) Journ. dephysiol. de Brown-Séquai'd, 1859, p. 22, 470, (15) Communication oralei Mi''?. V. BIKI'. iiitéiessaiit t'uuriii pur les ti'ansplaiitatiuiis à la i)hysiol(tgi(.'. >'ous avons dit que cet isolement des éléments, des tissus on des organes, peut permettre quelquefois d'analyser plus aisément leur rôle dans la production de quelque phénomène des corps vivants, ou d'étudier les modifications qui surviennent en eux, (juand ou les soustrait à certaines influences, comme celle du système nerveux, et de s'éclairer par conséquent sur la valeur de ces influences. Il nous semble utile de passer ici en revue les piincipales découvertes que la science doit à ce procédé expérimental. Et, en énumérant ainsi les services que la greffé animale a rendus à la physiologie, nous avons principalement pour but de mettre en évidence cette méthode d'investigation qui, ap})liquée comme dinstinct à l'étude de questions spéciales, n'a pas été jusqu'ici développée à un point de vue général. On a parlé souvent de la ([uestion de la greffe animale : c'était une expression mauvaise. l^a greffe n'est ni une question ni un ensemble de questions; c'est une méthode i[ue l'on peut employer pour la solution de maints problèmes physiologiques, et dont les personnes (jui s'occupent de physiologie morbide pourront un jour tirer les plus utiles résultats. Voyons ce qu'elle a déjà donné. Transfusion du sang. — Le fait que la restitution, dans les vaisseaux d'un animal exsangue, du sang qui lui a été enlevé, l'arrache à la mort par hémorrhagie, ce fait, évident à priori, est connu depuis longtemps; mais il était réservé à MM. Pré- vost et Dumas (1) de montrer quelle est la partie du sang qui possède cet!e propriété de reviviscence, ou plutôt quelle est la pai'tie du sang qui joue le rôle principal dans l'entretien des phénomènes de la vie. Ces physiologistes ont fait voir qu'on ten- terait en vain de rappeler à la vie un îuiimal menacé de mort par hémorrhagie, en injectant dans ses veines du sérum san- guin ; la perte de ses globules rouges va le tuer, la reddition de ses globules peut seule le sauver. C'est donc la greffe qui a mon- tré nettement ici l'importance du rôle des globules sanguins. (1) liiljliollt, univers, de Genève, l. XVU. RECHKRCUKS SLR LA VITALITÉ DKS TLSSUS. 1 3,î Régénéralion des nerfs indépendante des centres norveu.r. C'est encore à lu greffe ({u'oii doit la démonstration la plus eom- plète de cette vérité, que la régénération des nerfs séparés des centres nerveux est une évolution autonomique, et qui na par conséquent aucun besoin, pour s'effectuer, de l'intervention dite nutritive de ces centres. On sait quelles discussions se sont éle- vées à ce sujet entre MM. Schiff, Gluge et Thiernesse d'une part, et d'autre part MM. Philipeaux et Yulpian (1). Parmi les faits nombreux invoqués par ces derniers physiologistes à l'appui de l'indépendance nutritive des nerfs, le plus concluant, à coup sùi-, est le suivant (2), qui est une transplantation : Le 25 octobre 1860, un fragment du nerf lingual d'un chien, long de 2 centimètres, est introduit dans le tissu cellulaire sous- cutané delà i-égion inguinale du même animal. Le J 9 avril 1 861 , on examine ce fiagment et l'extrémité périphérique du nerf lin- gual. Celle-ci est restée isolée et contient de nombreux tubes restaurés. Le segment placé sous la peau est grisâtre ; son pince- ment ne donne pas de douleur. Il contient un certain nombre de tubes restaurés (au moins 15 à -20). Ces tubes sont grêles, et ont pour la plupart 0,005 de diamètre. Ils sont disséminés au mi- lieu des tubes encore altérés; ceux-ci sont presque tous dépour- vus complètement de matière médullaire ; quelques-uns offrent encore des granulations graisseuses en série linéaire, derniers vestiges de l'ancienne matière médullaire; d'autres enfin parais- sent en voie de régénération. Ici, en effet, il y a isolement complet du tronçon gretfé, lequel est soustrait à toutes les influences des organes centraux. On trouvera dans le récit de mes expériences quelques faits en rapport avec ceux que je viens de rappeler. Direction de l'ébranlement nerveux dans les nerfs de sensibilité. — Par leur belle expérience sur la réunion du nerf lingual avec le nerf hypoglosse, MM. Philipeaux et Yulpian avaient montré que les nerfs sensitifs peuvent transmettre des ébranlements sus- 'ly Comptes rendus et Mém. Soc. hiol. pour rannée 1859. '2; Coiiipte.i reniliia île l'Arad. des sciences, 1861, t, LU, |). 849. V 13/l p. BERT. ceptibles tle luettre en activité les nerfs moteurs, et ils en avaient justement conclu à l'identité des propriétés dans ces deux ordres de conducteurs, jusque-là considérés comme entièrement différents. J'ai imaginé une expérience de greffe qui met en évidence d'une manière saisissante une partie de cette proposition, en démontrant que dans le nerf sensitif la transmission des impres- sions s'opère non-seulement dans le sens centripète, mais aussi dans le sens centrifuge, comme elle se fait d'une manière appa- rente dans le nerf de mouvement. Cette expérience, la voici : Le 8 mai 1863, j'écorche à un Rat albinos, âgé de trois semaines, l'extré- mité de sa queue, sur une longueur de 5 centimètres ; j'introduis la partie dénudée dans le tissu cellulaire sous-cutané par un orifice pratiqué à la peau du dos, je couds les bords cutanés, et laisse les choses en position pen- dant quelques jours. Le 15 mai, je fais à la base de la queue une section circulaire de la peau; le 17, ligature très-serrée; le 18, amputation. La circulation se rétablit assez bien, la cicatrisation s'opère, et les parties greffées grandissent sous la peau et hors de la peau (voy. pi. 1, fig. 1}. Vers le milieu du mois d'août, l'animal commence à donner des signes de sensibilité lorsqu'on pince fortement la queue transplantée; au mois de novembre, la sensibilité est revenue à ce point que l'animal crie et cherche à se défendre. Or, il est évident que, dans les nerfs sensitifs de cette queue, les impressions se propagent du sens inverse de leur cours normal, dans une direction qui était primitivement centrifuge. Un fait remarquable, c'est qu'à ce moment l'animal, si l'on pinçait la queue greffée, ne savait où rapporter le lieu de la lésion. 11 lui a fallu à peu près trois mois encore pour faire son éducation parfaite et à apprendre à défendre sa queue, témoi- gnant ainsi que le sentiment prétendu inné que nous aurions, selon certains philosophes, de la position dans l'espace des diffé- rents points de notre corps, n'est, comme toutes nos connais- sances, qu'un résultat d'expériences. Il eût été très-intéressant de savoir si le rétablissement de la sensibilité en sens inverse s'opère dans le mémo temps que pour la sensibilité marchant dans sa direction normale, .l'ai essayé de résoudre la question par expérience directe : pour cela, j'en- levai à la partie moyenne de la queue il" un jeune Rat un anneau RECHKRCHES SUR LA VITALITÉ DES TLSSl'S. 135 (.'utaué ; puis, ayant pratiqué à la peau de son dos deux trous, en communication l'un avec l'autre à travers le tissu cellulaire sous- cutané, je passai la queue à travers ces deux trous à la manière d'un séton ; de sorte que, dans cette partie transplantée, l'ex- tréniité était restée dans ses rapports de direction primitifs ; le gros bout, au contraire, avait été retourné. J'ai échoué dans toutes mes tentatives, à cause de l'indocilité ou de la férocité des animaux sur lesquels je faisais expérience. Ostéogénie. — Une des questions auxquelles la greffe a été appliquée avec le plus de bonheur est, à coup sûr, la recherche des éléments susceplil)les de donner naissance à de véritables os. C'est à M. Ollier qu'on doit d'avoir appliqué le premier ce ]n'océdé expérimental ; il a fait voir que la membrane périosti([ue peut, si on la dt'tache entièrement de l'os et si on la trans|:)lante en (pielque lieu éloignt', donner naissance par sa face profonde à un os nouveau. Analysant de plus près le phénomène, il a fait voir (pie c'est, non le périoste en tant que membrane fibreuse qui reforme l'os, mais bien la couche de cellules jeunes qu'il entrahie avec lui; si bien que, si on le racle, il ne produit plus rien, tandis que les cellules séparées par le raclage peuverit être greffées isolément, et fournir des granulations de nature nette- ment osseuse. Tout récemment, M. Goujon a fait un i)as de plus, et, appliquant le même procédé aux cellules jeunes de la moelle des os, a obtenu des grains osseux par leur transplantation. Il est donc démontré par la greffe que tous les éléments de cette atmosphère cellulaire, si l'on peut ainsi parler, dans la([uelle baigne l'os, que les cellules de la moelle intra-osseuse, comme celles de la moelle sous-périostique, sont aptes k présenter la métamorphose osseuse. C'est là, remarquons-le l)ien, la seule conclusion légitime que l'on puisse tirer de ces intéi'essantes expéi'iences ; ce serait, je crois, exagérer beaucoup leur portée (pie d'en conclure que, dans l'évolution normale de l'os,, les moelles intra et extra-osseuses jouent un wle idesitique. La trans- plantation des éléments cellulaires n'a prouvé et n'a pu [)r(juver (pie leur aptitude ;i se tiansformer en corpuscules osseux ; mais iiulre chose sont les ])ropriétés, autre chose les fondions, et cCst 136 p. BERT. il un autre ortlre d'expériences qu'il faut demander , ce nous semble, une démonstration qu'on a cru pouvoir trouver dans celle-ci. Mais nous ne pouvons davantage nous étendre sur ce point. Transportées par la greffe dans des conditions nutritives qui ne sont pas exactement celles qu'elles possédaient auparavant, soumises à des causes d'irritation diverses, les parties en expérience subissent souvent des altérations pathologiques, dont le processus et les résultats sont importants à étudier. Lorsque les conditions dans lesquelles ces altérations doivent se présenter seront déterminées nettement, le procédé delà trans- plantation ouvrira toute une carrière nouvelle à ceux qui s'oc- cupent des évolutions physiologiques dans l'ordre morbide. On trouvera dans nos expériences personnelles ipielques faits qui, à ce point de vue, présentent un véritable intérêt. Déjà nous avons indiqué ci-dessus les transformations des nerfs transplantés, transformations identiques avec celles qu'é- prouvent les nerfs restés en place, mais séparés des centres ner- veux. Ajoutons ici quelques détails sur les altérations présentées après la greffe par d'autres éléments. Le tissu musculaire, dans toutesnos expériences, a été frappé, comme on le verra plus loin, de dégénérescence graisseuse ou d'atrophie simple, avec ou sans disparition des stries transver- sales. La dégénérescence graisseuse a aussi été signalée par M. Mantegazza ; mais dans une de ses nombreuses expériences, dont malheureusement il n'a pas donné le récit détaillé, ce phy- siologiste affirme avoir pu faire contracter un muscle de Gre- nouille qui séjournait depuis deux mois dans le péritoine d'une autre Grenouille. On sait queBerthold avait autrefois avancé que, dans un testi- cule greffé, les zoospermes continuent à se former. Les expéri- mentateurs qui ont voulu vérifier ce fait sont arrivés à des résul- tats contraires, bien plus en rapport avec ce quon sait de la plivsiologie du testicule (ligature du cordon, cryptorchidie). Ils ont vu l'organe s'atrophier, les zoospermes disparaître, et, dit Wagner, toute la masse se prendre de dégénérescence grais- RECHERCHES SUR L.V VITALITÉ DES TISSLS. 137 seiise avec graisse libre, cristaux de cholestérine, hémaline, pigment, etc. M. Mantegazza a fait à ce sujet un grand nombre d'expériences : chez les Reptiles vrais et les Mammifères, il a eu constamment transformation graisseuse ou suppui'ation ; mais chez les Grenouilles, en ayant soin d'ojrérer pendant Ihiver, la réussite est, dit-il, la règle, les testiculesayant été transplantés, soit sous la peau, soit dans la cavité du ventre. Dansées conditions, ils restent libres pendant plusieurs semaines, vivant par imbibi- tion; ce temps écoulé, ils contractent des adhérences vasculaires avec le nouvel organisme. Quelquefois alors ils sont pris de dé- générescence graisseuse ; mais le plus souvent ils conservent leur structure, et, après deux mois, on y retrouve encore des zoospermes vivants. Ce résultat déjà bien étonnant n'est pas le plus extraordinaire parmi ceux que rapporte M. Mante- gazza : un testicule ayant été transplanté sous la peau d'une Grenouille femelle, il est arrivé maintes fois que les œufs de cette Grenouille étant mûrs, l'organe mâle a perforé les muscles de l'abdomen, comme si une force attractive s'était développée entre lui et les œufs à travers les parois du ventre. Si M. Man- tegazza a senti le besoin de marquer de trois points de doute (???) les faits de régénérescence décrits par MM. Philipeaux et Vul- pian dans les nerfs greffés, et cela sous le prétexte que ses propres résultats, obtenus dans des conditions toutes différentes, ne concordaient pas avec ceux de ces physiologistes, je pense qu'un pareil luxe de ponctuation dubitative est inutile pour mettre en garde contre la réalité du nouvel instinct testiculaire découvert par l'ardent expérimentateur de Pavie. Les mouvements des cils vibratiles s'arrêtent plus ou moins vile dans les muqueuses transplantées. M. Bizzozero les a vus persister pendant vingt-neuf jours sur la langue d'une Grenouille placée sous la peau. Il est à regretter que ce physiologiste n'ait pas continué à observer les modifications qui ont du survenir dans lépithélium après l'arrêt des mouvements ciliaires. Les expériences personnelles doi.t nous donnons plus bas les détails montrent que les os greff('\s peuvent être atteints de ma- ladies diverses semijlables à Tostéite, l'osléomalacie, etc. ; leur 138 p. UERI. moelle se charge de eclliiles jeunes, subit la Iraiisfonimtiuii fibreuse, etc. La constatation de ces faits intéressera particuliè- rement les anatomistes (jui s'occupent des (''volulions dites patho- logiques. Les transplantations animales sont destinées à rendre encore bien des services à la physiologie. MM. Philipeaux et Vulpian ont essayé d'intercaler un fragment de nerf ojitique entre les deux bouts d'un nerf ordinaire divisé; leurs tentatives n'ont point été l'ouronnées de succès , mais elles sont peu nombreuses, et c'est une expérience qui mérite d'ètn? répétée qu(^ celle qui pourrait avoir pour conséquence de faire servir un nerf de sensation spé- ciale à la transmission d'ébranlements moteurs. La greffe de la diaphyse isolée d'un jeune os en voie de déve- loppement serait utile pour étudier la possibilité de l'allongemeiit propre de cette partie osseuse, (juestion tant discutée à l'occa- sion du moignon des jeunes anqiutés. La greffe dans le péritoine d'un œuf fécondé de Mammifère servirait à analyser les phases diverses de certaines grossesses exti'a- utérines. La greffe de globules blancs du sang bien isolés, leur intro- duction, par exemple, dans une veine bien vidée, entre deux ligatures, pourrait permettre peut-être de résoudre la ((uestion controversée de la transformation de ces éléments en fdireslami- neuses. On pourrait encore é'tudier le r(Me propre des éléments figurés des tumeurs dites cancéreuses en les greffant de la sorte, après un lavage prolongé dans du sérum d'animal sain. Mais il serait trop long dénumérer tous les projets d'expérience, et tous les prol)lèmes dans la solution desquels interviendrait puis- samment la méthode des transplantations animales. Ce que nous avons dit suffit à montrer la généralité de son eniploi. Nous de- vons terminer cette longue digression, qui n'était pas étrangère au sujet principal de notre thèse, en abordant un côté des résul- tats des transplantations animales qui a plus directement rappoi't à la résistance vitale des éléments analomiques. Dans les expériences que nous venons dénumérer, la trans- plantation a toujours été opérée, soit sur l'animal même d'où la partie avait été détachée, soit sm- \\>a animal de même espèce. RKCHKRCHES SUR LA VITALITK DKS TISSUS. 139 Mais on comprend que l'événement ne soit pas le même, si l'on fait la greffe sur un animal d'une espèce différente. Les élé- ments anatomiques ne trouvant plus là des conditions nutritives semblables à celles qu'ils possédaient primitivement, ils peu- vent être atteints de maladies diverses, ou même perdre leurs propriétés vitales, mourir et être éliminés. 11 semble à priori que l'on doive trouver, dans les circonstances de survie ou de mort des parties transplantées, des indications précieuses pour la clas- sification des animaux, et que la facilité ou la possibilité de la greffe serve ainsi de mesure, pour ainsi dire, pour les distances zoologiques. I^es faits constatés jusqu'à ce jour paraissent, il est vrai, entraîner des contradictions; mais, sans aucun doute, il n'y a là que des apparences, et des circonstances secondaires, comme le procédé, le lieu de la greffe, etc., les doivent expliquer suffisamment. Pour \e^ ^veiïea intérieures, la continuation de la vie ne paraît avoir lieu qu'entre espèces assez voisines. Les transfusions san- guines, les premières en date, n'ont donné dheureux résultats qu'à la condition de rester dans les limites du genre. Ainsi M.M. Delafosse et Milne Edwards (1) ont pu rappeler à la vie un Ane exsangue en injectant dans ses vaisseaux du sang de Cheval. Mais si l'on opère entre Ruminants et Carnassiers, entre Carnas- siers et Rongeurs, ou de l'Homme au Chien ou au Mouton, on voit que la vie de l'animal n'est que momentanément rappelée; il se refroidit bientôt et meurt en quelques jours. Ceci revient à dire que les globules sanguins ainsi transplantés n'accomplissent plus d'une façon normale leurs fonctions physiologiques, et qu'ils les perdent même complètement après un temps assez court. Si l'on franchit des intervalles plus grands encore, on voit que l'introduction de sang de Mammifère dans les veines d'un Oiseau saigné à blanc est incapable de révivifier, même momentanément, lanimal, en sorte que le globule sanguin a perdu presque innuédiatement, dans ce nouveau milieu, ses pro- [\) \o\. Miliie Edwards, Leçom sur ht physiologie et /'a/wtotnic ronijiofée, t. T, p. 326 (Paris, 1857). L'analyse qun nous présentons des laits de transfiisinn sanguine est empruntée pour l.i plus grande partie à ce remarquable ouvrage. l/lO p. BKRT. priétés les plus importantes. Ce n'est pas à dire, cependant, qu'il meure entièrement tout de suite , car les expériences de Moleschott et Marfels ont montré qu'on retrouve les globules sanguins du Mouton introduits dans le système circulatoire de la Grenouille, pendant au moins quinze jours, avec leurs caractères normaux. Brovvn-Séquard (1) a obtenu, poiu' des globules de .Manmiifère transplantés cbez un Oiseau, des résultats ana- logues. Pour les greffes périostiques , M. Ollier (2) est parvenu, dans des cas très-rares, ii ol)tenir quelques fragments osseux d'un périoste de Chien transplanté sous la peau d'un Lapin. Dans d'autres circonstances, la membrane périostique a continué de vivre et s'est pénétrée de nouveaux vaisseaux, mais les cellules jeunes qui lui étaient accolées n'avaient pu se transformer en os; cela est arrivé encore du Chien [au Lapin, et, chose bien étonnante, du Lapin au Poulet. Ordinairement, les greffes de Mammifère sur Oiseau étaient éliminées ou enkystées avec transformation graisseuse non vitale. Pour les os, les difficultés, dit cet expérimentateur (3), sont encore plus grandes, les suppurations encore plus fréquentes. Quelquefois l'os contracte des adhérences, mais il devient jau- nâtre, mince, et finit par disparaître. On verra que les résultats de nos expériences sur la greffe des membres entiers concordent avec celles de l'habile chiiuroien lyonnais. Nous n'avons pu obtenir de véritables greffes qu'entre animaux très-voisins, appartenant tous au genre Mvs. Mais si des transplantations vasculaires ou sous-cutanées nous passons aux transplantations qu'on pourrait appeler extérieures, il semble, au dire des auteurs, que la réussite soit beaucoup plus facile. Dieffenbach et Wiesnumn affirment que les plumes trans- plantées sur Mammifère continuent k vivre et à croître. Huntei' et A. Cooper ont pu faire reprendre une dent humaine dans la (1) Jour», de phys. de Brown S^'iiiiaril. 1858. p. 174. (2j Comptes rendus et Mi m. Soc.bio/. jKiur i'fmiii'e I8.Î8, Mèiii.,\i. 150; Journal ilo Brown-St-quiird , 1800. p. 102. 'a J(ii/,-)iii/ i\e Rniwii-Si'ipiiinl. ISGO, p. 104. HliCHERCIihS SLU 1,A MJAMTÉ UKS TISSUS. 1/|1 (•rAlediiii Coq. Pantin, liaroiiio dit avoir iniplanlé avec succès une aile de Serin et môme la queue d'un jeune Chat dans la crête dun (]o(| : cette expérience a récenmient été répétée par M. Brown-Séquard (1), (jui dit avoir, lui aussi, réussi. Je me contente d'inscrire ces allégations, en taisant observer que je n'ai jamais pu parvenir à faire vivre la queue d'un Rat, lorsque, l'ayant coupée, puis écorchée jus(|u'à une petite distance de son extrémité, j'introduisais la partie dénudée sous la peau du dos du même Rat; dans ces circonstances, toujours la partie restée à l'extérieur se desséchait et mourait. CHAPITRE 11. KKSISTAXCE VITALE DES KLÉMENÏS. — FAITS CON.Na'S. N'ous arrivons à l'analvse des faits consignés dans les auteurs et qui ont rapport au sujet dont nons nous occupons ici. Ce tra- vail de bibliographie ne nous a fourni, comme on le verra, que des résultats peu satisfaisants par leur précision et même par leur nombre. Nous indi([uerons, à l'occasion , les desiderata principaux, et aussi les expériences qu'il nous semblerait utile de faire pour y répondre. Les faits que nous mentionnons ont été constatés isolément, à propos d'études spéciales, et tout à fait en dehors du point de vue général où nous nous sommes placé. Il n'est donc pas étonnant qu'ils soient peu nombreux, et que leur exposition soit difficile à grouper sous un plan d'ensemble. Nous auiions désiré coudrier ces lacunes, et exécuter toutes les expériences dont nous indiquons ici la marche. Mais le temps et les circonstances qui nous pressent ne nous l'ont pas permis : (|u'on nous pardonne en faveur de l'engagement pris par nous de mener à solution tous les problèmes attaquables par voie expérimentale que nous aurons dû signaler. L'action des modificateurs peut être considérée quant à leur énergie propre, d'une part, et, d'autre part, quant à la durée de leur application. Cette distinction n'a pas toujours été faite par (1) Journal de Brown-Séquard, 1860, p. 108. 142 p. BERT. les auteurs : il peut eu lesulter des cuutiiidietious apparentes dans les faits, et réelles dans les conelusions qu'on a tirées de ces faits. Tel modificateur détruit telle propriété vitale par cela seul qu'il apparaît, pour ainsi dire; tel autre n'a d'effet nuisible qu'après une action prolongée. D'un autre côté, il est souvent indispensable, pour juger de l'action d'un modificateur, de sa- voir si la partie en expérience y a été soumise et en a été éloi- gnée lentement ou brusquement. Ces circonstances diverses de- vraient donc toujours être indiciuées, et, cependant, elles ne l'ont été que rarement. Nous faisons maintenant cette reman|ue cri- tique d'une manière générale, pour nous éviter de la reproduire à propos de tous les cas où elle paraîtra méritée. Si peu variés que soient les faits que nous avons pu rasseml»ler, on peut en tirer des conséijuences générales que, pour simplifier notre exposition, nous présenterons en (juelques mots avant d'arriver à l'énumération détaillée des faits. Ainsi, c'est une vérité démontrée que le froid diminue 1 in- tensité des manifestations vitales, et supprime même très-vite certaines d'entre elles, mais qu'il est beaucoup moins redoutable que la chaleur pour l'existence même des propriétés. Ceci se manifeste de deux façons : d'abord, chez les animaux à tempe - i-ature fixe et élevée, les propriétés vitales sont dt'truites par une augmentation de la tenq3érature beaucoup moindre que l'abaissement qu'elles peuvent supporter sans péril; d'autre part, l'arrêt par la chaleur est une destruction, l'arrêt par le froid n'est souvent qu'une suspension. « C'est un carac- » tère des phénomènes vitaux, dit M. Cl. Bernard (1), de pou- » voir renaître par une élévation de température, quand on «les a arrêtés au moyen du froid, et de ne le pouvoir plus » quand c'est la chaleur qui les a détruits. » Pour ce qui a rapport spécialement aux propriétés d'où résulte le mouvement, lesquelles ont été plus particulièrement et presque seules étudiées, nous verrons ([ue plus elles ont été mises en jeu énergiquement , moins longtemps elles se (l) Lrronssur /es propriétés- des tUsus civunt"-. Paris;. Ofniicr Builltèiv, 1866, p. I^i6i KKCHtnCHKS SLR )..\ MIALITK Di;s IISSUS. 143 conservent (.laiis les (Hénieuts séparés du corps, ou après la mort de l'individu : c'est pourquoi les ébranlements ('lectri- (jues, l'action des poisons convulsifs , la fatigue, etc., t'ont proraptemeut disparaître la contractilité musculaire et l'exci- tabilité nerveuse. Aussi sont-elles beaucoup plus persistantes chez les nouveau- nés que chez les adultes, surtout chez ces nouveau-nés qui semblent de véritables fœtus (Lapin, Rat, Passereaux, etc.). De plus, on peut augmenter la durée de cette persistance chez un animal déteiminé, en ralentissant, avant sa mort, l'inten- sité de leur manifestation. Lorsqu'on refroidit un animal à sang chaud par un procédé quelconque, ses muscles et ses nerfs restent excitables beaucoup plus longtenq)s que dans l'état normal ; c'est ce qu'a réalisé d'une manière si saisissante la belle expérience par laquelle M. Claude Bernard, ayant tranché la moelle épinière d'un Lapin au bas de la région cervicale, l'a transformé, pour ainsi dire, en animal à sang froid. En sens inversC; les Grenouilles, pendant l'été, se rapprochent singu- lièrement des animaux à sano- chaud. Mais cette différence dans la durée des manifestations ne change incontestablement rien aux conditions fondamentales des phénomènes. Les propriétés d'ordre vital cessent sans aucun doute de pouvoir se manifeste)', lorsque certaines niodilications physico-chimiques apparaissent dans la matière organisée. Si les actes de l'intensité desquels dépendent ces modifications s'exé- cutent énergiquement et rapidement, rapidement aussi disparais- sent les propriétés ou du moins leur manifestation. Ainsi, un milieu acide arrête la contractilité : or, de la mise enjeu même de cette contractilité résulte l'acidification ; il n'y a donc lien d'étonnant que la contractilité disparaisse d'autant plus vite qu'elle a été plus activement et effectivement sollicitée, .l'insisté sur ce point, parce que beaucoup de personnes croient reconnaître dans ces différences, dans celles qui ont rapport, par exemple, aux Manmiifères comparés aux animaux dits à sang froid, des phénomènes tout spéciaux, dont l'explication amène aisément à quelque intervention mystérieuse de celte force vitale j/j/l p. BKRT. aussi puissante quiucompréhensible. Le Ijou sens seienlilitjue repousse ces hypothèses surnaturehes, et l'expérience lui donne entièrement raison. La constatation de la durée des phénomènes vitaux n'en est pas moins chose intéressante, et quoiqu'elle ne touche qu'à la manière d'être et non à la nature des conditions compatibles avec la vie, nous avons cru devoir enregistrer les faits les phis intéressants parmi ceux (|ui sy rapportent. C'est encore une remariiue qui doit trouver place ici, ([ue. au moins dans notre opinion, les propriétés de motricité dispa- raissent sans retour dans les éléments anatomiques réellement congelés. Ce qui ne nous permet pas d'être plus aftirmatif, c'est qu'il est fort difficile de constater la congélation réelle d'un élé- ment anatomitiue, et par suite de déterminer la température k laquelle se fait cette congélation. On ne peut pas conclure de la roideur, de la dureté, de la fragilité même des tissus, qu'ils sont vraiment congelés dans l'intimité de leurs éléments, car il a pu s'opérer en eux ce qui arrive pour les solutions salines lors- qu'on les abaisse au-dessous de zéro, et une partie de leur eau de combinaison a peut-être seule passé à l'état solide. Cette simple observation jette un giand doute sur cette revi- viscence des propriétés musculaires et nerveuses que beaucoup d'auteurs croient avoir constatée dans des membres d'animaux ou même dans des animaux entieis congelés. Il ne nous a pas semblé, dans les quelques recherches expérimentales que nous avons faites à ce sujet, qu'un muscle devenu par l'action du froid complètement insensible à de forts courants électriques, ait repris, en se réchauffant, sa contractilité ; il est vrai que la perte de cette excitabilité arrive à des températures beaucoup plus basses qu'on ne saurait, à priori, le supposer. Notons, en terminant ces remarques générales, que l'action des acides paraît être fort redoutable pour les éléments ana- tomiques : leur contractilité, par exemple, s'y éteint rapide- ment. Ceci est bien en rapport avec ce fait ipie chez les ani- maux où la réaction du sang a été étudiée, elle s'est trouvée alcaline. La même propriété chimique existe très-probal)lement RECHERCHES SUR LA VITALITÉ DES TISSUS. l/l5 dans les milieux intérieurs de tous les animaux , chez ceux-là mêmes qui vivent au sein de liqueurs très-acides. Dans l'exposé des faits qui va suivre nous avons étudié succes- sivement ce qui a rapport aux trois ordres de propriétés distin- gués dans le chapitre précédent, savoir : 1° les propriétés d'où résulte le mouvement (contractilité, neurilité) ; 2° les propriétés d'où résulte la formation d'un être nouveau (aptitude à la fécon- dation^ aptitude au développement) ; 3" les propriétés d'où résulte la nutrition. Un paragraphe préliminaire est consacré à l'étude de quelques faits de résistance remarquable présentés par des animaux entiers, animaux fort petits, mais d'une structure ana- tomique très-complexe. 11 nous a semblé plus commode d'indi- quer une fois pour toutes, et d'une manière assez complète, ces faits qui, jusqu'à nos propres expériences, pouvaient paraître extraordinaires et exceptionnels, plutôt que d'en présenter une exposition scindée, peu claire, et sujette à des répétitions oiseuses, à propos de chacune des propriétés vitales. Dire que ces êtres ont pu supporter sans péril d'énormes modifications, c'est dire évi- denmient ([ue tous leurs éléments anatomiques les ont supportées sans être dépouillés de leurs propriétés. § I. — Rûsislanco \itiilo (riinliviclus entiers. Nous croyons inutile de rapporter ici la plupart des faits si nombreux relatés par les auteurs touchant la résistance vitale d'animaux soumis tout entiers à l'influence de certains agents physiques: et ceci, pour deux raisons. D'abord, en admettant que ces faits aient été scrupuleusement examinés, leur consta- tation est soumise le plus souvent à une cause d'erreur capitale : celle de savoir si le modificateur a réellement agi sur l'animal. Par rapport à l'agent calorique, par exemple, les animaux peuvent s'isoler, pour ainsi dire, de son influence, et se maintenir à une température différente de celle à laquelle l'expérimenta- teur les croit soumis; parexempl<3 encore, les Insectes placés dans le vide peuvent, à l'aide d'un mécanisme fort simple, se mettre à l'abri de l'épuisement de l'air, et vivent ainsi pendant un temps 5^ scric. ZooL. T. Y. (Cahier n" 3.) " 10 l/l6 IV BKKT. plus OU moins long sous la cloche pncuiiiatiiiuc. Le secouil uiotil" est que, si la mort de l'animal est le résultat de leur action pro- longée, celte mort n'a pas pour cause la destruction de quelque principe secret et insaisissable, tenant sous sa dépendance la vie de l'individu tout entier ;;elle est tout simplement la conséquence de la suspension des propriétés de quelque élément auatomique, comme la fibre musculaire, le globule sanguin, etc. : c'est ce qui arrive dans le cas déjà plusieurs fois indiqué dans ce travail, de la mort d'un animal par élévation exagérée de sa tempéra- ture. L'étude de cette cause de mort doit donc être faite à propos de chacune des propriétés élémentaires ; et c'est de cette manière que doivent être étudiées toutes les questions qui, ne se rapportant pas au mode d'action d'un 'mécanisme Qrganique, rentrent dans le domaine de la physiologie générale. Quant à l'action des modificateurs d'ordre chimique sur l'indi- vidu entier, son étude serait la toxicologie tout entière : ilous ne saurions donc nous y arrêter ; d'ailleurs les cas, bien rares encore, où l'action d'un poison a été localisée sur un élément anato- mique, comme M. Cl. Bernard l'a fait pour le curare, l'oxyde de carbone, etc., seront signalés à propos des propriétés de cet élément. Nous nous contenterons de rappeler succinctement ici (1) ces expériences si remar([uables, dont le point de départ remonte à Leuvvenhoeck, touchant la propriété singulière ([ue présentent certains animalcules inférieurs de/ésister à la dessiccation et de reprendre le mouvement quand on leur rend de l'eau. Constatée par^Leuvvenhoeck (2), puis par Baker (3) et Spallan- zani (4), chez le Botifère des toits, cette propriété fut retrouvée par le grand naturaliste italien dans d'autres êtres, animaux et végétaux, comme le Tardigrade, l'Anguillule des tuiles, lAnguil- (i) donsullci' piuliculicrcuient, pour 1 L'Iikle liistoi-i(iiie uvpérinicutiilu cl pliiloso- jihique de ces faits, le remarquable rapport de M. Broca, dans jl/w; . 8oc. 6(o/., aniu'L' 1860. (2) ContiinudioArmnonun uniiirO'. Lugd. Bat;i\., 1719. , (3) Employmeiit for t/ie M icroi-rope. London, llôU, (à) Opuscules (le phynquc nnimale "t r''fji';trilt',{. W, RECHEKCllts SUK LA MTALlTli DIÎS TISSUS. J 'j7 )ule du blé niellé, leîNostoc, la Tréinelle,eic.; il vit parfaitement que plus les dessèchements et les humectations ont été répé- tés, moins les êtres ont chance de revivre. Dutrochet (1), qui vérifia après Fontaua, Bauer et tant d'autres, ces faits, si faciles à observer, du reste, qu'on a peine à comprendre comment ils ont pu prêter à la controverse, reconnut, de plus, que les espèces de Rotifères (tubicolaires) qui sont complètement aquatiques ne résistent pasàla dessiccation. Toutrécemnient, MM. Coste, (Jerbo, et Balbiani (2) ont constaté chez les Kolpodes une faculté de lésistance analogue ù celle des Rotifères, et cette faculté paraît être très-générale chez les anim.aux inférieurs soumis dans la nature à des alternatives fréquentes de dessiccation et d'humec- tation (3). Peut-être serait-il possible de la faire disparaître chez les Rotifères des toits en en élevant plusieurs générations dans un milieu constamment aquatique. C'est à Doyère (ù) qu'on doit le pas le plus important que la science ait fait dans cette voie depuis Leuwenhoeck. Cet expé- rimentateur, s'efforçant d'arriver par l'action combinée du vide et de la chaleur à une dessiccation complète, vit que les Tardi- grades lentement desséchés peuvent être impunément portés à une température sèche de 100 degrés centigrades. Peu après, M. Gavarret (5) arriva à des résultats'identi(}ues; il af Arme, en effet, que les Rotifères, les Tardigrades et les Yolvox(déjà classés par Sennebier parmi les animaux ressuscitants) reprennent leurs mouvements après avoir été desséchés à froid, dans le vide, lors- qu'on leur rend de l'eau ; et qu'il en est de même lorsque la dessiccation à froid a été suivie de l'action d'une température sèche de 110 degrés centigrades. Enfin, les commissaires nom- més par la Société de biologie (6) pour juger la controverse (i) Mémoires pour servir à l'histoire unaiomiquc et physiologique des animaux et des végétaux, t. H. Paris, 1837. (2) Compf. rend. Acad. dessc, Paris, 186i; Ann. dessc.nat., 18C/i, 5<= soi'if,!. !l. (3) V. Davainc, Ann. se. nat., 4" série, (. X, 1858. (4) Ann. des se. nat., t. XVlll, 2« série, 1842. (5) Ann. des se. nat., 1859, 4' série, t. XI. 6) Mérn. Soc. biol., Année 1860, p. 1-139. \!\S P BF.RT. élevée à ce sujet entre Dovère et M. Pouehet (l) douuenl comme conclusion à leur excellent travail : « Des animaux (Rotifères) , flcs- « séchés successivement à froid dans le vide sec, puis à 100 dc- « grés sous la pression atmosphérique, c'est-à-dire amenés au « degré de dessiccation le plus complet qu'on puisse réaliser dans « ces conditions et dans l'état actuel de la science, peuvent encore « conserver la propriété de se ranimer au contact de l'eau. » Ce qui contribue à rendre saisissante cette apparente révivifica • tion, c'est la structure anatomique si compliquée de ces animaux, (pli possèdent des organes vibratiles, des muscles et des nerfs, connne le montre la belle anatomie c[u'en ont faite Doyère (2), puis Leydig (3). Les animaux supérieurs ne peuvent être, bien qu'en ait pu dire un spirituel romancier, soumis sans péril à un pareil traite- ment ; mais est-ce à dire pour cela que la vie de nutrition soit détruite dans leurs éléments par la dessiccation? Nous ne le pensons pas, et les expériences sur lesquelles s'appuie notre opi nion se trouveront consignées dans la dernière partie du présent travail. j; U. — Pniprii'U'!; dosquellcs icsulte le inouM'iiRiil. C'est par rapport à elles surtout qu'il faut avoir présente à l'esprit cette remarque généraleque les propriétés vitales peuvent «Hre suspendues dans leur exécution sans être atteintes dans leur existence, en sorte que si on leur rend leurs conditions primitives, elles se manifestent de nouveau. C'est ainsi qu'une Grenouille dont la strychnine a complètement arrêté les propriétés ner- veuses, revient à elle après un certain temps, lorsque les sécré- tions entretenues par les battements non interrompus du cœur ont éliminé le poison. C'est ainsi eiicore que, dans l'expérience classique de Sténon, dont 31. Brown-Séquard a tiré de si riches corollaires, et que M. Yulpian a si ingénieusement variée le (I) l{r(:hi:n:h<:s vl cxpéfienccs sur les oitunniu: rcsstci'.-itauts. l'ari-, 1859. ,2) Ann. sv. >i'il., 2'= série, l. XIV cl t. XVII. l'i) L'ebcr (k'ii tiuu dcv Mdcrtlticre (Zcits. f. v:iss. Zoo/., I85i;. RECHERCHES SUR LA VITALITÉ DES TISSUS. 1/(9 retour du sang chargé d'oxygène ranime les propriétés nerveuses et musculaires que la ligature de l'aorte avait suspendues. Cette remarque s'applique à toutes les propriétés nerveuses centrales et périphériques comme à la contractilité , et nous aurons occasion de la rappeler. Pour toutes ces propriétés, nous ne voyons vraiment d'autre moyen de savoir si leur existence a été détruite par certains modificateurs que l'injection sanguine, ainsi que l'a fait M. Brown-Séquard, ou, dans quelques cas que nous indiquerons, l'action de certaines substances connue les alcalis, etc. Nous aurons donc constamment à distinguer ce (pii suspend et ce qui détruit les propriétés vitales. A. Propriétés nerveuses. — L'arrêt de la circulation sanguine fait cesser très-rapidement chez les animaux supérieurs les ma- nifestations des propriétés des centres et, peu après, celles des propriétés des nerfs périphériques. Mais elles persistent en réa- lité pendant longtemps, car M. Brown-Séquard (1) a pu rap- peler la sensibilité et le mouvement réflexe dans le corps d'mi cochon d'Inde, où ces propriétés avaient entièrement disparu depuis huit minutes après la mort par hémorrhagie, en injec- tant dans ses vaisseaux du sang chargé d'oxygène, et en pra- tiquant la respiration artificielle. Des signes d'intelligence et de volonté ont pu même être obtenus de la tête d'un chien décapité, dix minutes après la cessation des mouvements respiratoires, en employant le même procédé (2). Chez les vertébrés inférieurs, ces propriétés s'éteignent beau- coup plus lentement, mais peuvent être rappelées après un bien plus long temps. Le 28 mai, à onze heures, M. Vulpian (3) lie, sur une grenouille verte, le bulbe aortiqueprès de son origine ventri- culaire. A trois heures, tout mouvement spontané a disparu; la contractilité musculaire et l'excitabilité nerveuse motrice existent encore ; mais on s'efforce vainement d'obtenir des actions réflexes en agissant sur le tronc même du nerf, ce qui prouve que soit la (1) Joufiuil (If plnjainl. t\\j Brown-Seqiiard, 1858, p. 117. (2) /i«/., p. 119. (3) Bull. Soc. phihmnthlqne de Paris, 1864, p. 106 ; Journal ile l'Institut, 186i. 150 p. BLRT. sensibilité, soit les propriétés des centres, soit les deux ont dis- paru : le cœur bat encore, les extrémités des doigts sont dessé- chées, la peau est collée sur les phalanges et devenue transpa- rente, A trois heures quinze minutes, on enlève la ligature; h cinq heures cinq minutes, il se produit un mouvement inspi- ratoire spontané; à cinq heures trente minutes, on peut déter- miner un mouvement réflexe dans les bras, en laissant tomber la grenouille sur le dos, et on ne peut pas en provoquer autrement ; à six heures quinze minutes, les mouvements inspiratoires sont toujours rares. Le lendemain, la grenouille est bien revenue à elle. Des expériences analogues pourraient sans doute être répé- tées chez les lapins nouveau-nés, en ayant soin, au moment où on lèverait la ligature du cœur, de faire la respiration artificielle. Dans la mort naturelle ou traumatique, l'action propre des centres nerveux s'éteint avant celle des nerfs moteurs. M. Vul- pian (l ), étudiant les effets de la suspension du cours du sang dans la moelle épinière, est arrivé cà cette conclusion que les propriétés de la substance grise sont abolies, tandis que persiste encore pen- dant quelque temps l'excitabilité des fiiisceaux blancs qui circon- scrivent cette substance. On attribue de l'action sur les propriétés des centres nerveux à certaines substances telles que l'éther, la morphine, etc.; il paraît prouvé que la strychnine les épuise par excitation exagérée ; mais on ignore avec quels degrés d'élévation ou d'abaissement de température leur exercice ou leur existence sont compatibles. 11 faut remarquer que les expériences nécessaires pour élucider ces points sont tort difficiles à exécuter, parce que les propriétés des centres nerveux ont besoin pour se manifester de l'intégrité de certaines autres propriétés (sensibilité, motricité, contracti- lité); et il pourrait arriver que l'action de celle-ci ait été sus- pendue ou détruite par l'inlluence même du modificateur dont on veut déterminer les effets. Ceci s'appUque également à la sensibilité, qui ne peut se mani- fester que si les propriétés des centres, la motricité et la contrac- (1) (ia;.. hi'hil. )iiod. i-Inr.. 1861. RECHKRClirS SUR LA VITALITÉ DES TL^SUS. 151 liliU' sont conservées. Aussi la science est- elle aussi pauvre en résultats pour cette propriété que pour les précédentes. Outre c<' que nous avons dit en parlant de celles-ci, on sait encore que l'action du froid ou d'une température très-élevée, que le contact direct de l'éther, du chloroforme, de la morphine, de la nar- céine,etc., suppriment momentanément l'impressionnabilité du nerf sensitif.On pourrait obtenir de bons résultats d'expériences dans lesquelles la patte d'une grenouille isolée par une ligature serait soumise à des agents divers; on pourrait constater ensuite si, la motricité nerveuse et la contractilité musculaire persistant, la sensibilité cutanée et la conductibilité centripète des nerfs seraient suspendues ou même (et l'on s'en assurerait en relàclianl la ligature) si elles auraient définitivement disparu. On sait que les nerfs moteurs conservent leur ])ropriété api'ès que la sensibilité ou que les propriétés des centres nerveux ont disparu, et que cette propriété se perd avant la contractilité mus- culaire. Elle diminue progressivement après la séparation des centres, au contraire de ce que nous signalerons dans la pro- priété des muscles [Faivre (1)]. Les expériences de M. Brown- Séquard (2) ont montré que le contact du sang oxygéné peul restituer au nerf sa propriété motrice bien longtemps après qu'il l'a perdue, lors même que le muscle auquel il se rend a déj subi la rigidité cadavérique. Celles de M. Vulpian, que nouy avons rapportées à la page précédente, conduisent à la mênK conséquence. Humboldt et J. Millier (3) ont fait voir que l'application de solutions d'opium ou de morphine sur le trajet d'un nerf détruit l'excitabilité de ce nerf sur le lieu môme de l'application ; la même chose n'aurait pas lieu, selon Yalentin (4), avec la strych- nine. L'action dun violent courant électrique agit de même sur toute l'étendue du nerf. Enfin, la propriété d'agir sur le nuiscle est encore empêchée (1; A>ui. des se. mit., 4' série, l. XVI, 1801. (2) Jour», dephysiol. de Br(>\vii-Séqiiavcl,1858. (3) Momie! de physiologie, tvad. de .Toiinl.iii. t. L p. 550. 'l) Le/irbuf/i di'r P/i)j\io/offie. t. II. 152 p. SERT. par le conlact de certaines substances comme le curare (Cl. Ber- nard), le venin de scorpion, etc., avec les extrémités périphé- riques des nerfs moteurs. On ne sait pasàcpielle température la motricité disparaît momentanément ou définitivement dans le nerf; mais il est certain qu'une température de zéro et même un peu plus basse ne la détruit pas. Une patte de Grenouille peut être prise dans la glace sans que, après réchauffement, le nerf ait cessé d'agir sur son muscle. Mais ceci n'implique pas congé- lation (voy. p. 22). Si l'on plonge un membre de Grenouille dans de l'eau légèrement acidulée, le nerf perd sa propriété motrice avant que le muscle ait cessé d'être contractile. Notons, en terminant ce qui a rapport aux propriétés ner- veuses, qu'elles sont assez rapidement détruites dans les con- ducteurs nerveux séparés de certains centres, par suite de l'altération anatomique que subissent les tubes nerveux ; mais qu'elles reparaissent plus tard, consécutivement à un travail de restauration pour lequel le concours des centres nerveux n'est en aucune façon nécessaire. B. CoxTRACTiLiTÉ. — 1" Conti'aclilUé musculaire. — Nous n'en sommes plus au temps où, malgré les expériences de Fon- tana , imitées par M. Longet, on discutait encore pour savoir si l'irritabihté appartient en propre au muscle, ou s'il la reçoit par l'intermédiaire du nerf. M. Cl. Bernard a, par l'emploi du curare, tranché définitivement la question. Les conditions dans lesquelles se perd cette propriété carac- téristique du muscle ont été étudiées avec assez de soin par les physiologistes. 0)i a constaté qu'un grand nombre de substances agissent directement sur cette contractilité pour la détruire : tels sont la vératrine, la digitale, le sulfocyanure de potas- sium, etc. Pour que leur effet se manifeste, il n'est pas nécessaire qu'on les dépose directement sur le muscle , il suffit qu'elles soient introduites dans le sang ; et comme alors elles agissent pour la plupart d'abord sur les fibres musculaires qui constituent le cœur, il eu résulte une classe nombreuse de poisons dits poisons du cœur. RECHERCHES SUR LA VITALITÉ DES TISSUS. 153 I.es gaz acide carbonique, hydrogène sulfuré, acide sulfu- reux, arrêtent très-vite la contractilité musculaire : notons qu'ils ont tous une réaction acide, et que, d'une manière générale, les milieux acides détruisent cette propriété. En sens inverse, certaines dissolutions salines la conservent très-longtemps, et M. Pélikan (1), qui a découvert ce fait, a vu que des muscles de Grenouilles, plongés dans ces solutions, étaient encore intacts après quatorze jours. « C'est sans doute pour cette raison, dit M. Brown-Séquard (2), que les fibres de l'iris, immergées dans les milieux de l'œil, peuvent rester jus- qu'à seize jours (Anguille) irritables par la lumière. » Déjà Car- liste (3) avait constaté que l'irritabilité musculaire se conserve pendant longtemps dans une solution étendue de potasse, tandis que l'action seule de l'eau distillée la détruit assez rapidement. Dans le corps d'un animal mort de mort traumatique, dans un muscle amputé, ou tout simplement dans un membre oîi l'on empêche le sang artériel de pénétrer, cette propriété se conserve plus ou moins longtemps , selon les considérations générales que nous avons données plus haut (voy. p. 21). Plus longtemps, si la température ambiante est basse, si surtout celle de l'animal était naturellemeut basse ou abaissée ; moins long- temps, si le muscle a été soumis à des efforts énergiques avant la mort, etc. Dans le cœur d'un Oiseau, elle se maintient à peine quelques minutes, et, d'autre part, on l'a vue, dans les muscles d'une Tortue, durer sept à huit jours. M, Faivre(û) a montré de plus que, dans les muscles isolés des centres nerveux, isolés môme de leurs nerfs moteurs par l'action du curare, l'excitabilité augmente notablement après la mort, et que ce maximum dure plusieurs heures chez les Grenouilles; mais enfin le muscle donne une réaction acide, devient rigide, et perd sa contractilité. Or, pendant très-longtemps, ou peut lui rendre cette propriété, comme l'ont prouvé les expériences de M. Brown-Séquard, eu (1) Arcliiv. (lei se. p/iys. et mit. de Genève, 1858, t. H. (2) Journ. tfe /a ;j%.?/o/. de Brown-Séquard, 1858, p. 733. (3) (*n Muscular Motion {Bibl. britnnn., t. XXXI). ik) Ann. des se. mit., 1861, à» série, t. XVI. 15/i p. BERT. iiijeclaut dans ses vaisseaux du sang oxygéné, qui lui rend sa nutrition normale. Pour la rigidité due à l'action de la chaleur, de l'eau distillée, du chloroforme, etc., M. Preyer (1) a montré que, au delà de certaines limites, le rétablissement de la circulation sanguine ne suffit pas à la faire disparaître ; il faut, pour obtenir ce résultat, faire baigner le membre dans une solution aqueuse (I pour 100) de sel marin, avant d'y laisser pénétrer de nouveau le courant saneum. La hmite inférieure de température à laquelle les muscles perdent leur contractilité, n'est pas encore nettement détermi- née. Il est certain que la température de degré ne la détruit pas, et qu'un muscle de Grenouille peut être pris dans la glace marquant moins de degré, sans que sa propriété caracté- ristique l'ait abandonné. Carhsle (2) dit même qu'à — 12", elle résiste toujours. Mais, en nous reportant aux considérations déjà rappelées, nous ne croyons pas que, même à ces basses tem- pératures, la substance contractile soit congelée. Toutes les fois que, dans les quelques expériences que nous avons faites à ce sujet, le muscle même nous a paru bien gelé , en vain l'avons- nous réchauffé, il est resté flasque, non contractile, ne redeve- nant pas rigide, et se putréfiant avec une grande rapidité. Quant à la limite de température supérieure que peut suppor- ter le muscle, elle est mieux déterminée, mais elle varie un peu suivant les animaux. Chez les Mammifères et les Oiseaux, la mort arrive, comme l'a découvert M. Claude Bernard , lorsque la température propre de l'animal est élevée de 5 degrés envi- ron, et cette mort est due à la roideur et à la disparition de la contractilité musculaire. C'est à la perte de cette propriété que doit sans doute être rapportée la mort par échauffement de tous les animaux pourvus de 'muscles. Ainsi, selon Spallanzani (3), les Grenouilles et leurs Têtards, les Salamandres, les Sangsues, H) Ceutralblalt f. mal. \Vlssens:ch., 1804, n° 49. (2) Loc. cit. (3) Loc. cit., l. n, p. b!i. Spallanzani niismait la loinpi'iiiiin'o ihi niili. u il non .\'lle ries animanx, toujours un peu plus basse. RECIIERCIIRS SUR [.A VlTAMTlt DES HSSUS. 155 les ViM's {'t nymphes de Cousin, les larves de Mouches, les Vers à soie, les Anguiîlulos du viniugre, etc., meurent entre /| 2 et [\fl degrés. Or ces inégalités s'expliquent très-bien par quelque petite différence dans la composition de la matière contractile, car M. Rïdine (1) a montré que l'action de la température sur le muscle consiste en une coagulation de sa substance. Cette coagu- lation arrive chez les Mammifères à 45 degrés ; chez les Oi- seaux, à h9 degrés ; chez les Grenouilles, à /lO degrés. 2° Mouvement vihratile. — Dans le règne animal, ce mouve- ment est présenté parles cellules munies de cils et par les sperma- tozoïdes. Il est aujourd'hui bien démontré, je i)ense, que ces deux ordres d'éléments doivent leur mouvement à la même cause, ou plutôt, que leur matière constituante jouit d'une propriété iden- tique, sur laquelle agissent de la même manière tous les modifica- teurs. Sans doute, l'influence de ceux-ci se fait sentir avec une intensité souvent inégale sur les cils ou sur les zoospermes d'un même animal ; mais tous les observateurs ont constaté qu'il y a des diff'érences encore plus grandes, sous ce rapport, entre les spermatozoïdes d'animaux différents. Nous réunirons donc ici tout ce qui a rapport à ces deux espèces d'éléments. L'élévation de la température accélère les mouvements vibra- tiles, son abaissement les ralentit. Au-dessus d'une certaine limite, le mouvement disparaît, et ne reparaît plus quand on revient au degré primitif; si, au contraire, son arrêt est dû à l'action du froid, il se manifeste à nouveau quand on fait inter- venir la chaleur ; mais il est bien entendu que ceci n'est pas indéfini. Je n'ai rien trouvé dans les auteurs touchant le degré de chaleur auquel s'arrêtent pour mourir les cils vibratiles et les spermatozoïdes des vertébrés supérieurs. Chez les Grenouilles, le mouvement des cils s'accélère jusqu'à 50 ou GO degrés, puis (1) Recherches sur les propriétés physioloyiqnei des muscles {Ann, des se. nid., 'i' série, t. XIV, 1860). 150 p. BEBT. diminue el, cesse complètement et définitivement à 80 de- grés (1). Quant au froid, les cils des Mammifères et des Oiseaux s'ar- rêtent à + 5 degrés; aussi, chez les hibernants, ils deviennent immobiles pendant la période d'hibernation (2); chez les ani- maux à sang froid, leur mouvement cesse seulement à degré ou un peu au-dessous (3) ; il est même des poissons, comme le Brochet, dont les spermatozoïdes ne peuvent être arrêtés que par une exposition de plusieurs heures à un froid de — 10 à — 12 degrés centigrades (/i). Godard (5) a remarqué que la congélation du liquide spermatique n'en tue pas les éléments mobiles, car leur mouvement leparaît si on les réchauffe avec précaution : ils n'étaient sans doute pas véritablement gelés. Le mouvement vibratile dure plus longtemps chez les ani- maux inférieurs que chez les supérieurs. Cependant, chez l'homme môme , M. Gosselin (G) a trouvé les cils mobiles soixante-dix-huit heures après la mort (décapitation) , la tem- pérature étant de 20 degrés environ, et cent soixante-huit heures, la température n'ayant pas dépassé 12 degrés au-des- sus de zéro. D'autre part, Godard a constaté que les zûospermes vivaient encore, cinquante-quatre heures après la mort, dans le canal déférent d'un sujiplicié, et soixante-douze heures après dans l'épididyme d'un Taureau, Après soixante-quatre heures, M. de Quatrefages (7) a pu obtenir fécondation avec des laitances de Brochet laissées depuis ce temps dans une glacière à degré, et R. Wagner a conservé ainsi ^de la laitance de Perche pen- dant quatre jours. Si on leur rend, soit par la transplantation, soit autrement, de bonnes conditions de vie, les éléments vibra- (1) Cl. Bernaril, Leçons sur /es propriétés drs ilssus vivanis, Paris, 1860, p. 4/i6. (2) Ibid. (3) Wagner, Hist, de In génér. et du déreloppAM-xwoWa, 18/il. (^) Quàtreiages, Hecherches sur la vitalité des spprmaloz. de ({velipies Poissons d'eau douée {Ann. se. not., 3« série, l. XIX, 1853). (5) Etudei sur la Monordiidie et la cryplorehidie riiez l'Iiomme. Paris, 1857, p, 3/i. (6) Compter rendus de la ^o<\ de Liol., nniKc 4 851, p. '58. (7) Ourr. cit. RKCHERCHKS SUR LA VlTALlTIi DES TISSUS. 157 tiles conservent leurs mouvements pendant bien plus longtemps. Ainsi Bizzozero ( l) a vu, sur une langue de Grenouille greffée sous la peau d'une autre grenouille, les cils s'agiter jusqu'à vingt-neuf jours. On a retrouvé dans les trompes de Mammi- fères des spermatozoïdes vivant encore après sept (2) et huit (3) jours; chez les Insectes et la Salamandre terrestre, on les a vus s'agiter pendant des semaines [Siebold (li)]; et Mantegazza (5) a montré que, dans les testicules grefTés de Grenouilles , ils restent mobiles bien plus longtemps encore. Mais enfin, dans une mu([ueuse, dans le sperme, le mouve- ment finit par s'arrêter. Or, Virchow (6) a découvert ([u'une solution faible de potasse ou de soude ranime à ce moment les cils immobiles, et RoUiker (7) a étendu cette propriété aux éléments fécondateurs. Il paraîtrait même, selon Kolliker, que la dessiccation ne tue pas toujours les spermatozoïdes ; mais il semble difficile de cou - ciUer cette observation avec ce qu'ont vu tous les auteurs qui ont parlé de ce sujet. Quant aux cils vibratiles, nous avons vaine- ment essayé de les ranimer sur la muqueuse palatine desséchée de Grenouilles. Il n'en est pas moins certain ({u'ils se raniment chez les Rotifères desséchés. Le mouvement vibratile est étroitement lié à un certain degré d'hygrométricité de la matière contractile ; tellement, qu'on peut l'arrêter en plongeant les cils ou les zoospermes dans un milieu fortement endosmotique ou exosmotique , et ensuite le faire revivre en rendant au liquide ses conditions osmotiques nor- males (Kolliker, Bizzozero). Ainsi, des solutions concentrées (1) Studii comparutkù sui nemaspermi et xiiUe dylia \flbratili {Gaz. méd. , Milaiij 1864). (2) Prévost et Dumas, Aun. des se. nat., V série, t. HI. (3) BiscliolT (MuUei-'s irc/(à', 1841). (4) Ueber das Receptaculum Scminis der weiblichcn Vrwk'lcn {ZcU-iehrlft fi'r wisse/is. Zoo/., 1858, t. IX). (5) Voy. ci-dessus. (6) Ueber die Errcgbnrkeit der F/iiiimêrzei/e/i {Âix/iic /"r jfd/i. Aii'd,, fj' Baud, 1853). (7) Zciisch, fiir wissens. Zool., \\\, 1856. 158 î». BERT. d'albumine, de gomme, de suere, de glyeériue, suspendeiii plus ou moins vite le mouvement vibratile, qui reparaît lorsqu'on ajoute de l'eau. Si, au contraire, c'est par l'action plus ou moins prolongée de l'eau qu'on l'a arrêté, il suffit, pour le faire re- naître, de charger le liquide de sucre, de glycérine, etc. Ces faits, de découverte récente, enlèvent presque tout leur intérêt à ce qu'avaient dit les anciens auteurs, comme Purkinje et Ya- lentin (1), Donné, J. Millier ou même de Quatrefages, sur l'action mortelle de certains liquides pour les cils vibraliles ou les spermatozoïdes. On comprend que l'intensité de ces phénomènes peut varier singulièrement d'espèce à espèce, puisqu'elle dépend de légères modifications dans le pouvoir osmotique de la substance con- tractile : c'est, en effet, ce qui a lieu. Tandis, par exemple, que les spermatozoïdes des Annélides et des Mollusques à féconda- tion extérieure se meuvent dans l'eau pendant deux ou trois jours [M. de Quatrefages ("2)] , ce liquide gonfle et immobilise en peu de temps les éléments fécondateurs des Mammifères (3), et même, chose remarquable, des Poissons (^i); plus le sperme est dense, plus, tout naturellement, les spermatozoïdes vivent longtemps dans l'eau. L'élévation de la température favorise cette imbibition immobilisante : M. de Quatrefages a vu que les spermatozoïdes du Brochet s'agitent pendant 8 minutes dans l'eau à -|- 2 degrés, et qu'à + 28 degrés ils meurent en moins d'une minute. La plupart des solutions salines (sel marin, sulfate de soude, chlorure de baryum, nitrate dépotasse, sulfate de quinine, etc.), ou indifférentes (sucre, glycérine, urée, salicine, etc.), expéri- mentées par les anciens physiologistes n'agissent que par leur trop grande ou par leur trop fail)le concentration, et on peut toujours ranimer le mouvement en ajoutant soit de l'eau, soit du sel, de la glycérine, etc., et ceci à plusieurs reprises. On trouvera fl) Avec remarciuoti ilc \V. Sliiii|R'j lAmi, /'/'<, se. mit., 2"= série. I. lil, 183()). (2) Ouvrage cité. (3) Godard, cilc pur Loiiycl. imité de [ihysioL, l. H, p. 741. (4) Quatrefages, op. cit. UEOUKUCHliS SLK LA VHAIJT1' DES TISSUS. 159 à ce sujet tous les renseigiieiiieiits désirables dans Kollikei(!) ut Bizzozero (2). Il est cependant des substances qui arrêtent définit ivenient les éléments vibratiles, et cela, très-certainement, en modifiant la composition de la matière contractile. Mais ce ne sont pas tou- jours les substances qualifiées poisons; ainsi, l'acide cyanhy- drique, les sels de strychnine, l'opium, le curare, n'agissent que par leur degré de concentration. Au contraire, les acides [Kraemer(3)], le bichlorure de mercure, le nitrate d'argent, l'al- cool et quelques autres substances tuent réellement les éléments vibratiles, c'est-à-dire arrêtent sans ressource leurs mouvements. 11 serait intéressant d'étudier à ce point de vue l'action des poi- sons musculaires ; la digitaline m'a semblé arrêter très-vite les mouvements des spermatozoïdes, mais mes expériences sont in- suffisantes pour conclure. La dose toxique est parfois extraordinai rement faible. L'acide acétique paraît le plus redoutable des acides (Bizzozero : il u'a pas expérimenté l'acide phosphorii[ue, qui sans doute aurait une action au moins aussi énergique. Voy. chap. ni.) Les cils et les spermatozo'ïdes de Grenouille s'arrêtent après cinq minutes dans une solution à ~ de nitrate d'argent ou de liichlorure de mercinc (Bizzozero). Selon M. de Quatrefages (4), la sensibilité des sper- matozoïdes de Hermelle ou de Taret est bien plus grande encore , puisqu'ils périssent en quelques minutes dans l'eau chargée seulement de ^^.-^ de sublimé corrosif. On voit, en résumé, qu'il est peu d'exemples aussi saisissants de la différence qui existe entre les conditions de manifestation et celles d'existence d'une propriété vitale. Nous voyons ici la manifestation de la contractiUté subordonnée entièrement à un certain équilibre osmotique entre la matière contractile et le (1) Ueber die Vitalifut und die Ëntwickehinçj der Samenfaden {Verhandluiir/eu dcr Physiol. math. Gesellschaft , 1855, l. VI). (2) Loc. cit.; coiisuller aussi Donné, Cours de mieroscopie. Paris, 18ii, et Aiikoi- inami, De muta et evolutione filorum spermaficurumrunanmi. Regimoiitii, 1854. (3) Obs.microncop.et exper. de inotu spermut. Gottiujjuc, 1842. (4) Rech. expér. sur les ipenitatoz. des Hvrtnelles et def Taret« {Ann, dcf se, uat,, i^ série, t. XIII, 1850). 160 p. BERT. milieu ambiant, tandis que rexislencc de cette contractilité ne peut être atteinte que par des modifications d'ordre chimique dans la composition mi^me de cette substance : les agents physi- ques ne sont donc ici que suspenseurs de la vie et ne peuvent la détruire qu'à la condition d'aller jusqu'à changer dans la ma- tière organisée la combinaison particulièrement équilibrée d'où résultent les propriétés dites vitales. 3" Mouvement sarcodiqve. — Les faits que nous avons ren- contrés dans les auteurs touchant les influences qui arrêtent le mouvement sarcodique se réduisent à l'action toxique des acides. 11 est très-présumable qu'un examen comparatif mon- trerait que les mêmes modificateurs agissent dans le même sens, sinon avec la même intensité, sur la matière sarcodique et sur la matière vibratile. § ni. — Propriétés ilesquelles résullc la roiiiiiitioii il'uii nomcl être. Ces propriétés doivent être étudiées dans l'élément mâle et dans l'élément femelle. A. Spermatozoïdes. — Les expériences faites sur la féconda- tion artificielle des Poissons et des Grenouilles, etc., ont montré ({ue plus il y a de spermatozoïdes en mouvement, plus la fécon- dation s'opère sûrement; que si tous sont immobiles, ne fût-ce que depuis un instant, la fécondation ne peut avoir lieu. Nous })Ourrons donc en conclure que la propriété fécondante de ces éléments est liée chez ces animaux et probablement chez tous ceux où les spermatozoïdes sont doués de mouvement, à leur motilité, ou tout au moins que celle-ci est nécessaire à l'exercice de celle-là. Il suffit donc de renvoyer à ce qui vient d'être dit dans le paragraphe précédent, touchant le mouvement des éléments du sperme. Il serait intéressant d'opérer la fécondation avec des sperma- tozoïdes immobilisés, puis ranimés à plusieurs reprises par l'un des procédés indiqués plus haut; peut-être obtiendrait-on, de leur puissance fécondante diminuée, la formation de quelque RECHERCHES SUR LA VITALITÉ DES TISSUS. 101 être impartait, et jetterait-on ainsi quelque jour sur l'origine des monstruosités par voie paternelle. B. OEuFs. — Il faut distinguer dans les œufs l'aptitude à la fécondation de l'aptitude au développement. 1° aptitude à la fécondation. — J'ai vraiment été surpris de ne presque rien trouver dans mes lectures qui ait rapport à cette question, en sorte que ce paragraphe doit rester à l'état d'indication. M. Gerbe (1) a bien vu que les œufs de Grenouilles conservés à l'air depuis vingt-quatre heures peuvent être fécon- dés (l'expérience a môme été faite avec du sperme extrait depuis vingt-quatre heures), tandis qu'après une heure d'immersion dans l'eau , leur fécondation devient impossible. Mais cette impossibilité tient non à la perte véritable de la propriété d'être fécondé, mais aune circonstance toute physique, à l'hydratation trop précoce de la couche albumineuse qui entoure l'œuf ('2). Nous sommes réduits chez les Vertébrés, comme faits d'aptitude conservée à la fécondation, à citer les anciennes observations du comte de Golstein (3), lequel ayant pris les œufs d'une Truite déjà pourrie, morte depuis quatre jours, les a couverts de la lai- tance d'un mâle et en a eu des poissons. Chez les Hermelles, M. de Quatrefages (k) a vu que le séjour de l'œuf, pendant trois heures, dans de l'eau contenant 4/20000 de dissolution saturée d'acétate de plomb, ou 'l/'200000 de disso- lution saturée de sublimé corrosif, a empêché postérieurement la fécondation de l'œuf. Rien ne serait plus facile que de savoir entre quelles limites de température peut se conserver l'aptitude à la fécondation chez les Poissons, et je suis étonné que ces simples expériences n'aient pas été faites par les auteurs, au moins par ceux que j'ai consultés. (1) Communication orale. (2) Voy, Prévost et Dumas, Ami. des se. nof., 1824, I. II. (3) Ou plutôt de Jacobi; voy. Duhamel, Traité des Pèches, 2° partie, p. "209. (â) Ëxiyér. sur la fécond, art. des œufs des Hermelles et des Tarets\{Ann. de.^ <,<:. tial.) 3<^ série, t. XIII, 1850). 5» série. Zool. T. V. (Cahier u" 3.) 3 il 162 p. BERT. 2" Aptitude au développement. — Nous trouvons ici plus de documents, surtout pour ce quia trait aux animaux inférieurs. Comme extrême supérieur de température, Spallanzani a vu que les œufs de Grenouille, de Bombyx mori, de Mouche, meu- rent tous à la température de + 62 degrés centigrades (1). Mais les œufs de certains animalcules des infusions résistent à une température bien plus élevée, surtout lorsqu'ils sont secs : celle de 100 degrés ne les tue pas alors (2). Il résulte même des expé- riences de M. Pasteur que, dans le lait et dans des liqueurs légèrement alcalines, les germes de certains vibrioniens résistent à la température de l'ébuUition (3) . Quant à la température inférieure, on sait que les œufs de Poisson peuvent se développer après avoir été pris dans la glace ; mais déjà un certain nombre avorte {II). On n'a pas déterminé la limite à laquelle tous meurent. Bonnafous (5) ayant exposé des œufs de Bombyx mori pendant tout l'hiver sur le mont Cenis, où la température s'abaissa souvent à — 25 degrés centigrades, les a vu éclore au printemps, sans aucun retard. Tout récemment, M. Balbiani (6) a pu soumettre sans incon- vénient des œufs d'Araignée à un froid de — 19 degrés centi- grades ; mais à — 29 degrés, ils sont tous morts. Ce dernier résultat jette un peu de doute sur l'exactitude de l'observation de Spallanzani (7), qui vit des œufs d'insectes résister à la tem- pérature de — 30 degrés. Cet illustre physiologiste affirme qu'ils restent fluides malgré ce froid extrême, et M. Balbiani s'en est également assuré. (1) Opusc. de phys. anim. etvégét., t. II, p. 54. (2) Pasteui-, Atiti. des se. mit., à" série, t. XVI, 1861, p. 85. (3) Id., ibid., p. 54. (4) Lereboullet, Ann. des se. nat., 5' série, t. l,p, 150, 184. (5) Bibliofh. unit). Genève, t. XVII, 1838 (6) Communie, or(de, 1865. (7) Op, cit., t. I, p. 84. RECHERCHES SUR LA VITALITÉ DES TISSUS. 1 63 § IV. — Propriétés de nutrition. La propriété spéciale du globule rouge sanguiu est, comme chacun sait, de former avec l'oxygène une combinaison instable qui paraît due à l'hémato-globuline, et se détruit dans les tissus. Or l'oxyde de carbone abolit cette propriété, comme l'a montré M. Claude Bernard (1). La combinaison, inattaquable par l'oxy- gène, qu'il forme avec l'hémato-globuline, a pu même être extraite par M. Hope-Seyles (2) sous forme cristalline. D'autres substances agissent probablement d'une manière analogue, comme l'acide carbonique, qui, certainement, diminue l'activité absorbante du globule rouge (Cl. Bernard). Quant à l'action des températures, on sait que les propriétés des globules sanguins se conservent cà une température très- basse, et probablement jusqu'à celle de la congélation ; en effet, la température des Grenouilles peut descendre à zéro et même un peu au-dessous, celle des Mammifères hibernants peut s'abaisser à -2 ou 3 degrés au-dessus de zéro, sans qu'ils meurent, sans que, par conséquent, leurs globules meurent. Mais si l'on arrive à la congélation, le globule est déformé ou même détruit, comme on le sait depuis longtemps. On n'a jamais étudié l'action des températures élevées sur les propriétés vitales du globule sanguin ; et l'on conçoit qu'à part les changements grossiers dans la forme constatables au micros- cope, il soit difficile de savoir, par l'investigation directe, eu quoi ont pu être>odifiées les propriétés de ces éléments. Mais le procédé de la transfusion doit ici donner de précieux ren- seignements. Un animal étant rendu exsangue, il serait facile devoir si du sang défibriné, puis chauffé à /i5, 50, 55 degrés, est capable de le rappeler à la vie. Nous avons déjà tenté plusieurs expériences dans ce sens, et il nous a semblé que la perte des propriétés vivifiantes arrive un peu au-dessous de (1) Leço?is sur les effets des substances toxiques. Paris, 1852. (2) Handbuch der phy s, und path.chemischen Analyse. Berlin, 1865. IGi V. BEKT. 50 degrés cenligratles ; mais ces expériences demanderaient ù être répétées avec un très-grand soin, car tous les physiologistes connaissent quelles causes d'erreur peuvent fausser les conclu- sions dans les tentatives de transfusion sanguine. Déjà cette transplantation des éléments du sang a montré que ce liquide peut être isolé de l'organisme pendant plusieurs heures sans perdre ses propriétés. Il faudra étudier de la même manière l'influence de divers gaz, celle de l'addition au sérum ou de la soustraction d'eau, l'action de certaines substances solublesdans l'eau; en un mot, faire pour le sang ce que nous avons fait pour d'autres éléments anatomiques, connue on le verra dans le chapitre suivant. Relativement à la résistance d'autres éléments, je ne connais guère d'intéressant que l'expérience de J. Hunter (:l), par laquelle cet éminent physiologiste a soumis à la congélation des oreilles de Lapin et des barbes de Coq en les compiimant, dans un mé- lange réfrigérant, entre des plaques de fer préalablement refroi- dies jusqu'à — 18". Ces organes étaient devenus, après une heure de séjour, cassants, durs, et ne saignaient plus quand on les coupait. On enleva alors les pinces, la circulation se rétablit et les parties refroidies reprirent, après un certain teuq)s, leur aspect normal, non sans s'être enflammées. Ajoutons, en terminant, que très-certainement la conserva- tion des propriétés de nutrition dans les parties séparées du ctirps est favorisée par les mêmes circonstances de tempéra- ture, etc., que pour les propriétés d'où résulte le mouvement. (]ela se déduit de beaucoup de faits connus en physiologie, et en particulier des recherches de M. Ollier (2) sur le périoste et de celles de M. Brown-Séquard (3), qui, étudiant certaines |des conditions où se produit la rigidité cadavérique, est arrivé à cette formule générale, que plus longtemps là contractilité musculaire est conservée, plus la rigidité cadavérique dure et plus la putré- faction tarde à se nianifester. Ceci n'est, au reste, qu'un cas par- (1) Traité de l'inflommution (CEuv. conip.j Irail. ilc Richclot). (2) Co»njt. rend. Acad. se, mai 1861. (3) Journ, delo.physiol. de Brown-Séquarilj 1861, p. 277 RECHIÎRCHES SUR LA V1TAL1TI<: DES TISSUS. 165 ticulier de la règle générale que nous avons posée ci-dessus. (Voy.p. 20.) CHAPITRE III. EXPÉRIENCES. On a pu voir, dans le § 4 du chapitre précédent, le peu de notions possédées par la physiologie sur la résistance des pro- priétés de nutrition dans les éléments anatomiques. Ainsi que nous l'avons dit au commencement de ce travail, cette pénurie de faits tient à l'absence d'un procédé expérimental qui permette de rendre à la partie en expérience ses conditions premières de nutrition, après l'en avoir complètement séparée pour assurer linfluence de l'agent modificateur dont on veut étudier les efîets. Nous avons dit comment la méthode des transplantations ani- males nous ayant paru satisfaire à toutes les nécessités de la question, nous l'avons mise exclusivement en pratique. L'animal dont nous avons fait choix dans nos expériences est le Rat blanc, qui, par sa petite taille, la laxité de sa peau, son peu de propension à suppurer, présente de grands avantages. Le lieu de la transplantation a été, soit le tissu cellulaire sous- cutané, soit la cavité péritonéale. La partie employée a presque toujours été la queue, dont la greffe se fait avec une facilité remfirquable. Cette facilité est -elle due au petit volume de cette partie, à sa forme allongée, qui lui permet de se loger aisément sous la peau, au peu de muscles et de graisse qu'elle contient, à sa grande vascularité, à sa température habituellement plus basse que celle des membres, je ne le sais ; toujours est-il que l'ex- trémité terminale se greffe plus volontiers que la base. Comme procédé opératoire, je recommande, l'animal étant endormi par l'éther (se défier du chloroforme), de pratiquer la transplantation sur la ligne médiane du dos. La queue destinée à la greffe ayant été amputée depuis quelques instants, on la dépouille de sa peau, qui s'enlève d'une pièce, et l'on coupe son extrémité sur une longeur de /i ou 5 centimètres, lorsqu'on 166 p. BERT. doit expérimenter sur un animal adulte; il est à peu près indifférent que la section porte sur le corps d'une vertèbre ou dans un intervalle vertébral : dans le premier cas, il y a peut- être plus de chances de suppuration, mais la cicatrisation de l'os donnera un caractère certain et facile à constater de la vie con- servée. On pratique alors un petit trou à la peau du dos, à un ou deux centimètres en avant de la base de la queue, on y intro- duit, pour bien soulever la peau, un instrument mousse, comme une sonde cannelée, et, maintenant la queue entre les deux mors d'une pince fine et allongée, on l'introduit tout entière dans la loge sous-cutanée, en l'enfonçant aussi loin que possible. Il suffit ensuite d'un point de suture pour lui fermer la retraite. Dans ces conditions, si l'on agit sur un Rat âgé de trois mois au moins, la réussite de l'opération est la règle. 11 ne se fait alors aucune réaction appréciable ; la plaie cutanée se guérit en quel- ques jours; aucune exagération de sensibilité, aucun empâte- _ ment inflammatoire, aucune suppuration ne se manifestent, et la queue se greffe, si l'on peut ainsi parler, par première inten- tion. Un exsudât blastématique l'entoure d'abord, et elle y vit, mobile comme une épée dans son fourreau, pendant quelques jours; mais bientôt, des vaisseaux de nouvelle formation venant, pour la plupart, de la face cutanée du fourreau et des lèvres de la plaie quand l'organe greffé est resté en rapport avec elles, y pénètrent et s'abouchent avec les vaisseaux de la queue; celle-ci vit dès lors par irrigation et non plus par simple imbibition. Plus tard, ses muscles subissent diverses atrophies, comme il arrive dans tous les muscles condamnés à une inaction très-prolongée, ses nerfs présentent les altérations de tous les nerfs séparés des centres; mais ses autres éléments restent intacts et n'éprouvent que des modifications d'ordre physiologique normal. Mais les choses ne se passent pas toujours aussi simplement. Si les animaux sont dans de mauvaises conditions hygiéniques, s'ils sont plusieurs dans une même cage, se foulant aux pieds et se salissant, si l'on a éprouvé quelque difficulté accidentelle dans la greffe, si la queue est restée écorchée et à l'air pendant trop longtemps, etc., etc., il arrit^e une inflammation qui va jusqu'cà RECHERCHES SUR LA VITALITÉ DES TISSUS. 107 suppuration et, dans quelques cas rares, jusqu'à élimination par- tielle de l'organe introduit. Lorsque l'animal sur lequel ou fait la greffe est très-jeune, l'expérience réussit rarement, et la terr- minaison est môme souvent fatale. Des accidents du même ordre arrivent encore après l'action de certains modificateurs violents, La conséquence de ces accidents, lorsqu'ils ne sont pas terminés par l'élimination complète, est l'apparition dans la queue trans- plantée d'altérations pathologiques, portant surtout sur les os, altérations qui vont parfois jusqu'à les faire disparaître. Dans tous ces cas, il se fait, entre la partie greffée et le sujet qui la porte, une communication vasculaire rapide à s'établir, et qui est un signe indubitable de la conservation de la vie. Si l'organe greffé appartenait à un animal jeune, il achève sa croissance, au moins dans celles de ses parties qui sont tolérées, et arrive à son déve- loppement normal. C'est à l'un de ces trois critériums, accrois- sement, injection vasculaire, altérations pathologiques, que nous avons reconnu la survie des parties greffées. Mais, dans le début de nos recherches, nous avouons nous être souvent contenté de l'apparence extérieure, de l'air bien vivant de la partie greffée depuis un certain temps, et nous croyons encore aujourd'hui que ce caractère, pour être moins scientifique que les précé- dents, n'en donne pas moins des résultats tout aussi certains. Nous avons tiré grand parti dans nos expériences de l'étude de la moelle osseuse. 11 est bon de dire que cette moelle est, dans les vertèbres caudales des Rats, dès un âge assez tendre, composée presque exclusivement de cellules adipeuses. Tant que la croissance dure, on trouve encore un assez bon nombre de médullocelles ou cellules jeunes aux environs des cartilages d'os- sification ; mais, vers trois ou quatre mois, presque toutes ces cellules subissent l'envahissement graisseux; en tout cas, on n'en trouve qu'un très-petit nombre, plus tard même, pas du tout, dans la moelle osseuse du centre de la vertèbre. Souvent, au contraire, dans les greffes même bien réussies, l'irritation due à l'opération excite la multiplication de ces cellules, et la moelle reprend en partie ses caractères embryonnaires, sans pour cela perdre toujours notablement de sa graisse. 168 p. BËRT. Nous allons maintenant entrer dans l'exposition détaillée de nos principales expériences. Nous indiquerons d'abord celles qui nous paraissent présenter quelque intérêt spécial dans le cas où a transplantation est faite immédiatement; dans un second para- graphe prendront place les expériences où un certain temps s'est écoulé entre le moment de l'amputation et celui de la greffé, la partie amputée ayant été conservée dans de l'air confiné. Viendront ensuite celles où j'ai tenté d'étudier l'action de cer- tains gaz, de l'eau et de certaines dissolutions. Nous examinerons ensuite ce qu'ont produit des froids intenses ou des températures élevées dans une atmosphère saturée d'humidité. Le cinquième paragraphe sera consacré au récit de la transplantation de queues desséchées par l'action du vide, de l'acide sulfurique et de la chaleur. Enfin, nous rapporterons les quelques expériences presque toutes suivies d'insuccès dans lesquelles nous avons tenté la greffe entre animaux d'espèces différentes. Nous indiquerons, après chaque série d'expériences, les conséquences immédiates qui en découlent, nous réservant, à la fin de notre travail, d'ap- peler spécialement l'attention sur les plus générales et les plus importantes. § I. — Transplantation immédiate. J'ai dit que, dans la transplantation immédiate, la réussite est presque constante quand l'animal se trouve dans de bonnes con- ditions hygiéniques et qu'il n'est pastrop jeune. Je ne donnerai pas l'énumération fastidieuse des nombreuses expériences sur les- quelles s'appuie cette affirmation, et me contenterai d'indiquer celles qui présentent un intérêt particulier. Avant l'âge de dix à quinze jours, la transplantation excite presque toujours une gangrène de la peau, dont la conséquence est souvent la mort de l'animal ; mais à partir de cet âge, elle réussit très-bien. Inexpérience suivante nous en donne un exemple. Expérience I. — Le 8 mars 'I860, j'introduis sous la peau d'un Hat, âgé de onze jours, 2", 5 de l'extrémité écorchée de la queue RECHERCHES SUR LA VITALITÉ DES TISSUS. 169 d'un Rat du même âge, et je retranche 3 centimètres de l'cxtiti- niité de la queue du Rat en expérience. 1 5 mars, aucun accident; plaie extérieure guérie. 8 mai, à travers la peau je pratique deux fractures à la quouo incluse. 50 juin, je tue l'animal : la queue incluse est longue de 9 cen- timètres; les fractures sont parfaitement consolidées. Ces 9 cen- timètres, ajoutés aux 2' ,5 que mesure le moignon caudal de l'ani- mal, donnent 1 i%^, ce qui est à peu près la longueur de la queue d'un Rat de trois mois et demi. Cette expérience nous montre que les organes appartenant à des animaux jeunes continuent à grandir après la transplanta- tion, que leur accroissement se fait avec la même rapidité, à peu près, que dans leur position normale, et enfin que les évo- lutions pathologiques ont lieu comme les évolutions physiolo- giques. Mais il faut savoir, par une inspection anatomique plus soi- gnée, comment se comportent les différents tissus qui constituent la queue qui a ainsi poussé. Expérience II. — Le 9 juillet 1865, à trois jeunes Rats âgés de seize jours, je transplante sous la peau du dos les 2 centi- mètres de l'extrémité de leur propre queue. Dès le 19, la plaie est guérie, sans suppuration : un des animaux s'échappe quelques jours après. Le 17 août, je tue le second Rat et pousse, par son artère aorte, une injection au bleu de Prusse soluble. La queue greffée mesure 5 centimètres ; elle est reliée à la peau par un tissu cel- lulaire assez serré dans lequel rampent des vaisseaux sanguins. Ses articulations sont libres et peu vent être fléchies. L'injection, très-médiocre du reste, a pénétré dans les vaisseaux des parties périosseuses, et même est entrée en quelques points dans l'os et dans la moelle. En faisant des coupes longitudinales à la grosse extrémité on reconnaît que l'amputation de la queue a porté au milieu d'une vertèbre et qu'il s'est fait là un travail de cicatrisa- 170 p. BERT. tion. L'os s'est reiermé sur la section, par ossification soit du périoste, soit de la moelle. Dans cette partie de vertèbre, comme dans la vertèbre suivante, l'os est manifestement moins épais que dans une vertèbre normale. La moelle, déjà très-adipeuse, est encore très-riche en cellules jeunes, surtout dans le voisinage des os. L'abondance de ces cellules paraît être en rapport avec une désagrégation de la matière osseuse proprement dite et une mise en liberté des corpuscules osseux. La figure 3, pi. T, montre en un point le processus de cette transformation des ostéoplastes en méduUocelles. On voit que, dans un espace limité, au contact de l'os, il n'y a que des éléments cellulaires non grais- seux ; quelques-uns ont conservé un aspect qui rappelle celui des corpuscules osseux ; ils sont plongés dans une sorte de gangue dont je n'ai pu déterminer la nature, car mon examen n'a eu lieu qu'après l'action prolongée de l'acide chromique, mais qui paraît être le résultat de la liquéfaction de la matière osseuse. La moelle sous-périostée est aussi en certains points plus abon- dante que sur un Rat de cet âge. En un mot, cette vertèbre montre les lésions habituelles de l'ostéite raréfiante; elle est de plus un peu déformée. Mais si l'on examine les vertèbres du milieu de la queue greffée, on voit que leurs os ont conservé leurs dimensions normales, et cette diffé- rence n'est pas étonnante, car le travail de cicatrisation qui s'est fait au gros bout a été pour les vertèbres voisines une cause d'irritation. On ne trouve plus trace de muscles. Les nerfs n'ont pas été rencontrés dans la préparation. • Le 29 novembre, je tue le troisième Rat; la greffe mesure 5 centimètres 1/2 : la queue est dans le même état que celle du 17 août. 11 n'y a pas davantage de résorption ni de tendance à la résorption, et ceci montre que, contrairement à l'opinion de certains physiologistes, les parties greffées ne sont pas destinées à disparaître. L'examen de cette queue n'indique rien qui mé- rite d'être signalé. On voit que, pour les différentes parties qui constituent la charpente de la queue, comme pour cette queue même, le dé've- RECHERCHES SUR LA VITALITÉ DES TISSUS. 171 loppementa suivi une marche normale. Les vertèbres ont atteint leurs dimensions et leurs formes ordinaires; les cartilages ont fourni les matériaux de l'ossification; une partie d'entre eux s'est striée de fibres pour constituer les disques intervertébraux ; enfin, les médullocelles ont continué à subir la métamorphose graisseuse. Les traces d'une légère inflammation au gros bout de la greffe rentrent elles-mêmes dans les conditions normales. L'inflammation excitée par l'introduction de la queue trans- plantée peut aller jusqu'à suppuration sans que celle-ci soit me- nacée d'élimination même partielle. Expérience IIL — Le 15 juin 1865, sous la peau du flanc d'un Rat adulte, j'introduis les 5 centimètres du bout écorché de sa propre queue. 20 juin, suppuration. 6 juillet, l'animal est tué et injecté par l'aorte. La queue a conservé ses dimensions; l'injection a pénétré, quoique médio- crement, dans la moelle; celle-ci est adipeuse. Les muscles sont atrophiés et ont perdu leurs stries. Dans d'autres circonstances, quand l'inflammation est plus violente, la queue transplantée peut être éliminée en grande partie; il est alors curieux de voir quelles altérations a subies ce qui en est resté sous la peau. Expérience IV. — Le 9 juillet 1865, à un Rat né le 29 juin, je transplante sous la peau du dos 2 centimètres du bout de la queue d'un Rat de la même portée, mort depuis une heure. 19 juillet, plaie guérie, abcès sous-cutané, incision. k août, plaie guérie ; on ne sent plus à travers la peau que deux vertèbres. 17 août, je tue et injecte l'animal. Il n'y a plus que deux ver- tèbres qui ont beaucoup grandi. L'injection en a pénétré les vais- seaux sanguins avec une grande richesse. Elles se sont cicatrisées aux deux bouts et sont terminées par deux coiffes osseuses. L'os est très-mince, le périoste épais ; la moelle est riche en médul- locelles, surtout aux environs des cartilages articulaires. 11 y a 172 p. SERT. beaucoup de graisse dans les tissus péiiosseux, où l'ou ne voit plus de muscles. Enfin, l'os peut n'tUre pas éliminé, mais les conditions moibi- gènes qui ont agi sur lui peuvent amener sa résorption par une évolution tout à fait comparable à celle de l'ostéomalacie. Expérience V. — 15 juin I86Z1 ; transplanté sous la peau d'un Rat adulte 5 centimètres du bout de sa propre queue. 20 juin, suppuration aux deux extrémités de la queue incluse. il août, je tue l'animal et l'injecte au bleu de Prusse soluble. L'extrémité terminale de la queue a disparu par une résorption de ses parties osseuses et n'est plus marquée que par les tendons. L'injection a pénétré abondamment dans tout ce qui reste de l'organe. La dernière vertèbre, du côté du petit bout de la queue, est effilée et a perdu de ses dimensions dans tous les sens. Sa moelle est presque exclusivement composée^ de tissu lamineux, avec quelques médullocelles très-bypertrophiées, et de rares cellules adipeuses. Le tissu fibreux pénètre dans les canalicules de Havers et diminue le calibre des vaisseaux. Dans la seconde vertèbre, la moelle est restée très-adipeuse, mais contient cependant des médullocelles en proportion notable, et, au voisinage des os, du tissu lamineux ; dans les petites anfrac- tuosités de l'os, on voit ces trois éléments réunis, mais le tissu lamineux l'emporte. Enfin, si l'on examine la moelle dans les vertèbres du gros bout, on la trouve presque exclusivement com- posée de médullocelles. Je ne trouve pas de muscles, dont la graisse a pris la place. Cette observation est importante en ce qu'elle montre le pro- cessus de la transformation fibreuse de la moelle, transformation qui nous servira plus tard pour affirmer que les parties greffées ont survécu. On peut, sans grand inconvénient, laisser adhérer à la queue une partie delà colonne vertébrale lombaire, quand on emprunte ces parties à un jeune animal. Expérience VL — 16 juin I86/1 ; j'introduis sous la peau du RECHERCHES SUR LA VITALITÉ DES TISSUS. 173 tlanc d'un Rat âgé d'un mois la colonne vertébrale (région lom- baire) et la queue d'un rat né le matin. Aucun accident intlam- matoire. 26 août, mort de l'animal. La partie introduite mesure environ 8 centimètres. Mais les autres régions de la colonne vertébrale, de même que les mâchoires, les pattes, excitent le plus souvent une inflam- mation suppurative ; les cartilages costaux, trachéens, auricu- laires, la moelle épinière, m'ont toujours donné, dans mes tentatives de transplantation, une inflammation allant jusqu'à la gangrène de la peau, et entraînant même parfois la mort de l'animal. J'ai pu cependant quelquefois greffer une patte, mais l'opéra- tion avait été faite par un procédé en deux temps ; voici les dé - tails de l'une de ces expériences, qui présente de l'intérêt. Expérience VII. — 2 août 1862; j'enlève la peau du pied gauche et de la partie inférieure de la jambe à un Rat blanc âgé de dix jours, et j'ampute les doigts de ce pied. Sur un autre Rat de la même portée, je pratique à la peau du flanc droit une petite incision, par laquelle j'introduis le pied du précédent. Je couds aux lèvres de la plaie le collet cutané de la jambe incluse, et fixe les deux animaux l'un à l'autre pai* quelques points de suture passés dans leur peau. Il août, l'animal de droite est mort ; je coupe sa patte au ni- veau de la plaie cutanée. 11 ne survient aucun accident, et la plaie guérit rapidement. 2/i janvier 1863, je tue l'animal. On sent à travers la peau la patte incluse, et à la partie antérieure on perçoit de la fluc- tuation. Celle-ci est due, comme l'autopsie me le montre, à la pré- sence d'une matière athéroraateuse en contact avec la face plan- taire de la patte greffée, matière composée uniquement de cel- lules épidermiques dont beaucoup ont encore leur noyau. 174 p. SERT. La patte adhère intimement à la peau par sa face dorsale. Les dimensions sont notablement accrues. Elle. est complètement ossifiée et ses épiphyses sont soudées. Ses vaisseaux commu- niquent largememt avec ceux de l'animal qui la porte. Lesfibresmusculairesprésentent la dégénérescence graisseuse : aucune ne possède destries. Les nerfs plantaires contiennent des tubes primitifs rares (û, 5 ou 6), dont le diamètre mesure tout au plus 0"'",006, au lieude 0"",Oll. Ils sont, aux yeux de M. Vul- pian, qui a bien voulu examiner la pièce, en voie de régéné- ration. Je citerai, pour terminer ce paragraphe, un cas de réussite d'une greffe osseuse chez une Grenouille. Expérience VIIL — Le 5 avril I86/4 , je transplante, sous la peau du ventre d'une Grenouille verte, les os de l'avant-bras d'une Grenouille de même espèce. 5 mai, mort accidentelle. La température a été à peu près constamment de 10 à 12 degrés. La greffe est évidemment bien vivante, adhérente et vascularisée. § U. — Action prolongée de l'nir conflué; inilueucc de la tempéruluru. Pendant combien de temps se conserve la vie dans la queue coupée d'un Mammifère, d'un Rat? Pour répondre à cette ques- tion, la première qui se présente à l'esprit, je lis l'expérience suivante, dont le résultat me surprit fort. Expérience IX. — 10 juin 1863; un Rat âgé de sept jours s'étant tué par accident, je greffe 2 centimètres de sa queue sous la peau d'un Rat plus âgé. Vingt-deux heures se sont écoulées depuis sa mort, pendant lesquelles la température a oscillé autour de 12 degrés centigrades. Aucun accident. Le 12 juillet, la queue incluse mesure déjà plus de 3 centi- mètres. On pense bien que je 11e m'en suis pas tenu là, et que j'ai RECHERCHES SUR LA VITALITÉ DES TLSSUS. 175 tenté la transplantation après des intervalles do temps plus longs. Expérience X. — 29 décembre 1863 ; greffe sous la peau d'un Rat adulte 2 centimètres de la queue d'un jeune Rat pesant 6 grammes, mort depuis vingt-six heures. Dans la cavité péri- tonéale du même Rat, j'introduis presque toute la colonne verté- brale avec la base du crâne d'un jeune Rat de la même portée que celui ci-dessus énoncé. Aucun accident ne survient d'abord. Mais, dès le mois de janvier, on sent dans le ventre de l'animal une grosse tumeur ; celle-ci augmente tellement que l'animal en devient fort malade. Le 20 mars, je le tue. Dans le ventre se trouve un énorme kyste, très-vasculaire et rempli de pus. A sa paroi interne sont accolés des os isolés, plats, méconnaissables; la colonne verté- brale très-grandie, mais tout à fait déformée et réduite aux corps de ses vertèbres, car on ne voit plus trace de canal médul- laire; enfin,- la base du crâne, énorme, et tellement étrange de formes et de dimensions qu'on hésite à première vue à en reconnaître la nature. Quant à la queue transplantée sous la peau, elle a atteint des dimensions adultes et présente des formes normales. Ainsi, sous la peau, là où aucune cause importante d'irritation n'a gêné son évolution, la queue transplantée s'est dévelop- pée normalement, comme si elle fût restée en place. Mais, dans la cavité péritonéale, au milieu de circonstances inflamma- toires, le développement des os a acquis un volume extraordi- naire, et leurs formes ont été complètement modifiées. J'ai fait plusieurs expériences après la séparation du corps, ou après la mort de l'animal depuis vingt à trente heures, et, chose remarquable, la transplantation réussit aussi souvent dans ces conditions que dans la transplantation immédiate, pourvu que la température ne soit pas trop élevée, ainsi qu'il sera dit plus loin* 17G p. BEItT. Augmentons encore le temps écoulé depuis la séparation du corps. Expériences XI, XII, XIII, XIV. - 23 avril I86/| ; greffé sous la peau de deux Rats, âgés de six semaines, à droite et à gauche, une queue de Rat, savoir : à chacun sa propre queue et la queue d'un Rat adulte {Il centimètres). Ces membres sont séparés depuis quarante- huit heures, et gardés dans un tube renversé sur leau ; deux plongent dans cette eau par leur extrémité. La température a oscillé très-peu autour de 11 degrés. Les quatre greffes réussissent sans accident, et celles qui proviennent des deux jeunes Rats grandissent. A l'une d'elles, une vertèbre nécrosée, à l'extrémité du gros bout, fait issue au dehors et sèche en place, sans causer de suppuration notable. Allons encore plus loin. Expérience XV. — 23 mars 1865; la queue d'un Rat adulte est coupée et conservée revêtue de sa peau, pendant soixante- douze heures, dans un tube bouché ; la température s'est main- tenue à 7 ou 8 degrés centigrades. Elle est alors écorchée, puis greffée sur une longueur de II centimètres sous la peau d'un Rat adulte. Aucun accident. 19 juillet, je tue l'animal et l'injecte au bleu de Prusse so- luble ; l'injection pénètre dans tous les vaisseaux de la queue parasitaire. Celle-ci est réduite à environ 3',5 par résorption de quelques vertèbres terminales. Moelle adipeuse, au moins vers le gros bout de la queue. Voici enfin l'expérience qui m'a donné les résultats les plus remarquables, et qui correspondent à peu près à la limite extrême de la durée de la vie, dans des conditions de tempéra- ture moyenne. Expérience XVI. — Le 22 novembre 1865, à cinq heures du soir, je coupe la queue d'un Rat adulte, et l'enferme, revêtue de sa peau, dans un petit tube de verre bien bouché, qu'elle rem- plit presque entièrement. Je la place alors dans une cave où la température se maintient assez régulièrement à 12 degrés. Le RECHERCHES SUR LA VITALITÉ DES TISSUS. 177 29 novembre, à une heure après-midi, je la retire. Les poils et Tépiderme sont adhérents ; la queue n'exhale aucune mauvaise odeur; je l'écorche : le sang qui sort des vaisseaux rompus est noir, mais rougit à l'air. Le tout paraît bien vivant. Je greffe alors h centimètres de cette queue qui est restée au contact de l'air confiné pendant sept jours (cent soixante-quatre heures)sousla peau d'un Rat adulte. Aucun accident ne survient. Le là décembre, je tue l'animal et l'injecte. La queue grefTée a l'air bien vivante, au premier coup d'œil; l'injection, bien que médiocre, l'a pénétrée en maintes places ; la moelle est toujours adipeuse. Les muscles commencent à s'altérer ; beaucoup de leurs fibres sont saines encore, slriéeset de dimensions noi'males ; la plupart sont étranglées par places ; les stries sont, dans les fragments fusiformes, ou déformées, ou remplacées par des gra- nulations. Il est donc certain que la greffe a vécu. Mais, ayant laissé une queue coupée dans les mêmes conditions que la précédente pendant douze jours, je l'ai trouvée bien morte, l'épiderme se détachant, le sang ne rougissant plus, etc. Il serait intéressant de savoir combien de temps la vie se conser- verait dans une queue placée dans une glacière ou à une tem- pérature très-peu supérieure h zéro. J'ai voulu savoir si l'action d'un courant électrique continu aurait quelque influence manifeste et considérable sur la rapi- dité avec laquelle meurent les éléments anatomiques séparés du corps, et j'ai fait pour cela l'expérience suivante : ExpÉRiExcE XVII. — 1" juin 1865; la queue d'un Rat adulte, coupée et munie de sa peau, est renfermée dans un tube bouché aux deux bouts, et mise en communication, par deux fils métal- liques, avec deux éléments au bisulfate de mercure dont le vase poreux avait^l 6 centimètres de hauteur sur 5 centimètres de largeur. L'intensité du courant, très-forte à la langue, ne paraît pas avoir baissé pendant les 13 heures 45 minutes que dure le contact. La température a été de 20 à 22 degrés centigrades. La queue est ensuite écorchée, puis greffée sous la peau d'un Rat 5» série. Zool. T. V. (Cahier n" 3. ) * 12 178 p. BEKT. tidulte. Dix-sept heures se sont écoulées depuis (juelle est coupée. Il y a un peu de suppuration ; le 20 juin, la plaie est guérie, et la queue est bien prise. Peu de temps après, l'animal est perdu. Remarquons qu'à l'action du courant s'est jointe celle d'une température de 20 ta 20 degrés centigrades pendant dix-sept heures, et que les éléments ont résisté à cette double influence. Cependant l'importance de la température est grande. Expérience XYIII. — J'ai maintenu une queue de Rat dans un tube bouché pendant quarante-sept heures à une tempéra- ture de 25 à 30 degrés; elle exhalait alors une odeur ammonia- cale, et les poils s'en détachaient avec l'épiderme. Greffée nonobstant sous la peau d'un Rat, elle excite une inflammation assez violente pour tuer l'animal. J'ai essayé de savoir si cette température de 30 degrés est rapidement mortelle pour les éléments anatomiques isolés, et j'ai fait pour cela les expériences suivantes : ExpÉRiEVCE XIX. — 12 août 1865, greffé sous la peau du dos d'un Rat de six semaines, la queue d'un Rat du même âge cou- pée depuis cinq heures, et conservée depuis ce temps dans un tube bouché. Sur ces cinq heures, trois heures et demie ont été passées dans une couveuse marquant 30 degrés centigrades. 17 août, je tue l'animal et l'injecte au bleu de Prusse soluble. La greffe est bien prise, et, quoique cinq jours seulement se soient écoulés, l'injection a déjà pénétré jusque dans la moelle Vertébrale, même du côté du gros bout, qui a été introduit le premier. J'appelle l'attention sur cette communication vasculaire de la greffe et du sujet, après cinq jours seulement écoulés. Voici la seconde expérience faite dans le même but : ExférieSxe XX. — 12 août 1865; la queue d'un Rat adulte RECilERCIIES SUR L\ MTALITÉ DES TISSUS. 170 a été placée à côté de la précétlenle et dans la niême couveuse ; niais elle y est restée sept heures et demie, la température s' étant élevée pendant les quatre dernières heures à o'I degrés. Elle est ensuite greffée sous la peau d'un Rat adulte. 16 août, fluctuation au gros bout de la queue. 23 août, la plaie extérieure guérie, on sent, au-dessous de la fluctuation qui semble enkystée, la queue enflée. 29 août , le kyste a disparu ; la greffe est évidemment prise-. 20 octobre, on la sent bien prise en palpant à travers 1* peau. :/?:*•> ^? Ainsi, les températures de 10 à 12 degrés après huit jours, de 20 degrés après dix-sept heures, de oO degrés après sept heures et demie, sont incapables de détruire les propriétés vitales des éléments anatomiques maintenus dans l'air confiné. 11 ressort, en outre, de ces expériences, que l'élévation de température est une cause de moindre durée de la vie, même pour les propriétés de nutrition, et cela doit certainement être attribué à la plus grande intensité apportée par l'action de la chaleur aux décompositions chimiques dont le résultat ultime tinit par être incompatible avec la vie. Il faudra maintenant étudier jusqu'à quel point l'action seule de la température, en dehors de la question de temps écoulé, par les modifications physico-chimiques qu'elle peut apporter dans la constitution de la matière organisée, permet l'existence de la vie: en d'autres termes, entre queUes limites extrêmes de froid et de chaud peuvent subsister les propriétés vitales de nutrition. Mais, auparavant, nous allons indiquer ce que l'expérience nous a appris touchant l'innocuité ou la nocuité de certains milieux liquides ou gazeux. § ni. — lufluence de raction prolongée de certains milieux gazeux eu liquides^ A. Milieux gazeux, — Je me suis d'abord demandé si l'ac- tion de Voxygène ne serait pas promptement morteMe à cause 18Ô p. BtRT. précisément de raclivilé que ce gaz doit iiiiprinier aux liaiisfor- mations chiniiciues de la matière organisée. Les expériences suivantes permettent de répondre négati- vement. Expériences XXI et XXII. — IP décembre 1863; deux queues de Rats âgés de deux mois sont coupées, puis introduites par-dessous le mercure dans un tube de verre contenant environ 1 5 centimètres cubes û' oxygène et quelques gouttes d'eau. Ces queues, suspendues au sommet du tube, restent pendant vingt-cinq heures à la température de 1 1 degrés, et sont, au bout de ce temps, transplantées comme à l'ordinaire sous la peau d'un des Rats qui les ont fournies, l'une au flanc droit, l'auti eau tlanc gauche. M janvier 1864, à gauche, plaie guérie et greffe réussie sans accidents; à droite, encore suppuration et déjà élimination presque complète. '22 mai , autopsie : à gauche , belle greffe qui a grandi ; à droite, plaie guérie, élimination presque complète, mais les (quelques vertèbres qui sont restées ontjgrandi. ExpÉiuEXCE X'XJll. — 8 juillet 1864 : queue de Rat âgé de deux mois, coupée le 6 juillet à six heures du soir, introduite sous l'eau dans un tube plein iVoxygène pur, et laissée pendant quarante-trois heures dans une cave où se maintient une tempé- rature de 15 degrés. (Expérience disposée comme la précé- dente.) Elle est alors greffée sous la peau d'un Rat adulte : lon- gueur. Il centimètres. Aucun accident. [\ novembre, mort accidentelle de l'animal. La greffe, parfai- tement prise , mesure plus de 5 centimètres. Expérience XXIV. — 3 juin 186/i; la queue d'un Rat de deux mois est coupée le 1" juin k midi et introduite à trois heuies quinze minutes par-dessous le mercure dans un tube plein d'un mélange iVazote et d'oxygène, contenant au iivnm 80 pour 100 de ce dernier gaz. (Expérience disposée comme les deux RECHERCHES SUR LA VITALITI'. DES TISSUS. 181 précédentes.) Elle est alors laissée jusqu'au 8 juin à cinq heures et demie du soir (soit cinquante heures) sur l'escalier d'une cave oi!( se maintient une température de 17 degrés. Transplantaliuu comme à l'ordinaire sous la peau d'un jeune Riit. (S juin , encore inflammation et suppuration. 16 juin, plaie guérie; abcès à l'autre extrémité de la queue. juillet, j'ouvre l'abcès et retire trois vertèbres nécrosées; les autres paraissent adhérentes et l)ien greffîées. k novembre, mort, greffe réussie; moelle osseuse normale. Remarquons que, dans ce dernier cas, l'action de l'oxygène était aidée par celle d'une température de 17 degrés, et que la partie destinée à la greffe a résisté à ces influences prolon- gées pendant cinquante heures, L'aeù/e carbonique, qui se comporte'comme un poison par rap- port aux propriétés contractiles et nerveuses, aurait-il un eff"et semblable sur les propriétés de nutrition ? Les faits suivants nous semblent indiquer que cet effet existe, quoique réduit aune intensité très-médiocre. . Expériences XXV et XXVI. — Le 16 décembre 1863, deux queues de Rats âgés de deux mois sont introduites sous le mer- cure dans un tube contenant de V acide carbonique; cette expé- rience, et toutes celles qui vont suivre sont disposées comme les trois précédentes. Laissées en place vingt-cinq heures, à la tem- pérature de 11 degrés, elles sont greffées l'une à droite, l'autre à gauche, sous la peau du flanc d'un jeune Rat de deux mois. 17 janvier 1864, greffe prise à droite. Élimination complète à gauche. '22 mai, la greffe de droite est bien prise et a grandi. Expérience XXVIL — La queue d'un Rat adulte, coupée le 6 juillet à midi, conservée dans un tube bouché, puis écorchée à deux heures, est introduite dans un tube contenant de \ acide carbonique pur, et placée sur l'escalier d'une cave où se main- tient une température de 15 degrés. Le 8 juillet, k une heure, c'est-à-dire après quarante-sepl heures, elle est greifée sous la peau d'un Rat adulte. 182 P BERT. 6 novembre, la greffe a réussi, mais avec coiiimencemeiil manifeste de résorption. Expérience XXVHI. — 1" juin 186/i, expérience exactement semblable à celle du o juin faite avec l'oxygène, et dans les mêmes conditions (voy. p. &8). Mais le gaz employé, dans lequel la queue reste confinée jDendant cinquante heures, est de Vucide carbonique. (S juin, plaie guérie ; la greffe paraît prise. 2û juin, mort accidentelle ; résorption très-manifeste ; la greffe avait emporté avec elle un grand nombre de globules de mercure qui y adhèrent encore à l'état métallique. Je crois que ces deux résorptions survenues dans des conditions de temps où la greffe eût parfaitement résisté à l'air confiné et même à l'oxy- gène, ne sont pas sans quelque signification par rapport à l'ac- tion morbigène de l'acide carbonique, mais au moins paraît-elle, très-faible. Les expériences suivantes ne présentent qu'un médiocre in- térêt ; je n'ai pas cru devoir cependant les passer sous silence. f:xPÉRiExcKS XXIX ET XXX. — 1 6 décembre 18G3, de Vazole est renfermé dans un tube renversé sur le mercure, avec quel- ques gouttes d'eau ; deux queues de Rats âgés de deux mois y séjournent vingt-cinq heures et demie, à la température de 1 1 degrés, puis sont greffées des deux côtés d'un jeune Rat de deux mois. 22 mai, les deux greffes ont parfaitement réussi ; les deux queues ont notablement grandi. Expériences XXXI et XXXII. — 16 décembre 1863; expé- riences faites en même temps et dans les mêmes conditions que les précédentes, mais le gaz employé ici est Vhydrogène. Les tpieuesy séjournent vingt-six heures, puis sont greffées à droite et à gauche d'un jeune Rat de deux mois. 17 janvier ISO/i, encore suppuration des deux [cotés; élimi- nation notable à Q;auche. RECHERCHES SUR l.\ VITALITÉ DF.S TISSUS. 1 8.'j 2'2 niai, plaies guéries; greffes inc(»iiiplétenient prises; celle lie droite paraît plus belle que l'autre. 2ft juillet, je tue l'animal; il ne reste de chaque greffe que quelques vertèbres, mais ces vertèbres ont grandi. Expérience XXXUI.— 28 mai I86/1.; greifé sous la peau d'un jeune Rat la queue écorchée d'un autre Rat; cette queue était restée pendant quarante minutes suspendue en haut d'un tube long de 20 centimètres, et au fond duquel se trouvait, sur une hauteur de 22 centimètres, de l'eau saturée iV mnmoniaque . Cette queue a ensuite été placée pendant quatre heures daus leau ; elle est coupée en tout depuis huit heures. 8 juin, plaies guéries, greffe prise. 16 juin, les dimensions commencent à diminuer. G novembre, résorption très-évidente. 28 mars 1855, mort de l'animal; résorption tellement com- plète que je ne retrouve plus rien. Expérience XXXIY. — 11 mai 186/i; greffé sous la peau d'un Rat de vingt jours la patte et la queue d'un jeune Rat de deux jours, mort depuis onze heures, et suspendu depuis ce temps dans un petit flacon, au fond duquel se trouvent quelques gouttes à'acide phénique. 20 mai, la patte est éliminée après suppuration , la (jueue est greffée. k novembre, il ne reste de la queue que quel(jues vertèbres qui ont atteint leurs dimensions normales ; leur moelle est adi- peuse. ExpérU'NCe XXXV. — 27 mai 'J&6/1; queue de jeune Rat dépouillée de sa peau, et suspendue pendant quatre heures qua- rante minutes dans un tube au fond iluquel se trouve de la benzine sur une hauteur de 2 centimètres environ ; greffe ordi- naire sous la peau d'un jeune Rat. 8 juin, encore un peu de suppuration. U) juin, plaie guérie ; la queue paraît diminuée. 484 ■•• BERi". 25 juin, résorption manifeste. 17 juillet, on ne sent plus, à ti'avers la peau, que des vestiges à peine saisissables de la queue transplantée. 6 novembre, id. Expériences XXX VI et XXXVII. — 28 mai 186/i ; la queue d'un jeune Rat étant écorchée a séjourné pendant trois heures dans un tube long de 20 centimètres, au fond duquel se trou- vaient 2 centigrammes' d'é^/fer dit sulfurique; elle a ensuite été plongée dans l'eau pendant une heure trente minutes, puis greffée sous la peau d'un jeune Rat, Elle est coupée, en tout, depuis 8 heures, et la température est de 18 degrés. La greffe est faite en deux morceaux : l'extrémité est intro- duite à droite, le tronçon à gauche. 8 juin, encore un peu de suppuration à gauche; la greffe de droite paraît prise. 16 juin, guérison partout. 17 juillet, dimensions manifestement diminuées. 6 novembre, résorption considérable. Expérience XXXYIII. — Le 11 mai 186/i, un Rat de deux jours, tué par asphyxie, est introduit par-dessous le mercure dans un tube de verre contenant de V oxyde de carbone; l'expérience est, comme les précédentes, disposée de façon qu'il ne reste pas au contact du mercure. Il séjourne là onze heures à la tempé- rature de 18 degrés. Puis, sa queue et l'une de ses pattes posté- rieures sont dépouillées de leur peau et greffées l'une à droite, l'autre à gauche, sous la peau d'un Rat âgé de vingt jours. 20 mai, la patte est éliminée après suppuration; la queue paraît greffée. h novembre, mort accidentelle de l'animal. Il ne reste de la queue greffée qu'un fragment osseux, qui a évidemment beau- coup grandi. Sa moelle, qui est adipeuse, contient beaucoup do méduUocelles. RECHERCHES SUR LA VITAIJTl^: DES TISSUS. 185 B. Milieux liquides. — Il était nécessaire d'essayer d'abord Veau pure. Expérience XXXIX. — Le 22 mai I86/1, la queue d'un Rat adulte, écorchée, est immergée pendant neuf heures quinze minutes dans de l'eau à la température de 1 8 degrés, puis greffée sous la peau d'un Jeune Rat. 27 juin, mort accidentelle de l'animal. La greffe a parfaite- ment réussi. Expérience XL. — Le 27 mai 1864, la queue d'un Rat âgé de deux mois est écorchée, puis immergée pendant seize heures dans de Y.eau dont la température varie de l/i à 17 degrés, puis greffée sous la peau du ventre (endroit défavorable) d'un Rat âgé de cinq semaines. Élimination après suppuration. De ces deux expériences nous garderons seulement ce résul- tat, qu'après neuf heures d'immersion dans l'eau à la tempéra- ture de 18 degrés, la queue d'un Rat vivait encore. Cependant, à voir l'élimination violente qui a été la suite du séjour pen- dant seize heures, et à l'aspect seul de la queue immergée, il est permis de conclure que l'eau, sans doute par son action osmotique,'est plus dangereuse que les milieux gazeux pour les éléments anatomiques. Nous pouvons maintenant voir ce qui arrive de l'immersion dans l'eau chargée de divers principes. Les queues destinées à la greffe ont toujours été écorchées avant l'immersion. Et d'abord, parlons des acides. Expériences XLI et XLIL — 27 mai 186/i; transplanté sous la peau d'un jeune Rat, à droite l'extrémité, à gauche le tronçon de la queue d'un Rat adulte, qui a été immergée pendant trois heures quarante minutes dans de Xeau saturée d'acide carbonique. 8 juin, pris et guéri des deux côtés. k novembre, mort accidentelle de l'animal. Les deux greffes sont parfaitement prises et ont conservé leurs dimensions. 18G p. BERT. Expérience XLIII. — 23 juin 1864 ; gretfé sous la peau d'un Rat âgé de six semaines la ([ueued'un Rat âgé d'un mois. Celle-ri a séjourné pendant cinq heures douze minutes dans un mélange à'acide phénique, 1 gramme; eau, 100 grammes, puis pendant une heure dans de l'eau pure. Température, 20 degrés. Aucun accident. 5 juillet, mort accidentelle de l'animal. La queue est parfai- tement greffée et en communication vasculaire évidente avec les vaisseaux de la peau ; elle n'a pas grandi. Expérience XLIY. — r' juin 186i, Rat âgé de trois mois. Greffé sous la peau l'extrémité de sa propre queue, qui, après avoir été coupée, a séjourné pendant deux heures dans de l'eau contenant 1 pour 1000 d'acide cliromique, et a ensuite été lavée à grande eau; elle est séparée du corps depuis six heures. Tem- pérature, 17 degrés. 8 juin, encore suppuration. 25 juin, plaie guérie. 5 juillet, résorption déjà considérable. 27 juillet, on ne retrouve plus trace de la queue transplantée en palpant à travers la peau. Expérience XLV. — Le 8 juin ISG/i, greffé sous la peau d'un Rat adulte la queue d'un autre Rat adulte, qui a séjourné pen- dant deux heures dans de Veau contenant 1 pour 1 000 rf acide sulfurique concentré, puis pendant trois heures dans de leau pure. Température, 20 degrés. Aucun accident. 5 juillet, la greffe est bien prise. L'animal est perdu. Expérience XLVL — Le 2 juillet 186/i, sous la peau d'un Rat âgé de six semaines, j'introduis la queue d'un Rat âgé de deux mois; cette queue est restée pendant quatre heures dans de Yeau contenant 1 pour 100 d'acide sulfurique cnncentré, puis pendant trois heures dans de l'eau pure. 5 juillet, plaie guérie. 17 juillet, la greffe est évidemment bien prise. G août, peut être y a-t-il un commencement de résorption. 20 mars 18()5. résorption presque comnlète. RECHERCHES SUR L\ VITALITÉ DES TISSUS. 187 Expérience XLVII. — 13 juillet 1864, Rat âgé de trois mois; greffé, SOUS la peau, une queue de Rat soumise, pendant quatre heures, à l'aclion d'une solution aqueuse à'acicle phospliorique cristallisé, à 2 pour 1000. 6 août, la plaie est guérie, mais les dimensions paraissent déjà diminuées. 6 novembre, résorption presque complète. Expérience XLYIÎI. — 2 juillet ISC)] ; greffé sous la peau d'un Rat âgé de six semaines la queue d'un Rat âgé de deux mois, ayant séjourné pendant ^(/a^re lièvres dans une solution aqueuse à 1 pour 100 d'acide phospliorique cristallisé, puis pendant trois heures dans l'eau pure. 6 juillet, inflammation énorme; suppuration de mauvaise na- ture ; je retire la queue toute macérée dans le pus. Le il juillet, j'enlève encore des lambeaux de peau sphacélés; la suppuration continue abondamment. Expérience XLIX. — Le 2 juillet 1864, greffé sous la peau d'un Rat âgé de deux mois la queue d'un Rat de la même portée, qui a séjourné pendant 7«a/re heures dans une solution aqueuse à 1 /)0(/r 100 d'acide acétique crislallisé, puis pendant trois heures et demie dans l'eau pure. 17 juillet, encore suppuration; éhmination presque complète. 27 juillet, idem. Avant de tirer aucune conclusion de ces expériences, voyons ce qui arrive de l'action de dissolutions alcalines. Expérience L. — Le 13 juillet 186Zi, la queue d'un Rat de deux mois est coupée et immergée pendant quatre heures dans la solution : eau, 100 grammes; potasse caustique, 2 grammes, puis pendant deux heures dans l'eau pure. Température, 23 degrés. Elle est ensuite greffée sous la peau d'un Rat âgé de deux mois. 6 novembre, en palpant à travers la peau, on sent la cpieue parfaitement greffée avec ses dimensions conservées. Expérience L1. — Le 13 juillet 1866, la queue d'un Rai de six semaines est coupée et immergée pendant quatre heures 188 p. BFBT. rlansla solution : e«w, 400 grammes ; soiulr caustique, 2 grammes, puis pendant deux heures dans l'eau pure. Température, 23 de- grés. Elle est ensuite greffée sous la peau d'un Rat âgé de six semaines. 27 juillet, plaie guérie, greffe prise. 12 août, mort accidentelle de l'animal; la queue a conservé ses dimensions et est évidemment parfaitement greffée. Expérience LU. — 23 juin 1864, Rat de cinq semaines. Greffé sous la peau la queue d'un Rat de deux mois, qui a séjourné pendant quatre heuresetdemie dans la solution : eau, 100 grammes; carbonate de potasse, grammes, puis pendant une heure dans l'eau pure. 5 juillet, mort accidentelle de l'animal. Il y a encore un peu de suppuration. La queue greffée paraît bien vivante, quoiqu'un peu pâle; évidemment elle n'aurait pas été éliminée, mais peut- être se serait-elle résorbée. Expérience LIIL — 23 juin I86/1, expérience tout à fait sem- blable à la précédente quant à l'âge des animaux, le titre et la durée d'action de la solution ; mais celle-ci contient du carbonate de soude au lieu de carbonate de potasse. 5 juillet, les dimensions paraissent diminuées. 27 juillet, résorption manifeste. 6 août, on a peine à sentir, à travers la peau, la queue greffée. 2/1 mai 1865, mort de l'animal ; injection par le cœur. On ne retrouve plus, comme traces de la greffe, que de petits noyaux blancs, durs, d'apparence osseuse, disséminés à intervalles régu- liers sur tout l'espace qu'occupait la queue. Un examen attentit montre que chacun de ces noyaux est composé de deux noyaux adhérents assez énergiquement l'un à l'autre, quoique séparables au scalpel. Au microscope, ils apparaissent comme un tissu cartilagineux dont la trame est infiltrée de sels calcaires. C'est évidemment une partie des disques cartilagineux inter- vertébraux. En comparant le résultat de l'action des liquides acides entre eux, on voit que l'acide carbonique, même en dissolution saturée, RKCHERCHES SUR LA VITALITÉ DES TISSUS. 189 n'a aucune influence fâcheuse, ([ue les acides phéniciue et chro- niique paraissent plus dangereux et que les acides acétique et phosphorique surtout sont redoutables au plus haut point. Si maintenant nous comparons les solutions acides aux solu- tions alcahnes, nous voyons que celles-ci sont bien moins à craindre que celles-là pour les éléments anatomiques. Tandis qu'une dissolution d'acide phosphorique à 1 pour 100 tue en quatre heures la queue submergée, que celle d'acide sulfurique au même titre la frappe d'une maladie qui la conduit à la résorp- tion, nous voyons une dissolution à 2 pour 100 de potasse ou de soude n'avoir aucune action mauvaise, et même une dissolution à 6 pour 100 de carbonates alcalins entraîner seule- ment la résorption. Ceci n'a rien du reste qui doive nous sur- prendre, et nous retrouvons pour les propriétés de nutrition ce que nous avons déjà signalé pour les propriétés d'où résulte le mouvement. Les autres sels alcalins paraissent plus inoffensifs encore. Expérience LIV. — 23 juin 18GÛ , expérience tout à fait sem- blable aux deux précédentes. Le sel employé est du chlorure de potassium. 11 juillet, mort accidentelle de l'animal. Il y a encore un peu de suppuration au niveau de la plaie. La queue est pâle, mais bien adhérente et paraît greffée. Les muscles examinés au microscope ont perdu leurs stries, des granulations graisseuses remplissent presque seules le périmysium. Expérience LV. — 23 juin 1804, expérience exactement semblable aux trois précédentes; mais le sel employé est le chlo- rure de sodium. 29 juin, plaie guérie. 16 mai 1865, mort de l'animal. Dans la moitié terminale de li queue greffée, les vertèbres sont pâles et paraissent avoir conserve leurs dimensions primi- tives. Dans la moitié du côté du gros bout, les vertèbres, au nombre de cinq , ont évidemment grandi et grossi : elles sont 190 p. BËRT. pieiiies il' un sud g qui conlieiit des globules paiikiteiiieut normaux. ExpÉRiENCii LVL — lo juillet iSGk, expérience semblable aux quatre précédentes; mais le sel employé est le chlorure d'ammonium. La queue destinée à la greffe séjourne pendant ffiialre heures dans la solution, puis pendant deux heures dans l'eau pure. Aucun accident. ol août, mort accidentelle de l'animal. La queue greffée, un peu diminuée de dimension, est évi- demment saine et parfaitement prise. Knumérons maintenant d'autres expériences faites avec des substances neutres^ mais douées de pouvoirs coagulants, osmo- tiques, etc. Expérience LVIL — 15 juin I86/1 , la queue d'un Rat âgé d'un mois est immergée pendant six heures dans un mélange de 100 parties cVeau et de 2 parties (ralcool. et est ensuite lavée dans de l'eau pure. Greffe ordinaire. Aucun accident. Il juillet, mort accidentelle de l'animal; la queue est parfai- tement greffée et vascularisée. Je ne puis retrouver de fibres musculaires ; je vois des tubes nerveux variqueux en voie de dégénérescence. Dans les ten- dons, les cellules plasmatiques se voient Irès-aisément. Expérience LVIîL — '23 juin 186/] , greffé sous la peau d'un Rat âgé d'un mois sa propre queue, qui, après avoir été cou- pée, a séjourné pendant quatre heures et demie dans un mélange de 100 grammes d'eau et 10 grammes d'alcool.^ puis a été lavée pendant une heure dans de l'eau pure. Aucun accident. 5 juillet, mort accidentelle de l'animal. La greffe est évidem- ment parfaitement prise. Mais on ne peut affirmer qu'elle n'au- rait pas été résorbée plus tard. Expérience LIX. — 15 juin I86/1 ; la queue dun Rat adulte^ qui a été immergée, aussitôt coupée, dans un mélange de gly- RECHERCHES SUR LA. MTAI.llI' DES TISSUS. H>1 cérine'-l grammes, eau \ 00 rjrammes, et qui, après y èlro rosléo pendant six heures, a été lavée à grande eau, est greffée sous la peau d'un Rat âgé d'un mois. Aucun accident. 26 mai 1865, mort accidentelle de l'animal; injection par le cœur. La greffe a conservé ses dimensions ; l'injection l'a péné- trée très-richement. Expérience LX. — 1o juillet 1804, Rat âgé de six semaines ; greffé sous la peau sa propre queue, laquelle, après avoir été coupée, puis écorchée, est restée plongée pendant quatre heures dans un mélange de glycérine 50 grammes, eau 100 grammes, et a ensuite séjourné pendant deux heures dans de l'eau pure. Aucun accident. 6 août, la greffe est évidemment bien prise , mais semble diminuer dans ses dimensions. L'animal s'échappe et ne peut être retrouvé. Expérience LXL — 15 juin iSiMx; la queue d'un Rat d'un mois étant coupée, séjouriie pendant quatre heures dans une so- lution d'urée, 2 grammes; eau, 100 grammes, puis pendant cinq heures dans l'eau pure. Température, 20 degrés. Elle est ensuite greffée sous la peau de l'animal à qui elle appartenait. Aucun accident. 6 novembre, dimensions évidemment diminuées. 16 mai 1865, mort accidentelle de l'animal. La queue greffée est entièrement résorbée , il n'en reste plus comme vestiges que quelques disques solides, disséminés à espaces réguliers sur toute la longueur de la queue ; ce sont les cartilages intervertébraux en partie calcifiés. Expérience LXIL — 28 juillet 186/| ; la ([ueue d'un Rat âgé de trois mois, métis de Rat blanc et de Surmulot, est coupée à midi, placée de deux heures à six heures dans un mélange cVurée, 5 grammes; eau, 100 grammes, puis de six heures à huit heures dans de l'eau pure. Elle est alors greffée sous la peau d'un Rat âgé de trois mois. 192 p. BERT. 6 août, la greffe est prise. 6 novembre, il semble que les dimensions aient diminué et qu'il y ait commencement de résorption. L'animal est, par malheur, perdu. Expérience LXIII. — t> juillet 186/i; transplantation sous la peau d'un Ratage de deux mois, de sa propre queue, qui a baigné pendant 7 Ma/re heures dans un mélange de brome, \ gramme; eau, 100 grammes, et pendant trois heures ensuite dans de l'eau pure. 27 juillet, élimination après suppuration. En résumant ces derniers faits, nous voyons les éléments anatomiques résister, non sans être affectés de maladie, mais enfin survivre à l'action de solutions aqueuses d'urée à 5 pour 100, d'alcool à 10 pour 100, de glycérine à un tiers, tandis que 1 pour 100 de brome les a radicalement tués. g IV. — Action de Icnipératores élevées, liuinides, et de froids iutenses. A. Températures élevées, humides. — Expérience LXIV. — 28 mars 1865; la queue d'un Surmulot adulte est coupée à 2 h. /|5 min., puis suspendue, sans être écorchée, à côté d'un thermomètre dans un petit vase bien bouché, au quart rempli d'eau. La température de ce vase, chauffé au bain-marie, monte en dix minutes de 15 à A6 degrés; elle se maintient alors pendant 5 minutes entre hk et /i6 degrés, et, le vase étant retiré de l'eau, elle met dix minutes à revenir à 15 degrés. A 3 heures 15 minutes, la queue est écorchée et greffée (5 centimètres) sous la peau du Surmulot auquel elle appar- tenait. Aucun accident. Le 13 juillet, je tue l'animal et l'injecte. Les dimensions de la queue parasitaire sont conservées. L'in- jection a pénétré dans les vaisseaux jusque dans la moelle osseuse. Celle-ci a conservé ses vésicules adipeuses, mais pré- sente en même temps d'abondants médullocelles ; on trouve de ces éléments réunis par masses serrées en certains points, RECHERCHES SUR LA VITALITÉ DES TISSUS. 193 SOUS le périoste. Les muscles, très-atrophiés, ont conservé leurs stries. Dans quelques articulations vertébrales, la cavité de la notocorcle est en communication avec la moelle osseuse, comme il arrive clans certaines maladies des os. Expérience LXV. — 25 mai \S6h ; la queue d'un Rat adulte, immédiatement après avoir été coupée, est écorchée puis plongée dans de l'eau à la te'mpérature de 50 degrés, qu'on laisse refroi- dir jusqu'à 40 degrés. Ce refroidissement dure douze minutes. Elle est alors greffée en deux morceaux sous la peau d'un jeune Rat, l'extrémité à droite et le tronçon à gauche. 8 juin, à gauche, élimination après suppuration. A droite, plaie guérie. 17 juillet, les dimensions paraissent diminuer. 6 novembre, résorption manifeste. ExpÉRIE^CE LXVI. — 23 juin 1865 ; la queue d'un Rat adulte, coupée à 3 h. 1x6 min., est placée à k h. 3â min., non écorchée, dans un petit appareil semblable à celui des expériences précé- dentes. La température est de 35 degrés; klih. 39 min., elle atteint 56 degrés; à !i h. /il min., 57 degrés; à k h. k'à min., elle redescend à 56 ; à Zi h. 4^ min. , elle est tombée à 50 degrés ; et à û h. /i5 min., le vase est ouvert. A cinq heures, greffe sous la peau d'un Rat adulte ; longueur, k centimètres. Aucun accident. 11 août, l'animal est tué et injecté. Les dimensions de la queue transplantée sont conservées; l'injection, quoique mé- diocre, en a pénétré les vaisseaux. La graisse a presque^coin- plétement disparu dans les tissus qui entourent les os; la moelle osseuse est complètement transformée en tissu fibreux. Nous voyons donc les propriétés vitales de nutrition conser- vées dans des éléments anatomiques après qu'ils ont subi, dans un milieu humide, une température qui a pu s'élever dans la der- nière expérience, pendant quelques minutes, à + 57 degrés cen- 5« série. Zool. T. V. (Cahier 11° U.) l 13 19/i. p. BRRT. tigrades. Ce fait me semble fort intéressant, surtout si on le rapproche de ce qui a été dit touchant la cessation de la pro- priété contractile des muscles, laquelle, chez les Mammifères, disparaît à /|5 degrés ; or, on a vu que, pour ces éléments mêmes, la vie nutritive n'est pas éteinte à cette température , puisqu'ils subissent la modification pathologique indiquée ci-dessus. L'immersion dans l'eau chaude d'une queue dépouillée de sa peau semble un peu plus dangereuse que l'exposition simple à la vapeur d'eau chaude; au moins y a-t-il eu, dans les expé- riences que j'ai faites, et dont je viens de rapporter une avec détail , une résorption plus rapide que celle qui se serait proba- blement emparée des autres greffes chauffées. On remarquera que, dans les expériences ci-dessus rappor- tées, la durée de l'exposition à ces hautes températures a été très-courte; il ne serait pas prudent de laisser longtemps les éléments anatomiques soumis à cette influence. Les faits sui- vants en fourniront une preuve : Expériences LXVII et LXVIII. — 9 mars 1865; les queues de deux Surmulots adultes ont été coupées puis suspendues dans un petit appareil semblable à celui des expériences précédentes. La température s'y élève entre 3 h. 50 min. et fi h. de 40 à 48 degrés; de 4 h. à 4 h. 20 min., elle atteint 50 degrés; de k h. 20 min. à 4 h. 23 min., oscille entre 50 et 53 degrés; puis redescend entre li h. 23 min. et 4 h. 40 min. à 48 degrés; entre 4 h. 40 min. et 4 h. 50 min. à 35 degrés; entre 4 h. 50 min. et 5 heures à 25 degrés. A 5 h. 10 min., elles sont greffées l'une à droite, l'autre à gauche, sous la peau du flanc de l'un des animaux qui les avait fournies. Mais une inflammation violente se déclare, et tout s'en va avec la suppuration. B. Froids intenses. — Expérience LXIX. — 25 juin 1864* Transplantation d'une queue de Rat ayant séjourné 3 heures et demie dans un tube de verre immergé dans de la glace fondante. Aucun accident. RECHERCHES SUR L\ VITALITÉ DES TISSUS. 195 4 novembre, greffe parfaitement prise ; riche commuiii- cation vasculaire ; dimensions conservées. Moelle adipeuse avec quelques méduUocelles. Expérience LXX. — 25 juin 1864; transplantation d'une queue de Rat ayant séjourné pendant deux heures et demie dans un tube de verre qui plonge dans un mélange de glace et de sel, où la température s'est abaissée à — 12 degrés ; mais le tube étant ouvert, je ne sais pas exactement à quelle température l'organe en expérience a été soumis ; elle est du moins, à coup sûr, inférieure à zéro. 27 juillet, greffe parfaitement prise ; dimensions conservées. Expérience LXXï. — 2 juillet 1864. La queue d'un Rat de deux mois, séparée du corps et dépouillée de sa peau, est placée dans un tube de verre plein d'eau, ouvert à son extrémité supé- rieure. Ce tube plonge pendant trois heures dans un mélange de glace et de sel, dont la température reste longtemps à ~ 5 degrés et — 7 degrés ; durant ces trois heures, la queue reste enfermée dans la glace; je retire alors le tube, et le laisse lentement revenir à la température ambiante qui est de + 20 degrés. Transplantation sous la peau d'un Rat âgé de deux mois. Aucun accident. 10 mai 1865, mort de l'animal. La moelle osseuse, d'adi- peuse qu'elle était, est devenue granuleuse, c'est-à-dire remplie de méduUocelles. Expérience LXXIL — 27 décembre 186/i ; la queue d'un Rat adulte, coupée à 1 heure 45 minutes, est enfermée dans un tube de verre bien bouché, plein d'air. Ce tube est plongé dans un mélange réfrigérant dont la température est de 2 heures à 2 h. 35 min. , — 2 degrés ; de 2 h. 35 min. , à 3 heures, — 4 degrés ; de 3 heures à 3 h. 15 min., — 15 degrés; à 3 h. 15 min., — 12 degrés; à 3 h. 35 min., — 11 degrés; à 3 h. 50 min,, 190 p. BICKT. — 10 dcgi'és. Gicffo à k h. 2o niiii., sous la peau d'un Rai adulte. Aucun accident. 26 mai 18G5, la queue greffée est résorbée dans ses vertèbres terminales; mais celles du gros bout ont conservé leurs dimen- sions et sont bien vivantes : l'injection y a pénétré. Expérience LXXIIÏ. — 17 mars 1805. La queue d'un Rat adulte, coupée à 12 beures /i5 minutes, mais non écorchée, est suspendue dans un petit tube de verre bien bouché, à côté d'un thermomètre. Ce tube est plongé, à 12 heures 50 minutes, dans un mélange réfrigérant, composé de glace et de sel, qui met de 12 h. 50 min. à 1 h 5 min. pour acquérir la température de — 5 degrés, et la conserve jusqu'à 1 h. 15 min.; elle remonte alors, et à 1 h. 25 min. atteint — o degrés. Je retire alors le tube, modifie la composition du mélange réfrigérant, et y replonge le tube. AI h. 32 min., la température est de — 5 degrés; à 1 h. /l5 min., elle est descendue à — 10 degrés, et s'y maintient jusqu'à 2 h. 5 min.; de 2 h. 5 min à 2 h. 20 min., elle reste à — 15 degrés ; à 2 h. 30 min. , elle est remontée à — 9 degrés ; à2 h. /jO min., elle atteint zéro, et à 2 h. 50 min., elle est à + 12 degrés. A 3 h. 15 min., transplantation sous la peau d'un Rat adulte. 20 mars, plaie non encore guérie, empâtement douloureux autour de la queue greffée. 29 avril, une vertèbre nécrosée fait issue; je l'enlève ; plus de sisfues inflammatoires. 25 mai, résorption commençante. 12 juin, résorption manifeste. 10 juillet, je tue l'animal et l'injecte. La queue est réduite à 2 centimètres environ, et présente du aspect assez informe. L'injection y a pénétré. La moelle vertébrale a perdu ses cellules adipeuses. Par malheur, ladissolution d'acide chromique dans laquelle je l'avais placée pour pouvoir l'exami- ner avec plus de détails, s'étant trouvée trop concentrée, la pièce se réduit en détritus. RECHERCHES SUR LA VITALITÉ DES TISSUS. 197 Expérience LXXIV. — Le 2^1 novembre 1865, à li licures 30 minutes, la queue d'un Rat adulte est coupée, puis placée, revêtue de sa peau, dans le petit appareil de l'expérience précé- dente. A II heures 35 minutes, la tem[»érature du tube étant + 19 degrés, je le plonge dans le mélange réfrigérant; à /i h. 40 min., le thermomètre marque — 7 degrés; à h h 45 min., — 12 degrés; àûh. 50 min., — 16 degrés; à 4 h. 55 min., — 17 degrés ; à 5 heures, — 18 degrés ; de 5 h. 10 min. à 5 h. 30 min., il remonte à — 17 degrés; à 5 h. db min., il est revenu à — 10 degrés ; à 5 h. 50 min., à — 2 degrés ; à 5 h. 55 min., à + 1 degré ; à 6 h. 5 min., à + 8 degrés. La grefTe est faite à 6 heures 10 minutes. Le 5 décembre, la plaie n'est pas encore tout à fait guérie ; il en sort un peu de pus séreux en pressant sur la partie greffée. 13 décembre, je tue l'animal. Injection au bleu de Prusse, qui pénètre dans la queue transplantée, et jusque dans la moelle; là où l'injection n'a pas pénétré, les vaisseaux apparaissent pleins de globules sanguins. La moelle a peu changé d'aspect ; on y trouve cependant un peu plus de méduUocelles que dans l'état normal. Quant aux muscles, on ne leur retrouve plus de stries. On voit que le froid est très-peu redoutable pour les éléments anatomiques, puisque dans bon nombre d'expériences ou la queue d'un Rat a été soumise soit dans l'air, soit dans l'eau, pendant un temps assez long, à des températures notablement inférieures à zéro, toujours la greffe a réussi. Si l'abaissement est très- considérable, la greffé devient malade, la moelle vertébrale se remplit de cellules jeunes, et l'os se résorbe. Mais ces modifica- tions s'opèrent lentement. Nous n'avons pas encore atteint la limite inférieure à laquelle disparaissent les propriétés vitales ; il reste seulement établi qu'elles survivent à une température de — 18 degrés. 'm p. BERT. § V. — Dessiccation par l'acide sulfurique clans le vide, avec ou sans l'action consécutive d'une température voisine de 100 degrés. Quand on fixe son attention sur les faits de reviviscence après dessiccation constatés chez lesRotifères et chez d'autres animaux microscopiques, il devient difficile de croire qu'ils soient isolés, et que ces êtres, d'une structure cependant si complexe, soient doués d'une propriété spéciale qui les mette tout à fait à part, et au rang d'exception, dans le règne animal. A coup sûr, chez les animaux vertébrés, la contractilité musculaire ne revient pas après dessiccation ; mais en est-il de même pour les propriétés fondamentales de la matière organisée, pour les propriétés de nutrition? On devait se poser cette question, et la méthode des transplantations nous a permis d'essayer d'y répondre. Nous allons énumérer les faits qu'elle nous a jusqu'à présent fournis. A. Dessiccation par le vide et l'acide sulfurique. — Expé- rience LXXV. — 7 juillet 1864 ; la queue d'un Rat adulte est coupée k midi, écorchée à 2 heures, placée à 3 heures dans le vide de la cloche pneumatique, à côté d'acide sulfurique concen- tré; elle reste là jusqu'au lendemain à 3 heures; elle est alors greffée sous la peau d'un Rat adulte. Aucun accident. 6 novembre, la greffe paraît bien prise; ses dimensions n'ont pas changé. Expériences LXXVI et LXXVII. - 11 février 1855 ; deux queues de Rats adultes, coupées et écorchées le '25 février à 2 heures, ont aussitôt été mises sous la cloche pneumatique en présence de Xacide sulfurique concentré. Elles y sont restées jusqu'au lendemain à 2 heures ; la température était de 12 à 15 degrés, et la pression était remontée à 15 centimètres. De 2 heures à 5 heures elles ont alors été placées dans l'étuve de Gay-Lussac, à une température sèche., qui a monté de 35 à 50 degrés. Greffées à 5 heures sous la peau de Rats adultes. Aucun accident. RECHERCHES SUR LA VITALITÉ DES TISSUS. 199 13 juillet, 19 juillet, je tue les deux animaux et les injecte. Les queues greffées ont conservé leurs dimensions. L'injection a pénétré assez richement les os et leur moelle. Celle-ci est entièrement transformée en tissu fibreux contenant bon nombre de corps cellulaires, qui sont probablement des méduUocelles hypertrophiées. On ne voit plus de vésicules adipeuses. Expériences LXXVIII, LXXIX et LXXX. — Le 18 juil- let 1865, à trois Rats âgés de trois semaines, je coupe la queue ; je dépouille ces organes de leur peau et les suspend à 9 heures 30 minutes du matin dans la cloche pneumatique, au-dessus de Y acide sulfurique concentré. La température est de 23 degrés ; le soir, la pression est de 2 centimètres; le lendemain, à midi, elle a dépassé 15 centimètres. Je les greffe alors sous la peau des jeunes Rats auxquels elles appartenaient. Longueur de la partie transplantée, 'i centimètres (dimension prise sur la pièce sèche; elle correspond environ à 2%5 sur la pièce fraîche).- Aucun accident ne survient. Le 17 août, je tue l'un des jeunes animaux et l'injecte. La greffe paraît bien vivante au premier aspect ; malheureusement la pièce est perdue sans que j'aie pu l'examiner. Le 20 octobre, chez les deux autres Rats, la résorption est telle qu'on sent à peine les queues greffées en palpant à travers la peau. 20 novembre, je tue le deuxième animal. On reconnaît aisé- ment la queue, adhérente à la peau ; elle mesure h centimètres. Toutes les parties osseuses ont disparu ; il ne reste plus en place que presque tous les cartilages calcifiés. Tout est de- venu graisseux, sauf les tendons ; dans ceux-ci, dans les cellules adipeuses et dans les vaisseaux capillaires, le carmin colore les noyaux. 5 décembre, je tue le dernier Rat. La queue mesure 3' ,5. La résorption est encore plus avancée, beaucoup de carti- lages calcifiés ont disparu, et d'autres présentent un pourtour crénelé. 200 p. BERT. B. Dessiccation par l'acide sulfuriqiie dans le vide, avec l'action consécutive d'une température voisine de 1 00 degrés. Expériences LXXXI et LXXXÏI. — 8 mars 1865 ; deux queues de Rats adultes, qui ont été coupées en môme temps que celles des expériences LXXVI et LXXYII et desséchées à côté d'elles, ont été conservées dans un tube de verre bien bouché et bien sec du 27 février au h mars. Le II mars, elles sont mises dans l'étuve de Gay-Lussac oi^i la température atteint, au bout de deux heures, 99 degrés et s'y maintient pendant deux heures encore. Je les renferme alors dans le même tube bouché qui a été chauffé avec elles et je les y laisse jusqu'au 8 mars. Le 8, je les greffe l'une à droite, l'autre à gauche, sous la peau du flanc d'un Rat adulte. Aucun accident ne survient. 24 mai, mort accidentelle de l'animal; je l'injecte par le cœur. Les queues greffées ont conservé leurs dimensions et l'injection a pénétré dans les vaisseaux de leur moelle osseuse. Expériences LXXXIII et LXXXIV. — 20 juillet 1865 ; deux queues de Rats âgés de trois semaines, soumises au même traite- ment que celles des expériences LXXYIII, LXXIX et LXXX, c'est-à-dire coupées le 18 juillet et desséchées dans le vide, sont placées le 19 dans l'étuve de Gay-Lussac, qui marque 50 de- grés; la température s'élève rapidement à 99 degrés et s'y maintient pendant une heure. Les queues sont ensuite retirées, renfermées dans un tube de verre bien sec et greffées le 20 sous la peau de Rats âgés de trois semaines. Aucun accident ne survient. Le 12 août, je tue l'un des Rats et tente une injection au col- lodion coloré, injection qui, bien que très-mauvaise, pénètre un peu dans la greffe et jusque dans la moelle. 11 y a déjà un com- mencement de résorption du côté du gros bout, où quelques vertèbres ont disparu. Dans lesautres, la moelle osseuse a perdu sa graisse et passé à l'état fibreux. On y trouve un grand nombre d'éléments cellulaires contenant un noyau et des gra- nulations. RECHERCHES SUR LA VITALITÉ DES TISSUS. 201 Le 23 août, je tue l'autre Rat et l'injecte au bleu de Prusse soluble. L'injection pénètre abondamment dans les os et dans leur moelle qui est également fibreuse avec des médullocelles dont le noyau paraît être devenu graisseux. La résorption étant plus avancée que chez l'animal tué le 12 août, les os sont devenus extrêmement minces. Si maintenant nous analysons ces résultats, nous voyons que nous avons rencontré dans les queues desséchées, que la chaleur soit ou non intervenue, les trois critériums auxquels nous avons dit, au commencement de ce chapitre, qu'on doit reconnaître la persistance de la vitalité, à savoir : l'augmentation dés dimen- sions, quand la partie greffée est jeune; les altérations patholo- giques; la communication vasculaire. Il paraît donc difficile de nier que la vitalité ait persisté après la dessiccation complète dans les éléments anatomiques qui constituent la queue d'un Rat, au moins dans les éléments du tissu conjonctif et de la moelle des os. Nous avons fait la contre-épreuve des expériences précitées en introduisant sous la peau d'un Rat des queues chauffées à 99 de- grés après avoir été insuffisamment desséchées; des queues séparées depuis plusieurs mois et laissées depuis ce temps à l'air libre, où elles s'étaient à demi desséchées; enfin, des queuBs semblables aux précédentes, mais desséchées avec grand soin immédiatement avant la transplantation. Dans la presque tota- hté de ces cas, nous avons eu suppuration et prompte élimina- tion. Quelquefois, surtout quand elle avait été bien desséchée, la queue morte était tolérée ; mais alors elle disparaissait rapide- ment quant à ses parties molles ; et ses os, qui restaient plus long- temps, se montraient isolés les uns des autres et étroitement serrés par le tissu connectif appartenant à l'individu-sujet avec lequel les coupes transversales prouvaient qu'ils n'avaient aucun rapport. Dans ces conditions, les injections même très-fines ne les pénètrent pas; mais il peut arriver que, à la suite d'extrava- sations, la matière colorante s'insinue par les canaux nourriciers et entre dans la cavité même de la vertèbre, par une imbibition 202 p. BERT. qu'il est impossible de confondre avec une véritable injection vasculaire. La contre-épreuve semble donc jusqu'ici favorable à l'opinion de la vitalité conservée. Cependant, en présence d'un fait qui paraîtra extraordinaire, nous n'osons nous avancer jusqu'à une affirmation complète. Sans doute, les principes de la physiologie générale doivent nous encourager ; mais, dût-on nous accuser de prudence exagérée et jusqu'à un certain point d'inconséquence avec ce que nous avons dit au commencement de ce travail, nous suspendons encore notre jugement définitif jusqu'à ce que des expériences actuellement en voie d'exécution nous permettent d'élre plus hardi, ou nous forcent à nous applaudir de notre réserve actuelle. § VI. — Transplantations entre animaux appartenant à tics espèces différentes. Dans les paragraphes précédents, nous avons étudié l'action de modificateurs d'ordre purement physico-chimiques, l'infl uence de milieux qui n'ont rien d'analogue dans les corps organisés vivants. Il est tout aussi intéressant de savoir quelle influence peuvent avoir sur les éléments anatomiques des milieux appar- tenant à des êtres vivants, mais différents plus ou moins de ceux où se nourrissaient ces éléments. C'est ce que réalisent les trans- plantations entre animaux d'espèces différentes. Dans les expé- riences rapportées jusqu'ici, l'action des modificateurs avait été antérieure à la transplantation ; dans celles-ci, au contraire, elle sera postérieure. Mais toutes ces expériences appartiennent évi- demment au même ordre de faits. Expérience LXXXV. — 18 mai 1863 ; introduit sous la peau d'un Rat blanc [Mus rattus^ var. albine) 3 centimètres de queue écorchée d'un jeune Surmulot {Mus decumanus). La greffe prend parfaitement et la queue grandit. Expérience LXXXVL — 30 mai 1865, greffé sous la peau d'un Rat adulte 3 centimètres de queue d'un jeune Surmulot RECHERCHES SUR LA VITALITÉ DES TISSUS, 20j ayant encore les yeux fermés ; cette queue est coupée depuis trois heures et conservée depuis ce temps, non écorchée, dans un tube bouché. Aucun accident. : 6 juin, je tue l'animal et l'injecte. L'injection pénètre dans les plus petits vaisseaux cutanés ; elle enveloppe d'un riche réseau la queue greffée. Celle-ci a grandi et mesure 8,6. La queue parasitaire est entourée d'une espèce de gaîne de nouvelle formation dans laquelle elle est libre, et dont elle pourrait être retirée comme une épée de son fourreau, si, vers la pointe seu- lement, dans une région voisine des lèvres de la plaie, elle n'était adhérente à la peau; l'injection a pénétré par là dans quatre oucinqvertè-l)res. Ce fourreau s'accole intimement à la peau par une de ses faces qui est de beaucoup la plus épaisse; l'autre est recouverte par le tissu cellulaire sous-cutané qui s'y fixe. Il est composé d'un tissu lamineux non vasculaire, où l'on voit quelques rares corps fibro-plastiques et de nombreuses granulations grais- seuses très-fines. Les tendons, traités par l'acide acétique, laissent voir de nom- breux noyaux. Les muscles paraissent intacts. Expérience LXXXYII. — 2li août 1865, la queue cVun Mulot {Mus sylvaticus) adulte, mort depuis une demi-heure, est cou- pée sur une longueur de 3 centimètres et greffée sous la peau d'un Rat blanc adulte. Pendant l'opération, la queue tombe à terre et je suis obligé de la laver. 20 octobre, la queue a diminué de dimensions. 29 novembre, je tue l'animal et l'injecte. Deux ou trois ver- tèbres au gros bout ont conservé leurs dimensions; les suivantes sont en voie de résorption ; enfin les quatre ou cinq terminales sont entièrement résorbées. L'injection a pénétré dans les deux ou trois premières vertèbres. La première a la moelle fibreuse. Expériences LXXXVIII et LXXXIX. — 30 mai 1865, à droite et à gauche, sous la peau, greffé à un Écureuil 3 cen- timètres 1/2 de queue de jeunes Surmulots qui n'ont pas encore les yeux ouverts. '2.011 p. BERT. 6 juin, suppuration des deux côtés. 26 juillet, il y a encore un peu de suppuration à gauche. On ne sent plus rien sous la peau d'aucun côté. Expériences XC et XCI. — 8 mai 1865 ; greffé sous la peau de deux Cochons d'Inde 5 centimètres de queue de Rats âgés de trois semaines. 17 mai, chez l'un des animaux, inflammation tellement vio- lente qu'il en meurt. Chez l'autre, la plaie est guérie. 11 juillet, mort de celui-ci. La queue existe sous la peau; mais ses parties molles ont disparu, et elle est réduite à ses os. Ce n'est pas là une résorption pathologique, mais une sorte de digestion locale. Expériences XCII, XCIII, XCIV et XCV. — 31 mars 186Û ; greffé sous la peau d'un Lapin, en quatre endroits : 1° la queue, 2° \e sternum, o" Vavant-bras, /i° \a. jambe, d'un jeune Rat blanc commençant à avoir du poil. Ces fragments ont été autant que possible dépouillés des parties molles. Suppuration partout, puis élimination. Expériences XCVI et XCVII. — 26 mars 186/i ; greffé sous la peau de deux Hais blancs le radius et une branche de la mâ- choire inférieure d'un Chien âgé de huit jours, mort depuis dix " heures environ. Ces organes ont été dépouillés de leurs parties molles. Suppuration, élimination. Expériences XCVIII, XCIX, C et CI. — 26 mars 186/i; greffé sous la peau de Rats blancs le cubitus, la queue, le ster- num et une branche de la mâchoire inférieure du même Chien. 29 avril, inflammation tellement violente qu'elle tue les quatre animaux. Expérience Cil. — 16 mai 1863 ; la queue d'un Rat de trois semaines est greffée sous la peau d'un jeune Chat. La plaie se guérit rapidement; les dimensions de la queue incluse dimi- nuent, elle finit par disparaître complètement. RECHERCHfcIS SUR LA VITALITÉ DES TISSUS. 205 Expérience CIII. — 26 avril 1863 ; les queues de deux Chais de trois jours sont greffées sous la peau de deux Rats blancs, sur une longueur de 5 centimètres. 7 mai, chez l'un des deux animaux, il y a suppuration et éli- mination. Chez l'autre, la plaie est guérie. 9 juin, chez celui-ci, un petit abcès s'étant ouvert, j'en retire une vertèbre nécrosée, puis j'ai la maladresse d'arracher la queue tout entière. Il me semble que je romps, en faisant cela, des adhérences vasculaires et ce que je retire paraît vivant; par malheur, la pièce est perdue avant que j'aie pu en faire l'exa- men microscopique. Dans trois autres expériences, faites dans les mêmes conditions, j'ai toujours eu suppuration et éhmination rapide. C'est encore l'élimination qui a jugé toutes les tentatives que j'ai faites pour transplanter des parties de très-jeunes Oiseaux sous la peau de Rats, et l'inflammation a parfois été assez forte pour tuer l'animal. Enfin, ayant essayé, réciproquement, de greffer des queues de Rat dans les appendices de la gorge de Coqs ou de Dindons, j'ai vu ces organes être enveloppés sans suppuration d'un kyste, où ils subissaient une sorte de décomposition graisseuse qui n'avait aucun rapport avec une évolution vivante. On voit que la greffe réussit entre Rats et Surmulots presque aussi bien que de RatsàRats. De Mulot sur Rat, il y a déjà dégé- nérescence fibreuse de la moelle et résorption consécutive de l'os. Enfin, en franchissant de plus grands intervalles zoologiques, nous avons toujours vu la suppuration entraîner les parties gref- fées, ou celles-ci disparaître par une résorption qui nous a sem- blé devoir être comparée à une simple digestion locale. II y a là, au reete, un vaste champ d'expériences que nous sommes loin d'avoir entièrement parcouru. Il est bon de faire remarquer toutefois que nos expériences concordent avec les résultats obtenus par M. OUier dans les transplantations de périoste, et avec ce qu'ont enseigné depuis longtemps les tentatives de trans- fusion sanguine entre espèces différentes. 206 p. BEBT. CHAPITRE V. RÉSUMÉ ET CONSÉQUENCES DES EXPÉRIENCES PRÉCÉDENTES. Nous devons maintenant résumer d'une manière succincte les résultats principaux des expériences rapportées dans le chapitre précédent. Le premier fait qui se présente, c'est que la séparation du cor])s d'un membre, comme une patte ou une queue, chez un animal à sang chaud, comme un Rat, ne met en péril immédiat la vie d'aucun des éléments anatomiques qui constituent cet organe ; si on leur rend par la transplantation sous-cutanée on intra-péritonéale des conditions nutritives convenables, ils continuent à vivre et manifestent leur existence par des phéno- mènes tout à fait comparables à ceux qu'ils eussent présenté si, après quelque lésion chirurgicale, ils fussent restés en place. Il en résulte que les propriétés diverses suivent des fortunes dif- férentes , les unes disparaissant pour ne plus revenir, les autres disparaissant momentanément pour reparaître après une évolu- tion anatomique déterminée, les autres demeurant en pleine activité. Ainsi, la contractUité est perdue à la suite de modifications pathologiques présentées par la fibre musculaire, modifications semblables à celles qu'on a déjà décrites dans les muscles sou- mis à certaines causes morbigènes (atrophie simple avec ou sans conservation des stries transversales, dégénérescence grais- seuse), et elle est perdue sans retour. .Les tubes nerveux subissant les altérations consécutives à leur séparation des centres dits trophiques, leur propriété caractéristique, la conductibilité nerveuse (\'\s])SiY3iii; mais lorsqu'à la suite de l'évolution réparatrice décrite par MM. Philipeaux et Yulpian, des tubes se sont régénérés, leur propriété se ma- nifeste à nouveau. On a vu (p. 13/i) comment la transplanta- tion nous a permis de démontrer, par un renversement des rapports primitifs des parties, que la transmission de l'ébran- RECHERCHES SUR LA VITALITÉ DES TISSUS. 207 lement nerveux dans les nerfs de sensibilité se ftiit également suivant les deux directions centripète et centrifuge. Des expériences en projet ou eu cours d'exécution, et dans lesquelles des muscles ou des nerfs isolés sont employés sous des masses assez considérables pour faciliter leur étude, nous ])ermettront de suivre l'influence que des modificateurs divers peuvent exercer sur la production et la marche de ces altéra- tions élémentaires. Nous espérons ainsi donner aux physiolo- gistes qui s'occupent, au point de vue statique ou dynamique, des déviations morbides de la matière organisée, des moyens sûrs de produire à volonté telle ou telle de ces altérations, et, par conséquent, d'eu étudier aisément l'évolution. Et comme la pathologie n'est autre chose que la physiologie dans des condi- tions spéciales, nous jetterons sans doute par là quelque jour nouveau sur les propriétés des éléments musculaires et nerveux. Déjà les recherches consignées dans le précédent chapitre nous ont donné d'intéressants résultats pour les propriétés de nutrition des éléments appartenant au grand groupe des élé- ments connectifs, à savoir : les cellules plasmatiques, les fibres tendineuses, les éléments de la moelle des os, du cartilage et de l'os lui-môme. Nous avons vu ces organites vivre d'une vie nor- male et suivre une évolution régulière, si nulle cause raorbiflque ne vient agir sur eux. Que si, au contraire, nous faisons inter- venir des modificateurs plus ou moins énergiques, nous les voyons, dans ces conditions anormales, suivre une évolution anormale, mais toujours régulière par rapport à ces con- ditions. Dans ces processus pathologiques, nous n'avons rien eu de nouveau à signaler quant à l'espèce morbide ; tout ce que nous avons décrit a son analogue dans le cadre nosologique actuelle- ment établi. Nous avons vu, en effet, que si des conditions mor- bigènes d'intensité médiocre agissent sur les parties transplan- tées, les éléments cellulaires de la moelle osseuse se multiplient rapidement tandis que ses vésicules adipeuses perdent la graisse qu'elles contenaient, lésions qui font partie de celles de l'ostéite simple. Que si le modificateur est plus énergique, la transforma- 208 I». BERT. tion fibreuse de la moelle est le résultat de sou action, et cette transformation commence toujours, ainsi que cela est connu, dans les parties les plus voisines de l'os. Ce n'est pas tout : le tissu lami- neux se développant dans les canaux nourriciers, rétrécit sans l'oblitérer le calibre des vaisseaux qui le traversent; la substance même de l'os se ramollit, laisse en liberté les ostéoplastes qui, per- dant leurs prolongements, repassent à l'état jeune, à l'état cellu- laire ; le cartilage subit des modifications analogues, si bien que toutes les parties solides disparaissent, hormis (surtout lorsqu'on agit sur des queues appartenant à de jeunes animaux) ces disques cartilagineux calcifiés qu'on retrouve, du reste, dans certaines maladies de la colonne vertébrale (mal de Pott). Tout ce pro- cessus est analogue à celui de l'ostéomalacie ; enfin, quand est terminée cette évolution absorbante, les éléments se momifient en s'infiltrant de matière grasse (1). Nous n'avons pas étudié avec tous les soins qu'on exige à bon droit de l'anatomo-pathologiste les détails de ces altérations. Qu'on nous le pardonne : notre but était tout autre. Nous avons seulement recherché les faits pathologiques comme preuve que les éléments avaient résisté aux modificateurs que nous avions fait agir sur eux, comme critérium de la vie. Si nous sommes revenu dans une vue d'ensemble sur les résultats que nous avions constatés, c'est surtout, ainsi que nous l'avons indiqué plus haut, pour appeler directement l'attention sur une méthode expéri- mentale qui pourra donner des résultats utiles à l'anatomie patho- logique. Nous avons dit, au commencement de ce chapitre, qu'un autre critérium de la vie conservée chez la partie transplantée est la pénétration dans ses vaisseaux de l'injection poussée par le cœur de l'animal qui la porte. Disons un mot de la manière dont s'éta- blit cette communication nutritive. Pendant quelques jours, la queue parasitaire vit par imbibition simple dans les liquides qui (1) Ce résumé des altérations des tissus me fournit une heureuse occasion de remer- cier mon ami M. le docteur Ranvier des utiles conseils que lui ont permis de me don- ner ses connaissances étendues en anatomic pathologique et sa grande habileté dans le maniement du microscope. RECHERCHES SUR L.V VITALITÉ DES TISSUS. 209 rcntourent; nue sorte de fourreau de tissu lamineux l'enveloppe, mais elle s'y meut encore librement; bientôt, cependant, et sur- tout au niveau des lèvres de la plaie, quand elle arrive à leur contact, bientôt des tractus lamineux la fixent à la peau. Puis, des capillaires pénètrent ces tractus, et font communiquer les vaisseaux de la greffe avec ceux du sujet. Toute cette évolution, que nous n'avons pas précisée davantage dans ses intéressants détails par les raisons indiquées quelques lignes plus haut, s'opère avec une grande rapidité, puisque le cinquième jour le sang peut pénétrer dans la queue parasitaire. Tout ceci étant établi, résumons les effets que nous avons pu constater touchant l'action de modificateurs divers. La queue d'un Rat, séparée du corps et conservée dans une petite quantité d'air confiné, à l'abri de la dessiccation, vit en- core après deux, trois et même sept jours, si la température ne s'élève pas au-dessus de + l'i degrés centigrades ; que si elle atteint de 25 à 30 degrés, la mort de l'organe arrive avant deux jours (1). A 30 degrés,- elle vit après 7 h. 30 m. de séparation, et vivrait sans doute après plusieurs heures encore. L'action d'un couraiit électrique assez intense, continuée pen- dant dix-sept heures, la laisse vivre également. Elle résiste même, non sans altérations pathologiques, à des extrêmes de température que j'ai poussés jusqu'à -f- 56 de- grés dans la vapeur d'eau et — 18 degrés dans l'air, sans avoir atteint encore les limites certainement mortelles. Enfin, après la dessiccation dans le vide, assurée consécu- tivement par l'action de la chaleur poussée jusqu'au voisinage de 100 degrés, c'est-à-dire après une dessiccation aussi complète que nous permettent de l'obtenir les moyens actuels de la science, la queue d'un Rat semble vivre encore, carsesdimen- (1) Il résulte de cette oiiorine différence dans la conservation des propriétés vitales, avec des diflérences relativement peu considérables dans la température, que peut-être les chirurgiens ont tort lorsque, après la ligature d'une maîtresse artère, ils s'efforcent de réchauffer le membre momentanément refroidi. Je pense qu'ils augmentent ainsi les chances de gangrène, et qu'il vaudrait mieux maintenir le membre à une basse tempé- rature, en attendant le retour de la circulation. 5« série. Zool. T. V, ^Cahier n» 4.) 2 14 210 p. B!;nr. sions augnieiitent, ses vaisseaux s'unissent avec ceux de l'ani- mal qui la porte, et sa moelle osseuse subit la dégénérescence fibreuse. J'ai dit plus haut les motifs qui me font encore em- ployer une forme dubitative de langage dans l'expression de cette proposition hardie. Après un séjour prolongé dans l'oxygène ou l'acide carbonique, l'azote, l'hydrogène, l'oxyde de carbone, les vapeurs d'acide phénique, de benzine, d'ammoniaque ou d'éther, des queues de Rat ont pu être greffées en totalité ou en partie, non sans avoir été frappées quelquefois de maladies qui en ont entraîné la résorption. L'immersion dans l'eau est plus redoutable pour les éléments anatomiques que l'action de la plupart des gaz ; cependant ils survivent après neuf heures à la température de + 18 degrés, et probablement un peu plus longtemps encore. Prise dans un morceau de glace à une température notablement inférieure à zéro, la queue d'un Rat a continué à vivre; il en a été de môme pour de l'eau à + 50 degrés, mais il y a eu alors lente ré- sorption. On a pu voir que les acides, surtout les acides acétique et phosphorique, tuent les éléments à des doses infiniment moin- dres que les alcalis. Ainsi, 1 pour 100 de ces acides dans l'eau lue en quatre heures la queue immergée, tandis qu'une disso- lution à 2 pour 100 de potasse est parfaitement inoffensive : la nécessité de l'alcalinité du sang trouve ici confirmation. Enfin , on remarquera l'innocuité de solutions notablement exosmotiques, comme celle de glycérine dans le double de sou poids d'eau, et l'élimination à la suite de l'emploi d'une solution aqueuse de brome, au titre de 1 pour 100. Au point de vue zoologique, c'est-à-dire en envisageant les modificateurs qui agissent consécutivement à la transplantation, nous avons échoué dans toutes nos tentatives faites pour franchir les hmites du genre. De Rat à Surmulot, ou réciproquement, la réussite est presque aussi assurée que de Rat à Rat ; mais déjà de Mulot sur Rat nous avons altération fibreuse de la moelle vertébrale, et résorption. RECHERCHES SUR LA VITALITÉ DES TISSUS. '211 Il serait inléressaut de voir si l'énergie de la résistance vitale est à peu près égale dans différents types zoologiques; si, par exemple, chez les Oiseaux, une partie séparée du corps vivrait encore après plusieurs jours, etc C'est là un nouvel ordre de recherches c^ue nous n'avons pas même effleuré. En terminant ce résumé, je demande la permission d'attirer particulièrement l'attention sur quelques conséquences d'un ordre plus général qui me paraissent découler nettement des expériences ci-dessus rapportées. A. — C'est une question vieille comme la médecine que celle de savoir s'il existe dans les êtres vivants un principe directeur et coordinateur tenant sous sa dépendance la vie de toutes les par- ties du corps ; ou si, au contraire, celles-ci vivent chacune pour leur propre compte, eu vertu d'une autonomie dont les manifes- tations synergiques chez toutes constituent l'apparente unité de la vie. Il ne peut entrer dans notre pensée de donner ici une indica- tion même succincte de ce qui a été dit pour et contre dans cette capitale querelle où l'on a si mal à propos employé les mots de vitalisme et d'organicisme : l'énumération seule des arguments et des faits invoqués remplirait bien des pages. Nous devons nous restreindre à ce qui a un rapport direct avec nos expériences, c'est-à-dire à la continuation de la vie dans les parties séparées du corps. Déjà, chez les animaux très-inférieurs, des faits d'une impor- tance du premier ordre étaient depuis longtemps connus, qui semblaient, pour ces êtres du moins, résoudre la question. On savait, par exemple, que chacun des nombreux fragments dans lesquels on peut diviser sans danger une Planaire, continue à vivre, à se nourrir, à se mouvoir, et même reproduit les parties qui lui manquent, jusqu'à reconstituer une Planaire complète. Mais ces êtres infimes sont volontiers dédaignés des médecins dits philosophes, qu'absorbe la contemplation des plus nobles degrés de l'échelle animale. Un principe vital difïluent, une personnalité disséminée senblait sulfire à ces gelées vivantes à peine organisées-, Fnais n'en devait-il pas être autrement pour 212 P. BURT. l'être sublime qui couronne l'édifice créé, et pour ceux qui s'en rapprochent le plus par l'agencement matériel? D'ailleurs, l'unité du principe vital ne se manifeste-t-elle pas chez eux par ce fait que si des parties sont détachées de leurs corps, elles sont, hic et nunc, condamnées à une mort prochaine? . A peine, pendant quelques minutes, et, chez les moins parfaits, pendant quelques heures, conservent-elles une irritabilité que sans doute elles doivent à l'impulsion reçue du principe vital, comme un projectile continue à se mouvoir après l'action d'une force désormais éloignée de lui. Cette impulsion épuisée, elles deviennent la proie des forces physico-chimiques, sans que jamais se voient chez elles des signes personnels de la vie. Et cependant, chez les Vertébrés eux-mêmes, M. Vulpia.. (1) avait montré, par une élégante expérience, que si l'on ampute la queue d'un Têtard de Grenouille encore contenu dans l'œuf, cette partie, conservée dans l'eau, vit, grandit et achève toutes les phases de son évolution embryonnaire : arrivée là, elle meurt. Mais on pouvait répondre à ce fait, comme on avait ré- pondu à certains faits tératologiques constatés chez les Mammi- fères, que le principe vital est, dans l'embryon des animaux supé- rieurs, disséminé comme chez les animaux inférieurs; ou, tout au moins, que son impulsion est plus durable que dans l'âge adulte, car ces queues de Têtards mouraient fatalement lors- qu'elles avaient dépassé la période embryonnaiie. En tout cas, restaient les Vertébrés adultes, restaient surtout les Mammifères, chez lesquels rien de semblable n'avait été jamais constaté. Si nous ne nous faisons illusion, nos expériences sur les trans- plantations de queues de Rat détachées du corps depuis plusieurs jours, ou soumises à l'action de modificateurs souvent très-éner- giques, sont la meilleure preuve expérimentale directe que l'on puisse invoquer en faveur de l'autonomie des éléments. Il faut bien que le principe vital existe dans chacune de ces parties, si principe vital il y a. Mais pourquoi nous leurrer par des mots sono- (1) Comptes rendui de la Soc. de bioL, années 1858, 1859, 1861; Comptes rendus de l'Acad. des se, 18 avril 1859. RECHERCHES SUR LA VITALITÉ DES TISSUS. 213 res? Si nous examinons les faits sans aucune préoccupation extra- scientifique, que voyons-nous? Des propriétés spéciales à la ma- tière organisée et des conditions de milieu, ou, pour parler plus philosophiquement, des phénomènes, qui supposent des conditions intrinsèques et extrinsèques en rapport avec leurs manifestations. Les conditions intrinsèques sont nécessaires; les conditions ex- trinsèques sont contingentes, en ce sens qu'elles peuvent être supprimées sans que les précédentes aient pour cela disparu (vie latente après dessiccation des Rotifères, des queues de Rat, etc.); mais les conditions des deux ordres sont nécessaires pour que les phénomènes continuent à se produire sans interruption (greffe simple), ou se manifestent à nouveau après avoir été suspendus (eau rendue aux Rotifères desséchés) (1). Analyser les conditions des phénomènes et mesurer l'impor- tance de chacune d'elles, est la science; chercher à en expli- quer l'essence, et pour cela leur supposer un mobile immatériel, imaginer une force qui soit en dehors d'elles et cependant les domine, est la fantaisie : nous n'avons pas besoin de dire auquel de ces deux guides nous avons lâché, dans ce travail, et nous tâcherons toujours de rester fidèle, B. — Il est une question qui, très-voisine de la précédente et en dépendant jusqu'à un certain point, se présente cependant à l'esprit avec une importance telle, qu'elle mérite d'être étudiée à part. Le développement harmonique d'un être vivant, qui le conduit, pour ainsi dire, par des chemins tracés d'avance, à une expression morphologique déterminée et fixe, est-il sous la di- rection d'un principe unique qui, du heu central, mais inconnu, où il réside, commanderait par l'irradiation dès grands systèmes (1) Il existe un rapport intime entre les conditions intrinsèques et les extrinsèques : par exemple^ les milieux nécessaires à raccomplisscment des pliénomènes vitaux sont variables selon les éléments anatomiques que l'on considère. Ainsi l'eau suffit aux fragments de Planaire ; les liquides plasmatiques sont nécessaires aux éléments des queues de Rai. Je suis persuadé que l'on pourrait répéter, et facilement, sur des parties de jeunes Mammifères, ou même sur des embryons encore contenus dans l'œuf, les expériences de Dugès sur les Planaires, ou de M. Vulpian sur les Têtards, en les maintenant à une température convenable dans du sang suffisamment aéré et renouvelé, ou peut-être même dans du sérum chargé d'hémalo-globulino. 210 p. BKRr. à l'évolution régulière et pondérée de chaque partie du corps; ou bien, au contraire, chacune des parties porte-t-elle en elle- même la raison d'être de cette évolution, son plan secret, son patron idéal (Dugès), qui aboutit en dehors de toute influence générale organisatrice à la réalisation de sa forme typique? Le moule intérieur appartient-il à l'ensemble ou à chacune des parties? Existe-t-il, dans les éléments histologiques, un mode d'activité que l'on pourrait nommer morphogénique? Les mêmes arguments pouvaient être opposés à l'existence de ce principe directeur qu'à celle du principe vital, dont il ne serait cà vrai dire qu'une manifestation. Nous nous contenterons donc de répéter : nos transplantations de queues et de pattes de jeunes Rats nous semblent résoudre la question pour les Mam- mifères, et par suite pour l'Homme, au même titre que les expé- riences sur les Planaires et les queues d'embryons de Grenouilles la résolvaient déjà pour les animaux dits inférieurs ( 1 ). Sans doute, la queue d'un jeune Rat introduite sous la peau d'un autre Rat ne reproduit pas un Rat tout entier , comme un fragment de Planaire reproduit une Planaire tout entière; mais l'unité dans les phénomènes n'est pas l'identité. Le fragment de Rat, comme celui de Planaire, continue à vivre, se développe, et acquiert la forme et les dimensions qu'il aurait acquises s'il fût resté en place. Ses cartilages d'ossification s'ossifient; ses épiphyses osseuses se soudent aux diaphyses; ses cartilages interverté- braux, quand il s'agit d'une queue, deviennent fibreux, d'hya- lins qu'ils étaient; la moelle celluleuse de ses os se charge de graisse, etc. En un mot. son évolution s'opère suivant ses lois normales, soit dans l'ordre pnysiologique hygide, soit dans l'ordre physiologique morbide. Si, en effet, les conditions dans les- (1) Pour ce qui a rapport aux Grenouilles, je me propose de tenter plus tard une expérience que je n'ai pu mettre encore à exécution, à cause de la difficulté de conser- ver longtemps ces Batraciens vivants dans les laboi'atoires. Je voudrais écorcher avec soin un très-jeune Têtard, lui enlever les viscères, et lui amputer la tête, puis greffer ce tronçon sous la peau d'une Grenouille. 11 sera fort intéressant de voir : 1° si ce tronçon reforme, au moins en partie, la tête enlevée ; 2° s'il lui pousse des pattes, au moins des pattes abdominales; 3° si, après un certain temps, l'extrémité caudale dis- paraîtra, connue dans la métamorphose normale. RECHERCHES SUR L\ VITALITÉ DES TISSUS. 215 quelles a été placé l'organe détaché sont telles que quelque ma- ladie en dût être la conséquence, cette maladie a lieu, et sa marche est celle que devaient lui imposer les circonstances morbi gènes. Ce fragment de Rat avait donc emporté avec lui son type vir- tuel, l'idée de sa forme, et cela dans chacun de ses éléments constituants, qui savait, qu'on me pardonne cette expression iigurée, quelle devait être sa forme définitive, celle des éléments auxquels il donnerait naissance , quel mode de groupement ils devaient affecter entre eux et dans leurs rapports avec les élé- ments voisins. S'il fallait rapporter à un principe, à une essence, l'évolution morphologique d'un être entier, convenons que ce principe n'est pas un, mais n ultiple, qu'il préexiste dans chaque élément figuré, et que, en ce sens, Kant a eu tort de dire que la raison de l'être vivant réside dans son ensemble : elle réside, comme celle de l'être brut, dans chacune de ses parties. Mais, de ce principe imagimiire, la science doit définitivement se débar- rasser : le type morphologique, le devenir, fait partie des condi- tions intrinsèques d'existence de la matière organisée. C. — Lorsqu'un animal meurt de vieillesse, par usure phy- siologique, nous voyons que tous ses éléments anatomiques por- tent les traces d'une dégénérescence sénile plus ou moins avancée. Et c'est, à coup sûr, cette dégénérescence qui, s'aug- mentant sans cesse par sa propre influence sur la formation des milieux intérieurs (Cl. Bernard) de l'animal, a été cause pro- chaine de la mort par cessation de quelque propriété vitale du premier ordre, comme la contractilité ou la neurilité. Mais chez cet animal même, mort de vieillesse, les éléments anato- miques n'ont très-certainement pas perdu leurs propriétés de nutrition, si ralenties qu'elles soient, et la transplantation per- mettrait de s'en assurer. En poursuivant ces réflexions, on arrive à se demander si les éléments anatomiques ont une mort nécessaire (Burdach), comme cela semble établi pour les animaux entiers; ou si leur mort, c'est-à-dire la perte de toutes leurs propriétés vitales, quand elle arrive, n'est pas seulement la conséquence de l'action -216 p. BERT. prolongée de milieux viciés qui a modifié profondément leurs propriétés physico-chimiques. Les métaphysiciens répondraient aussitôt que ce qui a com- mencé doit finir, et que l'évolution ascendante de l'élément entraîne la nécessité d'une évolution descendante. Mais, pour quiconque ne se satisfait pas de mots, la question doit paraître debout et entière. Et je me serais gardé de la poser, n'aimant pas les nugœ difficiles, si l'expérience ne me semblait avoir prise sur elle. Il faudrait, pour étudier la durée de la vie des éléments auatomiques, pour savoir si elle est ou non nécessairement limitée, les maintenir, au moment de leur période d'état, dans les conditions où ils se trouvent alors, et ne pas permettre à des milieux dont la composition va s'altérer et les altérer eux-mêmes, de continuer à agir sur eux. Le procédé de la transplantation serait ici fort utile, ou, pour mieux dire, indispensable. Voici comment je conçois l'expérience : couper la "queue d'un Rat arrivé depuis quelque temps à son développement com- plet, et la transplanter sous la peau d'un Rat notablement plus jeune que lui; lorsque celui-ci commencera à vieillir, extraire la queue greflée et l'introduire sous la peau d'un ani- mal en pleine vigueur de développement, et ainsi de suite. Il serait facile de voir si cette partie, constamment baignée par des milieux jeunes, vivra plus longtemps que l'animal duquel elle a été détachée, ou même si elle vivra d'une manière indéfinie. Je me contente d'indiquer l'expérience, qui est en voie d'exécution, mais depuis trop peu de temps pour que j'en puisse dès aujourd'hui rien conclure. Je me garde d'entrer dans l'expo- sition des conséquences philosophiques qu'on en pourrait tirer au point de vue de l'identité des propriétés de la matière orga- nisée et de la matière inorganique, et surtout d'insister sur les arguments plus ou moins séduisants, mais tous à priori, par lesquels oi. pourrait préjuger la solution de la question. L'expé- rience, juge supiêiiie, est saisie : (.'est à elle, ici comme par- tout, à prononcer en ultime ressort. RECHERCHES SUR LA VITALITÉ DES TISSUS. -211 EXPLICATION DES PLANCHES l'LANCUES 6 et 7. Fig-. i. Expérience par laqUL'lli! il est dimoativ que, dans les tubes nerveuv seiisitifs, l'ébranlement impressionnel peut être transmis dans le sens centrifuge, a, queue renversée, transplantée sur le do*. Fig-. 2. Expérience II, gross. '-^. Greffe simple, vertèbre terminale cicatrisée; avant- dernière vertèbre déformée; moelle adipeuse, mais riclie en méduUocelles. Fig. 3. Même expérience, gross. '-^. a, os (1); h, moelle adipeuse (dans laquelle le litliogrnphc a malheureusement donné aux cellules adipeuses un épais contour qu'elles ne possèdent jaunis) avec cellules jeunes; c, couches de cellules jeunes au contact de l'os, cellules qui semblent provenir de la mise en liberté des ostéoplastes, et dont quelques-unes ont des formes anguleuses. Fig. 4. Expérience IV, gross. ^. Queue greiïée dont il ne reste plus que deux vertèbres, cicatrisées aux deux extrémités; riche injection vasculaire. Fig. 5. Même expérience, gross. îfi. Moelle adipeuse, riche en méduUocelles. Fig. 6 et 6 his\ Expérience VII, grandeur naturelle. Fig. 6. Squelette de la patte, avant la grelTe ; fig. 6 6«, après la greffe. Fig. 7 et 7 bis. Expérience X, grandeur naturelle. Fig. 7. Base du crâne a\ant la greffe intra-péritonéalc ; fig. 7 bis, après la greffe (dessiné d'après la pièce sèche). Fig. 8 et 8 i(>. Même expérience, grandeur naturelle. Fig. 8, queue avant la greffe sons-cutanée; fig. 8 hit, queue après la greffe (dessiné d'après la pièce sèche!. Fig. 9, 10, 11, 12. Expérience V. Processus de la transformation fibreuse de la moelle. Fig. 9. Gross. ~^. Vertèbie terminale déformée et cicatrisée. Fig. 10. Gross. ~y . Moelle prise sur la seconde, vertèbre, à l'endroit marqué a (fig. 9). a, moelle adipeuse, avec quelques méduUocelles; b, amas de méduUocelles; c, transformation fibreuse au contact de l'os d. Fig. 11. Gross. -^. Moelle prise à l'endroit marqué ô (fig. 9;. a, cellules adipeuses rares; b, méduUocelles de dimensions à peu près normales; c, méduUocelles hyper- trophiées; le fi^su propre d-- cet 2-20 en. ROUGET ET S4BATIER. Les artères, après de nombreuses flexuosités, s'y divisent en bouquets successifs dont les branches plus ou moins nombreuses, contournées en vrilles, ressemblent exactement aux artères héli- cines des organes érectiles de l'Homme. Les veines, enveloppant dans leurs divisions multiples les troncs artériels, forment autour de l'utérus de larges sinus embrassés par les mailles des faisceaux entrecroisés de la mem- brane musculaire utero- ovarienne. Dans la profondeur du corps de l'utérus, elles constituent un lacis extrêmement riche de capillaires dilatés qui envahissent le tissu musculaire propre de l'organe. Le même développement vasculaire s'observe dans la portion de la membrane musculaire ovario-tubaire qui supporte l'ovaire, et qui se trouve ainsi transformée en un bulbe érectile. Qu'une vésicule de Graaf accomplissant son évolution men - suelle devienne, par suite de sa distension, le point de départ de contractions réflexes dans les muscles des ligaments larges, il en résultera l'adaptation du pavillon de la trompe sur l'ovaire et une constriction des mailles musculaires qui embrassent les gros troncs veineux issus de l'utérus et de l'ovaire. Les artères, protégées contre un tel rétrécissement par leur résistance normale et par leur situation au sein des masses vei- neuses, permettent au sang d'arriver. Il s'accumulera donc dans ces organes formés de cavités vasculaires très-multipliées, creu- sées dans un tissu contractile, et il se produira ainsi de véritables phénomènes d'érection que les injections convenables poussées dans les vaisseaux reproduisent sur le cadavre, comme cela a lieu pour l'érection des organes de la copulation. organe j elle est composée d'un réseau admirable de petites veines tortueuses, enroulées, accompagnées de nombreuses divisions artérielles hélicines et enlacées de faisceaux musculaires qui, de la région lombaire et de l'utérus, se portent vers le pavillon de la trompe et le bord inférieur de l'ovaire, où beaucoup semblent se terminer. n n'est pas moins vrai que lorsqu'un organe présente dans sa constitution tous les éléments des formations érectiles avec leur arrangement spécial, et que de plus on constate des changements de forme, de volume, de position, succédant à la distension du système vasculaire de cet organe, il n'y a aucun motif pour contester, comme le fait Kôlliker pour l'utérus, son assimilation aux formations érectiles des organes génitaux externes. DES ORGANES ÉRECTILES UTÉRO-OVARIEIVS. 221 Mais les capillaires superficiels de la muqueuse utérine, recou- verts par une simple couche d'épithélium, ne pourront résister fi cette distension prolongée, et donnerontlieu,par leur rupture, à cet écoulement sanguin, qui a reçu le nom de menstrues. D'un autre côté, la réplétion des vaisseaux ovariens hâtera la distension extrême et la rupture de la vésicule de de Graaf. L'œuf s'échappera ; toute cause d'irritation locale cessera, avec elle toute contraction réflexe ; les vaisseaux se videront, et tout rentrera dans l'ordre. Ainsi s'expliquent, croyons-nous, d'une manière plus satisfaisante et plus précise qu'on ne l'avait fait jusqu'alors, ce phénomène mystérieux de la menstruation et cette coïnci- dence remarquable de la ponte et de l'écoulement menstruel. Tout ce qui regarde l'appareil musculaire de l'adaptation est basé sur des recherches faites non -seulement sur la Femme, mais aussi sur les femelles appartenant aux principaux groupes de Vertébrés. Pour ce qui a trait au mécanisme particulier de l'érection utéro-ovarionno et de la menstruation, bien qu'appuyé sur des faits anatomiques incontestables et sur une expérimen- tation directe consistant dans la reproduction artificielle des phénomènes de l'érection utéro-ovarienne, néanmoins il lui manquait encore la confirmation d'une investigation compara- tive que l'auteur du travail cité plus haut regrettait de n'avoir pas été à même d'effectuer (1). L'occasion avait manqué de vérifier sur une espèce animale menstruée les conclusions du précédent travail. Du reste, les espèces dont les femelles pré- sentent un écoulement sanguin aux époques du rut sont extrê- mement rares; et quoique l'on ait parlé de flux sanguin chez des Chiens, des Vaches, des Biches, etc. ('2), on peut dire har- diment qu'il s'agissait toujours, dans ces cas, de mucosités san- guinolentes plutôt que d'une véritable hémorrhagie par rupture vasculaire. Chez les animaux en effet, à l'époque du rut, la ten- sion vasculaire de l'utérus est augmentée; mais comme, en dehors de l'état de gestation, le tissu utérin est loin de posséder (1) Voy. Recherches sur les organes érectilcs, etc. {Journal de physiologie, t. 1, p. 744, en note). (2) Haller, Muli-^lria, l. VII, 1775. 22*2 €U. nOlGET KT MAB/tTlER. la richesse \asculaire des tissus érectiles, il n'y a pas d'érection, et ordinairement aussi pas de rupture. Dans tous les cas, les vaisseaux rompus ne sont ni assez nombreux ni assez gorges de sang pour que le liquide qui s'en écoule colore fortement les mucosités utérines, et présente à fortiori les caractères d'une hémorrhagie. Après l'Homme, la famille des Quadrumanes est la seule chez laquelle on ait observé un véritable écoulement sanguin aux époques du rut. Isitlore Geoffroy Saint-Hilaire et d'autres observateurs ont constaté que les femelles des Guenons, des Macaques, des Magots et des Cynocéphales sont sujettes à un écoulement périodique reparaissant assez régulièrement, de mois en mois. 11 s'échappe de la vulve du sang et des mucosités tantôt sanguinolentes, tantôt blanches. Cet écoulement, qui dure six ou huit jours, est accompagné de gonflement et de chaleur dans la vulve et les parties environnantes. Les femelles sont alors très-avides de l'approche des mâles. Ainsi donc, quoique moins caractérisée que chez la Femme adulte, une véritable menstrua- tion sanguine a pourtant lieu chez certains Singes, et il était intéressant de s'assurer si les conditions anatomiques qui sem- blent présider à ce phénomène dans l'espèce humaine se re- trouvent chez les Singes, avec des modifications toutefois en rap- port avec la moindre intensité de l'hémorrhagie chez cette espèce animale. L'occasion s'est offerte à nous de vérifier ce point d'anatoinie sur une femelle adulte de Magot, et c'est le résultat de notre examen que nous relatons ici. Deux injections solidifiables furent poussées, l'une dans les artères, l'autre dans les veines de l'utérus. A mesure que se fai- sait la réplétion des vaisseaux, nous vimes manifestement le corps de l'utérus, qui était dans l'antéversion, se redresser, s'éle- ver et se placer au centre du bassin, comme un battant au centre de sa, cloche. En même temps les dimensions de l'utérus furent augmentées, et particulièieincnt le diamètre antéro-postérieur, dont la longueur pnmUivo tut presque doublée. L'utérus devint comme globuleux. DES ORGANES ÉRECTIM.S UTÉRO-OVARIENS. 223 L'examen des parties injectées nous clcmonlra les particula- rités suivantes. Les artères utérines, en arrivant à la surface de l'utérus, devenaient très-flexueuses. Elles se subdivisaient rapi- dement en un grand nombre de rameaux, qui pénétraient au sein des masses veineuses et y fournissaient des bouquets d'ar- tères. Les troncs veineux formaient, à la surface de l'utérus, et sur- tout dans l'épaisseur des ligaments, des plexus veineux large- ment anastomosés. La surface tout entière du corps de lutéi-us était ensevelie sous cette masse veineuse dans laquelle s'enfouis- saient les artères; les vaisseaux ovariens, qui s'anastomosaient abondamment avec les vaisseaux de l'utérus, présentaient au niveau du bile de l'ovaire une disposition identique. Le col utérin était dépourvu de cette richesse vasculaire ; quelques artères rares de faible calibre serpentaient à la surface, accom- pagnées de petites veines peu anastomosées et sans rapport de disposition avec les sinus veineux du corps de l'utérus. Pour compléter cette description de la surface de l'organe, il nous reste à ajouter que l'épaisseur des ligaments larges était occupée par un riche réseau membraneux de fibres musculaires lisses qui embrassait dans ses mailles les vaisseaux afférents et efférents de l'utérus et de l'ovaire. Pour nous rendre un compte exact de la part que prenaient les vaisseaux dans la constitution des parois du corps utérin, nous pratiquâmes une coupe transversale de cet organe suivant son axe. Elle est représentée dans la figure 2 de la planche 8. Un simple coup d'œil jeté sur le dessin permet d'y reconnaître trois couches dans l'épaisseur des parois utérines : 1° Une couche extérieure o, composée surtout des troncs veineux entrelacés à la surface de l'utérus, et formant des mailles dans lesquelles s'enfouissent les troncs artériels. Les troncs vei- neux latéraux sont volumineux; leur diamètre décroît successi- vement vers la ligne médiane, où ils forment un lacis inextri- cable de petites veines. 2" Une seconde couche b, formée par des branches artérielles très nombreuses, de calibre assez uni- forme, coupées pour la plupart perpendiculairement à leur axe "■mil cil. ROLCET KT SABATIER. cl npréseiilaul les bouquets d'artères liélicines. Enfin, .V une couche interne c formée par un nombre infini de gros capillaires veineux, diriges presque parallèlement vers la cavité utérine, ayant un trajet fiexueux et des anastomoses très-multipliées. Le col de l'utérus ne possède que quelques rares vaisseaux. Ainsi donc, en résumé : à l'extérieur, plexus de gros troncs vei- neux; à l'intérieur, plexus veineux fin très- considérable; entre les deux couches veineuses, riche couche d'artères hélicines. L'aspect général de la coupe est du reste celui d'une masse co- lorée, formée par les matières injectées, et le tissu propre de l'or- gane aplati par les vaisseaux distendus échappe presque entière- ment h l'œil de l'observateur. La description que nous venons de faire permet de saisir une analogie complète entre l'appareil érectile de l'utérus simien et l'appareil érectile décrit chez l'espèce humaine, dans le tra- vail dont nous avons rappelé les conclusions. Mais ici une obser- vation est nécessaire. Il y a, entre l'utérus d'une jeune fille non pubère et celui de la Femme aduhe, des différences évidentes. Le second l'emporte de beaucoup sur le premier par la richesse des réseaux vasculaires et des tissus contractiles. Tous les degrés intermédiaires peuvent être observés aux différents âges, qui sont caractérisés, ou par l'absence de l'hé- morrhagie menstruelle, ou par sa faible apparition, ou par son maximum d'intensité. L'étude que nous avons faite de ces dis- positions diverses nous autorise à rapprocher l'appareil érectile du Singe de celui de la jeune fille à une époque voisine de la puberté, alors que la vascularisation n'a pas atteint encore tout le développement extraordinaire qu'elle présentera plus tard. Le lecteur pourra juger lui-même de la justesse de ce rap- prochement, s'il veut bien comparer nos figures avec la figure 2, planche II du mémoire déjà cité (1), qui représente l'utérus d'une jeune fille de dix ans. Les conclusions à tirer de notre travail se présentent naturel- lement à l'esprit. Nous les résumons en quelques mots : (1) Voy. Journ.de physioL, t. I, pi. II; fig. 2. ORGANES ÉRECTILES LTÉRO-OVARIEiNS. 2*25 Chez certains singes, comme chez la femme, Tutérus pré- sente un véritable tissu érectile occupant le corps de cet organe à l'exclusion du col. Comme chez la femme aussi, l'ovaire est supporté par un véritable bulbe érectile. Le degré de dévelop- pement de ces appareils érectiles tient le milieu entre celui de la femme adulte et celui de la jeune fille non pubère. 11 existe chez ces femelles une hémorrhagie menstruelle peu abondante analogue à ce que l'on observe chez la jeune fille au début de la menstruation. Ces nouveaux faits viennent donc donner une confirmation de plus à celte conclusion générale qu'une véritable hémorrhagie menstruelle ne se montre que là où l'utérus présente une structure véritablement érectile (I) et que là où cette structure est recon- nue, l'hémorrhagie menstruelle devient toujours plus ou moins manifeste. 11 y a donc corrélation étroite entre ces deux faits, hémorrha- gie menstruelle et érection de l'utérus. (I) cil. Rouj^a-t, /oc. cit. {Jourtud de pitydologie). EXPLICATION DES FIGURES. PLANCHE 8. Vv^. 1. Ltcius du MagoL injecté, vu par la l'ace antéiiourc. Fijr. 2. Coupe de rulérus suivant son axe longitudinal et son diamètre transversal ; do grandeur naturelle, a, couche extérieure formée par un riche plexus veineux; h, couche moyenne formée par les artères hélidnes; trcs-riche au niveau des angles supérieurs de Tutérus, diminuant vers la partie moyenne et du côte du col; c, plexus caverneux formé de petites veines anastomosées et extrêmement nombreuses, elles ont un trajet sinueux et se portent vers la surface de la muqueuse. Fig. 3. Ovaire grossi deux fois, avec les vaisseaux du bulbe injectés. Trompe à pavillon très-délicatement IVansé . 5' scnc. ZuuL. T. \, ^Cahier n" 4. ( 15 NOUVELLES SCIENTIFIQUES. DEUXIÈME LETTRE DE M. AGASSIZ RELATIVE A LA FAUNE ICHTHYOLOGIQUE DE l'aMAZONE, DATEE DE MASAOS, LE 25 NOVEMBRE 1865. Mon cher ami et très-honoré confrère, Après deux mois d'excursions dans les régions supérieures de l'Âuia- zone, me voici de retour au point de jonction du rio Negro avec le Sûlimoes. Jen'ai pasétéau delàdeTabatinga,sur la frontière du Pérou, craignant de perdre la saison favorablepour la pèche, qui est l'èpocpae où les eaux sont les plus basses. Et bien m'en a pris. Depuis que j'examine les animaux aquatiques de ce grand bassin d'eau douce, je marche de surprise en surprise. Vous le croirez à peine, je possède aujourd'hui onze cent soixante-trois espèces de Poissons de ce fleuve, c'est-à-dire au moins quatre cents déplus qu'on n'en connaissait du monde entier au commen- cement de ce siècle, après la publication des grands ouvrages de Bloch et de Lacépède. Et les formes sont des plus variées. Les espèces décrites et figurées jusqu'à ce jour sont loin de nous donner une idée juste de cette faune. Je suis surtout surpris des analogies qui existent entre les Poissons de la famille des Chromides et les espèces marines de familles tout à fait différentes, au point de vue de leurs affinités organiques. C'est ainsi que vous croyez à chaque pas rencontrer des Spares, des Chétodontes, des Labyrinthiques, quand en réalité ce sont des types variés de Chromides. Il en est de même des Characins, dans une autre direction; ceux-ci rap- pellent plutôt nos Poissons d'eau douce, nos Cyprins, nos Ésoces, nos Salmones, sui-tout les Corégones. Les Siluroïdes sont infiniment plus variés que l'état de nos connaissances ne le ferait supposer. C'est surtout parmi les Callichthys et les Loricaires que j'ai trouvé les types les plus nouveaux. Vous vous souvenez peut-être qu'il y a plus de trente ans, je fis ressortir les affinités qui existent entre les Lophobranches et les Lori- caires d'un côté, et les Loricaires et les Esturgeons de l'autre. Ces vues n'ont point été accueillies par les ichthyologistes et cependant elles sont l»ien fondées, et aujourd'hui je possède les moyens de le prouver, car j'ai deux genres nouveaux (jui tiennent le milieu entre les vraies Loricaires FAUNE ICHTHYOLOGIQUE DE l'aMAZONE. 227 et les Syngnathes. J'ai aussi découvert le type d'une famille intermédiaire entre les Chétodontes et les Rougets (AJullus). La famille des Gymnotins que je croyais d'abord représenter à elle seule les Anguillifoi'mes, est accompagnée de vraies Anguilles, comme je m'en suis assuré dernière- ment. Les Clupéides sont aussi plus nombreuses et plus variées que je ne le croyais d'abord. Il résulte de tous ces faits qu'alors même que les Poissons de Amazone appartiennent à un beaucoup plus petit nombre de familles, ils sont néanmoins tout aussi variés que ceux de la Méditer- ranée. Je tiens à vous faire reu)arquer que le nombre des espèces de Poissons de l'Amazone que l'on connaît en Europe excède à peine cent, tandis que j'en ai déjà l'ecueilli près de douze cents, nombre plus considé- rable que celui des espèces de la Méditerranée qui est pourtant, de tous les bassins nettement circonscrits, celui qui a été le mieux exploré. Ce serait tomber dans une erreur grave que d'admettre que ce nombre représente, même ap(iroximativement, celui des espèces du bassin de l'Amazone. Ayant eu eccasion, dernièrement, de faire plusieurs pèches consécutives dans la même localité je me suis assuré que je suis loin d'avoir épuisé les richesses ichthyologiques d'aucun des cours d'eau sur les bords desquels j'ai séjourné. L'intensité des faunes a([uatiques, si je puis m'expriner ainsi, est extraordinaire, et vous expliquera comment j'ai pu, en si peu de temps, ajouter un si grand nombre d'espèces à celles qui sont déjà connues. Les Poissons n'habitent pas seulement les rivières et les lacs ; et si l'on se limitait à leurs eaux pour les collecter, on obtiendrait fort peu d'espèces. C'est dans la forêt vierge qu'il faut pénétrer pour apprendre à connaître les formes les plus curieuses et les plus variées qui habitent les petites flaques d'eau qui ne se vident pas complè- tement pendant la saison sèche. Ces petits lacs, dont la surface est à peine de quelques cents mètres carrés fourmillent de Poissons; il y a quelques semaines j'en ai pris, en trois jouis, cent dix- sept espèces, dans une dépression submergée qui n'avait pas plus de 150 mètres carrés. Alais il y a plus, à de très-petites distances ces petits bassins renferment des espèces très-différentes. Dans ces circonstances, -il m'est impossible de me rendre compte dès à présent du nombre probable des espèces du bassin de l'Amazone; mais j'espère y parvenir avant de quitter ce pays. Je ne serais pas surpris si en définitive les nombreuses faunes ichthyologiques qui se touchent de distance en dislance portaient le nombre des espèces de Poissons du bassin de l'Amazone à trois ou quatre mille. Il est du moins déjà évident pour moi que l'Amazone ne nourrit pas une seule faune, mais un nombre considérable de faunes distinctes. Tout en collectant ces matériaux j'ai les meilleures occasions possibles d'étudier les mœurs des Poissons que l'on connaît si peu encore, et de recueillir les renseignements que les Indiens peuvent me fournir sur ce 228 ACiAssix. sujet. Comme la pêche est une de leurs principales occupations, ils con- naissent généralement très-bien les mœurs des grandes espèces, mais ils ne paraissent pas s'inquiéter de celles qui ne sauraient leur fournir aucun aliment. A Teffé, j'ai poursuivi pendant près d'un mois mes études embryolo- giques et j'ai découvert plusieurs espèces de différents genres de la famille des Chromides qui portent leurs œufs, au fond de la bouche, dans une poche marsupiale formée par les pharyngiens supérieurs et la cavité antérieure du premier arc branchial. Cet appareil est muni de nombreux iilets nerveux qui naissent d'un renflement spécial delà moelle allongée, immédiatement en arrière du cervelet. Ce renflement ressemble au lobe électrique des Malaptérures. D'autres espèces portent leurs œufs dans les phs de leurs lèvres, telles sont les Loricaires; d'autres les couvent comme les Oiseaux, tels sont les Hypostomes. D'autres enfin font des creux dans lesquels ils déposent leurs œufs, autour desquels ils restent pour les proté- ger, jusqu'à l'époque où les petits sont capables de se suffire à eux-mêmes, comme je l'ai déjà observé chez les Pomotes des États-Unis. Les change- ments de forme que subissent ces jeunes Poissons sont fort instructifs pour la classification. UnScombéresox, de genre nouveau, m'en a fourni un exemple frappant. Ce Poisson, dont les mâchoires ressemblent à celles de notre Belone, pourrait être pris pour un Hémirhamphe, dans le jeune âge, tant la mâchoire supérieure est courte, alors. Je regrette que les soins que je dois donner à mes collections m'em- pêchent d'écrire plus longuement et de préparer un rapport sur mes observations digne d'être présenté à l'Académie, mais le tenqis presse et ces quelques lignes suffisent déjà pour vous montrer que je n'en ai pas plus (pi'il n'en faut pour suffire aux exigences les plus immédiates du collec- teur. L'observateur s'efface un peu pour le moment, mais j'espère (|ue c'est seulement pour avoir de plus riches matériaux à exploiter plus tard, à loisir. Si mes prévisions sur la richesse du bassin de l'Amazone se réalisent, je vous en ferai part dès que j'aurai exploré les bassins du rio Negro et du rio Madeira, RECHERCHES ANATOMIQUES ET PALÉONTOLOCIQUES POVR SERVIR A 1;HIST01RE des oiseaux fossiles de EA FRANCE, PAR ALPHONSE Mlli:VB ED«Vi%Rn)i«. Rapport fait à l'Académie des sciences par la Commission chargée de décerner le grand prix des sciences physiqncs pour 1S65. COMMISSAIRES : MM. D'ARCniAC , ÉLTE DE BEAUMONT, DAUBRÉ, DE VERXEUIL ET A. DE QUATREFAGES , rop/jorleur. Dans la séance du 28 décembre 1803, l'Académie décida qu'elle décernerait le grand prix des Sciences physiques pour 18(35 au « travail ostéologiqiie, qui aurait contribué le plus à » l'avancement de la paléontologie française^ soil en faisant mieux » connaître les caractères anatomiques d'un ou de plusieurs types » de Vertébrés, et en fournissant ainsi des éléments importants » pour tétude de nos faunes tertiaires^ soit en traitant d'une ma- » nière approfondie des fossiles qui appartiennent à l'une des » classes les moins connues de ce grand embranchement du règne » animal. » Un seul concurrent a cherché à remplir le programme proposé par l'Académie. Mais le travail qu'il a envoyé dans ce but est une œuvre considérable, représentée par deux gros volumes in- folio de texte et par six volumes in-folio d'atlas, comprenant 835 planches et au moins 2500 figures ; le sujet choisi par l'au- teur rentre complètement dans le cadre tracé par l'Académie ; la manière dont il a été traité porte l'empreinte d'un savoir sé- rieux, de beaucoup de sagacité et d'une persévérance rare. En conséquence, la Commission a été unanime pour décerner le prix à cet ouvrage dont nous essayerons de donner rapidement une idée. 230 ALPHONSE iniLKE EDWARDS. Il est intitulé : Recherches d'anatomie comparée et de paléonto- logie pour servir à l' histoire de la fmme ornithologique frcniçaise aux époques tertiaires et quaternaires. Remarquons tout d'abord qu'en prenant pour sujet de ses recherches la classe des Oiseaux, Fauteur devait rencontrer, on le sait, des difficultés très-grandes. Malgré quelques travaux isolés que nous ne saurions rappeler ici, la paléontologie ornithologique est encore dans l'enfance. M. Pictet, juge si compétent en pareille matière, constatait ce fait, et en indiquait en même temps les causes lorsqu'il s'expri- mait ainsi en 1853 : « Le peu de précision des caractères ostéolo- » giques s'opposera probablement à ce que cette partie de la » paléontologie puisse jamais s'asseoir sur des bases aussi rigou- » reuses et aussi certaines que celles qui traitent d'animaux dont » les différences ostéologiques sont plus nombreuses et plus » tranchées. » Un de nos confrères, M. Blanchard, protesta le premier contre ce nue cette opinion, généralement adoptée, avait de découra- geant. Dès 1857, il n'hésita pas à déclarer que « chaque os d'un » Oiseau quelconque offre un ensemble de caractères propres à » faire déterminer avec certitude à quel groupe, à quel genre il se » rattache; et qu'on y trouve toujours do petites particularités » suffisantes pour faire reconnaître à quelle espèce il appar- » tient. » Celte conclusion, M. Blanchard l'avait tirée d'une étude attentive, non pas de squelettes d'Oiseaux montés comme on les trouve d'ordinaire dans les galeries, mais d'os détachés, appartenant à un grand nombre d'espèces et rapprochés de manière à former autant de séries que le squelette compte de parties osseuses. En d'autres termes, notre confrère avait suivi la méthode de Cuvier et il arrivait aux mêmes conséquences (1). Telle est aussi la marche qu'a suivie l'auteur du mémoire que nous analysons. Il déclare être parvenu à réunir les principaux (1) On sait que M.Blanchard a fait l'application des résultats de cette étude à la détermination plus exacte des caraclères zoolog'iiiues de la famille de? Gallides (18571 et qu'il a publié en outre un Mémoire étendu sur le sternum des Oiseaux (1859), Mémoire dans lequel il complète ce qu'avaient dit de cet os ses devanciers cl surtout Lherminier. HISTOIRK DES OISEAUX FOSSILES DE LA FRANCE. 231 OS d'environ huit cents espèces d'Oiseaux vivants et à former ainsi des séries ostéologiques oii sont représentés tous les princi- paux types ornithologiques. On comprend que ce n'est pas sans des difficultés réelles qu'une collection de cette nature a pu être obtenue, les Oiseaux ne nous arrivant guère qu'en peau. Grâce à la multiplicité de ces termes de comparaison, grâce aussi à la nature même du travail dont ils n'étaient que les pre- miers éléments matériels, l'auteur a été conduit à ne rien négliger dans l'étude de chacun des os considéré isolément. Guidé par un ensemble de connaissances qui manquent trop souvent aux paléontologistes, il a rattaché les détails ostéologiques aux faits delà myologie. 11 a pu ainsi distinguer, au milieu d'une unifor- mité apparente, de nombreuses particularités caractéristiques et reconnaître l'importance de chacune d'elles. Plusieurs fois, il a dû traduire par des termes nouveaux les résultats de cet examen poussé bien au delà de ce qu'on avait fait avant lui. De cette étude approfondie sont résultées des descriptions très-détaillées sans cesser d'être claires et surtout précises. Or, à l'exception du sternum, étudié à part par Blainville, par quelques autres naturalistes et surtout par MM. Lherminier et Blanchard, aucun des éléments du squelette n'avait été l'objet d'un travail de cette nature portant sur l'ensemble de la classe. L'auteur a donc rendu un véritable service, et à la zoologie qui trouvera dans son œuvre de nouvelles données pour juger des rapports des divers groupes entre eux, et surtout à la paléontologie, qui, ne dispo- sant guère que d'os isolés et très-souvent incomplets, ne saurait se passer de ces renseignements minutieux. Pour mettre l'Académie à même de juger de l'importance de ces résultats, nous nous bornerons à citer un exemple. Sans doute, le sternum, si bien décrit par les naturalistes dont nous rappelions les noms tout à l'heure; sans doute, la tête, le bec, dont les zoologistes ont tiré un si grand parti dans les clas- sifications, fourniraient d'excellentes données pour la détermi- nation des fossiles d'Oiseaux. Mais le premier de ces os ne se rencontre que rarement dans les couches fossilifères, et, à peu près toujours, il n'est représenté que par des fragments où man- 23*2 /ii.PiiOKsii; MiL:vii: ED%V4itDi(. quent précisément quelques-unes des particularités les plus caractéristiques; la tête et le bec se trouvent plus rarement en- core. Les os longs au contraire ont résisté beaucoup mieux, et ce sont eux qui figurent le plus souvent clans les collections. Or, il résulte des recherches de notre auteur que ces os présentent pour la détermination des espèces tout autant de ressources que ceux dont la fragilité a entraîné la destruction habituelle. Parmi eux, il en est un qui mérite surtout l'attention. C'est le tarso-métatarsien, vulgairement appelé Vus de la patte. Destiné à porter le poids entier de l'animal, il possède une solidité ex- ceptionnelle. En outre, les saillies et les dépressions de sa sur- face sont nécessairement en rapport avec la direction des tendons des muscles du pied, qui le longent d'une extrémité à l'autre, et la solidité de l'ensemble exigeait que ces saillies, ces dépressions, fussent fortement accusées. De là il résulte qu'on retrouve dans le tarso-métatarsien comme un reflet de la structure du pied. Or, on sait combien est important le rôle attribué dans la clas- sification des Oiseaux à cette partie du corps qui est forcément en harmonie avec le genre de vie de l'animal. De tous ces faits déjà connus on aurait pu conjecturer que le tarso-métatarsien devait avoir une importance très-grande dans les recherches du genre de celles dont il s'agit ici. Dans son travail, notre auteur confirme pleinement cette déduction et va même au delà. De l'ensemble de ses études, il a cru pouvoir conclure que « cette » partie du squelette présente une grande fixité et peut être » employée pour les déterminations zoologiques (des Oiseaux) » avec non moins de sûreté que la constitution du système den- » taire dans la classe des Mammifères. » La Commission ne pouvait qu'être vivement frappée d'une affirmation aussi nette, annonçant un résultat dont l'importance est manifeste, et aussi peu d'accord avec les idées généralement reçues. Elle a dû chercher à en vérifier l'exactitude. Dans ce but elle ne s'en est pas tenue à l'examen des figures données par l'auteur; elle s'est en outre procuré les tarso-méta- tarsiens d'un certain nombre d'Oiseaux appartenant aux princi- paux groupes de la classe. Elle a pu s'assurer ainsi que cet os HISTOIRE DES OISEAUX FOSSILES DE LA FRANCE. 233 présente en effet un type général différent d'un groupe à lautre ; que ce type se modifie de manière à caractériser des groupes d'importance décroissante; que, — au moins dans les cas exa- minés par la Commission, — on peut déterminer les espèces avec certitude sans recourir à d'autres parties du squelette. Ainsi le tarso-métatarsien des Rapaces se distingue très-aisémcnl de celui des autres groupes par la configuration même d'une seule de ses extrémités. Il en est encore de même pour le même os des Rapaces diurnes comparé à celui des Rapaces nocturnes. Parmi ces derniers, les genres Bubo, Surnia, Slrix, Nijrtea, Scops, sont faciles à distinguer l'un de l'autre par les propor- tions et par quelques caractères secondaires de leurs tarso-méta- tarsiens. Enfin le même os présente chez le Bubo aiheniensis et le Bubo niveus, indépendamment de la différence de taille, des particularités caractéristiques qui exigent sans doute un examen attentif pour être aperçues, mais qui n'en sont pas moins réelles. L'Académie comprendra d'ailleurs qu'il était impossible à ses Commissaires de pousser jusqu'au bout celte espèce de contrôle et qu'ils doivent faire leurs réserves pour les résultats à venir. Mais si la Commission ne peut encore accepter ou repousser la proposition de l'auteur dans tout ce qu'elle a d'absolu, elle n'en est pas moins convaincue que le tarso-métatarsien présente pour la détermination des Oiseaux fossiles des ressources qu'on était bien loin de soupçonner et de la plus grande importance. Ainsi, l'étude suffisamment attentive des os a dissipé le pré- jugé qui, en leur attribuant à tort une uniformité très-grande de formes chez les Oiseaux, s'opposait aux progrès de la paléon- tologie ornithologique. Nous allons voir l'exploration conscien- cieuse des localités fossilifères réduire également à sa juste valeur une autre idée préconçue qui n'a guère moins pesé peut- être sur le passé de cette branche de nos connaissances. On sait en effet que les fossiles d'Oiseau sont relativement fort rares dans la plupart des collections. On pouvait se deman- der si ce fait a tenu jusqu'ici cà la rareté réelle des ornitholithes ou bien à la néolio-ence des collectionneurs. Les rechei'ches de notre auteur ne permettent plus de douter que cette négligence 23i) ArPIIOKSE: iniLiVK ED%VARD.«i. n'ait été la vc'ritablc cause crime pauvreté qui ne tardera proba- blement pas à disparaître. Après avoir visité les principaux cabi- nets de France et d'Europe, notre concurrent a entrepris lui- même des fouilles dans les localités qu'il pouvait préjuger devoir le mieux récompenser ses peines, entre autres à Sansan et dans le département de l'Allier. Le succès a promptement répondu à ses espérances. Il assure avoir réuni en quatre ans plus de quatre mille échantillons, c'est-à-dire un nombre de ces fossiles supé- rieur à celui qu'il a rencontré dans n'importe quelle collection publique ou particulière. Parmi les gisements si heureusement exploités, celui de Saint-Gérand-le-Puy, dans le département de l'Allier, mérite une mention spéciale. Cette localité était déjà connue par les ornitholithes qu'elle avait fournis à divers géologues ; mais sa richesse à cet égard, signalée déjà par Etienne Geoifroy Saint- Hilaire, paraît être plus grande encore qu'on ne le supposait. Au milieu des masses de calcaires concrétionnés qu'on ex|)loitc comme carrières^ se rencontrent des amas de sable fin, mêlé de petits débris calcaires. C'est dans ces espèces de poches que les ossements sont le plus souvent entassés et dans un excellent état de conservation. Les différentes parties d'un même squelette s'y trouvent parfois réunies; toutefois on n'y rencontre d'ordinaire (jue des os isolés. On rencontre dans la même localité ou dans les localités voisines des œufs entiers, dont la coquille est intacte, et jusqu'à des empreintes de plumes assez nettes [)our permettre de reconnaître la disposition des barbules. Ainsi une collection ostéologique composée d'os isolés, dis^ posés en séries, et dans laquelle sont représentées environ huit cents espèces vivantes ; une autre collection de fossiles comptant plus de quatre mille échantillons provenant tous des terrains tertiaires et quaternaires de la France, tels sont les matériaux mis en œuvre par notre auteur. L'Académie comprend que nous ne pourrions le suivre ici dans les mille détails de son œuvre et que nous devons nous borner à exposer succinctement la distri- bution générale et les résultats principaux de ce travail dont l'étendue se trouve ainsi expliquée. IITSTOIRE DES OISEAUX FOSSILES DE LA FRANCE. 235 Après une courte inlroduclion, l'auteur examine dans autant de chapitres spéciaux l'ostéologie des groupes (familles ou tribus) auxquels il a quelque fossile à rapporter. Dans ces espèces û'in- troduciions anatomiques, il a souvent l'occasion d'appliquer à la zoologie les faits qu'il met en relief et de signaler des rapports intervertis ou méconnus par les naturalistes qui n'ont pris pour guides que les caractères extérieurs. Le chapitre de cette nature, consacré aux Palmipèdes Lamel- lirostres, renferme en outre quelques détails relatifs à la confor- mation générale de chacune des douze parties principales du squelette, à l'exception du sternum, pour lequel l'auteur ren- voie presque toujours aux travaux de ses devanciers et surtout à celui de M. Blanchard. Cette partie du travail, très-utile en ce qu'elle fait connaître les vues propres à l'auteur et sa terminologie, gagnerait à être isolée. L'auteur a été évidem- ment gêné par le cadre spécial dans lequel il s'est placé. En faisant de ces généralités un chapitre à part, il serait certai- nement plus à l'aise et trouverait sans les chercher quelques rapprochements, quelques aperçus généraux qu'on aimerait à rencontrer dans cette partie si intéressante d'ailleurs de son livre. Les termes de comparaison une fois posés, l'auteur en rap- proche ses fossiles qu'il décrit un à un avec détail. 11 ajoute à ses descriptions des tableaux numériques propres à bien préciser les différences ou les rapprochements entre l'espèce qui l'occupe et les espèces les plus voisines. Dans les exemples examinés par la Commission, les déterminations ainsi obtenues ont toujours paru pleinement justifiées. L'auteur donne des détails plus ou moins complets sur quatre- vingt-cinq espèces. Dans ce nombre, il en est vingt qui vivent encore en France et dont les os se trouvent dans les cavernes. Deux autres, qui ont laissé leurs restes chez nous dans les mêmes gisements, n'habitent plus que le nord de l'Kurope. Soixante- trois espèces ont disparu. Parmi celles-ci, quelques-unes avaient été indiquées et plus ou moins étudiées déjà par quelques natu- ralistes, entre autres par Cuvier ou par M. Gervais. Mais la très- '^30 ALPHO!VSR MILKR EDWARDS. grande majorité se compose d'espèces entièrement nouvelles, et plusieurs ont nécessité l'établissement de genres spéciaux. Faisons remarquer au sujet de ces nouveaux genres qu'ils représentent des divisions sérieuses, par cela seul qu'ils reposent sur des caractères anatomiques faciles à préciser, et non pas seulement sur quelques traits à peine saisissables comme ceux auxquels les ornithologistes exclusifs attachent évidemment beaucoup trop d'importance. Les genres, tels que les admet Fauteur, ont à peu près la valeur, que présentent les groupes de ce nom dans le liègne animal de Cuvier. La partie de l'ouvrage dont nous parlons en ce moment devait être et est en efïet la plus étendue. C'est pourtant celle dont nous entretiendrons le moins longtemps l'Académie. Elle consiste à peu près entièrement en détails techniques qu'on ne pourrait suivre à la lecture. La Commission elle-même n'a pu d'ailleurs porter ici un jugement réel, puisque les conditions du concours l'empêchaient d'avoir sous les yeux les pièces relatives à cette multitude de questions ostéographiques. Mais elle n'en croit pas moins pouvoir déclarer que la description des objets lui a paru faite avec un très-grand soin. Quant aux figures si nombreuses destinées k représenter ces objets, l'auteur déclare les avoir dessinées à la chambre claire ; et en comparant quelques-uns des os qu'elle s'était procurés avec les figures correspondantes de l'atlas ostéologique, la Com- mission a pu s'assurer que celles-ci étaient d'une grande exacti- tude. Elle est disposée à penser qu'il en est de même des autres, et par conséquent elle attache un prix très-réel à la portion iconographique du travail soumis à son appréciation. La distribution géologique des Oiseaux fossiles, les circon- stances du gisement et la nature des terrains dans lesquels ils ont été enfouis, ont attiré d'une manière toute spéciale l'atten- tion de l'auteur. Il a consacré à ces importantes questions un chapitre de plus de cent pages. Ici il n'a pas cru devoir se ren- fermer dans les bornes qu'indique le titre de son travail et s'en tenir aux résultats de ses études personnelles. Il a passé en revue l'ensemble des travaux consacrés à la paléontologie oruitholo- HISTOIRE DES OISEAUX FOSSILES DE L\ FRANCE. '237 giquc ; il a suivi les indices ou les restes laissés par la classe qui nous occupe clans toutes les couches du globe depuis le grès rouge des États-Unis jusqu'aux alluvions modernes de la Nou- velle-Zélande, dans les kjokkenmôddings du Danemark et les habitations lacustres de la Suisse. L'Académie comprendra (|ue nous devons, sous peine de sortir des bornes que doit avoir ce rapport, nous contenter de mentionner cette partie de l'ouvrage, qui forme à elle seule un mémoire à part. Mais l'auteur a insisté avec raison sur la faune ornithologique fossile des terrains tertiaires et quaternaires de la France, c'est- à-dire sur l'ensemble des faits en rapport direct avec ses propres recherches. En restant dans ces limites nous pouvons faire res- sortir quelques résultats qui se rattachent aux conclusions géné- rales formulées par l'auteur dans l'introduction et que nous résu- merons brièvement. Sur soixante-deux espèces trouvées par l'auteur dans nos terrains tertiaires, pas une seule n'appartient au pliocène; quatre seulement proviennent de l'éocène; cinquante-huit ont été recueillies dans le miocène. Ces résultats concordent avec tous ceux qu'avait donnés jus- qu'ici l'exploration de ces divers terrains. On sait en effet que les couches du pliocène n'ont fourni jusqu'à ce jour qu'un nombre extrêmement restreint d'ornitholithes. On sait aussi que, pour être moins rares dans les terrains éocènes, ces fossiles sont bien loin de s'y montrer avec l'abondance qu'on a constatée dans plusieurs gisements appartenant aux couches miocènes. C'est dans celles-ci seulement que la faune ornithologique s'est mon- trée jusqu'ici avec une richesse et une variété qui semblent ne le céder en rien à ce que présente la faune mammalogique. C'est à elles que se rattachent en particulier tous ces gisements de l'Auvergne qui, dès I8/16, ataient fourni, d'après les calculs de M. Pomel, au moins trente mille pièces se rapportant à près de deux cent cinquante espèces. Le développement de la faune ornithologique, aux époques dont il s'agit, a-t-il vraiment présenté des différences aussi grandes qu'on serait porté à l'admettre de prime abord d'après 238 ALPuoivse milne k:u%vards. les chiffres que nous venons de rappeler? D'accord avec l'au- teur, nous ue le pensons pas. Sans doule les conditions physiques et climatériques générales ont dû exercer une influence réelle sur les faunes de ces temps reculés, comme elles le font encore de nos jours. Mais il faut tenir grand compte des conditions d'existence locales et des circonstances propres à faciliter la con- servation des débris organiques. Or, à ce double point de vue, les anciens lacs de la Limagne, sur remplacement desquels sont situés les riches gisements dont nous avons parlé, étaient admi- rablement partagés. Placés à la base du massif central de la France, alimentés proltaljlement en partie par les sources chaudes qui en sortaient, ils devaient appeler sur leurs bords d'innombrables tribus d'Oiseaux aquatiques accompagnées de leurs ennemis naturels; et les faits mômes que nous avons cités plus haut démontrent que les phénomènes locaux assuraient la conservation des restes de ces populations ailées, en les enseve- lissant sur place, bien autrement que s'ils avaient été entraînés au loin et disséminés dans des formations géologiques plus éten- dues. En dépit des apparences, il pourrait donc bien se faire que les faunes ornithologiques éocène et pliocène aient été aussi riches que la faune miocène. L'auteur fait remarquer que tous les Oiseaux fossiles des ter- rains tertiaires rentrent dans les familles naturelles actuellement existantes; mais aucune des espèces qu'il a étudiées ne lui paraît assimilable aux espèces actuellement vivantes, et plusieurs con- stituent des types génériques particuliers. En outre, quelques- uns des types actuels aberrants, et qui ne sont représentés que par un petit nombre d'espèces, avaient une tout autre impor- tance à l'époque tertiaire. Ainsi la famille des Flamants comptait alors deux genres au lieu d'un, et chacun d'eux comprenait plusieurs espèces distinctes. Enfin l'ensemble de la faune orni- thologique accuse un climat plus chaud que celui de nos jours. Les Ibis, les Pélicans, les Gallinacées de grande taille comme ceux de l'Inde, nichaient sur le bord de nos lacs d'Auvergne, et, comme nous l'avons dit plus haut, on y rencontre leurs œufs à côté de leurs ossements. HISTOIRE DES OISEAUX FOSSILES DE LV FRANCE. 239 On voit que sous ces divers rapports la faune dont nous par- lons reproduit les principaux traits de la taune tertiaire mam- malogique. L'une et l'autre accusent, ainsi que le fait observer notre auteur, un climat plus chaud que le climat actuel. L'examen des ornitliolithes retirés des cavernes, où on les trouve associés aux restes d'une industrie primitive, conduit à des conclusions fort différentes. Sur vingt-trois espèces détermi- nées par l'auteur, vingt appartiennent encore à notre faune;- deux ont émigré vers les régions boréales; une seule, une Grue de grande taille, s'est entièrement éteinte. L'auteur ne pense pas que la disparition de cette dernière espèce soit la preuve de quelque grande perturbation géologique dont notre pays aurait été le théâtre. Il n'y voit qu'un fait ana- logue k ceux qui se sont passés tout récemment et qui ont rayé de nos listes ornithologiques le Dionte, le Solitaire, et bien pro- bablement aussi le grand Pingouin du Nord. La présence, dans nos cavernes, des ossements de deux espèces d'Oiseaux relégués aujourd'hui dans les régions polaires, est un tait plus intéressant. Ces deux espèces sont le Tétras des saules {Tetrao albiis) et la grande Chouette blanche du Nord ou Har- fang {Nyclea nivea). Leurs fossiles sont associés à ceux du Renne. Or, si l'on a pu dire de ce dernier qu'il avait pu être amené en France à l'état domestique par des émigrants lapons ou finnois, la môme hypothèse est évidemment inapplicable aux Oiseaux que nous venons de nommer. Il est au contraire bien difficile de ne pas admettre que ces espèces boréales appartenant à deux classes différentes avaient été poussées jusque dans nos régions tempérées par les mêmes causes. L'auteur a donc raison de faire remarquer qu'ici encore l'étude des Oiseaux fossiles conduit à des conclusions semblables à celles que suggère la paléontologie inammalogique. Toutes deux nous amènent à conclure qu'à répo(iue dont il s'agit, et par suite de causes que nous n'avons pas à examiner ici, le climat de la France avait subi un abaissement notable de température. En résumé, l'ouvrage adressé à l'Académie remplit les deux conditions indiquées par le programme, alors qu'il eut suffi de ^/|0 AIPIIOK»»!': MIL!\i: CUWARItS. satisfaire à r une d'elles pour mériter le prix; le sujet choisi par l'auteur représentait un des desiderata les plus réels de la paléon- tologie ; ainsi que nous l'avons dit en commençant, l'auteur a t'ait preuve, dans l'étude des détails, de beaucoup de persévé- rance et de sagacité éclairées par un savoir anatomique dont le travail porte partout l'empreinte ; ce travail embrasse l'ensemble de la clause des Oiseaux; il fournit donc à l'étude des fossiles, pour toute une classe de Vertébrés, les bases sûres que la plui)urL des paléontologistes regardaient comme ne pouvant être obte- nues. Par ces motifs, la Commission, à l'unanimité, a l'honneur de proposer à l'Acadénn'e : i° de décerner le grand prix des sciences physiques pour 1865 à l'auteur de l'ouvrage dont nous venons de rendre compte; 2° d'exprimer le vœu que cet ouvrage soit publié (1). Le pli cacheté annexé au mémoire dont il vient d'être rendu compte ayant été ouvert, on a lu le nom de M. Alphonse Milne Edwards. En consé([uence, l'Académie, dans sa séance publique annuelle tenue le 5 mars 1806, décerna aux recherches de ce naturaliste sur les Oiseaux fossiles, le grand prix des sciences physiques pour 1865. (1) Cet ouvrage \a être mis sous presse iinniéiliatenioul cl sera publié pur MM. Miis- SOI), lil)raires-étliteurs à Paris. U paraitra par livraisons et IVniicia 2 vol. in-i" avec U'i atlas d'environ 200 planches. OBSERVATIONS BIOLOGIQUES sin QUELQUES CRUSTACÉS DES COTES DE BRETAGNE l*ar M. UESSE. ETUDES SUR LES GENRES SLABBERINA, EiCOLiMtiA (\oi. gen. ) ET CI HOLA SE. Une des parl^'s les plus iiiléiessaiites de l'histuiie luilurelle, et (|iii est aussi, croyuns-noiis, une des moins connues, est, sans contredit, celle qui a tfaltaux mœurs et aux habitudes des ani- maux en général et des Crustacés en particulier. La difficulté de se procurer des sujets vivants, de pouvoir les élever, de les suivre dans leurs développements, ainsi que dans leurs méta- morphoses, sont autant de problèmes dont la solution ne s'ob- tient qu'à l'aide d'études patientes et soutenues, auxquelles il faut encore joindre une certaine habitude d'observation qui ne s'acquiert qu'à la longue. On ne doit donc pas être surpris que cette partie attrayante de la science, qui a nécessairement dû appeler l'attention des naturalistes, soit aussi ignorée qu'elle l'est, puisqu'il faut, pour la posséder, réunir des conditions qui semblent difficile de concilier. L'étude de l'histoire naturelle ne saurait cependant, selon nous, être complète, si, aux connais- sances physiologiques et anatomiques qui sont indispensables, on n'y joignait aussi des observations biologiques. On ne se rend, en effet, qu'un compte imparfait de l'usage et de l'utilité des organes que l'on n'a pas vu fonctionner, et l'on est privé d'une foule de faits intéressants, lorsque l'on n'est réduit qu'à contem- pler des dépouilles inanimées. Nous avons donc pensé que des observations recueillies avec soin, dans le but de combler ces 5' sOiic. ZdUL. T. V. (Ciilik'i' u'' à.) ^ IG 2à2 HE§SE. lacunes, pourraient être de quelque utilité pour la science, et être accueillies favorablement ; et comme notre position au bord de la mer nous donne de grandes facilités pour nous les procurer, nous nous sommes volontiers imposé cette tâche, qui est du reste notre goût. Nous nous proposons en conséquence d'appeler l'attention des carcinologistes sur les faits qui nous sembleront dignes de leur êtr^ signalés, et que nous recueillerons à cette intention ; et, pour entrer c matière, nous commencerons par un Crustacé, qui nous paraît remarquable non-seulement par ses formes gracieuses et les dessins délicats dont il est orné , mais surtout par les singularités que présente sa manière de vivre. SLABBERINA AGATA (1). Ce petit Crustacé n'est ni rare, ni nouveau, puisqu'il a été découvert la première fois, il y a près de cent ans, par le natu- raliste hollandais Slabber, et que récemment notre ami et colla- borateur M. Van Beneden, qui l'a trouvé en assez grand nombre, en a donné une description exacte et détaillée ("2). Nous l'avions nous-même rencontré aussi, pour la première fois en 18ù2, dans les flaques que la mer, en se retirant, laisse sur le rivage du petit port de Fouras, situé à l'entrée de la Charente, près de Rochefort; mais, comme depuis cette époque, nous l'avions vainement cherché sur les côtes granitiques de la Bretagne, nous étions restés persuadés, comme nous le sommes du reste encore, que le terrain calcaire lui convient exclusivement, ainsi qu'à beaucoup d'autres Crustacés que l'on ne rencontre que dans ces localités (o). Nous avions donc renoncé, par cette raison, à (1) Le S/abbe'-ina agotu ne serait-il pas le inènu' i[\KlEurydicepulchra,\o).iilii page 238, tlu troisième voliimr de V Histoire nature//'' des Crustacés de M. Milne Ecl- Avarils, lu (lesuriptiou spécifuiue qui en est donnée et qui est trop restreinte pour que nous puissions être tlxés à eet égard. (2) Rec/ierc/tes sur /a faune /ittora/e de ia Belgique, p. 88. (.3) Tout le nioiide connaît la grande induenee que la nature du sol exerce sur la Ne- gétatiou ; ainsi, les piaules qui vivent dans le terrain calcaire ne s'y rencontrent que là, et réciproquement, celles qui habitent les terrains granitiques ne se trouvent pas CRUSTACÉS DES CÔTES DE BRETAGNE. 2/|3 nous le procurer, lorsque le désir de trouver quelque chose de nouveau, et de jouir de l'imposant spectacle de la mer se bri- sant avec fureur sur des roches remarquables par leur masse et leur élévation, nous conduisit, le 20 septembre dernier, vers une immense baie de sable qui se trouve à l'entrée étroite de l'em- bouchure, qui, sous le nom de goiilel, précède la rade de Brest, et est placée au pied du magnifique phare du Minou qui en éclaire l'ouverture. r.e sable de cette baie est extrêmement fin ; il est tonné de débris de coquilles, qui, incessamment broyées par l'action puis- sante de la mer, est apporté par elle sur le rivage, et y est nivelé par les flots. Cet énorme dépôt de calcaire, qui se renouvelle constamment, n'a pas lardé k éveiller l'attention des cultivateurs, qui, privés précisément, à raison de la constitution du sol, de ce précieux amendement, viennent en foule le chercher. Aussi n'est-il pas rare de voir toute l'année, à la basse mer, trente à quarante charrettes munies de pelles, et souvent deux cà trois cents bateaux qui, à; l'aide de la drague, se chargent de ce sable, et quelque profonde que soit l'excavation (pi'ils ont faite pour l'enlever, elle est immédiatement comblée par la mer lorsque les flots en montant ont passé par-dessus. Telle est la localité ([ue nous avions à explorer. Le sable, quoique remué continuellement par les hommes et par les flots, est cependant assez tassé par la mer pour que l'on puisse y marcher sans avoir la crainte d'y enfoncer. ailleurs. Cette règle est surtout facile à constater ilans le Finistère où, à quelques très- rares exceptions près, le sol est entièrement primitif et où l'on ne trouve de plantes qui croissent dans le calcaire que lorsque, par des conditions exceptionnelles, le terrain a été modifié. C'est ce qui arrive pour certaines parties du rivage, où les débris de coquilles ou de madrépores ont modifié la constitution du sol, et pour les murailles crépies à la chaux, sur lesquelles, comme sur les grèves, on voit alors apparaître des plantes que l'on chercherait vainement en dehors de ces limites. Cette influence se feit également sentir, nous l'avons constaté bien souvent, et ceci parait, au premier abord, plus difficile à admettre, sur les animaux, les oiseaux et les insectes; mais en y rénéchissant, ne peut-on pas reconnaître que certains végétaux produisant certaines graines ou nourrissant certains insectes, les animaux qui ont intérêt à en faire leur nourriture habitent de préférence les terrains où ils sont assurés de les rencontrer. 'illll IICSSE. Nous visitâmes longtemps, avec soin, cette baie, sans rien apercevoir qui put fixer notre attention, pas même une coquille; lorsqu'en examinant le pied des roches qui sortent verticalement du sable et les flaques creusées à leur base, nous crûmes voir quelque chose nageant avec une extrême vitesse, et qui semblait glisser sur l'eau à la manière de certains Insectes aquatiques de la famille des Gyriciniens. Nous pensâmes dabord que ce pouvait être le Gyricinus marimis ; mais bientôt nous ne tardâmes pas à reconiiaître le petit Crustacé que, vingt ans avant, nous avions recueilli dans les flaques formées parla mer sur les côtes de la Saintonge. Il ne nage pas tout à fait à la surface de l'eau, comme l'Insecte auquel nous le comparons, mais à fleur ou entre deux eaux, aussi près que possible de sa superficie; et comme il n'est ni d'une teinte foncée, ni d'une couleur éclatante qui puisse le faire distinguer, il serait extrêmement difficile de l'apercevoir, si ce n'était X ombre qu'il produit sur le fond dt;s flaques où il circule, et qui, à l'aide de la clarté du soleil, en projette la silhouette sur le sable qui est blanc, et sur le([uel elle se détache comme sur un écran. Il faut, en outre, une autre condition pour pouvoir le distinguer : il est nécessaire que le temps soit calme, car le moindre souftle qui vient rider la surface de l'eau eu trouble la transparence, et alors les effets dont nous venons de parler ne se produisent pas. Des faits qui ont beaucoup d'analogie avec ceux-ci ont lieu dans des circonstances semblables pour certains Hémiptères du genre Gerriles. On sait que ces Iléduviens ont la propriété de marcher sur l'eau à l'aide de poils serrés et divergents qui ter- minent leurs longues pattes, et qui remplissent les fonctions de ces raquettes qui donnent aux Esijuimaux la faculter de progres- ser sur la neige sans y enfoncer. Lorsque l'eau est calme et éclairée par le soleil, on aperçoit, au bout de chaque patte de ces Insectes, un petit disipie lumi- neux qui est produit par ces microscopiques raquettes. L'efl'ct occasionné i)ar l'agitation des pattes natatoires de notre Crustacé n'est pas tout ù fait le même : il ne donne lieu CRUSTACliS DES CÔTES DE BRETAGNE. 2/l5 qu'à une ombre qui a la forme de deux cercles obscurs, accolés l'un à l'autre, de manière à cacher au centre, à l'endroit de leur contact, un tiers de leur superficie. Le bord de ces deux cercles est, en outre, entouré d'un limbe étroit et lumineux. C'est, comme nous l'avons dit, à l'aide de cette ombre que nous les apercevions, et il flillait profiter au plus vite de cet indice pour les saisir, car la moindre hésitation, le plus léger délai, les fai- saient perdre. Ils nagent, comme le dit M. VanBeneden, avec une célérité incroyable. Leur manière de progresser a quelque rapport avec celle des Gyriciniens, si ce n'est qu'elle est incom- parablement plus prompte. Lorsqu'ils s'élancent d'un point à un autre, ils vont en zigzag, de droite à gauche, comme pour visi- ter l'espace qu'ils parcourent ; mais ces déviations de la ligne droite sont très-courtes, et sont franchies avec une extrême vivacité. C'est ordinairement du fond et du centre de la flaque, dans laquelle ils se tiennent, qu'ils sortent pour venir sur les bords ; lorsqu'ils les ont atteints, ils s'enfoncent légèrement dans le sable, et, à la manière des Courtilières, Grillolalpu , y tracent de petits sillons, dont on aperçoit facilement les saillies à la sur- face. Leur allure, déjà très-rapide lorsqu'il n'y a rien qui les inquiète, redouble de vivacité lorsqu'ils sont pressés de trop près ; ils décrivent alors des cercles très-petits et très-rapprochés comme les Gijriciniens, tantôt dans un sens, tantôt dans l'autre, et si la poursuite continue, ils s'y dérobent en plongeant. D'après ce que nous venons de dire, on voit que ce n'est pas chose facile que de se procurer des Crustacés qui sont aussi agiles ; aussi fûmes-nous obligés de recourir à un expédient qui nous a parfaitement réussi, et que nous indiquons à ceux qui voudront l'employer. Nous avons fait avec une Baleine, dont nous avons réuni les deux bouts l'un contre l'autre en les attachant ensemble, une petite raquette de la largeur de la main, sur laquelle nous avons tendu du tulle. A l'aide de ce fdet, dont nous nous servions comme d'un écumoire, nous le plongions, avec vivacité, dans l'eau. Dès que nous apercevions \ ombre dont nous avons parlé, et après l'avoir rapidement placé en dessous, nous le retirions 2/l6 IIESSG. avec non moins de promptitude pour saisir notre proie. Cette opération devait être faite lestement pour profiter de l'humidité qui les agglutinait contre le tissu de notre raquette, car si on leur donnait le temps de s'en détacher, ils ne tardaient pas à se laisser tomber à terre ou dans leau, et alors ou les perdait. Ces Crustacés sont loin, connue beaucoup d'autres, de redou- ter l'éclat de la lumière et la chaleur du soleil, qu'ils semblent au contraire rechercher; elle paraît même leur communiquer une plus grande activité. Nous n'en avons aperçu que très-peu lorsque le temps était couvert, d'abord par la raison que nous avons donnée, et probablement aussi parce qu'ils circulaient moins lorsqu'ils sont privés de ce stimulant. Nous les avons exposés à une chaleur de 25 à oO degrés, en plaçant au soleil les flacons dans lesquels ils étaient renfermés, sans qu'ils en parus- sent incommodés (1). Le moment le plus favorable pour se procurer ces Crustacés est celui où la mer commence à monter. Dès qu'elle fait irruption dans les flaques qu'ils habitent, elle soulève le sable, et agite brusquement les fucus qui sont fixés aux rochers qui les envi- ronnent. Aussitôt les Slabberina, surpi'is dans leur retraite, se mettent à nager ; les uns luttant contre le courant qui les entraî- nerait au loin, les autres en profitant pour gagner une autre résidence. Il est facile, durant cet instant de perturbation, d'en prendre deux ou trois à la fois ; mais il faut se hâter, car, aussi- tôtque le calme se rétablit, chacun se met à l'abri, et s'y main- tient jusqu'à ce qu'une autre vague vienne renouveler l'effet de la première (2) . (1) Nous avons eu plusieurs fois roccasion de voir des Cancer mœnas, sortis de la mer, attendre le retour de la marée sur des rochers exposés au soleil. Nous avons éga- lement aperçu, au bord de la grève, dans laquelle nous récoltions nos Stcibberina, des Amphitoës qui se tcnuient hors de l'eau sur des rocliers tellement chauffés par les rayons solaires, que nous y tenions avec peine la main. Il est vrai que de temps en temps elles se laissaient choir à la mer, sans doute pour humecter leurs branchies; mais nous remarquions aussi que, très peu de lenips après, elles remontaient à la place qu'elles venaient de quitter. (2) Tandis (lue nous étions occupés à notre pêche, notre attention se porlait aussi, avec intérêt, sur celle que, de leur coté, faisaient, eu même temps que nous, de petits CRUSTACÉS DES CÔTES DE BRETAGNE. 2/|7 Des faits que nous venons de faire connaître, il nous semble que nous pouvons conclure que ces Crustacés vivent enfouis dans le sable, où ils trouvent probablement leur nourriture. Cette supposition est encore confirmée par leur conformation, et aussi par certains caractères ([ui paraissent appropriés à ce genre d'existence. Il est donc assez vraisemblable qu'ils ne sortent de leur retraite que lorsque les causes dont nous venons de parler les en expulsent, ou qu'ils veulent changer de résidence. Nous n'avons pas à revenir ici sur la description qui a été faite, d'une manière très-exacte et très-dé taillée par M. Van Beneden, des divers organes de ce Crustacé; ce n'est d'ailleurs pas le but essentiel de cet article, aussi n'en parlerons-nous qu'au point de vue de leur appropriation au genre de vie que nous leur supposons. Nous remarquerons d'abord que la forme elliptique du corps de ce Crustacé convient merveilleusement pour fendre les flols (1) comme pour pénétrer dans le sable; que les larges et fortes lames plates qui sont placées au devant du bord frontal, et qui servent de premier article aux antennes supérieures, sont évidemment destinées, ainsi qu'un rostre très-puissant et très- aigu placé à la base et entre les antennes supérieures et les infé- rieures, à faciliter la pénétration (2), et que les touffes de poils Poissons de respèce des Cycloptères {Cyclopterus ocellatus et himaculatus) nous les \oyions parcourir lentement et far saccade, à la manière dont les pics et les grimpeurs escaladent les arbres et les murailles, pour saisir les insectes dont ils se nourrissent, nous les voyions, disons nous, parcourir les parois des rochers qui formaient l'enceinte delà grève dans laquelle nous opérions. L'ardeur du soleil ne paraissait pas, non plus, les incommoder, car ils y étaient exposés et se tenaient seulement à quelques centi- mètres au-dessous de la surface de l'eau. A leur approche, nous apercevions beaucoup de petits Crustacés qui fuyaient, mais ceux qui étaient moins diligents devenaient leur proie, nous comprîmes alors, en voyant la facilité avec laquelle ces Poissons se tenaicuj sur un plan vertical sans se servir, pour ainsi dire de leurs nageoires, l'utilité du disque placé sous leur ventre, qui leur permet, à l'aide d'une contraction qui produit un efl'et pneumatique, de se fixer sur les corps, comme le font les Hirudinées avec leur ventouse. (1) C'est celle qu'on donne aux navires; c'est également celles des Mammifères, des Oiseaux, des Poissons et des Insectes qui nagent avec rapidité. (2) C'est ici, comme on le voit, une application bien antérieure et non moins utile, 2/l8 II ESSE. qui sont fixées sur les dentelures des pattes, connne les épines qui les garnissent, fournissent des points d'appuis qui servent à la propulsion. Ils sont donc merveilleusement organisés pour saisir leur proie, soit dans l'eau, soit dans le sable ; de plus, ils ont les yeux disposés de telle façon, qu'ils peuvent très-bien apercevoir les objets en dessus, en dessous, et latéralement comme les Gyrins, et peut-être mieux qu'eux , puisqu'ils ne les ont pas, comme ceux-ci, séparés en deux par les parties latérales de la tête. Nous ignorons complètement quelle est la manière de vivre de ces Crustacés el de quoi ils se nourrissent; mais, d'après la conformation de la bouche qui peut fournira cet égard des indi- cations qui ont une certaine valeur, nous inclinons à penser qu'ils sont masticateurs plutôt que suceurs. Nous avons, en effet, reconnu qu'outre les palpes et les mandibules peclinées qui sont extérieures, et précédant l'orifice buccal, celui-ci est muni de chaque côté de son ouverture d'une forte mâchoire armée de quatre articulations pointues en forme d'incisive, et deux autres arrondies et plates au sommet comme des molaires. Ces deux mâchoires sont, en outre, caniculées, et présentent au milieu une gouttière, dont les deux bords en se relevant se font vis-ii- vis. Il nous paraît évident que ces organes, qui sont très-solides, sont destinés, au besoin, à triturer des matières résistantes. Nous avons conservé ces Crustacés vivants pendant plus d'un mois, et il est probable que nous eussions pu les garder encore bien plus longtemps, si nous leur eussions donné des aliments convenables ; nous ne tardâmes pas à nous apercevoir que , poussés par la faim, ils s'entre-dévoraient, el que cette privation de nourriture prolongée affaiblissait d'une manière très-sensible leurs forces. Au lieu d'être continuellement en mouvement, comme dans les premiers moments de leur captivité, on les voyait se tenir de plus en plus tranquilles au fond du vase, le dos en bas et les pattes en l'air, dans une inmiobilité qui eût été dans son gonvc, de répcron que nous venons de placer à la proue de nos navires euiraf;- S('s et que nous avons emprunté aux anciennes fjalères romaines. CKUSTACÉS DES CÔTES DE BRETAGNE. 2&9 complète, si ce n'était le fonctionnement actif et régulier des branchies. Dans cette position, il était très-facile d'apprécier, par la dis- position des pattes, l'usage auquel elles sont destinées; les trois premières, qui sont un peu plus courtes et plus larges que les autres et plus ravisseuses, sont dirigées vers la tète, évidemment pour saisir et y apporter les objets nécessaires à la nutrition; les quatre autres, au contraire, sont tournées dans une direction inverse vers la partie inférieure du corps, duquel elles s'écartent obliquement et servent à l'ambulation et à la natation, en com- plétant pour ce dernier usage l'action des deux fausses pattes lamelleuses qui sont fixées latéralement au dernier segment scu- tiforme qui termine l'abdomen, et qui remplissent les fonctions de gouvernail. Pour terminer cet article, nous dirons que les yeux sont noirs, composés de facettes rondes et hémisphériques, largement en- cadrées dans un bord blanc granuleux, lequel est plus l»as qUie le globe des yeux qu'il environne ; que, vu à un grossissement un peu fort, le corps semble rugueux et formé de granulations rondes et contiguës ; enfin que le premier anneau basilaire des antennes supérieures, qui est très-fort et cupuliforme, pré- sente entre lui et son congénère, au devant du bord frontal, une petite ouverture ovale, qui semblerait destinée, en se rappro- chant, à saisir, comme avec une pince, les objets. C'est au bas de cette ouverture que l'on aperçoit la pointe de l'éperon dont nous avons déjà parlé, et qui est indépendant de celle de l'épislome, laquelle est placée un peu au-dessous de celle-ci. Nous devons aussi ne pas oublier la présence des pièces épi- mériennes, plus ou moins aiguës, qui garnissent latéralement tous les anneaux thoraciques et abdominaux, et dont l'acuité augmente à mesure qu'ils descendent vers l'extrémité inférieure abdominale, et dont le but est probablement de contribuer à la propulsion. 250 fiEJSse. Genre CIROLANE. 11 nous reste, pour compléter le récit que nous avons fait de notre excursion clans la baie du Minou^ à parler d'un Crustacé dont nous possédons déjà depuis longtemps plusieurs espèces, et que nous avons également rencontré dans cette localité. Nous suivions avec attention les premiers mouvements de la marée montante, sachant, par expérience, que c'est l'instant le plus favorable pour se procurer les Crustacés, les Mollusques et les Annélides, qui vivent enfouis dans le sable; parce qu'ils s'empressent au premier flot d'abandonner leur cachette pour aller à la rencontre de la mer et d'en devancer le retour. Nous regardions attentivement la plage qui était parfaitement unie, afin d'y découvrir les petites éminences que produisent sur le sable les individus qui vont paraître à sa surface; lorsque nous aperçûmes tout à coup poindre un petit monticule qui, en se fendillant, nous laissa voir quelque chose qui bougeait, et que nous prîmes d'abord pour un Mollusque, mais que nous ne tar- dâmes pas à reconnaître pour un Cirolane. Cette découverte avait pour nous un certain intérêt ; en effet, tous les Crustacés de cette espèce que nous possédions, et la quantité considérable de sang dont ils étaient gorgés, nous avait fait croire qu'ils en étaient les parasites. La rencontre que nous venons d'en faire dans le sable détruisait en partie nos supposi- tions, et nous portait à nous demander lesquels dans ce cas des Poissons ou des Crustacés pouvaient vivre aux dépens de l'autre. Nous n'avions, il est vrai, à une seule exception près, jamais rencontré les Cirolanes vivants et fixés, connue le sont habi- tuellement les parasites, sur ces Poissons; ils étaient plutôt agglutinés à eux par les viscosités abondantes qu'ils sécrètent; de sortent qu'ils pouvaient l^n avoir été avalés et rejetés par eux avantque leur déglutition fût complète, d'autant qu'il esta remar- quer que l'un et l'autre habitent les mêmes plages sablonneuses, et qu'ils ont donc fréquemment l'occasion de se rencontrer. Quoi qu'il en soit, il nous semble, par la conformation gêné- CRUSTACIÎIS DES CÔTES DE BRETAGNE. 251 raie du corps et par celle de ses organes, que ces Crustacés doi- vent être des parasites; nous trouvons, il est vrai, que les pattes et les ongles qui les terminent sont comparativement grêles ; que les premières pattes thoraciques sont plus propres à porter les objets à la bouche et à aider à la trituration, qu'à servir à la fixation, et qu'enfin les organes de la bouche peuvent également être utilisés à la mastication, disposition que l'on rencontre aussi, du reste, dans plusieurs Crustacés qui ont ce genre de vie, et notamment les Cymothoadiens parasites; mais ne peut-on pas admettre que trop insuffisamment pourvus de moyens nécessaires pour rester fixés en dehors sur les corps des Poissons, ils ne puis- sent pas s'attacher dans l'intérieur de leur bouche, comme le font les Caligiens, les Chondracanthriens et les Lernéopodiens? d'autant que les Squales, sur lesquels nous les avons trouvés, ont, comme on le sait, les cavités buccales et œsophagiennes d'une très-grande capacité, et que la rapidité avec laquelle nagent ces Crustacés leur donne pour s'y introduire toute fa- cilité. Nous avons conservé cette Cirolane plus d'un mois sans lui donner aucune nourriture; il est très-probable que nous l'eus- sions encore gardée plus longtemps si nous l'eussions placée dans des conditions plus favorables. Ainsi que la Slabberina agala, elle nage avec une grande faci- lité ; mais son agilité est beaucoup moins grande et moins son- tenue que chez celle-ci. Elle se tenait plus volontiers au fond du vase, et on la voyait y diriger incessamment la tête sur laquelle elle appuyait fortement, comme si elle voulait fouir le sol et y pénétrer ; ce qui indique clairement qu'elle se tient ordinaire- ment dans le sable, dans lequel elle a l'habitude de se cacher pour y chercher sa nourriture ou pour s'élancer de là sur les Poissons qui passent à sa portée. A la suite de privation prolongée d'aliment et de 1^ faiblesse occasionnée par la faim, la Cirolane que nous décrivons restait comme les Slabberina au fond du vase, dans la même attitude, c'est-à-dire sur le dos, les pattes en l'air, prêtes à saisir les objets au passage, et ne remuant que les branchies qui fonctionnent ré- 25:2 UKSSK. gulièrement. Elle ne sortait de cette position que lorsqu'on l'y contraignait en l'agitant, et elle la reprenait bientôt après avoir nagé quelques instants. Les dessins dont le corps est couvert ont dans leurs disposi- tions beaucoup de rapport avec ceux qui ornent les Slabberina; mais ils sont bien moins arrêtés et surtout moins dendritiques ; ils sont plutôt composés de points d'une couleur plus pâle et d'un rouge violet foncé. Les yeux sont gros, noirs et à facettes, dis- posés verticalement, exactement comme dans l'espèce à laquelle nous la comparons ; mais celle-ci est environ dix fois plus forte que l'autre, et mesure 10 à 12 millimètres de long sur 3 à /i de lariïe. SYSTEMATISATION. Bien que, dans les recherches dont nous venons de faire con- naître le résultat, nous dussions nous borner à étudier seulement, au point de vue biologique, les deux genres de Crustacés qui font l'objet de ce mémoire, nous nous sommes trouvé, malgré nous, entraîné, à raison des nombreux matériaux que nous avons réunis, à nous occuper de la classification des individus de cette espèce que nous possédons. Nous constaterons d'abord qu'il y a entre ces deux Crustacés des rapports de conformation si intimes que, lorsque nous les avons rencontrés pour la première fois dans les mêmes lieux et dans des conditions identiques, nous avons cru, avant d'avoir pu les bien comparer, que la Civolane était la femelle des Slabbe- rina. Plus tard, lorsque nous avons eu le loisir de les examiner avec attention, nous avons constaté que les différences qui existaient entre elles étaient si peu importantes, que ces Crusta- cés devaient être classés l'un à côté de l'autre et même dans la même tribu, conséquemment celle des Cymothoadiens errants. Voici, du reste, en quoi consiste ces différences principales : 1° Dans les Slabberima, l'antenne supérieure, dont la tige part d'un article basilaire perpendiculaire et cupuliforme, est composée de sept articles qui se prolongent horizontalement, et CRUSTACÉS DES COTKS DE BRETAGNE. 253 vont Cil diminuant de longueur et de largeur jusqu'au sonunet qui se termine par un petit article tronqué à son extrémité. Dans les Cirolanes, l'antenne supérieure part aussi d'une base verticale et cupuliforme qui forme au-devant du front une sorte de prolongement rostral ; mais celle-ci n'est formée que de quatre articles, dont les deux premiers sont les plus courts, et le dernier qui est fusiforme est divisé en cinq ou six articles égaux et parallèles, très-rapprochés entre eux(l), et hérissés intérieu- rement de pointes dentées en forme de scie. Les antennes inférieures sont à peu près semblables dans les deux espèces, et n'offrent rien de remaripiable. ■2" Dans les Slabberina, il existe au-dessus de la pointe de l'épistome et à la base, et entre les deux paires d'antennes, une forte épine, une sorte iV éperon qui ne se trouve pas dans les Cirolanes. 3° Dans les Slabberina, le segment scutiforme terminal se termine carrément à son extrémité inférieure, et est armée de quatre pointes ou épines assez fortes. Dans les Cirolanes, cette même partie de la région abdomi- nale est extrêmement pointue, et est garnie, comme dans l'autre espèce, de soies longues et plumeuses, mais sans épines. Il" Dans les Slabberina, les deux dernières fausses pattes, pla- cées de chaque côté du dernier segment abdominal, sont ter- minées par deux lames plates dirigées horizontalement, dont l'externe, qui est aussi la plus petite, a le bord inférieur légèi-e- ment arrondi, et la lame interne qui la termine carrément res- semble en cela aux Spliéromiens. Les bords extérieurs de ces fausses pattes sont entiers; ils ne présentent de dentelures et de poils qu à leur extrémité infé- rieure. Dans les Cirolanes, ces deux fausses pattes, dont l'externe est aussi, comme dans l'autre espèce, beaucoup plus petite que l'in- terne, les extrémités inférieures de l'une et de l'autre se ter- 1) Colle parlie fiisiloniic de rovlrciiiité des aiilcmic^ ressoinblc beaucoui) ,i telle Lerlaius yeiires des Lépidoptères, 25/l UUïiSE. minent en pointe, et tous leurs bords denticulés en scie sont garnis de soies plumeuses ; de plus, la lame interne est r^çue du côté du corps dans un prolongement en forme de gaine de l'ar- ticle basilaire, dans lequel elle peut se loger et entrer partielle- ment, comme la lame d'un couteau dans son manche lorsqu'il est fermé , disposition qui se rencontre aussi dans le genre Nésée. 5" Dans les Slahberina^ les dernières pattes thoraciques sont presque cylindriques ; les articles sont à peu près d'égale gran- deur, et armés d'épines très-courtes et très-fortes. Dans les CîVo/ane5, les dernières pattes thoraciques présentent des articles basilaires frès-Zar^ei' et très-plats, profondément séparés entre eux par leur articulation : le dernier article est très-long et très-grêle. Ils sont garnis d'épines et de poils nom- breux, mais très-faibles. Les autres différences qui existent entre ces Crustacés sont assez peu importantes pour ne pas être signalées. Nous devons cependant ne pas omettre que, dans ces deux genres, les pièces épimériennes qui garnissent chaque anneau, comme dans les Cymothoadiens , sont très-apparentes et très-aiguës, et, sous ce rapport, c'est un motif de plus de les rapprocher de ces Crus- tacés. Voici donc de quelle manière nous proposerons de modifier le tableau qui a été établi pour eux à la page '23/t de X Histoire na- turelle des Crustacés àe^il. Milne Edwards, troisième volume, dans lequel nous ferons entier les genres Slabherina et Ciro- lana, ainsi que le nouveau genre Eucolomban que nous avons créé (1) : Nous donnons plus bas les nouvelles espèces que nous avons découvertes, et dont il est question dans le tableau ci-après. (i) Nous crojons qu il sera nécessaire de s'assurer si l'Eurydice belle u'est pas la incme espèce que le S/abberinu agata. CRUSTACÉS DES CÔTES DE BRETAGNE. 255 Tribu (la Cymothoadiens errants. Gyiuothoatlicns errants ,. sans renflement, ayant toutes les pat-/ Extrémité du tes simplement am-l dernier segment bulatoires et armées I abdominal tron- d'un ongle très-petit, j que _ / Slabberina. Abdomen composé j avec un renflement. \ Fausses pattes na- / carré. . \ de six articles dis-l Extrémité du ( tatoires internes | (eucolomba? tincts. Antenne su-f dernier segment l terminées par un j périeure ^ abdominal pointu ) bout V pointu. .Cirolane. BAX. Genre EUCOLOMBAN (1), nobis. Elxolombax (2) PEINTE. — Eucolombcin picta. Tête moyenne, arrondie, sans protubérance frontale. Yeuuo écartés, placés verticalement et latéralement. Antennes longues et grêles; la supérieure composée de trois articles basilaires, dont le premier est le plus court, suivis d'une tige cylindrique, allant en diminuant de dimension de la base au sommet, et divisé en onze articles. Antenne inférieure composée de trois articles basi- laires, dont le troisième est le plus long, et est suivi d'une tige mince allant en diminuant vers l'extrémité, et est partagée en trente-deux articles. Corps ovale. Thorax divisé en sept anneaux égaux en hauteur, sauf le premier qui est à peu près la moitié plus grand que les autres. Abdomen un peu plus étroit que le thorax qui est divisé en six anneaux d'égale dimension. Seg- ment terminal sculiforme, triangulaire et pointu à son .sommet. (1) Les Crustacés que nous comprenons dans ce genre, sont, comme on le suppose, très-voisins des Slabberina ei des Ciro la nés ; ils se distinguent des premiers par leur bord frontal qui n'est pas précédé d'appendices rostriformes ; par l'extrémité de l'abdo- men qui se termine en pointe et est denticulé sur les bords, et par les fausses pattes natatoires dont la lame intérieure, quoique carrée à son extrémité, est comme l'autre denticulée aussi et bordée, ainsi que l'abdomen, de longs poils plumeux. Ils se dis- tinguent des seconds en ce que l'extrémité des antennes supérieures représente un ren- flement fusiforme divisé en nombreuses articulations très-rapprochées et parallèles, que l'extrémité abdominale et celle des fausses pattes natatoires est pointue et que les bords en sont denticulés des deux côtés. (2) Eu, bien ; xsÂu^-ëato, je nagci 256 iiL!>»$»i!:. Laine interne des fausses pattes natatoires tei'niinée carrémenl })ar le bout, lequel est denticulé connne l'extrémité de l'abdo- men, et est bordé comme lui de longs poils. Pattes thoraciques grêles hérissées de piquants, et terminées par une griffe de faible dimension. Bouche garnie de mâchoires très-fortes et denticulées. Taille. — 6 millimètres de long sui* 3 de large. Coloration. — Le corps est lisse et d'une couleur ItJanc terne ; la tète est ponctuée au milieu de points roux vifs ; la même cou- leur, distribuée très-agréablement sur le premier et le deuxième anneau thoracique, forme sur les autres des chevrons composés de petites lignes verticales et parallèles ([ui vont en diminuant du centre au bord. Les cinq premiers anneaux abdominaux sont bordés et tachetés de la même coulein' qui ponctue aussi le der- nier segment scutiforme de cette partie du corps ; une grande ligne médiane de cette couleur descend de la partie occipitale de l'extrémité du corps, laissant apercevoir un point blanc à la base de chaque anneau. Les yeux sont noirs et à facettes. Habitat. ~ Trouvé plusieurs exemplaires, le 10 novem- bre 1 855, dans la bouche de la Raie bâtis ou Raie cendrée {Raia bâtis) . Nousles avons conservés [>lus d'un mois vivants ; ces Crusta- cés étaient extrêmement agiles, ils marchaient et nageaient avec une très-grande facilité, et cherchaient, comme les Slabberimi avec lesquels ils ont beaucoup de rapport de forme, à fouir ou creuser le fond du vase, comme s'ils voulaient s'y cacher; ce qui semble prouver qu'ils habitent aussi les plages sablonneuses. Avaient-ils été avalés et non encore engloutis par la Raie sur laquelle nous les avons trouvés, ou vivaient-ils attachés dans l'in- térieur de la bouche de ce poisson comme le font plusieurs Crus- tacés parasites? C'est ce que nous ne pouvons décider; toutefois il paraîtrait qu'ils vivent aussi dans le sable comme les Slabbe- rina. Er(;oi,(iMi>AN i!HMi. — Eiiroliiiiibdn uii((ihis. Il est à peu près de la taille de Tau lie, mais son cvrjis est [tins CRUSTACÉS DES COTES DE BRETAGNE. 257 élruit el moins ovale; sa tête est plus petite et plus aiguë au sommet qui est pointu, précédé d'un petit prolongement aigu qui sépare les antenne* qui sont longues et grêles. La première est formée de trois articles basilaires dont le dernier est plus long, le filet terminal est divisé en huit articles. L'antenne infé- rieure a trois articles dont le troisième est le plus long ; la tige qui la termine et qui va en diminuant jusqu'au sommet en con- tient trente. Les yeux sont écartés et placés -verticalement. La tête est encadrée et comme enfoncée dans le premier an- neau thoracique qui présente une forte dépression en creux au milieu; les sept anneaux thoraciques, sauf le premier qui est plus grand, sont tous de la même dimension et présentent laté- ralement des pièces épimériennes très-aiguës comme dans l'espèce précédente. Les anneaux abdominaux sont aussi d'une grandeur uniforme, mais un peu moins larges que les précé- dentes. Le dernier segment scutiforme et triangulaire, légère- ment échancré sur les côtés, est terminé par une pointe arrondie au bout. La lame interne des fausses pattes natatoires latérales se termine un peu moins carrément que dans la précédente espèce. Les bords, ainsi que ceux de l'extrémité de l'abdomen, sont dentelés et garnis de soies longues et plumeuses. Les pattes thoraciques sont armées de pointes et de poils solides. Les trois premières paires sont plus larges et plus plates que les autres et la griffe dont elles sont armées est assez forte. Coloration. — Le corps est blanc, orné de lignes fines et de points noirs qui laissent, entre eux, des espaces blancs formant des dessins très-agréables et qui ne couvrent que les trois quarts du bord des anneaux. Ceux de l'abdomen sont ornés de lignes noires qui décrivent un ovale de chaque côté, le dernier article est ponctué de cette couleur. Les yeux sont noirs et à facettes. Habitat. — Trouvé, le l/i août 1858, sur le corps de la Raie bordée {Raia marginata) . Genre CIROLANE. CinoLAN'E DE Graxch. — Cirolaiiu Cranchh? Nous plaçons ici la Cirolane que nous avons trouvée dans la 5= série. ZoOL. T. V. (Catiicr ii« 5.) 1 17 258 UESSE. baie du Minou et que nous supposons être la môme que celle qui a été rencontrée sur les côtes de l'Angleterre. Elle mesure de 5 à 6 millimètres en longueur sur 2 à 3 de large. Son corps, qui forme un ovale allongé, est divisé en sept anneaux thoraciques, d'une égale grandeur, sauf le premier qui est d'un tiers plus fort que les autres; l'abdomen en présente six ; le dernier, qui est triangulaire, est aussi plus grand que les précédents; il se termine en pointe aiguë; tous les anneaux du corps, sauf le dernier, sont armés latéralement de pièces épimé- riennes pointues, dirigées en arrière. La tête est ronde et assez petite; elle est profondément en- châssée dans le premier anneau thoracique dont le bord supé- rieur remonte de chaque côté latéralement. Vantenne supé- rieure part, comme dans les Slabberina, d'un petit appendice frontal qui lui sert de base, et est aussi composée d'abord de quatre articles formant la base et terminée par une sorte de ren- flement de massue fusiforme, divisée en cinq ou six articles égaux et parallèles. Les antennes inférieures sont formées de quatre grands articles et le filet terminal de quinze. Les pattes thoraciques sont composées de cinq articles et ter- minées par une griffe de force moyenne ; les articles sont très- larges et plats à la base et vont en diminuant de dimension en allant vers l'extrémité qui est très-longue et cylindiique. Toutes ces pattes sont garnies, particulièrement en dedans, d'épines robustes et de longues toulTos de poils. Les trois premières pattes sont plus courtes et plus larges que les suivantes. Les deux fausses pattes natatoires, placées de chaque côté du sea:ment abdominal scutiforme, sont, comme nous l'avons dit, ovales et pointues à leur extrémité. Le bord en est dentelé et i^'arni de soies nombreuses. L'externe est beaucoup plus petite que l'interne dont le bord, qui touche le corps, peut se loger dans un prolongement creux de l'article basilaire. Coloration. — Le corps est d'un beau blanc luisant, et la cara- pace qui le recouvre est assez mince pour permettre d'aperce- voir au travers la coloration des viscères. Tous les anneaux sont af«'réablement ornés de dessins ramifiés, mais moins dichotomés CRUSTACÉS DES CÔlIiS DE BRETAGNE. 269 moins aiTètés que dans les Cirolaiies. Le uoir y est plus rare et la couleur rouge violet domine. Les yeux sont noii's. Habitat. — Trouvé, comme nous l'avons dit, enfouis dans le sable de la grève du Minou. CiBOLANE DE LA SuLii, -^ Cirolana Solw. Ce Grustacé a 15 millimètres de long sur 5 de largeur. Sa tête, profondément encadrée dans le premier anneau thoracique, est petite et offre, au milieu du bord frontal, une pointe qui se trouve de niveau à peu près avec la base de^i antennes supérieures, lesquelles s'avancent latéralement et horizontalement de chaque côté de la tête. Celles-ci sont composées de trois articles basi- laires assez gros et suivis d'un autre article fusiforme remplaçant le fdet terminal, divisé en neuf articles courts et rapprochés. Les yeux sont à facettes et paraissent guillochés. Le corps ne présente aucun renflement au centre, de sorte que les bords en sont parallèles, dans presque toute son étendue, en partant de la tête qui est de la môme largeur que celui-ci ; il n'y a que le dernier anneau abdominal scutiforme qui se ter- mine par une pointe légèrement arrondie. Le premier anneau thoracique présente, à son bord supérieur, deux échancrures arrondies, au milieu desquelles se trouve une légère dépression verticale en forme de gouttière. Cet an- neau est plus grand que les six qui suivent; les autres anneaux thoraciques sont tous de la même dimension et présentent sur les côtés, comme les anneaux abdominaux, les pointes aiguës épimériennes. " Les pattes thoraciques, qui environnent la bouche, sont plus plates et plus armées d'épines que les autres. Celles-ci sont com- posées de cinq articles dont les derniers sont cylindriques et ter- minés par une griffe assez forte. En dessous, la bouche est environnée de fortes mâchoires denticulées et précédées d'un épistome aigu. On aperçoit, au centre du corps, descendant verticalement de la bouche jusqu'au fausses pattes lamelleuse.s ])ranchiales, une sorte de carène for- mant une ligne élevée en relief. 260 HESSE. L'appareil branchial est contenu dans le dernier anneau abdominal et disposé comme dans ses congénères; l'extrémité de ses lames n'atteint pas tout à fait le sommet inférieur de celui-ci et l'on y aperçoit de petits prolongements aigus et cylin- driques dont nous ignorons les fonctions. Coloration. — Le corps est très-luisant, de couleur éburnée et transparent; il est agréablement orné de taches dendritiques qui, à un faible grossissement, ne semblent être que des points. Ces taches, qui sont de couleur rouille, sont disposées sur le dos et sur les bords des anneaux thoraciques, en fer à cheval, dont les pointes sont tournées du côté de la tête. Habitat. — Trouvée, en février 18^8, sur une Sole, puis, peut-être aussi, en avril 1847 et septembre 1853, sur des Raies sur lesquelles elles étaient mortes et agglutinées par la viscosité de ces Poissons. CiROLANE DE LA Raie. — Cirolanu Raiœ. Le mâle mesure 20 millimètres de longueur sur 10 de lar- geur; la femelle 10 de longueur sur 5. La têle est moins large que le corps dans lequel elle est profondément encadrée; celle-ci est précédée d'un bord frontal en relief, au-dessous duquel on aperçoit celui de la tête, mon- trant au miheu une échancrure pointue. Les yeux, qui sont verticaux et à facettes, sont enfoncés laté- ralement dans leur orbite. Les antennes sont exactement disposées comme dans les autres espèces. La supérieure est terminée par une tige ou filet termi- nal, fusiforme, divisé en dix anneaux très-rapprochés et d'égale dimension. Celui de l'antenne inférieure en contient douze, mais bien plus espacés et de forme cylindrique. Le corps est, dans le mâle, presque d'une largeur uniforme; il se rétrécit cependant un peu à ses deux extrémités; il en est de même pour la femelle, mais chez celle-ci il est plus ovale. Les pièces épimériennes forment, sur les côtés du corps et au bord de chaque anneau thoracique, un cordon en relief dont l'extré- CRUSTACÉS DES CÔTES DE BRETAGNE. 261 mité inférieure se termine en pointes aiguës. Les pattes thora- ciqiies sont fixées à la base de ces pièces épimériennes. Les fausses pattes natatoires se terminent en pointes ; elles sont fortement denticulées sur les bords et garnies de longues soies plumeuses. L'externe est moins grande que l'interne, comme toujours ; les fausses pattes branchiales sont aussi garnies de très-longs poils. Les pattes thoraciques sont conformées comme dans les autres espèces. Les deux premières paires sont très-plates et très-larges, plus courtes que les autres et garnies en dedans de très-fortes épines très-rapprochées, évidemment destinées à coopérer à la trituration des objets. On remarque même, sur la première, à la base du premier article, une autre pièce supplémentaire, armée d'un ongle qui semblerait former une double articulation. Coloration. — Le corps est d'un blanc de lait luisant et sa transparence laisse voir la coloration des objets qu'il contient. A l'état ordinaire, il est ponctué de dessins rouille, disposés de différentes manières sur les anneaux ; mais, lorsqu'il est gorgé de sang, le corps se gonfle d'une manière très-apparente, en dessous surtout de la partie thoracique, et alors les cinq anneaux du milieu prennent, le troisième et le cinquième, une couleur noire violet et les quatrième, cinquième et sixième, une colora- tion d'un rouge pourpre très-éclatant. Ces différentes nuances du sang, contenu dans les viscères, provient, nous le pensons, de l'effet plus ou moins avancé de la digestion. Les yeux sont noirs. Habitat. — Nous l'avons trouvé, le 29 février 1856, le 30 juin 1857 et le 29 mars 1860, sur différentes Raies où, sau une exception, il était mort et agglutiné par les viscosités que sécrètent ce Poisson. CiROLANE DE LA MoLVE. — Ciroluna Molvœ. Elle mesure 20 millimètres de longueur sur 10 de large. Les deux côtes du corps sont parallèles ; il n'y a que le dernier an- neau abdominal qui se termine en pointe et se rétrécit un peu. La tête est de la même largeur que le corps. Les antennes ne 262 HKStSE. préseiHeiit rien de particulier; le fllel terminal des supérieures est fusiforme et divisé en dix articulations rapprochées et égales; la tige de l'antenne inférieure en offre douze. Le cinquième anneau thoracique est suivi d'un prolongement arrondi qui recouvre la base du sixième, lequel est triangulaire, un peu évidé latéralement. Les fausses pattes nufa^yjre^, placées latéralement, sont étroites, pointues et denticulées en scie et, comme l'extrémité du corps, garnies de nombreuses soies plumeuses. Les premières pattes thoraclques sont plates et larges, plus courtes que les autres et garnies de nombreuses épines et de poils très-longs. Coloration. — Le corps est luisant, d'un beau blanc, orné de points nombreux dichotomés d'un rouge pourpre très-vif, grou- pés particulièrement sur les bords inférieurs des anneaux. Les yeux sont noirs et à facettes. Habitat. — Nous l'avons trouvé agglutiné à une Lote Molve {Lota Molva), mais comme celle-ci se trouvait empilée avec d'autres Poissons, nous ne pouvons pas affirmer que ce soit bien celui qu'elle habite. Ce Crustacé est comparativement plus large que les autres, et ses pattes sont aussi plus fortes et plus trapues. Il se fait éga- lement remarquer \yàY les échancrures latérales du dernier ar- ticle abdominal. CiROLANE ALLO: de nature cornée, qui; recouvre le céphalothorax, est nettement séparé de l'abdomen par un intervalle membraneux très-étroit. Quand on met l'animal de profil, on reconnaît mieux la saillie bombée formée par le bouclier thoracique et l'on voit que du bord extérieur et arrondi de ce bouclier se détache une membrane qui descend vers la région dorsale de l'abdomen et va s'unir à la substance cornée qui constitue le test abdominal. C'est avec intention que je décris minutieusement ces rap- ports, parce que c'est sur les côtés de cette membrane interposée entre le test thoracique et le test abdominal, que se montreront plus tard les deux lobes primitifs de la carapace. Pendant la durée du second jour, la petite Limnadie conserve les formes que nous venons de lui reconnaître. Nous ajouterons seulement que la base des mandibules se garnit de très-petites épines brunes pour former l'appareil de trituration dont elle a désormais besoin, et que l'œil, simple jusqu'à présent, com- mence à se dédoubler. On remarque, en effet, dans la région moyenne de cet œil unique, une ligne de séparation qui devien- dra plus prononcée le jour suivant et séparera l'œil simple en deux yeux distincts^ tous deux de forme arrondie. C'est ordinairement dans le courant du second jour que la petite larve subit sa première mue, opération toujours critique et qui entraîne souvent la mort. L'animal se trouve alors dans DÉVELOPPEMENT DE LA LIMNADIE. 299 un état de souffrance manifeste ; ses mouvements ne sont plus aussi énergiques; il semble quek[uefois éprouver de grandes difficultés à se débarrasser de sa dépouille ; souvent il reste fixé, soit par la queue, soit par une de ses rames, au fond du vase ou à quelque brin de plante et meurt dans cette position. C'est tou- jours à cet âge que j'ai vu périr le plus de larves, quelques pré- cautions que je prisse pour les conserver. Un fait curieux qui s'observe pendant la mue, c'est l'existence d'un long filament qui sort par l'ouverture anale et que le petit animal traîne avec lui. Ce filament est tubuleux et plein de dé- tritus semblables à ceux que renferme le canal alimentaire. Il est évidemment produit par une mue interne, c'est-à-dire par l'expulsion de la tunique interne ou épithéliale, de nature cor- née, qui revêt la muqueuse alimentaire. Dans une de mes obser- vations, le tube en question, semblable à un boyau intestinal sorti du corps, était vide au niveau de l'anus; on voyait les ma- tières fécales expulsées par l'animal franchir cet intervalle vide et aller se joindre, plus loin, aux matières déjà contenues dans le tube extérieur (1). On ne peut réellement se rendre compte de ce phénomène qu'en le regardant comme le produit d'une mue intestinale ; seulement on ne sait comment expliquer la longueur excessive du tube extérieur, longueur qui dépasse souvent celle du corps, ainsi que je l'ai constaté très-souvent sur les Limnadies jeunes ou adultes, comme déjà M. Joly sur les Artémies Après cette seconde période de la vie des petites larves, pé- riode pendant laquelle l'animal conserve les formes générale qu'il avait en sortant de l'œuf, on voit survenir des change* ments importants qui consistent dans la production de la cara- pace et des rames sous-abdominales. Ces deux ordres de phénomènes commencent presque simul- tanément. Vers la tin du second jour ou au commencement du troi- sième, on aperçoit sur les parties latérales de l'abdomen un (1) M. Joly a vu le même phénomène sur l'Artémie (foc. cif., p. 256); mais il hésite à Tattribuer à une mue et semble plutôt croire que c'est l'effet d'une maladie. 300 LEREBOVIXET. dépôt granuleux qui s'éloigne plus ou moins des bords pour former un feston irrégulier (m, fig. ti). Au devant de cette partie granuleuse festonnée, immédiate- ment derrière les mandibules et au niveau du bord postérieur du bouclier thoracique, on distingue de chaque côté un corps trans- parent, de forme elliptique, dirigé en dehors et en arrière, qui m'a paru formé par une lamelle cornée d'une minceur extrême et que je crois pouvoir regarder comme l'origine de la carapace. Au bout de peu de temps, les bords latéraux du corps s'échan- crent et forment des lobes arrondis au nombre de trois d'abord, de chaque côté, mais dont le nombre augmente successivement d'avant en arrière. En regardant l'animal de profd, on voit plus distinctement l'hiatus qui sépare la région thoracique de la région abdomi- nale. L'abdomen s'est allongé ; le labre commence à se raccourcir ainsi que les parties terminales des secondes rames. On voit à la base des rames antérieures un petit organe tubuleux dont j'ignore le développement ultérieur et la nature, et que je pré- sume être glanduleux. Les cœcums gastriques ont pris plus de développement. Le tube digestif tout entier est le siège de mou- vements péristaltiques très-prononcés; la fente anale s'ouvre et se ferme alternativement d'une manière assez régulière, et l'on voit de temps à autre sortir des matières fécales de couleur verte. Il n'existe encore aucune trace de cœur ni de globules sanguins. Vers la fin du troisième jour, les lobes de la carapace devien- nent très-distincts et dès lors il n'est plus possible de douter que cet organe se produise d'une manière symétrique (fig. 5); ces deux lobes sont nettement séparés l'un de l'autre (n, n) ; on peut les soulever avec des aiguilles et s'assurer que chacuri d'eux se continue par son bord antérieur avec la membrane du test intermédiaire au bouclier thoracique et à l'abdomen. Sur un individu de la vingt-neuvième heure dont j'ai suivi le développement avec soin, j'ai constaté la présence des deux DÉVELOPPEMEAT DE LA LIMNADIE. 301 lobes de la carapace encore placés sur les côtés. Seize heur'^s plus tard, ces lobes se trouvaient plus rapprochés l'un de l'autre et circonscrits par une ligne marginale qui permettait de recon- naître que l'espace dorsal médian situé entre eux appartenait réellement au test abdominal. J'ai pu de nouveau m'assurer que chaque lobe se continue avec la membrane sous-testale. A cette époque, les échancrures latérales de l'abdomen s'avan- cent jusque près du canal intestinal et dessinent cinq lobes ou cinq lamelles allongées (fig. 5), Sur des larves plus âgées, appartenant au commencement du quatrième jour, on voyait les deux lobes de la carapace soudés l'un à l'autre sur la ligne médiane (fig. 6), sans doute par extension du dépôt de substance cornée qui se fait de dehors en dedans suivant une direction centripète. On ne voit aucune trace de suture entre les deux lobes primitifs. Cette petite, carapace cornée (6), extrêmement transparente, est échancrée en arrière, de manière à produire la forme d'un cœur de carte à jouer. Il est facile de soulever cette pièce avec des aiguilles et de voir qu'elle est libre dans toute son étendue, excepté par son bord antérieur par où elle se continue avec la membrane qui passe de la région thoracique à la région abdominale. On voit clairement ici l'intervalle qui sépare le bouclier thoracique du bord antérieur de la carapace, ce qui montre que cette dernière n'a rien de commun avec le revêtement corné du thorax. Les observations qui précèdent ont été faites au commence- ment de septembre. Au mois de juillet, le développement marche beaucoup plus rapidement. J'ai vu la soudure des lobes de la ca- rapace effectuée déjà à la fin du second jour; il y avait en même temps quatre lobes branchiaux de forme allongée. Les faits que je viens d'exposer montrent que la carapace est produite par une exsudation d'une partie de la membrane géné- ratrice du test. Cette membrane, ou peau proprement dite de la larve, sécrète le test de la région thoracique et le test de l'abdomen, en laissant entre ces deux revêtements cornés un intervalle très-étroit et en quelque sorte linéaire. Plus tard, cette membrane fait hernie derrière le test thoracique, et alors seule- 302 LEREBOVLLET. ment elle commence à sécréter de la substance cornée. La sécré- tion s'opère sur deux points latéraux symétriques; il en résulte deux lobes qui augmentent rapidement d'étendue et ne tardent pas à se joindre et à se souder sur la ligne médiane. Dans ses recherches sur Vlsaiira cijdadoides, crustacé des environs de Toulouse, très-voisin de notre Limnadie, M. Joly s'occupe de la formation de la carapace (1) et la fait dériver d'un prolongement latéral des anneaux du thorax, sans s'expliquer d'une manière suffisamment précise sur son mode de formation. Les renseignements que je viens de donner contribueront, je l'espère, à faire comprendre la pensée de l'auteur, car chez risaure et chez la Limnadie la carapace doit se former de la même manière. C'est à cet âge de la larve, lorsque la carapace se dessine • comme une pièce unique échancrée en arrière, qu'on commence à voir des globules sanguins circuler dans les grandes lacunes abdominales, sur les côtés du tube alimentaire. Ces globules sont encore peu nombreux et leur mouvement de translation est lent et incertain. On distingue le cœur, mais d'une manière confuse ; les globules sont poussés en arrière jusque tout près de l'anus, puis ils retournent au cœur du côté opposé, en passant par-dessus ou par-dessous le tube intestinal. Plusieurs modifications ont eu lieu dans les diverses régions du corps. Le rostre est plus effilé ; au-dessus de lui, sur la ré- gion frontale, se voient trois taches noires : deux yeux séparés, placés sur le front et au devant d'eux une tache pigmentaire plus grosse, dépourvue de lentilles transparentes et unique- ment formée de granulations. Des bandelettes musculeuses se rendant aux rames antérieures et aux mandibules partent en divergeant du milieu de la voûte qui forme le bouclier céphalique. Les lamelles bran- chiales sont plus longues et vont en décroissant d'avant en arrière. Les mandibules sont garnies de leur pièce triturante et les articles qui forment les rames postérieures commencent (1) Recherches zoûlogi(jucs, (lualomiqucs et phijsiohfjiques sur /'Isauru cyclaoiiles, par M. N. Joly {Ann. des st. nat., 2« série, t. XVII, p. 327 et 328). DÉVELOPPEMENT DE LA LIMNADIE. 30â à s'atrophier, quoiqu'elles fonctionnent encore comme rames. La carapace grandit rapidement. Elle s'étale comme un bou- clier sur la région dorsale de l'abdomen en conservant toujours sa profonde échancruie postérieure. Elle ne tarde pas à recou- vrir plus de la moitié du corps en arrière, sans empiéter sur la région thoracique. A mesure qu'elle prend plus de développe- ment, ses bords latéraux se replient sur les côtés et en bas, de manière à envelopper le corps (fig. 7 et 8). Cependant l'animal continue à nager sur le ventre, ayant sa carapace étalée comme un large manteau. On voit quelques globules circuler dans son intérieur et l'on aperçoit sur chacun de ses lobes une figure elliptique, formée par un tube recourbé sur lui-même en forme d'anneau. C'est l'origine d'un organe sécréteur, la glande testale, dont la véri- table fonction m'est encore inconnue. Pendant que la carapace continue à s'accroître, les pattes branchiales augmentent de longueur et s'isolent en se détachant de la masse du corps et en se séparant les unes des autres. Les plus antérieures se divisent en articles et offrent à leur extrémité interne un lobe saillant qui constituera la portion interne de la rame, tandis que la tige allongée en formera la portion externe. Les rames antérieures s'isolent les premières; les suivantes vont en diminuant de longueur ; les plus reculées en arrière sont encore à l'état de simples échancrures, comme l'étaient les premières rames à leur origine. Quand l'animal est arrivé à ce point de son accroissement (fig. 7 et 8), il aime à porter la tête en bas et il se couche volontiers sur le côté quand on le met dans un verre de montre avec une petite quantité d'eau pour l'examiner.* Ces mouvements de flexion de la tête permettent de voir dis- tinctement la limite antérieure de la carapace. On peut alors se convaincre qu'elle est séparée du boucher céphalique par une fente transversale dans laquelle se trouve la tunique interne du test qui va d'une partie du corps à l'autre. On voit que cette tunique fait saillie au dehors et va doubler la membrane cornée de la carapace. Cette dernière est donc réellement un produit SOk LEREBOIILLET. de sécrétion de cette membrane testale, et comme celle-ci sécrète l'enveloppe cornée du reste du corps, on peut considérer la carapace comme une partie du test général qui s'est développée tardivement. L'étude de la mue peut aussi fournir quelques données sur la constitution de la carapace. J'ai examiné une multitude de dépouilles appartenant à tous les âges et j'ai toujours vu que l'animal ne rejette qu'une cara- pace excessivement mince et à peine distincte, à cause de sa grande transparence. J'ai suivi, entre autres, sous le microscope, la mue d'une très- jeune Limnadie chez laquelle la carapace commençait à se re- plier sur les côtés. Cette carapace, plus avancée que celles dont il vient d'être question, mesurait 0'""',68 de longueur, sur 0""",/iO de hauteur; il y avait cinq pattes branchiales en acti- vité. Les rames antérieures seules étaient sorties de leur fourreau et celui-ci tlottait au-devant tle l'animal au corps duquel il adhé- rait fortement. La queue était aussi en partie sortie. L'animal exerçait des mouvements violents de flexion et d'extension et se retournait vivement dans tous les sens ; il cherchait évidemment à se débarrasser de ses enveloppes. Au bout de dix minutes, le labre était détaché ainsi ([u'une des valves de la carapace. L'autre valve était double et l'on distinguait très-bien celle qui devait tomber et qui se présentait sous la forme d'une mince pellicule plissée et comme chiffonnée. Cinq minutes plus tard, la dépouille entière flottait sur l'eau ; on voyait les deux valves de la carapace tenant au corps, dans la région intermédiaire entre le bouclier céphahque et l'abdomen. Dès qu'il fut débarrassé de sa dé- pouille, l'animal se mit à nager avec beaucoup d'ardeur et de vitesse. Les stylets caudaux étaient encore mous et déformés et la nouvelle carapace légèrement chiffonnée. Sur d'autres individus plus âgés, j'ai plusieurs fois assisté au changement de peau, et, en m'aidant d'aiguilles, j'ai pu voir que l'animal ne perdait pas sa carapace tout entière, mais seule- ment sa tunique interne. Pour comprendre ce genre de mue, il faut se représenter la bÉVELOPPEMENT DE LA I.IMNADIC. 305 position ot les rai)ports de la membrane générale du test lors- qu'elle se léfléchit hors de l'animal pour former la carapace. La face supérieure de cette membrane, celle qui sécrétait le test, est devenue inférieure. Elle conserve ses propriétés sécrétoires et produit la tunique interne de la carapace qui se continue di- rectement avec la tunique cornée du test et qui doit nécessaire- ment tomber avec ce dernier. La face inférieure de la membrane teGtale, au contraire, maintenant supérieure, devient le siège d'une sécrétion distincte et produit successivement les couches cornées de la carapace qui persiste; de là viennent les stries d'accroissement qu'on aperçoit sur les valves des Limnadies adultes. Ainsi, la partie cornée de la carapace ne tombe jamais (1), elle augmente de dimension et d'épaisseur à mesure que l'ani- mal vieillit et se couvre de corps étrangers, tels que conferves, vorticelles, etc. (2). J'ajouterai que la carapace seule est doublée d'une peau relativement assez épaisse, tandis que celle des autres parties du test est au contraire très-mince, et je crois avoir dis- tingué deux sortes de cellules dont les unes, inférieures, sécréte- raient la mince tunique destinée à se renouveler, tandis que les supérieures seraient chargées de sécréter les couches successives de la carapace proprement dite. Quand la carapace a la forme que nous avons décrite et repré- sentée (fig. 7), le cœur commence à devenir distinct et se montre sur la ligne médiane dorsale comme un long cylindre renflé et arrondi en avant, rétréci et tronqué en arrière, et percé sur ses côtés de quatre fentes valvulaires (fig. 7) (3). (1) M. Jolya aussi constaté ce fait sur risaure {ouvr. cité, p 33i). (2) Les Limnadies conservées pendant plusieurs mois dans des vases sont quelque- fois tellement couvertes de limon et de conferves que leurs mouvements en sont gênés. 11 faut alors gratter légèrement la carapace pour la dépouiller de ces impuretés. (3) C'est par erreur que dans une communication très-courte faite eu 18ii8 à la Société d'histoire naturelle de Strasbourg {Mémoires de Strasbotirc/, 1850, p. 208)^ j'ai dit que les fentes n'étaient pas symétriques^ mais existaient sur le dos seulement. Les fentes sont en réalité latérales et symétriques ; il y en a quatre de chaque côté et non pas cinq, ce qui donne au cœur, en comptant les ouvertures antérieure et postérieure, dix orifices servant de passage au sang. Le cœur, sur certains individus, est très-difficile à observer, ce qui explique l'erreur que j'ai commise. 5« série. Zool. T, V. (Cahier n° 5. ) 4 20 306 LEREBOLLLET. Le cœur bat très-vite; les globules sanguins sont encore peu nombreux, mais gros, irréguliers et comme bosselés. La vitesse de leurs mouvements ne me permet pas de les suivre dans le cœur. Sur des sujets plus âgés, quand la carapace a pris sa forme définitive, mais avant qu'elle ait empiété sur la région cépha- lique (fîg. 9), le cœur présente en haut, derrière la valvule laté- rale la plus antérieure, entre cette valvule et la précédente, une dépression considérable et l'apparence d'une profonde échan- crure, comme s'il existait dans cette région une véritable fente longitudinale. En examinant des sujets chez lesquels le cœur venait sans doute de se torraer et ne se montrait encore que d'une manière confuse, il m'avait déjà semblé que cet organe était ouvert, en haut, en forme de gouttière. Si le fait était vrai, on pourrait en conclure que le cœur se compose primitivement de deux moitiés ou qu'il commence par une lame horizontale qui, plus tard, se replie en gouttière vers le haut, comme le tube digestif. Quoi qu'il en soit, j'ai vu distinctement les globules sanguins entrer dans le cœur par cette feute dorsale. Quelques-uns pas- saient par la fente latérale la plus voisine, mais le plus grand nombre de ces petits corps pénétraient par la fente du dos en se dirigeant d'arrière en avant. J'ai pu m'assurer que cette ouver- ture dorsale est garnie de deux valvules dont ou voit confusé- ment les battements semblables aux mouvements des valvules des fentes latérales. Les deux valves ou volets étroits qui gar- nissent les bords de la fente s'ouvrent de dehors en dedans, vers la cavité du cœur, comme le feraient deux battants de porte qui s'ouvriraient vers l'intérieur d'un appartement. L'extrémité antérieure du cœur, encore obtuse, commence à s'allonger en pointe, et l'on voit le long de la face oorsale de ce très-court prolongement une fente en boutonnière qui consti- tuera plus tard l'ouverture terminale antérieure. Cet orifice encore dorsal (fig. 9) est muni, comme les autres, de deux valvules symétriques. Nous avons vu que les lames sous-abdominales commencent DÉVELOPPEMENT DE LA LlMNADIE. 307 et se développent en même temps que la carapace. Aussi long- temps qu'elles sont immobiles, l'animal se déplace à l'aide des mouvements de ses deux paires de rames ; mais, dès qu'elles commencent à fonctionner, les appendices natatoires des rames de la seconde paire tendent à s'atrophier. L'animal, en effet, va bientôt être muni d'appareils qui serviront à la fois à la na- tation et à la respiration; il n'aura plus besoin des rames transi- toires qu'il avait conservées jusqu'alors. Ordinairement, quand les trois ou les quatre premières paires de nageoires branchiales sont en mouvement, les deux derniers articles des rames mandibulaires ont disparu ou sont réduits à une tige rudimentaire très-courte. La carapace est alors tout à fait phée en deux (fîg. 9); elle se compose de deux valves sou- dées l'une à l'autre le long d'une ligne dorsale qui commence un peu en avant du cœur. En avant, la région céphalo-thora- cique tout entière, et, en arrière, une petite portion du corps, sont encore à découvert. Avec un peu d'attention, on distingue le mode d'union de la carapace au corps de la Limnadie. On voit la tunique qui la double intérieurement s'en détacher au- dessus du cœur et descendre vers la région dorsale du corps pour s'unir au test de ce dernier. Cette séparation de la mem- brane interne de la carapace se fait en deux endroits, devant et derrière la fente dorsale du cœur, de sorte qu'il existe dans cette région un hiatus qui persiste chez l'adulte et vers lequel viennent affluer les globules sanguins. A cette époque du développement, la glande testale est formée de deux tubes concentriques (fig. 9); il existe sur les côtés du rostre deux petits appendices renflés en massue qui devien- dront les palpes ; le labre a sa forme définitive ; il existe quatre pattes branchiales complètement développées et en mouvement, une autre couchée en arrière, bien près aussi de fonctionner, et deXix tubercules allongés, collés contre le corps. L'animal nage tantôt sur le ventre, tantôt sur le côté. A dater de ce moment, le développement continue à se faire sans apporter de modifications bien sensibles aux formes générales. Il faut toutefois en excepter la tête, dont la forme se ?>08 LEREBOL'LI.ET. modifie sensiblement, comme on peut le voir par la comparai- son des figures 9, 10 et 11 de la planche 12. L'appendice pyriforme qui surmonte le front chez l'adulte (fîg. 11) n'existe pas encore dans la Limnadie, dont la carapace n'est pas achevée (fig. 9). Il se forme peu à peu par un redres- sement de la partie du front située derrière les yeux (fig. 10). La carapace s'allonge et se porte rapidement par dessus la région céphalo-thoracique ; cette dernière se coude et s'infléchit de plus en plus vers le bas. Les nageoires branchiales se multiplient d'avant en arrière; les ganglions optiques apparaissent à la base des yeux qui sont maintenant munis de leurs nombreux cristal- lins ; les palpes grandissent et se divisent en lobules ; la glande bilaire, la glande testale, le cœur, en un mot tous les organes prennent peu à peu la forme qu'ils conserveront pendant toute la durée de la vie. L'ovaire se montre beaucoup plus tard. Ce n'est que sur des sujets longs de 5 à 6 millimètres que j'ai commencé à apercevoir les petites vésicules graisseuses qui annoncent la présence de cet organe, et c'est alors aussi, seulement, que se forment les filaments ovifères destinés à soutenir les œufs que l'animal fait passer sous sa carapace. EXPLICATION DES FIGURES. PLANCHES 12. Fig. 1 à 10. Larves de la Limnadie de Hermann aux derniers degrés de développe- ment, et beaucoup grossies. Fig. 11. Animal parfait. NOUVELLES SCIENTIFIQUES. TROISIÈME LETTRE DE M. AGASSIZ RELATIVE A LA FAUNE ICHTHYOLOGIQUE DE l'AMAZONE, DATÉE DE PARA, LE 12 MARS 1866. Mon cher ami et très-hoiioré confrère. Après un séjour de plus de sept mois dans la vallée de l'Amazone, je suis de retour au Para, et je m'empresse de vous faire part des l'ésultats de mon voyage ; quoique je sente le besoin d'un repos absolu après les efforts incessants que j'ai faits pour ne rien négliger pendant mon séjour dans ce pays. Les aperçus que je vous ai déjà présentés ont été pleine- ment confirmés par mes observations ultérieures. Nulle part au monde il n'existe une aussi grande variété de Poissons que dans ce bassin, et le nombre des espèces (jue l'on connaît du Nil, du Gange, du Sénégal et même de la Méditerranée et de l'océan Atlantique représente les mêmes proportions du nombre total des espèces, que celui des espèces que j'ai recueillies dans l'Amazone. En effet, j'ai réuni, dans ma collection, plus de 1800 espèces amazoniennes, peut-être même en ai-je 2000 ; car depuis que je suis revenu sur mes pas, en descendant le fleuve, j'ai souvent rencontré des Poissons que je n'ai pas osé déterminer sans les comparer directement avec mes premières collections qui ne sont plus aujourd'hui à ma portée, et que je ne pourrai pas consulter avant mon retour aux États-Unis. Voilà donc un ensemble d'espèces ([ui surpasse celui des espèces connues de l'océan Atlantique, et qui est, à peu de chose près, double de celui des espèces de la Méditerranée. Et quant à la loca- lisation de ces espèces, elle est très-remarquable. A l'exception d'un assez petit nombre d'espèces qui se rencontrent dans tout le bassin, ou qui ont une distribution plus ou moins étendue, on rencontre de distance en distance des assemblages d'espèces entièrement distinctes, et les limites de ces faunes ichthyologiques locales paraissent varier infiniment, si bien qu'il faudra encore des années d'exploration pour les déterminer avec précision. C'est ainsi que dans les régions boisées où les forêts sont très- compactes et les cours d'eau étroits et très-nettement circonscrits, on rencontre des faunes distinctes à des distances de quelques lieues ; tandis SlO AGASSIZ. que dans les régions plus ouvertes et où les eaux s'étalent à de grandes distances dans la plaine, il faut parfois parcourir des distances de vingt à cinquante lieues et même davantage avant de rencontrer de nouvelles combinaisons d'espèces. Ce ne sera qu'après avoir travaillé l'immense collection que j'ai faite qu'il me sera possible de tracer les limites de quelques-unes de ces faunes. Mais vous pourrez, dès à présent, vous faire une idée de l'importance des matériaux que je possède pour la solu- tion de ce problème, lorsque vous apprendrez que j'ai recueilli plus de cent mille exemplaires de Poissons de tout âge : j'ai un assez grand nombre d'espèces dont je possède les jeunes à tous les degrés de leur développement, depuis le moment de leur éclosion jusqu'à ce qu'ils aient acquis les caractères de l'adulte. Ce qui m'a le plus surpris dans ces études ichthyologiques, c'est la profusion des espèces dans certaines loca- lités circonscrites. Je vous ai déjà parlé d'un petit lac de quelques cents mètres carrés, près de Manaos, qu'on appelle Lago Hyanuary, où j'ai rencontré un nombre extraordinaire de Poissons. Désirant nj'assurer d'une manière un peu plus précise jusqu'où cette diversité pouvait aller, j'ai fait plusieurs excursions dans cette localité ; j'y ai fait pêcher à différentes reprises, et aujourd'hui j'en possède plus de deux cents espèces, c'est-à-dire un nombre supérieur à celui de tous les Poissons d'eau douce d'Europe, connus jusqu'à ce jour, dans un lac qui ne serait pas une dépendance disproportionnée du Jardin des Plantes. — Pour donner autant de précision que possible à ces aperçus de la distribution des Poissons de l'Amazone, il fallait encore s'assurer jusqu'à quel point leurs migrations annuelles peuvent modifier ces résultats. Dans ce but, j'ai répété, autant que je l'ai pu, mes explorations, dans les mêmes localités, à des saisons différentes et à des intervalles de trois à quatre et même six mois de distance, et j'ai réparti mes aides sur la plus grande étendue de pays à la même époque. C'est ainsi que pendant que j'ex- plorais les environs de Jeffé avec le major Continto, M. Bourget, James et Talisman exploraient le Javary, l'Iça et le Jutay, et pendant que je m'arrêtais à Manaos, MM. Depter et Talisman visitaient le Rio-Negro, MM. Tliayer et Bourget les affluents de Cudajas et M. James les eaux de Manacapuru. Enfin, pendant que je visitais le réseau de Mauès, M. Thayer était à Lerpa et au lac Saraca, MM. James et Hunnevill à Obydos et sur le Trombetas, et M. Bourget à Santarem. J'ai pu de cette manière voir, pour ainsi dire, la population aquatique de l'Amazone simultanément sur une grande étendue, et répéter ces observations à de longs intervalles ; en sorte que je puis aujourd'hui affirmer, sans hésitation, que les' Pois- sons de ce fleuve n'accomplissent point de grandes migrations, comme nos Saumons, et que leurs déplacements consistent principalement à s'étendre sur de plus grandes surfaces lorsque les eaux s'élèvent et à FAUNE ICTHYOLOGIQUE DE LAMAZONE. 311 rentrer dans les bassins les plus déprimés lorsqu'elles s'abaissent. J'ai pu faire peindre sur le vivant par IM. Boorckard plus de cinq cents de ces espèces, dont je possède près de huit cents dessins représentant leurs différents âges, etc. Je ne vous dirai rien aujourd'hui de l'ensemble des résultats que j'ai obtenus concernant les affinités des Poissons, cela m'entraînerait à trop de détails. J'ai cependant tout lieu d'en être satisfait, car les opinions que j'ai émises à ce sujet, dès la publication de mes recherches sur les Poissons fossiles, et qui ont été le plus vivement attaquées par les ichthyologistes , se trouvent pleinement confirmées. Les observations géologiques que j'ai eu occasion de faire m'ont également intéressé au plus haut degré, car elles m'ont fait connaître une nouvelle phase de l'époque glaciaire qui expliquera bien des phénomènes jusqu'à présent obscurs de l'histoire physique la plus récente de notre globe. Il y aura même un côté pratique à cette exploration pour les travaux hydrogra- phiques de la côte, car je me suis assuré que l'absence de delta, à l'em- bouchure de l'Amazone, est due à l'invasion incessante de l'Océan sur le continent américain. Mais il est temps que j'en finisse sur ce sujet; j'en écrirai prochainement plus longuement. P.-S. Je n'ai perdu aucune occasion d'étudier les races humaines qui ont produit dans ce pays les croisements les plus nombreux, et comme un de mes compagnons de voyage, M. Hunnev\"ell, sait photographier, j'ai obtenu quatre-vingt-douze portraits de ces gens, pour la plupart nus et en pied. Des fuits que j'ai observés, je conclus que les races humaines se comportent l'une vis-à-vis de l'autre comme les espèces que nous en- visageons comme distinctes dans le règne animal, c'est-à-dire que le pro- duit de leur croisement est toujours un mulet. Le blanc et le nègre pro- duisent des mulâtres; le blanc et l'Indien, des mammelucos ; le nègre et l'Indien, des cafuzos.et ces produits sont toujours un mélange identique des deux races auxquelles ils doivent leur existence. Je ne crois pas qu'il sera facile de répéter les travaux ichthyologiques que j'ai accomplis dans le bassin de l'Amazone, et, sans les facihtés extraordinaires que le gouvernement de S. M. l'empereur du Brésil m'a accordées pour mes explorations, et sans le concours incessant de la compagnie des vapeui^s de l'Amazone et de tous les employés des pro- vinces que j'ai parcourues, je n'aurais jamais réussi à réunir un dixième des collections que j'ai faites. LETTRE RELATIVE A LA nÉCOUVERTE RÉGENTE DUN iMAMMOUTH DANS LE SOL GELÉ DE LA SIBÉRIE ARCTIQUE, PAR M. CH. E. DE BAER. « 30 mars-ll avril 1866. » Présumant que rAcadémie prendra intérêt à la découverte récente d'un Mammouth avec sa peau et ses poils, dans le sol gelé de la Sibérie arctique, je crois de mon devoir, comme correspondant de cette illustre institution, de lui faire cette communication. » C'est déjà en 1864 que ce Mammouth a été trouvé par un Samoïède dans les environs de la baie du Tas, bras oriental du golfe de l'Obi. Ce n'est qu'à la fin de l'année 1865 que j'en ai reçu la nouvelle. Mais comme dans ces régions les corps des grandes bêtes se conservent longtemps, s'ils ne sont pas mis pleinement à découvert, et que ce Mammouth, au moins en 186/i, restait encore enchâssé dans les terres gelées, l'Académie de Saint-I'éterbourg, aidée par le gouvernement, a expédié, au mois de février de cette année, M. Schmidt, paléontologue renommé, pour exa- miner l'animal et sa position dans la localité. Nous espérons que M. Schmidt arrivera avant que la destruction soit trop avancée, et qu'on aura connaissance non-seulement de l'extérieur de l'animal, mais aussi de sa nourriture par le contenu de l'estomac. Ce serait la première fois qu'un naturaliste serait arrivé à temps; car Adams, comme on le sait, est arrivé trop tard : aussi a-t-il négligé d'examiner la nourriture. » On pourra alors comparer la ligure antéhistorique du Mammouth, tracée sur une planche d'ivoire trouvée dans une caverne du Périgord par M. Lartet, et publiée récemment à Paris. » Un rapport détaillé sur la découverte de ce Mammouth est sous presse, et j'aurai l'honneur de le faire parvenir à l'Académie. Mais les nouvelles de ce qu'aura trouvé M. Schmidt ne peuvent arriver qu'après quelques mois. Dans ce moment, il ne peut pas même être près de l'ani- mal, et les postes ne s'étendent pas jusqu'aux environs de la baie du Tas. » RECHERCHES SUR LA DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE DES MOLLUSQUES TERRESTRES ET FLUVIATILES EN ALGÉRIE ET DANS LES RÉGIONS GIRGONVOISINES, Par M. a. R. BOURGUlCiNAT (1). § I. Examen des espèces algériennes. — Ces espèces peuvent se répartir en faune des hauts plateaux, des montagnes et du littoral. — Caractères négatifs du Sahara. — Concordance parfaite de la faune avec la configuration du pays. Bien que nos possessions du nord de l'Afrique, ainsi que le Maroc et la Tunisie, soient à peine connus, et qu'il reste des espaces immenses inexplorés, nous devons reconnaître qu'il se trouve cependant assez de contrées parcourues, assez d'espèces étudiées, pour permettre de reconstruire à coup sûr le mode de répartition des Mollusques à la surface de ces pays. Nous allons donc montrer la répartition actuelle de ces êtres. Il va sans dire que les faits que nous sigiialonspour l'Algérie sont également les mêmes pour le Maroc et la régence de Tunis, puisque la faune de ces contrées appartient bien à une seule et même faune, à la faune algérienne. (1) Ce zoologiste vient de publier un grand et important ouvrage sur la malacologie de l'Algérie, formant 2 volumes petit in-folio. Nous donnons ici le chapitre final de ce travail, dans lequel M. Bourguignat expose l'ensemble de ses vues sur la distribution géographique de ces animaux et sur les applications que l'on peut en faire à l'étude des ehangementâ survenus dans la configuration de la surface du globe, depuis l'appavitioM des espèces actuellement existantes. âl& J. R. BOUBGUIGIWAT. Lorsqu'on examine eu grand la faune entière de l'Algérie, ou reconnaît, d'après les localités assignées à telle ou telle espèce, qu'il existe vers la partie centrale, là où s'étendent les régions des hauts-plateaux, des séries de coquilles à test pesant, épais, à péristome fortement bordé et à ouverture uni- ou bidentée ; Qu'il se trouve d'autres coquilles à test crétacé ou transpa- rent, souvent déprimé, même aplati, quelquefois caréné, etc., réparties en deux zones presque parallèles ; Qu'il existe encore une série de coquilles littorales, d'appa- rence crétacée, non-seulement sur les bords de la Méditerranée, mais encore sur la limite du grand désert, au sud du second massif de l'Atlas, et que ces espèces se sont propagées sur les limites des anciens lacs salés, des hauts plateaux, alors que ces lacs étaient remplis d'eau et faisaient l'office de petites Casr- pie7i7ies intérieures. Enfin, tout à fait au sud, danslesrégioiisdu grand désert, on ne reconnaît plus que le vide et le néant; en un mot, une absence complète de faune, ou si, par hasard, on y remarque une coquille , on s'aperçoit immédiatement que cette espèce est un Mollusque étranger, accidentellement acclimaté dans ces régions désolées. La zone centrale, caractérisée par des coquilles fortes, épaisses, pesantes, à bouche uni- ou bidentée, qui se trouve sur notre carte, teintée en jaune, constitue la fawie des hauts pla- teaux (voy. pi. 10). Les deux zones placées de chaque côté de la précédente (teintée en vert) appartiennent à la faime des montagnes. Les deux autres zones (teinte carminée), également placées d'un côté de chacune des deux zones précédentes, indiquent la faune du lilloral. Enfin la zone méridionale (teinte bleue) signale le grand désert ou, pour mieux dire, l'absence de faune. Comme on le voit, l'Algérie, à partir de la Méditerranée, se divise en six faunes, distribuées en zones presque parallèles, savoir : MOLLUSQUES TERRESTRES ET FLUVÏA.TILES EN ALGÉRIE. â1^ 1* Une faune littorale. 2» — des montagnes. 20 — des hauts plateaux. fto — des montagnes. ï» — littorale. e- — accidentelle ou du grand désert. La faune des hauts plateaux se trouve caractérisée par une suite d'espèces spéciales, comme les Succinea Maresi, Zonites chionodîscuSf Hélix Raymondi, Massylœa, punica, Juilleti, odo- pachya, Tigriana, Burini, Dastuguei, subcostulata^ Berlieri, lacertarum^ numidica ; Ancylus Peraudieri.^ Hydrobia dolichia^ Neritina Maresi, etc. La plupart de ces coquilles, telles que les Zonites chionodiscus, Heliûo odopacfiya, Tigriana, Burini, Dastuguei, etc., sont des espèces épaisses, fortes, à bouche généralement très-bordée, et ornée d'éminences tuberculeuses plus ou moins saillantes. Ce qu'il y a de remarquable dans cet ensemble de signes caractéristiques, c'est qu'autrefois déjà, vers ces mêmes endroits, existaient, à l'une des époques tertiaires, des coquilles à test également épais, pesant, à bouche fortement bordée et dentée. Ces espèces, parmi lesquelles nous citerons les Zonites Sem- perianus (i), Hélix Jobœ ('2), Desoudiniana (3), subsenilis (4), Dumortiericma (5), etc., qui ont été découvertes à l'état fossile (d) Zonites Semperianus, Bourguignat, Pn\éoatol. Alg-., p. àO, pi. 1, fig. 9-12, 1862 (Hélix Semperiana, Crosse, ia Journ. GoulIi., t. IX^ p. 357, 1861, et iu Journ. Conch., t. X, p. 155, pl. Vn, %. 7-8, avril, 1862), (2) Hélix Jobœ, Bourguigaat, Paléontol. Alg., p. 52, pl. I, fig. 6-8, 1862 (Hélix Jobœana, Crosse, m Journ. Conch., t. IX, p. 356, 1861, et t. X, p. 153, pl. VII, fig. 3-â, 1862). (3) Hélix Desoudiniana, Crowe^ Diagn. Hél. foss. Constant., in Journ. Conch., t. X, p. 84, 1862, et (même volume) p. 157, pl. VII, fig. 1-2, ami 1862. — Bourgiiignat, Paléontol. Alg., p. 51, pl. I, flg. 1-3, mai 1862. ^ù) Hélix subsenilis, Croi-ie, in Journ. Conch.., t. X, p. 85, 1862, et (même volume) p. 162, pl. VII, fig. 12-16, avril 1862. — Bourguignat, Paléontol. Alg., p. 48, pl, II, fig. 1-5, 1862 (Hélix seniHs, de Morelet (non Lowe), in Journ. Conch., t. Il, p. 354, pl. XI, tig. 5-6, 1851). (5) Hélix Dumortieriana, Crosse, Diagn. Hél. foss. Const., in Journ. Conch., t. X, p. 85, 1862, et (même volume) p. 160, pl. VII, fig. 5-6, avril 1862.— Bourguignat, Paléontol. Alg., p. 47, pi, UI, fig. 4-6, mai 1862. 316 J. R. BOVRGVl«NAT. sur les hauts plateaux qui avoisinent Constautine, montrent que déjà, à cette époque, il existait une cause à cet ensemble de caractères, et que cette cause, malgré les changements survenus à la suite des siècles, n'a pas cessé d'exister, puisque les espèces d'aujourd'hui subissent la Eiême influence, et que leurs coquilles présentent cet ensemble de signes distinctifs qui caractérisent les espèces d'autrefois. De chaque côté des hauts plateaux se trouvent deux longues zones (teinte verte) représentant une autre faune, à laquelle nous donnons la désignation de faune des montagnes, parce qu'elle correspond parfaitement avec des séries de hauteurs et d'élévations qui, du Maroc à la Tunisie, courent presque paral- lèlement à la zone des hauts plateaux. Cette faune des montagnes est la plus riche de nos possessions du nord de l'Afrique ; elle embrasse le plus grand nombre d'espèces. Comme l'Algérie, en effet, n'est presque qu'un massif de montagnes, qui, des hauts plateaux, rayonne, d'une part, jusque sur le littoral de la Méditerranée, d'autre part jusqu'aux limites du grand désert, il arrive que ces chaînes occupent presque toute l'Algérie habitable, et que les Mollusques qui y vivent forment à eux seuls la presque totalité des espèces de ce pays. Parmi les espèces que comprend cette faune, il y en a qui sont particulières aux sommités, d'autres aux vallons, d'autres aux forêts de telle ou telle essence, d'autres encore aux prairies, et, qui plus est, il s'en trouve qui ne vivent que sur des terrains crétacés ou que sur des roches siliceuses ou granitiques; enfin il arrive que les unes aiment l'aridité et la chaleur, tandis que d'autres se complaisent dans des endroits humides ou ombragés. Malgré tous ces modes d'habitat, toutes ces variétés différentes d'habitations, tous ces genres divers de vie, les Mollusques des contrées montueuses de l'Algérie appartiennent bien à une seule et même faune caractéristique. On doit comprendre qu'ici, comme notre devoir est d'esquisser à grands traits la répartition dés êtres d'une vaste région, que nous ne pouvons entrer dans tous ces petits détails de vie, de mœurs, de préférences, comme MOLLUSQUES TERRESTRES ET FLUVIATILËS EN ALGÉRIE. 317 pourrait le faire un auteur qui décrit un petit coin de pays. Si nous agissions autrement, nous risquerions de nous noyer dans les détails. Malgré tout, comme cette faune des montagnes peut se répartir en espèces des vallons ou des contrées basses, ou en espèces des sommités, des coteaux ou des bois très-élevés, nous pouvons donner, sans inconvénient, une liste des Mollusques de cette faune en les plaçant simultanément sur deux lignes paral- lèles, suivant que ces êtres nous paraîtront préférer les vallées ou les sommités. Les espèces qui vivent dans les vallées ou à la base des mon- tagnes offrent généralement une apparence crétacée, un test blanc plus ou moins zone ou moucheté, ou bien une coquille transparente peu résistante, souvent hispide. Celles que l'on rencontre sur les hauteurs, dans les bois et les taillis élevés, sont presque toujours de taille médiocre, à test mince, transparent, quelquefois caréné, abouche ordinairement peu bordée : . ESPÈCES DES SOMMITÉS. Arion rufus (1). Limax nyctelius. Krynickillus subsaxanus. Milax scaptobius. Testacella Brondeli. Succinea Raymondi. ESPECES DES VALLÉES. Limax Deshayesi. — Raymondianus. Krynickillus Brondclianus. Milax eremiophilus. Parinacella Deshayesi. Testacella bisulcata. Succinea debilis. Zonites chelius. — achlyophilus. — Djurjurensis. — liemipsoricus. — eustilbus. — apalistus. — piestius. — argius. — Bseticus. — cariosulus. Hélix aperta. — melanostoma. — Bonduelliana. — punctata. — Lucasi. (1) En France, VArion rufus habite les plaines, les parties basses et humides du pays. Hsc trouve remplacé sur nos montagnes par VArion afer. Zonites Mandralisci. 610 J. R. BOl IRGUIC MAT. ESPÈCES DES VALLÉES. ESPÈCES m Hélix pycnocheilia. — abrolena. — Mongrandiana. Helis roseo-tincta. — lanugiuosa. — Moquiuiana. — Baccueti. — acleochroa. — Poupillieri. — psammœcia. — Aucapitainiana. — cedretorum. — aculeata. — alsia. — Lochenaa. — Gouge li. — psara. — abietina. — conspurcata. — Debeauxiana — Lelourneuxiana. — rupestris. — apiciiia. — sordulenta. — Rozeli. — lasia. — psammoica. — cbnoodia. — Durieui. — eiistricta. — Lallemantiana. — subcostulata. — arenarum. — Geryvillensis — subrostrata. — Berlieri. — choreta. — mœsta. — protea. — Kabyliana. — cespitum. — Numidica. — pyramidata. — Brondeli. — calopsis. Buliraus Jeannoti. Bulimus Milevianus. — todillus. — cirtanus. — obscurus. — Brondelianus. Nous n'en finirions point s'il no US fallait é les espèces. Les Mollusques que nous venons de citer suffisent et au delà pour faire apprécier les signes distinctïfs des êtres de cette faune. Il existe, comme chacun le sait, un certain nombre d'espèces qui ne paraissent appartenir à aucune faune, à aucun pays, en ce sens qu'elles vivent dans toutes les contrées riveraines de la mer, d'une extrémité à l'autre de la Méditerranée. Ces espèces, bien connues des malacologistes sous le nom d'espèces littorales, forment une série de Mollusques qui ne se rencontrent que le long des côtes et des falaises, que dans les pays soumis à l'in- MOLLUSQUES TERRESTRES ET FLUVIATILES EN ALGÉRIE. 319 fluence maritime, ou bieri dans ceux qui, au temps jadis, ont formé des rivages. Ces coquilles ne peuvent vivre dans l'intérieur des continents ; elles sont particulières aux côtes, et, si parfois elles pénètrent au loin, c'est qu'elles ont trouvé une vallée, un cours d'eau soumis à l'influence marine (1) ; mais elles s'arrêtent là où cesse cette influence. Parmi ces espèces, il faut distinguer les vér-itables liUorales, c'est-à-dire celles qui vivent indifféremment dans tous les pays, le long des côtes et des rivages, telles que les Hélix lauta, lineata, acuta, etc.; puis cefles qui sont spéciales à un centre de création, et qui, tout en étant littorales, ne deviennent pas cosmopolites comme les autres, et ne passent pas d'un centre de création dans un autre, comme, par exemple, \ Hélix lactea. Cette espèce caractéristique du littoral du grand centre hispa- nique se retrouve sur presque tout le pourtour de ce centre de création, depuis la Tunisie, l'Algérie, le Maroc, jusqu'en France dans les Pyrénées orientales ; mais elle s'éteint là où cesse, au nord, le rayonnement du centre hispanique. Ainsi deux sortes d'espèces littorales : les unes communes à toutes ou presque toutes les côtes de la Méditerranée, les autres seulement spéciales aux rivages de leur centre de création. Or, en Algérie, ces deux sortes d'espèces littorales vivent non- seulement sur toute la côte méditerranéenne, mais encore à la limite nord du Sahara au pied du second massif de l'Atlas, et même sur la lisière des hauts plateaux. Ce fait zoologique indé- niable prouve que, là où existe une suite d'espèces littorales, là devait se trouver anciennement le littoral d'une mer. A l'origine de l'époque contemporaine, au moment où furent créées les espèces actuellement vivantes, le nord de l'Afrique était une presqu'île, un prolongement de l'Espagne, le détroit de Gibraltar n'existait pas, et la Méditerranée communiquait à l'Océan parle grand désert, alors une vaste mer (pi. 11). A cette époque, les hauts plateaux de l'Algérie étaient occupés par de (1) Voy. la carte malaco-stratigraphique, où nous avons indiqué [teinte carminée) les diverses vallées où les espèces littorales s'avancent dans les terres. Dans la province d'Oran, ces Mollusques remontent la vallée du ChelifT presque jusqu'à Orléansville. 320 J. B. BOtJRGUIGKAT. grandes caspiennes salées, qui peu à peu ont fini par se combler et par devenir telles que nous les voyons aujourd'hui. Alors les Mollusques littoraux de la mer saharienne, croyant avoir affaire à de véritables mers, se sont répandus sur le rivage de ces lacs ; et, comme ces masses d'eaux salées possédaient une influence marine analogue à celle de la mer, ces Mollusques ont pu s'y acclimater, y vivre et s'y perpétuer jusqu'à nos jours (i). Les espèces littorales caractéristiques de l'ancienne configu- ration du pays sont les Zonites candidissimus, espèce du litoral méditerranéen, saharien et des hauts plateaux, Hélix vermicula, littoral méditerranéen et saharien, — lactca, — id id. — pulchella, — id et des hauts plateaux, — costata, — id id. — submeridionalis, — id id. — Reboudiana, — . ...id . ..id. — lineata, — . .. .id ....id. — lauta. — . . ...id ....id. — variabiliSj — ....id ....id id — euphorca. — ...id.{2).. ....id. (3). — Pisaua, — . ....id .... id. — Terveri, — ...id .... id. stiparum, __. ...id td. depressula. ...id id. barbara, acuta, ns decollatus. — . . . . .id id _ ...id id id. Bulim ..id ....id id. Verlig discheilia, . . . id . . . id. Maresi, — ...id ....id. Physa Brocchii, — . ....id ....id. Hydrobia Brondeli, — ...id .... id. Etc.. , etc.. Quant à ces Mollusques qui vivent spécialement sur les bords delà Méditerranée, comme les Hélix Zapharina. — calendyma. Hélix lenticula. — explanata. (1) Voyez sur notre carte malaco-stratigrapbique, de chaque côté de la zone des hauts plateaux de la province d'Oran, deux petites lignes carminées qui servent à indiquer les endroits où se trouvent les descendants des Mollusques du littoral des anciens lacs. (2) De la Tunisie. (3) De la province de Constantine. MOLLUSQUES TERRESTRES ET FLUVIATILES EN ALGÉRIE Hélix soluta. Hélix terrestris. — xanthodon. — ti'ochlea. — acompsia. — trochoides. — Oranensis. — conoidea. — Colomiesiana. Ferussaciii amauronia. — sphœrita. — Forbesi. — illibata. — Vescoi. — amanda. Etc 3u sur les anciens rivages de la mer saharienne, comme Hydrobia Peraudieri. — arenaria. Melanopsis Maresi, etc.. 3-21 bien qu'ils n'aient été rencontrés que sur un seul rivage, ils n'en sont pas moins des espèces littorales. La présence de ces coquilles le long des côtes algériennes vient confirmer avec plus de force, si cela est possible, notre opinion au sujet du nord de l'Afrique, comme presqu'île dépendante autrefois de l'Espagne, attendu que presque tous les Mollusques sont des espèces et des formes types du grand centre hispanique de création. Si, au sud de nos possessions africaines, se trouvait un rivage, comme le prouve, d'une façon irréfragable, la série d'espèces littorales qui vivent au pied des derniers contre-forts du massif de l'Atlas, il devient évident que le Sahara était une mer. Or si ces régions étaient occupées par les eaux à l'origine de l'époque actuelle, elles ne peuvent ni ne doivent ])Osséder aucune faune spéciale. C'est précisément ce que viennent démontrer les espèces que l'on a pu recueillir dans le grand désert. Aucune d'elles n'est particulière au Sahara ; toutes sont des coquilles accidentellement importées, ou qui s'y sont acclimatées petit à petit, de proche en proche, d'oasis en oasis. Parmi le petit nombre d'espèces du désert, les unes provien- nent du grand centre taurique, comme les Bulimus pupa, Physa Brocchii, Melanopsis prœrosa; les autres du centre alpique, comme les Succinea Pfeifferi, Hélix vermiculata^ ericetorum^ agrioica, Limnea limosa., truncalula^ etc.; enfin les dernières du centre hispanique, d'où elles ont rayonné tout naturellement du nord au midi, de l'Algérie dans les oasis. 5« série. Zool. T. V. (Cahier n" 6.) 1 21 32*2 J. R. BOURG UICI1\ AT. Une seule espèce bien connue dans le désert, la Melania tuber- culala , n'appartient à aucun des grands centres de création du système européen, mais provient du centre africain propre- ment dit. Ainsi dans le Sahara, faune d'une extrême pauvreté et tout à fait accidentelle. La répartition des Mollusques, comme on le voit, se rapporte donc parfaitement bien avec la configuration du sol. Le relief de l'Algérie donne, à partir de la Méditerranée, quelques vallées basses, puis une série d'élévations allant toujours en augmen- tant jusqu'à la région des steppes ou des hauts plateaux ; ensuite une seconde série de hauteurs allant en s'abaissant jusqu'au désert, où se trouvent de vastes bas-fonds, de nombreuses dayas, d'interminables contrées arides et désolées, inclinées du nord au sud, et qui forment le fond de l'ancienne mer saharienne. Or, la malaco-stratigraphie donne également d'abord une faune littorale, pui.s une faune de montagnes, ensuite une autre des hauts plateaux, là où se trouvaient autrefois les anciens lacs salés, dont il ne reste plus que de iniséiables bas-fonds desséchés la plus grande partie de l'année. A partir de cette région des steppes, on retrouve une autre faune de montagnes, puis une petite zone d'espèces littorales, comme sur le bord de la Médi- terranée ; enfin une faune accidentelle là où commence le désert, là où autrefois s'étendait, sur une longueur de 1200 lieues, sur une largeur de ÙOO à 500, cette mer saharienne, qui occupait cet immense quadrilatère qui sépare l'Atlantique de l'Egypte, l'Algérie de la ISigritie et du lac Tchad, dernier vestige de cet océan africain. § II. • IjPS Mnllnshuitteiiorlii, Notiliie ;;-alaco- log-icse, oder Beitriige zur niiheren Kenntniss der Mollusken, in-8. Bern, 1856. — L, Pfeiffer, Malacolog'ia Hcliccorum viventiiiin, 4 vol. in-8. Leipsick, 1848 à 1859, etc. A propos des espèces du grand centre africain, notre devoir est de faire «ne rectifi- cation. Nous avons attribué, par inadvertance, à uu Bulinic nouveau de l'Algérie l'appellation de Bulimus Nvmidicus. Or, il existe une espèce du Sennaar, provenant du grand centre africain, à laquelle Low. Reeve {Iconogr., n" 351, pi. un) a appli- qué ce même nom de Bulimus Numtdicus. Cette espèce, différente de la nôtre, appartient au genre Limicolaria (voy. L. Pfeiffer, Monogr. Helic. \iv., t. IV, p. 386, 1859). Comme il n'est pas permis de faire double emploi de noms spécifiques, nous reconnaissons que notre vocable Numidicus ne vaut rien, puisqu'il est postérieur à celui de Reeve. Nous proposons donc pour le Bulime algérien le nouveau nom de Bulimus Poupillierianus, en l'honneur de iM. Poupillier, zélé conchyliologue d'Alger. (2) Iridina de Lamarck. (3) Cette Mclania tuberculata, que presque tous les auteurs désignent à tort sous l'appellation de fasciolata, est bien une véritable espèce cosmopolite. On l'a constatée en Egypte, en Syrie, en Anatolie, en Perse, dans l'Inde, et même jusqu'aux îles Maurice et Bom'bon. MOLLUSQUES TERRESTRES ET FLUVIATILES EN ALGÉRIE. 3?>l qu'il n'y a pas de rapprochement possible entre les deux faunes. Quant à la faune sicilienne, ses rapports avec celle de l'Algérie sont un peu plus accentués. Un plus grand nombre d'espèces passent d'un pays à l'autre, quoique cependant ces faunes soient bien deux faunes distinctes et différentes (1 ) . Arion rufus. Limax agrestis. — Schultzii [2). Zonites candidissimus. — cellarius. — crystallinus (3), (1) Consultez, pour les espèces siciliennes, les ouvrages suivants: Bivona (pevi'), Nuovi generi e nuove specie di MoUuschi, iii-S. Palermo, 1832. — Bivona (fils}, Nuovi Molluschi terrcstri e fluviatili dei dintorni di Palermo, in Giorn. lett. l'Occhio, in-8, 1839. — Bivotia (fils). Lettre specie Parmacellc publicate dalPhilippi sono invcee tre specie di Limaci, in-8. Palermo, 1840. — Bivona (fils). Prima monographia di malacologia per sepTÏFe allafaunaSiciliana, in-8. Palermo,'! 840. —Pm'a et Scace/»', Mo- nographia dcl génère Atlante, e eatalogo dei MoUusclii terrestri e fluviatili dclle Madoniu e luoglii adiacenti, per Enrico Pirajuo, in Antologin di ftcienze nnturali, in-8, vol. 1 . Napoli, 1841. - Em'ico Pimjno,h!iron&à\ SSandralisca, Gatalogodei Molluschi kerrestri e flu\iatili délie Madonie, in-8. Palermo, 1840.— P(Va;no di ^fandralisca,'<^iiXi^ di talun.^ specie di Molluschi terrestri e fluviatili di Sicilia, in-8. Palermo, 1852. — Dom. Testa. Osservazioni sopra alcune conchiglie, in-8. Palermo, 1842. — Testa, Due nuove spe- cie di concliiglie rinvenute nei dintorni di Palermo, in-8. Palermo, 1842. — Scacchi, Catalogus Gonchyliovum regni neapolitani quœ usque adhuc reperit A. Scacchi (1" éd.), in-8. Napoli, 183G ; (2'= édit.) Napoli, 1857. — Maravigna, Memorie di malacologia e di conchiliologica Siciliana, ossia descrizione dei Molluschi e délie lon- chiglie appartencnti alla Sicilia, in-4. Catania, 1836. — Toronto Hosso, Conchiglie flu- viatili e terrestri raccolte per lo piu ne terreni e nelle acque di Galatagirone ecco le sin- gule specie che si conservano nel gabinetlo, in Inaugurazione dei gabinetto di itoria natuvale e archeologia délia reale Accademia degli stttdi di Calatagirone, etc., in-4. Catania, 1844. — Oronzio Costa, Catalogo de' Testacei délie due Sicilie, in-4. Napoli, 1829. — 0. Coda, Cnrrispondenza zoologiea, iii-8. Napoli, 1839. — 0. Costa, CUa- logus Conchylioruni terrestrium et fluviatiliuni quae in museo Coslte adservantur, in-4. Napoli, 1837. — Pietro Cnkara, Esposizioiic dei Molluschi terrestri e fluviatili dei dintorni di Palermo.in- 4. Palermo, 1844. — Philippi, Enumeratio Molluscoruni Sicilise, cum viventium, tum in tellure tertiaria fossilium. qufc in itinere suo observa- \it, t. !'='■, Berolini, in-4, 183G ; t. II, in-4, Halis Saxorum, 1844. — Rossnuïssler, Iconographie der Land susswasser Mollusken Europa's, in-4. Leipsick. — Cantraine, Malacologie méditerranéenne et littorale, etc., in-4. Bruxelles, 1840. — Luigi Benoit, Ricerche raalacologiche, in-8. Messina, 1843. — L. Benoit, Illustrazione sistematica, critica, iconografica dei Testacei estramarini délia Sicilia ulterioro, iii-4. Napoli (4 fascic. de 1859 à 1862), etc. (2) Cette Limace ainsi que les deux autres espèces suivantes ont été prises par Philippi pour des Parniacelles. (3) Hélix crystallina de Millier et de Benoît. 332 Liinax variegatus. Milax marginatus. Testacelh Pecchiolii. Daudebardia Fischeri (l). — Ma-avignae (2). — nivalis. — Sicula (3). Vitrina JVIusignani. — pellucida. Succinea megalonjTcia. — Pfeifferi. Zonites Alicurensis (4). — Balmei (5). Hélix acula. — ^tnea. — ainanda (6). — aperta (7). — apicina. J. R. BOURCiVIGNAT. Zouites de Natalei (8). — diaphanus (9). — fusoosus (10). — glaberrimus (H). — lucidus (12). — Mandralisci. — nitens. — nitidosus. — obscuratus (13). — Philippii (14). — pseudohydatiiius (15). — Testae(16). Hélix aeuleata (17). Hélix bousona. — conspurcata. — Cumiae. — Deshayesi, — Dibenedicti (18). (1) Boiirguignat (Daudebardia Sicula, Benoit, in Fischer, Monogr. Daudeb., in Journ. conch., juin. 1856, 1. V, p. 27). (2) Vitrina Maravignfe de Mandralisca, 1838 (Daudebardia brevipes de Benoit ; — non Daudebardia brevipes des auteurs allemands, suisses et français, qui est une espèce spéciale aux bords du Rhin). (3) Testacella Sicula de Bivona, 1839 (non Daudebardia Sicula de Benoît, in Fischer, 1856, qui est une autre espèce à laquelle nous attribuons le nom de Fischeri). — Daudebardia rufa de Benoit (non Daudebardia rufa des auteurs allemands, français et suisses). (4) Hélix Alicurensis de Benoît. (5) Hélix Balmei de Potiez et Michaud. (6) Hélix limbata (non Draparnaud) de Calcara. (7) Hélix neritoides de Benoît, de Chemnitz. — Hélix naticoides de Draparnaud. (8) Hélix de Natale et de Benoit. (9) Hélix diaphana (non Lamarck) de Studer. — Hélix hyalina de Beuoit. (10) Hélix fuscosa de Ziegler. — Hélix Calcarœ d'Aradas et Maggiore. — Hélix Maurolyci de Benoît. — Hélix olivetorum (non Gmclin) de Pîrajno, d'Aradas, de Cal- cara, de Philippi. (11) Hélix glaberrimade Benoît (non Hélix glaberrima de L. Pfeiffer). (12) Hclix lucidus de Draparnaud. (13) Hélix obscurata de Porro. (14) Hclix Philippii de Testa, de Benoît. — Hélix Mortoni de Calcara. — Hélix Canin de Benoit. (15) Hélix hydatina (non Rossmiissler) de Benoît. (16) Hélix Testae de PhiUppi. (17) Hélix Granatelli de Bivona. (18) Hélix Dibenedictiana de Benoit. MOLLUSQUES TERRESTRES Hélix Aradiisi. — Archiraedae (1). — aspersa. — Assariensis. — bicincta (2). — Bocconiana. — Brocchii (3). — calcarata. — Calypso. — Garoni (4). — Carsoliaua. — Carthusiana. — cespitum. — cinctella (5). — confusa. — conoidea. — Melitensis (6). — muralis. — Nebrodensis. — onychina (7). — Paciniaua. — Parlatoris. — Pirajnoi (8). — Pisana. — planella. ET FLUVIATILES EN ALGÉRIE. Hélix dormiens. — elata. — Eugeuiae. — flavida (9). — Gemmellari. — globularis (10;. — Grohnianni. — hiberna. — Hueti. — lauta. — lenticula (II). — lineata. — macrostoma (12). — mœsta. — MazzuUii (13). — Meda. — rugosa (14). — rupestris (15). — scabriuscula (16). — Schembri (17). — Scherzenbachi. — Segestana. — Sequenziana. — «erpentina. — setipila (18). 333 (1) Hélix Carthusiana (non Draparnaud) de Philippi et d'Aradas. (2) Hélix Rizzœ, d'Aradas, de Philippi, deCalcara, etc. (3) Hélix Brocchiana de Benoit. (4) Hélix turrita de Philippi. (5) Hélix Ranzani de Costa. — Hélix limbata (non Draparnaud) deCanlraiue. (6) Espèce bien voisine de l'Hélix \erniiculata. (7) Hélix Olivieri (non Michaud) de Pirajno, d'Aradas, do Calcara. (8) Hélix incaraata (non Muller)de Pirajno. (9) Hélix Teresœ de Benoît. (10) Hélix Friwaldskyi de Calcara. (11) Pintorella Bonelli de Villa. (1^) Hélix Siculina de Ziegler. — Hélix planospira (non Lamarck) de Philippi. (13) Cristoforis et Jan. — Hélix crispata (pars) de Costa. — Hélix Costae (pars) de Benoît. (14) Hélix Gargottœ de Philippi, de Rossmàssler. (15) Hélix spirula de Villa. — Turbo myrmecidis de Scacchi. (16) Hélix erycina de Jan. (17) Hélix Schembriana de Benoît. (18) Hélix Lefeburiana (non Férussac) de Pirajno, de Calcara, etc. Hélix platychela (1). — provincialis (2). — pscudosericea. — pulchella. — p\sm*a (3). — pyramidata. — Quincayensis ^4). — Reiiiae. — l'otundata (5). — nifolabris. — troclioidcs (6). — Usticensis. — variubilis. — vertniculata (7). — Zancllia (8). Bulimus decoUatus. — obscurus. — piipa. — quatridens. — tridens. Azeca cylindracea (9). J. R. BOI]RGriG1M4T. Hclix Sicana 10). — sororcula. — stvigata. — submeridionalis (11). — Tanentina. — templorum. — Terveri. — Tiberiana. — Tineana. — Trepanensis. Ferussacia Vcscoi (12). Balia perversa (13). — Desliayesiana (14). Clausilia Adelina. — afflnis. — bidens (15). — Boissiana. — brevissima. — CalcarcC. — candidesceiis (16). — Cantrainei. (1) Menke (Hélix prétexta de Cristoforis et Jan). 11 faut regarder comme variétés de cette espèce les Hélix Rosaliœ et Iparia de Benoît et l'Hélix sphœroidea de Philippi. (2) Hflix Saracœua de Benoît. (3) Il est probable que l'espèce signalée sous ce nom est une espèce nouvelle. (4) Hclix retirugis de Menke. — Hclix Costee (ait. pars) de Benoît. (f)) Non Hclix rolundata de la planche iv, fig. 14, de Benoit, lUustr. sisteni. Testac. estram. dcUa Sicilia, etc. (6) Hélix rugosa d'Aradas. — Hélix rugosula de Philippi. (7) 11 faut rapporter à cette espèce cette jolie variété de l'île Linosa, décrite parCal- cara, en 1846, sous le nom d'Hélix Linusœ. (8) Quant à l'Hélix Cupaui de Calcara, ou l'Hélix Cupuniana de Benoît, ce n'est qu'une Hélice à l'état embryonnaire. (9) Voyez, pour la synonymie, à la page 'jH de ce volume. (10) Férussac. — Hélix solula de Philippi, de RossmtLssler (non Hélix soluta de Michaud, qui est une espèce algérienne). (11) Hélix striala (non Draparnaud) de Benoît. (12) Benoît [l/lustr. sistem. Test, eitrcan. Sicilia, p. 242, pi. V,fig. 28, 4Masc., 1862) signale la Ferussacia lamellifera. Quid? Quanta l'Achatina Aradasiana du même au- teur, c'est un jeune échantillon d'une Férussacie indéterminable. (1 3) Clausilia uniplicata de Calcara. (14) Voyez, pour la synonymie des Balies, notre monographie des Balia, in Aménités malacologiques , t. H, p. 66. (15) Clausilia papillarisde Chemnitz. — Clausilia mediterraneus de Wood. — Clau- silia virgata de Cristoforis et Jan. (16) Clausilia viduata de Costa. — Clausilia Taburnensis et pallens de Scacchi. MOLLUSQUES TRRRESTRFS ET FLUVlATILtS EN ALGI^RIE. 335 Azeca Emiliaua. — incerta. — Nebrodensis. — psatliyrolena. Ferussacia al)roniia (1). — Binndina. — Bourguignaliana. — Rizzeana. — subcylindrica, Glausilia indata. — Ifala (2). — lactea. — Lampcdusap. — laudabilis. — macrostoma. — Mamortina. — nobilis (3). — prassina. — srarificata (4). — septemplicata (5). — scricin.;. — Sicula. — Syraciisana (6). — Tibcrii. Pupa affûta. — avciiacca. — Callici-atis. — contorla. ■ — dolioluin. — fruiiientum. ■ — gr.inuiu. ■ — niuscormi). — occulta. Plaiiorbis spirorbis. Glausilia cinerca (7). — conspurcata. — crassicosta. — curta. — Deshayesi. — Dyonisi. — gibbula. — Grohinanniaiia. — incerta. Pupa quinquedentata (8). — rupestris. — scalaris. — Scbultzii. — subulata. — umbilicata. Verligo antivertigo (9). — pygniaea. Gaecilianella gemellaria (10). — Petiliana. — Stt'pbaniana. Glandina Algira (11). — dilata. — Sicula. Garychium minimum. — tridentatum. Alexia Biasolettiana (12). — Bivonae. — Firmini. — myosotis. Planorbis complanatus. — contenus. — cristatus. — imbricatus. Ancylus Tiuei. (1) Voyez, pour la synonymie des Férussacies, cà la page 26 et suivantes de ce volume. (2) Glausilia subrugata de Ziegler. — Glausilia Brauni, var. de Rossmàssler. (3) Glausilia Cantrainei de Deshayes, d'après Rossmiissler. Quid ? (4) Glausilia confinata de Benoît, in lift, (teste Huet). (5) Glausilia subl;e\is de Ziegler. — Glausilia sericina de Rossmàssler. (G) Glausilia inflata de Délie Ghiaje. (7) Glausilia ominosade Ziegler. — Glausilia teres de Délie Ghiaje. (8) Pupa cinerea de Draparnaud. (9) Pupa pusilla de Bivona. (10) Voyez, pour la synonymie des Cœcllianelles, à la page 110 de ce volume. (11) Voyez, pour la synonjmie des Glandines, à la page 117 de ce volume. (12) Voyez, pour la synonymie des Alexies, à la page 135 de ce volume. 336 Planorbis rotundatus. — subangulalus. — vortex. Physa acuta. — Brocchii. — contorta. — cyanea. — l'ontinalis . — rivularis. Limnea Gibilniaiinica (1). — limosa. — palustris. — peregra. — truucatula. Ancylus Benoitianus (2). — costulatus, — gibbosus. — Jani (3). — lacustris. — ripariiis. — simplcx (var. meridionalis, costa tus, elc). — strigatus. Pisidium Casertanum (4). — pusilluni. Unio Aradïe. — capigliolo. J. R. BOURGLieNAt. Gyclostoma elegans. — sulcatuin. Pomatias aspersus. — septenispiralis. — striolatus. — tersatiiius. Acme Benoiti (5). — fusca (6). Bythinia Boissieri. — rubens. — tcntaculata. Hydrobia acuta. Amnicola Cocchii. — Salinesi. — tliermalis. — vestita (7). Valvata Bocconi. — planorbis. — depressa. Neritina fluvialilis. — meridionalis. Sphœrium Ddingoli. — corneum. Unio Gargottae. — Turtoni. Anodonta anatina. Sur les 25fi espèces siciliennes que nous venons d'énumérer, il s'en trouve 62 qui vivent aussi bien en Sicile qu'en Algérie. Ce nombre de coquilles peut paraître, à première vue, considé- rable, et semble annoncer, entre ces deux pays, de grands rapprochements. Cependant il n'en est rien, car, sur ces espèces qui paraissent communes à ces deux faunes, il y a bien des dis- tinctions à faire. Ainsi : (1) Limncus Gibilmannicus de Costa, 1839. — Limneus solidus de Philippi, 18i4. ('i) Voyez, pour la synonymie des Ancyles, notre nionograpliie des espèces de ce genre dans nos Spiciléges malacologiques, p. 139 et suivantes. (3) Ancylus capuloides de G. Porro. {![) Pisidium australe de Philippi. (5) Bourguignat (Acme lineata de Benoît, in /ift.). (6) Bulimus subdiaplianus de Bivona. (7) Bythinia veStila de Benoit. Quant à ces autres espèces publiées par les auteurs italiens sous les noms de Paludina ou Bythinia Moussoni, Porroi, cic, nous ne savons ce qu'elles sont et même à quel genre e)les appartiennent. MOLLUSQUES TERRESTRES ET FLUMATILES EN ALGÉRIE. 337 1" Certaines coquilles comme les Zonites candidissimus. Hélix acuta. — laiifa. — lenticula. Hélix lineata. — Pisana. — variabilis. Bulinius decollatus. sont des espèces littorales cosmopolites. 2" D'autres, comme les Hélix aeuleata. — aspersa. — pulchella. — l'upestris. — vermiculata. Bulim us obsciirus. Fernssacia siibcylindrica. Piipa musconim. — umbilicata. Limneea limosa. — palustris. — truncatula. Neritiiia fluviatilis. sont des espèces essentiellement cosmopolites, sans être pour cela des coquilles littorales, en ce sens qu'elles habitent et vivent indifféremment dans les trois grands centres de création du sys- tème européen (1). Voilà donc 21 espèces à éliminer sur les 62 communes à Ja Sicile et à l'Algérie, et sur lesquelles on ne peut baser aucune preuve malaco-stratigraphique. Quant aux 41 autres Mollusques restants, il y a encore plu- sieurs parts à faire. 11 faut distinguer, parmi eux, les coquilles qui sont littorales^ dun ou de deux centres de création, de celles qui habitent un peu loin des côtes, et qui, bien que n'étant point de vraies littorales, n'en sont pas moins des espèces com- munes à plusieurs contrées dépendant d'un ou de deux centres de création. Ainsi : r Les espèces littorales, particulières aux côtes d'un ou de deux centres de création, sont les Hélix amanda. I Hélix conoidea. — apicina. l — couspurcala. (1) Dans notre Histoire malaco-stratigvaphique des Mollusques du système euro- péen, nous expliquerons ce fait, et nous démontrerons comment un Mollusque don* le centre de création est unique peut se rencontrer simultanément à des distances consi- dérables de son point de départ. 5'série. Zooi.. T. V. (Cahier n<^ 6.) 2 2â 338 Hélix rul'olabris. — submeridionalis. — trochoides. R. BOURCiUlCiKAT. Ffrrussacia Vescoi. — Bourguigiiatian» Claiisilia bidens. 2" Les Mollusques qui vivent indifféremment sur les côtes ou dans l'intérieur des terres, d'un ou de deux centres de création, sont les Succinea Pfeifferi. Zonites Manralisci. — pseudohydatiiius. Hélix aperta. — cespitum. — mœsta. — onychina. — pygmœa. — Tcrveri. Cnrychium minimum. — tridentatum. Planorbis complanatus. Pianorbis cristatus. — imbricatus. — rotundatus. — spirorbis. Physa acuta. — subopaca. — contorta. Ancylus costulatus. — gibbosus. — SJmplex, var. Ane. costatus. Cyclostoma sulcatum. Bythinia tentaculata. Total, 2)!i espèces qui ne sont pas de vraies coquilles sici lionnes. Il ne reste donc plus, des 62 Mollusques, que les Hclix flavida. Azeca psathyrolena. Ferussacia abromia. Glandina Algira. Glandina dilatata. Planorbis subangulatus. Sphaerium Ddingoli. qui paraissent être de vrais Mollusques siciliens. 11 faut cepen- dant éliminer encore V Hélix flavida (espèce syrienne, prove- nant du centre taurique) et la Glandina dilatata (espèce alpique, des îles Ioniennes), qui ont rayonné du nord au midi, d'orient ou d'occident, d'après les principes que nous allons bientôt énoncer, et qui se sont acclimatées aussi bien en Sicile qu'en Algérie. Pour les 5 dernières coquilles qui seules sont véritablement siciliennes, comme les Aïcta psathyrolena. Ferussacia abromia. GlaïKlina Algira. Planorbis subangulatus. Sphœrium Ddingoli. elles ont été importées accidentellement en Algérie. Deux de MOLLUSQUES TERRliSTRLS bl FLUVlATlLES EN ALGI'RIE. ^^39 ces espèces, les Azeca paatlnjrolena et Ferussacia abromia, ne vivent que dans certaines localités algériennes, voisines de la côte, et ne se sont pas encore propagées dans l'intérieur des terres. Les 3 autres, au contraire, se sont étendues en Algérie. Ces espèces, bien que Irès-abondantes maintenant dans le nord de l'Afrique, n'en sont pas moins des Coquilles acclimatées, et, si elles ont pu ainsi se développer, c'est qu'elles ont trouvé un milieu convenable à leur nature et des influences climatologiques plus favorables à leur multiplication et à leur mode de vitalité. Lorsqu'on examine à fond, comme on le voit, les espèces communes à la Sicile et à l'Algérie, il arrive que le nombre des espèces, qui, en apparence, semblait considérable, se fond petit à petit sous l'analyse, et qu'il ne reste plus, en définitive, que deux ou trois Mollusques, dont on peut facilement comprendre la présence par une acclimatation accidentelle. 11 n'existe donc aucun rapport zoologique entre la faune sicilienne et la faune algérienne. Cela est si vrai, que dans le nord de l'Afrique il n'a pas été découvert une seule espèce ca- ractéristique de la Sicile, analogue aux Hélix Sicana, platy- chela, ISehrodensis, muralis, Paeiniana, etc.. Quelques auteurs avaient cru reconnaître la muralis aux environs de Tunis. Mais cette prétendue muralis, examinée par L. Pfeiffer, conchy- liologue au coup d'œil sûr et certain, est devenue \ Hélix Tunetana, qui est, au contraire, une coquille du groupe de la Mograbina, espèce caractéristique de la faune algérienne. Nous voici arrivé maintenant à l'examen de la faune espa- gnole (1). Arion atei". — fuligineiis. — fuscatus. Arion rufus. — sulcatus. — timidus. (1) Voyez Graells, Gatalogo de los Molluscos terrestres y.de agua dulce observados en Espana, iii 8. Madrid, 18/16. — Morelet, Description des Mollusques terrestres et fluviatiles du Portugal, in-8. Paris, 18i5. — Rossmâssler, Iconographie der Laud iind sussw. MolUisk. Europa's, in-û. Leipzig, notamment le volume III, parties 13 et 14, 1854. — Dohrn et Heynemann, Zur Kennlniss der Mollusken-Fauna der Balearen, iu Malakozoologische EKUter, p. 99, 1862. — Bourguignat, Mollusques de San Julia de Loria, in-8. Paris, 1863, etc. 3^0 J. R. BOlIKCiUlCNAI Limax agrestis. — anguiforuiis. — cinereus. — Corapanyoi. — nitidus. — squamatinus. — sjlvaticus. — variegatus. — viridis (1";. Krynickillus lonibricoides (2). Milax gagates (3). Parmacella Valencienni. Testacella bisiilcala. — Maugei. Vitrina Pyrenaica. — subglobosa. Succinea abbreviata. — debilis. — longiscafa. — putris. — viresceiis. Zonites Bfeticus. — candidissimus. — cariosulus. — cellarius. — crj.-ilalliuus. — diaphanus. — fulvus. — uiteiis. — olivetoniin. Zonites pseudobydatiiius. — simpliculus (II), Hélix aculeata. — acuta (5). — Adolphi (rt). — Alcarazaiia (7). — Aloensis. — amaiida. — Ambielina. — aperta. — apicina. — arbustorum. — arenarum. — Arigonis. — aspersa. — asteia. — Balearica. — barbara (8). — barbula (9). — Barcinensis (10). — Boissyi (11). — Galpeana. — Campesina. — Carascalensis. — Caroli. • — Cartbagiuensis. — Carthusiana. — lespitum. — tistoniiii. — codia (12). (1) Ou trouve encore dans les ouvrages espaguols deux Limaciens que nous u'osons pas faire eutrer dans cette liste, atteudu que nous doutons fort que ces espèces {Aîwtt hortensis, Limax marginatia) soient bien déterniluées. (2) Limax lonibricoides de Morelet. — Malimi iombricoides de Gray. (3) Limax gagates de Draparnaud. iU) Hélix simplicula de Morelet. (5) Bulinius acutus de Morelet. (6) Hélix Tervcri (non Michaud) de Rossmàssler. (7; Hélix serpeiUina (non Férussac) de Graëlls. (8) Bulimus ventricosus de Morelet. (9) Hélix bituberculata de Férussac. — Carocolla Guerini d'Auton. (10) Bourguignat (Hélix caperata de Rossmiissler). (11) Tervcr, 1839 (pars). — Hélix Nyeli de Mittre, 1842,— Ne pas confondre cette espèce avec l'Hélix Bossyi de Debeaux, qui est l'amanda de Rossmàssler. (Voyez t. I'', à la page 267 de cet ouvrage.) (12) Hélix intersecta (pars) de Morelet. MOLLUSQUES TERRESTRES ET FLUVIAIfLES EN ALGÉRIE. 341 Hélix Coloinesiaua. Holi\ Loxana. — Companyoi. — Lucasi. -^ conoidea (Ij. — luteata. — conspurcata. — Lusitanica. — constricta. — Majoricensis. — Coquandi. — Massoti. — cornea. — Minoricensis. — costata. — Murcica (4). — depressula. — neglecta. — derogata. — neinoralis. — Desnioulinsi. — Newka. — ericetorum. — nubigena. — crythrostonia. — obvoluta. . — euphorca. — Oranensis. — explanata. — Pampelonensis. — frater. — planata (5). î — fruticuni. — Pisana. — Graellsi (2). — protea. — Gualteriana. — pulchella. — Guiraoi. — punctata. — Hispanich. — pygmaea. — hispida. — pyramidata. — Homeyeri . — Pyrenaica. ~ hortensis. — Quimperiana. — illihata. — Rangiana. — incarnat». — revelata (6). — inchoata. — rotundata. — intersecta. — rupestris. — isognomostonia (3). — sericea. — lactea. — Setubalensis (7). — lanuginosa. — sphœrita. — lapicida. — splendida. — laula. — stiparum. — lenticula. — sti'igella. — lenticularis. — subcostulata. — linibata. — submeridionalis. . — lineata. — subrostrata. (1) Hélix solitaria de Dohrn et Heynemann. (2) Hélix Graellsiana de L. PfeifTer. — Hélix Grateloupi de Graells. — Hélix tes- tina de Morelet. — Hélix Lisbonensis de L. PfeifTer. (3) Hélix revelata, var. occidentalis. — Hélix occidentalis de Recluz. — Hélix Poijen- sellata de Deshayes, in Férussac. (4) Hélix personafa de Graells. (5) Hélix derogata, var. angulata de Rossmassler. (6'^ Hélix arietiua de Rossmiissler. (7) Hélix serrula de Morelet. S/i2 J. B. Hélix sylvatica. — Tarnieri. ~- terrestris . — Terveri. — trochlea. — trochoides. — turriplana. . — unifasciata (1). — variabilis. — vermiculata . — xanthodon. — Zapharina. Bulimus acus. • — decoUatus. — obscurus — quatridens. — tridens (2). Azeca Boissyi (3), Ferussacia folliculus. — subcyliudrica. — Vescoi. Balia Deshayesiana. — perversa (4). — Pyrenaica. Clausilia bidens, var. virgata(5). — Moniziana (6). Clausilia subuliformis (7). Pupa Andorrensis. — Arigonis. BOITRCVICNA ■ . Pupa aveuacea. — Boileausiana. — Brauni . — cereana. — Dufouri (8). — ■ Farinesi. — frumcntum. — g'oniostonia. — granum. — Jumillensis (9), — Lusitanica. — Massotiana. — megacheilos. — Moquiniana. — multidentata (10). — muscorum. — obliterata, — Partioti. — Penchiiiatiana. — poljodon. — quinquedentata (11). — ringens. — secale. — triplicata (12). — umbilicata. — Vergnesiana. Vertigo antivertigo. — muscorum (13). — Numidica (14). (1) Poiref. (Hélix candidula de MoreU't.) (2) Graëlls signale encore, en Espagne, le Huiinius montanus . Nous dotitôfls fort que cette espèce alpique vive dans les contrées du centre hispanique. (3) Zua Boissyi de Dupuy. (4) Pupa fragilisde Morelet. (5) Clausilia papillaris de Graëlls. (6) Lowe (Clausilia rligosà) (non Drapafnaud) de Morelet. (7) Kuster. (Clausilia subulata de Charpentier. — Clausilia Chafpèiftlieri (non L. Pfeiffcr) de Kuster.) — Graëlls indique encore, en Espagne, les Clausilia plicata, puncfata, rugosa, etc. — Il est présumable que ces espèces sont mal nommées; C'est pour ce motif que nous ne les rangeons pas parmi les espèces espagnoles . (8) Pupa cylindrica de Graëlls. (9) Pupa Bourgeaui de Shuttleworth. '10) Pupa variabilis de Graëlls. (11) Pupa cinerea des auteurs. (12) Pupa tridentata de Morelet. — Pupa tridentalis de Graëlls. (13) Vertigo minutissima de Graëlls. (14* Pupa anglica (non Férussac) de Morelet, MOLLUSQUES TERRESTRES Ccecilianella Brondeli. — raphidia. Carychium gracile (1). — « minimum. — tridentatum Alexia Balearica. — ciliata. — myosotis. — Payreaudeaui. Planorbis agraulus. — albus (2). — Dufouri (3). — carinatus. — complanatuB (4). ♦ — cri status. — fontanus(5). — imbricatus. — nitidtis. — rotundatus (6). — spirorbis. — vortex (7). Physa acuta. — contorta. — fontinalis. — hypnorum . — subopaca. Limnea acutalis. — auricularia. — canalis. ET FLUVIA.TILES EN ALGÉRIE. 345 Limnea glabra. — intermedia. — limosa. — palustris. — peregra. — truncatula. Ancylus costulatus (8). — gibbosus. — Jani. — lacustris. — Moreleti. — obtusus. — simples, var. meridionalis et cos- tatus. — striatus. — strictus. — vitraceus. Cyclostoma êlegans. — fcrrugineum. — mamillare. Pomatias Hidalgoi. — Nouleii. — obscurus. — septemspiralis. ,\cine Lallemanti. Bythinia (9) Matritensis. — tentaculata (10). Hydiobia acuta. Amnicola similis. (1) Auricula gracilis de Morelet, (2) Planorb shispidus de Draparnaud. (3) Planorbis corneus de Morelet. (4) Planorbis marginatus de Draparnaud. (5) Planorbis complanatus de Draparnaud. (6) Planorbis Icucostomade Millet. (7) Morelet signale encore, ou Espagne, le Planorbis deviam de Porro {Mùlacol. Cdmasca, p. 84), qui est une espèce plus que douteuse. (8) Voyez, pour la synonymie des Ancyles, nos Spiciléges ma/aeôhgiques, à la page 149. (9) On trouve, dans les ouvrages qui ont tf&it à la malacologie espagiiolé, deux espèces : les Paludina vivipara et achatina, qui, selon nôUs, n'appartiennent point à la faune hispanique. Ces deux espèces n'ont, du reste, jamais été recueillies par les au- teurs. Graëlls signale ces coquilles d'après le témoignage d'un nommé Asso ; Motelet, d'après des échantillons qu'il dit avoir vus dans Uhfe collection du Porlufal. (10) Paludina impura de Morelet. -^ Quâm aut Pa/udinit anaff'tw et ^ibbn de More- let, ce sont des espèces mal nommées. Melauia Charrcyi Melanopsis cariosa. — Graellsi (I). — Lorcaua. — Maroceaiia (2). Valvata pisciiialis. — plaiiorbis. — spirorbis. Neritina Baetica. — elongatula. — fluviatilis. — Guadianensis. — inquinata. — Valentina. — Velascoi (3). — violacea. Sphceiium corneum, vur. rivalis — lacustre. — ovale. Pisidiuin amnicuni (4). — Casertanum. Anodonta melinia. — piscinalis. J. B. BOLBCUIGNAT. Pisidiiim pu ■■illum (5). Unio Aleroui. — Batavus. — Courquiiiianus. — dactylus. — Graellsianus. — Hispaiius (6). — iiiuridus. — Penchinatianus. — pioloruiu (7). — rhomboideus (8). — sinnatus. « — subreniformis. — tristis. — umbonatus. — Valentinus (9). Margaritana niargaritilera (10). Anodonta anatina. — cygnaea (11). — Lusitana. — macilenta. — renarum. — regularis. Voilà doDC 300 Mollusques espagnols. De ce nombre, si l'on veut bien laisser de côté 150 à 160 Coquilles (12), qui sont des espèces ou littorales, ou cosmopolites, ou paiticulières à diverses (i) Murex lariosus de Linnfeus. — Melania Sevillensis de Grateloup. (2) Melanopsis Dufouri et buccinoidea des auteurs espagnols. (3) Neritina Valentina, variété selon Rossmàssler. (4) Pisidium obliquum de Graëlls. (5) Pisidium fontinale de Graëlls. — Ce mèiue auteur signale encore le Pisidium obtusale. Quid? (6) Unio hispanicus de Graëlls, (7) Le type de cette espèce ne se trouve pas eu Espagne, mais seulement plusieurs de ses variétés. (8) Ainsi que sa variété connue sousJ'appellation d'Cnio Pianensix. (9) Quant à l'Unie Wolwichi de Morelet, signalé dans les eaux du Portugal, c'est une espèce de l'Amérique du Sud. (10) Unio margaritifer de Graëlls. (H) Nous ne connaissons pas le type de cette Anodonte en Espagne, mais seulement une ou deux variétés de cette espèce. (12) Sur ces espèces, une centaine environ sont communes à l'Espagne et aux con- trées du nord de l'Afrique. MOLLUSQUES TERRESTRliS ET FLUMATILES liN ALGÉRIE. 345 régions d'un ou de deux centres, et sur lesquelles, comme nous l'avons déjà signalé pour une autre faune, il y aurait danger de baser des conséquences malaco-stratigraphiques, il ne reste plus que les espèces véritablement hispaniques, telles que les suivantes : A lion fuligineus. — l'uscatus. — sulcatus. — timidus. Liinax anguifonnis. — Companyoi. — nitidus. — squamatinus. — viridis. Krynickilhis lombricoides. Parraacella Valencienni. Vitrina Pyrenaica. Succinea abbreviata. — debilis. — longiscata. — virescens. Zoiiitos Bœticus. — cariosulus. — simpliculus. Hélix Adolphi. — Alcarazana. — Aloneiisis. — Arigonis. — astcia. — Balearica. — barbula. — Barciiiensis. — Boissyi. — Calpeana. — Campesina. — Carascalensis. — Caroli. — Carthagineusis. — cistorum. — codia. — Coloiniesiana. — Companyoi. — constricta. — Coquandi. — depressula. Helix derogata. — Desmouliasi. — erythrostoma. — frater. — Graellsi. — Giialteriana. — Gniraoi. — Hispanica. — Honieyeri. — inclioata. — lactea. — lenticularis. — limbata. — loxana. — Lucasi. — Lusitanica. — Majoricensis. — Minoricensis. — Murciea. — Newka. — nubigcna. — Oranensis. — Panipelonensis — planata. — pur.ctata. — Pyrenaica. — Rangiana. — Setnbalensis. — sphaîrita. — splendida. — stiparuni. — subcostulata. — siibrostrafa. — Tarnieri — Tervcri. — turriplana. — xanthodon. — Zapharina. Bulimus acus. Azeca Boissyi. 3ÛG J. B. BOUBUUI6NAT. Balia Pyrenaica. Pomatias Nouleti. Clausilia Moniziaua. Acme Lallemantiana. — subuliformis. B>thinia Matrilensis. Pupa Andorrensis. Melania Gharreyii — Arigonis. Melanopsis cariosa» — Brauni. — Lorcana. — cereana. — Marofcana. — Dufouri. Neritina Guadianensis. — goniostoma. — inquinata. — Jumillensis. — Valentina. — Lusitanica. — Velascoi. — Massotiana. — violacea. — Moquiniana. Unio \leroni. — Penchinatiana. — Courquinianus. — Vergnesiana. — dactylus. Vertij, Numidica. — Graellsianus. Cœcilianclla Broiuieli. — Hispanus. — raphidia. — mucidus. Cai'ycliium gracile. — Peuchinatianus Alexia ciliata. — subreiiiformis. Planorbis agraulus. tristis. — Dufouri. — umbonatus. Ancjius Moreleti. — Valentiiius. — obtusus. Anode nta Lusitana. — vitraceus. — macilenta. Cyclostoma ferrugineum. — melinia. — mamillare. — renarum . Pomatias Hidalgoi. — regularis. Or ces espèces, qui sont bien de vrais Mollusques espagnols, se re trouvent, pour la plupart, dans les contrées du nord de l'Afrique, ou, si elles ne s'y retrouvent pas, elles y sont, dunioins, représentées par des espèces analogues de type et de forme. Ainsi on voit la Limax Companyoi, la Succinea debilis^ les Zonites Baticus^ cariosulus, identiques dans les deux pays. La Parmacella Valencienni se trouve remplacée ^rt \fi Deshayesi ; le Zonites simpliculiis, par les psaturus et hemipsoricus. Entre les Hélices les rapports sont bien plus frappants. U Hélix lactea, vers laquelle viennent converger une vingtaine de coquilles hispaniques, est également une espèce caractéris- tique du nord de l'Afrique. En ces contrées, comme en Espagne, viennent converger vers elle les punctata., calendjfma, Lucasi, MOLLUSQUES TERRESTRES ET FLUYiATILES EN ALGÉRIE. 347 JuiUeti, hieroglyphicida, embia, Tigriana, Burini, Dastuguei. odopachy, abrolena, etc. V Hélix Alonensis, qui sert de type à une série d'espèces, est représentée en Algérie par les Massylœa, pimica; L'Hélix asleia^ par les Bonduelliana, Constantinœ : Y Hélix Graellsi, par \diRaijmondi: Y Hélix barbula, par la Gougeti: etc. Le fijroupe des Hélix Balearica, Alcarazana^ dont la splendida fait partie, se trouve représenté par cette niônie splendida et de plus par la Coquandi du Maroc. Les Hélix sliparum, Terveri, ainsi que toute la série des Oranensis, Colomiesiana, Sphœrita, etc., sont communes aux deux pays. Les Hélix planata, erythrostoma, etc., particulières au Maroc et à l'Espagne, possèdent en Algérie, en la Calopsis, un repré- sentant de leur groupe, etc. Les Pupa Brauni, goniostoma^ Liisitanica, ainsi que le Ver- ligo Numidica du Portugal, habitent également en Afrique. Les Cœcilianella d'Espagne sont semblables à celles de l'Algérie. Les Cyclostoma, les Acme sont les mêmes. Parmi les Planorbis, le Mollusque caractéristique du système hispanique, le Dufouri, est très-abondant dans les contrées algé- riennes. Parmi les Melanopsis, la cariosa se trouve remplacée par la Maresi, et la Maroccana offre en Algérie, de même qu'en Espagne, presque toutes les modifications et les variétés de formes signalées par les auteurs de faunes espagnoles, etc., etc. Ainsi donc, toutes les espèces types de la faune hispanique sont des Mollusques caractéristiques de l'Algérie, du Maroc et de la Tunisie. Il y a même plus, la plupart des autres Coquilles spéciales aux contrées nord de l'Afrique sont des espèces de formes et de types espagnols (1). (1) Il faut fil excepter toutefois uue cinquantaine d'espèces qui n'appartiennent pas à l'Algérie, mais qui y sont acclimatées, comme, par exemple, les ffe/ï'a: bachya, nu- (ula, niflanostoma, flavida; Physa Broccliii, truucata, etc., coquilles du centre tau- rique; ou les ffefe agrioica, cretica, etc., espèces alpiques des îles de la Grèce, trans- portées en Algérie lois de lu dernière débicle du pôle l)orcal. (Voyez, à ce sujet, nos Etudes scientifiques sur le Sahara, elc, etc.). o'|8 Jl. R. ItOLKCiUlGKAT. Il résulte de ces faits zoologiques qu'au commencement de la période actuelle toute la partie septentrionale de l'Afrique ne devait former qu'un avec l'Espagne, et que, si ces régions se trouvent séparées aujourd'hui, elles ne l'ont été qu'à une époque relativement récente, bien postérieure à l'apparition des espèces. Si le nord de l'Afrique, en effet, avait formé primitivement une île, ce pays offrirait une faune spéciale, une série de types tout particuliers, qui ne pourraient se rapporter ni aux formes espagnoles ni à celles d'aucun autre centre. De plus, ce pays posséderait une faune concbyliologique beau- coup plus considérable que celle qu'elle possède ou qu'elle ne pourra jamais posséder. Les îles Madère et Canaries, qui, à l'ori- gine, ont formé chacune séparément un centre de création, offrent comparativement infiniment plus d'espèces. Ces deux ar- chipels réunis égalent à peine un cinquantième des régions du nord de l'Afrique. Aussi il faudrait que les contrées africaines pos- sédassent de 12 à ISOOOespèces, pour que sa faune, si on la vou- lait considérer comme insulaire, pût atteindre la proportion de celle des deux archipels. Tous les conchyliologues savent, en effet, que les centres insulaires sont bien plus riches de formes, plus abondants en espèces que les centres continentaux (1). Le nord de l'Afrique, ainsi que sa population malacologique le démontre, n'a donc jamais été un centre insulaire. Les formes de ses espèces, qui sont, au contraire, espagnoles, indiquent avec ce pays un môme centre de création. Par conséquent, les contrées où se révèlent les mêmes types devaient donc primiti- vement être réunies et ne pas être séparées, comme elles le sont maintenant, par le détroit de Gibraltar. § 3. Principes niiilaco-stratigraphiques du système européen. Nous allons maintenant dévoiler, d'une manière aussi brève que possible, les principes malaco-stratigraphiques qui président à la distribution actuelle des espèces européennes. (1) Témoins les faunes de Madère, des Canaries, de Cuba, de Porto-Rico, de la Jamaïque, etc. MOLLUSQUES TERRESTRES ET FLUVIATlLES EN ALGÉRIE. 2>k^i Ces principes nouveaux sont le fruit de longues et pénibles études. Pour arriver à leur connaissance, nous avons été forcé de lire, d'approfondir non-seulement tous les ouvrages, mais encore de comparer, d'analyser, de grouper, d'agencer toutes les espèces; c'est donc par un travail aussi aride, devant lequel presque tous les naturalistes ont reculé, que nous sommes pai- venu à saisir petit à petit la clef de la méthode de la répartition actuelle. Nous avons tout d'abord reconnu trois points, à savoir : 1° Qu'entre le 35" et le 66' degré de latitude nord se trouvait une zone de création, et que cette zone coïncidait avec une série de chaînes de montagnes s'étendant de l'océan Atlantique à la mer Caspienne en Asie ; 2° Qu'au nord de celte zone les espèces répandues dans les vastes régions centrales et septentrionales de l'Europe prove- naient toutes de cette zone ; 5° Qu'au sud, au contraire, chaque espèce se trouvait loca- lisée et demeurait invariable dans son habitat et dans son mode d'habitation. Ces trois points trouvés, en étudiant sous un autre rapport les espèces européennes, nous avons encore reconnu que cette longue zone de création se subdivisait en trois parties bien dis- tinctes, formant chacune un centre particulier de création; Qu'un centre se trouvait eu Espagne, s'étendant des Pyrénées au sud du Maroc, de l'Algérie et de la Tunisie; Qu'un second partant des Alpes françaises se prolongeait en suivant les chaînes de montagnes à l'est jusqu'au Bosphore et à la mer Noire, au sud jusqu'aux extrémités des péninsules ita- lique et hellénique; Qu'enfin le troisième, des côtes occidentales de l'Anaîolie, se poursuivait le long de la chaîne Taurique jusqu'à la mer Cas- pienne et à la Perse, se projetant au nord jusqu'au Caucase et à l'extrémité sud seulement de la Crimée, au midi jusqu'aux îles de Crète et de Chypre et aux derniers contre -forts du Liban en Palestine. De plus, nous avons constaté un fait singulier, c'est qu'au sud /)50 J. R. BorRoneNAT. de ces trois grands centres il n'existait plus aucune faune, et que les vastes régions du Sahara, de la Tripolitanie, de l'Egypte, de l'Arabie Pétrée, de la Mésopotamie et de la Perse s'étendaient vides d'espèces spéciales (I), comme une immense ligne de démarcation entre les grands centres européens et les centres africains et asiatiques dont nous n'avons pas à nous occuper ici. Ainsi, trois grands centres placés les uns à la suite des autres depuis l'océan jusqu'à la mer Caspienne; au sud, sur une ligne presque également parallèle, une série de contrées sans faune, s'étendant de l'océan Pacifique aux premiers contre-forts du plateau central de l'Asie; enfin, au nord, une série de vastes régions plates ou montueuses, de l'Océan à l'Oural à l'esî, et au nord jusqu'à l'extrême pointe septentrionale de la Norwége, où tous les Mollusques sont des espèces descendues des hautes chaînes de la zone de création. Or, le centre hispanique n'a rayonné, ou, autrement dit, n'a fait sentir son influence que jusqu'aux rives de la Garonne, et encore; le centre a/pi^wc, seul, a fourni toutes les espèces de l'Europe; quant au centre taurique, son rayonnement a été presque nul, par la raison bien simple que les eaux de la mer Noire ont, de tout temps, mis obstacle à son développement vers les contrées septentrionales. Si l'on prend, en effet, toutes les faunes de l'Europe, du nord et du centre, certes elles sont nombreuses, et que l'on ait la patience de rapprocher, de comparer, en un mot d'étudier avec intelligence les espèces qui s'y trouvent décrites ou signalées, on verra qu'il est impossible de découvrir dans ces régions une (1) Toutes ces régions ne possèdent pas de faunes propres. Dans le Sahara et la Tripolitanie, toutes les espèces terrestres ou fluviatiles proviennent de» centres hispa- niqup ou iauriqiie. Une scnlc coquille, la Melania tuberculata, descend du grand centre alVicain. - En Egypte, les Mollusques terrestres sont tous syriens, à l'exception de quelques-uns qui appartiennent nu petit rentre sinoïtirjue, et les Mollusques fluviatiles sont presque tous des espèces du centre africain. — En Méiopotamie, les coquilles ter- restres sont syriennes. Quant aux coquilles fluviatiles, elles proviennent toutes du centre taurique (voyez, à ce sujet, notre Histoire des Acéphales du grand centre iau- rique). En Perse, les espèces sont toutes des coquilles importées ou descendues** régions arméniennes. Les collections de ce pays, que nous avons déterminées, ne nous laissent aucun doute à ce sujet. MOLLUSQUES TERTIAIRES ET PLUVIATILES EN ALGÉRIE. 351 forme qui ne soit pas une forme de création alpique. Nous ne disons pas une espèce, qu'on veuille bien le remarquer, attendu qu'il se peut, et cela est, qu'une espèce descendue des contrées montueuses ait pu, depuis tant de siècles, en se trouvant dans des milieux différents, subir certaines influences modificatrices. Or, ces influences ont dû amener chez elle quelques varia- tions, qui ont pris, à la suite des siècles, assez de consistance et de fixité pour constituer ce qu'on appelle actuellement une espèce. Il résulte de tout ceci ce fait étonnant que toute l'Europe, de l'ouest à l'est, des Pyrénées à l'Oural, du midi à partir de la zone de création jusqu'aux mers boréales, ne possède pas de faune propre et spéciale, mais seulement iive faune accidentelle, prove- nant des hautes chaînes de montagnes qui, sauf quelques inter- ruptions et quelques sinuosités, partagent notre continent de l'océan Atlantique à l'Asie. 11 résulte encore cet aulre fait d'une bien grande importance, c'est qu'au raidi de cette zone chaque pays possède une faune spéciale, que les espèces sont particulières à telle ou telle con- trée; en un mot, qu'aucun être, sauf de rares exceptions déter- minées par des lois constantes que nous formulerons bientôt, ne peut vivre indifféremment d'une région dans une autre. Ainsi, en un mot, pour caractériser le mode malaco-strati- graphi(]ue du système européen : au nord de la zone, rayonne- ment du midi au nord: au midi de cette même zone, faunes nom- breuses, particulières, espèces en place, rayonnement nul, ou, s'il arrive que quelques êtres, par des causes accidentelles, viennent à être déplacés, acclimatation en sens inverse, c'est-à-dire du nord au midi. Ces faits zoologiques, dont on ne peut nier l'importance, vieiment bien confirmer la magnifique théorie du savant Adhé- mar (1) sur la^ériodicité des débâcles des pôles austral et boréal, alors que, par suite de la précession des équinoxes et du chan- gement graduel du grand axe de l'orbite de la terre ("2), le poids (1) Révolution delà mer, 1 vol. in-8 avec 1 atlas in-8, 2* édit. Paris 1860, (2) Voyez les livres d'astronomie pour l'explication de ces lignes. 352 J. It. BOLBCiLICiNAT. et le Yolume des glacières des deux hémisphères, venant à varier constamment et toujours en sens inverse, finissent par amener, à certaines époques, d'après les lois de l'équilibre et de l'attrac- tion, un mouvement dans les eaux. Ce qui fait la force de cette théorie, c'est qu'elle repose sur des lois les mieux établies du système du monde, reconnues par tous, et contre lesquelles on ne peut lutter. Le mode de répar- tition des Mollusques à la surface de l'Europe est une preuve indéniable de l'excellence de cette théorie (1). D'après ce que nous venons de dire, nous croyons pouvoir formuler ainsi les principes malaco-stratigraphiques : 1" Le centre de création de chaque espèce est simple et non multiple. 2" Les espèces du système européen ont leur centre de créa- tion dans les pays montueux, et non dans les plaines ou les ré- gions basses. 3" Il existe en Europe, sans compter quelques petits centres insulaires et continentaux, trois grands centres de création : 1" Le centre hispanique, 2" — alpiqiic , 3° — tiuii'ique. h" Les espèces qui se trouvent répandues dans tout le système européen proviennent de ces trois grands centres, 5" Chaque centre possède une faune particulière, tout à fait spéciale, et offre des séries de types qui leur sont propres. 6" Au nord de ces centres, l'aréa des espèces est inmiense; au midi, au contraire, il est excessivement borné. Le rapport différentiel des aréas du midi et du nord est dans les propor- tions de \ à t200. 7° Au nord des centres, l'acclimatation ou plutôt le rayonne- ment s'est effectué du midi au nord. 8" Le rayonnement du centre alpique a embrassé presque (1) Nous ne pouvons entrer ici dans l'cxplicalinii de cette tliéoric, ni dans le déve- loppament des principes malaco-stratigraphiques. L'explication de cette théorie sera donnée dans nos études scientifiques sur le Sahara ; le développement des principes malaco-straliiîraphiques dans notre HMfoire malaco- stratigrcphique du système eu- ropéen . MOLLUSQUES TERTL^IRES ET FLUVIÂTILES EN ALGÉRIE. 353 toute l'Europe; celui du centre hispanique a été très-faible; celui du centre taurique a été nul. 9" Au midi des centres, au contraire, l'espèce se trouve tou- jours localisée ; de plus, elle est spéciale. 1 0° L'espèce est tellement spéciale à un centre, qu'elle ne peut se rencontrer dans un autre, à moins qu'elle n'ait été soumise à l'influence maritime ou aune acclimatation accidentelle. ir L'influence maritime est nulle dans les régions au nord des centres (I). 1*2° Au midi des centres, au contraire, l'influence maritime se fait sentir avec une telle énergie sur certaines espèces, que ces Mollusques sont devenus, pour les malacologistes, des témoins irrécusables d'un littoral, 13° Les espèces transportées accidentellement, à l'exception, toutefois, des espèces soumises à l'influence maritime, ne peu- vent être acclimatées : 1° que du nord au midi, et non du midi au nord ; 2° que d'orient en occident, et jamais d'occident en orient. Mi" La population conchyliologique des grands centres de création est toujours bien moins nombreuse que celle des centres insulaires. 15" Toute île, quelque peu considérable qu'elle soit, séparée, dès l'origine, d'un continent ('2), possède des espèces qui lui sont propres. 16° Toute île unie anciennement à un continent, et séparée par la mer à une époque plus récente, garde naturellement la même faune qu'elle possédait à l'origine. 17° Dans une même île on trouve quelques types de forme et une foule de modifications de ce type. 18° L'aréa des espèces insulaires est encore infiniment plus restreinte que l'aréa des espèces continentales placées au midi des grands centres de création. (1) A l'exception des côtes fraiii;aiscs, de Bianiti! aux iics Bi-itanjiiqucs, où, sous Taction des vapeurs tièdes exhalées du couvant du Gulf-dream, rinlluencc maritime se fait encore sentir. (2) l'isclier a déjà, depuis (juelriucs années, reconnu p(uu' les Iles la véracité de ces principes. (Voyez, à ce sujet, De l'influence des iles sur les espèces, in Jouni. Conch., 1856, t. V, p. 72.) 5<= série. Zool. T. V. (Cahier u» 6.) 3 23 35/1 J. R. BOURGOCNAT. § 4. Conclusions. D'après ces principes de malaco-stratigraphie, principes que les hommes érudits et sérieux ne peuvent mettre en doute, s'ils veulent bien embrasser d'un coup d'oeil l'ensemble de la popula- tion malacologique du système européen, ils reconnaîtront que, s'il existe des vérités indéniables, ce sont bien celles qui dé- montrent : 1° Que le nord de l'Afrique, ne possédant pas de types parti- culiers de forme, mais seulement des espèces ou des modifica- tions de types de Mollusques espagnols, ainsi que nous l'avons prouvé à un chapitre précédent, dépend, par conséquent, du grand centre de création hispanique. 2° Que le nord de l'Afrique n'a jamais formé une île ;i l'ori- gine, puisque sa population conchyliologique est bien inférieure à celle des centres insulaires, comme Madère ou Canarie, par exemple, mais qu'elle est au contraire dans les proportions réelles d'une faune continentale. S" Que les espèces soumises à rinflueuce maritime, en se retrouvant sur tout le littoral méditerranéen et à la limite sep- tentrionale du Sahara, au sud de la chaîne centrale du grand massif de l'Atlas, sont des témoins irrécusables dun littoral, et démontrent, d'une manière irréfragable, que le nord de l'Afrique formait une presqu'île de l'Espagne. Ii° Enfin, que le grand désert du Sahara, ne possédant pas de faune spéciale, mais seulement des espèces acclimatées acciden- tellement, est une preuve qu'à l'origine de la période actuelle, ces vastes régions étaient recouvertes par les eaux. Or, il résulte de tous ces faits ces vérités mathématiques : 1° Qu'au commencement de la période actuelle, le nord de l'Afrique était une presqu'île dépendante de l'Espagne; •2° Qu'à ettc époque le détroit de Gibraltar n'existait pas; 3° Que la Méditerranée connnunic[uait à lOcéan par le grand désert du Sahara, qui était alors une vaste mer. REMARQUES SUR DES OSSEMENTS DE DRONTE {DIDVS INEPTUS) NOUVELLEMENT RECUEILLIS A l'iLE MAURICE, Par M. AliPUOUSE lIlIiXE ED^VARDS. (Lues il l'Académie des sciences le 23 avril 1866.) Tout ce qui touche à l'histoire des espèces zoologiques éteintes intéresse vivement les naturalistes, surtout lorsque ces espèces, par leur mode d'organisation, s'éloignent beaucoup de celles de la nature actuelle, et que cependant leur disparition ne remonte qu'à une époque peu reculée. Il n'est donc pas étonnant qu'on se soit attaché depuis quelques années à recueillir avec le plus grand soin tous les faits, même les moins importants, qui paraissaient susceptibles de nous éclairer sur les caractères ana- tomiques et les affinités du Dronte ou Dodo, oiseau de grande taille et de formes massives qui vivait encore à l'île Maurice il y a moins de deux siècles, et qui paraît être le dernier repré- sentant d'un type ornithologique perdu aujourd'hui. La date de la disparition du Dodo ou Di-onte a pu être déter- minée avec une très-grande approximation. Cet Oiseau, delà taille du Cygne, incapable de voler, à démarche lourde et à intelligence obtuse, vivait en assez grand nombre à Tîle Maurice vers le commencement du xvu" siècle. Le navigateur hollandais Cornélius Van Neck, qui séjourna pendant quelque temps dans cette île, en 1598, en parle sous le nom de JValckvogel^ ou Oiseau dégoûtant, et eu a donné une figure très-reconnaissable, (}uoique grossière (1), (1) La ruialion dn ce voyage fut publiée à Amsterdam eu 1601, et réimprimée en 1609 sous ce titre : Le second livre-journal, ou comptoir, contenant le urai/ discours o56 ALPIIOKSE raiLNE EDWARHS. Plusieurs autres voyageurs qui, pendant la première moitié du siècle suivant, visitèrent l'île Maurice, y trouvèrent aussi le Dronte; et l'un d'eux, Willem van Wcsl-Zanen, nous apprend que ses matelots en tuèrent un grand nombre pour les manger, malgré la mauvaise qualité de leur chair. En 1638, on montrait à Londres un de ces Oiseaux vivant, et vers la même époque, un peintre hollandais, nommé Roelandt Savery, le représenta dans plusieurs de ses tableaux ; d'autres artistes en firent aussi des portraits d'après nature, et l'on voit aujourd'hui ces peintures dans les musées de la Haye, de Berlin, de Vienne et de Londres, dans la galerie du duc de Novtlium- berland, ainsi que dans le cabinet de M, Broderip (1). Jusqu'en \6hh l'île Maurice était restée inhabitée et n'avait été visitée que de loin en loin par quelques navigateurs; mais à cette époque les Hollandais y fondèrent une colonie et y introduisirent un grand nombre de Chiens et de Porcs, qui, d'après le témoi- gnage des contemporains, détruisirent beaucoup de jeunes ani- maux, et contribuèrent probablement à l'extinction de l'Oiseau singuher dont l'histoire nous occupe ici. En 1G79, il y avait cependant encore des Drontes vivants dans cette île, ainsi que cela est établi par la relation du marin Harry (2). Mais en 1693 ces Oiseaux avaient cessé d'exister ou étaient excessivement rares, car Léguât, observateur très-sagace, qui passa plusieurs mois à l'île Maurice et en énumèreles animaux, ne parle pas du Dronte (3) ; et lorsqu'en 171'2 les Français prirent cl narration historiques du voyage fuict par les huict navires d'Amsterdam au mois de murs de l'an 1598, soubs la conduite de l'admirai Jacques Cornélius Necq et du vice-admiral Wilrant de Warwicq. La pLinclie dans 1-iqiicllc le Dronlc est figuré a clé reproduite par MM. Stricklanil et Melvillc daus leur excellent ouvrage intitulé : The Dodo and its Kindrcd ; or the histortj, affinities and usteologjj of the Dodo, Solitaire and other extinct Birds of the islands Mauritius, Rodrigue: and Bourbon. In-i'', Londres, 1848. (PI. 2.) (1) Voy. Strickland et Melville, op. éd., pi. 1 et 3. (2) Pour plus de détails à ce sujet, je x-enverraià l'ouvrage de MM. Strickland cl MelvillCj qui ont traité avec beaucoup de soin la question liistorique, dont je me suis borné à dire ici quelques mots. (3) François Léguât était évidcmnicnl un bon observateur, et il s'occupa attenti\c- ment de l'étude de l'bisloire nalurelle des deux îles Mascareigiies dans lesquelles il SUR l'ostéologie du dronte. 357 possession de cette colonie, on n'avait aucnne connaissance de cet Oiseau. Toute tradition locale relative au Dronte se perdit bientôt, et jusqu'à ces derniers jours toutes les recherches faites pour retrouver des débris de cette espèce éteinte là où elle vivait jadis étaient demeurées infructueuses. Ainsi la destruction du Dronte paraît pouvoir être fixée entre 1679 et 1093, On possède quelcpies débris du Dronte. Un de ces Oiseaux, empaillé, faisait jadis partie du musée Ashmoleen à Oxford; mais, étant jugé inutile par la Commission administrative de cet établissement, il fut détruit en 1755 ; heureusement la tête et l'une des pattes échappèrent à cette mesure de réforme, et existent encore aujourd'hui dans la collection d'Oxford. La conservation de ces deux fragments ne fut pas déterminée par l'intérêt que les administrateurs de l'université d'Oxford y attachaient, mais parce que, d'après les règlements établis par Ashmole, la tête et une patte de tout animal réformé devaient être réservées comme pièces comptables. Un autre fragment du Dronte se trouvait dans le cabinet de la Société royale de Londres en 1665, et appartient maintenant au Musée britannique ; le musée de Copenhague possède un crâne du même Oiseau. Ce sont ces rares débris qui, jusque dansées derniers jours, ont été les seuls matériaux à l'aide desquels les zoologistes ont pu chercher à établir les caractères du Dronte et les rapports de cette espèce avec les autres animaux de la même classe. Il y a quelques mois, en drainant un petit marais, appelé la Mare aux songes, M. George Clark de Mahebourg y découvrit un nombre considérable d'os de Dodo(l). Ces débris furent envoyés à Londres, où plusieurs d'entre eux furent vendus aux enchères scjounia. C'est à lui que l'on doit le peu que Ion sait du grand oiseau de l'ile Rodrigucz, appelé le So/itaire, et il parle de plusieurs oiseaux de l'ile Maurice qui étaient déjà devenus très-rares à son époque ; mais il ne fait aucune mention du Dronte. (Voyez Voyage et aventures de Fr. Léguât et de sei- comimgnons en deux isles désertes des Indes orientales, avec la relation des choses les plus remarquables qu'ils ont observées dans Visle Maurice, etc. Londres, 1708, t. U, p. 71 et suiv.) (1) G. Clark, Account of the late discovenj of Dodo's reauii/fi in fhe island of Mau- ritius. {The Uns, new séries, t. W, n» 6, p. \!i\, avril 1860.) 358 ALPllON§E MILIME EDWARDS. le 1 3 mars dernier ; cette circonstance m'a permis de me pro- curer une série impoi'tante de ces pièces à l'aide desquelles on peut reconstituer la presque totalité du squelette, et ce sont les résultats fournis par l'étude de ces objets que je demanderai à l'Académie la permission de lui soumettre. Les divergences d'opinions qui existent entre les zoologistes, relativement aux affinités naturelles du Dronte, indiquent assez les difficultés qu'ils ont rencontrées dans l'étude des restes de cet Oiseau. A raison de la brièveté de ses ailes et de son inaptitude au vol, le Dodo a été d'abord rangé à côté des Autruches par Ray, Linné (l)etLatham (2), Des considérations analogues condui- sirent Temminck (3)etGuvier (4) à le rapprocher des Manchots. M. de Blainville (5), s'appuyant principalement sur la forme du bec, la nudité du cou et la disposition des doigts, le rangea parmi les Oiseaux de proie, à côté des Vautours. Cette manière de voir fut, de prime abord, adoptée par plusieurs auteurs, tels que la Fresnaye (6), M. Gould (7) et M. 0\ven(8), tandis que M. Brandt (9), tout en signalant les (1) Linné plaça il'ahord li' Dronte dans le g'enrc St/'ufliio (Sijatema naturw, 1758, édit. X, t. \, p. 155), puis en forma un genre paitioulier, qu'il classa à la suite des Autruches, eu tète des Gallina' {Systetna naturœ, 17G6, édil. XII, t. I, p. 2G7). (2) Latliam, Index ornithologicus, sive Systemaornithologice. Londres, 1790, p. 662. (3) Temminck, bien que plaçant le Dronte à la suite des Manchots, le rangea avec V Aptéryx dans un ordre particulier, désigné sous le nom d'I/iertes (Manuel d'or/iitho- lofjie. 1820, 1" édit., t. I, p. cxiv). [h) Cuvier, dans sa dci'nièie ('ditiôn du Règne animal (1829), s'exprime de la ma- nière suivante en parlant du Dronte : « Le bec ne parait pas sans quelques rapports avec celui des Pingouins, et le pied ressemblerait à celui îles Manchots, s'il était palmé. » 11 ajoute cependant que cet Oiseau est trop mal connu pour (|u'il puisse le placer dans son Tableau des espèces (tome I, p. 497). (5) De Blainville, Mémoire sur .e Doch, autrement le Dronte (Nouvelles Annales du Muséum dliistoirc naturelle, 1830, t. IV, p. 1). (G) Du la Fresnaye, Nouvelle classification des Oiseaux de proie ou Hapaces (lievue zoologique, année 1839, p. 193). (7) Voy. de Blainville, op. cit. (Note additionnelle, p. 34). (8) Owcn, Observations on the Dodo (Transactions of the Zoological Society, t. III, p. 331). (9) Brandt, Ui ersuchungen i'dier die Verwandtschaflen des Dodo (Bulletin de la classe pliysic.-7ncthém . del'Acad. impér. de Saint-Pétersbourg, 1849, t. VII, p. 38). SUR l'ostéof.ogie du duonte. 359 points fie ressemblance entre les caractères des Pigeons et ceux du Dronte, crut devoir placer ce dernier parmi les Échassiers, près des Pluviers. M. Gervais parait penser au contraire que le Dronte avait certains rapports avec les Gallinogralles, c'est-à-dire le Kamichi, le Cariama, etc. (1). Jusqu'alors on n'avait pu porter les investigations que sur les formes extérieures de cet Oiseau; mais, en 18/i7, à la demande de M. Strickland, M. Ackland, professeur d'anato mie à Oxford, fît la dissection de la tête et de la patte conservées au musée Ashmoleen de cette ville, et ces naturalistes purent mieux étudier les caractères essentiels de cette espèce éteinte. MM. Melville et Strickland publièrent alors sur ce sujet un excel- lent travail, et de l'examen approfondi de la tête osseuse, du tarso-métatarsien et des phalanges, ils arrivèrent à cette con- clusion : que le Dronte appartient à la famille des Pigeons, bien qu'il doive en être considéré comme un type aberrant. Cette opinion, qui avait été déjà émise par le professeur Rein- hardt, de Copenhague ('2), fut partagée par M. G. R. Gray (3) et parle prince Ch. Bonaparte, dont l'autorité est très-grande pour tout ce qui a rapport aux classifications ornithologiques (4). M. Gould et M. Ovven se rangèrent également à cet avis, et nous voyons, par un compte rendu très-succinct de la séance de la Société zoologique de Londres du 9 janvier dernier, et publié dans les journaux anglais {\e Reader eiVAthenœum) (5), que (1) M. Gervais, dans sa Thèse sur les Oiseaux fossiles, résume ainsi son opinion snr le Didus ineptu-i : « Le Dronte et l'oiseau de Rodriguez étaient sans doute de la même espèce, et certainement cette même espèce n'appartenait pas à l'ordre des Cursores. Ce n'était pas non plus un Galliiiacé, conune l'a dit Guvicr, mais un oiseau lié en même temps aux Vautours et aux Galliiiograllcs les plus voisins de ceux-ci, par exemple les Kamichis. » (18Û4, p. 33 ; voy. aussi Paléontologie française, 1859, 2^ édit., p. 428.) (2) Reinhardt, Nojere Ophjsning cm det iKjobcnhavn fuudne Drontehovcd {Kro^er's Naturhistoresk. Tidskrift, 18/i2, 1. IV, p. 71). (3) G. R. Gvny,Ge)icraof Birds, 1849, t. II. (4) Le prince Charles Bonaparte divise l'ordre des Columbœ en deux sous -ordres, celui des Gyrantes on Pigeons ordinaires, et celui des Inepii, comprenant les Didinœ et les ^Epyornithinœ {\0Y. Classification ornithologiquc par séries, Compi. rend, de l'Acad. des se, 1853, t. XXVII, p. 643). — Conspectus generum Avium, 185 7, t. II, p. 2. (5) Numéros du 20 janvier 1866. •^^0 ALPnOIVSE MILI\E EDWARDS. l'illustre directeur du British Muséum a confirmé pleinement ces vues par l'examen des os nouvellement découverts à l'île Maurice. Pour lui, le Dronte appartient au groupe des Colum- bidœ, et les particularités de structure que l'on y remarque, bien que très -considérables, seraient de l'ordre de celles que l'on peut regarder comme dépendantes de l'appropriation de l'organisme d'un Oiseau de ce type à un genre de vie essentiellement ter- restre et à un régime spécial. Par l'ensemble de son ostéologie, le Dronte se rapproche efTectivement des Pigeons plus que d'aucune autre famille orni- thologique. Mais l'étude comparative que je viens de faire des principaux os du squelette me porte à croire que les dispositions organiques propres au curieux Oiseau de l'ile Maurice ne peuvent s'expliquer de la sorte, et indiquent entre cette espèce éteinte et le groupe des Pigeons des différences d'une valeur zoologique plus considérable. Je me fonde sur l'étude comparative du sque- lette chez les espèces de Colombides dont les habitudes diffèrent le plus, et sur la direction des modifications de structure que l'on observe dans la charpente solide des Pigeons grands voiliers, et de ceux qui, au contraire, se rapprochent des Gallinacés par leurs formes, lourdes et leurs habitudes plus terrestres. Les principales variations que l'on remarque dans la confor- mation du squelette des Colombides peuvent se rapporter à trois types : le premier nous est offert par les Ramiers, les Tourte- relles, les Trérons et.tous les autres Pigeons les mieux organisés pour le vol ; le second par les espèces marcheuses, le Goura et le Nicol)ar, par exemple ; le troisième par le petit groupe des Gangas et des Syrrhaptes, que la plupart des ornithologistes rangent dans l'ordre des Gallinacés, mais que l'on doit certaine- ment rapprocher des Pigeons proprement dits. Si le Dronte n'est qu'un Colombide dont l'organisation s'est modifiée pour devenir propre à un genre d'existence essentielle- ment terrestre, nous devrions nous attendre à y trouver d'une manière exagérée les particularités de structure qui distinguent leGoura ou le Nicobar des Pigeons voiliers. Si, au contraire, nous y rencontrons des caractères d'un autre ordre, nous pourrons en SUR l'ostéologip, du DRONTK. 3()1 inférer que le Dronle appartenait à un type ornithologique distinct, et c'est en effet la conclusion à laquelle je suis arrivé. Une des pièces les plus renriarquables du squelette du Dronte est le bassin (1), et son étude est d'un puissant secours pour l'ap- préciation des affinités naturelles del'Oisoau qui nous occupe : si Linné, Temminck, Cuvier, de Blainville et M. Brandt avaient connu cette partie du squelette, ils n'auraient certainement pas émis les opinions que j'ai indiquées plus haut. Ainsi, au premier coup d'œil, on voit que cette partie de la charpente solide difTère complètement de son homologue chez les Autruches et les autres • Oiseaux coureurs, à côté desquels Linné et Latham avaient rangé cette espèce éteinte. Effectivement, au lieu d'être étroit et allongé comme chez les Brévipennes, le bouclier pelvien est extrêmement large; les os iliaques sont soudés dans une étendue considérable aux ischions, en arrière du trou sciatique ; tandis que chez les Brévipennes, cette soudure n'a pas lieu, et le trou sciatique ^est remplacé par une profonde échancrure. Je ferai remarquer que ce dernier caractère («xiste dans tout le groupe des Tinamous, et a conduit quelques auteurs à considérer ces oiseaux comme reliant entre eux les Gallinacés et les Struthio- nides. Si les idées émises par certains naturalistes, relativement aux affinités complexes du Dronte avec les Gallinacés d'une part et les Brévipennes de l'autre, étaient fondées, on aurait donc pu s'attendre à trouver ici une disposition analogue à celle des Tina- mous, tandis qu'il en est tout autrement. La conformation géné- rale du bassin rend également inadmissible le rapprochement que Temminck et Cuvier avaient cru pouvoir faire entre le Dodo et les Manchots. Le bassin des Oiseaux de proie diurnes présente une forme si nettement caractérisée, qu'il est facile de reconnaître immé- diatement que le plan sur lequel est construit celui du Dronle est très-différent, et que, par conséquent, sous ce rapport, aussi Itien (pie sous beaucoup d'autres, les idées émises par de Blain- ville se trouvent infirmées. En effet, le bassin des Oiseaux de (1) Vny. pi. 13, fig-, 1 et 1"; pi. li, fig:. 1 et 1". 362 ALPnOKSR MILNE EDWARDS. proie est remarquable par les proportions relatives des régions précotyloïdienne et postcotyloïdienne ; les fosses iliaques externes sont étroites et très -allongées; l'écusson pelvien, limité en avant et sur les côtés par les crêtes iléo-ischiatiques, est court et no présente que peu de largeur.; enfin, si l'on considère la face in - férieure du bassin, on remarque que les fosses rénales posté- rieures sont profondes et nettement limitées en arrière, et que les détroits pelviens sont très-resserrés. Or, aucun de ces carac- tères ne se retrouve dans le bassin du Dronte. Des différences analogues et non moins grandes existent entre le pelvis de l'Oiseau dont l'élude nous occupe, et celui du Kamichi et du Cariama, dont M. Gervais a cru pouvoir le rapprocher. Je ne m'arrêterai donc pas davantage sur la comparaison du Dronte avec ces divers Oiseaux, et je passerai immédiatement k l'examen des ressemblances qui existent entre le bassin des Pigeons et celui de l'Oiseau subfossile de l'île Maurice. Le bassin des Pigeons ordinaires est remarquable par sa lar- geur, sa brièveté et la forme régulièrement bombée de sa moitié postérieure. Les fosses iliaques externes sont médiocrement dé- veloppées et presque horizontales; leur bord supérieur ne s'élève que très-peu, et laisse complètement à découvert les gouttières vertébrales ; la crête sacrée qui sépare celles-ci n'est (jue peu élevée en avant, bien qu'elle soit nettement indiquée dans toute la longueur du bassin. Vers le niveau des cavités cotyloïdes, le sacrum est très-élargi, et ne se rétrécit que peu postérieure- ment ; les intervalles que les apophyses transverses laissent entre elles sont généralement remphs par une lame osseuse continue, résultant de l'ossification des expansions aponévrotiques de cette région; les cavités cotyloïdes sont petites, et situées à peu près à égale distance des bords antérieur et postérieur du pelvis. Les facettes articulaires sus-cotyloïdiennes sont presque horizontales, et la portion adjacente des fosses iliaques est très-inclinée ; le bord externe de ces fosses est presque droit, et se continue sans interruption avec les pubis ; en avant de ceux-ci on n'aperçoit aucune trace de l'apophyse iléo-pectinée, si développée chez les Gallinacés, et la portion marginale correspondante est mince et à SUR l'ostéologie du dronte. 363 peine arquée. La crête ischio-iliaque, peu développée en avant, ne se dessine nettenientqu'à partir des cavités cotyloïdes, où elle se prolonge en ligne presque droite jusqu'à l'angle sus-ischiatique; Técusson pelvien qu'elle limite latéralement se trouve divisé ei trois portions à peu près égales par les sutures sacro-iliaques ; les lames latérales du pelvis qu'elle surmonte sont légèrement inclinées en bas et en dehors, et se voient presque en entier lors- que Ton regarde le bassin en dessus ; le trou sciatique qui en occupe la partie antérieure est petit et presque rond. Les angles ischiatiques se prolongent notablement en arrière en forme de corne lamelleuse ; le bord pelvien postérieur est très-large, fai- blement arqué et k peine échancré, quoique les angles sus- ischiatiques soient bien marqués. Les branches pubiennes sont très -grêles et libres, ou très-faiblement soudées, sur une petite étendue, aux os ischions, en arrière du trou obturateur. La face inférieure du bassin est très-évasée. Les fosses iliaques antérieures sont courtes, mais assez larges. Les fosses rénales sont grandes, mais très-superficielles, et les antérieures ne sont que fort incomplètement séparées des postérieures par une paire d'apophyses transverses peu développées et grêles. Les caractères que je viens d'indiquer se retrouvent avec quelques légères modifications chez tous les Pigeons bons voiliers. Ils existent également chez les Golombi-gallines, qui cependant se tiennent souvent a terre, et sont généralement considérées par les ornitiiologistes comme se rapprochant davantage des Galli- nacés. Si maintenant nous cherchons quelle est la direction des modi- fications de structure qui, chez les Gouras et les IS'icobars, coïnci- dent avec des formes plus massives et un genre de vie plus ter- restre, nous remarquerons d'abord des différences considérables dans les proportions des diverses régions pelviennes. Le bassin, considéré dans son ensemble, est beaucoup plus allongé, dispo- sition qui dépend principalement du développement relatif de la portion postcotyloïdienne. Chez le Goura, les gouttières verté- brales, ouvertes en arrière, sont complètement fermées en dessus, dans leur portion antérieure, par la réunion et la soudure du 36/i ALPHONSE MII.NE EDWAKDS. bord interne des iliaques avec la crête épineuse du sacrum ; ce dernier os est plus long et beaucoup moins élargi que dans les espèces précédentes ; il est aussi, dans sa partie postérieui'e, plus intimement soudé aux iliaques que chez la plupart des Pigeons. Les trous sciatiques sont allongés, au lieu d'être arrondis; les crêtes sus-ischiatiques sont mousses, peu saillantes et sur- baissées ; l'écusson pelvien est très-convexe transversalement ; enfin, les angles de l'ischion ne s'allongent que très-peu. Les Gangas, qui par leurs mœurs se rapprochent beaucoup des Gallinacés, ont le bassin conformé sur le même plan géné- ral que celui des Pigeons ; mais cet appareil osseux s'en distingue au premier coup d'oeil, ainsi que du pelvis de tous les autres types ornithologiques, parle peu de développement de la portion moyenne du sacrum, qui, au lieu de s'élargir graduellement d'avant en arrière et d'occuper tout l'espace compris entre les os iliaques, laisse de chaque côté un grand hiatus occupé seule- ment par une expansion aponévrotiquc. Le bassin du Dronte diffère notablement de celui de tous les représentants du groupe desColombides, et il s'éloigne au moins autant de celui des Pigeons marcheurs que de celui des espèces les mieux organisées pour le vol. Ainsi que je l'ai déjà dit, il est remarquable par sa grande largeur. L'écusson pelvien, au lieu d'être allongé et très-convexe transversalement, comme chez le Goura, est plus élargi et plus aplati même que chez les Pigeons voiliers; il forme une table presquehorizontale. Les fosses iliaques, au lieu d'être terminées par un bord antérieur régulièrement arrondi, sont tronquées en avant et présentent un angle latéro- antérieur très-marqué. Le bord interne de ces fosses se réunit à la crête sacrée et s'y soude intimement, de façon à clore com- plètement en dessus les gouttières vertébrales qui ne présentent même pas, comme chez les Gallinacés et les Gouras, d'ouverture postérieure. En avant, ces gouttières sont remarquablement pro- fondes; la crête sacrée qui les sépare est extrêmement forte et s'élève beaucoup, de façon à former vers sa partie moyenne une sorte de gibbosité analogue à celle que l'on observe dans d'autres types ornithologiques conformés essentiellement pour SUR L'OSTÉOLOGIE DU DRONTË. 365 la marche, l'Agami et le Rhinochœtus jubatus^ par exemple. 11 est aussi à noter que les os iliaques, au lieu de se terminer au niveau de la première vertèbre sacrée, s'avancent notal)lement au-des- sus, de façon à chevaucher sur la région lombaire ; ils s'élèvent aussi beaucoup, et constituent ainsi un plan incliné d'avant en arrière et de haut en bas, dont la direction est beaucoup plus oblique que celle de la partie sous-jacente de la colonne verté- brale. Autant qu'on peut en juger par l'étendue des fosses iliaques externes et par les empreintes d'insertion qui s'y voient, les muscles élévateurs de la cuisse devaient avoir une grande puissance. La portion sus-cotyloïdienne de ces fosses, qui, chez les Gouras et les Nicobars, aussi bien que chez les autres Pi- geons, est oblique et très-étroite, présente ici un développement considérable, et s'élève presque verticalement jusqu'à la crête sus-ischiatique. Cette dernière est très-prononcée et forme avec celle du côté opposé un angle très-ouvert, tandis que chez le Goura cet angle est fort aigu. Les cavités cotyloïdes sont extrê- mement grandes, et la facette articulaire ([ui les surmonte est très-étendue etdirigée obliquement en bas et en avant. De même que chez les Pigeons, il n'y a aucune trace d'apophyse ilio- pectinée, mais la partie correspondante du pubis, au lieu d'être grêle et comprimée, est forte et très-renflée. Le trou sus-ischia- tique est moins allongé que chez le Goura, mais plus large anté- rieurement ; sous ce rapport, il ressemble donc davantage à ce qui existe chez les Ramiers et les autres espèces analogues, La portion de la crête sus-ischiatique qui surmonte ce trou est tres- saillante, et les lames latérales situées en arrière sont plus obliques que chez le Goura. Enfin, le trou obturateur est très- grand et ouvert en arrière, les pubis ne se soudant pas aux ischions. Par sa face inférieure, le bassin du Dronte diffère de celui du Goura et du Nicobar plus que de celui des Pigeons voiliers, et se distingue de l'un et de l'autre par plusieui's caractères : 1" La largeur et la brièveté de la portion correspondante aux fosses iliaques antérieures ; 2° Le grand développement des apophyses transverses qui 366 ALPIIOKSE MILICE EDWARDS. limitent ces fosses en arrière et constituent la portion supérieure du détroit pelvien antérieur; S" La profondeur et la largeur des fosses rénales antérieures, qui sont très-nettement séparées des postérieures par une ou deux paires d'apophyses transverses très -développées, se con- tinuant en dehors avec un rehord épais. Nous voyons donc que le bassin du Dronte diffère notablement de celui de tous les Pigeons même les plus terrestres, non- seulement par ses proportions et sa forme générale, mais aussi par un grand nombre de particularités de structure dont l'im- portance paraît être considérable. Son aspect rappelle, jusqu'à un certain point, celui du bassin des Cigognes, bien que chez ces dernières toute la partie précotyloïdienne soit beaucoup plus développée; d'ailleurs cette ressemblance ne se retrouve pas lorsque l'on étudie les détails de l'organisation de cette partie du squelette, en sorte qu'il faudrait bien se garder d'en tirer quel- ques conséquences relatives à des affinités zoologiques chez ces Oiseaux dont la nature est très-différente. Les ornithologistes sont généralement d'accord pour consi- dérer, avec Blainville et Lherminier, l'appareil sternal comme une des parties du squelette qui caractérise le mieux les divers groupes naturels de la classe des Oiseaux ; il importait donc beaucoup , pour l'appréciation des affinités naturelles du Dronte, de pouvoir étudier cet appareil. Parmi les os de cet Oiseau que j'ai achetés en Angleterre, se trouve un bouclier sternal (1). Au premier coup d'œil, on est frappé de son peu de ressemblance avec celui des Colom- bides, et les particularités de structure que l'on y remarque ne sont pas seulement de l'ordre de celles dont on pourrait expliquer l'existence par l'état rudimentaire des organes du vol chez un Oiseau de ce groupe ; elles semblent indiquer un type ornithologique différent, et, à beaucoup d'égards, cet os rappelle les formes du sternum du Nandou plus que de tout autre Oiseau, bien qu'il ne puisse être assimilé à celui d'un Brévipenne quel- conque, à cause de l'existence dun bréchet. (1) Voy. pi. 15, fiy. 1, 1« et i''; pi. lit, iig. 2. SUR l'ostéologie du dronte. 367 Les modifications du sternum, qui concordent avec des habi- tudes essentiellement terrestres ou même avec une incapacité com|3lète pour le vol, sont de deux ordres : tantôt la carène mé- diane, destinée à l'insertion des grands muscles pectoraux, s'amoindrit et disparaît complètement sans que les parties laté- rales du bouclier sternal s'atrophient, ainsi que cela se voit chez les Struthionides; d'autres fois, le bréchet se développe d'une manière normale, mais les lames latérales ne s'ossifient que très- incomplétement et se réduisent à de simples baguettes étroites. Cette disposition se rencontre chez les Gallinacés ordinaires et est portée très-loin chez les ïinamous. Si le Dronte était un Colombide modifié seulement pour vivre à terre, nous devrions nous attendre à lui trouver un sternum conformé comme celui des Pigeons, sauf l'atrophie plus ou moins grande de la carène sternale, l'étroitesse de la portion postérieure de l'entosternal, ou l'absence d'ossification d'une par- tie des lames latérales. Or, tel n'est pas le caractère du ster- num chez le Dronte. Cet os, au lieu d'être mince, lamelleux et compacte, comme chez les Pigeons, est très-épais, et ses deux tables sont séparées par une couche de tissu spongieux dont les cellules sont grandes, se prolongent latéralement et en arrière aussi bien que sur la portion médiane, et communiquent avec les poches pneumatiques par un grand nombre d'orifices dont les deux principaux sont situés, comme chez quelques Pigeons, à l'angle externe des rainures coracoïdiennes, mais dont beau- coup d'autres sont disséminés, soit sur les parties latérales de la base du bréchet, soit sur la face supérieure de l'os, surtout latéralement et en arrière. L'épaisseur du bouclier .sternal et sa structure rappellent ce qui existe chez les Brévipennes, et il est aussi à noter que chez les Nandous les principaux orifices pneu- matiques, bien que moins développés, sont situés de la même manière, en dehors des articulations coracoïdiennes. La forte concavité de la face supérieure de cet os rappelle également ce qui existe chez la plupart des Brévipennes. Le bord antérieur du sternum (I) diffère extrêmement de ce (1) Voy. pi. 15, fig-, 1*. 308 ALPHONSE MILNE EDWARDS. qui se voit dans tout le groupe des Pigeons. Chez ces derniers Oiseaux, les rainures coracoïdiennes sont bien développées, très-obliques, et se rencontrent sur la ligne médiane en formant un angle épisternal très-avancé, aussi bien chez les Colombides terrestres que chez les bons voiliers. Au contraire, dans le ster- num du Dodo, les rainures coracoïdiennes sont très-petites, transversales et séparées entre elles par une échancrure large, profonde et régulièrement arquée. Une disposition analogue, bien que beaucoup moins prononcée, se voit chez le Nandou et existe à un beaucoup plus haut degré chez l'Aptéryx; on en peut conclure que la fourchette était rudimentaire, et que les coracoïdiens étaient très-faibles. Les apophyses hyosternales, qui donnent attache aux muscles sterno-coracoïdiens et autres, sont épaisses à leur base, mais peu allongées, à l'opposé de ce qui se voit dans le groupe des Pigeons. Les facettes latérales, qui ser- vent à l'articulation des cotes, sont larges et indiquent le grand développement ({ue devaient offrir ces os. On en compte une de plus que chez le Goura. Les fossettes qui les séparent sont grandes et percées de nombreux trous pneumatiques. Le bréchet de cette dernière espèce de Colombide, de même que celui des autres membres du môme groupe, est mince, mais énormément développé; il prend naissance immédiatement au- dessous de l'apophyse épisternale, et en descendant il s'avance notablement, de telle sorte que son angle antéro-inférieur, lar- gement arqué, dépasse de beaucoup le niveau de l'extrémité de cette apophyse. Chez le Dronte, cette carène médiane est épaisse, mais très-peu élevée ; elle naît en avant par une large fourche en continuité avec la crête antérieure des rainures cora- coïdiennes, et son bord libre se dirige immédiatement en arrière, en suivant presque exactement la courbure du bouclier sternal, sans présenter aucun indice d'un angle antérieur, puis se relève beaucoup de façon à être très-busquée. Les lames latérales, au lieu d'être étroites et aplaties, comme chez les Pigeons, sont très-larges et fortement bombées. La ligne intermusculaire, qui limite en dehors l'insertion du muscle releveur de l'aile ou moyen pectoral, est peu saillante ; elle prend naissance à l'extré- SUR l'ostéologie du DRONTE. oC)9 mité des rainures coracoïdiennes, immédiatement au-dessous du grand trou pneumatique, et se porte obliquement en arrière de façon à laisser, pour l'attache du muscle que je viens de nommer, un espace beaucoup plus large que chez le Goura et les autres Pigeons. La partie postérieure du sternum que j'ai sous les yeux est trop incomplètement conservée pour qu'il me soit possible d'en déterminer les caractères; j'ignore s'il y existe des échancrures latérales profondes semblables à celles qui distin- guent celte portion de l'appareil sternal des Pigeons ; mais quoi qu'il en soit, sa portion moyenne est très-large et très-bombée, lùîfin la surface supérieure de cet os est remarquablement con- cave et se relève beaucoup en arrière. D'après les renseignements ([ue M. G. Clark vient de publier dans le dernier cahier du journal fibis, il paraîtrait que les trois os de l'épaule du Dronte peuvent être soudés ensemble; cepen- dant le scapulum que je possède ne présente aucune trace de soudure de ce genre et était bien certainement libre (1). Cet os est petit, mais bien constitué et ne s'éloigne pas du type ornitholo- giqne ordinaire, comme cela a lieu chez les Brévipennes ; au contraire, par ses caractères, il rappelle à la fois ce qui se voit chez les Colombides et chez les Gallinacés. De même que chez ces derniers, il se dilate en arrière et se termine par un bord large et tronqué, tandis que dans le groupe des Pigeons cette extrémité se rétrécit graduellement. L'apophyse d'insertion de la longue portion du triceps bra- chial qui manque chez les Pigeons, mais est généralement bien développée chez les Gallinacés, est extrêmement forte chez le Dronte et semble indiquer que la partie correspondante de l'appareil extenseur de l'aile devait avoir une puissance relative- ment considérable. La forme de l'extrémité articulaire de l'omo- plate ressemble beaucoup à celle des Pigeons; la facette glé- noïdale qui concourt à la formation de la cavité articulaire de l'humérus est notablement plus avancée que chez les Colom- bides; elle est circulaire, aplatie, dirigée en dehors et un peu (1) Voy. pi. 17, lig. 2, 2", 26, 2% 2d. 5*^ scrio. ZooL. T. V. (Ciliicr n" 6.) * 24 :^70 AIPHOKSR RIILNE EDWARDS. en avant. La tubérosité claviculaire qui la surmonte est très- élevée et recourbée obliquement en avant et en dehors ; elle est lamelleuse, son bord est arrondi, et elle offre en dessous une fossette creusée de plusieurs orifices pneumatiques analogues à ceux qui se remarquent chez le Goura. Enfin la surface articu- laire coracoïdienne est large, rugueuse, et disposée à peu près comme chez cette dernière espèce. A m.on grand regret, je n'ai pu me procurer aucun des os de l'aile ; mais, à en juger par les insertions musculaires du sternum et de l'os de l'épaule, je suis disposé à penser qu'ils devaient présenter une structure normale, et qu'ils n'étaient pas profon- dément modifiés dans leur conformation comme ceux des oiseaux coureurs du type des Brévipennes. L'extrémité inférieure de la patte du Dronte a été étudiée avec beaucoup de soin par MM. Strickland et Melville ; niais ces auteurs ne connaissaient ni le fémur, ni le tibia, ni le péroné. Je ne m'arrêterai donc que peu sur les caractères du tarso -méta- tarsien ; je me bornerai à faire remarquer que cet os diffère davantage du canon des Colombes marcheuses que de celui des autres espèces de la même famille. Chez le Goura, il présente beaucoup d'analogies avec celui des Gallinacés du groupe des Pénélopides ; il est beaucoup plus allongé que cela ne se voit d'ordinaire chez les Pigeons; la gouttière métatarsienne antérieure se prolonge plus bas ; les pertuis supérieurs sont plus petits, et l'empreinte d'insertion du muscle tibial antérieur est située plus haut et plus près de la ligne médiane. Chez le Dronte au contraire, le canon est gros et trapu (1) ; sa gouttière antérieure est courte et peu profonde; l'empreinte tibiale est rejetée du côté interne, et les pertuis supé- rieurs sont largement ouverts. Par ces dispositions, il ressemble donc davantage à l'os de la patte des Colombes ordinaires. La surface d'insertion du fléchisseur propre du pouce, située du côté interne du talon, est très-large supérieurement (2) ; mais (1) Voy. pi. 16, fig.l, 1«, 16 et le. (2) Voy. pi. 15, fig. 1". SUU LOSTKOLOGIE DU DRONTK. 371 elle se prolonge beaucoup moins sur la face postérieui'e de Vos que chez les Pigeons, et la ligne qui sépare ce dernier muscle de l'abducteur du doigt externe, au lieu d'être cristiforme, est mousse, arrondie, et moins marquée inférieurement. Les résultats fournis par l'étude de l'os principal de la patte n'infirment donc en rien les conclusions que j'ai tirées de l'exa- men des autres pièces du squelette. Le tibia du Dronte est extrêmement robuste (1), et, bien que se rapprochant beaucoup de celui des Colondjides, il en diffère par un certain nombre de caractères. De même que chez ces der- niers oiseaux, il présente une légère courbure à concavité interne; le corps de l'os est presque cylindrique ; le condyle interne de l'ar- ticulation du genou est plus saillant en avant que son congénère, et en arrière il est remarquablement large et renflé. L'extrémité supérieure est relativement plus grosse que chez la plupart des Pigeons, et les saillies osseuses indiquent une puissance très- grande dans les muscles de la cuisse et de la patte. La gouttière dans laquelle s'engage le tendon du muscle extenseur des doigts est large, elle pont sus-tendineux est très-développé, de telle sorte que la gorge intercondylienne antérieure est plus élargie que chez les Colombides. Les saillies osseuses, auxquelles s'insèrent les liga- ments latéraux de l'articulation tibio-tarsienne, sont bien mar- quées, tandis que chez les oiseaux que je viens de citer elles sont à peine visibles. Mais ces particularités ne sont que d'une minime importance, et si elles existaient seules, elles ne suffiraient pas pour nous autoriser à séparer le Dronte des Colombides, car les différences qui existent sous ce rapport entre les Carpophages, les Serresius, les Trérons et les Funingus d'une part, et les Gouras, les Nicobars, etc., d'autre part, sont plus considérables que celles que je viens de signaler entre ces dernières espèces et le Dronte. Le péroné (2) est court, styliforme, très-trapu, et n'occupe guère qu'un tiers de la longueur de l'os principal de la jambe. (1) Voy. pi. 17, fig. 1, la, 1*, !<:, l'', If et 1». (2) Voy. pi. 14, fig. 3. 372 Le fémur (l) est beaucoup plus rol)uste que chez aucun Pigeon ; mais ses caractères essentiels sont les mêmes que dans ce groupe, et les particularités d'organisation que l'on y re- marque sont du même ordre que celles que je viens d'indiquer en parlant du tibia. Il se distingue facilement du fémur des Gal- linacés par sa forme presque droite. Le trochanter est saillant, mais s'élève moins que chez les Pigeons, et son bord supérieur ne se recourbe pas en dedans comme chez ces Oiseaux ; en avant de ce bord, on aperçoit un orifice pneumatique. Le col du fémur est gros, et la surface articulaire qui le surmonte, et qui est en rapport avec la facette sus-cotyloïdienne du bassin, est remar- quablement développée (2). L'extrémité articulaire inférieure est fortement renflée ; sa surface inférieure, très-oblique, indique que la cuisse n'était pas située dans le même plan que la jambe, mais se dirigeait très-obliquement en dehors et en bas, de façon à donner à la base de sustentation une très-grande largeur. La gorge rolulienne est plus large et plus profonde que chez tous les Colombides ; elle est limitée par des crêtes épaisses, dontl'in- lerne est plus proéminente que l'externe. La crête péronéo- tibiale est comprimée et très-saillante ; le condyle interne est large et aplati; enfin la fosse poplitée est plus développée que chez la plupart des Pigeons. Les vertèbres que je possède se rapportent toutes à la région cervicale inférieure ; elles sont remarquablement fortes, courtes, élargies et puissamment charpentées (3). Cette disposition est surtout due au développement du système apophysaire. Parleur forme générale, elles ressemblent à celles de lAptcryx plus qu'à celles de tout autre Oisean et diffèrent beaucoup de celles du Goura et des autres Pigeons. Les apophyses articulaires sont extrêmement écartées; les supérieures sont très-obhques et leur diamètre transversal est au moins égal à leur diamètre longitu- dinal; chez les Colombides, au contraire, le rapport des dia- mètres est en sens inverse. Les inférieures sont dirigées beau- (1) Voy. pi. IC, fig. 2, 2n. (2) Voy. pi. 16, fig. 2d. (3) Voy. pi. là, fig. 4 cl 5. SUR l'ostéologik du dronte. 373 coup plus en dehors que chez ces derniers, leur échancrure médiane réguhèrement arrondie est courte et peu profonde. La surface d'insertion du hgament cervical est peu saillante et située à rextrémité d'une empreinte en forme de V très-ouvert postérieurement. Les trous destinés au passage des artères ver- tébrales sont très-grands, ce qui indique l'importance que de- vaient avoir ces vaisseaux sanguins. Les apophyses transverses sont fortes, dirigées directement en dehors et rappellent beau- coup ce qui existe chez l'Aptéryx. Toutes ces particularités ana- tomiques sont en harmonie évidente avec les dimensions de la tête et la puissance des muscles destinés à lamouvoir. Les fragments que je possède de la tête ne me permettent de rien ajouter à ce que nous en ont appris les recherches appro- fondies de MM. Melville et Strickland. Mais je ferai remarquer encore ici que les caractères de cette partie de la charpente osseuse, tout en se rapprochant de ceux de certains Pigeons, tels que le Gnathodon strigirostris des îles Samoa, me paraissent in- diquer un type ornithologique différent. En résumé, nous voyons donc que le Dronte, ainsi que l'avaient établi les auteurs que je viens de citer, présente avec les Pigeons des affinités incontestables ; mais que les ressemblances, frap- pantes, quand on se borne à la comparaison des pattes, dispa- raissent en grande partie lorsqu'on prend en considération les autres pièces du squelette, notamment le bassin et le sternum. Or, la conformation de ces appareils osseux est liée d'une façon si intime à celle de l'ensemble de l'économie, qu'il me semble impossible de ne pas en tenir grand compte lorsqu'il s'agit d'apprécier les affinités zoologiques des Oiseaux. Nous voyons également que les modifications qui, chez les Colombides, coïn- cident avec une appropriation de l'organisation k un genre de vie de plus en plus terrestre, ne conduisent pas vers celles que nous avons signalées chez le Dronte. Je pense donc que dans une classification ornithologique naturelle, cet Oiseau, tout en pre- nant place à côté des Colombides, ne doit pas être considéré comme un Pigeon marcheur; qu'il ne peut pas entrer dans la 37 /l ALPHONSE MII.NE EDWARDS. même famille, et qu'il faut le ranger dans une division parti- culière de môme valeur. ADDENDA. Dans la séance du 23 avril, où ce mémoire fut lu à l'Acadé- mie, M. Gervais présenta, en commun avec M. le docteur Goquerel, un travail sur le même sujet, dans lequel il s'exprime de la manière suivante : «Toutefois, le Dronte ne nous paraît pas avoir été un véritable Vulturidé, mais plutôt une forme particulière, constituant une famille distincte alliée aux Accipi- tres, principalement à ceux de la famille des Vulturidés, ainsi qu'à certains Gallinacés et à quelques Échassiers, et qui se trou- vait par rapport aux Oiseaux ordinaires dans une sorte d'arrêt de développement affectant l'appareil du vol (1). » Une différence aussi fondamentale entre les conclusions de ces auteurs et celles auxquelles m'avait conduit la même étude m'a déterminé à examiner de nouveau la question en litige et à exposer avec plus de détails que je ne l'avais fait les raisons qui ne me permettent pas d'adopter les vues de Blainville, malgré l'importance nouvelle que M. Gervais vient de leur donner par l'autorité justement reconnue de ses travaux. Je vais donc re- prendre successivement les principaux caractères ostéologiques qui distinguent entre eux les deux types orniihologiques, si éloignés l'un de l'autre, auxquels on a tour à tour rattaché le Dronte, et leur comparer le mode d'organisation de ce dernier oiseau. Les particularités de structure présentées par l'os tarso-méta- tarsien avaient été si bien appréciées par MM. Strickland et Melville, que j'avais cru inutile d'en parler avec détail ; et ici, sans décrire de nouveau cet os, je me bornerai à indiquer les (1) Voy. Comptex voulus (Iph séances de l'Académie des sciences, 23 avril 1866, p. 927. SUR l'ostéologie du dronte. 875 principaux caractères, qui ne permettent pas de confondre l'os canon d'un Rapace avec celui d'un Pigeon. Chez les Oiseaux de proie diurnes, le tarso-métatarsien est toujours fortement comprimé d'arrière en avant; la gouttière postérieure dans laquelle glissent les tendons des fléchisseurs des doigts est profonde et occupe toute l'étendue de la face corres- pondante de l'os. Chez les Pigeons, cet os est épais d'avant en arrière, presque cylindrique, et sa face postérieure, au lieu d'être creusée d'une gouttière, est plus ou moins arrondie transversalement. Chez le Dronte, le tarso-métatarsien présente ces caractères d'une manière encore plus marquée que chez la plupart des Colombides. Chez les Oiseaux de proie, le talon est peu développé géné- ralement, ainsi que cela se voit chez les Aigles, les Buses, les Éperviers, les Faucons, les Milans , les Gypaètes, les Vautours ordinaires, etc. (1). Il n'est constitué que par deux crêtes limi- tant une gouttière médiocre, simple et très-large ; la crête interne est saillante, tandis que l'externe est réduite à un tubercule; chez les Vautours du genre Sarcoramphe, ces deux crêtes sont peu saillantes et confondues en une seule masse courte, aplatie postérieurement, où l'on n'aperçoit que des traces de gouttières tendineuses. Chez les Pigeons, le talon est, au contraire, extrêmement dé- veloppé et il est traversé verticalement par un canal tendineux, résultant du rapprochement et de la soudure des deux crêtes. On remarque en outre, à la face postérieure du talon massif ainsi constitué , deux gouttières verticales , servant également au passage des tendons fléchisseurs des doigts. La surface d'inser- tion du muscle court fléchisseur du pouce qui se trouve au côté interne du talon est très-large et très-profonde, tandis que chez les Piapaces elle est comparativement étroite, courte et super- ficielle. (1) Le Balbuzard est le seul Rapace diurne qui fasse exception à cette dernière règle ; mais les caractères qui^^le distinguent sont tellement nombreux qu'il me parait inutile d'y insister ici. 376 ALPflOMsc milive: edwards. Chez le Droiite, on retrouve toutes les particularités de structure que je viens de signaler, comme étant propres aux Colombides. Ainsi que je l'ai fait voir dans un autre travail, les caractères tirés de la disposition des crêtes calcanéennes présentent une fixité remarquable dans les différents groupes naturels de la classe des Oiseaux ; par conséquent, ils doivent être pris en sérieuse considération, dans toute discussion relative aux affi- nités zoologiques de ces animaux. Or, nous venons de constater que l'organisation de cette partie du squelette est essentielle- ment la même chez les Colombides et chez le Dronte, tandis qu'elle est très-différente chez les Accipitres. J'ajouterai que parmi ces dernières espèces, les plus marcheuses, telles que le Caracara, le Berigora et le Percnoptère, ne font pas exception à la règle générale et n'indiquent aucun passage vers les formes qui se remarquent chez l'oiseau de l'île Maurice. Le tibia et le péroné des Oiseaux de proie sont faciles à dis- tinguer des parties correspondantes du squelette chez les Colom- bides. Dans le premier de ces groupes, le tibia est généralement droit et légèrement comprimé d'avant en arrière, dans sa partie inférieure. La crête péronière est longue et saillante; la gouttière surmontée d'un pont osseux, dans laquelle glisse le tendon de l'extenseur des doigts, est dirigée très-obliquement en bas et en dedans. En arrière, la gouttière rotulienne est large et régu- lièrement évasée. Chez le Pigeon et chez le Dronte, le tibia est presque cylindrique et présente une légère courbure à concavité interne ; la crête péronière est faible et peu saillante ; la gout- tière de l'extenseur des doigts est presque verticale et le pont sus-tendineux est dirigé transversalement; enfin, la partie in- terne de la gouttière rotulienne est fortement renflée et remonte beaucoup. Le péroné est court, libre, et occupe environ le tiers supérieur du tibia, tandis que chez les Rapaces il est très-long et descend jusque vers la partie inférieure de cet os, sur lequel il se soude généralement. Le fémur des Accipitres se reconnaît à sa forme légèrement arquée en avant, son trochanter, faiblement développé, s'avance SUR l'osti-ologie du droîvte. 377 un peu en deliors et ne s'élève que peu au-dessus du col fémoral. L'extrémité articulaire inférieure est médiocrement élargie ; les condyles sotit placés à peu près au même niveau, de sorte que si l'on appuie l'extrémité inférieure du fémur sur un plan horizontal, ce plan formera avec l'axe de l'os un angle presque droit; la gouttière rotulieune est superficielle et étroite; enfin, la fosse poplilée ne présente que peu de profondeur. Chez le Dronte, de même que chez les Colombides, le fémur est presque droit, son extrémité supérieure est très-laro-e trans- versalement par suite du grand développement du trochanter, qui s'élève notablement au-dessus du niveau de la face supé- rieure du col du fémur. L'articulation du genou, très-oblique chez les Pigeons, l'est encore davantage chez le Dronte, le condyle externe descendant beaucoup plus bas que son congé- nère. La gouttière rotulieune est large et profonde. Enfin la fosse poplitée est très-creuse. MM. Gervais et Coquerel pensent que le bassin du Dronte « ne contredit pas sa classification auprès des Accipitres, quoi- qu'il présente d'incontestables analogies avec celui des Galli- nacés, de certains Pigeons, des Outardes et des Cigognes » , et ils ajoutent que le bassin de cet oiseau « a aussi des ressem- blances évidentes avec celui des Vulturides » (1). Dans le Mémoire précédent, j'ai insisté sur les caractères anatomiques qui distinguent le bassin du Dronte de celui des Vautours et des autres espèces du même ordre; par conséquent, je n'y re- viendrai pas ici. Le sternum, ainsi que je l'ai déjà dit, présente une forme tout à fait particulière; il diffère de celui de tous les Oiseaux voiliers par l'énorme échancrure intercoracoïdienne qui existe sur son bord antérieur. Le bouclier sternal des Vulturides, aussi bien que celui des Pigeons, présente une apophyse épisternale bien développée, et, par l'ensemble de ses caractères, celui du Dronte me paraît s'éloigner autant du premier de ces deux types que du second. (1) Loc. cit., p. 927, 378 ALPHONSE MILKE ED%W4RDS. Si j'avais à m'occuper ici de la tête osseuse du Dodo, j'in- sisterais sur les nombreux caractères anatomiques qui l'éloi- gnent de celle des Vulturides et des autres Accipitres; mais n'ayant pas les matériaux nécessaires pour en faire une étude complète, je me bornerai à rappeler que chez le Dronte la mandibule supérieure, bien que développée d'une manière énorme, est faiblement constituée à sa base, par suite de la grande étendue des ouvertures nasales. La direction de l'arcade jugale, la disposition des os lacrymaux et la conformation du crâne éloignent également le Dronte des Vautours et le rapprochent des Colombides plus que de tout autre Oiseau. Des considérations d'un autre ordre sont également défavo- rables à l'opinion d'après laquelle le Dronte serait un Oiseau de proie. A l'époque où cet animal existait à Maurice, il ne paraît y avoir eu dans cette île aucun Mammifère terrestre (1) et puisque le Dronte était incapable de voler, on ne saurait penser qu'il se nourrissait d'oiseaux. Sa démarche lourde le rendait im- propre à chasser utilement les lézards ou autres reptiles dont l'agilité est en général très-grande, et s'il avait été Carnassier, on ne voit guère que les mollusques terrestres dont il aurait pu se repaître. Tout tend donc à faire penser qu'il devait être phy- tophage, et ainsi que Strickland le fait remarquer avec raison, il serait difficile de supposer qu'il y ait jamais eu des Vautours frugivores ou granivores. Ce nouvel examen des afflnités naturelles du Dronte confirme donc l'opinion que j'avais adoptée précédemment, et je persiste à penser que cet Oiseau, tout en constituant le type d'un groupe ornithologique particulier, se rapproche des Pigeons par les caractères les plus importants de son organisation, tandis qu'il ne présente avec les Vautours que de rares ressemblances de formes, sans importance anatomique ou physiologique. (l) Il y avait alors à Maurice de grandes Chauves-souris; mais les Cochons, les Chèvres et les autres Mammifères marcheurs qui y liabitèrent plus tard furent intro- duits dans cette île par les Portugais ou les autres Européens (voy. Dubois, De^ voyages faits par le sieur D. B. aux isles Dauphine , etc. Paris 1674, p. 168-180). SUR L OSTÉOLOGIE DU DRONTE. S79 EXPLICATION DES PLANCHES. PLANCHE 13. Fig. 1, Bassin du Dronte, vu en dessus. Fig. 1». Le même, vu en dessous. PLANCHE ih- Fig. 1. Bassin du Dronte, vu de côté. Fig. 1«. Le même, vu de face. Fig. 2. Sternum, vu de profil (sa partie postérieure manque). Fig. 3. Péroné, vu en dedans. Fig. 4. Une des vertèbres de la région cervicale postérieure, vue par sa face ventrale ou inférieure. Fig. à". La même, vue par sa face dorsale ou supérieure. Fig. lil'. La même, vue de profil. Fig. A"". La même, vue par sa face antérieure. Fig. 5. Autre vertèbre de la même région, PLANCHE 15. Fig. 1. Sternum du Dronte, vu par sa face inférieure. Fig. 1". Le même, vu par sa face supérieure. Fig. O. Le même, \ii par sa partie antérieure. PLANCHE 16. Fig. 1. Tarso-métatarsien gauche du Dronte, vu par sa face antérieure. Fig. l". Le même, vu du côté interne. Fig. 1*. Trochlées digitales du même, vues en dessous. Fig. 1«. Surface articulaire supérieure du même, vue en dessus. Fig. 2, Fémur gauche du Dronte, vu par sa face antérieure. Fig. 2«. Le même, vu par sa face postérieure. Fig. 2>>. Le même, vu du côté externe. Fig. 2e. Surface articulaire inférieure, vue en dessous. Fig. 2f' /,„■/ r.f-,.- .; /■/ / '>f^ 1 I ^ V. • ./nn i/iM .l't'tHif fiaf i'Sèr, /..../ n-f^r .: /■/ . m M .''v\^ ^0 5^ ^^*=M' y Si/.i/.tiM^. /n./,^^».,. rfl, /„ JfWft- ■^--A. I\' \ i/lM S. ik • \i/^!-/fm,- fit-f-ni-tf.r i/^i. /"a///tu^- , • •v rXu «Wn^iV' jt^/^ . x^ JfVi *■ ^•r^s i£==i ï^ =Hf"" ■»y à:„/-^^ Si/xf/'Mi' fiercttt.\ .-'.■-■/ /.-.«,■ ,; /'/ .', > / .['yj^A •mf /i^ftMWiO f/tnr ^tyiAtt/tt/wt/f.!- / Ann dts Scien nat 5* SpV Z««) T5.P1 6. Transplantation des tissus . / Aiiri des Sci«n liai 5' Série 1 TransplanUtion des tissus ( ^ 4+ f'/i/if/it'.r (Vti<:ét7e.i- n/i'i ,/// M,uM • • I c .\ Il T y. DU NORD DE LATRtpUE Zoot- nme 5- fl 11 -r- .. ,-«, V^ ^r^ :i >-./-^- A 3,' ..^. d nr* f y "/^'■' /Jfr»t'/i>////f/^te/t/ c/i* /{■« J.t^ft-^iti^/ff f/f //f/\ loéie du Droiite. • Aim lies Scun rat 6* Seir Zool Tô PL l* du DronLe . ^ ^ AnndeiSnni ,,.,1 S' :;,i-, W^|